Dorea ouvrit les yeux, ressentant une pression sur sa poitrine s'envolait soudainement. Elle leva son regard vers le ciel étoilé au-dessus d'elle, tandis qu'un léger vent balayait ses cheveux roux auburn, éclatants et plus vifs que jamais.

À sa grande surprise, elle ne ressentait aucune douleur. Rien. Pas même la moindre courbature qui aurait pu témoigner d'une vie éprouvante. Et, en vérité, elle savait déjà qu'elle n'était plus tout à fait vivante. Ou presque.

Elle se redressa sans la moindre difficulté, respirant comme jamais auparavant. C'était comme si elle avait émergé d'un lac et expiré son tout premier souffle.

La rousse scruta son environnement, réalisant qu'elle s'était déjà trouvée dans cette rue, avec une seule différence : la neige tourbillonnait gracieusement au-dessus d'elle, recouvrant le bitume d'un manteau immaculé.

Retrouvant ses jambes, elle se retourna pour apercevoir le mémorial de Godric's Hollow. Mais il n'était pas là.

Bien sûr, c'était comme si tout ce qui s'était passé n'avait jamais eu lieu. Était-ce une sorte de réinitialisation ?

Se mordillant la lèvre, elle baissa les yeux pour contempler sa tenue : elle était vêtue d'un jean et d'un t-shirt blanc, sans oublier ses Doc Martens chéries de son enfance.

Fronçant les sourcils, elle se retourna et sentit une force la tirer vers le bout de la rue. Ses jambes s'animèrent d'elles-mêmes, et la jeune femme se laissa porter, sans la moindre crainte.

Elle parcourut plusieurs mètres, observant les cottages qui se dressaient de part et d'autre du chemin. D'une manière inexplicable, elle ressentit une vive émotion de bonheur, une joie intense.

Ce n'est qu'en atteignant la maison des Potter qu'elle comprit pourquoi.

Devant une jolie demeure de style Tudor, aux murs de pierre et de brique rouge, ses fenêtres scintillant d'une douce lumière, se tenaient ses parents : Lily et James Potter.

Elle se figea, saisie par la vision des deux personnes qu'elle avait tant désiré connaître.

Lily, aussi grande qu'elle, arborait des cheveux bien plus roux. Son visage était le reflet de Dorea : sa fine bouche, ses joues rebondies, mais surtout ses yeux : grands, d'une forme d'amande unique, caractéristique d'elle, de ses deux enfants, d'un éclat émeraude brillant comme deux gemmes.

Lily lui sourit, rayonnante et apaisante, puis jeta un regard vers son mari, que Dorea suivit des yeux.

Elle pensa aussitôt à Harry, avec un détail qui l'agaçait : les yeux. Les cheveux d'un noir d'ébène, les petites lunettes circulaires typiques, le même sourire.

Dorea s'approcha du portail et l'ouvrit lentement, sans que le grincement habituel ne vienne briser la quiétude ambiante.

Puis elle se mit à courir et sauta presque dans les bras de ses parents, qui l'accueillirent si chaleureusement qu'elle en eut le souffle coupé. Des larmes de joie perlaient au coin de ses yeux, réalisant qu'elle était enfin arrivée au terme de son voyage et que l'avenir s'annonçait bien meilleur auprès de ceux qu'elle n'avait pourtant jamais connus mais qui l'aimaient tant.

Elle se recula et observa les visages de James et Lily aussi près que jamais.

- Ma petite fille, Dorea, souffla sa mère. Ma petite fille…

- Maman…

- Tu es devenue une jeune femme incroyable, lui dit alors son père.

- C'est fini ? demanda la rousse, une pointe d'angoisse perçant son cœur.

- Pas totalement, Dorea, mais bientôt cela le sera, assura Lily.

- Quand ?

- Quand tu l'auras décidé, répondit James.

Tous deux se tournèrent vers la maison, et Dorea vit la lumière scintiller davantage à travers les fenêtres.

- Prête ? demanda son père en lui tendant la main.

Dorea glissa ses doigts entre les siens, puis saisit celle de sa mère.

- Ne me lâchez pas.

- Jamais, répondit Lily, ancrant son regard dans le sien.

Ils avancèrent prudemment vers la demeure, et plus ils approchaient, plus les lumières aveuglaient la jeune femme. Un bruissement lointain emplit l'air, mais Dorea n'y prêta guère attention, trop captivée par la lumière éclatante qui enveloppait désormais la maison entière. Puis le bruissement se fit plus fort, plus précis…

Ce n'était pas un bruissement, mais une voix. La jeune femme eut l'étrange sensation de la reconnaître. Mais, trop faible, elle estima qu'il était inutile de s'y attarder.

Elle parvint enfin à distinguer la porte d'entrée…

- Dorea, gémit la voix.

Elle s'arrêta net et fit volte-face. C'était son frère. Harry. Il pleurait. Il la pleurait.

- Dorea, répétait-il.

La jeune femme, fronçant les sourcils, recula de quelques pas.

- Dott'… je t'en prie.

Ce fut alors un tsunami d'émotions qui déferla : d'abord la douleur, ensuite la tristesse, et enfin l'amour. L'amour de son frère. L'amour d'un frère.

0o0

Le déni

- Je ne peux croire que Dorea ne soit plus là, s'exclama Daphné en arpentant la chambre. Ce n'est pas possible.

- Tu veux dire que tu penses qu'elle est toujours vivante ? demanda Blaise, une hésitation perceptible dans sa voix.

Drago, installé sur le lit, le dos avachit, releva la tête vers son amie. Cela faisait deux jours que sa mère lui avait rendu visite. Il se massait la main, devenue douloureuse après les multiples coups de poing infligés au mur de pierre.

La chambre du jeune homme était le chaos : le bureau fracassé, les draps déchirés, la porte de la salle de bains éventrée. Il avait littéralement craqué.

Mais rapidement, un hébètement s'était abattu sur lui, le laissant comme sonné. Alors que Daphné émit l'hypothèse que Dorea n'était peut-être pas morte, son cœur se gonfla brusquement d'une conviction qu'il n'avait que rarement ressentie. Daphné avait peut-être raison. Non, en réalité, elle avait raison. Dorea n'était pas morte. C'était impossible.

Il se redressa soudainement, une nouvelle détermination brillait dans ses yeux.

- Dorea est vivante, j'en suis certain.

0o0

La colère

Harry, assis sur le lit du bas, se balançait nerveusement sous le regard inquiet d'Hermione.

- Harry…

- Non, Hermione ! siffla-t-il entre ses dents.

- Je t'en prie. Ce que tu ressens n'est pas de la colère mais de la peine. C'était ta sœur.

- JE N'AI JAMAIS EU DE SŒUR ! hurla soudainement le brun en se levant. ELLE EST MORTE À MES YEUX HERMIONE ! LE JOUR OÙ ELLE A VENDU SON ÂME POUR CE PETIT CON DE MALEFOY ! fit-il en pointant un doigt rageur en direction de sa tante.

L'ancienne Gryffondor se recula d'un pas, haussant légèrement les mains en signe de reddition.

- Calme-toi, Harry. Je ne faisais qu'émettre une hypothèse.

- Ma sœur n'a jamais été de mon côté. C'était une traîtresse, tout simplement.

Puis, il retourna s'asseoir, continuant à se balancer d'avant en arrière, faisant grincer le sommier sous lui.

0o0

La tristesse

Drago porta le t-shirt à son nez et huma l'odeur vanillée de la jeune femme. À présent de retour de Poudlard, il avait quitté son quotidien douloureux pour retrouver celui de Belgrave Square.

Dès son arrivée une heure plus tôt, venant tout droit de King's Cross, il avait pris soin de libérer Oogie. Il n'était là que pour récupérer ses affaires ; dès ce soir, il retournerait au Manoir, incapable de rester plus longtemps dans cette maison.

Il releva la tête et contempla la penderie de Dorea.

Il n'avait plus de larmes. Il n'arrivait pas à pleurer. Et pourtant, il avait pleuré pendant des jours. Chaque recoin du château lui rappelait un souvenir partagé avec la défunte. C'était insoutenable.

Tout comme le fait de rester dans cette chambre qui portait encore son odeur.

Il se leva vivement et jeta le t-shirt floqué au nom de Potter dans sa malle, seule relique qu'il s'autorisait à garder. Puis il attrapa le reste de ses effets personnels laissés ici avant son départ pour Poudlard et ferma son bagage. Il le saisit pour le traîner derrière lui et descendit les escaliers afin de transplaner et quitter cette maison où il ne mettrait plus jamais les pieds.

0o0

- Drago, mon chéri, l'accueillit Bellatrix les bras ouverts.

Le jeune homme se figea en voyant l'état de sa tante et sa grossesse avancée. Comment était-ce possible ?

Sa mère et son père se tenaient juste derrière elle, près de la cheminée. Narcissa lui fit alors un imperceptible signe de tête, lui indiquant de ne surtout faire aucune remarque.

- Tante Bella, salua Drago d'une voix légèrement enrouée.

- Ta maman t'a dit, dit la femme en penchant la tête sur le côté.

Elle grimaça comme une enfant se moquant de lui et de ce qu'il pouvait ressentir.

- Je n'ai pas envie d'en parler.

La Mangemort soupira, haussant les épaules, avant de tourner le dos pour rejoindre sa sœur et son beau-frère. Drago s'orienta vers les escaliers de pierre, mais Lestrange le stoppa.

- Au fait, nous avons une nouvelle invitée dans les cachots. Tu iras lui présenter tes respects.

Ce n'était pas une suggestion, mais un ordre. Drago échangea un autre regard avec sa mère, qui détourna le sien aussi rapidement que si elle s'était brûlée.

Il monta dans sa chambre, le pas aussi traînant que sa malle derrière lui.

Lorsqu'il arriva, il s'immobilisa un instant, constatant que l'odeur de la rousse persistait dans cet endroit. Il commença à ranger ses affaires, ouvrant la malle d'un coup de pied. À cet instant, on toqua à la porte.

- J'irai après avoir rangé mes affaires, tante Bella, siffla-t-il, agacé.

- Drago, c'est moi, annonça la voix de sa mère à travers la porte.

Le jeune homme, accroupi devant sa malle posée au bas de son lit à baldaquin, ferma les yeux. Allait-on un jour le laisser en paix ?

- Entrez, murmura-t-il.

La porte s'ouvrit puis se referma. Il perçut les pas de Narcissa s'approcher de lui jusqu'à le surplomber de sa hauteur. Pour autant, il resta dans sa position, le dos tourné, ne souhaitant pas faire face au regard analytique de l'épouse Malefoy. C'était la seule qui pouvait lire en lui comme dans un livre ouvert.

Je voulais te voir.

- Vous m'avez vu, rétorqua Drago froidement en retirant une cravate qu'il lança sur son édredon.

- Non, je voulais te voir, Drago, pour t'informer que le corps de…

- Ne prononcez pas son nom ! cracha-t-il sèchement.

- Le corps de… de ton amie, reprit Narcissa, quelque peu prise au dépourvu, a été récupéré au fond du lac de High Marnham… de la centrale à charbon.

- Où est-il ?

La femme hésita un instant, puis répondit :

- Nous l'avons placé dans un cercueil. Il est maintenu par un sortilège de préservation.

- Où est-il ? répéta Drago en articulant chaque mot.

- Dans la chapelle.

Narcissa tendit sa main, et son fils la saisit, se laissant guider. Ils sortirent du Manoir et contournèrent le parc pour rejoindre la forêt qui l'entourait. De là, ils aperçurent un petit clocher surplombant une chapelle en pierre grise, aussi petite qu'une bicoque. Ils traversèrent la forêt, se frayant un chemin parmi les arbres centenaires pour déboucher sur une clairière où se tenait le baptistère.

Lorsque Drago y entra, poussant la double porte de bois qui émit un grincement sonore, Narcissa vérifia par-dessus son épaule, craignant qu'on les entende. Mais le blond se moquait du jugement du maître. Il voulait simplement s'assurer que son pire cauchemar était devenu la réalité de son nouveau quotidien.

Elle était là, juste devant le petit autel où la croix du Christ surplombait le cercueil de verre et d'or. Intérieurement, il remercia sa mère d'avoir veillé à ce que les Mangemorts ne jettent pas son corps dans une fosse commune. Elle méritait mieux que cela. Elle méritait des obsèques dignes d'une Malefoy. Il était convaincu que, tôt ou tard, elle aurait dû en devenir une.

Il s'approcha lentement de l'allée centrale, longeant les quatre chaises en très mauvais état. La dernière fois qu'il avait mis les pieds ici, c'était pour l'enterrement d'Abraxas Malefoy, son grand-père. Ce dernier avait fait construire cette chapelle à la mort de sa femme, elle qui, bien qu'une fervente admiratrice des Sang-Purs, respectait également certaines traditions moldus. Cela avait toujours semblé étrange au jeune homme.

Pourtant, en ce jour funeste, il comprit que sa grand-mère n'avait pas totalement tort. Car lorsque l'on perd un être cher, un lieu comme celui-ci apporte un certain réconfort. Comme si ce Christ, martyr sur cette grande croix, garantissait que le malheureux défunt était en paix.

C'est exactement ce qu'il réalisa en se penchant au-dessus du cercueil. Elle avait l'air si paisible. À part son teint blafard et ses cheveux ternes, on aurait pu croire qu'elle dormait simplement.

Il constata également qu'elle était vêtue d'une robe blanche, dans toute sa simplicité. Submergé par l'émotion, il s'effondra à terre, se laissant envahir par son chagrin.

Tout cela était de sa faute. Il l'avait brisée. Et à cause de lui, elle n'était plus là.

Narcissa se précipita vers son fils, s'accroupissant pour l'enlacer avec force tandis que ce dernier pleurait encore et encore. Il enfouit sa tête contre sa poitrine, mouillant la belle robe de soie prune de sa mère.

0o0

La résignation

Harry essuya une larme sur sa joue tandis qu'Hermione posait les fioles de Polynectar sur la table.

- Si tu n'es pas prêt, Harry, on peut toujours reporter.

- Non, répondit-il en reniflant. C'est même une raison de plus pour se rendre à Godric's Hollow.

- Tu es sûr ?

- Il y a toutes les raisons de croire que l'épée soit là-bas. On la récupère et on détruit ce fichu Horcruxe, affirma-t-il avec détermination.

Hermione hocha doucement la tête, mais Harry lui saisit soudainement le bras.

- Hermione, est-ce que tu pensais ce que tu as dit l'autre jour ?

- Concernant ?

- Concernant… concernant… je veux dire la concernant… elle.

Il ne pouvait se résoudre à prononcer son nom. C'était beaucoup trop douloureux.

- Il y a toutes les raisons de croire qu'elle n'a pas rejoint Tu-sais-qui par simple vengeance, comme elle a tenté de le faire croire. Je pense qu'elle l'a fait pour Malefoy, certes, mais aussi pour toi. Pour achever la mission que Dumbledore vous a confiée.

- Je ne sais pas…

- Harry, il y a tant d'indices qui indiquent qu'elle était et a toujours été de notre côté. Sans son Patronus au mariage de Bill et Fleur, nous ne serions pas parvenus à nous échapper. Et la bataille lors de ton exfiltration de Privet Drive… c'était comme si elle se dressait entre toi et les Mangemorts. Tu t'en souviens, de ce que Gripsec a dit l'autre jour ? Avec Dean et Ted Tonks.

- Et un certain Dirk, oui…

- L'épée est une fausse. Gripsec a confirmé que Dorea était allée braquer le ministre de la Magie sur demande de Tu-Sais-Qui, pour récupérer la vraie. Et cela, avant que Scrimgeour ne puisse retenir plus longtemps l'héritage que te destinait Dumbledore. Mais lorsqu'elle est revenue au Manoir Malefoy, elle avait en main une fausse, qu'elle a fournie à Tu-Sais-Qui. Sans compter qu'elle a été aperçue à Godric's Hollow le lendemain du ministère. Et si, au moment où elle a su que nous nous étions infiltrés au ministère pour reprendre le médaillon, elle avait caché elle-même l'épée à Godric's Hollow pour te la transmettre ? Lieu où Godric Gryffondor est né. Lieu où vous êtes nés tous les deux. Je suis certaine que cela lui semblait évident.

- Tu… tu as raison, admit Harry, la voix chevrotante.

- Je n'ai jamais douté de sa loyauté, Harry. Je sais qu'il y a une explication. Terrible, mais justifiable lorsque l'on dispose de tous les éléments. Il y a tant de choses qui nous échappent, tu sais.

- Oui…

- Alors, continuons. Pour Dorea.

Harry hocha la tête puis, ne pouvant plus retenir ses larmes, il s'écroula dans les bras d'Hermione, qui l'étreignit tendrement, telle une sœur réconfortant son frère. Comme Dorea l'aurait fait.

0o0

L'acceptation

Rogue s'enfila une nouvelle gorgée de whisky qui lui brûla le palais, tandis qu'il contemplait le stade de Quidditch laissé à l'abandon depuis son retour en tant que directeur.

- Avez-vous bien remis l'épée à Harry ? demanda une voix rauque dans son dos.

Rogue se retourna pour faire face au portrait d'Albus Dumbledore.

- Oui.

- Comme je vous ai demandé de le faire ?

- Oui. Bien qu'il ait failli s'y noyer, grimaça Rogue en s'installant à son bureau.

- Mais il s'en est sorti, une fois de plus.

À cet instant, Rogue se figea, ainsi que tous les autres portraits dans la pièce.

- Ne commencez pas, Albus, souffla l'ancien maître des potions.

- La douleur doit faire place à l'acceptation.

Rogue ferma les yeux, contractant sa mâchoire et ses poings.

- Tout ceci est de votre faute, dit-il dans un sifflement rageur.

- Elle était volontaire. Elle voulait sauver Drago. Sans elle, nous n'aurions pas pu récupérer l'épée. Harry serait déjà entre les mains de Lord Voldemort. Elle a fait ce qu'elle devait faire.

- VOUS L'AVEZ UTILISÉ !

La voix du directeur résonna dans la pièce.

- Elle n'était qu'une enfant sans défense, et vous l'avez poussée dans la tombe.

- Il ne sert à rien de revenir sur les erreurs d'un pauvre vieil homme. Comprenez qu'à présent, il est inutile de remuer le passé. Respectons sa mémoire. C'est ce que nous avons de mieux à faire.

0o0

- Daphné ?

La jeune Greengrass releva son regard, trahissant une haine et une colère bouillonnantes. Sa mère prit place à ses côtés et tenta de saisir la main de sa fille, mais celle-ci la dégagea aussitôt. Un silence tendu s'installa entre elles.

- Il faut que tu comprennes que nous ne pouvons pas rester éternellement cachées comme des fugitives. Si nous prêtons allégeance au Seigneur des Ténèbres, nous serons bien plus en sécurité qu'ici.

- Et oncle Ludwig ? Vous y pensez vraiment ?

- Il a fait ses choix. Je fais les miens.

La blonde éclata d'un rire condescendant.

- Comprends que je ne peux plus supporter cette vie, Daphné ! s'exclama Diane, commençant à montrer des signes d'agacement.

- Vous voulez simplement retrouver votre quotidien confortable et luxueux. C'est tout.

- Je pense surtout à vous protéger, Astoria et toi.

- Nous protéger ? s'indigna la blonde en se levant du vieux fauteuil rapiécé. Quand est-ce que vous nous avez réellement protégées, hein ?

À cet instant, Blaise et Astoria firent irruption dans la pièce.

- Regarde où nous vivons depuis notre retour ! s'écria encore plus fort la mère. Vous êtes à Poudlard les trois quarts de l'année, tu ne peux pas comprendre !

- Mais on s'en fiche ! rétorqua sa fille avec un hurlement furieux. Tout cela n'est que des excuses pour te contenter dans ce que tu as toujours été : égocentrique. Je viens de perdre ma meilleure amie, et toi, tu ne penses qu'à une seule chose : retrouver ta porcelaine. Ne crois-tu pas qu'il existe des choses bien plus importantes que le matérialisme ? Vous, papa et toi, n'êtes que des égoïstes qui ne pensent qu'à leur argent !

Le son de la gifle résonna à travers les murs poussiéreux du salon. Daphné, la main sur la joue rouge, fixa sa mère d'un regard courroucé.

- Tu n'as pas à me parler comme ça, sale petite ingrate pourrie gâtée, cracha Diane. Mon égocentrisme et notre argent t'ont permis d'obtenir la meilleure éducation qui soit. Tu n'as jamais manqué de rien.

- Si, répliqua la jeune Greengrass avec indignation, il manque une chose : votre amour et la reconnaissance que vous avez entièrement réservée à Astoria durant toutes ces années.

- Ne dis pas ça ! menaça Diane.

- Si, je le dis ! coupa fermement la verte et argent.

Un silence pesant s'abattit sur la pièce. Diane inspira, jaugeant sa fille avec sévérité.

- Va faire tes bagages. Tout de suite. Nous rentrons dès ce soir.

- Non !

- Daphné, si tu crois que je te laisserai côtoyer cette racaille, tu te mets la baguette dans l'œil.

- Cela ne vous a pas gêné lorsque j'étais à New York cet été avec oncle Ludwig et tante Deirdre.

- Justement, c'est une erreur que nous avons commise en ne t'emmenant pas avec nous en Allemagne.

- C'est ma famille !

- Non. Ce ne sont que des gens qui ont fait de mauvais choix. Je ne peux pas me permettre de te laisser les approcher davantage. Dorea Artwood est morte, et cette guerre est sur le point de vaciller. Il n'est pas trop tard pour être du côté des vainqueurs.

- Entendez-vous parler, souffla Daphné, outrée. C'est la peur qui guide vos paroles.

- Daphné…

- Je vais faire mes bagages, mère, interrompit la jeune femme. Mais certainement pas pour vous suivre.

Puis, la Serpentard fit volte-face et quitta la pièce, attrapant la main de son fiancé au passage pour l'entraîner avec elle.

0o0

Drago prit un moment pour se baisser, s'accroupissant devant la jeune fille qui se tenait face à lui, recroquevillée contre le mur du cachot.

Cette dernière leva ses grands yeux bleus vers lui ; il ressentit un certain soulagement en constatant – ce qui le surpris, vu ses antécédents avec les membres de l'A.D, quelles qu'ils soient – qu'elle n'avait pas été trop maltraitée.

Certes, quelques éraflures ensanglantées striaient sa joue et ses mains, et ses cheveux, autrefois blonds, étaient bien plus crasseux qu'ils ne devraient l'être. Mais elle avait toujours l'air fidèle à elle-même : légère et énigmatique.

- Bonjour Drago Malefoy, salua-t-elle d'un ton chantonnant.

Drago fronça les sourcils, se demandant si elle était véritablement accablée par sa situation. À cet instant, un cri déchira l'air. Ollivander faisait à nouveau l'objet d'un interrogatoire intense, et cette fois, c'était avec le maître en personne.

- Tu n'as pas peur ? demanda Drago dans un souffle.

- Mon père arrêtera certainement ses publications, dit-elle en haussant les épaules. Ça ira. Je ne suis pas si importante pour Tu-Sais-Qui.

Le blond hocha la tête, mais un autre cri résonna dans les murs sombres des cachots.

- As-tu tout ce qu'il te faut ? À manger, à boire ? s'enquit le jeune homme.

- Oui, Drago, je suis relativement bien traitée. Contrairement à ce pauvre Mr Ollivander.

Le concerné émit un nouveau gémissement de douleur à ce moment-là. Ne supportant plus d'être dans cette geôle, Drago se redressa pour reposer ses pieds au sol.

- Je te ferai sortir d'ici. Il faut simplement que je trouve un moyen. D'accord ? murmura Drago à voix si basse que la jeune fille devait tendre l'oreille pour saisir ses paroles.

Luna Lovegood l'observa avec ses grands yeux globuleux et hocha la tête, lui offrant un sourire doux. Drago pivota sur ses talons, mais Luna le retint.

- Je suis désolée, chuchota la blonde.

Drago se retourna un instant, adressa un signe de tête à la jeune Lovegood puis s'en alla.