C'était comme si Dorea émergeait subitement des eaux profondes d'High Marnham, reprenant son premier souffle.

Il était là, devant elle.

Enfin…

Elle pressentait qu'elle le reverrait et avait envisagé ce moment à maintes reprises depuis sa disparition. Mais jamais elle n'aurait pu rêver de retrouvailles aussi magnifiques.

Ce qu'il avait accompli… les événements de la veille au soir qu'on lui avait rapportés… elle avait compris que sa disparition avait agi comme un électrochoc pour le blond.

Elle aurait tant aimé voir cela de ses propres yeux, mais le simple fait de le voir vivant, devant elle, lui était déjà d'un grand réconfort.

Dorea tourna les yeux vers son frère après s'être dégagée de l'étreinte de Drago, et tous comprirent qu'il était temps pour les trois jeunes gens de mettre les cartes sur table.

- Nous allons vous laisser, dit Deirdre. Vous avez beaucoup de choses à vous dire.

Elle commença alors à quitter la pièce, suivie de son époux, Ludwig, ainsi que des Beaumont, des Weasley et de leur fils Bill, Gripsec, Ollivander, Lupin, Tonks et Gabriel. Dorea remarqua que les autres hésitaient à sortir. Elle esquissa un signe de tête en direction de Daphné, qui invita Blaise, Théo, Ron et Hermione à les laisser également.

Ils se retrouvèrent enfin seuls. Juste Harry, Drago et elle.

Dorea réalisa que c'était la toute première fois qu'elle se trouvait seule, dans une pièce, en compagnie des deux plus grands rivaux de Poudlard, face à face.

Juste eux trois. Sans personne d'autre pour interférer entre eux.

Elle lâcha à contrecœur la main que Drago lui avait prise. Puis elle s'installa au bout de l'immense table qui s'étendait sur les trois quarts de la pièce.

Drago la contourna et prit place à sa gauche, tandis qu'Harry occupait la chaise à sa droite.

Un silence pesa sur la pièce, puis finalement Harry, observant les lieux avec une certaine admiration — probablement peu habitué à un tel faste — se tourna vers elle et brisa la quiétude qui s'était installée entre eux.

- Où sommes-nous ?

- Au Château de Dunnotar.

- Tu veux dire que… ce château t'appartient ? demanda-t-il, presque sidéré.

- Techniquement, il appartient à ma tante, depuis que je lui ai transféré l'ensemble de mon patrimoine l'année dernière. Mais oui… c'est à moi, répondit-elle en rougissant.

- L'année dernière ? releva Drago.

Dorea ouvrit la bouche puis se tût, baissant les yeux.

- Dott', raconte-nous tout. Tout. Depuis le début, ordonna son frère.

Ce n'était pas une demande, mais presque une supplication. Alors, elle se mit à parler.

0o0

Janvier 1997 – Château de Highclere

Dorea s'affairait à trier les documents, s'assurant que tout soit en ordre avant son retour le lendemain. Tandis qu'elle froissait un parchemin pour le jeter dans la corbeille, on toqua à la porte.

- Entrez, dit-elle d'une voix forte.

- Tu m'as fait demander ? demanda Gabriel en entrant dans la pièce.

- Oui, répondit Dorea en se levant, saisissant une enveloppe sur le coin de son bureau.

Elle s'approcha du jeune Kowalski et lui tendit l'enveloppe.

- Qu'est-ce que c'est ? questionna-t-il en la prenant dans ses mains.

- Mes instructions, au cas où il m'arriverait quelque chose.

Gabriel fronça les sourcils et s'apprêta à ouvrir l'enveloppe, mais Dorea l'interrompit.

- Ne l'ouvre pas ! s'exclama-t-elle avec empressement.

- Mais…

- Je veux que tu promettes simplement de les suivre à la lettre. D'accord ?

L'américain se figea, ses sourcils se dressant en une seule barre.

- Ça a un rapport avec Malefoy et sa mission ?

- Oui, mais s'il te plaît, promets-le, demanda-t-elle.

Gabriel la fixa intensément, et Dorea soutint son regard avec insistance.

- Il faut prévenir Dumbledore, Dorea...

- J'ai fait ce qu'il fallait de ce côté. Maintenant, je veux que tu promettes que si les choses tournent mal, tu suivras ces instructions écrites sur ce parchemin.

Le jeune homme soupira, ferma les yeux et hocha enfin la tête.

- D'accord, murmura-t-il.

- Prends ça aussi, au cas où j'aurais besoin de t'appeler.

Elle tendit un petit gallion de sa main. La pièce se dédouble sous les yeux de Gabriel. Habitué aux démonstrations de puissance de la jeune Artwood, il prit l'une des deux pièces et la glissa dans sa poche.

- Garde-le tout le temps sur toi.

- Oui.

0o0

Janvier 1997 – Poudlard

- Toujours rien ? demanda Blaise lorsque Théo les rejoignit dans la Grande Salle pour le déjeuner, un dimanche de la fin janvier.

- Rien. Nous sommes si désespérés que Granger a commencé à chercher dans les livres de la bibliothèque.

- S'il n'y a rien dans les livres de ton père, je ne vois pas ce que les grimoires de cette maudite école, prônant l'égalité et la tolérance, pourraient nous apporter, remarqua Daphné. Au fait, Dott', tu as reçu du courrier par le hibou du matin, mais tu étais déjà partie à l'entraînement, dit-elle en lui tendant une grande enveloppe sur laquelle le cachet du cabinet d'avocat de sa famille était apposé.

- Qu'est-ce que c'est ? interrogea Blaise, curieux.

- Oh, rien d'intéressant, répondit Dorea en saisissant l'enveloppe pour la ranger aussitôt dans son sac. Juste des formalités administratives concernant les affaires de mon père. Étant la seule légataire, je dois fréquemment signer des papiers examinés au préalable par mon grand-père et mon avocat.

Blaise hocha la tête et retourna à son repas.

Lorsque Dorea pénétra dans sa chambre un peu plus tard dans la matinée, elle sortit l'enveloppe de son sac et s'installa sur le lit pour vérifier que son avocat avait bien respecté ses instructions.

Elle sortit la petite liasse de parchemin de l'enveloppe pour y jeter un coup d'œil.

« Acte de donation – Patrimoine de la famille Artwood »

Entre les soussignés :

Ci-après désigné « le Donateur »,

Et :

Dorea Artwood, née le trente et un juillet mille-neuf-cent-quatre-vingts à Godric's Hollow, étudiante

Ci-après désignée « le Donataire »

Et :

Deirdre Artwood, épouse Feldmann, née le dix-huit août mille-neuf-cent-soixante-cinq à Highclere Castle, Newbury – Neurochirurgienne à l'hôpital Mont-Sinaï, New-York

Ci-après désignée « le Second Gratifié »,

Il est d'abord rappelé ce qui suit :

Le Donateur se dépossède librement de toutes ses charges en faveur du Donataire ainsi que des lettres de noblesse et du nom qui les possèdent.

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Juillet 1997 – Manoir Malefoy

- Penses-tu qu'elle sera en sécurité là-dedans ? demanda Dorea, perplexe, en observant l'épée placée dans le double fond de la malle de Drago.

- C'est une solution temporaire. Pour le moment, nous n'avons pas d'autre option.

- Bien, alors il nous faudra en trouver une rapidement.

Drago acquiesça et referma la malle d'un claquement sec.

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Septembre 1997 – Godric's Hollow

Dorea entra dans la maison, tâchant de faire le moins de bruit possible. Malheureusement, le parquet grinça sous ses pieds. Grimaçant, elle emprunta un petit couloir juste en face de l'entrée. À travers la faible luminosité de la pièce au bout du couloir, elle distingua Bathilda Tourdesac.

Le cœur battant, elle s'approcha doucement, mais le parquet grigna à nouveau sous ses pas. Elle s'arrêta, immobilisée un instant. Elle aperçut sur une table d'appoint, un livre à la couverture violette, avec la photo de Dumbledore trônant sur celle-ci. C'était la biographie de Reeta Skeeter. Au-dessus, sur le mur, elle distingua le portrait d'un jeune homme, au regard ténébreux, dont le visage était aussi beau qu'une sculpture façonnée dans le marbre.

Elle avala sa salive et, reportant son attention sur la petite pièce, tendit sa baguette pour prononcer des mots qu'elle n'aurait jamais cru devoir articuler.

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Octobre 1997 - Sussex

- Tue-le ! lui hurla Bellatrix. Allez !

Le bras de Dorea tremblait.

- Allez ! Fais-le !

Puis, une lumière verte illumina le coin de la pièce où le vieil homme était recroquevillé, désormais sans vie.

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Octobre 1997 – Belgrave Square

Dorea se servit une nouvelle rasade de whisky, la coupa d'un seul trait avant de s'écrouler au pied de son lit, les larmes inondant le sol moquetté.

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Novembre 1997 – High Marnham

Dorea perçut le bruit de l'eau derrière elle et sentit l'impact de son plongeon dans la rivière. Toujours consciente, elle ressentit comme des milliers de poignards tranchants lui transpercer le dos. Elle se laissa tomber au fond, voyant le ciel bleu à travers les petites vagues provoquées par sa chute. Elle ferma alors les yeux, se disant qu'après tout, à quoi cela servait-il encore de se battre ? C'était fini. Tout était fini. Alors qu'elle perdait connaissance, la douleur s'atténua progressivement.

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Novembre 1997 – La Chaumière aux coquillages

- Vite, aidez-nous ! s'exclama Gabriel en entrant dans la maison, le souffle haletant.

Il déposa Dorea sur la table, Fleur et Bill se précipitant vers lui tandis que le jeune Kowalski commençait à prodiguer des massages cardiaques.

- Je… je ne savais pas… dit George, choqué. Je ne savais pas que c'était elle.

- Il faut appeler sa tante et ses grands-parents, dit Bill. Je vais chercher ma mère pour qu'elle puisse les contacter.

Weasley se précipita dehors.

- Je t'en prie, Dorea. Pas ça. Ne nous fais pas ça, pleura Gabriel, comprimant désespérément sa poitrine.

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Novembre 1997 – Dunnotar Castle

Dorea papillonna des yeux, ayant la sensation que sa gorge, plus sèche que jamais, avait été ouverte pour y introduire un tube. En baissant le regard, elle vit effectivement un tube sortir de sa gorge.

Elle ouvrit la bouche, mais vit sa tante se précipiter vers elle.

- Ne bouge pas, Dott'. Ne parle pas. Ça va aller, assura-t-elle avec un sourire.

Les yeux de Dorea parcoururent la pièce, et elle fronça subitement les sourcils, reconnaissant les lieux où elle avait tant passé ses vacances étant enfant.

- Oui, nous sommes à Dunnotar, confirma Deirdre, répondant à sa question silencieuse. Nous sommes là avec tes grands-parents. Nous sommes tous là. Tu es en vie. Tu es en vie…

Puis, Dorea se rendormit, son corps épuisé ne pouvant supporter davantage.

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- Salut Dott', fit Théo en prenant place sur la chaise qui avait été placée près de son lit. Je vois qu'on t'a enlevé le tube ?

Dorea ne répondit pas.

- Ouais, je sais… tu ne peux pas parler.

La jeune femme saisit alors le petit tableau posé sur sa table de chevet ainsi qu'une craie et écrivit nerveusement :

« Pourquoi es-tu ici ? »

- Ta tante et tes grands-parents ne t'ont rien dit ?

« Ils m'ont raconté, mais je veux ta version. »

Théo inspira puis expira, puis il se lança :

- Quand on a su cet été que tous les élèves, excepté les nés-moldus, devaient impérativement s'inscrire à Poudlard… enfin, comme tu le sais, nous n'étions pas obligés jusqu'alors…

« Accouche, Nott. »

- Oui, bref… les parents Greengrass ont débarqué d'Allemagne avec Astoria et ont exigé que Daphné les accompagne. Ils craignaient les répercussions de l'absence de Daphné sur Astoria, sachant qui elle avait côtoyé à Poudlard. Donc Daphné a suivi, tout comme Blaise. Il était évident que je devais également faire partie du voyage. Mais Gabriel ainsi que ta tante disaient que c'était beaucoup trop dangereux, vu que Tu-Sais-Qui voulait mettre la main sur moi après toutes les informations que j'ai fournies à l'Ordre à la fin de la cinquième année. Dans le même temps, l'Ordre a contacté Gabriel en relatant ce qu'il se passait sur place et les événements du mariage de Bill et Fleur. Ta famille ne voulait pas rester inactives ; Gabriel était déterminé à intégrer l'Ordre pour tenter de te sauver, et moi, je voulais rentrer. Étant donné que tu avais fait une donation à Deirdre, nous avons réussi à rentrer au pays la veille de la rentrée et à nous terrer ici. Et… enfin, maintenant tu es là.

Théo contempla son amie avec une certaine anxiété, anticipant une réaction sévère ou même brutale. Mais, contre toute attente, la jeune femme se mit à sourire et lui tendit la main. Il la saisit alors et la serra avec compassion.

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Décembre 1997 – Dunnotar Castle

- Sache qu'à présent, aux yeux du monde sorcier, tu es considérée comme morte, annonça Lupin.

- Ma marque…

Dorea, assise sur une chaise derrière l'immense table en marbre de la salle à manger, était entourée des principaux membres de l'Ordre présents, notamment Lupin, Tonks, Bill et Arthur Weasley, ainsi que Fred et George. Tout comme Gabriel, Théo, sa tante, Ludwig et ses grands-parents.

Elle porta une main délicate à sa gorge douloureuse, peinant à avaler sa salive.

Sa grand-mère attrapa son bras avec douceur.

- Ne parle pas, ma chérie. Il ne faut pas que tu t'épuises.

Dorea écrivit alors sur le petit tableau posé devant elle :

« Ma marque est constamment douloureuse. Il cherche sans doute à retrouver mon corps. »

- Pour ton corps, nous avons fait le nécessaire, Dorea.

« Comment ? »

- Nous avons fait boire du polynectar à un moldu qu'ils avaient tué dans les alentours et laissé là juste avant que nous arrivions pour évacuer la zone. Je sais, ce n'est pas très glorieux, mais c'était la seule façon de leur faire croire que tu avais péri dans le lac. Ils sont revenus le chercher le lendemain.

« Il faut que j'y retourne ! »

- Non, Dorea ! s'exclama Lord Beaumont d'une voix forte. Tu dois rester ici. Tu as suffisamment fait pour l'instant.

- Dorea, intervint sa tante, nous respectons le fait que Dumbledore t'ait chargée d'intégrer les Mangemorts pour mener à bien une mission sûrement cruciale en ces temps troublés. Et nous savons aussi que Drago Malefoy peut t'être éternellement reconnaissant d'avoir accompli un tel sacrifice. Mais à présent, nous te demandons… non, nous t'ordonnons de rester ici et de ne rien faire. Repose-toi et récupère ; quand le moment sera venu, tu pourras retourner te battre. Car nous savons que ton frère a besoin de toi. Mais pour réussir à gagner cette guerre, il est primordial que tu parviennes d'abord à te rétablir totalement.

- De toute façon, tu n'as plus le choix que de rester ici, ajouta Lupin. La Gazette a annoncé ta disparition, et Fred a pris les mesures nécessaires sur Potter Veille.

« Et Drago ? »

- Laisse-le, Dott', intervint Théo. Il ne supportera probablement pas ta disparition, mais dis-toi que ce n'est que temporaire. Je suis certain qu'à un moment ou un autre, vous vous reverrez. Peut-être lors d'une bataille, ou même à la fin de cette guerre. S'il y a une fin un jour. Il t'en voudra, c'est sûr. Et il se peut qu'il ne te pardonne jamais. Mais sache que lorsqu'il découvrira la vérité, ce sera à lui de faire le bon choix. Il se trouvera à la croisée des chemins. Soit il voudra suivre son père et se soumettre à toutes ces absurdités, soit il se libérera du joug de sa famille. Mais pour toi, il ne te reste rien d'autre à faire que d'attendre et de prendre ton mal en patience.

Dorea avait les larmes aux yeux quand elle s'effondra brusquement. Tous se précipitèrent vers elle, tentant de la rattraper pour qu'elle n'atteigne pas le sol.

0o0

- Maman dit que tu dois manger l'assiette entière, dit son cousin en lui tendant une cuillère de pâtes.

- Je n'arrive pas encore à bien mâcher, William, grogna Dorea dans un murmure.

- Oui, mais elle a dit…

- Qu'elle me le ferait bouffer par intraveineuse s'il le fallait, soupira la rousse. Je déteste la médecine moldue, ajouta-t-elle en grimaçant.

- Ouais, ça n'a pas l'air très amusant, rétorqua son cousin avec un visage contrit. Mais c'était le seul moyen pour que tu puisses respirer de nouveau.

- Allez, fais-moi ingurgiter ces pâtes pour qu'on en finisse.

0o0

Janvier 1998 – Dunnotar Castle

Dorea touilla mollement sa fourchette dans son assiette, peu convaincue, sous le regard exigeant de sa grand-mère. Puis, soufflant d'exaspération, elle décida de manger une petite portion de tarte quand Lupin fit irruption dans la pièce.

La jeune femme se figea en voyant qui l'accompagnait.

Tous se levèrent de table, les yeux braqués sur les nouveaux venus. Daphné et Blaise avaient les yeux aussi écarquillés que Dorea elle-même.

- Je vous amène de la visite, annonça Lupin avec un grand sourire.

Dorea contourna la table, retrouvant Daphné, et elles se jetèrent dans les bras l'une de l'autre.

0o0

Février 1998 – Dunnotar Castle

- Bravo !

Sa famille, Théo, Daphné et elle applaudirent alors que Blaise venait de célébrer son dix-huitième anniversaire. Daisy, l'une des domestiques d'Highclere Castle, qui avait aussi trouvé refuge en Écosse avec le reste du personnel des Artwood, coupa le gâteau au chocolat en huit parts égales.

Alors que le majordome les servait un à un, Dorea planta sa fourchette dans la part destinée à son assiette, retrouvant sa gourmandise d'antan.

Les autres échangèrent des regards ravis, et tous continuèrent à converser joyeusement, oubliant, ne serait-ce qu'un instant, la guerre qui faisait rage à l'extérieur.

0o0

Mars 1998 – Dunnotar Castle

- Attends ! Attends…

Dorea était totalement essoufflée, un point aigu commençant à apparaître au niveau de ses côtes. Les vagues longeaient la petite plage sauvage sur laquelle ils trottinaient.

- On ne court que depuis vingt minutes, Dott', soupira Daphné, exaspérée de devoir s'arrêter une fois de plus.

Dorea se courba, s'appuyant sur ses jambes, inspirant et expirant, cherchant à retrouver un rythme cardiaque régulier. Blaise s'approcha d'elle, tandis que le bruit de l'eau projetée contre les rochers derrière eux la fit légèrement sursauter.

- Dott', nous sommes en sécurité ici.

- Facile à dire, répondit-elle en haletant. Je n'ai plus de baguette pour me défendre au cas où quelque chose arriverait.

- Dit-elle alors qu'elle pourrait détruire ce rocher d'un simple geste de la main, se moqua sa meilleure amie. Allez, on court encore dix minutes, et après nous ferons des pompes.

- T'es… t'es sérieuse là ?

- Dorea, il faut que tu te remettes en forme, assura Blaise.

- On ne peut pas juste s'arrêter un moment et… et aller prendre un petit goûter ? Mrs Patmore a préparé une tarte aux pommes.

- Dott', je suis très heureuse que tu aies retrouvé ton appétit d'ogresse, mais il va aussi falloir que tu retrouves tes abdos, tes fessiers et tes quadriceps. Sans compter que tes bras semblent avoir été passés dans une machine à pâtes. Alors, sport et entraînement chaque jour pour éradiquer cette vermine de la surface. Est-ce suffisant comme raison ?

- Ouais… ouais, c'est suffisant.

Daphné reprit sa course, tandis que Dorea serra les dents, prenant sur elle pour la suivre, talonnée par Théo.

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- Ferme les yeux… concentre-toi… Dott', fit Théo d'un ton menaçant.

- Mais quoi ?! s'exaspéra la rousse. J'ai fermé les yeux, non ?

- Je sais à quoi tu penses. Et c'est non. Pas tant que tu n'auras pas réussi à brûler ce tableau.

- Sérieusement, c'est un tableau qui appartient à ma famille depuis plus d'un siècle ! Tu sais combien ça vaut, ça au moins ?

- Ne me fais pas croire que tu tiens à un seul objet que contient ce château. Tu t'en fiches. D'ailleurs, ta tante m'a assuré que ton père le détestait et qu'elle serait très heureuse de s'en débarrasser également. C'est donc un bon outil d'entraînement.

- Tu es sûr de ton coup ? demanda la rousse, perplexe.

- Tu dois devenir aussi forte que lui. Je suis convaincu que tu peux développer tes pouvoirs et pas seulement métamorphoser tout ce qui existe sur cette terre, mais aussi contrôler les éléments.

- Je ne sais pas… Peut-être que mes pouvoirs ont leurs limites…

- Justement, la marque des Ténèbres peut t'aider à dépasser ces limites. En général, la magie d'un sorcier portant cette marque est bien plus ténébreuse qu'à l'origine. Elle se décuple et devient donc plus puissante. C'est mon père qui me l'avait expliqué, précisa-t-il, remarquant le froncement de sourcil de la rousse. Tous les mangemorts le savent. C'est pour cela que cette marque est si séduisante. Mais à toi, on ne t'a rien dit. Tu sais pourquoi ?

- Pourquoi ?

- Parce que le Seigneur des Ténèbres redoutait que tu utilises cette information à ton avantage. Il a peur de tes pouvoirs, Dott'. C'est pour cela qu'il préférait t'avoir de son côté plutôt que contre. Il voulait avoir accès à tes pouvoirs. À présent, il ne reste plus qu'à lui prouver que ses craintes étaient légitimes. Tu comprends ?

- Oui.

Dorea reporta son attention sur le tableau qui était devant elle, inspira profondément et ferma les yeux, essayant d'occulter tout ce qui se trouvait autour d'elle. Elle visualisa le tableau tel qu'il était, représentant des anges squelettiques descendant tout droit du ciel. Son père avait toujours affirmé qu'il souhaitait se débarrasser de cette représentation morbide de la cruauté du monde dans lequel ils vivaient. À présent qu'elle l'avait devant elle, et qu'elle l'examinait depuis plus d'une heure, elle ne pouvait que donner raison à son défunt père. Elle imagina alors des flammes dévorant le chef-d'œuvre, léchant le cadre en bois d'acajou, réduisant la toile en cendres.

- OUI ! s'exclama Théo soudainement.

Dorea ouvrit les yeux, fronçant les sourcils. Une petite gerbe de flammes était apparue sur le coin du cadre en bas, avant de disparaître aussitôt. Elle s'agaçait de ce faible résultat, mais au moins, elle avait une preuve qu'elle pouvait encore amplifier ses pouvoirs.

0o0

Théo, Blaise, Daphné, Dorea et sa famille mangeaient tranquillement dans la salle à manger, lorsqu'une boule argentée apparut au-dessus du centre de la table. La boule se transforma en un loup, et la voix de Bill Weasley s'en éleva :

« Harry, Ron et Hermione capturés au Manoir Malefoy. »

Sous le choc, Dorea se leva si brusquement qu'elle fit tomber sa chaise. Mais la voix de Bill poursuivit :

« Drago les a sortis de là. Ils sont tous en sécurité à la Chaumière aux Coquillages. »

Puis le Patronus s'évapora, plongeant la pièce dans un silence de plomb. Dorea posa ses mains sur la table, tous les regards tournés vers elle.

Drago les a sortis de là.

Seigneur, qu'avait-il fait ? Elle n'avait pas le temps de réfléchir davantage.

- Il faut contacter l'Ordre, ordonna-t-elle dans un murmure. Je veux qu'ils soient tous emmenés ici demain matin.