Eiilys : il peut ressasser autant qu'il veut, mais s'il ressasse mal ... XD
« Je vous écoute…
– Potter est un crétin, un hypocrite, un insupportable m'as-tu-vu, et le pire des arrogants. Je suppose que mon affection pour lui était le résultat d'une faiblesse passagère de ma part. La fatigue, la faim, l'isolement, les mauvais traitements. Aujourd'hui, je suis en pleine possession de mes moyens, et rien au monde ne m'agace plus prodigieusement que de me trouver en sa présence. Je pense que les sentiments que j'ai pu éprouver sont des symptômes de l'état de dépression dans lequel je me trouvais. Qu'en pensez-vous ? »
La plume de Nguyen s'était arrêtée après avoir tracé deux mots. L'expression de l'infirmier également était figée, le visage baissé sur son parchemin, mais les yeux levés, observant le vide, légèrement écarquillés.
Drago commençait rarement ses séances par une si longue tirade. Il avait aussi parlé un peu trop vite : D'habitude, sa voix était calme, posée, maîtrisée, et la plume de l'infirmier pouvait suivre son rythme presque sans omettre aucun mot.
« Vous le savez comme moi, Monsieur Malfoy, indiqua finalement l'infirmier en reprenant son écriture. Je ne suis pas censé donner mon avis ou mon opinion.
– Vous êtes censé le faire en cas de question directe, rappela Drago. Dans le chapitre sur les relances. Il était écrit que vous ne deviez pas donner votre opinion personnelle mais une opinion qui pourrait être celle d'un observateur extérieur. Or, vous êtes un observateur extérieur : Je ne vous ai jamais véritablement parlé de mes sentiments, après tout. »
Nguyen soupira, termina la rédaction de sa phrase, puis se réenfonça dans son fauteuil en faisant danser sa plume entre ses doigts au-dessus du papier.
« J'imagine, supposa-t-il au bout d'un moment, que le Survivant peut avoir un certain charme et qu'il n'est pas forcément aberrant d'éprouver des sentiments romantiques à son égard. Nul besoin d'être malade pour cela. »
Drago fronça les sourcils. Il n'aimait pas cette réponse.
« C'est un crétin, répéta-t-il.
– J'en doute. Il est certes plus réactif que réfléchi, mais j'ai cru constater qu'il ne manquait pas d'intelligence pratique.
– Il est incapable de comprendre un calcul simple. Je dois tout faire à sa place.
– Je crois qu'il s'agit là de votre travail.
– J'ai dû accepter ce travail parce qu'il ne s'en sortait pas seul. Ceci n'invalide pas du tout le fait qu'il soit un crétin. »
Une nouvelle fois, Drago avait parlé un peu trop vite. Nguyen arrondit ses lèvres sur une moue dubitative, puis trempa de nouveau sa plume dans l'encrier avant de reprendre sa rédaction.
« On peut aimer les crétins », annonça-t-il avec la placidité d'un prophète.
Drago n'avait jamais aimé les crétins. Il avait apprécié la compagnie de Vincent et Gregory, mais ça n'avait rien à voir. Il se consumait d'affection devant les animaux les plus mignons et stupides, mais il s'agissait alors d'un amour purement esthétique et quasi maternel.
« Pas moi, affirma-t-il. Je ne…
– Pourquoi m'avoir demandé un avis, Monsieur Malfoy ? On pourrait croire que vous espéreriez que je dresse pour vous des arguments qui iraient à l'encontre des vôtres. Or, pourquoi voudriez-vous entendre la liste des raisons qui vous feraient aimer Harry Potter ? »
Drago prit quelques secondes pour digérer la réplique de Nguyen. Il lui en fallut quelques autres pour trouver quoi y répondre. Sa voix n'avait jamais été aussi trainante que lorsqu'il reprit la parole :
« Peu importe. Vous aviez raison sur le fait que votre avis manque d'intérêt et nous fait perdre du temps. Vous pouvez reprendre votre écriture, je ne m'interromprai plus. Il est un crétin donc. Inutile d'expliciter mes propos ici, je suis persuadé que ce jugement est partagé par quiconque serait capable de le considérer de manière objective. Son hypocrisie est plus difficile à déceler, mais je l'ai découverte pour ma part l'année de mes onze ans… »
·
Le premier jour, Drago s'était rendu au cours de Patronus comme à son habitude. Il s'était trouvé quasiment agressé par Wihelma Vine qui avait passé une heure à chuchoter de façon de plus en plus sonore :
« C'est vrai ce qu'on dit sur toi et Price, Malfoy ? »
« Malfoy, c'est sérieux entre toi et lui ? »
« C'est juste du cul ou c'est sérieux, Malfoy ? »
« Malfoy, donne-moi un indice, par Merlin ! Je partagerai mes gains avec toi si tu m'aides ! Il y a de l'argent en jeu, Malfoy ! Des Gallions ! »
Les stupides paris des Surveillants, encore. Drago avait à peine réussi à produire son habituelle fumée argentée tant il était déconcentré : En plus des jérémiades de la Surveillante, il avait pu observer les regards moqueurs de ses collègues.
Le deuxième jour, il avait évité le cours pour avoir la paix.
Le troisième jour, ils étaient six à être venus le déranger directement à son bureau pour satisfaire leur curiosité. Drago avait fini par tirer la chevillette. Ils l'avaient laissé tranquille un moment, puis étaient revenus le soir-même, après le cours, et avaient tapé à la porte pendant plus d'une heure. Drago les entendait rire et chuchoter entre eux dans le couloir.
Le quatrième jour, il s'était enfermé jusqu'à l'heure du cours, moment auquel il s'était rendu directement à la Patinoire. Il avait trouvé Kieran Price et l'un de ses collègues débattant sur les réseaux de canalisation du château, installés à la table du banquet.
Pour justifier son déplacement, il avait dressé un tableau au mur, y avait adjoint un calendrier prévisionnel, un emploi du temps détaillé, puis les dates des présences et absences de tout le monde, les dates de réunions prévues… Enfin l'architecte avait fini sa discussion et était venu le rejoindre, tranquillement.
« Ils sont aussi chiants avec toi qu'avec moi ?
– Je pense qu'ils sont pires avec moi. Ils peuvent se permettre de me pousser à bout : Je n'ai pas le droit de me défendre », avait maugréé Drago.
Ils s'étaient alors regardés. L'œil de Drago était agacé et à bout de nerfs. Celui de Kieran Price était amusé et toujours plein de cette appréciation qu'il avait quand il observait le détenu.
« On s'isole ? » avait proposé Drago.
Ils se rendirent dans la même salle que la fois précédente et s'assirent sur la même table. Gloire à Morgan, Drago n'eut pas besoin de prendre les devants cette fois : Kieran Price lui adressa un sourire complice avant de lui prendre la main puis de se pencher sur lui.
Le baiser fut un peu plus autoritaire mais beaucoup plus court que le précédent : après trois ou quatre secondes, Kieran Price recula et affirma :
« On devrait discuter de nous. »
Rien de tel pour gâcher un bon moment. Drago fronça les sourcils, pinça les lèvres, puis ferma les yeux pour s'astreindre à garder un ton neutre avant de répondre.
« De quoi voudrais-tu parler ?
– On m'a dit des trucs sur toi, et… » Drago décida de se lever, et la voix de Kieran Price fut beaucoup plus rapide quand il reprit : « Et j'en crois pas la moitié. Mais j'imagine que les rumeurs sortent pas non plus de nulle part, et…
– Que veux-tu savoir ?! s'exclama Drago lui adressant un regard courroucé.
– Tu me plais beaucoup, Drago. Mais si tu cherches juste une aventure, je suis pas intéressé. J'ai passé l'âge des coups d'un soir. »
C'était à prévoir : Les rumeurs présenteraient forcément Drago soit comme une victime, soit comme une prostituée, soit comme une traînée. Il se posta devant la fenêtre et laissa ses yeux errer sur le morne horizon avant de répondre.
« Ce n'est pas non-plus ce que je recherche, indiqua-t-il finalement.
– Donc, t'as pas l'intention d'aller voir ailleurs sitôt sorti d'ici ? »
Il souffla doucement, cherchant l'inspiration. Il savait quelle était la réponse attendue, mais ne voulait pas mentir. Kieran Price s'attendait-il vraiment à ce que Drago s'engage sur une relation qui courrait au-delà de sa peine d'enfermement ? Alors qu'ils n'avaient jusqu'à présent échangé qu'un baiser ?! Est-ce que ce n'était pas trop tôt ? Par Merlin, il y a de cela quelques semaines, il n'imaginait même pas survivre jusque-là, alors aimer ?!
Il avait tenté d'aimer, et ça avait été un fiasco. Il avait aimé passionnément Narcissa Black et elle l'avait trahi. Il avait aimé désespérément Lucius Malfoy, et il l'avait haï. Il avait aimé Potter d'une façon dont il était désormais incapable de se souvenir, et l'expérience lui avait laissé une plaie à l'intérieur du crâne, à l'intérieur du cœur.
Il avait retenu la leçon : il n'aimait pas de la bonne façon.
« Drago ? »
Et par Morgan, était-il incapable de l'appelé par son nom ?
« Nous nous connaissons à peine, marmonna-t-il enfin, conscient qu'il lui fallait parler. Que veux-tu que je te dise ? Je n'en sais rien de ce que sera notre relation d'ici là. Est-ce que toi-même, tu comptes me jurer fidélité entre le moment où ton travail ici sera fini et celui où je sortirai ?
– Je ne te demande pas de t'engager pour les dix ans à venir ! s'esclaffa Kieran Price. On peut aller à notre rythme ! »
Drago lui accorda un regard suspicieux par-dessus son épaule. Il comprenait mal le but et la direction de la conversation et n'aimait pas du tout cette sensation de ne pas maîtriser les choses.
« Je veux être sûr que je suis pas juste un passe-temps pour toi, expliqua Kieran Price avec des yeux rieurs. Que tu m'utilises pas juste pour rendre Harry Potter jaloux.
– Ce n'est pas ce que je fais, répondit doucement Drago. Mais il l'est tout de même.
– Et bien moi aussi. »
Drago fronça les sourcils.
« Tu peux pas flirter avec nous deux à la fois, Drago. C'est lui ou c'est moi.
– Ça me semblait évident que c'était toi que j'avais choisi. Je le déteste ! »
Drago quitta la fenêtre pour revenir faire face à Kieran Price.
« Si tu le détestes, pourquoi est-ce que tu dînes avec lui chaque semaine ? »
Drago plissa les yeux. Potter avait senti venir cette conversation-là avant lui.
« Parce qu'il me l'a ordonné. Je ne suis pas tout à fait libre de mes actions ici, au cas où ça t'aurait échappé.
– Ordonné ? Rien que ça ? j'ai du mal à croire qu'il soit de ce genre-là…
– Pas ordonné en tant que tel ! Il est simplement insupportable quand je n'obéis pas à ses petits caprices ! Quoi qu'il en soit, je ne fais pas ça de gaîté de cœur !
– Comment tu réagirais si, moi, je dînais avec mon ex toutes les semaines parce que, sinon il est insupportable ? »
Et bien sûr, Potter avait eu raison. Drago soupira en détournant le regard. Il ne savait pas comment gérer ce genre de jalousies. La vérité, c'est qu'il était bel et bien une trainée. Il avait toujours refusé de s'engager dans quoi que ce soit de sérieux à Poudlard parce qu'il avait eu peur des ragots, déjà à l'époque.
Il considéra de nouveau Kieran Price qui attendait une réponse. Celui-ci avait beau être assis, ils faisaient la même taille.
« Est-ce-que tu veux que j'arrête de prendre mes repas avec lui ?
– Pour commencer, oui.
– Pour commencer ? répéta-t-il en haussant un sourcil.
– Je préfèrerais aussi que tu abandonnes ses ateliers de Patronus. »
Drago se mordilla les lèvres en hésitant. Autant les repas en tête-à-tête pouvaient prêter à confusion, autant les cours de Patronus se déroulaient en groupe et n'importe qui pouvait constater que leurs rapports à ces moments-là étaient au mieux lointains, au pire hostiles.
« Comme tu veux », abandonna-t-il finalement en haussant les épaules.
Il avait déjà sauté plus d'un cours alors ça tombait plutôt bien. Ça l'arrangeait, même, puisque les Surveillants comprendraient peut-être qu'ils étaient allés trop loin. Il n'aimait pas l'idée de réagir exactement comme Potter l'avait prédit, mais il n'allait pas non plus adopter le comportement contraire juste pour lui donner tort.
Kieran Price lui souriait d'un air aimable. Drago se glissa entre ses cuisses ouvertes et passa ses mains autour de son cou.
« Tu as fini ? le taquina-t-il. On peut revenir là où on en était ? »
Kieran Price ne se le fit pas dire deux fois. Il attrapa les hanches de Drago et l'attira vers lui d'un mouvement brusque.
Enfin, les choses sérieuses commençaient. Quand leurs bouches se rencontrèrent, Drago eut à peine le temps d'apprécier le goût de ses lèvres qu'il était déjà assiégé par sa langue, et quand il grimpa sur ses cuisses, il put sentir son désir dans son pantalon. Une nouvelle fois, il se fit la réflexion que la frustration avait parfois du bon, et que Kieran Price pouvait bien jouer le chaud et le froid avec lui tant qu'à la fin, il lui offrait ce désir brut et propre d'amant.
