Patronus
Bonnes fêtes de fin d'année Machaon's Apprentice, ce texte a été écrit dans le cadre du Secret Santa du FoF 2024
Meilleurs vœux pour l'année 2025
Reflet de l'âme, le patronus parmi tous les sorts dispose d'une place unique dans le cœur des sorciers. Synonyme de puissance, ils font la fierté de leur propriétaires enfin, chez presque tous les sorciers...
Bien que considéré comme un expert en la matière, je répugnai à libérer mon patronus, tant la forme qu'il prenait révulsait mon âme toute entière. Alors que les autres sorciers s'enorgueillissent de leurs boules de poils lumineuses, la mienne faisait écho à mon infâme secret, ma honte incommensurable, mon patronus mettait en exergue tout ce que je m'acharnai à cacher, à étouffer. Malheureusement pour moi, je ne le savais pas encore mais ce soir je devrais m'exposer comme jamais je ne l'avais fait.
L'ordre s'était réuni pour confirmer l'opération qui s'annonçait à hauts risques. Pour l'occasion, ils avaient décidé d'envoyer «leur meilleure équipe d'intervention», ce que Tonks considérait comme le SWAT de l'ordre du Phoenix (malheureusement peu de sorciers comprirent la référence de la jeune femme ce qui énerva ma camarade... ). Les heureux élus, soient leurs meilleurs combattants se réunirent à 18h au QG de l'ordre. Bizarrement pour mes comparses, il était évident que je devais en faire parti. Je devais bien admettre que leur foi en un vieux loup garou me surprit et me réchauffa le cœur quoi que je demeurais toujours un peu inquiet sur leur capacité de jugement...
Sirius jubilait, il avait enfin l'occasion de sortir cette maison qui ternissait chaque jour un peu plus son regard déjà sombre. Son excitation clairement palpable me fit sourire mais contraria en à peine trois minutes Alastor accompagné de Kingsley et de Tonks. L'enthousiasme Sirius nous valut donc un véritable sermon de la part du vieil Auror sur l'intérêt du vigilance constante, il nous rappela inutilement que nous partions en guerre et non en balade. Kingsley me lança un regard complice. Nous observâmes Sirius qui écoutait sans broncher le vieil homme: il avait probablement peur qu'Alastor le punisse et le condamne à demeurer dans cette maudite maison. Ce vieil auror avait un don aussi précieux qu'inexplicable pour canaliser tous les Black. Toutefois, sans l'intervention de Tonks, nous serions probablement partis en retard. Elle seule pouvait couper ses longs monologues sans finir pétrifiée ou métamorphosée en raton laveur comme l'avait jadis expérimenté Sirius. Je réprimai un sourire à ce souvenir, pour ne pas me trahir. J'avais promis à mon vieil ami de ne jamais raconter ce tragique événement qui datait de la première guerre aux nouveaux membres de l'ordre et en particulier à sa cousine.
Elle se tourna alors vers Sirius et lui murmura avec un air suffisant qu'il lui en devait une. Sans attendre de réponse ou même le haussement de sourcil de mon ami, elle me tira par la manche pour m'inciter à la suivre vers l'entrée. Elle venait de lancer le départ de notre expédition. Celui-ci sans doute aurait pu être plus solennel si elle ne s'était pas emmêlée les pieds dans l'unique plis du tapis, nous attirant dangereusement vers le sol. Bien qu'habitué à sa maladresse, je fus surpris et nous évitâmes la chute que grâce à l'intervention salvatrice de Sirius et Kingsley. Tonks leur sourit sans rougir de sa maladresse et continua à m'attirer dehors comme si rien n'était.
Une fois sorti, Sirius parut revivre. Alastor d'un simple regard assassin au propriétaire des lieux signifia qu'il n'avait pas de temps à perdre à humer l'air légèrement humide de la banlieue londonienne. Tonks s'éloigna de moi, fit un clin d'œil à son mentor qui répondit par une sorte de grognement. Ces deux là avaient un langage à eux seul, que je m'évertuai vainement à comprendre depuis quelques mois. Elle agrippa le poignet de Sirius et revint vers moi. Sans prévenir, et bien sur sans invitation, elle se colla dangereusement à mon bras, je sentis sa main parcourir mon avant bras, pour finalement me prendre la main. Ses doigts se nouèrent aux miens. Je n'eus pas le temps de frisonner à ce contact, qu'elle avait déjà lancé le transplannage, nous entraînant dans son sillage. Il n'y avait qu'elle pour se montrer si familière, comme si elle oubliait mon état. J'ignorais encore la raison de sa nouvelle habitude de transplanner à mes cotés. Elle n'avait jamais manqué de courage au contraire, mais peut être que les récents revers que l'ordre avait subis, l'orage qui s'annonçait, l'inquiétaient plus qu'elle ne voulait bien l'admettre.
En dépit de tout sens commun, de mon instinct de préservation, je la lassais faire. Enfin c'était présomptueux de ma part d'imaginer que je pouvais empêcher un Black de faire ce qu'il voulait. L'espace d'un instant, inconsciemment je resserrai mon étreinte sur sa main. Évidemment ce n'était que pour la rassurer... et faire sursauter mon pauvre cœur... Peut être fut-ce l'effet du transplannage, pendant un bref un instant, je jurai que sa chevelure s'était éclaircie.
Il me fallut quelques secondes pour scruter le nouveau paysage qui s'offrait à nous. Bien plus sombre, et sauvage que la rue de notre QG, nous avions renoncé aux pavés pour s'enfoncer dans une terre meuble. Tonks nous avait lâchés et brandissait sa baguette. Maugrey et Kingley arrivèrent quelques secondes plus tard. Alertes, nous avançâmes prudemment vers un tunnel de mine désaffectée. Aucune trace de sorcellerie au alentour, point d'ennemi, pas même un sortilège de chasse moldu. De prime abord cette mine paraissait des plus banales, cette normalité ne plaisait guère à Alastor et à Sirius. Selon un informateur de Dumbeldore, les mangemorts cachaient quelques chose dans cette mine. Sort? Créature? Artefact? Malgré une surveillance approfondie, le mystère persistait. Nous savions seulement que d'anciens mangemorts se retrouvaient à l'intérieur. Alastor mena le groupe en direction de l'entrée de la mine alors que Sirius et moi couvrions leur arrières.
Nous avançâmes sans encombre et pénétrâmes à l'intérieur. Au bout d'une soixantaine de mètres, sans prévenir Alastor abandonna son sort de lumière et fit apparaître son patronus. Un énorme Grizzli fluorescent grognait, ouvrant la marche avec panache. Je trouvai mon patronus monstrueux mais le sien avait de quoi rivaliser en terme de férocité. Son instinct (ou sa paranoïa) ne l'avait pas trompé. Nous n'étions pas seul comme l'attestait les quelques bruits de créatures s'enfuyant. En dépit de mon expertise dans ce domaine, je ne parvenais pas à identifier ses entités. Alastor grommela sans se retourner vers nous:
-Dora, …
Un instant plus tard, un lapin, non un lièvre virevoltait dans les airs avec une fluidité exceptionnelle. C'était la première fois que j'admirai son patronus et ne fut guère étonné de sa forme. La créature de Tonks paraissait si fragile comparé à l'ours mais il ne déméritait pas. Sans crainte, il sauta sur l'énorme patronus, grimpa jusqu'à sa tête sans que le carnivore n'émette le moindre grognement, au contraire ce dernier semblait s'adoucir à ce contact. J'avais rarement vu des patronus corporelles interagir entre eux. Ni Alastor, ni Tonks n'eurent besoin de donner le moindre ordre ou faire un seul geste de baguette. Leur maîtrise du sortilège avait donné naissance à deux entités lumineuses qui parvenaient à agir de leur propre initiatives. Je n'étais pas surpris pour Maugrey, mais la jeune Auror ne cessait de m'impressionner par sa maîtrise technique.
Son lièvre bondissait sans prévenir comme un éclaireur, puis revenait s'installer fièrement sur la tête du grizzli. Ce lapin immaculé finit par éclairer une sorte de serpent, non il s'agissait d'un vers: un vers de roche pour être exact, qui n'appréciait guère la lumière émanant des patronus. C'était incongru le vers de plus de 3 m fuyait le petit lièvre, nous fûmes surpris pas un congénère qui se lança avec une gueule béante couverte de dents de requins aux reflets métalliques sur le lapin toujours impassible. Avant même que je réagisse, l'ours se précipita, grogna et balança un coup de griffe monumentale sur l'assaillant qui fut projet du lapin. Le patronus de Tonks se mit à briller plus fort, une vague de lumière chaude nous traversa, puis se dissipa une vingtaine de mètres derrière nous. Les deux vers s'enfoncèrent dans leur sol. Le lapin retrouva immédiatement son trône au sommet de l'ours jouant avec les oreilles de ce dernier qui continuait d'ouvrir la voie.
Nous continuâmes notre avancée jusqu'à atteindre une grande cavité avec plusieurs chemins. Alastor tous les sens en alerte s'immobilisa et examina la situation. Tonks discutait avec son mentor, elle pensait rencontrer des sorciers et non des créatures dans cette mine. Elle lui demanda finalement son sentiment sur la situation:
-Dora, reste prudente, ordonna le mentor avec une pointe d'inquiétude dans la voix qui semblait déplaire à sa protégée.
-Je suis toujours prudente, vigilance constante Fol Oeil! je te rappelle! ironisa la jeune femme.
Alastor grogna, mais ses épaules se détendirent. Son ironie, son impertinence avaient le don d'apaiser ce sorcier bourru. Je me retins de sourire mais face au clin d'œil complice de Dora, je cédai. Maugrey d'humeur jovial, la taquina:
-Comme quoi même les idiotes arrivent à retenir les bases... Je sens une vieille magie émanait de sous nos pieds, mais je ne sais pas c'est.
-Tu ne sais pas? fit elle avec une mine scandalisée, ignorant volontairement la pique lancée.
-Je n'ai pas la magie infuse, chipie.
-Comment ça tu ne sais pas tout? Je crois que je viens de perdre foie dans l'univers! se moqua la jeune protégée.
Pendant ce temps, Kingsley semblait s'intéresser à des traces suspectes sur sol. Malgré la situation, je me sentais étrangement bien. Alors que j'examinais sa découverte, je le vis sourire sans en saisir immédiatement la raison. Il me fallut quelques secondes pour comprendre que le petit patronus trublion avait choisi un nouveau support. Sirius trouva hilarant que je débatte avec le lapin et évidemment Tonks fut de son avis. Mon vieil ami me le fit savoir sans ménagement:
-Si on compte les points, je suis regret d'annoncer que c'est le lapin qui gagne. Qu'il est beau mon grand loup malmené par un amuse-gueule!
-Évidemment que mon lièvre l'emporte, fais toi une raison Remus, ou sinon tu finiras en casse-croûte.
-Tonks, fais quelque chose! Il me prend vraiment une carotte géante...
Il n'y avait que Sirius qui se permettait de rire ainsi de ma lycanthropie, mais je les fusillais tous les deux du regard. C'était une mauvaise idée de les associer pour partir en mission. La lumière de son patronus m'irradiait, je ressentis la même la chaleur m'envahir que celle qu'elle générait en me prenant la main pour transplanner. Une chaleur qui faisait allégrement frémir mon cœur. Malgré un second appel à l'aide aussi tacite qu'impérieux envers sa créatrice, son lièvre taquin finit par trouver refuge sur mon épaule. Je sentais parfois ses moustaches me chatouiller le menton.
Pendant ce temps Kinglsey et Fol-Oeil avaient identifié deux couloirs plus suspects que les autres. Alastor nous sépara en deux groupes, Tonks l'accompagnera sur le chemin de droite, et nous autres prendront la seconde route suspecte. Son lapin me quitta non sans grimper une dernière fois sur ma tête pour ensuite retrouver sa place sur le dos de l'ours. J'aurais préféré ne pas se séparer, mais je ne m'inquiétais pas: Alastor et Tonks ils formaient une équipe redoutable et complémentaire. Le vétéran prit alors parole avant de s'enfoncer dans la couloir.
-Les garçons on se retrouve dans 30 minutes dans cette salle.
-Kingsley, je compte sur toi pour nous les ramener en un seul morceau, renchérit Tonks sans attendre de réponse.
Ce dernier acquiesça et fit apparaître son patronus, qui prit la forme d'un lynx. Celui s'avançait majestueusement vers la galerie. Sirius me connaissait trop bien, sachant que je n'aimais faire apparaître mon maudit patronus, alors il invoqua le sien. Son chien n'avait rien à envier à l'énergie du lièvre. il tourna plusieurs fois autour nous puis partit en exploration, parcourant la langue pendante la distance qui le séparait du lynx. Au moins son patronus ne me sautait pas dessus. Pendant que nous avancions, Sirius s'approcha de moi pour me tourmenter:
-Il n'est pas aussi mignon que son lapin, tu aurais préféré l'accompagner?
-Et me priver de ta charmante compagnie, jamais, répondis je au tac au tac à moitié excédé.
-Tu le reconnais enfin, je suis ravi.
-Sirius, j'éviterai ce genre de commentaire devant Alastor à ta place, conseilla Kingsley avec un sourire amusé.
-Je ne fais que le taquiner...se défendit-il.
-Le dernier a s'être aventuré trop prêt de sa protégée, a mystérieusement fuis le ministère pendant deux semaines après une simple conversation avec Fol Oeil... je vous laisse imaginer la raison.
-Un vrai Papa-poule, se moqua Sirius.
-En effet, mais ce n'est pas plus mal, Nymphadora attire toutes sortes de cinglés ou de dépravés qui veulent profiter de ces capacités,expliqua l'auror.
Je n'aurais pas du être surpris par cette déclaration, connaissant parfaitement le mépris et les ténèbres qui rongeaient notre société. Pourtant, avec son apparente innocence, son sourire à toutes épreuves, Dora me paraissait comme préservée de la noirceur. Kingsley coupa le court de mes pensées:
-Alastor a pris le couloir le plus dangereux, j'aimerai fouiller cette zone rapidement et le rejoindre.
Il avait parfaitement raison, Fol Oeil était bien trop protecteur avec les membres de l'ordre. Heureusement que Tonks pouvait tempérer ses ardeurs. J'étais persuadé qu'elle ne l'aurait jamais laissé partir seul. Même s'il le reconnaîtrait jamais, il tenait bien trop à elle pour lui faire courir des risques insensés. Nous nous hâtâmes, Sirius effraya avec son chien de gnomes un peu trop curieux sans grande difficulté. Je me raidis instantanément, à mesure que des bruits d'explosion retentirent au loin, faisant frémir le sol et les murs de la galerie. Sans un mot ni attendre, je me retournai, et courrai à perdre haleine sur nos pas. Kingsley et Sirius me suivirent. J'entendis Kingsley me demandait de me calmer. Évidemment se précipiter à l'aveuglette dans une caverne obscure probablement piégée n'avait rien d'une brillante idée mais que vaut la logique fasse à l'instinct.
Le lynx me dépassa et m'ouvrit la voie, j'avais du mal à respirer, je faillis vaciller en prenant appui sur une pierre instable. Cette fois-ci je ne pourrai pas prétexte la maladresse de Dora... Je sentis une main me pousser contrecarrant l'effet de la gravité. Sirius malgré ses années Azkaban semblait en bien meilleure condition physique que moi. Chaque inspiration me rappelait le poids des années, ma faiblesse, mes genoux n'appréciaient guère cet effort bien trop violent mais je maintenais le rythme. Une fois dans la pièce principale que nous avions quittés, je m'arrêtai un instant, inspirant le plus profondément possible. Nos camarades brillaient par leur absence, je déglutis alors qu'une nouvelle explosion en provenance du tunnel qu'ils avait emprunté retentit. Nous nous précipitons aussi vite que possible. Je fus soudainement éblouis par une lumière au sol, c'était son lapin qui se précipitait vers nous. J' hurlai, enfin, je criai aussi fort que mes poumons fatigués me le permettaient:
-Dora!
-Courrez! Fuyez!
C'était sa voix, évidement je lui désobéis, dépassant le lapin qui essayait de s'échapper du tunnel.
Je la vis courir en ma direction, épaulant son mentor, le traînant de toutes ces forces. Nos regards se croisèrent, elle semblait furieuse à en croire sa chevelure qui virait au rouge. Nous étions tous les trois prêts à les couvrir et parer n'importe quelle attaque. Quelque chose les poursuivait, un grondement menaçant.
-Bande idiots! Qu'est ce que vous ne comprenez pas quand je vous dis de fuir! nous vociféra-t-elle.
-Vous avez entendu la Dame, on se replie!grogna Maugrey qui semblait à bout de souffle.
Tonks n'attendit pas de réponse, sa main droite tenant pourtant fermement sa baguette m' agrippa au passage et m'entraîna dans sa fuite. Sirius passa son bras sous l'autre épaule d'Alastor. Ce dernier était comme soulevé par les deux Black qui courraient vers la place principale. Kingsley les laissa passer devant mais suivit le groupe en guettant notre invité mystère. Une fois dans la grande pièce, Tonks poussa Alastor dans les bras de Sirius et leur ordonna des s'éloigner contre le mur gauche. Sirius obtempéra emmenant de force le vieil auror qui peinait à retrouver son souffle.
-Kingsley, place toi à droite, contre le mur pour le prendre à revers. Cette saleté ne va tarder.
-Remus éloigne toi! ajouta-t-elle sans quitter du regard l'entrée du tunnel, tout en me repoussant.
On aurait dit qu'elle jouait les appâts, alors que j'allais la rejoindre, d'un geste de la main elle me repoussa en arrière. Elle avait vraiment osé me mettre sur le coté. J'enrageais, non je fulminais. Le bruit devenant de plus en plus fort, je reportai mon attention sur ce qui s'avéra une sorte de boule de boue noire qui roulait droit vers le centre de la pièce et mon petit lapin. J'observais cette chose se mouvoir, tournoyer plus qu'une simple boue, il s'agissait d'un étrange fluide, visqueux, opaque, fétide.
-Ne laissez pas cette boue vous touchez! aboya Maugrey, en prenant appui sur le mur.
Le patronus de Kingsley disparut à la seconde où il entra en contact avec cette substance. Il essaya ensuite de faire exploser la boule d'environ 2m50. En vain, celle ci se reformait sans même ralentir sa course. Alors que la logique voulait qu'elle fondit sur Tonks, ce fluide se déforma un instant pour braquer à gauche en direction de Maugrey.
-Je te l'avais dit Alastor, je n'avais pas déclenché ce foutu piège. Cette boule t'a dans le collimateur.
-Pour une fois que tu peux faire ta maligne... gronda Fol Œil prêt au combat.
-Je ne m'en prive pas vu que j'ai eu un bon professeur, coupa Tonks qui essayait de dissimuler son inquiétude.
La jeune femme s'avança vers la boule et lança un de sort lévitation qui fit aussi disparaître son patronus. A défaut de détruire la boule difforme, elle la souleva en l'air, la collant presque au plafond à trois mètres de son mentor. La boule tournait sur elle même, concentrant ses efforts pour atteindre Maugrey. Deux magies se contrebalançaient. Kingsley décida de soutenir l'effort de sa cadette, repoussa un peu plus loin la boule de boue. Les deux sorciers devaient maintenir leur sort alors que Maugrey aidé de Sirius étudiait ce drôle de sortilège. Alastor testa quelques contre sorts et même une potion de ratatinage sans le moindre succès.
-Remus, Ça va être ton tour, je compte sur toi pour les repousser. Ils arrivent.
Je reporte mon attention sur ma camarade en quête d'explication. Mon amie reste concentrée sur son sortilège. Elle aurait pu être plus précise sur la menace, je ne lis pas ses pensées!
-Tonks , qui arrivent? demandai-je une une pointe d'inquiétude et d'exaspération.
Elle ne me répondit pas, cette onde glaciale m'annonçait une menace des plus périlleuses. Un détraqueur surgit et se précipita sur Alastor et Sirius. Le patronus de Sirius luttait vaillamment, mais malgré ses efforts le sorcier s'avéraient particulièrement sensibles aux attaques de ses ombres cadavériques qui ne connaissaient que trop bien.
Deux autres détraqueurs firent leurs aspirations se dirigeant vers la première cible disponible en vue: Tonks. Face au danger, la jeune femme ne bougea pas d'un millimètre, accaparée par son sort de lévitation. Maugrey gravait des glyphes magiques tout autour de la boue qui le menaçait. Il préparait un sort d'envergure, alors que Sirius le couvrait de son mieux. Je savais ce qu'il me restait à faire. Vite, un souvenir heureux, mes retrouvailles avec Sirius, mes vieux amis, la chaleur de Poudlard, la chaleur de sa main dans la mienne...
-Expecto Patronum.
Une large lueur argentée sortit de ma baguette, et vola en direction de Tonks afin de la protéger. Je me rapprochai d'elle sans pour autant oser la frôler. Je voulais juste être en mesure de veiller sur ses arrières. Les deux détraqueurs ricochèrent contre ma boule de lumière. Concentré sur eux, je déglutis lorsque plus d'une dizaine de ces monstres arrivèrent par deux autres tunnels. Nous étions cernés, glacés, la lumière de mon pseudo patronus faiblit alors les détraqueurs entamaient une danse macabre autour de nous dévorant chaque once de lumière de mon âme. Tonks recula d'un pas, m'écrasant le pied, après quelques secondes de recherche à tâtons, sa main trouva la mienne. Elle planta ses ongles gelés dans ma peau et m'encouragea :
-Tu peux le faire Remus.
Était ce l'effet des détraqueurs où mon doute habituel, en tout cas, je n'en étais pas aussi convaincu qu'elle. Mon patronus, mon immonde bête étincelante ne pourrait pas être à la hauteur... Tous verront alors en moi un imposteur, tous verront ce monstre, mon monstre, tous mais surtout elle... Je respirais péniblement. Le malaise qui régnait dans mon cœur, s'intensifia dès qu'elle lâcha ma main. Honteux, je n'eus pas le courage ou la prétention de la retenir. Je tremblais, les ombres volantes me paraissant toujours plus nombreuses.
Tout en maintenant son sort, elle pivota alors vers moi, posa avec autorité sa main sous mon menton, me forçant à croiser son regard. Par Merlin, que sa main était froide... Elle m'intima alors de ne regarder qu'elle. Je ne savais pas pourquoi, mais je lui obéis. Elle était si belle, si rayonnante à cet instant que j'en oubliais à la fois les détraqueurs et mes craintes les plus intimes.
-Expecto Patronum, murmurai je sans ciller.
Cette fois ci, mon monstre, mon secret, ma disgrâce, mon infamie, apparut à mes cotés, à ses cotés, plus brillant, scintillant que jamais. Sa main lâcha mon menton, prit la mienne, et m'attira contre elle. Par peur qu'elle ne vacille, ou plus vraisemblablement qu'elle ne s'éloigne, je passai un bras autour d'elle, me noyant un peu plus dans le rose de ses pupilles. Elle ajouta alors avec fierté en posant sa tête sur mon épaule:
-Je savais que tu pouvais le faire.
Il me fallut quelques secondes pour comprendre. Après avoir lancé un large regard circulaire autour de nous, je m'aperçus que mon patronus repoussait tous les détraqueurs créant une sorte de dôme protecteur aussi bien pour nous que pour Maugrey et son groupe. Extrêmement gêné, mais néanmoins heureux par cette incongrue proximité, je n'osai plus bouger, à peine respirer et encore moins recroiser ses pétillantes pupilles. Sans quitter mes bras, elle reporta son attention sur la sphère boueuse:
-Alastor, c'est quand tu veux, ton copain commence à être peu fatiguant.
Il demeura silencieux, mais les glyphes scintillaient autour de la boule revêche. Une vingtaine secondes plus tard, cette dernière rapetissa à vu d'œil pour finir avec un diamètre de moins de cinq centimètres. Les deux Aurors baissèrent leur baguette, la boule de boue tomba, Maugrey la fit léviter et l'enferma dans un étrange flacon. Une fois celui ci scellé, il le fit tournoyer comme pour examiner sa prise. Quelques secondes plus tard, je sentis toute son attention se porter sur mon humble personne. Je fis immédiatement un pas en arrière et libéra sa protégée. Il attendit un instant avant de commenter:
-Remus, pas trop mal comme patronus, fillette tu peux en prendre de la graine.
Le compliment de l'Auror m'alla droit au cœur, en revanche Tonks s'énerva. je vis ces cheveux viraient au rouge. Elle fulminait contre Alastor:
-Fillette! Si la fillette n'était pas là, papy Balou n'aurait pas eu un nouveau spécimen dans sa collection de bizarreries, non, papy n'aurait plus de collection... Et son patronus mérite plus qu'un pas trop mal.
Maugrey aurait stupéfixié n'importe quel autre malotru qui se serait permis de l'appeler papy. De toute évidence Kingsley et Sirius n'avaient compris pas la référence à l'ours malhabile de Disney contrairement à Maugrey.
-Il est en faut peu pour être heureux. Si je leur fait trop de compliments, ils deviendront aussi insupportable que toi.
-Avec moi, tu es plutôt avare de compliments.
-C'est inversement proportionnel au nombre de bocaux que tu m'as cassés.
En effet, il avait clairement la référence. Comment avait elle fait pour lui faire visionner ce film d'enfant? Tonks le fusilla du regard, Kingsley appela au calme, Alastor précisa à Tonks en me regardant:
-Si tu ne veux pas épuiser ton partenaire, tu ferais mieux de l'aider, au lieu de t'inquiéter pour moi.
Attendez, partenaire? Il avait bien dit partenaire. Oh non, Sirius sourit. Son chien tournoyait comme un petit fou autour de mon loup. Le patronus des trois Aurors firent leur apparition. Kingsley me complimenta à son tour, mon patronus rivalisé avec ceux des meilleurs Aurors. Sirius me tapa dans l'épaule, me félicita, puis me demanda dans un murmure taquin à quel partenaire je pensais pour faire apparaître un patronus si lumineux. Devant mon regard noir, il n'insista pas pour le moment, mais son sourire m'annonçait qu'il n'allait pas lâcher l'affaire.
En quelques secondes, la pièce sembla plus chaude, presque réconfortante. Tandis que je retrouvais peu à peu mon souffle, le chien de Sirius devant l'impassibilité de mon monstre se mit à courser le lièvre pendant plusieurs minutes sans parvenir à l'attraper. Ce dernier grimpait sur le dos de l'ours et toiser le petit molosse. Lorsque le chien défié dans son orgueil voulut approcher, un seul grognement de l'ours mit fin à sa témérité, ce qui nous fîmes tous sourire à l'exception Sirius. Ce dernier se vengea sur Tonks, mais ces piques ne semblaient pas l'atteindre. Son chien revint penaud réclamer l'attention de mon loup. Il finit par partir en éclaireur. Le lièvre approcha alors de mon patronus, je redoutais cet instant de peur que mon monstre ne morde ce petit herbivore trop téméraire. Mon loup s'assit, renifla le lapin faisant frisonner ses longues oreilles. Ce dernier fascinait par la queue de mon animal essayait de l'attraper sans succés, inventant un drôle de jeu dont je devais bien l'avouer ne pas comprendre la finalité. En tout cas, j'étais soulagé: mon loup ne l'avait pas dévoré.
Tous ensemble, nous explorions de nouveau le couloir de fixais mon patronus, sa simple vision parvenait à me faire oublier mon poing de coté tant il me révulsait: hideux, sauvage, menaçant, simplement monstrueux,... qu'il disparaisse au plus vite... Mes poings se resserrèrent. Tonks choisit ce moment pour se rapprocher et me murmurer comme si elle lisait dans mes pensées:
-Moi je l'aime bien, il m'a sauvé la vie...
-Tu n'as simplement pas conscience de l'horreur qu'il incarne répondis je froidement en fixant mon abomination.
-Bien que je ne doutais pas de la sincérité de ces paroles, je n'osai pas la regarder en face. J'aurai tant voulu que jamais il n'apparaisse devant elle.
-Tu te trompes, il n'y a rien d'horrible en toi.
-Tu me connais donc si mal répondis je avec mépris, en regrettant déjà mon emportement.
Sirius approcha, et posa une main sur mon épaule puis resserra son étreinte pour me calmer. Il fit de même pour ma camarade. J'entendis Tonks prendre une profonde inspiration, puis elle accéléra et se planta devant moi. J'enrageai mais j'évitai autant la collision avec cette sorcière révoltée que tout hypothétique contact visuel. Elle m'interrogea avec un ton malicieux qui ne m'amusa pas:
-Comment un sorcier aussi talentueux peut-il être aussi idiot?
-...
-Excellente question cousine, c'est ce qui fait le mystère mais aussi le charme de notre ami taciturne. Je m'interroge toujours... répondit Sirius pour combler le blanc que j'avais laissé.
-Bien souvent les questions les plus complexes ont bien une réponse simple fustigeai-je avec une humeur massacrante.
-Peux tu nous éclairer dans ce cas? renchérit le petit bout de femme avec fermeté.
-C'est évident, n'oublie pas ce que je suis: un... monstre,... celui qui dévore les enfants dans bien des histoi...
La gifle fut monumentale, m'empêchant de finir phrase. Kingsley et Alastor se retournèrent en entendant le claquement, mais n'intervinrent pas. C'était la première fois qu'elle me giflait … C'était la première femme à me gifler... Furieux, mon regard croisa le sien. Erreur fatale, ses pupilles jadis d'un rose salvateur s'étaient teintées d'une noirceur inégalée, m'affligeant, m'accablant bien plus que son coups. Je vacillai, reculai d'un pas et me dérobai à ses diamants noirs qui me dévoraient.
-Tu m'as devancé Tonks... indiqua Sirius dans un soupir.
Sans attendre, il nous serra tous les deux dans ces bras. Chacun sur une épaule, il me caressait la nuque comme jadis dans mes pires jours à Poudlard. Son étreinte dura quelques minutes. Je m'en voulus immédiatement. Pourquoi avais je lever le ton sur elle? En plus ce n'était ni le moment, ni le lieu... Je détestais vraiment ce patronus, il réveillait ce qui avait de pire en moi. Sirius me demanda si on pouvait reprendre la route, je marmonnai que oui. Tonks fit la même chose. Sirius nous prit chacun le bras et poursuivit la marche. Je sentais son regard complice m'examinait et me forçais à sourire pour l'apaiser. Je me risquais même un regard fugace vers Tonks qui n'échappa à l'Auror. Elle murmura simplement que j'étais un idiot, ce qui me fit véritablement sourire.
Une vingtaine de minutes plus tard, l'œil magique discerna une porte dissimulée non loin du piège qu'il avait hypothétiquement déclenché (sujet sensible que j'évitais soigneusement). Kingsley, évita à Tonks une chute maladroite juste devant la dite porte. Sirius nous lâcha, et examina la paroi. En appuyant à tâtons sur le mur, il parvint à déclencher le mécanisme d'ouverture. Je supposais que nous avions activé une alarme lorsque 4 Inferis, nous tombèrent dessus. Par chance, le Grizzli de Maugrey en brisa deux d'un simple coup de patte, tandis que le lynx et le chien chargeait la même cible. Le lièvre s'attaqua à la même cible de mon loup. Une fois débarrassé d'eux nous entrâmes prudemment dans la salle. La paroi laissait apparaître comme une veine de cristaux. Des cristaux magiques, des catalyseurs pour être précis. J'en avais jamais vu à l'état naturel.
Maugrey récolta plusieurs échantillons. Je me demandai quelle quantité de flacons ou bocaux il cachait dans ces poches. A bien réfléchir, je ne voulais pas savoir ce qui dissimuler dans son vieux manteau... Il s'installa dans un coin, puis sortit une sorte de kit d'alchimie portable inédit, avec l'assistance de Tonks, il mélangeait divers substances produisant par moment de légère détonation. Je doutais fortement que confier ce type de tâche à quelqu'un d'aussi maladroit que la jeune Auror fusse une bonne idée, mais je m'abstins de tout commentaire, surtout après le ton que j'avais employé avec elle. Toutefois un regard complice de Sirius me confirmait qu'il nourrissait les mêmes appréhensions. Kingsley quant à lui examinait la roche, tentant d' estimer la profondeur de la veine découverte.
Trouvant probablement trop calme notre petit groupe, le chien de Sirius entreprit de nouveau une chasse au lapin. Le lièvre joueur se cacha cette fois ci sous mon loup. Évidemment le chien de Sirius n'eut aucune compassion pour mon patronus et fonça sur sa proie. Le lapin bondit de trois mètres sur coté au dernier moment pour éviter l'assaut. La patronus de Sirius fit une glissade ou une roulade pour récupérer la trajectoire. Alors qu'il allait de nouveau se jeter sur sa proie, mon loup me surprit. Il s'interposa, aboya une seule et unique fois. Le lièvre comme le chien se figèrent de stupeur. Le petit molosse surpris, prit un air repentant et s'allongea docilement. Pendant un instant j'enviai mon monstre...si seulement, j'avais le même pouvoir sur Sirius...
-Merci d'avoir arrêté leur enfantillage Remus, grommela Fol Œil.
-Si seulement cela pouvait durer, TON chien Sirius est infernal, déclarai je avec malice pour détendre l'atmosphère.
-Mais c'est le lapin qui le provoque! s'indigna-t-il
-Balivernes, tu le pourchasses sans raison et en plus sans parvenir à l'attraper, corrigea Tonks.
Sirius bouda et alla examiner le fissure de cristaux, alors que j'observais à distance raisonnable l'alchimie de mes deux Aurors à l'œuvre. Quelques minutes plus tard, Sirius vint à ma rencontre l'air triomphant. Mes années à Poudlard m'apprirent immédiatement qu'il allait abuser de ma patience:
-Comme ça, c'est mon chien qui est le plus turbulent et indiscipliné de nos patronus déclara- t-il en préambule.
-En effet, répondis je sans comprendre où il voulait en venir.
-Je confirme, attesta Kingsley en guise de soutient.
-Pourtant ce n'est pas mon Patronus Remus, qui s'accapare le lapin pour lui faire des mamours.
Je déglutis en pivotant d'une quarantaine de degré vers l'entrée de la pièce. Non, ce n'était pas possible... et pourtant... mon loup était allongé, la queue trépidante comme jamais avec entre ces pattes le petit lapin qu'il mordait... non qu'il léchait allégrement. Comment? Pourquoi? Bordel!Mon patronus, mon monstre était-il à ce point détraqué?
D'un coup de museau, il fit s'incliner le petit animal sur le coté et recommença son entreprise de léchouilles et de caresses. Ce lapin était- il aussi idiot que mon loup pour approcher d'aussi prêt ses canines affûtées? Je n'avais jamais rougi aussi vite de ma vie. Jamais j'eus aussi honte et pourtant je jouissais d'un certain palmarès dans cette discipline. Je ne pouvais pas le faire disparaître au risque d'ouvrir la porte aux détraqueurs... Lorsque le chien de Sirius s'approcha d'eux en quête d'un compagnon de jeu, le lapin se raidit sur la patte de mon molosse prêt à bondir. Mon patronus émit un grognement d'avertissement et d'un coup de patte maladroite fit tomber le lapin sous sa gueule béante. Il reprit là ensuite où s'était arrêté, ne se lassant pas de câliner ce qui aurait pu lui servir de repas. Par Merlin, le lapin ne semblait plus vouloir bouger, niché ainsi entre ses griffes et ses crocs. Je n'osai pas me retourner vers Tonks... Paniqué, piégé, la lumière de mon patronus chancela.
-Remus? m'interpella doucement Tonks en m'approchant.
-… Je suis .. désolé... balbutiai-je bêtement en fuyant son regard.
Elle posa sa main sur mon bras déjà tremblant, ce qui me fit sursauter. Je lui lançais un bref regard, ses joues avaient rosi et je doutai sincèrement que cela soit du à sa magie de métamorphose. Sa gêne devait être encore pire que le mienne... Mon patronus, cet immonde loup causerait ma perte...
-Tu n'as pas à t'excuser... pas pour çà en tout cas, annonça-t-elle calmement.
-...Je .. suis déso..
-A vrai dire, cela n'a rien d'étonnant, me coupa-t-elle avec un peu plus d'assurance.
Une assurance qui a cet instant me faisait cruellement défaut. Je permis un second regard vers ma camarade, elle semblait ni horrifiée, ni mortifiée. Elle me sourit et me précisa non sans rougir de nouveau:
-Je t'avais bien dit que j'aimais bien ton patronus, pas étonnant qu'il s'entende bien avec le mien.
Ces paroles furent comme une bouffée oxygène alors je m'attendais à une seconde gifle. Je m'abstins de commentaire, fuyant le regard de tous les témoins de cette scène incongrue. Sirius face à mon trouble, garda le silence et posa de nouveau une main fraternelle sur mon épaule.
Au bout de quelques minutes, Maugrey se releva. Je sentis le regard assassin d'Alastor m'électriser le dos.
-Remus n'abuse pas de ma patience, quand tu aura fini de folâtrer avec cette petite boule de poils, nous pourrons peut être enfin détruire cette veine et quitter cette maudite mine.
Je reportai mon attention sur notre aîné, heureux de rentrer au QG et aussi surpris de ne pas avoir été étripé par le plus puissant et paranoïaque des Aurors. Tonks lui lança un regard assassin.
-Partons, répliquai-je en ignorant la première partie de sa remarque avant que ma camarade ne s'énerve.
-Il risque d'avoir des mangemorts dehors en plus de détraqueurs. On évite le combat ordonna l'Auror en fixant du regard Sirius.
-Si tu y tiens... répondit mon ami à contre cœur.
-J'y tiens. Je vais laisser quelques préparations de ma confection personnelle. Elles exploseront d'ici trente cinq minutes.
-Sirius; tu restes avec moi, Kingsley tu passes devant, nous te couvriront. Remus je te confie mon lapin alors ne foire pas.
-Attend .. s'indigna Tonks alors que j'acquiesçais silencieusement.
Dora, je te confie cet idiot, ramène le entier au QG.
-Je préfère ça, rétorqua Tonks avec un sourire triomphant.
-On décolle, ordonna Fol Œil, en faisant claquer sa canne au sol.
Le groupe se mit en route, la traversée des galeries ne posa aucun problème, nous ralentîmes une fois la sortie en vue. Kingsley s'y engagea, nous vîmes deux éclairs rouge s'abattre sur lui sans l'atteindre. Maugrey se précipita, l'un des assaillants fut projeté en arrière. Sirius et Kingsley entamèrent un duel à deux contre un contre le deuxième. Avec Tonks, nous les rejoignirent, suivis par une horde de détraqueurs que repoussaient nos deux patronus. Fol Œil ordonna à Kinglsey de transplanner. Ce dernier s'exécuta et disparut dans un éclair blanc. Notre commandant se rapprocha de Sirius, lui saisissant le bras. Il nous fit signe de déguerpir. Tonks pivota contre moi et m'agrippa par le col de mon pull avant de transplanner.
L'atterrissage fut plus brutale que d'ordinaire, je dus la rattraper pour éviter une chute mais elle ne semblait pas s'en soucier. L'adrénaline faisait toujours vrombir mon cœur, et affuter mes sens. A notre arrivée, une averse assourdissante régnait dans la rue où quelques lampadaires clignotaient. Tonks demeurait immobile sous la pluie. Crispée, son regard ne cherchait que la silhouette de son mentor qui apparut quelques secondes plus tard alors que le mien guettait l'apparition de Sirius. Je sentis soudainement ses épaules se relâcher. Maugrey était apparu et traînait de force un Sirius boudeur à l'intérieur. Kingsley les suivit sans attendre. Subitement, Tonks se rapprocha dangereusement, je sursautai alors qu'elle m'enlaçait sans invitation. Sa tête posé contre mon épaule je sentais qu'elle essayait de retrouver son calme. Elle était devenue au fil des missions avec l'Ordre bien trop affectueuse avec moi en dépit de mon état et de mes rappels à l'ordre. Déstabilisé, je voulus rejoindre nos camarades pour nous mettre à l'abri, Tonks emmitouflée dans mon pull, me serra un peu plus fort et grommela :
-Ne te fais pas d'idée, je suis toujours furieuse contre toi après ce que tu as dit, mais pour le moment tu vas m'accorder trois minutes sans broncher.
Même pour des membres aguerris de l'ordre, la soirée avait été riche en frayeurs et en émotions. Trempé, j'aurais aimé pouvoir attribuer ce sursaut ridicule d'émotivité qui m'assaillait aux cycles lunaires ou aux détraqueurs, mais je ne pouvais à mentir à mon cœur. Elle éveillait en moi, des sentiments, des espoirs qui mettaient douloureusement interdits, inaccessibles. Que recherchait-elle ? Que voyez t elle en moi? Un ami, un frère, un protecteur,... une cause perdue... ou autre chose? La vraie interrogation, celle que je m'interdisais même de murmurer, de penser me fit frissonner: Et moi, qu' espérai-je qu'elle en voit en moi ?
J'avais bien trop peur de la réponse, alors j'enfuis de nouveau ce fol espoir tout au fond des restes de mon cœur. Je pris une profonde inspiration, puis sans un mot, j'obtempérai resserrant maladroitement mon étreinte autour de mon petit lapin, sachant pertinemment que je n'étais pas digne de la serrer dans mes bras, pas même pour trois petites minutes. Par chance, la pluie battante, camoufla l'unique larme que je ne pus retenir : une larme à la fois de reconnaissance en vers cette furie rose, mais aussi une douloureuse larme de culpabilité.
Décidément, je ne valais guerre mieux que mon infâme patronus.
