Bonjour tout le monde !

Ça fait quelques temps que je travaille sur cette fiction qui comporte déjà beaucoup de chapitres. Je comptais attendre la fin pour tout publier d'un coup, mais tout compte fait je crois avoir suffisamment avancé pour vous proposer déjà ce début ! J'ai pensé la diviser en trois parties (trois "actes" pour copier Arcane héhé), chaque partie ayant une petite conclusion pour ne pas vous laisser dans un suspense intolérable !

J'ai tendance à publier par gros blocs, plusieurs chapitres à la fois, car je ne peux avancer correctement que dans les périodes de vacances ou mon esprit est moins entravé par les vissisitudes de la vie quotidienne. Mais comme je suis humain, et faible avant tout (et imparfait, n'en déplaise à Viktor), les reviews et les encouragements sont un bon moyen de me contraindre à publier.

Le premier chapitre ne sera pas le plus palpitant car comme je suis l'histoire (je répare l'histoire !) je dois repasser par quelques scènes déjà connues de tous. Promis, c'est plus sympa ensuite ;-)

Bonne lecture !


ACTE I - L'AGE D'OR

CHAPITRE 1 - NE DEMANDE PAS LA PERMISSION

« De quoi s'agit-il cette fois-ci professeur ? »

« Un jeune chercheur, à peine plus jeune que toi, a mené des expérimentations non autorisées par l'académie, et a saccagé tout un immeuble dans une prodigieuse explosion ! »

Viktor retint un rire étonné. C'était donc ça, le fameux incident qui parcourrait toutes les bouches de Piltover, et qui avait alimenté les rumeurs les plus folles, allant de l'attentat Zaunite meurtrier, aux plus basses théories complotistes sur les expériences immorales de la citée du progrès.

« Une explosion de cette intensité, ce n'est pas anodin. Sur quoi portaient ses travaux ? »

« C'est ce que tu vas devoir découvrir mon garçon », lança frénétiquement Heimerdinger. Le vieux yordle qui farfouillait tous les recoins de son bureau à la recherche d'on-ne-sait-jamais-trop-quoi déposa à l'intention de son assistant une liasse de documents sur la table. Viktor s'en empara, prit connaissance de l'adresse mentionnée sur l'en tête du formulaire, et dans un soupir, agacé par ces missions administratives pénibles, il emprunta le chemin de l'appartement d'un certain "Jayce Talis".


En arrivant à l'appartement, Viktor ne s'attendait surement pas à cela. L'homme à l'origine de la catastrophe n'avait en aucun cas la dégaine d'un jeune prodige obsédé par ses recherches. C'était un bellâtre soigné, que l'on aurait aisément pris pour un adolescent superficiel en le croisant au détour d'un bar. Il triturait nerveusement un tournevis dans sa main, en fixant le sol jonché de briques. Viktor s'adressa à lui avec ton méprisant et hautain, pour le sermonner comme un enfant irresponsable. Il semblait abattu et épuisé, affalé sur une chaise trop petite pour lui, pendant que 5 autres personnes fouinaient chaque recoin de la pièce à la recherche d'éléments compromettants. Il répondait malgré tout docilement aux questions, sans réagir à la moindre provocation. Toutefois, il n'avait pas souhaité en dire davantage sur l'objet de ses recherches, se réservant pour le procès. Et la chambre dévastée n'avait pas pu offrir plus d'indices à Viktor sur les expériences menées.

Cela n'aurait pas dû l'agacer plus que ça, et pourtant, en retrouvant ses appartements le soir, le Zaunite se sentit d'humeur maussade. Sans qu'il ne comprenne bien pourquoi, ce jeune scientifique l'intriguait. Et bien que Viktor soit davantage enclin à prioriser les faits sur les émotions, il gardait à l'esprit qu'une vague intuition pouvait très bien être un fait traité trop rapidement par son cerveau, sans qu'il n'ait eu encore accès à toute la démonstration. Toujours est-il qu'alors qu'aucune obligation ne lui avait été transmise, et que beaucoup de travail l'attendait, il décida d'assister au procès de Jayce Talis. Pour en savoir plus.


« À part une explosion vos travaux ont-ils abouti à quelque chose de tangible ? »

« Euh, non, rien du tout ».

La plaidoirie du jeune scientifique commençait fort mal, et Viktor se résigna vite à l'idée que toute cette affaire n'était qu'une banalité de plus à inscrire dans les vicissitudes de l'académie. Il s'apprêtait à rebrousser chemin, quand quelque chose d'inattendu retint son attention.

« Je tentais de créer de la magie ! »

Une vague d'indignation parcourut l'assemblée, et Viktor ne perdit plus un mot des échanges entre le conseil et Jayce Talis.

« Nous vivons pour les découvertes, pourquoi les craindre et non les maitriser ! C'est la ville du progrès, pensez aux merveilles que nous pourrions créer ! »

Malgré les supplications de l'accusé, le procès se solda par un échec absolu, pour ne pas dire une humiliation. Jayce échappa de peu à l'exil, et rien de ce qu'il avait dit n'avait agi en sa faveur. Pourtant, contre la tendance générale, Viktor se sentait plutôt réceptif à son discours. Lui aussi était profondément animé par le besoin de découvertes, par le souci de réparer le monde de ses imperfections et de ses injustices. Venant de la ville basse, il avait vu de ses propres yeux ce système d'apartheid injustifiable, il avait vu les femmes et les enfants mourir de faim, ou emportés par des maladies pourtant guérissables. Il avait vu la répression armée de Piltover, les échecs politiques répétés, il avait entendu le son des espoirs se fracasser contre le mur des passions sombres. Seule la science avait le pouvoir d'apaiser ce monde, il en était résolument convaincu. Et si la science pouvait effectivement maitriser les pouvoirs de l'Arcane, comme le supposait Jayce Talis, alors tout pourrait changer en une poignée d'années.

De retour au laboratoire du professeur Heimerdinger, Viktor feuilleta l'épais carnet de recherche confisqué, tout en écoutant son mentor marmonner sa désapprobation au sujet de la magie. Il passa un doigt sur l'emblème doré en forme de marteau qui ornait la couverture du journal. Et pour la première fois, Viktor trouva le vieux Yordle obtus, et fermé d'esprit. Et s'il avait fait mauvaise route depuis le début de son arrivée à l'académie ? Allait-il vraiment pouvoir apporter une plus-value à la communauté en continuant avec l'idéologie pudique et prudente prescrite par Heimerdinger?

Probablement pas.

Viktor emporta discrètement le carnet de Talis, et quelques éléments, avec lui.


« Est-ce que je vous interromps ? »

Quelques morceaux de roches se détachèrent de la paroi fractionnée du sol, au contact des pieds de Jayce qui reculait précipitamment du vide.

« Bordel ! »

Le jeune homme, enlisé dans son malheur, était sur le point de se jeter du haut de l'immeuble. Il n'avait même pas remarqué que Viktor l'avait rejoint depuis deux bonnes minutes, et l'observait calmement, curieux de voir s'il assistait bien à ce qu'il croyait voir. Talis était tellement convaincu par ses idéaux qu'il était prêt à mourir de ne pas pouvoir les mener à bien. S'il fallait un indice supplémentaire pour convaincre Viktor qu'il avait ici affaire à un homme fait du même bois que lui, c'était chose faite.

« Vous êtes venu ici pour m'insulter ? »

« Ce que vous avez dit à votre procès m'intrigue »

« Vous êtes bien le seul »

« Oui, peut-être. Je voulais parler de votre travail. Votre théorie de l'Hextech….»

« Ce n'est pas une théorie.J'ai vu de mes yeux ce que peut la magie, les vies qu'elle peut sauver. Vous n'avez pas idée de combien c'est beau. Et maintenant, c'est fini. Personne ne m'a cru »

Viktor était sincèrement touché par la passion qui débordait de ces paroles. Il ne se rappelait même plus avoir méprisé ce garçon à peine 24h plus tôt. Cela le poussa, dans un élan extrêmement rare, à sortir de sa sempiternelle discrétion, et s'ouvrir un petit peu à lui.

« Personne n'a jamais cru en moi. Un pauvre boiteux des bas-fonds. Dès l'instant où j'ai posé le pied à Piltover, j'ai été un paria, je n'avais pas de nom, ni de mécène. Mais je croyais en moi. C'est pourquoi je suis ici. Je crois que vous tenez quelque chose et je veux vous aider à achever vos recherches »

« Personne ne croit que ce soit possible »

Viktor esquissa un sourire mutin.

« Pour changer le monde, il ne faut pas demander la permission »

Cet instant précis marqua pour Jayce un tournant décisif sans qu'il n'en ait encore bien conscience. Viktor n'était apparu dans sa vie que depuis quelques d'heures, mais il se sentait étonnement inspiré par la confiance de cet homme sorti de nulle part, dont le destin serait inextricablement lié au sien.

« Je ne connais même pas votre nom…»

« C'est Viktor ».

Un silence cérémonieux s'empara des lieux. Plongé l'un et l'autre dans leurs regards teintés d'espoir, seul le vent froid sifflant entre les briques venait remplacer l'absence de paroles. Une bourrasque glaciale les ramena à des considérations plus concrètes.

« Bien. Je vais chercher du lait chaud sucré et du café, nous allons en avoir besoin », proposa Viktor, frissonnant.

« Pour ? »

Viktor fit face au grand tableau noir entièrement annoté à la craie.

« Nous mettre au travail »

« Tout de suite ? Ici ? » S'étonna Jayce.

Ignorant la question, Viktor pointa son indexe sur une ligne hachurée du tableau.

« Jusqu'ici tes calculs étaient parfaits, tu as su extraire les données magiques de la rune pour la convertir en cristal chargé. Mais tu peines à stabiliser la charge pour en faire une énergie stationnaire et exploitable. Ça tombe bien, trouver l'équilibre dans des systèmes chaotiques, c'est une de mes spécialités de recherche. Regarde, je te propose de reprendre ce calcul-là avec cette variable…»

Jayce écoutait, hagard, ce drôle de type présenter ses hypothèses, en ayant visiblement déjà acquis une parfaite compréhension de ses travaux sur l'Hextech, sans qu'il n'ait eu besoin de lui expliquer quoi que ce soit. Il y a encore quelques minutes, Jayce était envahi par le désespoir, prêt à venir s'écraser au sol, et voilà qu'à présent il devait rassembler toute sa contenance et son sérieux, comme si de rien n'était, pour reprendre les calculs. Il resserra la prise de sa main sur le bracelet en cuir incrusté de la rune magique qui l'accompagnait depuis son enfance, et rejoint Viktor au tableau pour regarder les indications de plus près.

Jayce était fasciné. Les propositions de Viktor faisaient totalement sens, et ouvraient dans son esprit de nouveaux chemins de possibilités pour résoudre le grand mystère de l'Hextech. La logique implacable de son interlocuteur complétait à merveille son intuition désordonnée, et leurs échanges prirent immédiatement la forme d'une danse rhétorique fluide et évidente. Jayce avait déjà eu des collègues de recherche, en réalité, il avait même davantage eu à travailler en groupe que seul, et c'était bien la première fois qu'il reconnaissait chez une personne de son âge une intelligence égale ou supérieure à la sienne. Cette idée alluma un feu ardent en lui, une excitation intellectuelle insoupçonnée. Mais comment avait-il pu ne jamais entendre parler de cet homme avant aujourd'hui ?

Le passage au tutoiement se fit sans même qu'ils ne l'eurent remarqué, et ils se sentirent tous deux très vite à l'aise dans cette collaboration naissante. Avalant sa troisième tasse de lait chaud, Viktor recula pour contempler le tableau blanchi par leur nouvelle approche théorique. Jayce, avachit de fatigue sur une chaise grinçante, scruta le dos de son nouvel acolyte, se posant mille questions sur l'identité de ce dernier. Il était dévoré de curiosité, mais sentait bien que le moment n'était pas venu pour faire plus ample connaissance. Sur le peu de temps passé avec lui, Jayce pouvait néanmoins déjà déduire quelques informations : Viktor était de Zaun, il n'était probablement pas très apprécié, ou discriminé, car en dépit de son génie il n'était pas du tout connu à l'académie. Il était manifestement monomaniaque et travailleur acharné, il avait un étrange accent, et enfin, sa jambe était dysfonctionnelle. Sur cette dernière considération, il eut un hoquet de surprise en constatant que la canne reposait nonchalamment contre un mur, et que Viktor se tenait droit, remuant frénétiquement sa tasse, perdue dans ses songes.

« Tu t'es foulé la cheville ou quelque chose du genre ? »

Viktor laissa passer quelques secondes avant que la question de Jayce ne percute son esprit hypnotisé par les calculs.

« Oh, euh. Pas vraiment non »

« C'est pour te donner un style ? » tenta Jayce, devant l'absence d'explication.

Cela ne sembla pas amuser son interlocuteur qui répondit d'un ton sans humeur :

« C'est une maladie que j'ai depuis l'enfance »

« Mince, je suis désolé…»

« Une maladie assez bénigne à vrai dire. Mais il n'y a pas de bons médecins à Zaun, et encore moins pour les Zaunites les plus précaires. Alors, ça s'est aggravé…considérablement. Mais pour le moment c'est relativement stable et ça ne m'handicape pas beaucoup »

« Je vois », Jayce détourna le regard. « Si nous arrivons à maitriser la magie, alors plus aucun enfant n'aura à subir ça…»

Viktor inclina sa tête pour croiser par-dessus son épaule le regard plein de commisération de Jayce.

« J'y compte bien ».

Ils échangèrent un sourire, et une fois de plus cette complicité naissante les surprit.


Il devait être plus d'une heure du matin quand enfin ils trouvèrent une équation parfaitement convaincante qu'il ne restait plus qu'à tester. Viktor savait qu'il n'aurait qu'une seule chance de parvenir à expérimenter cette découverte, et pour cela il allait devoir mettre en danger sa position avantageuse à Piltover. En vandalisant le laboratoire de Heimerdinger au beau milieu de la nuit, nul doute que l'exil serait la moindre des punitions à laquelle s'attendre. Peut-être n'aurait-il pas tenté une telle subversion avant d'avoir vu Jayce Talis à l'oeuvre et s'être laissé emporter par cette soirée exceptionnellement gratifiante. Mais à présent, son intuition prenait tout son sens, il savait qu'il tenait quelque chose, et ne se pardonnerait jamais de passer à côté. D'ailleurs, au-delà même de son appétence pour la découverte, il était déjà pris de sympathie pour ce camarade scientifique. L'abandonner à son sort, le laisser s'effondrer dans son malheur ne serait pas digne. Viktor voyait ses idéaux se refléter dans ceux de Jayce, et cette rencontre venait déjà un petit peu éroder son profond sentiment de solitude.

« Pourquoi risquerais-tu ça ? » demanda Jayce, incrédule face à la proposition dangereuse de Viktor.

« Tu penses que mon rêve était de devenir un assistant ? Les scientifiques veulent faire des découvertes, améliorer le monde. Et ton rêve de l'Hextech a exactement ce potentiel »

Jayce se leva, et posa une main affectueuse sur l'épaule de Viktor. Son cœur était serré, emporté par la gratitude.

« Notre rêve de l'Hextech »

Le contact surpris le Zaunite, peu habitué qu'il était à des démonstrations d'affection. Embarrassé, il fit tinter les clefs entre ces mains et invita Jayce à le suivre.

Les couloirs labyrinthiques de l'académie étaient plongés dans le noir le plus total, et une discrétion totale était de rigueur pour ne pas se faire remarquer au milieu de ce silence. Jayce, curieux et turbulant, ne cessait de se cogner à des statues, renter dans les murs, et trébucher sur des marches.

« Bon sang, mais c'est moi l'infirme, alors pourquoi est-ce que c'est toi qui te prends chaque minuscule obstacle ? »

« Désolée, je ne connais pas les couloirs de l'académie aussi bien que toi ! »

Agacé, mais compréhensif, Viktor saisit l'avant-bras de son complice, pour le guider.

« On y est presque, allume ta lampe de poche ! »

Mais alors que la première serrure venait d'être déverrouillée, le pire arriva. Une lumière aveuglante interrompit leur méfait, et ils furent pris en flagrant délit par la conseillère Mel Medarda.

« Attendez une minute, mais ce n'est pas ma chambre ? »

« Vous êtes l'assistant du professeur », affirma froidement Mel, à l'intention de Viktor.

« Non, c'est mon nouveau partenaire », corrigea Jayce.

Tous les trois étaient assez maladroitement conscients de l'ambiguïté de cet échange, mais la situation était trop critique pour s'y intéresser. Ils y étaient presque. Et une chose était sûre, Viktor n'avait aucun plan à partir de là. La négociation n'avait jamais été son fort, et à part balbutier quelques mauvaises excuses peu crédibles ou, en l'occurrence, passer pour un jeune lubrique qui ramène de beaux éphèbes chez lui la nuit, rien ne lui venait à l'esprit. Par chance, Jayce allait une fois de plus faire la démonstration de leur belle complémentarité d'esprit. Et avec une facilité presque déconcertante, la conseillère accepta de leur octroyer une nuit pour faire leurs preuves avec l'Hextech. Viktor ne put s'empêcher de noter que cet élan soudain de générosité de la part de Medarda n'était sans doute pas sans rapport avec la belle gueule de son nouveau «partenaire». Lequel ne semblait d'ailleurs pas non plus insensible au charme de la jeune conseillère. Cette petite démonstration implicite l'agaça immédiatement, comme si cet échange venait de lui rappeler que Jayce n'était finalement pas tout à fait comme lui ; il était habité par des considérations puériles et superficielles, qui n'allaient sans doute pas aider à changer le monde.

Une fois à l'intérieur du Laboratoire, ils se mirent sans un mot au travail. Une nuit, une seule nuit où leur destin à tous les deux allait se jouer. Il n'y avait pas une seconde à perdre.

Une fois le dispositif installé, Jayce actionna le bouton, et la pièce fut parcourue par une charge d'énergie éblouissante et instable. Le boucan attira la garde, et déjà des bruits de bottes accourraient vers eux. Le jeune Talis sentit la panique s'emparer de lui.

« Fais-moi confiance » le rassura Viktor.

Les cris se mêlèrent aux coups de porte, la pression augmentait, au sens propre comme au sens figuré, et finalement une déflagration marqua la fin du processus. Le laboratoire fut plongé dans une lumière bleue d'une exceptionnelle beauté, comme un ciel étoilé, et la gravité était si basse que Jayce et Viktor étaient en lévitation au centre de la pièce. Au cœur de celle-ci, une bulle de magie, parfaitement innocente, indolore et stable flottait paisiblement. Les deux scientifiques étaient si heureux et fascinés, que l'illégalité de leurs actions ne semblait plus avoir la moindre importance. Ils l'avaient fait. En une seule nuit! Cela relevait du miracle ; Jayce avait plus avancé en quelques heures aux côtés de Viktor, que toute sa vie de chercheur.

Pour couronner le tout, le Conseil, saisi de la nouvelle, changea brusquement de position en leur faveur. Forcés de constater l'innocuité et l'utilité hypothétique de cette invention, les deux scientifiques furent promus, encouragés et félicités par l'académie. On leur accorda des financements, des aides matérielles, un petit laboratoire personnel et même de nouveaux appartements.

Les trois mois qui suivirent leur exploit, Jayce et Viktor ne se quittèrent pas, transportés d'excitation par toutes les possibilités s'offrant à eux maintenant que la magie était à portée de mains.

Un soir, alors qu'ils avaient passé la journée entière au laboratoire pour mettre en place leurs nouveaux processus, et le cahier des charges des prochaines étapes de création, Jayce réalisa qu'il n'avait toujours pas pris la peine de faire plus ample connaissance avec son sauveur, et maintenant, ami.

« Viktor ? »

« Hm ? » L'interpellé retira ses lunettes de sécurité, et étendit ses bras endoloris par la fatigue pour s'étirer. Il se tourna vers Jayce, l'œil humide d'avoir trop baillé.

« On ne s'est pas beaucoup reposé depuis de début de tout ça, pas vrai ? Tu ne veux pas qu'on sorte un peu ? »

« Sortir ? C'est à dire ? » répondit Viktor, incrédule.

« C'est à dire allez dehors. Se changer les idées. Manger un bout, boire un verre, etc »

« Ah »

Un certain malaise s'empara de Viktor, il était peu coutumier des situations sociales, mêmes les plus banales. La majorité de son temps était consacré à travailler, planifier des moyens de travailler plus, penser à son travail, ou rêver d'un monde meilleur…grâce à son travail. Sa réticence devait être un peu trop visible, puisque Jayce se rapprocha de lui, et l'encouragea par une tape amicale dans le dos.

«Allez fais-moi confiance, on travaillera mieux avec l'esprit léger ».

Viktor répondit maladroitement au contact et à l'entrain de Jayce par un sourire timide. Il sentit le rose lui monter aux joues, et se maudit d'être si stupidement embarrassé.

« D'accord, dans 30 minutes. Je dois d'abord repasser à mon appartement »

« Parfait, je t'attendrai en bas ! »