Un homme mystérieux

La neige semblait jouer son propre rôle à Silver Pines, dansant avec légèreté sous les lumières chaleureuses des lampadaires. Eddie s'enfonça un peu plus dans son manteau tout en observant Christopher courir en avant, ses éclats de rire se mêlant à la tranquillité de la nuit.

Ce soir-là, ils s'étaient arrêtés une fois de plus au Refuge de Noël, et comme à chaque visite, Eddie avait le sentiment de plonger dans un autre monde.

Christopher avait attrapé Buck par la main dès leur entrée, l'entraînant vers une nouvelle découverte : un immense globe terrestre en bois, gravé de constellations. Buck riait, et Eddie ne put s'empêcher de remarquer à quel point son rire résonnait, comme une mélodie douce et rassurante.

Il était devenu évident que Buck avait une place spéciale, non seulement pour Christopher, mais aussi pour lui.

Eddie passait de plus en plus de temps dans la boutique, souvent sous prétexte de chercher un cadeau ou de jeter un œil à de nouvelles trouvailles. Pourtant, la vérité était bien différente : il voulait être là, tout simplement, entouré de la chaleur de cet endroit et de l'énergie magnétique de Buck.

Ce soir-là, Buck semblait particulièrement enjoué, sautant d'un client à un autre avec une aisance presque surnaturelle. Chaque interaction était teintée d'une gentillesse sincère et d'une attention qui fascinait Eddie. Mais entre deux clients, Buck trouvait toujours le temps de revenir vers eux, engageant la conversation avec Christopher ou échangeant un sourire complice avec Eddie.

Après que le dernier client soit parti, Buck s'approcha, une tasse fumante de chocolat chaud dans chaque main.

– Alors, qu'est-ce que vous pensez de la boutique cette fois ? demanda-t-il, tendant une tasse à Eddie et une autre à Christopher.

– Toujours aussi magique, répondit Eddie, sincère. Chris a déjà repéré un autre casse-tête, je crois.

– Tu devrais ouvrir une section spéciale rien que pour lui, ajouta-t-il en riant.

Buck secoua la tête avec un sourire, mais il y avait quelque chose dans son regard, un éclat particulier, qui troubla Eddie.

– Christopher est un expert en casse-têtes, répondit Buck en se penchant pour regarder le garçon, qui était occupé à observer un train miniature sous une vitrine. Et toi, Eddie ? Qu'est-ce qui t'attire ici ?

Eddie sentit un frisson le traverser, bien que la boutique soit agréablement chaude. Il hésita, cherchant les mots justes.

– Je pense… que c'est toi, finit-il par dire à mi-voix.

Buck releva la tête, visiblement surpris.

– Moi ?

Eddie haussa les épaules, un sourire timide effleurant ses lèvres.

– Oui. Il y a quelque chose chez toi. Tu rends cet endroit spécial.

Buck détourna brièvement les yeux, le rouge lui montant aux joues. Il n'était pas habitué à recevoir ce genre de compliments, semblait-il.

– C'est gentil, murmura-t-il. Mais je ne fais que… gérer une boutique, tu sais ?

Eddie fronça légèrement les sourcils.

– Non, c'est plus que ça, insista-t-il. Les gens parlent de toi comme si tu faisais des miracles, comme si tu savais toujours ce dont ils avaient besoin.

Buck esquissa un sourire, mais il évita de répondre directement, préférant changer de sujet.

– Et toi, Eddie ? Tu dis que tu es venu ici pour un nouveau départ, mais pourquoi Silver Pines ?

Eddie hésita. Ce n'était pas une histoire qu'il racontait facilement, mais il y avait dans la voix de Buck une invitation à la sincérité.

– Après la mort de Shannon, j'avais besoin de… d'un endroit où je pourrais respirer à nouveau, expliqua-t-il doucement. À Los Angeles, tout me rappelait ce que j'avais perdu. Et au Texas… c'était compliqué.

Buck hocha la tête, ses yeux s'assombrissant légèrement, comme s'il comprenait ce que ces mots signifiaient.

– Parfois, on a besoin de repartir de zéro, dit-il, presque pour lui-même.

Eddie le fixa, intrigué par cette réponse.

– Et toi ? demanda-t-il après un moment. Pourquoi Silver Pines ?

Buck sembla pris au dépourvu. Il posa sa tasse sur une étagère, son regard vagabondant dans la pièce.

– C'est une longue histoire, répondit-il finalement avec un sourire évasif.

– J'ai tout le temps, rétorqua Eddie avec un sourire encourageant.

Mais Buck secoua la tête, un éclat mystérieux dans les yeux.

– Peut-être un jour, dit-il simplement.

Eddie aurait voulu insister, mais une part de lui respectait ce mystère. Pourtant, son esprit commença à assembler des pièces du puzzle. Les objets dans la boutique semblaient presque magiques, comme s'ils portaient une charge émotionnelle unique. Plus étrange encore, Buck semblait connaître chaque histoire qui y était associée, comme s'il avait été témoin de leur passé.

Un jour, un vieil homme était entré à la recherche d'un souvenir d'enfance. Buck avait disparu dans l'arrière-boutique et en était ressorti avec une petite voiture en bois, exactement comme celle que l'homme décrivait.

– Comment tu l'as su ? avait demandé Eddie après le départ du client, toujours fasciné par ces coïncidences.

Buck avait simplement haussé les épaules avec un sourire mystérieux.

– C'est la magie de noël Eddie.

Eddie n'arrivait pas à se débarrasser de l'impression que Buck cachait quelque chose, mais ce mystère ne faisait qu'attiser sa fascination. Et ce n'était pas seulement le mystère : Buck lui-même, avec son sourire désarmant et sa façon de rendre les autres heureux, occupait de plus en plus ses pensées.

Une semaine passa, et Eddie trouva un autre prétexte pour rendre visite à Buck. Cette fois, il lui proposa de se joindre à eux pour une soirée film.

– Ce n'est donc pas une invitation anodine, s'amusa Buck avec un sourire taquin lorsqu'Eddie mentionna l'idée.

Eddie sentit une vague de chaleur lui monter aux joues, mais il choisit de ne pas esquiver.

– Non, pas vraiment, admit-il. Disons que… j'aimerais bien passer plus de temps avec toi, en dehors de cette boutique.

Buck sembla surpris par sa franchise, mais son sourire s'élargit, et il hocha la tête.

– Dans ce cas, je suis partant.

Ce soir-là, Buck arriva chez Eddie avec un sac rempli de snacks et un sourire radieux. Christopher, ravi de sa présence, insista pour que Buck s'installe à côté de lui sur le canapé.

Ils choisirent un film de Noël léger, mais Eddie avait du mal à se concentrer. Il ne pouvait s'empêcher de jeter des coups d'œil à Buck, qui semblait complètement absorbé par l'écran.

Quand Christopher finit par s'endormir, Eddie le porta délicatement jusqu'à sa chambre, laissant Buck seul dans le salon. En revenant, il trouva Buck debout près de la fenêtre, observant les flocons tomber à l'extérieur.

– Tu fais toujours autant d'effet, tu sais, dit Eddie en s'approchant.

Buck se tourna vers lui, un sourire dansant sur ses lèvres.

– Quel genre d'effet ?

Eddie se mordit la lèvre, hésitant.

– Du genre… à me donner envie de te connaître encore plus.

Buck sembla retenir son souffle. Puis, avec une douceur presque timide, il posa une main sur l'épaule d'Eddie.

– Eddie… est-ce que ça, ce soir, est-ce que c'est un rendez-vous ? demanda-t-il doucement.

Eddie soutint son regard, son cœur battant un peu plus vite, une chaleur envahissant tout son être.

– Oui, murmura-t-il, presque sans souffle. Et si tu veux bien, j'aimerais qu'il y en ait d'autres.

Un silence suspendu s'installa entre eux. Buck sembla retenir son souffle, ses yeux scrutant ceux d'Eddie, comme s'il cherchait à lire dans son âme. Lentement, il se pencha, son mouvement hésitant, laissant à Eddie le temps de reculer, de dire non. Mais Eddie ne bougea pas, ses doigts effleurant instinctivement la main de Buck.

– Dans ce cas, je crois qu'il y a une tradition à respecter, murmura Buck, un sourire dansant sur ses lèvres.

Quand leurs bouches se rencontrèrent, ce fut doux, sincère, presque timide, mais si chargé d'émotion qu'Eddie sentit une chaleur familière inonder son cœur. Ce n'était pas un baiser passionné, mais plutôt un échange doux, sincère, empreint de cette magie qui semblait les entourer depuis le début.

Quand ils se séparèrent, Eddie sentit un sourire étirer ses lèvres.

– On peut dire que c'est un bon début, murmura-t-il.

Buck éclata de rire, et Eddie sentit son cœur se gonfler de chaleur. Ce soir-là, sous la lumière tamisée de leur salon, il sut qu'il voulait découvrir tout ce que Buck avait encore à offrir.