Demain, dès l'aube


Harry se leva à l'aube, devançant le réveil, tout alourdi d'une mauvaise nuit et d'un mauvais sommeil. Sans être tout à fait des cauchemars, ses rêves avaient remué des sentiments de perte et de douleur et lui avaient laissé un goût d'amertume au coin des lèvres. Il ne petit-déjeuna pas, il se prépara simplement, prenant soin de passer un beau costume et de peigner ses cheveux qui refusaient de grisonner ou diminuer. Avant de sortir de la salle de bains, il lança le sort qui modifierait son apparence et lui donnerait cette figure de vieillard que les années ne lui avaient pas apportée. Il retoucha machinalement les rides au coin de ses yeux et sur son front. Il s'assura que ses mains apparaîtraient similairement ridées. Alors, seulement, il quitta la salle de bains et sa chambre attenante, et se risqua dans le reste de la maison.

Le chat dormait au coin du feu éteint et Harry passa sans le réveiller, mal à l'aise à l'idée de faire du bruit dans ce silence qui reposait encore sur les êtres et les choses. Il sortit par la porte de derrière et s'avança dans le jardin. À cette saison, il y avait peu de verdure, mais il ne voulait pas conjurer des roses qui ne seraient pas réelles. Il préférait l'honnêteté du houx vert et de la bruyère en fleur, qu'il cueillit et assembla soigneusement en un bouquet.

Puis il rentra, referma la porte du jardin derrière lui, traversa la maison, et ressortit par la porte d'entrée, bouquet à la main. La rue était couverte d'une légère brume matinale qui s'accrochait aux haies et aux toits. Des fenêtres commençaient à s'éclairer, par ci, par là, et il se laissa saluer par une voisine qui s'activait dans sa cuisine à préparer le petit-déjeuner.

Il traversa les rues mornes, ses pieds le guidant presque sans volonté. Il longea les trois maisons de la fin de sa rue, tourna à gauche, dépassa la boîte aux lettres en forme de maisonnette, poursuivit plus loin.

Il lui faudrait bientôt quitter le village; on l'appelait déjà en riant l'ancêtre, le doyen. Mais il ne s'y résignait pas encore.

Il ne pouvait pas la quitter.

Il traversa encore deux autres rues, ignorant les fenêtres où des gens se préparaient à aller travailler. Puis il contourna l'église basse et arriva à son but: la grille de fer forgée qui était là depuis plus longtemps encore que lui. Il avait aidé à sa restauration, et l'avait discrètement renforcée de quelques sorts au fur et à mesure des années. Il la poussa fermement, de la main qui ne tenait pas le bouquet, et pénétra dans l'enclos.

Il traça son chemin entre les tombes, passant outre les stèles et les plaques, jusqu'à arriver dans un angle, devant une dalle de marbre noir entourée d'une petite haie de buis. Ginny Potter née Weasley, indiquait l'inscription.

Il s'agenouilla, fit disparaître le bouquet de la semaine précédente, et disposa à la place le bouquet de houx vert et de bruyère en fleur. Ses doigts effleurèrent le marbre froid, pendant que ses pensées caressaient les souvenirs du bonheur enfui.

Ginny.

Non, il n'était pas encore prêt à la quitter.


Ce texte a été inspiré par le thème «errer» de la cent vingt-quatrième nuit d'écriture du FoF, le forum des francophones du site fanfiction (et maintenant de discord!) où l'on peut se retrouver pour discuter et s'amuser. J'ai d'abord pensé à Chateaubriand, puis au magnifique poème de Victor Hugo. N'hésitez pas à laisser un commentaire si ce texte vous a plu!