L'HÉRITAGE NON DÉSIRÉ

Chapitre 30

Note : en italique, les paroles prononcées par la pensée


Bordure extérieure, Mandalore, forêt équatoriale


MIGS MAYFELD

Migs Mayfeld avait été rongé par la curiosité dès lors qu'il avait entendu parler de la planète de Mandalore. De par son expérience impériale, il savait les effets de l'annihilation d'une planète par l'Empire. Le fait que Mandalore soit en train de « ressusciter » l'intriguait plus qu'il ne le disait. Il ne savait pas à quoi il s'était attendu. Une chose était sûre : il ne s'était pas attendu à « ça ».

Il était assis sur un rocher à observer les autres et à surveiller les alentours. Parmi les autres, il y avait bien sûr les anciens habitants de Sorgan et nouvellement fermiers de Mandalore, même si la chose était en cours d'officialisation… ou pas, en train de s'enthousiasmer sur leur nouvel environnement. Ils étaient en pleine réflexion pour savoir comment ils allaient s'installer, quels arbres allaient être abattus, à quel endroit, dans quelles conditions, où ils allaient commencer à travailler la terre, comment ils allaient irriguer et tout un tas d'autres questions qui semblaient bien plus complexes qu'il ne l'aurait pensé avec son expérience académique. La surveillance des alentours allait probablement être aussi moins évidente qu'il ne l'avait pensé. Il savait faire le guet ou monter la garde dans un milieu urbain ou semi-urbain mais là, dans une forêt à la végétation si dense qu'il y faisait sombre sous le couvert des arbres, avec un tas de bestioles inconnues… Il commençait à se dire que « travailler » pour Din Djarin n'était peut-être pas la meilleure idée qu'il avait eue.

En plus, il y avait eu un élément-surprise à prendre en compte à l'atterrissage. Depuis sa navette impériale, il avait suivi les coordonnées de navigation sur chasseur Mandalorien et avait dû piloter à vue pour pouvoir se poser sur la planète. Le pilotage n'étant pas sa spécialité, la manœuvre avait été chaotique à plus d'un titre. Les villageois ayant été informés, ils s'étaient tous bien attachés pendant le voyage. Ça n'avait pas été le cas du passager clandestin de la navette : Xi'an. La femme avait surpris la fin de la conversation entre Migs et Din sur Nevarro. Comme ils avaient fermement refusé de lui raconter le contenu de leur échange, elle avait eu la brillante idée de s'introduire à bord de la navette impériale de Migs pour voir où ils allaient et les accompagner. Autant Din avait confiance, relativement parlant, en l'ancien impérial au sujet de sa planète, autant il était certain de n'avoir aucune confiance en Xi'an. Migs avait bien proposé à Din d'abattre la Twi'lek mais il avait refusé.

Xi'an n'avait pas eu accès aux données du vol et à toutes les conversations à bord, mais elle en savait trop. À présent, Migs se retrouvait à devoir garder aussi un œil sur cette folle sanguinaire. Pour l'heure, elle était en train de jurer à voix haute, en gesticulant et en gigotant de façon ridicule, à cause des insectes locaux qui venaient s'intéresser de trop près à sa peau. Elle finit par lancer un de ses poignards sur une sorte de serpent violet et jaune pourvu de dix paires de pattes, pour l'empêcher de s'approcher d'elle. Mayfeld rit un bon coup, puis soupira.

Il détourna le regard et porta son attention vers la montagne dans son dos. Quelque part au milieu de cet amas de roche, il y avait un ancien temps Jedi dans lequel vivait ce qui restait du clan Mandalorien de Din Djarin.


Bordure extérieure, Mandalore, temple Jedi de Mandalore


DIN DJARIN

Avec son Jet Pack, Din s'était posé sans un bruit sur le balcon qui donnait directement accès au temple Jedi de Mandalore. Grogu s'extirpa de son sac en bandoulière et se laissa glisser au sol. L'enfant regarda son père, figé à l'entrée secondaire du temple.

Quand il avait pris la décision de mener les villageois de Sorgan sur le sol de Mandalore, Din Djarin avait plein de certitudes et avait totalement confiance en son choix. Il avait été parfaitement prêt à affronter les critiques et les remarques des siens. Mais, à présent que cela était à deux doigts d'arriver, il doutait.

Il demeurait convaincu qu'il était important d'anticiper le besoin alimentaire de la population Mandalorienne sur la planète… dans la mesure où il réussissait sa propre mission qui consistait à rassembler son peuple qui était, pour l'heure, un véritable échec. Mais, il s'interrogeait sur sa méthode. Peut-être aurait-il dû d'abord demander l'opinion de l'Armurière et de Paz Vizsla. L'un aurait été contre, par principe. L'autre aurait écouté. C'était plus pour elle que Din se faisait du souci quant à sa méthode qui consistait de choisir de lui-même de mener les fermiers sur Mandalore. L'Armurière aurait pu se laisser convaincre avant. Mais, à présent, Din ne savait pas.

Grogu agrippa la cape de son père pour le tirer de ses ruminations et attirer ses pensées à lui, avant de désigner le couloir du bout du doigt. Le fils encourageait son père à faire face à ses choix et à assumer ses convictions. Din inspira longuement, redressa la tête et s'élança.

o0o0oOo0o0o

Din trouva l'Armurière à œuvrer à la forge, accompagnée de Paz qui était simplement debout, les bras croisés, face à l'entrée de la pièce de travail du Beskar.

_ Su cuy'gar*, dit Grogu en pénétrant dans la pièce.

(*su cuy'gar = bonjour, en Mandalorien)

_ Salut à toi, Grogu Djarin, dit l'Armurière, avec son calme habituel. Il est toujours bon de revoir un enfant de Mandalore revenir sain et sauf auprès de sa patrie.

Paz fit un signe de tête respectueux à l'enfant.

_ Bonjour, dit Din, en basique.

Paz ne réagit pas et l'Armurière reprit son activité de travail du Beskar en fusion.

Par la pensée, Grogu incita son père à faire part de ce qu'il avait entrepris. Din s'avança vers la forge, en sentant que Paz ne le quittait pas des yeux, derrière son casque. C'était dans une situation comme celle-ci qu'il commençait à regretter sa capacité à entendre les pensées des autres. Din s'assit sur un tabouret de bois, face à l'Armurière et sa forge. Il inspira à plusieurs pour pouvoir parler mais, chaque fois qu'il ouvrait la bouche, les mots ne lui venaient pas. Ce fut la femme qui brisa le silence.

_ L'élocution de ton fils s'est améliorée. Je te félicite. Étudies-tu souvent le Mando'A avec lui ? demanda-t-elle.

_ Je ne puis recevoir ces félicitations, répondit Din. Je n'ai guère eu le temps de le faire étudier. Le chemin qu'il a parcouru, il ne le doit qu'à lui seul et à son travail personnel et persévérant.

_ Si tu as eu peu de temps à consacrer à ton enfant, cela signifie-t-il que ta quête de recherche de nos frères et sœurs a progressé ?

_ Eh bien… la tâche est plus ardue que prévue, répondit-il.

_ C'est une chose que tu savais déjà, commenta-t-elle.

_ Oui et non. Lorsque vous avez quitté Nevarro, vous retrouver a été réellement compliqué. Dans le cas présent, avec… ce que j'avais cru voir à travers pierre de vision du temple, j'ai, en toute honnêteté, songé que cela serait plus simple. Je dois avouer que je me suis trompé.

_ Pourtant, tu n'es pas revenu ici seul… à moins que ton fils ait appris à piloter une navette impériale.

Din Djarin soupira malgré lui.

« Nous y voilà » pensa-t-il.

_ Grogu est bien trop jeune pour apprendre à piloter. Je suis effectivement revenu accompagné.

_ C'est un traître ! Je te l'avais dit ! pesta Paz.

_ Garde ton calme, Paz Vizsla, dit la femme. Attendons d'entendre ses dires.

_ Je n'ai pas trahi Mandalore, dit Din. Ce que j'ai fait, je l'ai fait pour l'avenir de Mandalore.

_ Et, qu'as-tu fait ?

_ Puis-je répondre à ta question par une autre ?

_ Si cela peut éclairer tes choix ou tes propos, je t'en prie Din Djarin, poses ta question.

_ Lorsque j'aurais ramené les survivants du peuple Mandalorien sur Mandalore, comment comptes-tu les nourrir ?

L'Armurière resta silencieuse.

_ On chassera et on pêchera, répondit Paz.

_ J'y ai pensé aussi, dit-il. Le lac ne pourra pas fournir assez de matière pour tout un peuple et on ignore tout des saisons qui règnent ici.

_ Cela fait des mois que nous sommes là, dit Paz. Tout va bien ici.

_ Pour le moment. Tant que la planète n'a pas effectué un cycle complet autour de l'étoile, nous sommes dans l'inconnu.

_ Laisses-le finir son explication, demanda l'Armurière à Paz. Je souhaite comprendre ses actes.

_ Merci, dit Din. Quand je suis arrivé, le temps était parfois frais le matin, mais globalement clément, avec des pluies modérées. À présent, le temps est doux à chaud, et la pluie s'est faite plus rare. La faune et la flore sont foisonnantes. Je pense que nous avons traversé les deux saisons propices à la vie pour une planète a priori tempérée. À l'étude du ciel, je peux dire que la planète a effectué un demi-cycle autour de l'étoile. J'ignore tout des cycles à venir.

_ Que penses-tu du gibier ? demanda la femme.

_ Le gibier n'avait jamais été chassé. Il ne nous craignait pas. Plus le temps passe, plus les animaux ont appris à se méfier de notre présence. Le petit gibier se fait plus rusé et nos collets et nos pièges sont moins fournis qu'avant. Le gibier moyen nous fui à présent. Quand bien même, l'apport en viande doit être complété par autre chose. Nous ne pouvons nous permettre de compter en permanence sur les rations de voyage et dépendre d'un approvisionnement extérieur. Mandalore doit pouvoir subvenir aux besoins de son peuple.

_ Je suis d'accord avec ton explication, dit la femme.

Din prit le temps de la saluer. Cette partie-là était la plus simple.

_ Je te remercie, dit-il. Maintenant, est-ce que tu peux me dire qui sont ceux que je dois ramener sur Mandalore ? Qui sont nos frères et sœurs ?

_ Je ne suis pas certaine de comprendre ta question. Tu connais la réponse, n'est-ce pas ?

_ Ce sont des guerriers et des guerrières. De fiers fils et filles du Beskar.

_ Absolument.

_ Pas des agriculteurs. Ni des cultivateurs, des éleveurs ou des bâtisseurs…

_ Tu as raison sur ce point.

_ Ceux qui ont survécu à la Nuit des 1000 larmes sont les guerriers. Ceux qui étaient en train de se battre ailleurs et les exilés de Concordia. Les civils sont tous morts. Est-ce bien cela ?

_ Mandalore en est témoin.

_ Durant mes voyages, je l'ai vu à plusieurs reprises. Pour qu'un peuple conquière un lieu, la victoire des soldats n'est pas suffisante. Il faut tout une vie autour d'eux avec des activités qu'ils ne connaissent pas, ou peu. Ce ne sont pas les soldats qui créent une nation, ce sont les civils. Ceux qui nourrissent les autres, ceux qui construisent des maisons pour les autres, ceux qui…

Sans crier gare, Paz tira un coup de blaster dans la poitrine de Din, qui en tomba à la renverse. Bien entendu, grâce à son armure, il n'avait pas été blessé, mais l'armure de Beskar ne bloquait pas l'impact cinétique d'un tir de blaster, surtout à moins de trois mètres. Paz avait visé son cœur.

_ Ce traitre a amené des étrangers sur notre sol ! cria l'homme à l'armure lourde. Il a vendu sa propre nation. Il nous met en danger !

_ Paz, attends, fit Din, une main en l'air, l'autre contre sa poitrine.

Le second atteignit son casque avec plus de force : Paz s'était rapproché.

_ Buir*, est-ce que bien tu vas ? demanda Grogu à Din, par la pensée.

(*buir = père, en Mandalorien)

_ Oui, tout va bien, ad'ika*.

(*ad'ika = fils, en Mandalorien)

Din se rendit alors compte qu'il n'y avait alors plus aucun bruit, ni de mouvement autour de lui. Il leva la tête et constata que Grogu, la main en l'air, s'était interposé entre lui et Paz, le blaster toujours braqué sur lui. L'Armurière ne travaillait plus le Beskar, ses outils de forgeage dans les mains, elle observait la scène, en silence.

_ Grogu, tu ne dois pas t'en prendre à Paz. Jamais.

_ Rien je ne fais. Prêt je le suis.

_ Grogu, baisse ta main. Paz, dit Din. Laisse-moi expliquer.

_ Je n'ai que faire de tes explications. Tu ne mérites pas cette armure. Si ça n'avait tenu qu'à moi, je l'aurais arraché à ton corps sans vie dès l'instant où tu avais choisi de trahi le Credo.

Grogu leva son autre main.

_ Otes-moi de mon passage, enfant, dit Paz

_ Grogu, baisse tes mains, dit Din.

_ Non.

_ Si je dois te blesser pour t'apprendre à respecter tes aînés, je le ferai, menaça Paz.

_ Tu n'en feras rien, dit alors l'Armurière.

Elle posa ses outils et se plaça entre Paz et Grogu.

_ Cet enfant est Mandalorien, dit-elle.

_ Din est…

_ Comme tout enfant Mandalorien, il est prêt à donner sa vie pour son père, et réciproquement. Je ne tolèrerais pas que ce lieu soit souillé par le sang d'un Mandalorien. Assis ! ordonna-t-elle. Tous les trois.

Paz hésita quelques secondes, mais rengaina son arme et alla s'asseoir. Grogu baissa les mains, redressa le tabouret de son père et s'assit à côté, par terre, prêt à faire barrage de son petit corps contre Paz.

_ Merci, dit Din à l'Armurière.

_ Ne me remercie pas, répondit-elle froidement. J'ai dit vouloir entendre tes mots. Je dis ce que je fais et je fais ce que je dis. Continue de parler, ordonna-t-elle.

_ Après Nevarro, j'ai voulu me cacher avec l'enfant. J'ai cherché un lieu isolé, dépourvu de civilisation urbaine et de technologie. J'ai trouvé la planète Sorgan, une planète agricole. Si petite et si insignifiante qu'il n'y avait pas de spatioport. La production ne nécessitait même pas la présence régulière d'une autorité locale. La planète a traversé le règne de l'Empire et de la Nouvelle République sans que personne ne s'y intéresse. Même la pègre n'y a pas cours. En revanche, quelques pillards sévissaient çà-et-là. Des fermiers avaient entendu des histoires à la taverne locale et m'ont offert toutes leurs économies pour m'engager pour que je les protège des pillards. C'était au milieu de nulle part et à une nuit de bateau de là. C'était parfait pour Grogu et moi. Ces gens ont une vie simple. Ils savent travailler la terre, cultiver et élever. Ils bâtissent leurs propres maisons et font eux-mêmes leurs habits à partir du bois et des végétaux. Ils connaissaient les histoires sur les Mandaloriens et le fait de ne pas montrer notre visage. Ils ont eu le plus grand respect pour moi et ont été d'une générosité sans nom : ils nous ont installés dans un de leurs réserve pour que je puisse avoir mon intimité, ont mis à ma disposition des affaires d'enfant pour Grogu… Ils respecteront notre culture. Je m'en porte garant. Ils travailleront en toute indépendance et cela nous sera bénéfique à tous.

_ Comment se fait-il qu'ils aient quittés leur monde ?

_ Des esclavagistes Zygerriens sévissent actuellement dans toute la Bordure Extérieure. Ils détruisent et saccagent les lieux pour forcer les peuples à l'exode et les « récolter ». Ces fermiers sont apatrides à présent. Leur vie est sous ma responsabilité. Ici, ils seront à l'abri et ils prépareront le futur de Mandalore.

_ Tu as oublié que la nature de Mandalore était hostile ? demanda Paz.

_ Non. Ils sont accompagnés de deux amis de confiance qui veilleront sur eux.

_ D'autres étrangers ?

_ Ils resteront avec les villageois. Ce sont des personnes qui veulent se retirer du monde et j'ai totalement confiance en eux.

« Enfin, c'est presque ça » ajouta-t-il en pensée.

_ Tu as pris des décisions qui ne te revenaient pas, dit l'Armurière de façon austère. Je jugerai moi-même de ce qu'il conviendra de faire avec ses étrangers.


à suivre