SHINIGAMIS' ENDING — FALLEN ERA

Yuki Kajiura — Administrator

Des vibrations.

Des vibrations importantes.

Des vibrations qui provenaient pourtant de loin, d'infiniment loin.

Un ciel sombre, qui s'étendait à perte de vue.

Un ciel sombre, symbole d'un monde dénué d'espoir.

Combien de fois, ce paysage était-il déjà apparu à ses yeux ?

Elle laissa échapper un soupir d'aise.

Une sonnerie retentissait depuis un moment. Il s'agissait d'une alarme. Ce simple terme devrait s'accompagner d'un sentiment d'urgence. Mais pour l'heure, la fine et élégante silhouette profitait littéralement de ces derniers moments de quiétude, au milieu d'un bain chaud relaxant, à ciel découvert.

L'avenir qui l'attendait risquait d'être particulièrement tendu.

Pour la question du paysage, en revanche, elle devait bien admettre qu'il existait certainement mieux ailleurs.

L'ombre de cette femme posa alors sa tête sur le rebord, en fermant doucement ses yeux.

« — … Ils se sont réveillés … souffla-t-elle. »

L'heure allait bientôt sonner.

Rester ici à flâner ne pouvait être envisagé.

Alors elle décida de se redresser. Son regard se figea momentanément sur l'immense ciel, qui s'étendait à perte de vue, au-delà de l'horizon.

… Les choses allaient peut-être enfin changer.

« — … J'imagine qu'il est temps d'envoyer une invitation à ces chères Treize Divisions … »

Chapitre 49 : Another Truth

Qualifier « d'urgence » la situation des Treize Divisions semblait encore trop faible.

Les détecteurs éparpillés dans la ville de Karakura ne sauraient rendre compte de l'horreur de la situation, inimaginable tout simplement pour ceux qui ne l'avaient pas vécu.

Au milieu de ce chaos, la vice-capitaine Matsumoto Rangiku avançait à vive allure. Le cœur tendu, elle se dirigeait d'un pas pressé en direction des quartiers de la Quatrième Division.

Contrairement à la situation ayant suivi l'assaut d'Aryen Kaseren, les locaux n'étaient pas remplis de blessés, cette fois. Les dernières opérations menées au Rukongai et dans la ville de Karakura le furent par petites escouades. Cela n'empêchait malheureusement pas les pertes d'être lourdes.

Les nouvelles du décès du capitaine Zaraki Kenpachi furent ainsi accueillis avec une infinie stupeur par les officiers des Treize Divisions, en particulier celle qu'il dirigeait.

Matsumoto finit par arriver jusqu'à destination. D'après les quelques informations glanées ici et là, son capitaine devait se situer derrière cette porte. Secouru par les capitaines Soi Fon et Kuchiki, il avait évité le pire, en théorie. Mais elle devait encore en avoir le cœur net …

« — Lieutenant Matsumoto ? »

Elle sursauta vivement.

Non seulement parce que la porte venait de s'ouvrir avant qu'elle ne puisse frapper, mais en plus parce que la voix qui l'accompagnait —celle fluette et innocente de Yamada Hanatarô— venait de la surprendre.

« — A-Ah, pardon, bredouilla le jeune garçon. Je ne voulais pas vous faire peur …

— Tu ne m'as pas ''fait peur'' non plus, marmonna la belle femme. Alors … dis-moi … ? Le capitaine Hitsugaya … ?

— Oh pardon, je suis bête ! Désolé ! Il se trouve actuellement aux soins du vice-capitaine Kotetsu. Je crois qu'il est dans un état stable, alors tout devrait bien se passer. Il y a également Inoue-san, qui s'occupe d'Ichigo-san à l'intérieur, alors …

— J'ai compris, soupira doucement la vice-capitaine. Je vais attendre à l'extérieur en attendant d'avoir des nouvelles. Je peux prendre une chaise ?

— O-Oh oui, bien sûr ! Plusieurs, même ! »

Que ferait-elle de plusieurs chaises ?

Rangiku haussa simplement les épaules, mais obtempéra. Le jeune garçon lui paraissait hautement tendu, alors mieux valait ne pas lui ajouter de pression supplémentaire.

Finalement, le visage encore un peu tendu, Rangiku Matsumoto décida de se poser dans le couloir. Elle pouvait voir des allers-retours chez certains Shinigamis du corps médical, dont la plupart s'arrêtaient pour la saluer ou lui demander si tout allait bien. Elle savait pourtant que le capitaine Kyôraku requérait la présence du maximum d'officiers au sein de la Première Division, mais l'aspect humain passait avant tout.

Son précieux capitaine l'inquiétait au plus haut point, alors elle ne pouvait pas assister à des réunions avec ce degré d'incertitude.

« — Oh, lieutenant Matsumoto ?

— … C'est toi, Rukia-chan. Je t'ai pourtant rappelée de m'appeler ''Rangiku'' ou ''Rangiku-san'', non ?

— Pardon, Rangiku-san. »

Sa petite tentative de détendre l'atmosphère ne semblait pas avoir été particulièrement efficace.

Grimaçant discrètement devant cet échec, Rangiku jetait un coup d'œil furtif à la jeune femme qui venait d'arriver. Rukia Kuchiki semblait encore marquée. Qui ne le serait pas ?

Son meilleur ami, Abarai Renji, venait de perdre la vie.

Cela dit, elle trouvait encore les ressources afin de continuer à avancer. Sans doute dissimulait-elle cette souffrance, derrière son travail. Chaque personne cherchait un moyen de le faire, afin de paraître fort aux yeux des autres.

Pendant un moment, les yeux azurs de Rangiku se perdaient sur cette silhouette fine et fragile. Elle ne pouvait s'empêcher d'y voir un reflet, celui de ses propres tentatives, afin de fuir la réalité.

« — Désolée, Rukia-chan, murmura-t-elle finalement.

— … Ne t'inquiète pas pour moi, répondit faiblement la jeune femme. Il y a … encore beaucoup de travail et de personnes à secourir. Je vais m'en remettre. »

Oui.

Elle dissimulait du mieux cette souffrance.

Mais cela ne suffirait pas à la masquer aux yeux de quiconque.

Rangiku finit par se redresser, arrachant un soupçon d'interrogation chez la brunette.

Sans attendre une seconde, elle l'étreignit fermement, creusant toujours davantage la surprise chez la vice-capitaine de Jushirô Ukitake.

« — R… Rangiku-san … ?

— … Tu ne seras pas seule, Rukia-chan, murmura-t-elle, furtivement. Ne laisse pas ces émotions te ronger. »

Elle cherchait pourtant à l'éviter.

Elle cherchait pourtant à éviter de l'étaler en public.

Elle avait déjà honteusement sombré, après le sauvetage réussi de Kurosaki Ichigo, dans le Rukongai.

Mais les blessures lourdes comme celles-ci ne pouvaient pas se refermer si facilement.

Alors, à son grand regret, elle céda de nouveau, aux flots de larmes qui coulaient depuis ses yeux.

« — D'abord Ichigo, puis Renji … sanglota Rukia. Je ne veux pas … que ça continue …

— Je sais, souffla Rangiku, en caressant doucement sa chevelure de jais. Mais tu ne peux pas laisser cette tristesse t'emprisonner … ce sont les sacrifices de deux braves hommes qui t'ont donné cette vie. Alors … continue de vivre avec la même énergie.

— J… Je vais essayer …

— Tu réussiras. »

Les deux femmes restèrent encore ainsi quelques secondes, sans dire un mot supplémentaire.

Même si elle ne voulait pas faiblement céder, Rukia se sentait finalement plus apaisée, dans les bras protecteurs et chaleureux de Rangiku.

Les observateurs lointains pouvaient facilement présumer de la personnalité superficielle de Rangiku Matsumoto, mais lors de ces situations sérieuses, elle pouvait facilement servir de point d'appui très solide pour ses compagnons en détresse.

Parce qu'elle connaissait cette sensation de perte. Elle la connaissait très bien.

« — E… Est-ce qu'Ichigo est … ?

— … C'est Orihime-chan qui est en train de le soigner. Il va s'en sortir. »

En parlant de cette dernière, Orihime Inoue justement par ouvrir la porte.

Les yeux encore humidifiés de Rukia croisèrent les pupilles fatigués de sa belle amie, qui lui adressa un faible sourire réconfortant.

« — Inoue … »

Orihime également, avait été mis au courant du destin tragique de Renji Abarai.

Elle ne pouvait s'empêcher de ressentir une terrible douleur au cœur, en voyant son amie ainsi fragilisée. Elle lui attrapa doucement la main.

« — Kuchiki-san, murmura-t-elle. Kurosaki-kun est réveillé. Tu peux aller le voir. »

La guerre causait toujours de profonds traumatismes.


Seireitei — Quartiers de la Huitième Division.

« — … Merci à tous d'être venus si rapidement. Je sais qu'il manque certains de nos compagnons, mais je ne doute pas que les informations diffusées ici seront rapidement et convenablement rapportées. »

Le capitaine Kyôraku Shunsui venait de prendre la parole.

« — Je n'ai pas grand-chose à vous apprendre sur la situation critique qui frappe notre monde actuellement. Malheureusement, depuis notre dernière réunion, les choses se sont encore aggravées. Nous avons certes réussi à sauver le jeune Kurosaki Ichigo, mais des ennemis plus terribles que jamais sont apparus, et ont ôté la vie du capitaine Zaraki. »

Les différents officiers rassemblés dans les quartiers affichaient tous une tête basse. À l'évocation du nom de son défunt supérieur, Yachiru Kusajishi ne dit pas un mot, son regard vague se laissant simplement perdre dans la pièce entière.

« — Mais il y a encore des choses à éclairer. L'expédition qui s'est déroulée au sein du Rukongai a permis de récupérer des informations précieuses. Je vais vous laisser la parole, Kisuke Urahara et capitaine Kurotsuchi.

— Hmpf, pesta Mayuri. Je n'ai pas besoin de cet énergumène, mais soit. Qu'il parle d'abord avant que je n'aborde les vrais points intéressants.

— … Merci, Kurotsuchi-san. »

Même dans les moments critiques, Mayuri Kurotsuchi ne se départait pas de cet air suffisant et hautain, tout ce qui pouvait le rendre antipathique.

« — Lors de notre enquête dans les quartiers secrets d'Aryen Kaseren, nous avons découverts un certain nombre de documents, que la destruction intégrale du secteur ne nous permet hélas pas tout utiliser. Je vais y aller avec le point le plus important, et je sais que Yoruichi-san a déjà fait part de mes inquiétudes à certains d'entre vous … mais voilà. »

Keita Haga — Humanity's Vow

Urahara Kisuke sortit littéralement une grande stèle de pierre.

Les autres officiers présents l'observèrent brièvement, certains n'étant d'ailleurs pas suffisamment proches pour le voir.

À côté de lui, un grand sac contenant d'autres objets de la même nature, avaient été soigneusement entreposés.

« — Vous ne le voyez peut-être pas tous très bien, alors laissez-moi vous guider. Il y a sur ces tablettes des représentations antiques, dont les dates restent floues, qui nous montrent des personnages … intrigants.

— Ce sont les Kaijûs … hein ? Je reconnais cet enfoiré aux ailes de démon. C'est Zanshi, je me trompe ? »

Shinji Hirako, blessé lors du combat précédent, avait pourtant réussi à se remettre assez vite sur pieds —grâce aux soins d'Orihime Inoue— afin de pouvoir assister à la réunion. Certes, il ne brandirait pas immédiatement son sabre pour combattre, mais sa présence en ces lieux était déjà fort louable.

« — Tout à fait, déclara Urahara, en baissant la tête. Du moins, d'après mes conclusions. Ce Zanshi semble être représenté sur de nombreuses autres stèles. Il en va de même pour cette femme aux airs d'ange, Tenshi. Tous deux avaient certainement un statut quasiment divin aux yeux des habitants de l'époque. »

Ce simple rang offrait déjà un motif d'inquiétude assez important concernant l'avenir.

Urahara montra ensuite d'autres stèles.

« — Mais vous le remarquez, non ? reprit alors la voix du scientifique.

— … Il y a toujours quelqu'un d'autre, avec eux, souffla lentement Byakuya Kuchiki.

— Oui. Quelqu'un d'autre que nous n'avons pas encore identifié. En revanche, il n'appartient pas à la même catégorie que les soldats du Kiyomeru, que vous pouvez voir plus bas.

— … Il est représenté … au-dessus d'eux ? hésita Ukitake, en fronçant les sourcils.

— … Voilà le point où je voulais en venir. Je sais que les nouvelles sont déjà bien mauvaises … mais il y a fort à parier que les deux Kaijûs libérés à Karakura … ne soient pas seuls. »

Effectivement.

Les paroles sombres énoncées par Kisuke Urahara n'auguraient vraiment rien de bon.

Pire : elles sous-entendaient que la situation —déjà alarmante— pouvait encore s'aggraver.

« — Donc … murmura Kyôraku, en baissant les yeux. Cela signifie qu'il y a un troisième ennemi, aussi puissant que les deux autres Kaijûs … ?

— Plus que cela, lâcha nonchalamment Mayuri. Ces tablettes n'ont pas beaucoup d'inscription, mais une seule phrase revient continuellement sur de nombreuses que Nemu a pu observer. Près de cet homme est indiqué : ''celui qui règne au-dessus des cieux'' … et le constat me semble donc bien clair. Ce « Troisième Kaijû » n'est nul autre que leur roi. Et évidemment … sans doute vont-ils chercher à le réveiller très prochainement. S'il dispose d'un pouvoir encore supérieur aux deux autres, alors autant dire que la Soul Society est condamnée, au vu de nos forces actuelles … »


Keita Haga — Lunar Mare in Tranquillity

Monde Réel — Forêt de Kasugayama.

Après l'incroyable tumulte occasionné dans la ville de Karakura, devenue bien malgré elle une nécropole grandeur nature, un silence devenu pesant s'installait progressivement.

La vie entière semblait avoir renoncé à s'installer, y compris dans la fameuse forêt primitive de Kasugayama.

Cela dit, pour les plus superstitieux, cet endroit n'avait pas attendu le chaos complet provoqué par Aryen Kaseren et ses funestes projets, afin de plonger dans un profond mutisme.

« — Il ne devrait plus y avoir le moindre détecteur fonctionnel pour les Shinigamis. »

… Une vérité qui devait toutefois être nuancée.

Parce que depuis quelques temps, dorénavant, cet endroit déserté et effrayant par ailleurs, avait été choisi par une troupe bien singulière.

Un groupe qui évoquait la mort, pour tous ceux qui avaient lutté bravement dans la ville de Karakura.

Il s'agissait du Kiyomeru, les soldats d'élite des deux Kaijûs. L'homme qui venait de prendre la parole, le Général Hôshi Kanata, revenait justement d'un petit tour de contrôle, au milieu des bois hostiles et austères. Effectivement, tous les appareils de contrôle utilisés par les Shinigamis semblaient avoir été détruits.

« — Était-ce vraiment utile ? Je veux dire, ils n'observaient pas depuis le Seireitei, pas vrai ? »

Assis sur un tronc d'arbre, l'homme à la chevelure blonde légèrement en bataille, Taiyô, venait de poser une question qui avait le mérite d'être pertinente.

Il profitait en tout cas de la chaleur passagère conférée par un petit feu de camp, installé par ses propres soins.

« — Impossible de l'affirmer avec certitude, déclara Hôshi. Mieux vaut prendre toutes les mesures nécessaires pour ne pas avoir de mauvaises surprises.

— … Ouais, c'est pas faux, concéda son interlocuteur.

— Et en parlant de mauvaises surprises … je vois que tout n'est pas déjà achevé ? »

Une voix familière venait de retentir.

Celle de cette femme gracieuse mais ô combien dangereuse, à savoir Tenshi Hitochigai.

Son arrivée força rapidement Taiyô à se redresser, tandis que son acolyte aux cheveux immaculés se retourna simplement dans sa direction. La blonde ne venait pas seule, étant donné que son partenaire peu loquace —Zanshi— marchait silencieusement à côté d'elle.

« — Hum, pouvez-vous être plus spécifique, Tenshi-sama ? demanda alors Taiyô.

— Comment ça, « plus spécifique » ? s'interrogea l'intéressée, en arquant un sourcil. Ça me paraît évident. »

Taiyô et Hôshi se lancèrent un regard discret et plutôt incertain, en ce qui concernait le premier cité.

« — Vous allez me faire croire que je vais dormir dans un endroit pareil ? Aussi malfamé ? C'est une plaisanterie, j'espère ? »

Quelque peu pris de court, les deux membres du Kiyomeru furent incapables de fournir une quelconque réponse immédiate.

« — Heu, eh bien …

— Pardonnez-nous, reprit finalement Hôshi. Cet endroit sera évidemment aménagé selon votre convenance.

— J'espère bien, soupira la belle femme, en passant une main dans sa belle chevelure blonde. Je vous rappelle qu'on vient de dormir pendant de longs siècles, alors un petit peu de confort ne ferait de mal à personne. »

… En dehors de ses penchants destructeurs parfois plus que visibles, Tenshi Hitochigai pouvait également être une femme qui ne se refusait aucun plaisir mondain.

« — Inutile d'en faire une affaire gigantesque, intervint Zanshi, en fermant les yeux. Cet espace ne devra être aménagé que pour une ou deux journées maximums, le temps que le rituel fonctionne.

— Et tu comptais loger deux jours, en plus ? s'indigna Tenshi. Ce n'est pas ce que tu m'as dit tout à l'heure.

— J'ai omis cette possibilité.

— Bah voyons … y'a-t-il autre chose que tu aurais « omis » ?

— Rien qui me vienne à l'esprit.

— Hmpf, tu as un don inné pour faire de belles conversations, je dois bien le reconnaître … »

Les plaintes continues de Tenshi allaient certainement faire partie du climat ambiant des prochaines heures, mais ni Taiyô, ni Hôshi, ne pouvaient de toute façon faire quoi que ce soit.

La belle femme finit par venir s'asseoir à proximité de ses deux subordonnés, en croisant les jambes, avant de leur asséner un regard interrogateur.

« — Et où est passé Ryôshi ? finit-elle par demander.

— Il est parti chercher de quoi se repaître, affirma Taiyô. Certainement des corps un peu partout, ça ne manque pas ici.

— Tenshi-sama, reprit alors la voix du Général Hôshi. Où est donc passée Tsuki ?

— Partie me chercher des produits de première nécessité.

— Des … produits de première nécessité ?

— Elle parle de vêtements, déclara platement Zanshi.

— Tss, et il y a quelque chose de mal à ça ?

— … Je n'ai rien dit de tel. J'ai juste éclairé tes propos. »

Face à cet air monotone, Tenshi ne trouva pas la force de répondre.

Les deux Kaijûs partageaient un pouvoir incommensurable et des objectifs certes communs, mais leurs personnalités semblaient aussi opposées que la Terre et le Ciel. Réunis ensemble, ils offraient ainsi un spectaculaire tableau de clair-obscur.

« — Qu'attendons-nous afin de procéder au rituel ? »

Taiyô venait cette fois de s'adresser à Zanshi, afin de ne pas attiser l'ire de l'autre Kaijû.

« — Nous venons d'employer notre pouvoir face à ces Shinigamis. Il ne vaut mieux pas brusquer les choses, nos corps ne sont pas encore prêts.

— Parle donc pour toi, argua Tenshi. Je suis encore capable de libérer Kagayaku.

— Tu ne vois jamais tes propres limites, rétorqua platement son partenaire.

— Et que veux-tu dire par là, exactement ?

— Rien de plus que ce que je viens de dire.

— Hmpf, ça ne m'avance pas beaucoup. »

La conversation s'arrêta d'ailleurs ici, pour l'heure.

Tenshi laissa balader son regard doré sur les ternes environs, qui s'étendaient littéralement à perte de vue.

Elle laissa ensuite échapper un faible soupir.

« — En tout cas, le Tsuyosa Fujun ne s'est pas répandu jusqu'ici, lâcha-t-elle.

— Tenshi-sama, Zanshi-sama, regardez donc cela. »

Le Général Hôshi reprit le fil de la conversation.

Il attrapa ainsi une grande carte de la région, entre autres, avant de la présenter à ses supérieurs.

« — Votre mémoire doit sans doute encore être partiellement brouillée, lâcha-t-il. Il y a beaucoup de choses à apprendre dans cette ère.

— À commencer par où on se trouve ? marmonna la belle blonde.

— En effet. Si les choses continuent telles qu'elles sont parties, alors il ne faudra que quelques semaines, tout au plus, pour que le Tsuyosa Fujun ne se répande intégralement près de l'Asie.

— L'Asie ?

— C'est le nom d'un continent de ce monde.

— Hmm … oui, je crois vaguement m'en souvenir …

— Avec autant d'informations à retenir en aussi peu de temps, reprit lentement Zanshi, il est logique de ne pas tout assimiler d'un seul coup.

— Ça nous a pris un certain temps également, renchérit Taiyô, en haussant les épaules.

— Et donc, Hôshi, reprit Tenshi. Où voulais-tu en venir ?

— … Si nous n'agissons pas avant, il sera peut-être trop tard pour beaucoup de monde. »

Un léger vent souffla, près de ce feu de camp. Tenshi releva simplement son regard, en direction des cieux obscurcis.

« — Tu nous ferais presque passer pour des gens aimables, lâcha-t-elle.

— … Je ne voulais pas parler de Bien ou de Mal, dans cette histoire. Je crois que cet avenir dépasse ce cadre.

— Sûrement, oui …

— Toujours est-il que les Shinigamis se mettront en travers de notre route, trancha Zanshi. Qu'ils soient au courant ou non, ne changera rien à cet avenir. »


De longues minutes plus tard, la nuit s'imposait au-delà de la Forêt de Kasugayama, ainsi que sur l'intégralité de la région. L'accalmie de la zone, aussi lugubre puisse-t-elle, se révélait tout de même relativement reposante, après de longues et effrénées heures de chaos.

Ici, une vieille cabane délabrée avait été aménagée par Hôshi, afin de répondre au minimum syndical exigé par Tenshi.

Cela ne se traduisait que par une chambre —qu'elle partageait avec son acolyte aux cheveux de jais— plus ou moins aménagée. Le lit, inutilisable, avait été remplacé par un large matelas.

« — C'est le meilleur que j'ai pu trouver. Mais la plupart des boutiques ayant été détruites …

— Ça ira, je ne m'attendais pas à des miracles non plus. Bon travail.

— Merci, Tenshi-sama … »

Le regard presque désolé, la jeune femme aux cheveux argentés, Tsuki Kantetsu, était de retour. Missionnée afin de pouvoir récupérer les affaires nécessaires, elle devait bien admettre que la tâche s'était révélée plus difficile que prévu.

Porter tous les vêtements dans le carton et les objets plus volumineux s'était révélé pénible, au point de devoir effectuer quelques allers-retours. Et au milieu de ce chaos, il s'avéra parfois difficile de retrouver exactement le bon chemin.

« — Il n'y a plus qu'une seule chose, lâcha la Kaijû.

— Oui ?

— N'y a-t-il pas un cours d'eau pur dans les alentours ? Pas question non plus de rester crasseuse. Cela fait techniquement des siècles que je ne me suis pas lavée. »

Son interlocutrice cligna vivement des yeux.

Sa journée ne semblait toujours pas terminée.


« — Hé, Ryôshi.

— Hm ?

— … Pourquoi tu te sens encore obligé de bouffer tout ça ? Ce n'est pas nécessaire, pas vrai ? »

Toujours assis près du feu de camp, Taiyô discutait dorénavant avec le dernier membre du Kiyomeru à être revenu, à savoir Ryôshi et ses manières fort douteuses.

Et pour cause, le véritable animal de l'escouade, dévorait littéralement une carcasse ayant appartenu à un être humain, après l'avoir rôti près du feu. Pas vraiment le régime alimentaire prôné par Taiyô, qui regardait toujours cela d'un œil moyennement convaincu.

« — Ha, lâcha son acolyte. J'y peux rien. C'est dans mon sang.

— … Moui.

— C'est comme si tout mon corps m'ordonnait de le faire, ricana de nouveau Ryôshi. Un peu comme les humains de cette ère, qui « fument » ?

— Eh bah, heureusement que tous les fumeurs ne finissent pas comme toi.

— Ha. Je n'ai pas honte de ce que je fais !

— Ça, on l'a remarqué.

— Les forts dévorent les plus faibles pour survivre, je ne fais que perpétrer cette tradition.

— À la différence près que tu n'as plus besoin de le faire pour « survivre », hein ?

— Tant pis. Tu n'as pas besoin de manger non plus, pas vrai ? Pourtant, cette dernière année, tu es parti avec Tsuki dans ces restaurants humains.

— … Tu sais quoi, finalement, continue de manger et mettons un terme à cette conversation.

— Comme tu préfères ! Tu veux un morceau ?

— Ça ira … »


« — Aah … et bien, heureusement qu'il existait cet endroit … »

Probablement le seul lieu détruisant la monotonie et le silence local, cette cascatelle coulait avec un débit suffisamment fort pour jouer un autre petit son reposant.

« — Curieux que l'eau soit si pure, alors que rien ne vit autour, mais tant mieux. »

Relaxant charque parcelle de son corps, Tenshi Hitochigai était intégralement plongée dans cette eau fraîche. Peut-être trop fraîche d'ailleurs, mais elle ne pouvait décemment pas faire la difficile dans les circonstances actuelles.

Dans son dos, sa subordonnée, également plongée dans l'eau, s'occupait d'ailleurs de lui nettoyer sa belle chevelure blonde.

« — Dire que Zanshi a refusé de venir ici, marmonna-t-elle. Il est bien timide lorsque l'occasion se présente, qu'en penses-tu, Tsuki ?

— E-Eh bien, j'imagine que cela fait partie de sa personnalité …

— Cela dit, je me sens beaucoup mieux ainsi.

— … Tenshi-sama, j'ai une question à vous poser.

— Je t'écoute.

— … Cela fait un an pratiquement que nous vivons au milieu de ces humains, discrètement. Et … je voulais vous dire … que je n'ai pas l'impression … enfin, la majorité d'entre elles, ne sont pas forcément des personnes qui méritent forcément de mourir.

— … Et donc ? Quelle est ta question ?

— Hm … comment le formuler … existe-t-il une autre façon … de … ?

— … Eh bien, ma petite Tsuki … »

La Kaijû se retourna doucement vers sa subordonnée, qui se trouvait dans son dos. Elle lui planta alors un regard suffisamment clair, vis-à-vis de ses propres pensées.

« — Je vais te dire une chose, murmura-t-elle. Ces humains ne sont pas forcément ''mauvais'' … mais ils sont d'ores et déjà condamnés, pour la grande majorité. Ils ne peuvent rien faire contre le Tsuyosa Fujun. Alors si tu éprouves un quelconque élan de pitié envers eux … il vaut mieux que tu élimines ceux que tu croises. »

Preview du Prochain Chapitre

Ichigo Kurosaki : Argh, où suis-je ?!

Hitsugaya Toshirô : Tu répètes toujours la même chose.

Ichigo Kurosaki : Normal, on ne répond jamais à ma question ! En plus, je ne vois pas le nom de ce chapitre dans la version originale, je n'en peux plus de toutes ces libertés, ça suffit ! Des informations sur les Kaijûs ? Du développement de personnage ? Et puis quoi encore ?!

Rukia Kuchiki : N-Non, j'ai versé des larmes de faiblesse !

Rangiku Matsumoto : Shhh, ne pleure plus maintenant ! Je suis là !

Hitsugaya Toshirô : Tu parles d'un réconfort.

Rangiku Matsumoto : Vilain petit capitaine ! Ce n'est pas que l'arc suivant vient tout juste de débuter qu'on doit être si aigri !

Hitsugaya Toshirô : Bref, coupez. The Blade and Me, voilà le titre du prochain chapitre.

Ichigo Kurosaki : Oooh voilà qui m'intéresse !