LE COÛT D'UN EFFORT

Contenu choquant dans ce chapitre : langage vulgaire, violence envers les enfants, contenu sexuel explicite.


Seattle, Secteur 5, à la sortie du Crash, vendredi 12 août 2022, 22h10


MAX

Une fois hors du Crash, à quelques pas de la sortie de devant, Max se figea. Elle ne pouvait pas partir comme elle l'aurait voulu : après être rentrée à Terminal City de sa journée de coursier, elle s'était préparée et était venue à pied au Crash. En plus, en raison des économies de carburant des stocks de Terminal City, elle se rappela qu'elle ne pouvait même pas récupérer sa moto et aller faire une balade pour se changer les idées. Ça et la jupe atrocement courte qu'elle avait sur les fesses. C'était pourtant ce qu'elle aurait voulu à cet instant : un grand bol d'air frais sur le visage.

Autour d'elle les gens s'amusaient. Personne ne faisait attention à elle. Ni les passants, ni les habitués qu'elle connaissait de vue, ni ses amis… Elle croisa les bras comme pour se donner du réconfort. C'était comme ça à chaque fois qu'elle était heureuse : tout partait en vrille et elle finissait seule. Elle le savait. Pourtant, elle y avait cru cette fois. C'était ça le pire. Elle avait cru qu'elle avait enfin trouvé l'équilibre dans sa vie. Elle avait un foyer, un travail, des amis, une famille… et quelqu'un avec qui partager tout ça. Elle s'en voulait d'avoir été si naïve et elle en était dégoûtée. Réellement dégoûtée. Son idée de changer de boisson et d'innover en prenant un cocktail avait été particulièrement mauvaise. Elle sentait le mélange douteux prêt à s'extirper d'elle par la force. À moins que ce ne soit qu'un dégoût pour elle-même qu'elle ressentait… elle ne savait plus trop.

Elle voulut se réconforter davantage en ajustant ses bras autour d'elle-même, mais une présence désagréable était venue se poster à sa gauche. Misha se tenait là et la regardait, la mime contrariée. Il soupira et prit la parole.

_ Je devrais te féliciter pour tes talents d'actrice. On pourrait presque croire que tu t'es vraiment sentie mal.

_ Je me suis…

_ Te fatigue pas avec moi, 452. Je suis parfaitement au courant que tu le connais assez pour savoir quel genre de vie il a mené avant toi et pour savoir que tu n'es pas surprise. C'est d'ailleurs une chose qu'il apprécie avec toi : pouvoir parler librement et être lui sans filtre. Alors, épargne-nous ton petit numéro de copine jalouse. Tu es trop intelligente pour imaginer que tu seras toujours la seule à la satisfaire. Son appétit est trop grand. Tu sais bien qu'il y aura forcément quelqu'un d'autre au bout d'un certain temps. Tu as simplement le mérite de réussir à assouvir ses besoins physiques à toi seule… pour le moment. On verra plus tard.

_ Mais…

_ En tout cas, bravo. Ta petite copine et toi, vous avez réussi à faire en sorte qu'il me vire. Je ne te dis pas bonne nuit.

Sur ces mots, Misha lui tourna le dos et s'éloigna d'elle. Max le regarda partir, stupéfaite. Pendant un instant, elle imagina qu'Alec allait la rejoindre, la prendre dans ses bras, s'excuser et la réconforter. Peut-être qu'il l'aurait fait… si elle n'était pas partie.

Max se sentait toujours dégoûtée. Quel que soit le sens du terme.

Bien sûr qu'Alec avait eu des tas de relations sulfureuses et il avait toujours été franc sur le sujet. Et ce, bien avant qu'elle ne devienne elle-même une de ces relations. Ils en avaient toujours parlé librement et ils en avaient même ri à plusieurs reprises. En retour, elle s'était laissée aller à raconter ses propres expériences foireuses au X5. Elle se trouvait puérile de réagir de la sorte. Après tout, c'était elle qui avait voulu cette relation purement sexuelle avec lui et c'était elle qui ne respectait pas les termes du contrat en s'étant attachée à lui au-delà de leur amitié. Car, depuis le retour d'Alec son voyage en Arizona, Max s'était à nouveau questionnée sur ses sentiments envers son meilleur ami. Elle était vraiment persuadée que Manticore avait rendu Alec addictif. Aussi, elle avait essayé de perdre du recul, au moins physiquement, mais ce fut un échec totalement. En même temps… Alec n'avait aucune notion d'espace personnel la concernant et elle n'avait absolument pas cherché à le repousser.

Ce fut pourquoi elle avait d'abord vu l'arrivée de Misha comme une bonne chose. Premièrement, elle était ravie de rencontrer un nouveau transgénique. Deuxièmement, c'était un ami d'Alec et le X5 était heureux, donc elle était heureuse. Ensuite, Misha était très demandeur et il distrayait Alec de Max, donc elle avait pu tester son programme de désintoxe. Et, c'était là que ça bloquait : elle ne supportait pas de voir Misha près d'Alec. Elle avait alors douté que son attachement à Alec soit du seul ressort de Manticore.

Alec était lui. Il n'y avait rien de surprenant dans le fait qu'il ait déjà essayé le sexe avec un homme. Il n'y avait rien de surprenant qu'il en parle comme de cuisine et qu'il en rit. C'était elle, le problème. Comme dans toutes les autres relations qu'elle avait eues, d'ailleurs. Mais, elle avait beau savoir ça, son dégoût était toujours là. C'était viscéral. Si elle pouvait balayer d'un revers de main les anciennes aventures que son amant avait eu avec une multitude de femmes, elle n'arrivait pas à le faire avec l'histoire entre Alec et Misha. Ce qu'elle avait entendu ne faisait qu'exacerber ce qu'elle avait suspecté et son ventre se serrait à ces pensées. Au point d'ailleurs, que son estomac rejeta dans un caniveau, entre autres, son mauvais choix de boisson de la soirée, sur le trajet où ses pas la guidaient vers l'Aiguille Spatiale de Seattle.

Elle ne pouvait que se rendre à l'évidence : elle était jalouse. Jalouse du lien entre Alec et Misha. Bien sûr qu'elle aimait Alec. Mais, elle ne l'aimait pas d'amour. Elle avait appris ce qu'était l'amour grâce à Logan et ça n'avait rien à voir avec ce qu'elle ressentait pour Alec. Elle ne savait pas comment se nommer ce qu'elle ressentait. Elle n'arrivait pas à analyser ses sentiments pour le X5. Il n'était pas un frère comme Joshua ou Krit. Il était plus qu'un ami si elle devait le comparer à Sketchy ou Cindy. Il était plus qu'un membre de son peuple, si elle faisait le parallèle avec Mole, Dix ou Luke. Alec était lui. Un être à part. Sauf qu'elle n'avait pas le droit d'être possessive envers lui. Ce qui faisait qu'Alec était lui, c'était aussi sa joie de vivre, sa frivolité… sa liberté.

Elle était aussi dégoûtée de ses sentiments. Elle avait toujours défendu les gens "différents" aux yeux de la société : le peuple transgénique, les personnes en situation de handicap, la communauté gay… Pourtant, elle se comportait comme le commun de la "société" face à une situation qui la touchait directement. Même le ventre à présent vide, imaginer Misha et Alec ensemble lui donnait envie de vomir. Faute de mieux, elle se mit à pleurer. Oppressée par l'atmosphère lugubre qui régnait dans les rues et dans son cœur, elle courut sans se soucier que quelqu'un remarque sa vitesse d'être génétiquement modifié, pour atteindre son perchoir et changer enfin d'air.

o0o0oOo0o0o

Max passa la nuit à ressasser ses pensées noires.

Pour un mois d'août, la nuit du 12 au 13 avait été nuageuse et les températures avaient été assez fraîches avec une quinzaine de degrés Celsius. Au sol, ça aurait été agréable, mais à 184 mètres de hauteur, en haut de l'Aiguille Spatiale, avec le vent et une bruine légère, le ressenti était en-dessous des dix degré Celsius. Avec une jupe courte et un haut léger, la jeune femme était glacée. D'autant plus glacée qu'elle était épuisée : elle avait alterné entre des épisodes de colère, où elle avait fait les cent pas au sommet de son perchoir, ou des épisodes de pleurs, recroquevillée sur elle-même.

Lorsque le soleil se leva, elle se souvint que c'était jour de réunion du Comité de Direction et qu'elle allait devoir rester assise près d'Alec. Elle devait se changer aussi. Elle ne voulait pas prendre le risque d'aller à l'appartement qu'elle avait avec Original Cindy au Secteur 5. Depuis deux jours, sa Boo avait décidé qu'il était temps de retrouver un peu son indépendance. Obnubilée par ses propres problème, Max avait oublié de demander à sa meilleure amie où elle en était dans son projet. Max voulait aussi prendre une douche… chaude, ce qui excluait le Secteur 5, mais ne voulait pas croiser son meilleur ami. Elle voulait retarder l'échéance de le voir autant que possible. Et comme elle le verrait sans doute à l'appartement de Terminal City, donc c'était non. Elle ne pouvait pas aller à l'appartement du X5 au centre-ville car il l'avait prêté à une amie et sa fille, blessées et sans abries depuis l'accident sur Harbor Island. Elle avait trouvé ça incroyablement généreux de sa part et l'avait trouvé très noble… et beau… et magnifique… et avait fondu devant son sourire gêné lorsqu'il lui avait fait cette annonce… qui les avait menés à une étreinte des plus torrides. En repensant à cette fois-là, elle se remit à pleurer. Il lui manquait, mais elle était aussi fâchée contre lui.

o0o0oOo0o0o

Finalement, elle resta encore deux heures supplémentaires en haut de son perchoir avant de se décider à descendre. Elle n'aurait pas le temps de se changer avant le début de la réunion hebdomadaire. C'était peut-être mieux ainsi.

Elle descendit l'escalier sans entrain et franchit la porte du monument. Ce fut un immense choc de se retrouver en face d'Alec. Il était simplement assis, sur un muret, en face de la porte. Il portait encore ses vêtements de la veille.

_ Tu descends parce que tu as fini de faire la gueule ou parce que tu en as marre d'être là-haut ? demanda-t-il sans préambule.

Dans les faits, ce n'était aucune des deux réponses, mais l'une ne correspondait pas du tout à la situation.

_ Pas la première option, dit-elle alors.

_ OK, dit sèchement Alec.

Il se leva, mit les mains dans ses poches et partit sans lui accorder un regard.

Sans bouger, Max le regarda s'éloigner. Lorsqu'il fut hors de vue, elle sentit ses lèvres trembler. Elle posa les yeux sur la place qu'il avait occupé : elle était parfaitement sèche alors que tout le reste autour était mouillé. La bruine avait débuté dans la nuit du vendredi et ne s'était pas réellement interrompue. Le jeune homme avait passé la nuit à attendre à cet endroit… Elle tourna le dos à la direction dans laquelle il était parti et se mit à pleurer en silence. Elle avança, sans vraiment savoir où aller : Alec avait pris la direction de Terminal City et elle ne voulait pas le voir.

Bien vite, son haut blanc devenu transparent grâce à la pluie et sa jupe trop courte attirèrent l'attention des hommes sur son trajet, qu'ils soient : policier de Secteur prenant son service, simple employé se rendant à son travail, vendeur ouvrant sa boutique, proxénète comptant ses gains de la nuit, dealer, petite racaille du coin, ivrogne encore éméché ou mendiant… Remarques désobligeantes, mots vulgaires, bruits obscènes, sifflements… ça eut le mérite d'agacer Max. Elle arrêta de pleurer et sentit la colère de nouveau monter en elle et la réchauffer.

Après une énième réflexion, Max se retourna pour répliquer mais un inconnu s'était interposé entre elle et un type à l'allure de videur de boîte de nuit.

_ Hé ! fit le jeune homme. Ce n'est pas poli de parler comme ça à une femme.

_ Tu veux te battre ? répondit le gros costaud.

_ Euh… Je dis juste que si vous voulez avoir ses faveurs, ce n'est surement pas la bonne méthode.

_ Va te faire voir, moucheron.

_ D'accord.

L'inconnu attrapa Max par le bras et ils s'éloignèrent en courant. Très vite, l'inconnu fatigua. Ils tournèrent à l'angle d'une rue et le jeune homme regarda discrètement s'ils n'avaient pas été suivis. Il revint vers Max en souriant, satisfait. Il était grand et avait une silhouette gracile. Il avait l'allure d'un jeune de son âge, mais avec quelque chose d'étrange dans le regard. Ses cheveux châtains et bouclés étaient si désordonnés qu'on aurait dit qu'il venait de se réveiller. Son visage était long et fin, son nez droit et sa mâchoire angulaire. Max mit quelques secondes avant de comprendre ce qu'il n'allait pas chez lui et fut surprise de voir qu'il avait les yeux vairons. Un bleu et un vert. Cela lui donnait un air étrange.

_ Eh bien, on a eu chaud, dit-il.

Max le regarda sans répondre.

_ Euh…, fit-il en se frottant la nuque. Ce n'est pas très prudent de se promener toute seule dans la rue, avec…

Il fit un geste pour désigner les vêtements de la jeune femme, qui croisa les bras de contrariété.

_ Toute seule, répéta-t-il.

_ Je sais me défendre.

_ Oh ! Je n'en doute pas. Je ne voulais pas vous vexer.

Max initia un pas pour partir.

_ Euh… commença l'inconnu.

_ On va gagner du temps, dit Max. Je n'ai pas de nom et je n'ai pas de numéro de téléphone. Je ne suis pas libre ce soir, ni cette année.

_ Donc, vous êtes dispo pour un petit déjeuner. Ça tombe bien, je meure de fin et je vous invite. Vous voyez, je travaille de nuit et j'allais rentrer. Au fait, je m'appelle Seth.

Le cœur de Max se serra. Son inconnu portait le même nom que son défunt frère.

_ En fait, je vous aurais bien invité quelque part, mais j'ai peur que les gens puissent dire… des choses. Mais, la bonne nouvelle, c'est que j'habite juste là, dit-il en montrant un immeuble du bout du doigt, et que j'ai de quoi faire un petit déjeuner chez moi… Pour deux personnes. Et, je vous invite toujours.

Ce Seth saisit une nouvelle fois le bras de Max pour la guider vers chez lui.

_ Je viens d'emménager à Seattle et je ne connais pas encore beaucoup de monde. Malgré les circonstances particulières, je suis ravi de savoir que nous allons pouvoir faire connaissances.

La main de Seth s'arracha brusquement du bras de Max.

_ Et, tu n'en auras pas le plaisir, dit la voix d'Alec.

_ Hé… fit Seth. Salut.

_ Salut, répondit Alec. Je suis le petit-ami.

_ Ah… Désolé. Je débarque et…

_ Bah, va débarquer ailleurs, coupa Alec.

_ Alec ! s'exclama Max.

Le X5 se positionna entre la jeune femme et le nouvel habitant de Seattle.

_ Casse-toi, dit Alec.

_ Je ne veux pas d'embrouilles.

_ Tant mieux pour toi, répondit Alec.

_ J'ai été ravi de te connaître sans-nom-ni-numéro, dit Seth à l'attention de Max. On se reverra peut-être.

Le jeune homme s'éloigna, laissant Alec et Max seuls.

_ T'es pas bien, toi ! fit Max.

_ Moi, je ne suis pas bien ? Ce type te suis depuis presque aussi longtemps que moi !

_ Je l'aurais remarqué si ça avait été le cas.

_ Il est étonnamment discret pour un type lambda.

_ Certaines personnes sont naturellement discrètes. Il bosse de nuit. Il fait partie des gens que la société ne calcule pas. C'est un invisible.

_ C'était du cinéma avec l'autre gars. Il l'a payé ! Tout était calculé.

_ Quoi ? Si ça avait été bidon, je m'en serais… aperçue.

En fait, Max savait pertinemment qu'elle n'avait pas du tout était attentive à ce qui l'avait entouré. Et, elle avait honte de réagir ainsi. Alec l'avait attendue toute la nuit au pied de l'Aiguille Spatiale. La croyant toujours fâchée, il s'était éloigné pour lui laisser de l'espace, mais l'avait suivi pour veiller sur elle.

_ Excuse-moi. Merci de m'avoir avertie, dit-elle.

_ De rien, dit-il froidement.

_ C'est quand il m'a dit son nom que…

_ Ouais, je m'en suis douté. Je ne sais pas comment il a su pour ça.

_ C'est peut-être un hasard. Ça reste un prénom. Peu commun, c'est vrai. Mais, c'est un prénom.

_ Je n'en sais rien, avoua Alec. Ce serait quand-même un sacré hasard. Il t'arrive rarement des choses par hasard.

_ Tu es parano, répliqua-t-elle.

Le jeune homme fit claquer sa langue de contrariété. Et voilà, Max était tellement sur les nerfs, que les mots sortaient de sa bouche trop rapidement pour qu'elle n'ait le temps de se rappeler qu'Alec était venu l'aider et qu'elle était désolée. Elle souffla longuement pour se calmer avant de recommencer à parler.

_ C'est vrai qu'il dégageait un truc bizarre. Mais, je crois que ça venait de ses yeux. Il ne pouvait pas savoir pour Seth. À part Lydecker et quelques personnes de Manticore, personne ne connaissait Seth et ne pouvait faire le lien avec moi. Il ne sait même pas comment je m'appelle.

_ Si tu le dis, répondit Alec, sans conviction.

Les deux X5 restèrent un moment sans rien dire ou faire.

_ On est en retard pour la réunion, dit Max au bout de plusieurs minutes.

_ Non, on n'est pas en retard, dit Alec. J'ai appelé pour dire qu'on était occupé et qu'on ne serait pas présent.

_ Mais, c'est important, ces réunions, s'agaça-t-elle.

_ On est important, Max, répliqua le jeune homme. On a un gros, gros truc à régler là !

Max regarda ses pieds, honteuse de s'être de nouveau emporter. Et, elle avait froid. Elle commença à marcher vers le port et croisa les bras pour se réchauffer. Alec la suivit sans un mot.

o0o0oOo0o0o

Ils arrivèrent à Myrtle Edwards Park et s'approchèrent de l'eau. Ils restèrent de nouveau là, sans parler.

_ Crache le morceau, finit par dire Alec.

C'était plus facile à dire qu'à faire. Pour la bonne raison, qu'elle n'avait pas de "bonne raison" d'être fâchée ou mal. En revanche, elle n'arrivait pas à comprendre pourquoi Alec, lui, semblait réellement fâché. Il n'était presque jamais fâché contre elle. Ce n'était arrivé que trois fois pour être exact. Lorsqu'il lui avait reproché de ne pas le comprendre, lors du "retour" de Rachel Berrisford, parce qu'elle avait fui Manticore. Elle lui avait sauvé la vie et il s'était adouci, malgré son cœur brisé. Ensuite, il avait été particulièrement en colère après leur premier baiser, mais ça s'était calmé naturellement… après un trou de mémoire étrange. Enfin, la dernière fois, c'était après la rupture de la jeune femme avec Logan à laquelle il avait violemment refusé d'être mêlé. Il y avait eu d'autres contrariétés, mais rien ne semblait être comparable à l'état actuel du X5.

_ Donc, dit Alec, puisque tu ne parles pas, j'imagine que c'est à moi de le faire ? Misha.

Max secoua la tête de dégoût.

_ Non ? Ce n'est pas Misha le problème ? demanda alors Alec.

_ Si c'est lui, répondit-elle.

_ Alors ?

Max frappa un caillou du pied et l'envoya dans l'eau.

_ Cindy a parlé en ton nom, mais je préfèrerais avoir ta version, reprit Alec.

_ Je le trouve… dérangeant, dit Max.

_ Dérangeant, répéta-t-il.

_ Oui.

_ J'aimerais que tu fasses un effort pour l'accepter.

_ Je te demande pardon ? s'exclama la jeune femme.

_ Je veux que tu fasses un effort, Max. Ou des efforts, s'il t'en faut plusieurs.

_ Pas question !

_ Pourquoi ?

_ Tu as couché avec lui !

_ Et alors ? s'exclama-t-il.

« Oui, Max. Et alors ? » pensa-t-elle. « Tu connais Veronica, Mme Callaway… même ta sœur Jace. »

Sauf qu'elle avait l'impression d'avoir été trompée. Elle se mordit les lèvres et recula d'un pas.

_ Je ne l'aime pas, ajouta-t-elle.

_ J'avais remarqué. Tu lui reproches quoi d'autre ?

_ Euh… Vous êtes très proches.

_ Qu'est-ce que ça change ?

_ Euh…

_ Est-ce que je suis important à tes yeux ?

_ Évidemment ! dit Max. Ce n'est pas la question. C'est juste Misha avec qui…

_ Tu n'es qu'une égoïste, dit Alec.

_ Quoi ? Je ne vois pas ce que ça vient faire ici.

_ Tout ! répliqua Alec. Tout ce que je veux, c'est que tu fasses un effort pour tolérer Misha.

_ Je ne vois pas pourquoi je devrais.

_ Combien de fois tu as fait un truc pour moi. Et, rien que pour moi ? Peu importe le domaine. Je t'écoute.

_ Je…

Max eut beau réfléchir, rien de pertinent ne lui vint à l'esprit. Elle songea aux différentes petites attentions sexuelles qu'elle avait pu avoir mais, dans le fond, c'était des choses qu'elle avait faites aussi pour elle. Puis, elle pensa aux moments où elle avait veillé sur lui, parfois à son insu ou contre sa volonté, comme après la mort de Rachel Berrisford, mais elle n'était pas certaine de l'avoir fait pour lui. Finalement, elle fut choquée de ne rien avoir à dire.

_ J'ai toujours tout fait pour toi, depuis qu'on se connaît, dit Alec. Ça ne me dérange pas, au contraire. J'aime te voir heureuse. Je ne t'ai jamais rien demandé en retour. Jamais.

_ Mais…

_ Là, je te demande quelque chose. Fais un effort avec Misha. C'est tout.

Max secoua la tête. Elle imaginait de nouveau Alec et Misha ensemble et en eut la nausée.

_ Misha est important pour moi, Max.

_ Je ne veux pas le savoir.

_ Tu veux savoir qui est Misha pour moi ?

« Non, je ne veux pas ».

_ Comme si je pouvais t'empêcher de parler de toute façon, dit-elle, de façon abrupte.

_ C'est un mélange de toutes les personnes qui comptent pour toi, répondit Alec après avoir soupiré. Il est comme tes frères et sœurs, mélangé à Joshua, mélangé à Original Cindy. Il est le tout premier ami que j'ai eu. Mon frère. Mon protecteur et mon protégé. Juste après votre évasion, Manticore nous a enfermé pour nous faire un tas de trucs dégueulasses. On était trop nombreux et les scientifiques manquaient de places. Misha, moi et d'autres, on était dans le chenil. On dormait par terre et on avait chacun un seau et un rouleau de papier toilette pour faire nos besoins. Je ne suis pas certain que la bouffe, qu'on nous donnait, était adaptée à la consommation humaine. Je me souviens encore de l'odeur qui régnait là-bas. Si on parlait, si on pleurait, si on gémissait, on se prenait un coup d'aiguillon à bétail. On n'avait qu'une dizaine d'années.

Max se mordit les lèvres d'horreur. Elle avait visité les chenils dans son enfance et les avait trouvés horribles, même pour des chiens. Elle n'imaginait pas qu'on puisse y enfermer des enfants.

_ J'étais dans un coin, poursuivit Alec. Entre un mur et la cage de Misha. Un jour, j'ai pleuré. Silence, mais j'ai pleuré. Il a passé la main à travers les barreaux pour me toucher et pour me dire de me calmer en morse. C'est lui qui m'a appris à détourner ce moyen de communication. J'ai continué à pleurer. Il a fait du bruit pour distraire le gardien et s'est fait punir à ma place. J'ai arrêté de pleurer après ça parce que je savais qu'il me protégerait encore et qu'il se ferait punir encore.

Max eut envie de pleurer.

_ On se soutenait. On se réconfortait. On dormait aussi près l'un de l'autre que nous le permettaient les barreaux. Je ne connaissais de lui que son matricule, son visage d'enfant affamé et son toucher. Un jour, ils ont emmené Misha et je ne l'ai plus revu. J'ai cru qu'il était mort. Nous, les clones, les frères et les sœurs de votre groupe, on est resté enfermé plus longtemps. Puis, ils nous ont réendoctrinés, avec les effets que tu connais. Je n'ai plus entendu parler de Misha pendant des années. Puis, il y a eu la Russie. On me présente mon second et c'était lui. J'ai cru que j'allais perdre mon sang-froid quand ils nous ont fait le briefing et qu'ils ont énoncé son matricule. Lui, il était d'une neutralité absolue. J'ai même cru qu'il ne se souvenait pas de moi. Je l'avais vu de loin et on s'était croisé à Manticore, mais on ne se parlait pas. Je n'avais pas fait le lien entre son visage d'adulte et celui du petit garçon dans la cellule à côté de la mienne. Comme on était six et que je commandais, j'ai fait bonne figure. On a fait le voyage en ne parlant que de la mission. Pour notre campement, on était en extérieur, en plein blizzard. On se partageait trois tentes pour se tenir chaud. J'étais avec Misha. Les deux autres gars partageaient la seconde tente, et les deux filles, la dernière. J'avais peur de faire une bêtise, alors je n'ai rien dit à Misha. On ne parlait que de travail. Les autres, je les connaissais un peu. Et, j'ai découvert qu'ils se méfiaient tous de Misha. Misha ne se mêlait jamais aux autres et ne parlait que du travail. Il était toujours le modèle du parfait soldat de Manticore. Il dérangeait souvent les autres X5, qui ne savaient pas comment se comporter avec lui. En plus, les scientifiques venaient le chercher régulièrement.

_ Mais, comment…

_ Comment ce qui est arrivé est arrivé ? Un soir, j'entends du grabuge du côté des autres tentes. Je dis à Misha d'être attentif pour pouvoir intervenir et je vais voir. L'une des filles est en chaleur, l'autre arrive à peine à la maîtriser. Les gars viennent pour aider et ça a dégénéré. J'ai choisi de mettre la mission en pause pour deux jours et de les laisser faire tous les quatre, en me disant que, au moins, ils auraient chaud et qu'ils se seraient changés les idées car notre mission était une foutue cochonnerie. Je retourne à ma tente, dans un état… je ne sais même pas comment dire. Bref, j'ai réussi à résister aux chaleurs, mais je suis blindé de phéromones, forcément. Sauf que, Misha est homo jusque dans ses gènes. Une femelle en chaleur le laisse de marbre, un gars… c'est une autre histoire. J'étais à peine en état de réfléchir et lui encore moins. Il a su se montrer suffisamment entreprenant pour que ce soit agréable pour nous deux. C'est pour ça que les scientifiques l'étudiaient en permanence : parce qu'il était insensible aux femelles, mais sensibles aux mâles. Les X5 génétiquement comme lui, dans tout Manticore, ils se comptent sur les doigts d'une seule main. Misha a toujours su qu'il était "différent". Alors, il ne parlait pas aux autres X5 par peur que son secret ne soit découvert. Forcément, quand le jour s'est levé, il m'a tout avoué. Il était désolé et terrifié. Il se souvenait parfaitement de moi et il avait peur pour nous deux alors, il avait choisi de m'ignorer. Il avait aussi peur que les autres découvrent qu'il était différent et ne s'en prennent à lui. Ça a été notre secret.

Max avait de la peine pour Misha. Elle-même avait vécu comme une transgénique pour les humains et connaissait ce sentiment de différence. Mais, jamais elle ne s'était sentie différente des autres transgéniques. Les autres transgéniques avaient toujours été une valeur sûre pour elle, une sorte de refuge, un point d'ancrage émotionnel. Misha n'avait eu qu'Alec.

_ On est resté ensemble tant que la mission a duré, plusieurs semaines. On en avait besoin l'un comme l'autre. Pour avoir chaud, mais aussi pour oublier ce qu'on devait faire.

_ Comment ça ? demanda Max.

_ Le but de la mission n'était pas de tuer des gens, mais de récupérer des informations auprès de personnes récalcitrantes. Lentement, répondit Alec. Et douloureusement.

_ Votre mission était de torturer des gens ?

Alec commença à marcher de long en large.

_ Les soldats normaux ont des permissions et un suivi psychologique post-trauma pour les plus chanceux. Manticore ne nous a jamais accordé l'un ou l'autre de ces luxes. Nous, on a pansé nos plaies comme on a pu pendant cette mission, expliqua Alec. On en rigole maintenant et on parle de nous comme si tout avait été bien dans nos vies à cette époque mais, si on n'avait pas pu être ensemble, je ne sais pas comment ça se serait terminé dans nos têtes.

_ Tu parles comme s'il n'y avait eu que la Russie.

_ Parce qu'il n'y a eu que la Russie.

_ Tu as dit que la Russie n'était que le commencement.

_ Oui. De lui et moi. C'est à partir de là qu'on s'est retrouvé et qu'on est réellement devenu ami.

_ Les lieux publics ? Les toilettes ?

_ Toujours en Russie. Parfois, on avait besoin de se défouler avant le soir ou lorsqu'on ne rentrait pas au camp la nuit.

_ Tu n'as pas nié quand il a dit que tu venais dans son lit, même après la Russie, lui fit remarquer Max.

_ Parce que, toi, tu n'as jamais atterri dans mon lit lorsque tu étais mal ? C'est pareil. Il m'est arrivé d'avoir besoin de l'aide et du réconfort d'un ami. C'était égoïste de ma part, mais je savais qu'il me protégerait. Il m'a aidé après Rachel et le traitement en PsyOps.

_ Il t'aime, dit Max.

_ Je sais. C'est aussi pour ça que je refuse catégoriquement de coucher de nouveau avec lui. Misha est incapable de dissocier l'amour et le sexe. Je l'aime aussi, mais pas de la même façon. Si je couchais avec lui, je lui laisserais espérer et croire en quelque chose que je ne peux pas lui donner en retour. Je l'aime trop pour le faire souffrir. Ça ne l'empêche pas d'être l'ami le plus cher que j'ai.

Max déglutit difficilement. Misha était incapable de dissocier l'amour et le sexe et il était l'ami le plus cher qu'Alec avait… Misha était comme elle.

_ C'est vrai qu'il a un caractère de merde, poursuivit Alec. C'est normal qu'il ne t'aime pas. Tu as ce qu'il n'a pas et qu'il désire. Et, il s'inquiète pour moi car il connaît mes antécédents en termes de relations et les effets que ça a eu sur moi. En plus, tu es une des évadées de 2009. Misha fait partie de ceux qui ont une dent contre toi et tes frères et sœurs. Il se méfie de toi. Rappelle-toi au début de Terminal City, plusieurs transgéniques avaient des doutes à ton sujet. Misha est pareil. Il doit d'abord apprendre à te connaître. Il n'est là que depuis quelques jours. Tu dois lui donner du temps. Pour moi. S'il te plaît. C'est un type génial. Quand il saura qui tu es et que tu auras gagné son amitié, sa loyauté et sa fidélité te seront indéfectibles.

Il était vrai que Max n'avait fait aucun effort de son côté. Elle s'était laissée guider par son rejet instinctif de Misha et l'avait détesté dès le début.

_ Je ne dis pas que ce sera simple, continua Alec. Je sais qu'il est têtu comme une bourrique et que c'est compliqué de le faire changer d'opinion sur un sujet. Encore plus s'il est persuadé d'avoir raison. Mais, je ne dois pas intervenir entre vous. Si je lui parle, il va se braquer davantage contre toi pensant que c'est toi qui profites de mon sentimentalisme. C'est à toi de lui prouver qu'il a tort. S'il te plaît, Max. C'est important pour moi que vous vous entendiez.

_ D'accord, concéda Max.

_ Merci, dit Alec.

_ Je veux bien un ou deux indices par contre. Parce que je ne sais vraiment pas comment l'apprivoiser.

_ Misha se cherche encore une occupation à Terminal City. Tu pourrais l'emmener avec toi pour faire un cambriolage, peut-être ?

Les cambriolages, c'était le truc de Max… et d'Alec. Elle n'en avait pas envie.

_ C'est d'accord, dit-elle. Et, je…

Le ventre de la jeune femme poussa un grondement puissant.

_ Tu veux un petit déjeuner peut-être ? demanda Alec. On pourrait s'arrêter quelque part avant de rentrer à Terminal City.

_ Avec plaisir.


Seattle, Secteur 5, appartement de Max et Original Cindy, samedi 13 août 2022, 9h30


MAX

Comme Max et Alec avaient tous les deux été mouillés par la météo nocturne et qu'ils avaient froid, ils prirent un petit déjeuner à emporter, puis ils allèrent au Secteur 5 pour manger et se mettre au sec. Le jeune homme avait parlé de son enfance et des traumatismes qu'il avait vécu. C'était quelque chose qu'il n'aimait pas faire. Il traversait toujours une phase de mélancolie dans ces cas-là. Les deux X5 avaient parlé calmement de tout et de rien sur le trajet : de météo estivale principalement.

C'était probablement parce qu'elle n'avait rien eu de consistant dans le ventre depuis le repas du midi de la veille, que Max engloutit l'équivalent de trois petits déjeuner. Alec avait été plus raisonnable. La jeune femme soupira de bien-être et s'adossa contre le mur de la petite cuisine de l'appartement, son troisième gobelet de chocolat chaud à la main. Le jeune homme lui sourit.

_ Qu'est-ce qu'il y a ? demanda-t-elle.

_ Rien.

_ Bah si, dis.

_ Tu avais faim, commenta Alec.

_ Absolument !

_ J'aurais parié que tu aurais pris du café…

_ J'étais partie pour un grand café mais… commença Max, l'odeur de leur chocolat chaud m'a fait envie et je peux te dire que ça en valait le détour. Le goût est fantastique.

_ J'ai cru lire, sur le menu, qu'il y avait des épices dedans.

_ Je retournerai les voir à l'occasion pour me renseigner, dit-elle. Et, m'en recommander.

Elle recommença à siroter son fond de chocolat et il se mit à tripoter distraitement le bord de l'évier.

_ Je vais dire aux gars de venir travailler sur l'immeuble, dit-il. Le jour où la mairie de Seattle nous payera pour le faire, on fera semblant. Comme ça Original Cindy pourra revenir ici dès qu'elle le voudra.

_ C'est vrai ! s'exclama Max. J'ai oublié de lui demander. Tu as des infos ? Elle en est où dans son projet ?

_ Nulle part, répondit Alec. Le côté immeuble toujours branlant ne la rassure pas. Mais, Normal commence à se lasser de ses squatteurs et la régulière de Cindy n'a pas envie de la voir s'incruster.

_ Ah… La fameuse étudiante italienne, commenta Max. Je ne l'ai jamais vu. Et toi ?

_ Vite fait, une fois.

_ Et ?

_ Un Rubik's cube avec une face de mannequin, une face impétueuse et une face autoritaire.

_ Il y a six côtés sur un cube.

_ Ça s'appelle la perspective. Tu ne peux voir que trois faces d'un cube en même temps au maximum. Je ne l'ai croisé qu'une seule fois, je te signale.

_ Ah… et pourquoi la comparer à un Rubik's cube d'ailleurs.

_ Pour le côté casse-tête. Cindy a vraiment du mal à l'apprivoiser.

_ Oui, elle m'en a parlé aussi.

Max sourit doucement.

_ Tu n'as même pas parlé de son tour de poitrine. C'est décevant, commenta-t-elle.

_ Oh, parce qu'il n'y a rien à dire. On est vraiment sur le mannequin de défilé : grande et plate. Elle est encore moins bien fournie que toi, répondit Alec. Et, d'ailleurs…

_ Oui ?

_ Je n'ai pas eu le temps de te le dire hier soir mais… Tu étais très jolie.

Max fut surprise et se sentit rougir. Elle, qui avait fini par détester sa tenue en une soirée, était en train de se souvenir qu'elle s'était trouvée belle à un moment.

_ Enfin, c'est pas que tu ne l'es plus, poursuivit Alec. Tu l'es toujours. Pas qu'aujourd'hui ou hier. Tu es jolie. Tu es toujours jolie. C'est juste que hier, tu…

Le jeune homme soupira.

_ Je suis en train de parler comme un crétin, dit-il, la faisant rire.

_ Il y a de ça… Mais, c'est gentil.

_ De rien.

_ Et, je me suis peut-être habillée comme ça en sachant que ça pourrait te plaire alors…

_ Merci pour ça, dit Alec.

Max regarda le jeune homme. Cette dispute leur avait fait du mal à tous les deux. Mais, avoir dû parler de son enfance avait ravivé d'anciennes douleurs chez le X5. De son côté, la jeune femme avait compris l'affection d'Alec pour Misha : il avait été un soutien dans des moment particulièrement sombres et dans d'autres dont elle n'avait pas encore connaissance. C'était à elle de pousser le jeune homme à s'ouvrir un peu plus.

Elle pensait aussi avoir un peu compris Misha et son comportement envers elle. Il craignait qu'elle ne fasse du mal à Alec et ne pouvait pas l'en blâmer. Elle lui prouverait qu'elle était aussi une amie qui pouvait veiller sur ceux qu'elle aimait. Quant au sexe… Misha n'avait pas su faire la part entre l'amour et le sexe, c'était vu reléguer au rang de meilleur ami asexuel d'Alec et en était aigri. Elle ne voulait pas finir ainsi. Elle décida de s'offrir une dernière étreinte en lâché-prise total avant de suivre drastiquement son programme de désintoxe d'Alec. Cela serait mieux pour tout le monde.

Elle s'approcha d'Alec et l'embrassa tendrement. Il accepta le premier baiser, mais la repoussa doucement au second.

_ Max… commença-t-il. Si tu n'es pas d'humeur, tu n'as pas à te forcer.

_ Je sais.

_ Ce n'est pas parce qu'on s'est pris la tête qu'on est obligé de… se réconcilier sur l'oreiller.

_ On n'est pas déjà réconcilié ?

_ Si. Tu as raison.

_ Tu ne veux pas de moi ?

_ Quoi ? Non. Enfin, si. J'ai toujours envie de toi. Tu le sais. C'est juste que…

Le jeune homme ne termina pas sa phrase, de nouveau perdu dans ses songes. Max lui déposa un nouveau baiser sur les lèvres.

_ Alec, dit-elle. Toi, tu as toujours envie de moi. C'est vrai ?

_ Bien sûr.

_ Moi, je ne me force jamais avec toi. Considère ça aussi comme toujours vrai.

Elle lui prit les mains et le guida vers sa chambre.

o0o0oOo0o0o

Comme ça lui était déjà arrivé, Max se demandait comment une étreinte, pleine de douceur et de tendresse, pouvait être si intense. Et, de nouveau, elle se demanda où était la frontière entre le sexe et l'amour. Mais, comme elle savait que c'était la dernière fois qu'elle se laissait ainsi aller, elle choisit de ne pas se retenir. Commençant par de longs préliminaires, comme pour se consoler mutuellement, ils avaient pris leur temps, dans un respect mutuel, sans qu'aucun ne soit dominant sur l'autre. Ils avaient cheminé à deux, se mouvant comme un ensemble, dans un équilibre parfait, jusque dans leur jouissance. Même là, ils ne s'étaient pas détachés l'un de l'autre. Sans échanger de mots, ils s'étaient même enlacés plus fort pour conserver l'union de leurs êtres, jusqu'à ce que leurs corps reprennent un rythme cardiaque et respiratoire normal, le visage plongé dans le cou de l'autre.

Alec finit par soupirer, redresser la tête et il prit appui sur ses coudes. Max garda les bras autour de sa nuque et de ses épaules, pour l'empêcher de s'éloigner, et resserra l'étau formé par ses jambes. Mais, le jeune homme ne chercha pas à aller plus loin. Le jeune homme la regarda avec douceur, lui caressa les cheveux et l'embrassa tendrement avant de poser son front contre celui de la jeune femme. Il ajusta son corps contre, et dans, celui de Max. Si bien dans sa propre intégrité, elle en avait oublié qu'une partie cette intégrité était une partie du corps d'un autre. Elle gémit légèrement à cet ajustement de position et bascula elle-même le bassin pour faciliter la manœuvre, générant un petit grognement de plaisir chez Alec. Il l'embrassa de nouveau et pressa son bassin contre elle, la faisant haleter une fois.

Elle s'était dit qu'elle allait s'accorder une dernière étreinte et elle l'avait eu. Mais, la manière dont Alec se mouvait en elle… lentement… profondément… était irrésistible. Max aurait voulu maudire le X5 pour ça, mais elle adorait ce qu'il était en train de faire. Sauf, qu'il ne faisait rien seul. Elle participait à part égale. Ça en devint particulièrement évident lorsqu'ils roulèrent dans le lit, qu'elle fut au-dessous et qu'ils continuèrent sans perdre le rythme. Puis, elle se dit que, comme le lien qui les avait uni la première fois n'avait jamais été rompu, cela ne comptait que pour sa seule, unique et dernière étreinte en lâcher-prise. Alors, elle s'abandonna totalement et ses sensations n'en furent que plus intenses.

Ils se libèrent mutuellement et bruyamment. Submergée par son plaisir, Max manqua d'attention. Elle regretta de s'être écroulée sur le corps d'Alec car son pénis sortit de son vagin, répandant une partie de la présence du jeune homme sur les cuisses de la jeune femme et dans les draps. Cette fois, c'était bien fini.

Alec la serra contre lui et vint plonger son visage dans son cou, non sans lui glisser avoir voler un baiser au passage. Max se laissa faire et ferma les yeux. C'était déroutant d'être aussi physiquement comblée et de se sentir si triste en même temps. Mais, si elle voulait éviter qu'Alec ne la voie que comme sa meilleure amie, si elle voulait éviter de ressembler un jour à Misha et si elle voulait pouvoir continuer à coucher de temps en temps avec le jeune homme, elle n'avait pas d'autre choix que de mettre un peu de distance entre eux.

Le X5 lui caressa longuement les cheveux et elle accepta cette attention car cela la consolait. Ses bras demeuraient magiques pour ce genre de choses, peu importait la situation. Ils restèrent longuement ainsi enlacés. Max comprit qu'il serait là, comme ça avait toujours été le cas et finit par se détendre totalement. Le jeune homme l'embrassa dans le cou et approcha les lèvres de son oreille.

_ Max, commença-t-il, si tu savais comme je t'…

Il y eut un léger bruit au niveau de la porte de la chambre et, par réflexe, avant même de connaître la nature du danger, Alec avait roulé sur le lit, pour pouvoir protéger Max de son corps.

_ BANDE DE SQUATTEURS, DÉGAGEZ DE CHEZ MOI ! cria Cindy, en faisant irruption dans la chambre.

Elle brandissait un balai au-dessus de sa tête et était suivie d'une grande blonde, armée d'une casserole.

_ Cindy ! s'exclamèrent les deux X5.

_ Max ? Alec ?

_ Ti les connais ? demanda la blonde.

_ Bon euh… Bah… Enola et moi, on est à côté. Finissez, dit Original Cindy.

o0o0oOo0o0o

Une douche froide plus tard, Max avait changé de vêtements et avait changé les draps de son lit, pendant qu'Alec était parti se doucher à son tour. Original Cindy et Enola faisaient du tri dans les affaires de la Boo de la X5 dans la pièce d'à côté. La jeune femme se sentait affreusement gênée d'avoir été ainsi surprise au lit avec Alec. Si elle avait eu plus de choses à faire dans sa chambre, elle y serait restée enfermée. Mais, elle s'obligea à sortir lorsque le jeune homme revint pour remettre ses vêtements. Elle ne voulait pas rester là, à l'observer et à avoir envie de lui, alors que sa meilleure amie était dans l'autre pièce de l'appartement.

Max fit alors proprement connaissance d'Enola Milano, la coriace copine régulière d'Original Cindy. Elle était effectivement très grande, presque autant qu'Alec… et très plate, comme l'avait dit le X5. Elle avait le teint bronzé, ce qui était un exploit à Seattle. Elle devait être brune à l'origine, mais arborait un blond platine. Elle comprenait mieux l'expression Rubik's cube d'Alec : elle semblait être plusieurs choses à la fois, et toutes diamétralement opposées. Enola avait un accent chantant et un sourire chaleureux, mais elle avait aussi le visage fermé et froid des top-modèles dès qu'elle arrêtait de parler.

Alec les rejoignit dans la pièce principale et il se mit à discuter en italien avec Enola, laissant Max et Cindy à part.

_ Chou, si tu savais comme je suis désolée.

_ Ce n'est pas grave, Cindy, dit-elle.

_ En arrivant, les voisins m'ont dit que, comme ça faisait un moment qu'on ne venait plus ici, on devait être squatté et que, en plus, ces squatteurs s'envoyaient bruyamment en l'air depuis le matin. Ils n'ont pas dû voir que c'était toi qui étais rentrée.

_ Ah… Je suis tellement gênée…

_ Si ça dure depuis ce matin, c'est que ça va mieux entre vous deux. C'est une bonne chose.

_ Mouais.

_ Mouais ?

Max haussa les épaules.

_ On ne s'était encore jamais disputé comme ça.

_ Il fallait bien que ça arrive un jour. Au moins, vous avez recollé les morceaux et l'ombre de tu-sais-qui n'est plus dans le tableau.

_ En fait, si.

_ Pourquoi ?

_ C'est plus compliqué que ça et je comprends mieux. Je les comprends tous les deux. Je vais prendre sur moi et faire des efforts.

_ Même si ça te fait du mal ?

_ Je lui dois bien ça après tout. On ne peut pas dire que j'ai fait beaucoup de choses pour m'adapter, contrairement à lui. Et, ça ne m'a fait du mal que parce que je n'en ai pas parlé à Alec. Je comprends maintenant. Misha est important pour lui et, même s'il ne m'apprécie pas, je prendrais sur moi. Regarde Alec et Syl. Ma sœur ne le supporte pas. Pour autant, il ne m'a jamais demandé de ne plus la voir. Il accepte qu'elle soit dur avec lui.

_ Bah, c'est normal : c'est ta frangine.

_ Et, Misha est beaucoup de choses pour Alec aussi. Je vais convaincre Misha qu'on peut s'entendre, dit Max avec conviction.

_ Si tu le dis, Boo. J'ai juste l'impression que ce sera… difficile.

_ J'en suis consciente. En parlant de trucs difficiles, comment ça se fait que tu sois là ?

_ Oh… soupira Original Cindy. Quelqu'un fait preuve d'un autoritarisme proche du despotisme.

_ Ah ?

_ Elle estime que je ne dois pas rester bloquée par mes craintes et m'a posé un ultimatum si je ne venais pas ici.

_ Carrément ?

_ Ouais.

_ On va demander aux gars de travailler sur l'immeuble, même sans l'autorisation de la mairie. Tu seras tranquille après ça. Tu n'as pas l'air plus enthousiaste que ça…

_ Si, si. J'ai hâte de retrouver mon chez moi et je vous confiance pour les trucs d'immeubles.

_ C'est quoi le problème alors ?

_ C'est par rapport à Enola que je me pose des questions.

_ Pourquoi ?

_ Original Cindy est trop originale semble-t-il. Elle voudrait changer beaucoup de choses. Moi aussi, je dois faire des efforts.

_ Et tu le prends comment ?

_ Original Cindy n'est pas certaine d'être prête pour ça.

_ Mais, ça fait plus deux mois, vous deux.

_ Qu'on se connaît. Moins longtemps pour le reste. Elle a toujours mis de la distance entre nous. Je couche avec elle moins souvent qu'avec d'autres. Elle n'aime pas que je reste dormir et essaye de me virer de chez elle dès qu'on a fini. Elle refuse de me présenter à ses amis ou de rencontrer les miens. Là, vous deux, c'est un accident.

_ Elle a l'air de bien s'entendre avec Alec.

_ Son pays lui manque et Golden Boy parle italien. Elle a bien noté ce détail la fois où on l'avait croisé dans la rue… aussi par accident. Je crois qu'elle est contente de pouvoir parler sa langue maternelle.

_ Tu pourrais peut-être demander à Alec de l'apprendre deux ou trois trucs.

_ Ça n'y changera rien.

_ Tu sais pourquoi elle se comporte ainsi ?

_ Bien sûr. Elle veut une relation totalement exclusive. Original Cindy ne donne pas dans l'exclusivité.

_ Elle met de la distance pour se protéger, dit Max, comprenant Enola par rapport à ce qu'elle était en train de vivre.

_ Avec trop de distance, tu perds de vue ce qui te plaisait au début et ça ne fonctionne moins bien. Pourtant, je me souviens que je la voulais vraiment mais, son petit jeu est lassant.

Cette phrase fit réfléchir Max un instant. Elle voulait aussi mettre un peu de distance entre elle et Alec mais, la différence, c'était que contrairement à Enola, elle voulait rester dans le statut quo de sa relation purement sexuelle avec Alec pour ne pas être éjectée de la vie du jeune homme. La distance qui faisait fuir Original Cindy était celle qui ferait rester le X5 près de Max. En plus, la situation n'avait rien à voir. Enola voulait changer Cindy et les deux femmes n'étaient que des amantes. Les deux X5 étaient amis depuis longtemps. Bien avant le début de leur relation charnelle. La jeune femme avait tout confiance en l'amitié inébranlable avec son Boo Two. En revanche, elle s'inquiétait pour la Boo, première du nom.

_ Donc, tu vas rompre avec elle et rester amie, sans sexe, pour la protéger ? Demanda-t-elle alors à la jeune femme noire.

_ Elle est grande, elle sait se protéger. Et, je ne sais pas si on peut parler de rupture honnêtement. Original Cindy avait annoncé la couleur et la nature du contrat dès le début. C'est elle qui n'a pas respecté le truc.

_ Je suis désolée pour toi.

_ Faut pas. La vie est trop courte pour rester bloquer sur un plan galère. C'est le principe des plans culs : il ne doit pas y avoir de galère. Les galères, c'est pour les couples-couples. Ceux qui s'aiment pour de vrai… parfois sans le savoir, et qui arrivent à recoller les morceaux après une grosse dispute. Tu comprends ce que ta Boo te dit ?

_ Parfaitement, répondit Max, comprenant qu'elle était un très mauvais choix de plan cul pour Alec.

_ Si tu as pigé, ça me va, continua la jeune femme. Avec ma belette, on fera chacune notre vie séparément. Un jour, on se recroisera peut-être et on baisera en souvenir du bon vieux temps… mais ce sera tout. C'est la vie. Au moins, elle a réussi à faire revenir Original Cindy ici. On ne pourra pas lui enlever ça. Je vais lui accorder une dernière fois pour la remercier.

Max saisit son poignet, à la recherche du réconfort de son bracelet brésilien, avant de se souvenir qu'il n'était plus là. Son vœu avait été exaucé : elle avait trouvé le bonheur et avait été heureuse… le tout au passé.


Seattle, appartement de Max et Alec, lundi 15 août 2022, après minuit


MAX

Max se réveilla brusquement sur le dos, mais sans sursauter. Elle dut reprendre son souffle car quelque chose l'avait empêché de respirer. Encore ensommeillée, elle se souvenait encore de cette étrange sensation d'avoir le nez pincé. Dans l'obscurité de la chambre, elle ferma les yeux et se fronça le nez faire partir cette sensation bizarre. Son réveil n'avait en rien perturbé celui d'Alec. Il dormait encore, en partie vautré sur le corps de la jeune femme.

Elle avait réussi à ne pas passer la nuit, du samedi au dimanche, avec lui en faisant semblant de travailler. Cependant, le lendemain, elle avait été prise au dépourvu lorsqu'elle était venue chercher des affaires pour faire son cambriolage en compagnie de Misha. Comme promis à Alec, elle avait proposé à son meilleur ami de l'emmener faire un cambriolage dans la nuit de dimanche au lundi. Dans l'appartement, elle avait noté une présence dans la salle de bain et savait que c'était Alec car il n'y avait pas de trace d'une autre personne. Encore en tenue de tous les jours, au moment où elle finissait de préparer son matériel de vol, le X5 était sorti en tenu d'Adam et s'était exclamé : "tu aurais dû m'informer de ta présence. J'aurais pu être dans une tenue indécente". Naturellement, elle avait explosé de rire. Il avait ri à son tour, l'avait embrassé une fois, puis deux. Ensuite, elle s'était retrouvée à son tour sans vêtement et… Elle avait tenue volontairement 32 heures sans sexe. C'était un bon début. Alec s'était endormi dans ses bras et… elle s'était assoupie. Ça, c'était un vrai faux pas. Mais bon, cela faisait des mois qu'elle dormait un peu toutes les nuits. Son corps avait peut-être besoin d'un délai pour reprendre son rythme d'avant.

Ce qui l'embêtait réellement, c'était toujours cette sensation désagréable. Et ce, malgré la présence d'Alec. Le pouce et l'index d'une main gauche vinrent lui pincer le nouveau. Cette fois, elle sursauta franchement, dégageant la main de son visage d'un geste brusque, comme pour chasser un moustique et regarda à sa gauche. Misha était là.

Il était allongé sur le flan, à côté d'elle, la respiration synchrone avec celle d'Alec, jusqu'à ce que celui-ci soupire dans son sommeil, en raison des gesticulations de la jeune femme. Aussitôt, Misha modifia son rythme respiratoire qui se confondit de nouveau avec celui du X5 endormi.

_ Qu'est-ce que tu fiches là ? demanda Max, d'une voix à peine audible.

Misha tapota le dessus de son poignet. Elle devait avoir dormi plus qu'une heure et devait être en retard.

_ Bouges de là, fit-elle, toujours à voix basse.

Rien que pour l'embêter, elle savait qu'il ne bougerait pas d'un pouce. En langage gestuel, elle demanda une nouvelle fois à Misha de quitter la chambre. Il s'étira et ajusta sa position pour être mieux installé.

_ Hum… fit Alec dans son sommeil.

Max aurait bien frappé Misha pour le faire partir ou, a minima, continué à s'agacer sur lui par signes, mais cette agitation était en train de réveiller Alec. Il n'était pas question que le X5 soit témoin d'une dispute entre elle et son meilleur ami. Elle repoussa doucement Alec sur le côté du lit et s'extirpa des draps en luttant pour de ne pas laisser exploser sa colère.

Elle alla dans sa chambre et enfila directement ses vêtements noirs de cambrioleur, qu'elle avait préparé la veille. Lorsqu'elle revint dans la pièce principale de l'appartement, Misha était négligemment assis sur une chaise. Dans sa propre tenue de cambrioleur, qui ressemblait à s'y méprendre à celle d'Alec, il attendait Max, comme si de rien n'était.

_ Est-ce que ça t'arrive souvent de t'incruster dans le lit des gens ?

_ Non. En général c'est Alec qui me rejoint. Et toi ?

De toute évidence, Alec avait dû raconter des choses à son meilleur ami car celui-ci semblait savoir que Max s'était invitée plusieurs fois dans le lit d'Alec, bien avant qu'ils n'aient des rapports sexuels. Il avait peut-être même fait une comparaison entre ce qu'elle avait fait et ce que lui avait fait avec Misha. Se rappelant de sa promesse à Alec, elle soupira pour garder son calme.

_ Tu aurais pu faire autrement pour me réveiller, dit-elle.

_ Justement, je croyais que tu ne dormais jamais, dit Misha en guise de réponse.

_ Tous les organismes ont besoin de repos.

_ Pour quelqu'un avec de l'ADN de requin, je trouve que tu as le sommeil lourd, dit-il.

_ J'ai aussi de l'ADN de chat en moi. Les chats dorment entre seize et vingt heures par jour.

_ J'ai cru comprendre que tu dormais aussi très souvent, d'après Alec. Presque toutes les nuits.

_ Je dors pour le plaisir de dormir, répliqua-t-elle.

_ Quel étrange comportement, commenta-t-il.

_ En parlant de comportement étrange, tu es au courant que ça ne se fait pas ? demanda Max.

Misha bâilla ostensiblement.

_ On ne s'invite pas dans le lit de quelqu'un, poursuivit-elle sur un ton ferme.

_ Il fallait être à l'heure si tu ne voulais pas que je vienne te chercher.

_ Alec s'était endormi sur moi et il pèse son poids. J'étais coincée.

_ Pourtant, tu as réussi à le bouger sans le réveiller. C'est une fausse excuse.

_ De toute façon, ça ne se fait pas. Encore si ce quelqu'un est nue et en compagnie de quelqu'un d'autre.

_ Quelle différence ça fait ? J'ai déjà vu Alec nu. Quant à toi… J'ai beau ne pas être attiré par les femmes, j'apprécie l'art. Ce n'est pas pour rien que les femmes sont tant représentées nues par les sculpteurs et les peintres. Les poses lascives, les courbes, le côté galbé, le charme, la volupté, la grâce qu'on devine, la délicatesse d'une articulation… Mais toi, tu n'as vraiment rien de fameux. Et ça, ce ne sont que des généralités. Je connais les goûts d'Alec et j'ai du mal à comprendre ce qu'il te trouve. Enfin, en dehors de ce petit talent sexuel que tu dois avoir…

_ En parlant de goûts, tu devrais essayer d'avoir les tiens. À copier en permanence ce que fait Alec, jusque dans son style vestimentaire, on pourrait croire que tu as peu d'estime pour toi, ce qu'on sait faux, ou que tu es malsain par ton obsession pour lui.

_ Pour une fois, nous sommes d'accord : j'ai une excellente estime de moi. Et, je n'ai pas copié le style vestimentaire d'Alec.

_ Dit le gars qui est habillé comme lui pendant ses missions, commenta Max.

_ C'est probablement dû au fait que ce sont ses vêtements et non les miens.

_ Tu lui as volé des fringues ?

_ Bien sûr que non. Je lui ai demandé et il me les a donnés. C'est comme ça, lui et moi. En plus, j'ai toujours adoré les emprunter ses habits, même à Manticore. On fait la même taille. C'était facile d'échanger nos uniformes. Moi, ça me permettait d'emporter un bout de lui toujours avec moi. Et, réciproquement. J'aime porter ses vêtements, surtout ceux avec son odeur. Pas toi ?

Max se mordit les lèvres pour ne pas répondre.

_ Tu sais qu'on va devoir travailler ensemble, rien que nous deux, toute une partie de la nuit ? demanda-t-elle, après quelques secondes de réflexion. Il faudrait faire un effort pour s'entendre.

_ Et alors ? Je ne vois pas ce que ça change. À moins que tu ne sois pas capable de travailler sans t'impliquer personnellement et émotionnellement. Oh, mais c'est vrai, tu es une X5 au rabais. Une de ces raclures de 2009 qui n'a jamais fini sa formation et qui ose se prétendre soldat d'élite.

_ Je ne me suis jamais prétendue soldat, répondit Max en souriant. Au contraire, je fais tout pour ne pas être assimilée à l'uniforme des X5 et à Manticore.

Misha pinça les lèvres. De toute évidence, il ne s'était pas attendu à cette réaction.

_ Puisque tu veux travailler en toute franchise, je vais être franche moi aussi. Je sais que tu ne m'aimes pas. Ce n'est pas grave. Je ne t'apprécie pas non plus. Mais, tu es important pour Alec et il veut que tu fasses partie de sa vie. Alors, tu feras aussi partie de la mienne. Je lui ai promis de faire un effort avec toi. Et, si tu l'aimes autant que tu le dis, tu feras un effort avec moi. Pour lui. On y va ?


à suivre


NDLA1 ci-après (pas de spoiler, mais un petit rappel)

Je sais… ce chapitre et celui d'avant sont durs pour notre petit couple fétiche. Mais, si je peux dire une chose à mon sujet, c'est que j'aime les histoires qui finissent bien et pas simplement les histoires qui finissent. Et que je suis une fan du couple Max/Alec. Et que j'adore la colle ! Je vous dis à dans un mois. Portez-vous bien.


NDLA2 ci-après (préavis)

Ils n'ont pas fini d'en baver tous les deux. Je vais avoir besoin de beaucoup, beaucoup de colle. J'espère que vous continuerez à me lire quand même.