Marine Académie

Partie 3

Chapitre 23

Dix-Huit heures après la fin de la Grande Guerre.

"On a trois lits de disponibles en réa, cinq aux urgences et un cardio." Enuméra l'infirmière, les yeux rivés sur son bloc note.

"Tu l'emmènes directement en cardio et tu demandes au Dr Stellar de le voir en urgence." Ordonna Murphy, les épaules lourdes de douleur et de fatigue. Elle se massa délicatement le cou et soupira. Le rythme commençait légèrement à ralentir depuis quelques minutes. Les soldats se présentant aux urgences étaient de plus en plus rares, d'autres commençaient déjà à sortir du Grand Hôpital. La médecin put voir le soleil se lever à travers la fenêtre de son bureau. Elle avait terminé sa dernière opération, donnant le relai à ses collègues pour pouvoir faire une pause de trois heures avant de reprendre les consultations aux urgences. Un sentiment amer la submergeait. De nombreux soldats étaient morts entre ses mains. Elle avait rarement vu de telles blessures: des membres explosés par les boulets de canons, des plaies aussi profondes que son poing…Mais le pire restait les hurlements de douleurs des soldats qui, malgré des doses colossales de morphine, ne parvenaient pas à être soulagés. Ces cris résonnaient dans sa tête depuis le début de la guerre. Et les images de cette tuerie aussi.

Alors qu'elle était plongée dans le silence et l'obscurité apaisante de son bureau, elle entendit quelqu'un frapper à son bureau et entrer lentement. Elle ne releva même pas la tête de la pile de dossiers médicaux étalés sur son bureau.

"Murphy..." La voix grave de son mari lui glaça le corps. Elle resta muette.

"Tout va bien?" La blonde resta figée derrière son bureau, les yeux exorbités alors que ses mains agrippaient ses cheveux pour tenter de calmer la colère qui commençait à surgir en elle dès que son mari avait ouvert la bouche.

"Tout va bien? Tout vas bien Sakazuki? Tu me demandes si tout va bien ?" Sa voix était tremblante, empreinte de colère et de tristesse.

"Tu as vu le nombre de soldats morts? Tu as vu l'état de la morgue de l'Hôpital? On pourrait faire un putain de cimetière de la taille de Marineford avec les tous les cadavres que l'on empile depuis des heures!" Hurla la médecin qui perdait totalement le contrôle de ses émotions.

L'amiral reste calme et stoïque face à elle.

"Nous avons gagné cette guerre. C'était le prix à payer pour anéantir le fils du roi des pirates et l'équipage de..."Commença le soldat en se massant le crâne, épuisé lui aussi par tous ces évènements. Mais il restait fier et droit.

"Est-ce que tu sais ce que j'ai vu Sakazuki ?" Hurla la médecin à pleins poumons dans le bureau, se relevant avec force et frappant ses poings contre les dossiers éparpillés.

"J'ai vu des soldats brûlés par la lave! J'ai amputé des membres calcinés! Je peux encore sentir l'odeur de la cendre Sakazuki !" Ses hurlements se transformèrent en sanglots alors que son visage se déformait sous la folie qui l'envahissait à mesure que les souvenirs refaisaient surface.

"Pourquoi est-ce que j'ai vu ça Akainu?" Cria-t-elle en se rasseyant maladroitement sur la chaise.

Son mari resta muet en face d'elle. Le silence se réinstalla dans la pièce alors que l'amiral scrutait les réactions de sa femme qui tentait de contrôler ses sanglots.

"Je..." Commença Sakazuki.

"Sors d'ici immédiatement!" Ordonna-t-elle en lui lançant une pile de dossiers en pleins visage. L'amiral évita les documents, les laissant s'écraser contre le mur derrière lui. Il remit sa casquette et sortit de la pièce en silence, laissant sa femme se noyer dans un tourbillon de haine et de tristesse.

Vingt-quatre heures après la guerre.

"Oï, Murphy, je t'emmène un retardataire!"

La médecin sortait à peine du box huit quand elle entendit la voix lente de l'amiral Aokiji dans le couloir. Il était suivit d'un soldat aux cheveux blancs avec plusieurs cigares dans la bouche. La blonde ne réagit à peine à l'appel de l'amiral et ne fit aucun commentaire concernant l'interdiction de fumer dans les locaux. Elle enleva machinalement sa blouse, ses gants souillés de sang et son masque de protection.

"Est-ce que tu aurais le temps de voir mon ami Smoker? J'ai eu du mal à le convaincre de venir te voir mais il…ah je ne sais plus pourquoi..." Continua l'homme de glace d'une voix lente et pénible pour la médecin qui ne rêvait plus que de dormir pour les trois prochains mois.

Comme par automatisme, elle invita d'un signe de la main les deux hommes à entrer dans le box vide en face d'elle, sans prononcer un mot. Elle se rhabilla d'une nouvelle tenue jetable et ferma la porte derrière eux. Kuzan s'installa au fond de la pièce en silence, se préparant à faire une nouvelle sieste alors que le dénommé Smoker s'installait. Elle questionna le marine pendant quelques minutes, gardant constamment sa posture professionnelle et n'adressant ni un mot ni un regard à l'amiral affalé derrière elle. Au bout d'une vingtaine de minutes et de plusieurs examens, elle confirma à Smoker qu'il était en relativement bonne santé hormis quelques côtes fragiles et hématomes. Le chasseur blanc la remercia poliment et sortit du box sans tarder, il n'était vraiment pas fan de ces endroits.

La blonde remarqua que Kuzan n'avait vraisemblablement pas l'intention de partir tout de suite, continuant sa sieste en silence.

Epuisée par son échange avec son mari et la gestion de cette crise sans pareille, elle le laissa ainsi, jetant à nouveau sa tenue et se lavant les mains dans le lavabo en silence.

Kuzan et elle ne s'étaient quasiment plus parlés depuis qu'il l'avait embrassé lors de sa cérémonie d'investiture, se contentant de polis échanges dans le couloir par respect pour l'autre.

Alors qu'elle s'apprêtait à sortir du box, l'amiral brisa enfin le silence.

"Comment vas-tu Murphy ?"

Elle comprit à son ton qu'il était sérieux et sincèrement inquiet pour elle.

"Je vais bien. Je suis contente que tu ne sois pas blessé Aokiji. Tu as été brillant pendant cette guerre."

Le brun ne lui répondit pas, se contentant d'observer sa maigre silhouette courbée face à la porte.

"Tu sais ce qui risque de se passer Murphy? Tu as entendu toi aussi ?"

La femme sentit les larmes couler silencieusement sur ses joues. Elle avait l'impression d'être prise dans un train des mers qui fonçait à toute allure droit devant, perdant totalement le contrôle. La médecin avait l'impression de voir sa vie exploser sous ses yeux et de ne rien pouvoir faire à par regarder le chaos s'installer en silence et subir les conséquences.

"Sengoku va probablement démissionner. Il en parlait déjà avant la guerre. Il va falloir un nouvel amiral en chef." Conclu Aokiji d'une voix grave alors que la femme en face de lui fondait en larmes au pied de la porte.