Mes petits chats,
En temps et en heure, je vous propose de continuer à suivre la tendre histoire de Noël de Dean et Castiel. Elle ne me satisfait pas entièrement mais je crains de la rendre moins bonne encore en m'acharner à trouver le grain de sable qui n'existe peut-être que dans mon esprit. Donc, les dés sont jetés. J'espère qu'elle vous plaira :)
Je publie l'épilogue dans la foulée pour votre plus grand plaisir (je l'espère aussi :))
Je vous souhaite une bonne lecture,
ChatonLakmé
PS : J'ai corrigé l'ensemble de cette histoire sur un autre ordinateur que le mien, avec un autre logiciel de traitement de texte. Il y a peut-être des coquilles mais je referai un point une fois de retour chez moi. En attendant, n'hésitez pas à me signaler les petites erreurs que vous pourrez voir. Je vous en remercie par avance :)
La Lettre écarlateest un roman publié par l'auteur américain Nathaniel Hawthorne en 1850, considéré comme un classique de la littérature. Il raconte la vie et les déboires d'Hester Prynne, une jeune femme mariée habitant dans une colonie puritain du Massachusetts dans les années 1640. Son époux absent, elle tombe enceinte et accouche d'un enfant. La communauté la condamne à porter un A brodé sur ses vêtements pour indiquer son adultère.
Hallmark Channel est une chaîne de télévision américaine créée en 1984, propriété de Crown Media Holdings qui possède les cartes de vœux Hallmark. Elle diffuse toute l'année des téléfilms sentimentaux.
Le syndrome de Pavlov (ou réflexe de Pavlov) désigne une réaction physique produite par le conditionnement d'un sujet placé dans une situation déclenchant le stimuli. Le médecin russe Ivan Pavlov (1849-1936) a travaillé pendant de longues années sur le réflexe conditionné à l'aide de chiens, progressivement habités à être nourri en même temps que le praticien agitait une clochette. Avec le temps, le simple tintement provoquait chez les animaux une salivation sans présence de nourriture.
L'hypotrichose est une rare maladie dermatologique héréditaire affectant la peau et le cuir chevelu. Elle provoque l'arrêt de la croissance pilaire et se caractérise donc par une absence de poils ou de cheveux sur tout ou partie du corps. Il n'existe aucun traitement médical mais certains médecins pratiquent la greffe de cheveux à titre esthétique.
Les Nuggets de Denver est l'équipe de basketball de la ville.
Les huîtres Rockefeller désigne une entrée chaude composée d'huîtres cuites au four, servies avec une sauce à base de beurre, de persil et de chapelure. Elle a été créée aux États-Unis en 1889 dans un restaurant de La Nouvelle-Orléans, imaginée à cause d'une pénurie d'escargots. Ce plat tire son nom de John D. Rockefeller, l'homme le plus riches du pays à la fin du XIXe siècle.
Who Want to be a Millionaire? est un jeu télé de culture générale d'origine britannique créé en 1998. Il consiste en des questionnaires à choix multiples dont chaque palier permet de se rapprocher du gros lot d'un million de livres. Il a été décliné dans de multiples pays.
Le classement du magazineForbes mentionné ci-dessous est bien été réalisé à la fin des années 2010 (je cherche encore la date exacte…).
À Noël, tous les chemins mènent à la maison
o0O0o o0O0o
Deuxième partie
— «Merci à tous pour cette réunion. Je vous rappelle que Marlène du service des ressourcs humaines attend que vous posiez vos congés pour la fin de l'année.» Andrew ouvre la bouche et le Dr. Russell lève les yeux au plafond. «Excepté vous Dr. Collins, vous l'avez déjà fait il y a un mois…»
Malgré les quelques ricanements autour de lui, Castiel se contente de sourire et de griffonner des lettrines dans la marge de son bloc-note à la couverture humoristique: Carnet des idées brillantes que je n'ai jamais au boulot.
Il a terminé le carnet précédent en octobre et utilise à présent un autre cadeau offert par Gabriel, tout aussi laid que le premier. Le blond avait les yeux pétillants de malice. «Tu devrais me remercier Castiel, grâce à moi tu te fais plein de petits amis qui t'envient tes magnifiques fournitures de bureau.» Le brun caresse distraitement de son pouce le motif imprimé en relief sur la couverture. Il se demande distraitement qu'elle sera la tête de son prochain bloc-note.
Castiel baisse les yeux sur la feuille, remarque que ses gribouillis ressemblent à des D. Agacé, il tourne brusquement la page.
— «Nous avons déjà validé le planning des congés de fin d'année lors de la dernière réunion mais si vous avez des remarques à faire, il vous reste… cinq minutespour m'en faire part », ajoute le Dr. Russell en regardant l'heure à sa montre bracelet.
Castiel sent le regard d'Andrew lui brûler le visage et il roule des yeux. Que peut-il bien craindre de sa part? Son collègue a réussi à éviter Dieu sait comment les terribles gardes de Noël et du Nouvel An en plus de ses dix jours de congé. Le brun fronce les sourcils. Il a écourté ses vacances au dernier Nouvel An, Andrew en a profité mais Castiel était d'accord. Son collègue a pu savourer le passage de la nouvelle année avec sa femme et son adorable petite fille, très bien. Cette année est une autre année, compteur à zéro.
— «Dr. Novak?» Il sursaute légèrement. «Avez-vous une remarque à faire concernant le planning de congés des fêtes de fin d'année?»
— «Aucune. Je suis d'accord pour assurer les gardes du réveillon de Noël et du Nouvel An.»
— «… Il vous reste de nombreux congés à prendre. Vous vous êtes accordé peu de repos cette année…»
Castiel hausse les épaules. Peut-être a-t-il eu besoin de s'étourdir un peu dans le travail pour ne pas trop penser.
Le brun gratte son pantalon d'un ongle. Un an après, il se sent toujours un peu pathétique et il s'en veut de tourner la tête dès qu'il aperçoit une vieille voiture noire et racée dans les rues de Denver. Il songe au D qui s'étale dans la marge de son bloc-note comme la lettre écarlate. C'est peu ou prou le cas de toutes les pages depuis qu'il a changé de carnet.
Son supérieur plisse légèrement les yeux dans sa direction.
— «Je ne peux pas vous y obliger mais Marlène va revenir vers vous dans le courant du mois de janvier pour vous rappeler que vous êtes tenu de prendre vos congés annuels. Le DHMC n'a pas les moyens de vous les payer dans leur totalité…» Le brun acquiesce et le Dr. Russell remonte ses lunettes sur son nez. «Je vous remercie, la réunion est levée. Bonne journée à tous.»
Les pieds de tous les fauteuils raclent en même temps sur le lino, la salle se vide en quelques secondes.
Castiel range soigneusement son siège avant de se diriger vers son petit bureau au quatrième étage. Il songe qu'il pourrait donner quelque uns de ses jours de congé au pot commun du DHMC dont le contenu est distribué chaque année aux agents en difficulté. Le brun serait heureux de participer à une bonne cause et tant pis si sa mère lui reproche de ne pas venir leur rendre visite plus souvent alors qu'il habite à seulement cent kilomètres et une heure et demie de voiture de la maison familiale.
Castiel entre dans son bureau et s'assoit derrière son ordinateur.
Il observe la panthère en origami posée à côté, sa place depuis presque un an. Le brun pense régulièrement à Dean et il ne fait rien pour s'en empêcher.
— «Novak?»
Le brun lève les yeux. Andrew est sur le seuil de son bureau, accompagné du Dr. Frazier et du Dr. de Rubio. Il toque obséquieusement à la porte et Castiel lève les yeux au plafond.
— «Qu'est-ce que tu veux? J'ai dit la vérité à Russell, je ne compte pas modifier le planning de mes congés de Noël. Tu n'as pas encore de la famille venant exceptionnellement de l'autre bout du pays cette année?», grogne-t-il.
Garrett Frazier ricane. Il demande l'autorisation d'entrer d'un regard, suivi par Emilia de Rubio. Ces derniers s'assoient dans les petits fauteuils placés en face de son bureau tandis qu'Andrew reste debout, appuyé d'une épaule contre un mur. Castiel sort son ordinateur de veille et consulte sa boîte mails.
— «… Que puis-je pour vous?», demande-t-il.
— «… Et si nous pouvions faire quelque chose pour toi pour changer? Tu étais un peu étrange lors de la réunion – tu l'as été pendant toute cette année – nous nous demandons tous si tu vas bien», sourit Garrett.
— «Est-ce que vous avez quelque chose à redire à mon travail?», s'inquiète le brun.
— «Pas du tout. Ne sois pas autant sur la défensive Castiel. Garrett vient de te le dire dit, nous te trouvons juste un peu étrange.»
— «Nous voulons dire que tu l'es plus que d'habitude», renchérit Andrew avec un regard entendu. «Est-ce que tu sais que les infirmières gardent à ton intention tous les papiers des papillotes pour pouvoir t'interroger sur les citations? Elles rêvent de te piéger, je crois même qu'elles ont lancé une cagnotte secrète pour celle qui y parviendra.»
— «Cette cagnotte existe, j'ai misé 10 $», commente Emilia.
Castiel cligne des yeux avant de rire doucement.
— «C'est pour cela que tu m'as interrogé sur Georges Washington il y a deux jours au déjeuner?»
— «J'ai tiré cette question de l'édition master du Trivial Pursuit de mes neveux. Nous l'avons ouvert une seule fois depuis qu'on l'a acheté, personne n'a pu répondre à la moindre question et ça nous a tous exaspéré.»
— «… J'ai remporté ma première partie de Trivial Poursuit Master avant d'entrer à l'université.»
— «Tu te moques de moi…»
— «Vous n'êtes pas les premiers à essayer de me piéger. J'ai plusieurs frères et une sœur, ça a été leur passe-temps préféré avant d'être le vôtre», acquiesce le brun.
Emilia et Garrett rient joyeusement. Celui-ci s'affale un peu dans son siège, grimaçant au dossier trop raide. Le mobilier de l'hôpital est comme le comptoir écaillé de l'accueil des urgences, ils font tous avec ce qu'ils ont.
Castiel supprime rapidement plusieurs mails non lus, deux d'entre eux proviennent des représentants syndicaux du DHMC et l'autre d'une infirmière du service de pédiatrie qui a besoin de vendre en urgence une collection de poupées en porcelaine. Son prix est très intéressant. Le brun regrette brièvement de ne pas avoir regardé les photos liées, juste par curiosité. Il se demande comment on peut rendre une poupée suffisamment séduisante pour en faciliter la vente. Même si on le payait, il ne voudrait pas d'une chose pareille. Leurs regards fixes et leurs toutes petites mains figées dans une attitude évoquant la vie l'ont toujours mis mal à l'aise.
Il jette un regard à ses collègues par-dessus l'écran de son ordinateur.
— «… Je vais bien et de toute évidence, vous ne voulez pas parler de mes extraordinaires capacités au Trivial Pursuit alors pourquoi êtes-vous toujours dans mon bureau…?»
— «… Tu es un homme réellement charmant Novak», grimace Andrew.
Emilia glousse et se redresse dans son siège, les mains serrées sous les accoudoirs.
— «Nous ne pensons pas que ce soit toute la vérité. Tu ne vas pas mal mais tu sembles un peu… éteint. Est-ce que les membres de ta famille vont bien? Tu passes une nouvelle fois les fêtes loin d'eux», demande-t-elle doucement.
— «Ils vont bien.»
— «Ils ne te tiennent pas rigueur d'être encore absent? Chez moi, nous nous disputons pour bien moins que ça…»
— «Annabelle et moi nous ne nous disputerons jamais. Elle sera exactement comme sa mère, douce et gentille.»
— «Un enfant se fait à deux et si elle a hérité de la mauvaise moitié de tes gênes, tu supplieras d'être à nouveau un jeune marié sans enfant quand ta fille aura seize ans.» Emilia lui jette un regard par-dessus son épaule. «Ah excuse-moi, j'oubliais que tu n'as pas de bons gênes…»
Le jeune homme le fusille du regard tandis que Castiel esquisse un rictus narquois. Personne n'ignore dans tout DHMC que le Dr. Collins et le Dr. de Rubio s'entendent comme chien et chat. Les infirmières des urgences sont persuadées qu'ils ont eu une liaison avant qu'Andrew ne rencontre sa délicieuse épouse. Un temps, elles avaient même ouvert des paris à ce sujet que le brun a soigneusement choisi d'éviter.
Garrett triture distraitement avec un bouton un peu décousu de sa blouse.
— «Donc ta famille va bien?»
— «Oui, très bien. Ma sœur attend son deuxième enfant, je vais devenir oncle pour la cinquième fois dans quelques mois», sourit Castiel.
— «… Tu as peut-être des problèmes dans ta vie personnelle dans ce cas…»
— «Est-ce que quelque chose irait mal avec Dennis?», demande Andrew à brûle-pourpoint.
Le brun cligne des yeux avant de rougir un peu. Il consulte assidûment sa boîte mail, supprime plusieurs spams en se demandant comment il peut recevoir des publicités sur son adresse professionnelle. Il ne veut pas investir dans une start-up incroyablement prometteuse ni acheter du vin française par palettes entières sur son temps de travail ou son temps libre. Il n'est toujours pas un grand amateur de vin.
— «… Je ne vois pas de quoi tu parles.»
— «Admets-le, tu nous feras gagner du temps. Une des infirmières vous a vu vous embrasser l'année dernière sur le parking des ambulances. C'est plutôt romantique de ta part, ce rendez-vous la nuit du Nouvel An…»
— «Ce n'était pas un rendez-vous. Je prenais une pause, Dennis était là et nous avons simplement discuté», soupire le brun en se pinçant l'arête du nez.
— «Vous vous êtes embrassés», insiste le jeune homme.
— «Ce n'est arrivé qu'une seule fois, ce n'était pas une bonne idée.»
Andrew renifle légèrement mais n'ajoute rien.
Castiel ouvre un autre mail pour se distraire l'espace d'une seconde. Ah, des places pour le prochain concert organisé au Ogden Theater de Denver avec 10% de réduction. Il hoche la tête d'un air entendu. Ça ne l'intéresse pas du tout mais il pense que c'est une bonne remise.
Les bipeurs d'Andrew et Garrett sonnent en même temps. Ses deux collègues s'éclipsent rapidement en lui assurant que leur discussion n'est pas finie. Castiel les salue d'un geste distrait. Toujours assise en face de lui, Emilia sourit doucement.
— «Dennis tient à toi pourtant…»
— «Comment le sais-tu?»
— «Tu n'es pas le seul à prendre tes pauses sur le parking des ambulanciers et à discuter avec eux. Dennis sait que nous travaillons dans le même service, nous avons parlé ensemble parfois.»
— «De moi?», s'étonne Castiel.
— «Dennis tient vraiment à toi. Il n'a pas fait de geste dans ta direction plus tôt parce qu'il pensait que tu ne t'intéresserais jamais à un simple ambulancier alors que tu es médecin.»
— «C'est ridicule, je ne prête pas attention à ce genre de chose.»
Bien entendu qu'il ne le fait pas, sinon il ne songerait pas tout le temps à Dean et à la saveur de leurs baisers. Lui, avec sa belle situation et son bel appartement. Le châtain, chat sauvage avec une voiture-maison qui joue au poker pour gagner de l'argent (il s'est renseigné, compter les cartes dans le Colorado n'est pas illégal). Le brun esquisse une grimace. On dirait le scénario d'un téléfilm de Hallmark Channel. Excepté que sur cette chaîne, mêmes les deux personnages les plus opposés se retrouvent toujours à la fin pour être heureux pour toujours. Castiel n'a pas vu Dean depuis un an, il ne sait même pas où le jeune homme se trouve ni s'il va bien. Il soupire.
La jeune femme esquisse un sourire en coin.
— «… Tu as rencontré quelqu'un, n'est-ce pas? Et les choses ne se passent pas comme tu l'espérais.»
— «Encore faudrait-il que j'ai espéré quoi que ce soit», grogne le brun.
Mensonge. Il avait espéré tellement de choses pour le jour de Noël et son premier petit-déjeuner avec Dean (et Sam) dans sa cuisine. Il espère encore sinon il ne serait pas victime d'une sorte de fichu syndrome de Pavlov dès qu'il voit une grosse voiture noire.
Sa collègue noue ses mains ensemble sur son ventre.
— «Mais tu as bien rencontré quelqu'un. Est-ce que cela est arrivé pendant tes vacances?»
Castiel hésite avant d'acquiescer en silence. C'est un peu vrai d'une certaine manière, même si cela n'a duré que le temps d'une soirée. Emilia serre et desserre distraitement ses doigts entre eux.
— «Et tu es revenu travailler au Nouvel An par sa faute?»
— «Est-ce que c'est réellement important? C'est arrivé il y a un an», soupire le brun avec agacement.
— «C'est important pour tous tes collègues qui se soucient de toi. Et pour Russell. Nous ne sommes pas les seuls à avoir remarqué ton air sombre, il pense que tu es mal ici et que tu n'attends qu'une proposition intéressante pour changer d'établissement.»
— «Ce n'est pas ce que je vais faire», proteste Castiel.
— «Et bien rassure-le en arrêtant d'avoir l'air d'une âme en peine. Je suis persuadé que les nouvelles rides autour de ses yeux sont de ta faute…»
— «C'est parce qu'il est devenu grand-père pour la première fois et qu'il sourit plus qu'il ne l'a jamais fait depuis qu'il dirige les urgences…»
Les deux collègues échangent un regard avant de rire légèrement.
Castiel baisse les yeux sur son bureau, prend la panthère en origami pour la triturer distraitement. Dean l'a faite pour lui; une personne ne fait pas un truc chiant en origami pour une autre personne si elle ne compte pas un peu pour elle. Pas vrai?
La jeune femme sourit d'un air malicieux.
— «Tu ne m'en diras pas plus, n'est-ce pas? À propos de cet homme mystérieux. Est-ce qu'il est beau au moins?»
— «Quel est le rapport avec mon âme en peine?»
— «Aucun, je trouverai juste cela plus romantiqueet j'adore les commérages », se moque gentiment Emilia avant de regarder sa montre. «Je dois y retourner, j'ai rendez-vous avec Tomas Medina du service des fournitures.»
— «Est-ce qu'il va enfin commander le fauteuil ergonomique dont tu as besoin?»
— «Je l'espère. Est-ce que tu réalises que j'ai dû obtenir une attestation de la part de la part de la médecine du travail certifiant que j'ai besoin de ce fauteuil? J'ai l'impression d'être une enfant...», grogne-t-elle.
— «Bonne chance.» Castiel fronce légèrement les sourcils. «… Johanna m'a dit qu'il venait d'adopter un chien dans un refuge pour faire plaisir à sa femme. Tu as aussi un chien, n'est-ce pas? Cela vous fait déjà un point commun tout à fait prometteur.»
La jeune femme ricane. Elle lisse sa blouse sur sa poitrine avec soin, ajuste les revers et l'extrémité de ses manches avec coquetterie.
— «Je te remercie pour ton aide. Bon sang, je veux vraiment ce fauteuil. Celui que le service des fournitures m'a donné il y a trois mois me donne des bleus dans le dos. Aucun fauteuil ne devrait manquer d'estropier celui qui l'utilise.»
— «Sans doute pas…»
Le brun hausse légèrement les épaules.
Les seuls bleus dont il se souvient vraiment sont ceux qui parsemaient les flancs – chatouilleux – de Dean quand le jeune homme se tenait à moitié-nu dans sa salle de bain. Il ne devrait pas s'en souvenir aussi précisément. Ni de la chaleur de sa peau dorée, ni de son grain qui se couvrait de chair de poule sous ses mains.
Castiel écoute distraitement les allers et venus dans le couloir, il regarde les infirmières et les médecins passer devant la porte ouverte de son bureau.
Un peu titillé, il va dans le dossier des mails supprimés pour ouvrir le message concernant la collection de poupées. Juste pour voir. Le brun ouvre la photo en pièce jointe avant d'esquisser une grimace. Non vraiment, il n'aime pas ça.
Il s'avère que l'infirmière des urgences Brenda Harlington a aussi été curieuse et qu'elle a lu le mail. La photo l'a mise mal à l'aise, comme Castiel. Le brun n'est pas peu fier de lui dire que la phobie des poupées s'appelle la pédiophobie. Il pourrait ajouter que l'hippopotomonstrosesquipédialophobie désigne la phobie des mots longs – c'est à mourir de rire – mais il a le triomphe modeste.
Alors qu'il s'éloigne vers le box de consultation numéro sept, le dossier de Keiko Yamada sous le bras – 58 ans, admise il y a quarante-cinq minutes pour une suspicion de poignet cassé suite à une chute sur un trottoir verglacé –, il remarque que Johanna jette dans la poubelle une pleine poignée d'emballages de papillotes d'un air dégoûté.
Castiel sourit encore quand il fait la rencontre de sa patiente, accompagné de sa nièce. Cette dernière est en larmes, taraudée par l'angoisse à l'idée que les soins s'éternisent et qu'elle soit en retard au rendez-vous que lui a donné ce si beau garçon de son cours de boxe. Ce serait injuste, elle attend ça depuis des semaines.
Le brun aimerait avoir le pouvoir de distribuer un peu l'esprit de Noël.
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Son portable coincé à son oreille, Castiel fouille dans la poche de son manteau à la recherche d'un morceau de papier. Il a déjà retrouvé son stylo mais il n'a pas de papier. Le brun se sent particulièrement chanceux quand il trouve enfin un ticket de caisse à l'encre en partie effacée – merci le Bisphénol A – roulé en boule dans son gant droit . Il le lisse soigneusement sur sa cuisse, se demandant vaguement si Dean a aussi un avis sur les papiers traités aux produits chimiques et leur impact sur la santé humaine. Il est ridicule.
Fin du nouveau message. Menu principal. Pour archiver le message, appuyez sur un. Pour l'écouter à nouveau, appuyer sur deux. Pour –
Castiel s'exécute et coince à nouveau l'appareil dans le creux de son cou.
Bip.
— «Allô Castiel? C'est maman. J'espérai pouvoir te parler mais je suppose que tu es encore très pris par ton travail. Excuse-moi, je ne te dérangerai pas longtemps. Je suis en train de terminer le menu du réveillon et j'aurai besoin que tu m'achètes certains produits à Denver. Est-ce que tu vas toujours dans cette épicerie chic à Five Points? Je pense que tu devrais trouver tout ce dont j'ai besoin. Est-ce que tu as de quoi noter? J'aimerai que tu m'achètes du la confiture de canneberge, des épices de –»
Le brun dresse soigneusement la liste des courses et s'il ressent un léger pincement au cœur à la fin, il l'ignore bravement. C'est de sa faute s'il ne se rend pas assez disponible pour sa famille. Castiel sait que sa mère ne pense pas à mal en l'informant ainsi du menu du réveillon – même si son plat et son dessert préférés sont au programme – et la solitude lui pèse un peu.
Il ignore comment mais une partie de ses frères a appris qu'il était en congés à Noël dernier et qu'il était sciemment resté chez lui. Peu importe qu'il ait finalement eu des invités et qu'il ait passé une des meilleures soirées de sa vie à cette occasion, il ne leur en a pas parlé. Gabriel lui en garde rancune, Anna lui a demandé avec amertume s'il serait au moins là au prochain réveillon pour pouvoir rencontrer son cinquième neveu ou nièce.
Castiel pince les lèvres.
Il a vraiment merdé pourtant il est une nouvelle fois un peu soulagé de travailler cette année pour échapper au réveillon des Novak. Surtout après avoir rencontré Dean et avoir imaginé des trucs stupides.
— «Ah! J'aimerai bien que tu m'envoies également ces chocolats à la noisette italienne si tu en trouves; tu sais, ces petits bonbons que tu achètes chez Fratelli Trattoria. Anna les adore, je suis persuadée que cela lui fera très plaisir. Je te remercie mon chéri. Demande une facture et met-la dans le colis, je te rembourserai dès que je l'aurai reçu. Bonne journée et si tu as un moment, appelle donc quelques minutes. Je serai heureuse d'avoir de tes nouvelles. Je t'aime.»
Le brun écrit «chocolats FT» sur sa liste et le surligne de trois traits bien rectilignes. Lui aussi les adore mais il sait que sa mère n'est pas mesquine à ce point.
Il regarde sa montre. Seize heures. Castiel est assis sur un banc du Sunken Gardens Park, en face du DHMC. Il doit bientôt prendre sa garde aux urgences mais il a décidé de rester un peu dehors pour profiter du soleil agréablement tiède malgré la température glaciale.
Le brun songe qu'il pourrait appeler sa mère maintenant, à cette heure elle doit être en train de se préparer pour se rendre à son club de lecture.
Il range précieusement sa liste de courses dans son portefeuille avant de composer le numéro de Meredith Novak. Le téléphone à l'oreille, le jeune homme observe distraitement les alentours. De nombreux promeneurs flânent également dans le parc et la file d'attente devant la voiture à bras colorée du glacier ne cesse de s'allonger depuis qu'il s'est installé sur son banc. Il pourrait se laisser tenter par une boule de glace au chocolat. Le beau temps le rend gourmand.
Castiel retire son écharpe avant de la poser sur ses genoux. Depuis qu'il somnole au soleil, il commence à avoir chaud. Foutu réchauffement climatique. Le brun entend décrocher à l'autre bout du combiné, il se redresse contre le dossier du banc, un bras étendu dessus.
— «Castiel?»
— «Bonjour maman. Est-ce que je te dérange?», demande-t-il doucement.
— «Tu ne me déranges jamais mon chéri. J'étais sur le départ pour me rendre à mon club de tricot mais j'ai un peu de temps, notre présidente arrive toujours en retard…»
— «Nous sommes jeudi, je pensais que tu allais à ton club de lecture…»
— «Oh non, j'ai résilié mon inscription il y a quelques mois. Mrs. Johnson s'est montrée tout à fait désagréable à la dernière réunion du club, nous nous sommes disputées et j'ai préféré rompre tout contact avec elle.»
— «… Tu adorais ce club», s'étonne le brun.
-— «C'est vrai mais mes enfants sont plus importants qu'un groupe de femmes presque ou tout à fait retraitées refaisant le monde en mangeant des biscuits secs.»
— «Quel est le rapport entre Mrs. Johnson et notre famille?»
Un silence gêné lui répond. Le brun fronce légèrement les sourcils.
— «Maman?», insiste-t-il.
— «… Je ne voulais pas t'ennuyer avec ça. Mrs. Johnson s'est montrée… désagréable concernant tes choix de vie et je ne l'ai pas accepté. Je lui ai dit ma façon de penser, elle n'a pas apprécié non plus. Tes frères m'ont assuré que j'avais eu raison mais elles ne m'ont pas vraiment soutenu. Le mari de Beth Johnson est le président du comité de quartier, personne n'a envie de se brouiller avec eux.»
Castiel déglutit. Il l'ignorait. Comment peut-il ignorer une chose pareille alors que ses frères sont au courant et soutiennent leur mère quand lui ne peut même pas la remercier?
Il frotte sa paume un peu moite sur son manteau.
— «… Elle désapprouve mon choix d'être médecin?», plaisante-t-il maladroitement.
— «… Pas exactement mon chéri. Elle ne comprend pas que tu ne sois toujours pas marié avec femme et enfants. J'ai essayé de lui expliquer mais elle m'a assuré que tu finirais par réaliser ton erreur et que tu cesserais d'expérimenter pour revenir dans le droit chemin. Comment pourrais-tu faire la moindre erreur Castiel? Tu as embrassé un garçon pour la première fois à onze, ce Charles Madley, et tu n'es jamais sorti qu'avec des hommes depuis. Je pense que tu es plutôt certain de ce que tu fais…»
— « Il s'appelait Charles Manfrey», la corrige-t-elle affectueusement.
— «Ah oui, Manfrey, le fils du partenaire de golf de ton père. Joli garçon d'ailleurs. (Elle rit joyeusement.) … Excuse-moi, ton père me fait signe que nous allons être en retard. Peux-tu rappeler ce soir?»
— «Je serai de garde mais j'essayerai de le faire pendant ma pause.»
— «… Ne crois pas que j'ignore que tu manges à peine quand tu es de garde… «
— «Je mange, j'achète des plats à emporter chez Fratelli Trattoria. La cuisine est excellente, tu es la première à avoir admis que ses pâtes alle vongole était le meilleur de cette partie des –»
Le brun se fige. Il vient d'apercevoir quelqu'un parmi les promeneurs, une silhouette qu'il croit reconnaître. Castiel se lève précipitamment, le cœur battant.
— «Castiel?»
— «Excuse-moi maman, je crois avoir aperçu une personne que je connais. Je – Je dois y aller.»
— «Tu crois que tu la connais et tu vas tout de même raccrocher? Est-ce quelqu'un d'important?»
— «Oui, très. Bonne journée.»
Le jeune homme raccroche, prêtant à peine attention à la réponse de sa mère avant de se précipiter en avant.
Ce n'est pas possible. Ce serait une coïncidence si extraordinaire, si –
Castiel inspire brusquement.
C'est lui.
— «Sam!»
Accompagné d'une jolie jeune fille blonde, un sac à dos sur son épaule droite, le jeune homme regarde autour de lui. Quand leurs regards se croisent, la joie immense qui se peint sur ses traits émeut presque le brun. Castiel lisse nerveusement son manteau sur son torse, la tête légèrement levée vers le jeune homme. Il a l'impression que Sam a légèrement grandi – c'est probablement impossible puisque sa croissance est terminée depuis cinq ou six ans – et cela le fait sourire.
— «Sam», le salue-t-il poliment.
Castiel a parfois imaginé ses retrouvailles avec les deux frères – plus souvent avec Dean qu'avec Sam – et c'était souvent inutilement romanesque. Il y avait des baisers éperdus et des promesses d'amour ridicules parce que le châtain a planté quelque chose dans son cœur, quelque chose de profond.
Les choses ne peuvent pas se passer de cette manière avec le cadet mais la suite le surprend quand même. Sam enroule immédiatement ses bras autour de ses épaules pour l'attirer dans une accolade serrée. Tout son corps vibre presque de joie et Castiel lui rend son étreinte en souriant.
— «Je n'arrive pas à croire que vous –»
— «Tu», le corrige machinalement le brun.
Sam éclate de rire, son corps tressaute chaudement contre le sien. Il s'éloigne, passe une main fébrile dans ses cheveux avant de serrer ses doigts sur les lanières de son sac à dos. Castiel observe attentivement son visage. Il est satisfait de remarquer ses yeux moins cernés, ses traits moins acérés. Sam va mieux, il mange et dort bien. Il est en sécurité. Le brun s'en veut un peu de penser que cela n'a rien à voir avec lui.
— «Je suis heureux de te revoir. Que fais-tu ici?», reprend Sam avec agitation.
— «Je prends ma garde dans trente minutes, j'ai décidé de passer un peu de temps dehors pour profiter du soleil.»
Castiel plisse légèrement les yeux. La peau de Sam est moins pâle aussi, légèrement dorée. Le jeune homme sait que le soleil fait fleurir des éphélides sur les peaux sensibles, il se demande si c'est le cas de Dean. Le blond remonte son sac d'un coup d'épaule.
— «J'ai aussi un peu de temps avant mon prochain cours. Accepterais-tu de prendre un café avec moi?», demande Sam avec agitation.
Castiel a beaucoup de questions. Cela pourrait le mettre en retard mais il décide de prendre le risque. Il a retrouvé Sam, Dean n'est probablement pas très loin. C'est important.
Le jeune homme échange quelques mots avec la jolie blonde, celle-ci hoche la tête et l'embrasse sur la joue avant de s'éloigner. Sam l'attrape par le coude pour l'entraîner vers le glacier, celui-ci fait aussi un excellent café italien.
— «… Ton amie est jolie. Est-elle étudiante aussi?»
— «Oui, elle s'appelle Jessica. Bon sang, j'ai tellement de choses à te raconter!», s'esclaffe le blond.
— «… Nous ne nous sommes pas vu depuis un an.»
Sam s'arrête dans la file d'attente et se mordille les joues d'un air contrit.
— «Je suis désolé. Je ne voulais pas partir comme ça mais Dean – Dean avait ses raisons. … Est-ce que la brioche t'a plût?»
— «J'adore le pandoro», acquiesce lentement Castiel.
Dommage qu'il ne l'ait pas trouvé aussi bon malgré ses 40 $. Le brun enfonce ses mains dans les poches de son manteau.
— «… J'ai aussi trouvé la panthère en origami. Je l'ai gardé, elle est sur mon bureau au DHMC», reprend-il lentement.
— «Je suis vraiment désolé. Nous ne voulions pas nous montrer ingrat envers toi, tu nous as accueillis comme si nous étions tes amis, mais Dean… Nous avons été un peu dépassés. Nous comptions uniquement l'un sur l'autre depuis deux ans, c'était la première fois que quelqu'un nous témoignait un peu de bienveillance. … Dean s'appuie rarement sur les gens, tu as été la première personne à lui donner envie de faire ça depuis très longtemps», dit doucement Sam.
Castiel acquiesce lentement, le ventre tordu. Il a donc un peu compté pour Dean.
Il se racle la gorge.
— «Quelles nouvelles as-tu à me donner? Tu as repris les cours?», demande-t-il gentiment.
— «Tout a changé depuis Noël dernier, grâce à toi! … Dean a demandé de l'aide.»
— «Est-ce que vous avez pris contact avec l'assistance sociale ou une association?»
— «Pas exactement. Après Noël, nous nous sommes rendus à Fort Collins pour retrouver Bobby Singer. C'est un ami de papa. Quand maman était hospitalisée, il est venu passer du temps à la maison et il nous avait dit qu'il serait toujours présent pour nous. Dean avait refusé de faire appel à lui jusqu'à présent mais deux jours plus tard, nous étions devant sa maison. Il a dit que nous étions les pires idiots de cette partie du pays avant de nous obliger à nous installer chez lui. Il nous a beaucoup aidé aussi.»
Le brun pince les lèvres.
Fort Collins est à environ une heure de voiture de Denver. Ce n'est pas si loin alors pourquoi les deux frères n'ont-ils pas donné signe de vie? Ils connaissaient son adresse, son lieu de travail. Il aurait suffi qu'ils se présentent à l'accueil et Castiel aurait accouru pour les voir d'une manière tout à fait gênante.
Sam lui adresse un sourire timide.
— «Nous avons mis un peu de temps à retrouver notre chemin mais nous avons souvent pensé à toi tu sais. Tu nous avais vu en mauvaise posture et Dean a son orgueil, il voulait se montrer sous son meilleur jour pour te remercier correctement. Les choses ne se sont pas vraiment déroulées comme prévues… «
Oh. Le brun déglutit avant de cligner des yeux. Il penche légèrement la tête sur le côté.
— «Que veux-tu dire?»
— «Tu as déménagé, n'est-ce pas?»
— «Déménagé?» Castiel rit légèrement. «J'ai emprunté sur vingt-cinq and pour acheter mon appartement, je ne l'aurais certainement pas revendu maintenant au risque de perdre de l'argent. Je ne sais pas si tu es au courant mais le marché immobilier ne se porte pas très bien en ce moment.»
— «Mais Dean m'a dit que –»
Le salut enthousiaste du glacier coupe Sam. Les deux hommes commandent un café, Castiel s'autorise une petite coupelle en carton avec une boule de glace au chocolat. Il sourit affectueusement quand Sam insiste pour régler leur commande.
Ils vont s'asseoir sur le banc que le brun a quitté un peu plus tôt, très proche l'un de l'autre. Sam boit une gorgée et fronce les sourcils.
— «… Dean semble avoir mal compris quelque chose de toute évidence», marmotte-t-il.
— «Comment se porte ton frère?», poursuit Castiel.
Les choses sont embrouillées dans son esprit, il ne comprend pas tout mais il sait parfaitement ce qu'il a le plus besoin d'apprendre à cet instant. Sam sourit avec malice.
— «Dean va bien, il travaille avec Bobby dans son agence de location de Fort Collins. Il est bon avec les chiffres, il a trouvé une meilleure utilité à son talent que de tricher au poker ou au blackjack», ricane-t-il.
— «… Je suis allé rendre visite à ma famille cet été pour notre grande cousinade annuelle. Mon oncle Richard a lancé un tournoi de poker, j'ai gagné quelques parties...»
Le blond éclate joyeusement de rire et Castiel sourit. Sam se porte tellement mieux et cela fait plaisir à voir.
— «Et toi? Tu as retrouvé les bancs de l'université, n'est-ce pas?»
— «Je ne pourrais pas retourner à Stanford – j'ai perdu ma bourse – mais je suis inscrit à DU depuis la rentrée et je travaille à mi-temps à la bibliothèque de l'université pour ne plus être à la charge de Dean. Nous habitons ensemble un appartement dans le quartier de Cherry Creek, au sud de Denver.
— «Es-tu heureux?», demande gentiment le brun.
— «… Je suis vraiment heureux.» Le jeune homme se mordille les joues. «… Papa est revenu aussi. Il travaillait très loin dans le nord, les communications étaient mauvaises. Bobby l'a appelé quand nous nous sommes installés chez lui, il nous a rejoint une semaine plus tard. Dean ne lui pardonne pas son silence mais il a pris un appartement dans la banlieue de Denver et il n'est pas loin de nous.»
— «Les choses ont vraiment beaucoup changé…»
— «C'est grâce à toi. As-tu des congés à Noël? J'aimerai t'inviter à passer les fêtes de fin d'année avec nous», demande-t-il à brûle-pourpoint.
— «… Est-ce que ton frère est d'accord?»
— «Dean est d'accord avec à peu près tout ce qui te concerne», s'esclaffe le blond avant de s'assombrir légèrement. «… Peut-être as-tu déjà des projets avec quelqu'un?»
— «Non, je suis de garde pour Noël et le Nouvel An.»
— «Nous pourrions peut-être nous avoir après? Dean et moi ne sommes pas particulièrement attachés au fait de célébrer l'événement le jour-même. Je t'assure qu'il sera vraiment heureux de te revoir.»
Castiel acquiesce un peu timidement, les lèvres refermées sur sa cuillère. Lui aussi en serait très heureux.
Devant l'entrée du DHMC, Sam et lui échangent leur numéro de portable et le brun lui promet de le contacter rapidement pour convenir d'une date. Il entre dans l'hôpital avec quelques minutes de retard mais il se change dans son bureau d'un air distrait. Il garde les yeux rivés sur la panthère en papier et enfile sa blouse à l'envers.
Quand le Dr. de Rubio l'aperçoit dans le couloir, sourire idiot aux lèvres et étiquette hérissée sur son col, il éclate de rire.
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Castiel s'assoit dans la salle de réunion du quatrième étage, sur son fauteuil recouvert de viscose et de polyester toujours hautement inflammable.
Garrett Frazier et Bartholomé «Barry» Alvarez s'installent de part et d'autre de lui tandis que l'infirmière en chef Davis se laisse tomber sur le siège en face du sien. Le brun se racle légèrement la gorge et lui montre sa tête d'un geste. La quinquagénaire retire précipitamment son bonnet de Noël en velours incarnat bordé de fausse fourrure blanche. La clochette dorée au bout tinte encore joyeusement quand leur chef de service entre dans la pièce, yeux baissés sur son bloc-note. Le Dr. Russell est attaché à la bonne tenue de son personnel, il ne tolère le port de pulls stupides de Noël que depuis deux ans quand le directeur Burton en avait arboré un rouge et vert très criard lors d'une visite du service.
Castiel observe avec une pointe d'envie le pull du Dr. de Rubio assise sur sa droite. Il le trouve joli et il a vu des patients passer des larmes de douleur et d'inquiétude au rire en posant simplement les yeux dessus. Peut-être devrait-il aussi investir dans des pulls de Noël, cela lui mettrait aussi du baume au cœur quand il verrait son reflet dans les miroirs des sanitaires réservés au personnel. Emilia semble très fière du sien.
Le brun écoute un peu distraitement le compte-rendu d'activité des urgences sur la semaine écoulée ainsi que les dossiers des patients encore hospitalisés dans leurs murs. Il fronce les sourcils quand le Dr. Russell évoque Martha Castro, une toute jeune adolescent venu accompagnée par son oncle il y a quelques jours. Elle semble toujours un peu évanescent dans son lit au deuxième étage, le bras droit plâtré. Aucun de ses deux parents n'est venu lui rendre visite depuis son entrée au DHMC, l'infirmière en chef Davis a fait un rapport indiquant qu'elle suspecte des mauvais traitements. Castiel se promet d'acheter le pull de Noël le plus drôle de tout Denver avant d'aller voir la jeune fille. Peut-être parviendra-t-il à faire sourire son triste petit visage.
— «L'un d'entre vous a-t-il quelque chose à ajouter?», demande le Dr. Russell.
Le brun est en train de fermer son bloc-note, le stylo coincé dans la spirale métallique, quand le Dr. Leonard Chandler lève la main. Castiel hausse un sourcil étonné.
— «Je sais que nous avons tous posé nos congés pour la fin de l'année conformément au planning du service mais je souhaiterai être présent au Nouvel An. Mes projets ont changé, je serai plus utile ici», marmonne-t-il en tirant nerveusement sur les revers de sa blouse.
— «… Des projets personnels qui changent ne vous obligent pas à revenir travailler. Vous avez obtenu quatre jours de congés, Dr. Chandler.»
— «Je vous remercie Monsieur mais je vous assure que je préférerai être ici. … Je ne pensais pas que cela serait un problème.»
— «Je ne peux pas vous reprocher de vouloir travailler lors d'une période aussi chargée…»
Castiel déglutit. Une personne de plus le soir du Nouvel An signifie qu'il pourrait potentiellement décaler sa garde puisqu'ils seraient assez nombreux. Sam l'a invité à passer le réveillon avec lui et Dean. Il ne pouvait pas il y a encore quelques jours mais maintenant…
Il triture son stylo, le Dr. Russell hausse un sourcil.
— «Quelque chose à ajouter, Dr. Novak?»
— «… Mes projets ont également changé tout récemment. J'avais décidé de ne pas donner suite car j'étais de garde de nuit mais si le Dr. Chandler est présent, peut-être puis-je changer mes horaires? Excuse-moi Leonard», demande-t-il timidement.
Son collègue hausse les épaules, le front toujours barré d'un pli soucieux. Barry lui donne un léger coup de coude dans les côtes, un sourcil levé l'air de dire «Bien joué mon pote! Premier arrivé, premier servi!» Castiel se mord les joues. Il ne voulait pas que son empressement ressemble à ça.
Le Dr. Russell croise les mains devant sa bouche, plisse les yeux avant de soupirer.
— «… Restez tous les deux avec moi histoire que nous arrangions cette histoire. Bonne journée à toute l'équipe.»
La salle de réunion se vide rapidement.
Interpellé par le Dr. Dorothy Ingram, la cheffe du service pédiatrique, le Dr. Russell laisse brièvement Castiel et Leonard. Le brun se glisse vers lui. Il veut s'excuser pour son empressement – peut-être même lui parler un peu de Dean pour lui faire comprendre combien c'est important pour lui – mais son collègue ne lui en laisse pas le temps. Il le félicite avec malice pour ses jours de congés imprévus et lui dit de faire convenablement la fête pour honorer son sacrifice. Lui vient de se disputer violemment avec sa copine, il n'a pas été invité chez ses beaux-parents pour fêter le réveillon alors il préfère revenir travailler plutôt que de ruminer seul. Castiel se sent encore un peu plus mal mais il compatit.
— «Ne fais pas cette tête Novak, tu devrais être heureux. Cette soirée semble te tenir à cœur.»
— «C'est le cas. … Je suppose que te remercier est un peu déplacé.»
Leonard s'esclaffe.
Tandis qu'il rejoint les urgences, le brun écrit frénétiquement un message à Sam pour l'informer de la bonne nouvelle. Il trouve sa réponse quatre heures plus tard, quand il s'assoit dans la salle de pause pour manger son sandwich focaccia, jambe de Parme et tomates séchées. Sa mère a raison, il mange peu pendant ses gardes.
De Sam. Reçu à 20h11.
Je te confirme que nous serons ravi de t'accueillir pour le Nouvel An dès que ta garde sera finie. Nous habitons au 3412 E Ellsworth Avenue. Bonne soirée Castiel.
De Sam. Reçu à 20h11.
Dean est complètement en panique mais il est vraiment heureux que tu viennes à la maison. Nous avons tous les deux hâtes de te recevoir.
Castiel abandonne son sandwich pour se précipiter dans son bureau et vérifier son planning de permanences aux urgences. Le Dr. Russell a déjà modifié l'agenda du service. Le brun se promet de trouver à la fois le plus drôle et le plus élégant des pulls de Noël de tout Denver. Son chef de service n'apprécie toujours pas les rennes en feutrine ni les pingouins chaussés de patins à glace.
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— «Vous êtes attendu dans le box n6, Dr. Novak», s'exclame Tessa Waters en lui tendant un dossier.
La jeune infirmière tire sur sa queue de cheval pour resserrer l'élastique. Son serre-tête décoré de branches de houx glisse un peu en avant et le brun le replace gentiment. Tessa entortille deux mèches de cheveux autour pour le fixer plus efficacement.
— «Je déteste ce truc», maugrée-t-elle en levant les yeux au plafond.
— «Vous n'avez pas hésitez à porter un serre-tête avec un chat et une citrouille à Halloween.»
— «Le déguisement n'est pas le problème Dr. Novak, c'est juste que je voulais celui avec les bois de renne.»
— «Pourquoi?»
— «Il y a des clochettes dessus. J'adore les clochettes…»
La jeune femme hésite avant d'effleurer d'un doigt celle qui orne le cou de l'ours pelucheux cousu sur son pull pour la faire tinter doucement. Castiel sourit. Il pensait que l'ornement était superflu mais tout le monde le triture pour le simple plaisir de le faire sonner. La clochette rend les enfants particulièrement fous alors même si après plusiquers heures de garde, le brun a l'impression de l'entendre résonner continuellement dans sa tête, il sourit toujours. Il prendra un comprimé de paracétamol plus tard pour faire passer son mal de tête. Il doit être en pleines possessions de ses moyens quand il quittera le DHMC. Sa soirée chez les frères Winchester est l'évènement le plus important de ses dernières semaines, même s'il avoue avoir eu affaire à une très rare cas d'hypotricose chez un patient d'une vingtaine d'année. L'équipe l'a déjà écrit sur un post-it accroché au panneau des «Cas exceptionnels du DHMC». Officiellement, il s'agit d'un pense-bête pour l'équipe. Officieusement, Castiel est persuadé que certains de ses collègues le partagent avec d'autres collaborateurs en poste dans d'autres établissements. Il préfère ne pas en savoir plus.
Le brun s'éloigne vers le box n6, le dossier sous le bras. Il ouvre la porte. L'air bourru, un vieil homme – Jeremiah Moran, 76 ans, malaise dans un magasin de Delaware Street – assis sur la table de consultation, le dévisage d'un air peu amène. Quand il remarque son pull, ses lèvres craquelées s'ourlent d'un sourire narquois.
— «Bonsoir Docteur. Est-ce que vous avez perdu un pari?»
— «Pas du tout, je l'ai acheté et beaucoup trop cher si vous voulez mon avis», répond Castiel en compulsant rapidement son dossier.
— «Ça doit être la faute de la clochette sur l'ours…»
Castiel lui demande de s'allonger sur la table. L'homme obtempère sans protester. Quand le brun se penche légèrement vers lui, il agite la clochette.
— «… Votre pull est ridicule.»
— «Croyez-le ou non mais c'était le moins ridicule de tout le rayon. Pouvez-vous relever votre polo s'il vous plaît?»
Jeremiah Moran fait bouger une nouvelle fois la clochette et Castiel sourit. Cet achat est si cher qu'il en est un peu indécent mais il se félicite une nouvelle fois de l'avoir fait, dûment conseillé par Emilia.
Le nez sur l'ours duveteux en feutrine, fasciné par la clochette, son patient en oublie de se plaindre et de critiquer les services de l'hôpital public. Le brun entame donc avec lui une conversation tout à fait agréable concernant le dernier match des Nuggets de Denver tandis qu'il écoute soigneusement son cœur au stéthoscope.
Castiel le salue, son patient s'autorise une dernière fois à faire tinter la clochette avant de partir.
Le brun quitte les box de consultation pour regagner le bureau des infirmières. Derrière lui, il entend de l'agitation dans la cabine n 11. Castiel hésite à s'en mêler mais l'ensemble du personnel possède un bouton d'alerte en cas de difficulté et personne ne l'a utilisé alors le brun s'éloigne. Accoudé au comptoir des infirmières, il se masse la nuque du bout des doigts avant d'accepter avec reconnaissance un bonbon au chocolat. Il se sent fatigué, à moins que ce ne soit la perspective de la suite de sa soirée qui le rend nerveux. Peut-être. Sans doute.
L'infirmière June Carson s'accoude brusquement à coté de lui, plonge une main dans le pot en verre avant de manger trois bonbons en une seule fois. Castiel hausse un sourcil.
— «Tu as du chocolat juste là», mime le brun en montrant la commissure de ses lèvres. «Patient difficile?»
— «Pourquoi les hommes les plus charmants se comportent-ils comme des enfants?!», soupire la quadragénaire avec exaspération. «Celui-ci vient de se présenter pour une coupure dans sa paume gauche, il est persuadé qu'on va devoir l'amputer. Avez-vous vu le Dr. Barton? Il doit lui faire des points de suture et peut-être lui donner une bonne dose de morphine…»
— «Je viens de terminer avec le mien, je vais m'en occuper», propose le brun en tendant la main vers le dossier.
— «… Je ne suis pas certaine que le motif de votre pull parvienne à le dérider, Dr. Novak. Parlez plutôt avec son frère. Il l'a accompagné et il semble bien plus censé.»
— «Je vais le faire. Comment s'appelle-t-il?», demande Castiel en ouvrant la pochette cartonnée.
— «Dean et Sam Winchester, ils sont dans le box n 11. Le premier est beau comme un acteur de cinéma mais méfiant comme un renard… Johanna, rapproche le bocal s'il te plaît. J'en ai besoin…», ronchonne la jeune femme.
Le brun déglutit lourdement.
Dean n'est pas méfiant comme un renard mais comme un chat sauvage.
Castiel retourne vivement vers les box de consultation, le cœur battant. À quelques pas des rideaux soigneusement tirés, il se demande comment il a pu ne pas reconnaître sa voix un peu plus tôt.
— «Cesse de t'agiter Dean, tu n'as aucune raison de t'enfuir. Nous sommes ici pour t'aider.»
— «Tu m'as tendu un guet-apens… «
— «Ne sois pas ridicule. Je t'ai dit que nous allions à l'hôpital quand tu te tortillais pour ne pas mettre de sang sur les sièges de l'Impala. «
— «Tu n'as pas dit qu'on allait devoir me faire des points de suture. «
— «Tu as une plaie profonde, tu aurais dû arriver à cette conclusion toi-même…»
— «… J'étais trop occupé à ne pas tacher le cuir de Baby.»
Sam rit puis Castiel entend ce qui ressemble à une bousculade. Les deux frères chahutent, comme dans son salon il y a un an. La voix de Dean est la même que dans ses souvenirs, un peu grave, moqueuse, gouailleuse mais chaude. Chaude.
Le brun inspire profondément.
Il écarte les rideaux. Les deux frères sursautent légèrement de surprise.
Le visage de Sam s'illumine de joie en le voyant. Castiel s'en doute plus qu'il ne le voit parce qu'il ne regarde que Dean. Le jeune homme cligne des yeux, ouvre stupidement la bouche avant de rougir un peu.
— «Cas…», souffle-t-il.
— «Bonsoir Dean. J'ai cru comprendre que tu avais besoin de points de suture…»
— «Explique-lui bien les choses, il est persuadé que vous allez devoir l'amputer», se moque Sam.
Le châtain le fusille du regard, le visage encore plus rouge. Sa gêne fait flamber ses oreilles et son cou et Castiel a l'impression de respirer difficilement.
C'est comme cette fois-là, il y a un an. En beaucoup mieux. Ses traits sont toujours aussi beaux mais un petit quelque chose dans la manière dont il se tient dit qu'il va bien. Qu'il a enfin déposé son fardeau quelque part sur la route et qu'il se sent mieux. Pourquoi Castiel n'a-t-il pas été là pour voir ça? Est-ce qu'une autre personne a aidé Dean, comme cette jolie blonde qui accompagnait Samau Sunken Gardens Park?
Le brun entre dans le box, tire à nouveau les rideaux par discrétion. L'endroit semble soudain très étroit pour trois hommes adultes mais c'est parce que la joie de Castiel et Dean prennent toute la place.
Sam s'appuie d'une épaule contre le mur, les bras croisés sur sa poitrine.
— «… Je ne vais pas t'amputer Dean.»
— «Je sais! Je me suis juste couper avec un couteau», siffle le châtain avec gêne.
Castiel prend doucement sa main gauche pour examiner soigneusement la paume. Dean détourne brusquement les yeux, le brun ne peut s'empêcher de caresser doucement son poignet de son pouce en guise de réconfort.
— «Es-tu sûr que c'était un couteau? C'est très profond… «
— «Dean ouvrait des huîtres. Il était nerveux, il a voulu se précipiter et la lame a dérapé sur la coquille», explique Sam.
— «Pourquoi ouvrais-tu des huîtres?», s'étonne Castiel.
Il relève les yeux, plonge dans ceux de Dean.
Les deux hommes se dévisagent en silence.
Le brun est douloureusement conscient de la chaleur de la main de Dean dans la sienne, de la largeur de ses épaules juste en face de lui. De lui, tout simplement. Dean est aussi beau que dans ses souvenirs et même encore plus. Il n'a l'air ni épuisé ni sur la défensive et Castiel a l'impression de simplement le retrouver, comme ça.
Il déglutit tandis que Dean se mord nerveusement les joues. Il est tellement beau, les mêmes yeux verts, les mêmes cheveux châtains un peu dorés par l'éclairage pourtant cru des néons au-dessus d'eux. La même bouche magnifique qui l'a embrassé si passionnément il y a un an.
Castiel lèche distraitement ses lèvres sèches, il a l'impression que Dean rougit encore.
— «J'ignorais que tu aimais les huîtres», reprend-il lentement.
— «… C'était – C'est juste que –»
— «Ce que Dean essaye de te dire c'est que nous sommes vraiment très heureux de te recevoir à la maison et qu'il voulait préparer des huîtres Rockefeller pour fêter ça», ajoute Sam en lui jetant un regard entendu.
Oh. C'est donc pour lui? Maintenant, Castiel n'a pas le droit de dire qu'il n'aime pas vraiment les fruits de mer. Dean a fait ça pour lui. Il déglutit.
— «Je vais devoir te faire une anesthésie locale avant de te recoudre.»
— «Est-ce que c'est vraiment nécessaire? Tu ne peux pas juste faire une compresse bien serrée?»
— «Ta coupure est profonde. Je suis médecin Dean, je ne peux pas te laisser quitter le DHMC en ayant seulement la main bandé vais te faire des points de suture mais rassure-toi, tu n'auras aucune cicatrice.»
— «… Est-ce que cela va me gêner?»
— «Tu es droitier n'est-ce pas? Tu t'es ouvert la paume gauche, je pense que tu devrais survivre pendant les sept jours qui viennent avant de faire retirer tes points.»
— «Sept jours?» Dean écarquille les yeux. «C'est beaucoup trop long, j'ai encore des centaines de choses à faire avant –»
— «Avant quoi?», demande le brun en penchant la tête sur le côté.
— «D'après toi?», rit malicieusement Sam en lui jetant un regard entendu.
Oh. Ah. Encore lui et sa venue le soir-même. Cette fois, le brun sent aussi sa nuque chauffer.
Il passe la tête par les rideaux, interpelle Tessa pour qu'elle lui apporte l'injection nécessaire tandis que lui préparer le matériel de suture. Sam pose une main sur l'épaule de son aîné.
— «Tu es entre de bonnes mains, je vais m'occuper de ta sortie. À tout à l'heure», sourit-il.
— «Attends Sam!»
— «Je suis persuadé que tout va très bien se passer. … Il y a probablement des peluches au service pédiatrique, est-ce que tu veux que je t'apporte un ours à serrer contre toi?»
— «Enfoiré!»
Le blond s'éclipse dans un dernier éclat de rire. L'espace du box n 11 semble se resserrer un peu plus sur eux. Castiel a chaud. Il pose un petit plateau en inox à côté de Dean, son genou heurte malencontreusement celui du châtain.
— «Excuse-moi…»
— «Ce n'est rien. …Je suis content de te revoir Cas», souffle Dean avec une pointe de gêne.
— «Moi aussi. Tu sembles aller bien.»
— «Ouais. … Il y a eu un peu de changement.»
Castiel pince les lèvres. Ouais, probablement. Parce que beaucoup de choses peuvent arriver en un an. Les bébés naissent en neuf mois. On peut souscrire un prêt immobilier et commencer à le rembourser en se persuadant chaque mois que c'est agir pour la bonne cause parce que c'est la maison de sa vie. On peut avoir un nouveau job, rencontrer quelqu'un. Se marier. Il y a des milliards de choses qui peuvent avoir lieu en seulement douze mois. Le brun aurait bien aimé les voir s'écouler mais parce qu'il n'est pas un homme mauvais – qu'il ne sait pas l'être – il se garde bien de dire que Dean aurait pu lui apprendre tout cela lui-même bien plus tôt. Ni qu'il aurait même pu le faire participer. Le brun aurait déjà été très heureux d'être son ami. Le rire de Dean, son sourire, sa présence ont été un plaisir sans culpabilité dans sa vie.
Il remercie Tessa d'un sourire, vérifie qu'il n'y a pas d'air dans le seringue et se tourne vers le châtain. Celui-ci prend soudain son autre main dans la sienne. Il la serre, très fort.
— «Je sais à quoi tu penses – ou en tout cas, je m'en doute – mais j'aimerai qu'on parle plutôt du Nouvel An», souffle-t-il.
— «Est-ce parce que tu ne veux pas en parler tout court?»
— «… C'est parce que je préfère d'abord profiter du fait que Sam a une chance incroyable pour être tombé sur toi au Sunken Gardens Park et t'inviter ce soir pour le Nouvel An.»
— «Tu aurais pu le faire toi-même. Tu sais où j'habite…»
— «Ouais, Sammy m'a dit que tu n'avais pas déménagé», marmotte le châtain en se mordillant les joues.
— «Tu es revenu dans mon quartier n'est-ce pas? Après votre départ.»
— «… Je te promets qu'on en parlera plus tard Cas. Je te le promets.»
Dean esquisse un sourire tellement doux que Castiel sent son ventre faire des choses tout à fait inexactes anatomiquement parlant.
Il acquiesce, baisse les yeux sur les mains liées.
— «… Je vais avoir besoin de mes deux mains pour faire les points de suture, Dean.»
— «Merde, je pensais que tu aurais oublié…»
Le brun rit doucement, Dean aussi et il profite de sa distraction pour lui faire la piqûre d'anesthésiant dans la paume gauche. Le châtain lui jette un regard noir mais Castiel l'ignore, tirant le petit tabouret sous la table pour s'asseoir dessus. Dean reste assis devant lui, légèrement en hauteur. Le brun ignore soigneusement le fait que le jeune homme a les jambes écartées et lui, le nez plus ou moins sur son entrejambe. Il appuie plusieurs fois dans sa paume.
— «Est-ce que tu sens quelque chose?»
— «Rien du tout. Bordel, je ne vais rien pouvoir faire dans l'appartement quand je serais rentré…»
— «Tu devrais retrouver ta sensibilité dans environ deux heures.»
— «Tu es sensé arriver dans trois heures et je veux faire les choses bien», grommelle le châtain.
Oui, comme acheter des huîtres par exemple. Castiel aurait été satisfait avec n'importe quoi, même une pizza achetée à emporter et une tarte venant du supermarché voisin. À la place, il sourit doucement et se met au travail.
Dean regarde fixement sur le côté, la tête soigneusement tournée pour ne pas le voir faire. Le brun se demande s'il trouvera un jour quelque chose de pas du tout mignon et adorable chez lui. Et bon sang, son corps est si chaud et il sent si bon.
Pour la première fois depuis son achat, Castiel regrette son pull de Noël un peu ridicule. Il sait qu'il est bien plus à son avantage en chemise et pantalon de costume.
Il le regrette jusqu'à ce que Dean fasse tinter timidement la clochette du bout des doigts avant de rire doucement.
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Sur le pas de la porte de l'appartement 12D, Castiel lisse une nouvelle fois nerveusement sa chemise du plat de la main. Il a vérifié son allure dans le miroir de l'ascenseur; comme il l'a fait dans le miroir du pare-soleil de sa voiture avant de descendre et encore une fois dans la porte vitrée de l'immeuble des frères Winchester. Juste pour être sûr qu'il est bien. Il s'est changé plusieurs fois avant de quitter son appartement; une fois encore, juste pour être sûr. Il se trouvait bien quand il est parti, pantalon de costume sombre, belle chemise bleue bien coupée, élégant manteau gris en laine. Peut-être est-ce un peu trop. Peut-être –
La porte s'ouvre devant lui. Sur le seuil, Sam l'accueille d'un sourire chaleureux.
— «Je pensais bien avoir entendu l'ascenseur sonner», rit-il.
— «Je suis très légèrement en avance», s'excuse le brun.
— «C'est parfait, nous aurons plus de temps à passer en ta compagnie. Bienvenu chez nous, Castiel.»
Sam lui adresse un clin d'œil malicieux avant de le débarrasser poliment de son manteau et de la bouteille de vin qu'il a apporté.
Le brun observe autour de lui avec curiosité, un peu avide de découvrir l'appartement des deux frères.
L'immeuble est un peu impersonnel, construit dans les années 1980, mais l'endroit est agréable. Murs clairs, sol en PVC imitant joliment un parquet en chêne, cuisine un peu vintage, mobilier classique mais fonctionnel d'une location meublée. Un sapin clignote joyeusement à côté de la télévision. Sa décoration est aussi artistique que celle de son appartement il y a un an et Castiel sourit affectueusement. Il y a une mezzanine au fond – il suppose qu'il s'agit d'une chambre –, et un couloir sur la droite dessert la salle de bain et l'autre chambre. Pendant leur promenade au Sunken Gardens Park, Sam a été très fier de lui dire que Dean et lui possédaient chacun leur propre espace.
Le brun inspire doucement.
Une agréable odeur de cuisine flotte dans l'appartement, il faut chaud mais pas trop. Surtout, il voit qu'il est chez Dean. Il a remarqué sa veste en cuir pendue dans l'entrée, sa paire de boots en cuir abandonnée en dessous. C'est impossible mais il a l'impression de sentir aussi son parfum dans l'air.
— «Sam? J'ai entendu la porte, est-ce que Cas est arrivé?»
Le châtain apparaît brusquement dans le salon depuis le couloir, en jean et tee-shirt. Il cligne des yeux, Castiel aussi parce qu'il ressemble tellement au garçon avec lequel il a tant ri – et qu'il a tellement embrassé – il y a un an que c'est un peu douloureux.
— «Cas…»
— «Bonsoir Dean.»
— «Je – Fais comme chez toi, je reviens tout de suite!»
Dean disparaît à nouveau.
Un peu déconcerté, le brun se laisse entraîner dans le salon par le cadet. Ils sont en train de rire ensemble de la dernière comédie à la mode quand le jeune homme vient les rejoindre. Castiel remarque immédiatement qu'il s'est changé, jean et chemise dont il est en train de rouler les manches sur ses avant-bras. Cela ne devrait pas être aussi sensuel à regarder.
— «Qu'est-ce que tu fais?», s'étonne Sam.
— «Rien. Je me suis taché avec un… truc, j'ai dû changer de vêtements.»
— «Tu étais très bien il y a –»
— «Et si tu m'aidais à préparer l'apéritif Sam?», le coupe brusquement son aîné.
— «… Est-ce que je peux aider?», demande timidement Castiel.
Il a besoin de s'occuper les mains et l'esprit. Il ne veut pas être un invité que l'on traite avec déférence, il veut retrouver cette complicité qu'ils avaient dans sa cuisine, devant le beau plan de travail en quarzite.
Dean hésite avant de hocher la tête.
— «… Si tu veux mais tu es notre invité… «
— «Ton aide est la bienvenue Castiel, Dean prépare des cocktails comme s'il s'agissait de faire exploser la moitié de Cherry Creek…»
— «La ferme Sammy.»
Le brun sourit affectueusement. Il rejoint les deux frères dans la petite cuisine et rapidement, Sam lui laisse sa place pour s'activer Dieu sait où ailleurs dans l'appartement. Castiel ne sait pas exactement ce qu'il fait mais il est heureux d'être un peu seul avec le châtain. Il peut user de sa qualité de médecin pour le convaincre que non, le lait de poule ne sera pas meilleur avec deux doses supplémentaires de rhum. Dean maugrée un peu, le brun le bouscule affectueusement d'une épaule. Les deux hommes se regardent en silence. Un long moment. Il se racle la gorge.
— «… Tu es certain que ce ne serait pas meilleur avec un peu plus de rhum ? Si j'ajoute aussi du sucre, on sentira à peine l'alcool.»
Castiel éclate de rire mais il secoue encore une fois la tête. Non, vraiment pas.
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Si quelqu'un demandait au brun de citer une seule chose déplaisante concernant son appartement à LoDo, Castiel devrait prendre le temps de la réflexion. Il adore son appartement, son immeuble, son quartier mais il finirait par dire qu'il regrette l'absence de terrasse. Le couple Atkins et la famille Rosario qui habitent les deux appartements du dernier étage possèdent de vastes extérieurs mais le brun n'avait pas les moyens de s'offrir un rooftop. Il était célibataire quand il a souscris son prêt immobilier, sa banque ne lui aurait jamais accordé un tel montant en sachant qu'un seul salaire servirait à le rembourser. Donc il y a acheté un joli appartement dans un quartier branché qui ne lui fera jamais perdre d'argent et s'il le revend un jour, il pourra sans doute se permettre de s'offrir une terrasse ailleurs dans Denver. Castiel ne regrette donc que l'absence de terrasse – raison pour laquelle il flâne si souvent dans les allées du Sunken Gardens Park – mais c'était avant qu'il ne visite l'appartement des frères Winchester. Depuis quelques minutes, il songe que finalement, une terrasse est quelque chose d'un peu surfait. Il s'agit surtout d'être bien quelque part avec quelqu'un, même si c'est une pensée dangereuse.
Dean lui a proposé de faire le tour de l'appartement avec un tel enthousiasme que le brun a accepté, même s'il pense avoir vu à peu près tout ce qu'il y avait à voir du premier coup d'œil quand il est entré. Une bière à la main – Dean a arrêté ses essais de cocktail pour une boisson plus consensuelle – Castiel suit donc les deux frères de pièce en pièce. Il se fout vraiment d'avoir une terrasse comme son premier boxer de grand garçon, un sous-vêtement sans motif avec seulement le logo de la marque sur l'élastique. Comme les mannequins sexy sur les publicités. Le brun peut vivre sans terrasse. Il préfère ne pas penser à quelque chose de bien plus dangereux et sentimental tel qu'essayer de vivre sans est comme un foutu personnage de téléfilm de Hallmark Channel.
— «Est-ce que tu as remarqué? On a vu sur le golf du Denver Country Club depuis le salon», dit le châtain avec enthousiasme en tirant les rideaux.
Le brun plisse les yeux mais ne voit rien de particulier. Il fait nuit noire et le temps humide est lourd de neige. À côté du sapin, il respire avec plaisir ses effluves sèches d'épines et de bois. Le regard de Dean lui brûle le visage alors il hoche la tête.
— «Vous avez beaucoup de chance», acquiesce-t-il.
Sam esquisse un sourire entendu mais le brun hausse légèrement les épaules. Il ne veut pas désappointer Dean alors il est prêt à dire oui à beaucoup de choses pour lui faire plaisir. Le châtain lui adresse un sourire rayonnant alors Castiel sait que c'est exactement la bonne chose à faire.
— «Viens voir la mezzanine maintenant! Sam commence les cours tôt parfois, on a décidé que c'était mieux qu'il dorme dans le salon pour le moment.»
— «Puisque tu dors toujours la porte fermée, je ne t'entends pas non plus ronfler pendant la nuit. Nous sommes donc tous les deux gagnants.»
Le châtain lui jette un regard noir.
Devant l'escalier, il insiste pour que Castiel monte afin de constater par lui-même combien son cadet est bien installé malgré l'espace réduit. Sam donne son accord d'un signe de tête. Le brun pose sa bière sur le buffet voisin et se demande brièvement si Dean va le pousser sous les fesses pour le faire monter plus vite tant il est impatient.
— «Alors? C'est pas mal, hein? Sam ne l'avouera jamais mais il adore ça, c'est comme dormir dans une cabane», fanfaronne le châtain.
— «Je suis surpris que tu parviennes à te tenir debout. La hauteur sous plafond est bien plus importante que je ne le pensais…», s'étonne Castiel en levant une main pour toucher la poutre maîtresse en métal.
— «L'immeuble est un ancien espace de bureaux réhabilité en logements. Certains ont été assemblés pour gagner de l'espace», explique Sam.
— «Est-ce qu'il y a beaucoup d'autres appartements de ce genre?»
— «Seulement ceux des deux derniers étages et ils sont tous loués», ajoute Dean.
Castiel hoche la tête. Il ne s'attarde pas – malgré l'insistance du châtain, il trouve cela un peu indiscret – mais il remarque les livres soigneusement rangés à côté du bureau éclairé par un vasistas et l'ordinateur haut de gamme qu'il connaît déjà. Sam a vraiment repris le chemin de l'université et s'il en croit la copie notée qui traîné sur la table, il est même très bon.
Le brun sourit et redescend l'escalier, dos au salon. Il est encore à quelques marches du sol quand il sent les mains de Dean se poser sur ses hanches pour l'aider.
— «Fais attention, l'escalier peut être dangereux», souffle le jeune homme dans son cou.
Castiel déglutit légèrement. Il est sans doute inutile que Dean l'accompagne réellement jusqu'à ce qu'il pose un pied sur le parquet mais il ne dit rien. Le châtain lui rend sa bière en souriant et l'entraîne vers le couloir.
— «Tu as déjà vu le salon et la cuisine. Le couloir mène à la chambre, à la salle de bain et à la buanderie.»
Dans leur dos, le four bipe joyeusement. Sam s'éclipse en parlant de vérifier la cuisson de la dinde mais le châtain a déjà tiré Castiel derrière lui, une main enroulée autour de son coude. Le brun hausse un sourcil. La salle de bain est équipée d'une gigantesque baignoire. Il y a deux peignoirs pendus derrière la porte et un tee-shirt dépasse du panier de linge sale. Castiel a le ventre un peu tordu de voir ces banals témoins de vie domestique. Il est stupide, stupide.
— «Sam adore cette baignoire. Il révise parfois ses cours dedans et je l'entend réciter à voix haute depuis le salon. Il est fou…»
— «Ton frère doit avoir une mémoire orale, il retient mieux les informations quand il les entend. Mon frère Gabriel fait la même chose», sourit le brun.
— «Tu parles, il y passe surtout des heures à prendre soin de ses cheveux…»
— «Tu es content, n'est-ce pas?»
Le regard malicieux, Dean l'entraîne plus loin.
La buanderie est petite mais très bien équipée, Castiel n'avait pas de sèche-linge ni de plan de travail dans son premier appartement. Quand le châtain ouvre la porte de sa chambre, le jeune homme se demande réellement si son occupant veut qu'il y entre. Son sourire un peu timide est une invitation suffisante alors le brun passe le seuil. Il remarque le tee-shirt jeté sur le lit, c'est celui que Dean portait à son arrivée. Le châtain se jette presque dessus avant de le rouler en boule entre ses mains.
— «… J'ai oublié de le mettre au sale, il est taché…», marmotte-t-il en se précipitant dans le couloir.
Castiel triture machinalement sa bouteille de bière. Dean s'est changé pour lui. Il fait toutes ces choses mignonnes et attentionnées pour lui et ça le rend un peu léger. Le brun n'a bu que deux gorgées de sa bière, c'est peu pour cacher son trouble derrière une apparente ivresse.
Dean apparaît à nouveau dans son dos.
— «C'est ma chambre», dit-il un peu stupidement.
— «… Je reconnais le sweat accroché dans ta penderie, tu le portais le soir du réveillon chez moi.»
Dean cligne des yeux avant de passer une main nerveuse dans sa nuque mais Castiel lui sourit gentiment. Ils n'ont pas encore parlé mais il ne veut pas l'accabler, il sait que cela arrivera. Ce ne sera peut-être pas ce soir mais le brun a l'intime conviction que leurs chemins ne se sépareront plus à présent. Ils peuvent rester parallèles l'un à l'autre – ils ne sont pas obligés de se croiser –, Castiel en serait déjà heureux.
— «Sam et toi êtes vraiment très bien installés», reprend-il.
— «Bobby nous loue cet appartement à un prix d'amis, nous n'aurions pas les moyens d'occuper un bien dans un tel endroit.»
— «Mais tu as accepté son aide.»
Dean se mord les joues. Il tire machinalement sur l'extrémité enroulée de sa manche gauche.
— «… Je l'ai fait. J'ai réalisé qu'accepter un peu d'aide ne faisait pas de moi quelqu'un de moins fort ou de moins digne de confiance», souffle-t-il.
— «En effet.»
Castiel lui a dit la même chose il y a un an et il le pense toujours. Il se rapproche un peu, regrette d'avoir cette bouteille de bière à la main main qui l'empêche de faire quelque chose. Enlacer le châtain d'un bras serait un peu malaisé, effleurer sa main serait sans doute déplacé. Cela le frustre.
Dean lui sourit doucement.
— «Est-ce que tu veux voir quelque chose de cool?»
Castiel hausse un sourcil intrigué. Le châtain traverse la pièce, ouvre avec emphase le lourd rideau occultant la fenêtre. Le brun cligne des yeux de surprise.
— «Ta chambre a une terrasse privée? Je ne l'ai pas remarqué quand je suis arrivé.»
— «Elle donne sur l'arrière du bâtiment. Quand le ciel est clair, on voit aussi très loin vers Hyde Park. Sam et moi nous aimons bien y prendre un café le matin. Qu'est-ce que tu en penses?», demande le châtain d'un air suffisant.
— «… C'est vraiment cool.»
Castiel éclate de rire. Il se demande si son rire résonne chez Dean de la même manière que le sien le faisait dans son appartement. Aussi chaud, aussi familier, aussi vital.
Il est d'accord pour que leurs chemins aillent parallèlement l'un à l'autre mais il ne serait vraiment pas opposé à une ou deux sorties de route, juste pour se rapprocher un petit peu plus. Le brun est tellement foutu.
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Sam lève légèrement le plat de dinde farcie en direction de Castiel. L'animal étai trop gros pour trois personnes – même trois hommes avec un solide appétit – et le brun n'aime pas gâcher mais il refuse d'un léger signe de tête. Il a trop mangé.
— «Est-ce que tu préférerais de la purée de patate douce?»
— «Je te remercie Sam mais je vais m'arrêter là», répond poliment le brun.
Il a vraiment trop mangé.
À côté de lui, Dean termine de saucer avec appétit le bord de son assiette à l'aide d'un bout de pain au maïs. Castiel a l'impression d'être plus affalé dans sa chaise qu'assis, que son ventre déborde assez peu esthétiquement par-dessus la ceinture de son pantalon. Il se demande comment Dean peut avoir l'air toujours aussi séduisant en ayant mangé plus que lui.
— « J'ai envie de reprendre des haricots Sammy, passe-moi le plat.»
— «… Tu es un monstre. «
Castiel rit avec amusement. Il refuse aussi un autre verre de vin, préférant rester à l'eau plate. Il est censé rentrer en voiture à LoDo après la soirée mais il ne veut pas penser à ça maintenant.
Quand Dean rend à son tour les armes, étouffant un rot discret dans sa serviette, Sam semble particulièrement exaspéré. Il jette un regard défait à la table à manger.
— «Tu as préparé beaucoup trop de nourriture. Je t'avais dit que le jambon à l'os n'était pas nécessaire», grommelle-t-il.
— «Peut-être mais il était délicieux.»
— «C'était un des meilleurs que j'ai jamais mangé», acquiesce Castiel.
Le châtain adresse un sourire triomphant à son cadet qui roule des yeux.
— «Nous allons quand même remplir le congélateur de restes. Castiel? Est-ce que quelque chose te ferait plaisir? Dean adore sa propre cuisine mais je suis persuadé qu'il sera flatté de savoir que tu veux repartir avec.»
— «On se moque de ça Sammy. Il n'est que vingt-et-une heures, ne parle pas déjà de la fin de la soirée», grommelle Dean avant de sourire au brun. «Va t'installer dans le salon Cas, je reviens avec le dessert.»
— «Tu es capable de le manger maintenant? J'ai l'impression d'avoir pris trois kilos… «
— «… Tu es très bien, ça ne se voit pas», répond doucement le châtain.
Castiel le remercie d'un sourire mais il est presque certain de tanguer un peu sur ses pieds quand il se lève.
Les deux frères refusent gentiment son aide alors le brun se laisse presque tomber dans le canapé en soupirant de contentement. Il est bien là, avachi sur les coussins et les reins calés contre le dossier. Il ferme les yeux, se laisse bercer par les petits bruits provenant de la cuisine, l'eau qui coule, le cliquetis des couverts, les voix de Dean et Sam. Castiel sourit. Il se sent tellement bien. Après deux bières et trois verres de vin, il est biologiquement raisonnable de penser que c'est la faute de l'alcool mais le brun sait qu'il est heureux parce qu'il est là, avec eux. Avec Dean.
Castiel croise les mains sur son ventre. Il a envie de poser ses pieds sur la table basse mais il ne le fait pas. Le brun sent le canapé s'enfoncer légèrement à côté de lui. Il rouvre les yeux, tourne paresseusement la tête. Dean vient de s'asseoir, sa cuisse frôlant presque la sienne. Ça doit être parce que l'assise est un peu creusée et qu'elle les rapproche. Oui, juste ça.
— «Est-ce que tu vas bien?»
— «J'ai très bien et trop mangé. Tu as un remarquable cuisinier», souffle le brun en se pinçant l'arête du nez.
— «… Je n'ai pas tout préparé. Je suis incapable de faire un jambon à l'os tu sais.»
— «Mais tu as ouvert des huîtres.»
— «Avec un succès mitigé.»
Le châtain lui montre sa main bandée. Castiel la prend dans la sienne et caresse distraitement sa paume de son pouce.
— «Comment est ta sensibilité?»
—«Parfaite, elle est entièrement revenue. Tu as bien travaillé», croasse un peu Dean.
Le brun renifle d'un air un peu dédaigneux. Bien sûr qu'il l'a fait. Il étouffe un bâillement dans sa paume, sent l'épaule du jeune homme appuyer très doucement contre la sienne.
— «Tu es sûr que tout va –»
— «Je suis juste un peu fatigué. Les gardes sont toujours très exigeantes pendant les fêtes de fin d'année, nous recevons plus de gens alcoolisés et les personnes fragiles sont prompt à passer à l'acte. Les urgences ne désemplissent pas depuis Thanksgiving.»
— «Et tu reçois en plus des patients peu coopératifs qui crient à tort et à travers qu'on va les amputer pour une simple coupure…», se moque Sam en les rejoignant.
— «Je n'ai jamais dit ça!», siffle Dean.
Castiel rit doucement. Le châtain se penche vers la table basse pour prendre la télécommande et la pose sur sa cuisse.
— «À toi l'honneur Cas mais ne choisis pas un ennuyeux film de fin d'année s'il te plaît.»
— «Il y a une émission spéciale de Who Want to Be A Millionaire?…», ajoute le blond l'air de rien.
— «Les jeux télé sont interdits!»
— «Trop tard Dean. Ce n'était bien entendu qu'une suggestion, Castiel.»
— «Nous pouvons peut-être mettre le jeu un petit moment puis trouver un bêtisier ou un autre programme du même genre», propose le brun.
— «Tu es trop gentil avec Dean mais tu as la télécommande alors fais ce que tu veux.»
Castiel rit joyeusement. Il allume la télé et met immédiatement le jeu télévisé. Le châtain râle quand le présentateur de l'émission spécial, un bel homme noir en costume bleu, commence par une question sur l'histoire des États-Unis. Il se montre bien plus enthousiaste quand il est question de rock américain quinze minutes, il est même ravi de vaincre Sam et Castiel. Le cadet apporte le dessert avec les assiettes et les cuillères tandis que le brun et l'aîné se défient sur plusieurs questions de suite. Dean glisse familièrement du canapé vers le sol pour s'installer à la table basse. Castiel louche discrètement sur ses cheveux châtains, joliment dorés par la lumière clignotante du sapin. Il a envie de passer les doigts dedans puis de les faire glisser jusqu'à sa nuque, visible dans le col de sa chemise. Le tissu souligne la forme de ses épaules musclées et sous le coton fin, le brun devine le mouvement des muscles au moindre mouvement de Dean. Il a envie de l'enlacer de ses deux bras et d'enfoncer son visage dans son dos, frottant sa joue ou son front contre le tissu.
— «Cas?»
Le brun cligne des yeux. Dean lui tend une assiette à dessert en souriant. Castiel la prend avant de la poser sur sa cuisse. Plus tard, il ne peut vraiment plus rien avaler.
Quand le séduisant présentateur annonce la prochaine question, il se redresse un peu dans le canapé. Il ne devrait pas être trop mauvais.
— «Forbes a réalisé un classement des héros de fiction les plus fortunés. Qui est le numéro 1? »
— «L'oncle Picsou», répond-il mollement.
Dean se tourne vers lui, sa cuillère dans la bouche. Castiel remarque une très discrète trace de sucre à la commissure de ses lèvres. Comme passer une main dans ses cheveux, ce serait déplacé.
— «Je croyais que tu dormais à moitié…», marmotte-t-il.
— «Tu espérais que je dormais pour gagner à ce jeu dont tu ne voulais pas entendre parler», lui répond le brun du tac-au-tac.
— «J'ai été bien meilleur que toi les dernières questions. Tu es mauvais en pop culture…»
— «Nous ne comptons pas les points mais si tu veux le faire, je pense que je vais quand même gagner…»
— «Sam?», demande vigoureusement Dean en se tournant vers son cadet.
— «Ne me mêle pas à ça, je me contente de répondre à des questions sans enjeu dramatique ni pari», répond le blond en haussant les épaules.
Son aîné hausse un sourcil.
— «… Nous pourrions parier, nous avons des chocolats emballé ?»
— «Si tu veux mais je t'assure que ce ne sera pas comme nos parties de poker il y a un an. Je suis vraiment bon en culture générale.»
Dean éclate de rire. Il se lève souplement, va dans la cuisine avant de revenir avec les confiseries au chocolat. Castiel sourit. C'est vraiment stupide – s'il gagne il ne sera même pas capable de les manger parce qu'il ne pourra plus rien avaler avant plusieurs heures –, mais il a définitivement le sens de la compétition.
Le châtain remonte sur le canapé à côté de lui et pose le paquet sur la table basse. Il est plus près mais Castiel regrette de ne plus pouvoir fantasmer sur la douceur de ses cheveux et la chaleur de sa nuque
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À un moment que Castiel n'est pas en mesure de préciser, Sam a changé de chaîne pour mettre la retransmission en direct du réveillon de Times Square à New York. Il somnole un peu et à un autre moment qu'il n'est pas non plus en mesure de préciser, sa tête s'est posée contre l'épaule de Dean. Il est vraiment fatigué mais il a un peu honte, il n'est pas encore minuit. Le châtain est étrangement sage contre lui, discutant à voix basse avec son frère. Castiel inspire doucement. Dean sent très bon.
— «Cas? Il va bientôt être minuit…»
La voix du châtain est un murmure à son oreille, son souffle caresse délicatement sa peau. Castiel frotte distraitement sa joue contre son épaule, savourant secrètement la rondeur parfaite et musclée.
Il papillonne des yeux, étouffe un bâillement.
— «Le jeu est fini?», demande-t-il mollement et le châtain acquiesce. «Est-ce que j'ai gagné?»
— «Tu t'es endormi avant la fin…»
— «Peut-être mais dans l'ensemble, j'ai répondu à plus de questions que toi.»
Dean lui pince les côtes et Castiel gigote un peu en gloussant. Il se frotte les yeux. Sur la table basse, la tarte aux noix de pécan et leurs assiettes sont en débandade. Sam est assis à ses pieds, le dos appuyé contre le sofa. Le jeune homme se tourne vers lui, un sourire aux lèvres.
— «La présentatrice vient d'annoncer que la sphère du décompte allait bientôt descendre. Et qu'il y a environ un million de personne dans les rues de Times Square.»
— «Ça ressemble à l'enfer», marmonne Dean.
— «L'ambiance est très agréable pourtant. Et le feu d'artifice est spectaculaire», sourit le brun.
— «Tu y es déjà aller?», demande le châtain avec intérêt.
— «Il y a quatre ans, avec Sean. Il est né à New York et il allait à Times Square chaque année avec ses parents. Il a voulu partager ça avec moi.»
— «… Est-ce que ça t'a plu?»
— «Oui, pendant les premières minutes. Après, nous avons été un million sur Times Square et c'était insupportable…»
Dean s'esclaffe et se penche vers lui. Castiel pense que le jeune homme va l'embrasser sur la tempe ou un autre truc tendre – c'est ridicule, c'est juste ce qu'il désire – mais il ne le fait pas. À la place, le châtain tire malicieusement sur une mèche de Sam avant de commencer à faire le décompte avec lui d'une manière exagérément enjoué. Puis la boule en cristal descend enfin tout en bas du mat du One Times Square. La foule hurle en même temps que le feu d'artifice explose. Castiel est encore en train de se réveiller quand Dean le hisse sur ses pieds avant de le serrer très fort contre lui. Le brun cligne des yeux puis lui rend timidement son étreinte, plongeant son nez dans le cou du jeune homme.
— «Bonne année Cas…», souffle Dean à son oreille.
— «Bonne année Dean. Je te souhaite qu'elle sera encore emplie de bons changements.»
— «J'espère aussi…»
Les deux hommes s'éloignent, un sourire aux lèvres, avant d'enlacer Sam à tour de rôle. Les deux frères chahutent aussi et Castiel les observe distraitement en souriant. Il n'est pas chez lui pourtant il a comme douloureusement conscience d'être à sa place. Et la chambre de Dean a un balcon.
La chaîne d'infos diffuse pendant une quinzaine de minutes le passage à la nouvelle année sur Times Square avant de passer une rétrospective des meilleurs moments de ses programmes pendant l'année passée. Il y a beaucoup de gamelles, de fous rires incontrôlés de présentateurs en plateaux et de moments gênants. Dean est hilare, Castiel ne fait rien pour empêcher le sommeil de le gagner à nouveau. Le châtain est toujours à ses côtés, il ne veut plus jamais bouger du reste de sa vie.
Il semble que le ciel soit de son côté car quand Sam commence à ranger le salon en disant qu'il doit aller se coucher – il rejoint Jessica dans quelques heures – une neige très dense et compacte tombe sur Denver. Derrière les fenêtres du salon, Castiel plisse les yeux pour apercevoir sa voiture dans la rue. Il ne distingue qu'une masse un peu vague, noyée dans un épais manteau poudreux.
— «… Ton retour s'annonce compliqué…»
Dean vient de se glisser à ses côtés, son torse frôlant presque son dos. Le brun se mord les joues avant de hocher la tête.
— «Est-ce que tu travailles aujourd'hui?»
— «Non. Mon supérieur est au courant pour votre invitation au réveillon, j'ai pu prendre un jour de congé supplémentaire.»
— «Donc tu peux rester dormir ici. Ce serait plus prudent…»
— «Je pense que ça le serait. J'ai bu aussi.»
— «Exactement», opine le châtain.
Les deux hommes échangent un sourire. Sam les rejoint, passe une main fatiguée dans ses cheveux mi-longs.
— «Il neige, c'est ça? Je suppose que tu dors ici.»
— «Si tu es d'accord bien entendu. Tu loues aussi cet appartement avec ton frère.»
— «Je doute que Dean me demande mon avis sur un sujet pareil. Notre canapé ne peut pas se déplier en lit et il n'est pas très confortable pour dormir. Je crains que tu ne doives partager sa chambre»», ricane-t-il.
— «Je suis persuadé que le canapé sera très bien», proteste doucement le brun.
— «… Sam a raison, il est vraiment inconfortable.»
— «Exactement. Bonne nuit et à demain», les salue Sam en s'éclipsant rapidement dans la salle d'eau.
Castiel déglutit. Il reste dans la cuisine avec Dean à rincer la vaisselle, à ranger le salon jusqu'à ce que Sam ne se hisse souplement sur la mezzanine. Le brun songe qu'il aurait pu s'y installer aussi et laisser les deux frères prendre la chambre ou l'inverse. Personne ne l'a suggéré alors il se tait. À côté de lui, Dean est silencieux, presque réservé. Castiel essuie soigneusement ses doigts sur un torchon.
— «Je peux dormir sur le canapé si cela t'arrange.»
— «Non, ce n'est pas – Non. »
Le châtain pince les lèvres. Il éteint le sapin, les lumières du salon. Seul l'éclairage du couloir illumine encore l'appartement ainsi que la lueur tamisée de la lampe de chevet de Sam. Dean jette un regard en coin vers la mezzanine. Il soupire doucement, baisse lentement les manches de sa chemise sur ses avant-bras avant de défaire un bouton du col.
— «… Allons nous coucher…», chuchote-t-il.
— «Je t'assure que je peux rester dans le salon, Dean…»
— «Je ne veux pas que tu restes dans le salon. Allons nous coucher, s'il te plaît.»
Le châtain effleure timidement le dos de sa main. Castiel lui emboîte le pas, songeant à peine au fait qu'il n'a ni brosse à dent ni pyjama.
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— «… Je suis venu à ton appartement une fois.»
Le brun roule lentement sur le matelas pour se retrouver face à Dean. Le jeune homme est allongé sur le dos, le visage tourné vers le plafond. Sa lampe de chevet est éteinte mais le témoin lumineux de son portable en train de charger éclaire faiblement la chambre plongée dans l'obscurité. Castiel n'y a pas vraiment fait attention quand il s'est couché. Habillé d'un pantalon et d'un tee-shirt appartenant au châtain, il s'est glissé dans les draps pour ne pas trop regarder autour de lui. Pour ne pas voir le moment où le jeune homme l'a rejoint. Il a seulement senti mais alors que le sommeil le guette, c'est suffisant pour l'empêche de fermer les yeux. Dean est partout autour de lui, dans la chaleur de son corps, dans son odeur. Le brun a douloureusement envie de se rapprocher de lui et de tendre une main pour le toucher. Ils ont fait bien autre chose il y a un an, dans la chambre du brun. Ce sont leurs torses, leurs cuisses, leurs bouches, leurs sexes qui se sont pressés l'un contre l'autre.
Il cligne des yeux.
— «… Tu l'as fait…?»
— «… Oui. Je voulais te revoir et te dire tout ce qui nous était arrivé de bien grâce à toi.» Il rit avec gêne. «Je ne savais pas comment me présenter correctement après un an alors j'ai attendu devant ton immeuble dans l'Impala. J'ai vu un homme entrer avant de l'apercevoir à ta fenêtre. Je suis resté longtemps mais je ne t'ai jamais vu alors je suis parti.»
— «Et tu en as conclu que j'avais déménagé.»
— «C'était sept mois après notre rencontre, il peut se passer des choses dingue en sept mois... Et je ne voulais pas penser à l'autre possibilité…», marmotte le châtain.
— «À quoi aurais-tu pu penser?»
— «Tu vas vraiment m'obliger à le dire, pas vrai?», ricane Dean. «C'était d'envisager qu'il était venu pour toi. Ou qu'il habitait peut-être avec toi parce que vous étiez… ensemble.»
Castiel cligne des yeux et se redresse d'un coude sur le matelas. Le châtain enfonce légèrement sa tête entre ses épaules, donnant l'impression de vouloir fusionner avec son lit.
— «… Une autre possibilité aurait été qu'il était mon frère. Tu le saurais si tu étais venu sonner», répond-il doucement.
— «… C'était le cas?»
— «Gabriel est mon frère aîné. Il était venu me rendre visite pendant quelques jours, je l'ai accueilli chez moi comme tu l'aurais fait pour Sam. «
Dean déglutit.
— «J'ai sauté aux conclusions, pas vrai?»
— «Sans le moindre doute.»
Le châtain soupire. Il roule à son tour sur le flanc pour lui faire face. Le matelas bouge imperceptiblement, déséquilibrant Castiel. Il bande ses muscles pour ne pas s'écrouler sur Dean. Ce n'est pas le moment.
— «… Tu n'as pas quitté mon appartement il y a un an, tu t'es enfui», reprend-il lentement.
— « Sam et moi t'avons laissé des cadeaux…»
— «J'aurai préféré que vous gardiez vos 40 $ plutôt que de m'acheter ce pandoro chez Fratelli Trattoria. Ou que nous le mangions tous ensemble le matin. Si j'avais compris dans ton attitude ou ton regard que tu ne voulais pas parler de ce qu'il s'était passé pendant la nuit, j'aurais respecté ton choix.»
— «… Parce que je suis important?»
— «Bien sûr que tu l'es, tu l'es toujours Dean. J'ai beaucoup pensé à vous pendant l'année, c'est la raison pour laquelle j'ai été si soulagé de croiser Sam à Sunken Gardens Park. Je me suis vraiment inquiété…»
— «… Je suis désolé», souffle le châtain. «Tu te souviens quand je t'ai dit que je me sentais bien dans ton appartement? Je n'ai pas menti, je m'y sentais tellement bien que l'idée de devoir le quitter me rendait malade. Et puis tu – on s'est embrassé et je ne voulais plus partir du tout.»
— «C'était… inattendu mais je ne t'aurai jamais rien imposé Dean.»
— «Je sais mais j'en avais envie et j'ai… paniqué? Nous ne sommes pas dans Pretty Woman, Cas. Sam et moi étions presque à la rue, ton appartement est superbe et tu as une très belle situation. J'ai eu honte de ce que j'étais.»
— «Cela n'a pas d'importance pour moi.»
Dean pince les lèvres. Le brun le voit hésiter une seconde avant de ramper imperceptiblement sur le matelas dans sa direction. Castiel ne s'éloigne pas, Seigneur non. À la place, il se rallonge lentement et rapproche son oreiller de celui du châtain.
— «… Grâce à toi, j'ai complètement changé ma manière de gérer la situation. Nous sommes allés voir Bobby et c'est la meilleure décision que j'ai prise depuis longtemps, en dehors du fait d'accepter ton invitation à rester le soir de Noël… Je voulais te revoir et te montrer que j'avais changé en bien, que j'étais mieux…»
— «Tu étais déjà une très bonne personne il y a un an.»
Dean le remercie d'un sourire un peu timide. Il se rapproche encore et Castiel glisse une main sous son oreiller, les jambes légèrement remontées. Son corps forme une ligne de pleins et de creux qui n'attendent que d'être assemblé à une autre.
— «… Est-ce que je t'ai bien reçu ce soir?», chuchote-t-il.
— «Tout était parfait mais maintenant que nous sommes couchés, je peux peut-être t'avouer que je ne suis pas un grand amateur de fruits de mer», dit le brun d'un ton chagrin.
— «Je déteste ça mais Sam m'a assuré avoir lu dans un magasine que c'était un plat de fêtes raffiné aux États-Unis. Au moins une personne à table a apprécié les huîtres Rockefeller… »
Les deux hommes rient doucement.
— «Qu'en est-il de la dinde?»
— «C'est une recette de ma mère, elle la préparait chaque année à Noël.»
— «Je suis honoré d'y avoir goûter...», répond doucement le brun.
— «… Tu m'as vraiment manqué, Cas.»
— «Toi aussi.»
Dean lui demande silencieusement l'autorisation et Castiel accepte en fermant les yeux. Comme la première fois, il le fait parce qu'il sait que le châtain va l'embrasser. Celui-ci rampe encore sur le matelas, Castiel sent sa respiration chaude sur ses lèvres avant qu'elles ne se posent délicatement sur les siennes.
C'est différent de la première fois, c'est plus doux et moins empressé. Juste quelque chose de tendre mais d'incroyablement vrai. Le brun soupire doucement de plaisir.
— «… Ça m'a manqué aussi», avoue-t-il.
— «Pas autant qu'à moi… Nous avons bu cette nuit», souffle le châtain contre sa bouche.
— «C'est vrai mais je serai encore là à ton réveil et pas uniquement parce que la neige me retient chez toi…»
Dean glousse. Il tend à nouveau le cou, l'embrasse encore. Son corps s'emboîte enfin au sien, ses pleins dans ses creux et ses creux dans ses pleins. Il pose une main sur sa hanche et Castiel serre ses doigt sur son tee-shirt. Son pouce effleure la peau nue juste en dessous et le châtain frissonne imperceptiblement.
— «… Est-ce que tu as vu un autre homme nu cette année?»
— «Non, j'ai été très occupé au fait de remettre de l'ordre dans ma vie et dans celle de Sam…», rit Dean. «… Notre père nous a rejoint…»
— «Ton frère me l'a appris. Est-ce que tout va bien?»
— «Je ne sais pas encore. Je suis… satisfait de savoir qu'il ne nous abandonnera plus comme il l'a fait mais je ne peux pas faire comme si rien n'était arrivé. Il est allé faire un tour à Lawrence, notre maison a été vendue.»
— «Je suis désolé Dean.»
— «Il s'est senti coupable. Sam l'a accepté mais j'ai besoin d'encore un peu de temps.» Le châtain pince les lèvres. «Pouvons-nous ne pas parler de lui pour le moment? Je n'en ai pas très envie.»
Castiel acquiesce en souriant. Il esquisse un geste pour reculer et leur laisser de l'espace pour dormir mais Dean l'attire plus près de lui. Il enroule un bras autour de sa taille, le serre plus fort. Le brun cligne des yeux en comprenant que le jeune homme veut le tenir dans ses bras pour la nuit. Oh. Il effleure son avant-bras du bout des doigts.
— «Dean?»
— «Tu m'as manqué et j'ai beaucoup pensé à toi… avec moi comme cette nuit-là. J'en avais envie il y avait un an et j'ai ressenti la même chose dès que tu es entré dans l'appartement. … Est-ce qu'on pourra aussi en parler demain?», chuchote-t-il.
Castiel sent son cœur se gonfler de tendresse. Il gigote un peu pour s'installer le plus confortablement possible dans l'étreinte du châtain, cherche sa bouche et l'embrasse chaudement en guise de bonne nuit. Dean lui répond d'une manière délicieusement langoureuse, ses doigts appuyant délicatement sur ses reins, à la lisière de son tee-shirt et de sa peau nue.
Castiel sent le châtain se pelotonner contre lui – il ne trouve pas de mot plus adéquat et cela lui convient parce que c'est toujours aussi mignon – alors il se love à son tour dans sa chaleur délicieuse. Le jeune homme sait qu'il se réveillera probablement pendant la nuit parce qu'il a trop chaud mais tant pis, il prend le risque, sentir à nouveau Dean contre lui est trop bon. Plus encore, il sait qu'il sera toujours là dans quelques heures quand il se réveillera et qu'ils s'embrasseront encore.
Il sourit de plaisir et ferme les yeux.
Alors que le sommeil l'emporte, Castiel sent la bouche de Dean se poser paresseusement sur sa tempe, sa main caresser ses reins. Le brun enfonce son nez dans son cou en guise de réponse. Leurs jambes s'emmêlent un peu timidement.
Castiel prend rarement de bonnes résolutions en début d'année mais cette fois, il pourrait bien se laisser tenter. Il ne sera sans doute pas le seul à se projeter sur des trucs un peu bêtes d'amour et de vie à deux. … Il aimerait bien que Dean fasse la même chose.
