Dans une très petite ville qui était à peine visible sur une carte, se nommant Forks, vivait une jeune fille d'à peine 18 ans. Cette jeune fille était pâle et squelettique, cernée avec les yeux très rouges et gonflés. Lorsqu'elle se déplaçait, on pouvait aisément la penser être une automate avec le mode automatique activé.
Cette jeune fille aussi mal en point s'appelait Isabella Swan, même si elle préférait habituellement qu'on l'appelle Bella. Et cette jeune fille se reprenait à peine. En vérité, elle venait tout simplement de reprendre conscience de son corps et de son environnement mais n'allait fondamentalement pas mieux.
Car Bella se sentait morte, vide de l'intérieur. Elle se sentait comme un cadavre ambulant.
– Mais après tout, n'est-ce pas ce qu'elle avait toujours souhaité devenir ? pensa-t-elle avec une ironie noire.
Elle avait évidemment auparavant exprimé le désir de devenir un vampire, "un cadavre ambulant" comme s'était plu Edward de le rappeler. Elle avait voulu en être un, mais on ne lui avait jamais accordé. Et pire que cela, bien pire, il était parti. Edward était parti. Il était parti loin d'elle, l'avait quittée, et cela l'avait transformée en la jeune femme qu'elle était actuellement : apathique et totalement brisée.
Edward, celui qu'elle avait considéré comme l'amour de sa vie, le seul homme à qui elle avait accordé son entière confiance, et pour qui elle aurait pu endurer mille morts, était parti. Et il ne reviendrait pas. Il ne reviendrait jamais. Jamais plus il ne l'observerait dormir. Jamais plus il ne veillerait sur elle. Jamais plus il ne la protégerait. Non, jamais plus. Et au lieu de cela, il allait simplement se distraire.
Se distraire…
À cette pensée, Bella bondit hors du lit où elle s'était une nouvelle fois recroquevillée en position fœtale, et très nauséeuse, elle se précipita en direction de la salle de bain. Elle s'y précipita de façon maladroite, sa marche et sa façon de se tenir étant affectées par la terrible souffrance qu'elle ressentait. Elle atteignit la salle de bain, fonça vers les toilettes, ouvrit la cuvette et vomit en sanglotant.
Il allait se distraire avec d'autres femmes.
La douleur se fracassait dans son cœur par vagues puissantes, elle déferlait avec une ardeur vivace.
Il allait se distraire avec d'autres femmes.
Des femmes d'une beauté vampirique éclatante qu'elle ne pourrait jamais égaler.
Elle s'effondra en sanglots à côté de la cuvette, les larmes coulant rapidement de son visage pour s'écraser sur le sol où une flaque d'eau salée considérable se formait.
Elle l'avait toujours su. Elle savait qu'il allait finir par se lasser d'elle.
Elle n'était pas assez bien pour lui. Pourquoi avait-elle été assez bête pour penser le contraire ?
Secouée par ses sanglots, qui redoublèrent d'intensité, elle pleura pendant de longues minutes son amour perdu, l'homme qu'elle aimait plus que sa propre vie, l'homme qui lui avait sauvé la vie à de multiples reprises. Finalement épuisée par ses pleurs, elle posa sa tête à même la cuvette.
– C'est sale ! scanda une petite voix dans sa tête. Une très petite voix, qu'elle entendait à peine à travers le brouillard épais que formait sa douleur. Peut-être sa conscience qui tentait de la ramener ? Mais peut-être était-il trop tard pour elle.
– Après tout, qui voudrait encore de moi, que ce soit d'un point de vue amical ou d'un point de vue amoureux ? se demandait-elle.
Elle pensait qu'elle ne méritait plus personne, comment pourrait-elle le mériter si Edward l'avait jetée ? Elle dénigrait également son physique, qui fortement impacté par sa rupture et sa douleur épouvantable, avait changé. Ses cheveux n'étaient plus que des bâtons graisseux. Ils encadraient un visage émacié aussi blanc que les murs. Ses yeux chocolat que tout le monde avait tant admirés étaient injectés de sang et rougis à cause des larmes, à un point que c'en était devenu permanent. Elle ne se ressemblait plus du tout, et cela ne l'aidait pas à se sentir mieux. Et en même temps, si Edward l'avait jetée, c'est que ses efforts pour paraître belle ne servaient à rien n'est-ce pas ?
Mais elle vivait toujours. Malgré cette douleur insupportable, elle vivait, et elle ne comptait pas mourir. Elle vivait en mode automatique mais elle vivait. Manger, boire, travailler, cuisiner. Elle n'avait que récemment repris conscience de ce qu'elle faisait, de son corps, de sa vie il y a quelques jours seulement, lorsque Charlie l'avait menacée de la renvoyer chez sa mère.
Mais depuis cette reprise de conscience, elle ne ressentait plus que de la douleur. Une douleur infernale qui la brisait de toute part, et tous les jours.
Elle vivait également parce qu'Edward le lui avait demandé…
Pourquoi ? Edward l'avait-il vraiment aimée ou toute cette relation qu'elle avait ressentie idyllique n'était qu'un simple jeu d'acteur pour lui ? Qu'un simple test ?
Aveuglée par la souffrance que lui causait cette terrible réflexion, elle s'effondra à côté de la cuvette, basculant dans l'inconscience. Sa dernière pensée avant de perdre connaissance fut le soulagement de savoir que Charlie ne rentrerait que d'ici plusieurs heures.
