Partie III - Felix Catharsis

"Purifie ton cœur pour voir le monde sous un jour nouveau."


Plongé dans les ténèbres de son esprit, Harry fut brusquement arraché à son sommeil par son propre cri déchirant, un son si strident qu'il en résonnait encore dans ses oreilles. Il se redressa précipitamment, son cœur martelant sa poitrine avec une violence qui lui coupait le souffle. Les draps s'emmêlèrent autour de ses jambes, et il trébucha, tombant lourdement sur le sol froid de son dortoir. La chute ne fit qu'ajouter à la confusion qui l'assommait, tandis que les bougies autour de lui s'illuminaient soudainement, leurs lueurs vacillantes piquant ses yeux et exacerbant son malaise.

Chaque battement de son cœur semblait pomper l'adrénaline à travers ses veines, intensifiant l'acuité de ses sens. Les chuchotements anxieux de ses camarades bourdonnaient à ses oreilles comme des abeilles agitées, tandis que des silhouettes floues se pressaient autour de lui. Ron était là, le secouant avec insistance, criant son nom dans une tentative désespérée de le ramener à la réalité. Les paroles de Ron lui parvenaient distordues, comme à travers une eau trouble, alors que les images de Draco, inerte, le visage pâle éclairé par la lueur blafarde de la lune l'assaillait.

La voix de McGonagall trancha à travers le brouhaha, claire et impérieuse, alors qu'elle fendait la foule pour se tenir devant lui.

« Encore un cauchemar, Potter ? » Sa main se posa sur son épaule, chaude et rassurante, mais Harry ne pouvait détacher son regard du sol, fixant les motifs tissés du tapis comme s'ils pouvaient lui offrir les réponses qu'il cherchait. Il hoqueta, des larmes de frustration et de peur mêlées coulant le long de ses joues, tandis qu'il marmonnait inlassablement, « c'est ma faute. »

Hermione, les traits tirés par la peur, insistait d'une voix tremblante pour qu'on emmène Harry au bureau du directeur, tandis que Ron, son visage pâle illuminé par l'inquiétude, rappelait à tous que les visions de Harry n'étaient pas à prendre à la légère. Les autres élèves de Gryffondor, attroupés en un cercle étouffant, échangeaient des murmures fiévreux, leurs yeux grands ouverts reflétant une curiosité mêlée de terreur.

McGonagall, prenant fermement le visage de Harry entre ses mains, le força à rencontrer son regard.

« Qu'avez-vous vu, Potter ? » Sa voix, bien que douce, portait un poids d'urgence.

Harry, les yeux noyés de larmes, ne put que murmurer en réponse, « Draco... Ils ont tué Draco... »

Les murmures reprirent de plus belle, plus insistants, alors que la salle semblait tourner autour de Harry, chaque mot, chaque regard accroissant le poids sur ses épaules. McGonagall réagit immédiatement, sa voix coupant l'air comme une lame.

La voix de McGonagall retentit avec autorité dans le tumulte du dortoir, coupant court aux chuchotements : « Allez prévenir le professeur Snape d'aller vérifier la santé de Draco Malfoy. Pendant ce temps, j'accompagne Potter à l'infirmerie. » Puis, pivotant vers Hermione, elle ajouta: « Granger, prévenez également les préfets. Il est essentiel que le directeur et la professeure Trelawney soient informés que Potter a eu une autre vision. »

Aucun mot de réconfort de la part de la directrice ou de Madame Pomfresh ne parvinrent à apaiser Harry alors qu'il restait assis prostré sur un lit de l'infirmerie. Il s'agissait d'une crise de panique d'après l'infirmière de l'école, qui lui fit boire un philtre calmant. Peu à peu, Harry retrouva une respiration normale bien que les larmes continuaient à dévaler ses joues en abondance. Et pour cause, il venait d'échouer une seconde fois améliorer le monde. Sa connaissance du futur aurait dû lui permettre de sauver des vies, mais au lieu de cela, son amant était mort sous la main d'un mangemort.

Une figure familière émergea finalement de l'ombre accompagné du maître des potions. Draco était là, plus jeune que dans ses souvenirs. Poussé par un instinct irrépressible, Harry se précipita vers lui et l'enlaça désespérément comme un naufragé s'agrippant à une bouée de sauvetage.

« Qu'est-ce qui te prend, Potter ? Tu es devenu fou ? » s'exclama Draco, tentant de se défaire de son étreinte.

« Tu étais mort... Tu étais mort... » répétait Harry, qui sentait sa tête devenir lourde sous l'effet de la potion calmante.

Il pressa tout de même son visage contre le torse de Draco, ses mains cramponnées fermement aux vêtements du jeune homme, ses larmes mouillant le tissu.

Draco, cependant, se débattait, clairement mal à l'aise sous l'emprise du Gryffondor. Snape intervint rapidement, son ton acerbe tranchant l'air alors qu'il séparait les deux jeunes hommes.

« À quoi rime toute cette comédie, Potter ? » gronda Snape en secouant Harry par les épaules, sa voix acérée, tranchant le silence comme une lame. « Êtes-vous vraiment incapable de mettre en pratique ce que je vous ai enseigné ? »

Harry sentit ses mains trembler sous la poigne du maître des potions. L'allusion était claire : l'Occlumancie. Le souvenir amer de leurs séances passées, d'échecs répétés et de regards pleins de reproches, refit surface. En se réveillant, il avait su. 1995. Sa cinquième année à Poudlard. L'obscurité de la salle commune de Gryffondor et la fatigue incrustée dans chaque fibre de son corps confirmaient ce qu'il redoutait. Noël était passé de peu. Bientôt, si Harry ne faisait rien pour l'empêcher, se serait au tour de Sirius de mourir à cause de ses choix stupides et irréfléchis.

Mais ici, dans le silence tendu de l'instant, il n'y avait que Snape. Et son regard.

Les yeux noirs et impénétrables du professeur s'enfonçaient dans les siens comme des lames, cherchant à percer quelque vérité. Harry réalisa soudain qu'il ne portait pas ses lunettes. Rien ne le séparait du visage du maître des potions, de cet abîme insondable où se mêlaient rancune et tourments. Pas de barrière entre eux, pas de voile pour adoucir l'intensité de ce contact. Son regard vert, miroir des yeux de Lily, semblait, pour une fois, échapper à l'ombre écrasante du souvenir de James. Il sentit Snape vaciller , juste un instant, imperceptible. Était-ce le même trouble qu'il avait entrevu la dernière fois qu'ils s'étaient confrontés ainsi, lorsque, dans un moment de lucidité et de désespoir, il avait forcé Snape à voir au-delà de l'enfant Potter, au-delà de l'écho de ses parents, pour apercevoir l'individu qu'il était vraiment ?

Mais cette fois, Harry ne lutta pas. Il sentit l'esprit de Snape s'immiscer dans le sien, cette intrusion froide et invasive. C'était inutile de résister. Quelque chose en lui était brisé, irréparable. Alors, il laissa ses pensées dériver, comme des feuilles portées par le vent, s'abandonnant à cette étrange intimité. D'abord, la guerre. Puis, Teddy, son visage rond et rieur qui lui manquait plus que tout. Ensuite, la potion, celle qui l'avait arraché à son temps pour sauver Draco d'un destin cruel. Et enfin, l'autre voyage, plus lointain encore, plus déchirant, qui s'était terminé par la mort tragique de l'homme qu'il avait aimé. Des images, des émotions, une tempête.

Snape recula brusquement. Le flot d'informations qui s'était abattu sur lui semblait l'avoir ébranlé. Il resta figé, ses traits pâles et tirés, comme si l'univers tout entier venait de basculer autour de lui. Ses yeux revinrent à Harry, mais ils n'étaient plus les mêmes. La froideur s'était fissurée. Une étincelle inattendue , fragile, incertaine , brillait dans le regard de son ancien protecteur. Était-ce de la compréhension ? De la pitié ? Ou peut-être… une once d'espoir ?

L'atmosphère chargée fut soudainement dissipée par l'apparition spectaculaire de la professeure Trelawney. Elle franchit le seuil de l'infirmerie avec une grâce théâtrale, enveloppée dans un grand peignoir multicolore qui semblait danser autour d'elle à chaque pas. Ses pantoufles à froufrous bruissaient sur le carrelage, attirant les regards à la fois curieux et perplexes.

« Ne touchez pas ce garçon ! » s'écria-t-elle, sa voix portant une gravité comique tandis qu'elle avançait vers eux, les bras levés comme pour conjurer un sort. « Saturne est entré en contact avec Jupiter pour lui délivrer une vision de l'avenir ! À présent, il doit prendre un bain de sauge et de sel pour se purifier ! »

McGonagall, les sourcils froncés par l'impatience et l'irritation face à cette interruption, répliqua d'un ton sec : « Nous vous avons fait venir pour que vous aidiez Potter à retrouver ses esprits, Sybill, pas pour lui faire prendre un bain. »

Dumbledore apparut à son tour à la porte de l'infirmerie, son visage marqué par l'inquiétude.

« Quel est le problème, Minerva ? »

« Harry a eu un autre cauchemar, » dit-elle simplement, sa fatigue évidente

« Attendez ! » interrompit brusquement Draco, son indignation palpable. « Vous me dites que tout ce remue-ménage est dû au fait que votre cher Potter a fait un mauvais rêve ? Vous plaisantez, j'espère ? »

Un regard de Dumbledore à Snape suffit pour que l'urgence de la situation soit comprise. La famille de Draco, profondément enchevêtrée dans les plans du Seigneur des Ténèbres, ne devait en aucun cas apprendre que Harry pouvait accéder aux pensées de Voldemort.

« En effet, Draco, cela me paraît quelque peu exagéré, déclara Snape d'un ton glacial. Permettez-moi de vous raccompagner jusqu'à vos appartements. »

Il posa une main ferme sur l'épaule de Draco, l'incitant à se diriger vers la sortie de l'infirmerie. Mais Harry ne pouvait se résoudre à le laisser partir ainsi. Une angoisse profonde lui nouait l'estomac, chaque fibre de son être lui hurlant d'agir avant qu'il ne soit trop tard.

« Ne me quitte pas, je t'en supplie, murmura-t-il d'une voix brisée, ses doigts se refermant désespérément sur la main froide de Draco. »

Son regard émeraude cherchait désespérément une lueur de compréhension dans les yeux acier du jeune Malfoy. Draco le dévisagea, l'incompréhension et le dégoût se mêlant sur ses traits délicats. Il retira vivement sa main, comme brûlé par ce contact inattendu.

« Tu es complètement fou, Potter..., souffla-t-il avec mépris.

« Ne sous-estimez pas les pouvoirs d'un véritable prophète, monsieur Malfoy ! s'exclama soudain Trelawnay, ses yeux agrandis derrière ses lunettes démesurées. Harry a eu une vision de votre fin imminente, et il tente désespérément de vous avertir ! »

Le professeur Dumbledore profita de l'intervention de Trelawney pour prendre la parole.

« Le professeur Trelawney a raison, dit-il doucement. Harry a récemment manifesté des talents prophétiques indéniables. Si sa vision concerne votre mort, il serait sage de l'écouter avec attention, ne pensez-vous pas, Draco ? »

Draco lança un regard méfiant vers son directeur de maison, cherchant en vain un signe de soutien. Snape, avec une réticence palpable, concéda : « Le directeur a raison… Laissons Potter nous dire comment éviter cette odieuse tragédie. »

Tous les regards convergèrent alors vers Harry. Le jeune Gryffondor, peu soucieux des manœuvres du directeur pour cacher leur secret, ne désirait que retrouver la chaleur des bras de son Draco... Mais celui qu'il avait face à lui le détestait cordialement. Avec une tristesse lourde dans la voix, il répondit :

« Dans ma vision, toi et ta mère êtes tués par un Mangemort. »

Le silence se brisa sous le choc de ces mots.

« Ma mère ? » La voix de Draco, d'ordinaire posée et calculée, vibrait maintenant d'une panique à peine contenue. Ses yeux s'élargirent, la stupeur et l'urgence y dansant comme des flammes.

« Racontez-nous exactement ce que vous avez vu, Potter, » ordonna Dumbledore, son ton à mi-chemin entre la curiosité et la gravité. Son regard perçant délaissait la façade protectrice qu'il maintenait face à Draco. L'heure n'était plus au secret.

Harry hésita, sa gorge nouée par le poids de ce qu'il devait dire. Comment expliquer un futur qu'il avait effacé en remontant plus loin encore dans le temps ? Chaque mot qu'il prononcerait serait un mensonge, une relique d'un avenir qui n'existait déjà plus. Pourtant, il parla.

« Il y a eu un combat au manoir des Malfoy… » murmura-t-il, sa voix tremblante sous le poids des souvenirs. « Draco s'est opposé à Voldemort. Un Mangemort lui a jeté un sort. Narcissa… elle est morte en essayant de le protéger, mais elle n'a pas réussi. Draco a succombé à ses blessures peu après. »

Un silence pesant accueillit ces paroles, si dense qu'il semblait absorber l'air même de la pièce. Enfin, ce fut Draco qui rompit l'étreinte glaciale de l'instant.

« Cela n'a aucun sens ! » s'exclama-t-il, un sourire hautain se formant sur ses lèvres pâles, son masque d'arrogance de retour. « Pourquoi un combat contre le Seigneur des Ténèbres aurait-il lieu dans ma propre maison ? »

Harry ne répondit pas immédiatement, ses pensées embrouillées par la fatigue et la potion de Pomfresh. « Tu combattais à mes côtés, » finit-il par murmurer, sa tête tournant légèrement sous l'effet de l'épuisement.

Draco éclata d'un rire sec et moqueur. « À tes côtés ? Vraiment, Potter ? Comme si je pouvais m'abaisser à rejoindre ta petite bande de traîtres à leur sang et de nés-Moldus. »

Un "aïe !" bref interrompit son rire. McGonagall, son regard plus perçant que jamais, venait de lui administrer une tape sonore derrière la tête.

« Surveillez votre langage, Malfoy, » gronda-t-elle, le ton chargé de reproche.

Harry leva des yeux ternis par la lassitude vers Draco. Il n'avait pas l'énergie pour un combat verbal, ni même pour convaincre. Il laissa les mots couler, simples et lourds :

« Tu étais mon compagnon. »

La phrase, tombée comme une pierre dans un lac calme, provoqua une onde de choc. Tous les regards convergèrent vers lui, incrédules. Draco, figé, oscillait entre l'horreur et une vulnérabilité mal dissimulée. Harry n'avait pas choisi ces mots au hasard.

Dans le monde des sorciers, les compagnons n'étaient pas de simples partenaires. Ils formaient un lien profond, presque sacré, qu'aucun mal volontaire ne pouvait briser. La magie elle-même semblait unir ces âmes, les rendant plus fortes ensemble que séparées. Il avait vu cela dans ses parents, Molly et Arthur, Narcissa et Lucius, Remus et Tonks. Il avait également vu l'ombre de ces liens dans ceux qui les avaient perdus : Andromeda, qui ne s'était jamais remise de la mort de Ted ; Dumbledore, hanté par Grindelwald ; Snape, qui n'avait jamais cherché à remplacer Lily.

Un jour, alors qu'ils se promenaient avec Teddy, Andromeda avait parlé de cette vérité avec une simplicité désarmante :

« Je ne pourrais jamais refaire ma vie sans Ted. Lorsqu'un sorcier perd son compagnon, c'est définitif. La magie nous offre rarement deux âmes sœurs dans une vie. »

Ces paroles résonnaient encore en lui. Alors, en prononçant ce mot – compagnon – Harry savait exactement ce qu'il faisait.

Il ne manqua pas le changement subtil dans le regard de Draco. Derrière l'horreur feinte, il y avait autre chose. Un éclat. Un désir. Harry reconnut cette lueur : dans son dernier voyage temporel, Draco lui avait avoué qu'il le désirait depuis leur quatrième année à Poudlard.

Le Serpentard pouvait bien continuer son petit numéro devant les professeurs. Harry, lui, avait déjà déposé ses cartes sur la table. La balle était dans le camp de Draco maintenant. S'il le voulait, il n'avait qu'à venir le chercher.

« Voilà pourquoi Potter a rêvé de vous ! » exulta Trelawney en sautillant sur place, ses yeux exorbités brillant d'une fascination mystique. « Un lien d'âme ! Que c'est romantique ! Les astres tentent de sauver des flammes jumelles d'un destin tragique ! »

Draco resta pétrifié un instant, ses joues pâles virant au rouge. Ses doigts tremblants serraient sa baguette, comme si il était sur le point de jeter un mauvais sort à Harry. Mais à la place, le blond déclara finalement dans un murmure glacé:

« Je ne te crois pas. »

Ses yeux bleus perçants le transperçaient, emplis d'un ressentiment si profond qu'Harry sentit son cœur se serrer.

Harry baissa la tête, incapable de soutenir ce regard. La culpabilité l'engloutissait, aussi écrasante que les souvenirs du manoir des Malfoy. Il se sentait à nu, exposé.

« Je vous raccompagne, » intervint Snape, son ton aussi sec que son visage était fermé. Il posa une main ferme sur l'épaule de Draco et le guida vers la sortie, ne laissant aucune place à l'opposition.

Le son des pas résonna dans l'air lourd de la pièce tandis que les deux silhouettes s'éloignaient. Mais quelque chose se tordait en Harry, une pulsion incontrôlable, un besoin de dire ce qu'il avait sur le cœur avant qu'il ne soit trop tard. Alors, dans un souffle presque chanté, à demi-murmuré, les mots franchirent ses lèvres :

"Well, all right, I'm bad, but then, you're no prize either
All right, I'm bad, but then, that's nothing new
You say you won't love me, I won't love you neither
Just let me remind you what I am to you…"

Les notes flottaient encore dans l'air lorsque Draco s'arrêta net, son dos se raidissant. Lentement, il se retourna, les yeux écarquillés par un mélange de choc et d'incrédulité. Une étincelle étrange s'y allumait, un fragment d'émotion qu'il semblait lui-même incapable de contrôler.

« Malfoy… » murmura Snape en poussant le blond fermement vers la porte.

Draco hésita une fraction de seconde, ses lèvres entrouvertes comme s'il allait parler. Mais il n'ajouta rien et se laissa guider hors de la pièce, disparaissant finalement de la vue de Harry.

Harry resta immobile, le cœur lourd, les pensées embrouillées. Pourtant, une chose lui sembla certaine. Il avait touché quelque chose en Draco, quelque chose d'invisible, d'enfoui. Mais était-ce suffisant pour briser ce mur de haine? Il n'en savait rien.


Lorsque Harry reprit ses esprits, il était allongé sur un lit à l'infirmerie. La lumière filtrant à travers les fenêtres ne parvint pas à chasser la fatigue écrasante qui pesait sur lui. Il cligna des yeux plusieurs fois, essayant de s'ancrer dans la réalité, et remarqua les silhouettes familières de Ron et Hermione penchées sur lui, leur inquiétude palpable.

« Hé, mon pote… » murmura Ron avec un sourire qui se voulait rassurant.

Harry ne répondit pas immédiatement. Au lieu de cela, il se frotta le visage, déjà las de devoir plisser les yeux pour discerner leurs visages flous. Hermione, toujours attentive, prit l'initiative de lui remettre ses lunettes sur le nez.

« Merci, » murmura-t-il d'une voix rauque, sa gorge encore sèche. Pourquoi se sentait-il si épuisé ? Il n'aurait su l'expliquer.

« Comment tu te sens ? » demanda Hermione, son regard soucieux fixé sur lui, comme si elle guettait le moindre signe alarmant.

Harry se redressa avec difficulté, chaque mouvement provoquant des craquements dans ses articulations.

« J'ai l'impression d'avoir été piétiné par une horde d'hippogriffes… » grogna-t-il.

Hermione échangea un regard inquiet avec Ron, mais avant qu'elle ne puisse répondre, une voix rêveuse s'éleva à côté d'eux.

« Ça fait deux jours que tu dors à poings fermés, » déclara Luna avec douceur. « Madame Pomfresh nous a dit qu'elle t'a fait boire une dose de philtre calmant qui aurait assomée un Ronflax Cornue. »

« Salut, Luna, » salua le brun, un sourire faiblement amusé étirant ses lèvres.

« Bonjour, Harry, c'est vrai ce que les gens disent à ton sujet ? »

« Et qu'est-ce qu'ils disent ? » demanda l'intéressé avec une pointe de méfiance, redoutant déjà le pire.

Hermione poussa un soupir discret mais agacé, jetant un regard réprobateur à Luna avant de poser les yeux sur Harry, une moue d'excuse dessinée sur son visage.

« Harry… Désolée que tu l'apprennes comme ça, mais… ton cauchemar n'est pas passé inaperçu. Les autres Gryffondor du dortoir ont lancé la rumeur que… » Elle hésita, pinçant les lèvres. « Que tu pourrais être un prophète. »

Ah. Bien sûr. Harry ferma les yeux, le poids de ces mots s'abattant sur lui comme un coup de massue. Un prophète ? Vraiment ? Comme s'il n'avait pas déjà assez de responsabilités à porter. Le mal de tête qui menaçait depuis son réveil refit surface, vibrant douloureusement à l'idée de tout ce qu'il avait encore gâché. Pourquoi n'avait-il pas réussi à contenir ses émotions ? Il le faisait depuis toujours, n'est-ce pas ? Alors pourquoi cette fois-ci, sous l'effet de cette fichue potion de Snape, tout semblait-il lui échapper ?

Luna, insensible à la tension palpable, continua sur sa lancée avec sa légèreté habituelle. « C'est pour ça que Voldemort a essayé de te tuer quand tu étais bébé ? » demanda-t-elle innocemment. « Pour t'empêcher de prédire sa chute ? »

Harry releva la tête, les sourcils froncés. « D'où est-ce que tu sors ça ? » demanda-t-il, intrigué.

Elle haussa les épaules, un sourire rêveur sur les lèvres. « Ça me semble logique. » Puis, penchant la tête sur le côté, elle ajouta : « Quel avenir vois-tu pour moi ? »

Malgré sa lassitude, Harry sentit un sourire étirer ses lèvres. Luna n'avait jamais eu peur d'aller droit au but. Et après tout, il n'y avait aucun mal à répondre.

« Tu deviendras une naturaliste de renom, spécialisée dans la recherche de créatures magiques rares, » déclara-t-il doucement, le ton chargé d'affection sincère.

Un éclat de satisfaction illumina le visage de la jeune Serdaigle. « Même mon père ne sait pas que j'ambitionne de travailler avec les créatures magiques, » dit-elle avec une petite note de triomphe. « Maintenant, je suis quasiment certaine que la rumeur est vraie. »

Ron, bouche bée, s'écria : « Et moi, je deviens quoi dans le fu… »

Il n'eut pas le temps de terminer. Hermione, rapide comme l'éclair, lui administra un coup de coude ferme dans les côtes.

« Enfin, Ron ! » gronda-t-elle. « Tu sais bien que c'est très dangereux de connaître son avenir ! Harry, tu ne devrais pas répondre à ce genre de questions, si tant est que tu… » Elle le fixa avec un mélange de suspicion et de prudence. « Si tant est que tu puisses vraiment prédire quoi que ce soit. »

Harry haussa les épaules, un sourire fatigué flottant sur ses lèvres. Mais l'écho des mots d'Hermione s'estompa rapidement, remplacé par une prise de conscience brutale.

Il était de retour à sa cinquième année. La cinquième année.

Cette fois-ci, il avait une chance de faire mieux. Une chance de sauver encore plus de vies.

Les noms se succédèrent dans son esprit, chacun laissant une empreinte douloureuse. Draco. Snape. Dobby. Dumbledore. Remus. Tonks. Fred… Sirius.

Sirius.

Son cœur se serra à ce dernier nom, mais il repoussa l'émotion. Ce n'était pas le moment pour la douleur. Il avait une chance. S'il jouait correctement ses cartes.

Son esprit, enfiévré, commença à élaborer un plan. Qu'est-ce qui avait manqué lors de sa incursion dans le temps? Des images de Mangemorts surgirent : non pas leurs masques, mais leurs visages. Jeunes, trop jeunes, des Serpentard à peine adultes, déjà enrôlés dans une cause dont ils ignoraient probablement tout les enjeux.

Et si Draco n'était pas le seul qui pouvait être convaincu ?

Une idée, encore fragile, germa dans l'esprit de Harry. Et si les Serpentard pouvaient être approchés avant qu'ils ne plongent entièrement dans les ténèbres ? Et si, cette fois, il pouvait gagner des alliés avant qu'il ne soit trop tard ?

Il se redressa légèrement dans son lit.

« Je suis désolé de te demander ça, Hermione, mais j'ai des devoirs à te confier. »

Lorsque Harry finit d'expliquer son plan, le silence retomba dans la pièce. Ron et Hermione le regardaient comme s'il venait de leur annoncer qu'il comptait apprivoiser un dragon.

« Harry… » murmura Ron, sa voix tremblante d'incrédulité. « Tu ne peux pas nous demander de laisser des Serpentard rejoindre l'Armée de Dumbledore. C'est de la folie. »

Hermione, toujours rationnelle, hocha la tête, ses sourcils froncés. « Je comprends ce que tu essaies de faire, Harry, mais… tu es trop idéaliste".

Luna, jusqu'alors silencieuse, fronça le nez. « Même si je trouve que l'intercommunication entre les maisons est essentielle, Harry… comment comptes-tu convaincre les Serpentard de rejoindre un club dont ils ne connaissent pas les objectifs ? Et une fois qu'ils sauront que c'est pour apprendre à se défendre contre Tu-Sais-Qui, ils iront directement prévenir leurs parents. Même Ombrage ne sera pas leur premier choix. »

Harry se passa une main dans les cheveux, réfléchissant intensément. Elle avait raison. Comment convaincre quelqu'un de rejoindre un club sans dévoiler sa véritable nature au préalable ? Une image inattendue jaillit alors dans son esprit : Draco, assis dans l'herbe avec sa guitare.

Un sourire étira ses lèvres. « Nous ne donnerons plus les cours dans la Salle sur Demande, » déclara-t-il, claquant des doigts.

« Quoi ? » s'exclamèrent ses amis à l'unisson.

Harry se pencha légèrement vers eux, son regard brillant d'une nouvelle lueur.

« Nous irons demander l'autorisation à Ombrage de monter un club. Mais pas un club de défense… un club de musique. »

Le choc fut palpable. Ron ouvrit la bouche, mais aucun mot n'en sortit. Hermione sembla vaciller sous le poids de l'absurdité apparente de l'idée.

« Des cours de musique ? » répéta Hermione, les yeux écarquillés, comme si elle avait mal entendu.

« Exactement. » Harry croisa les bras, une lueur de détermination dans le regard. « Nous ferons croire à Ombrage que nous voulons monter une chorale, ou un club musical. Une fois les Serpentard inscrits, avec leurs signatures enregistrées par une plume enchantée, nous leur dévoilerons la vérité. Et bien sûr, nous leur expliquerons les conséquences s'ils osent nous trahir. »

Hermione semblait lutter avec elle-même, pesant les avantages et les risques évidents.

« C'est… » commença-t-elle, hésitante.

« Machiavélique, mec, » termina Ron avec un mélange de stupéfaction et d'admiration. « Mais attends… Malfoy, sérieusement ? » Il fixa Harry, incrédule. « C'est à cause de ta dernière vision que tu veux qu'il rejoigne l'équipe ? Tu n'as pas peur que cette sale fouine sabote tout ce qu'on a construit ? »

« Je sais que c'est risqué. Mais dans ma vision… " avoua Harry « Mais je l'ai vu changer, Ron. Il a combattu Voldemort. Il a défié sa famille pour faire ce qu'il pensait être juste. Peut-être qu'il n'a pas encore fait ce choix, mais je crois que c'est possible. Si nous tendons la main maintenant, qui sait ce qui pourrait se passer ? »

« Je pense que c'est une bonne idée, Harry.' intervint Luna, " Les Serpentards sont peut-être comme des nargoles parfois – méfiants et difficiles à atteindre – mais certains d'entre eux pourraient surprendre tout le monde si on leur en donne la chance. »

Un léger sourire étira les lèvres de Harry. « Merci, Luna. »

Pendant plus d'une heure, ils débattirent âprement des détails du plan. Hermione, méthodique, énuméra chaque faille potentielle, tandis que Ron exprimait régulièrement son scepticisme quant à l'implication de Draco. Luna, fidèle à elle-même, ponctuait la discussion de remarques inattendues mais étonnamment pertinentes.

Mais leur élan fut brutalement interrompu par une voix autoritaire :

« Monsieur Potter a besoin de repos ! »

Madame Pomfresh, les joues légèrement rouges d'agacement, se tenait à l'entrée, bras croisés. Elle traversa la pièce d'un pas ferme et commença à pousser les amis de Harry vers la sortie sans la moindre hésitation.

« Allez, oust ! Assez de discussions ! Monsieur Potter a besoin de calme, et de sommeil, » déclara-t-elle avec fermeté, malgré les protestations de Ron et Hermione.

Harry, épuisé, ne put qu'acquiescer d'un faible sourire. Lorsque la porte se referma derrière ses amis, il s'affaissa contre son oreiller, vidé par la conversation et le poids des décisions à venir.

Madame Pomfresh, déjà occupée à lui administrer une autre cuillerée de potion, le regarda avec une pointe de sévérité.

« Nous devons parler, jeune homme » déclara-t-elle, son ton grave laissant présager une discussion importante.


« Vos bilans médicaux sont inquiétants, Potter… » déclara Madame Pomfresh sans détour, son ton empreint de gravité. « J'ai averti le directeur et votre directrice de maison. Votre santé a été négligée beaucoup trop longtemps. »

Harry resta figé, pris de court. Il s'était attendu à tout, sauf à ce qu'on se préoccupe réellement de sa santé. Pendant des années, il avait appris à ignorer les signaux de son propre corps, persuadé que personne n'y prêterait attention. Mais en seulement quelques jours, Madame Pomfresh avait découvert ce que Saint-Mangouste lui avait déjà confirmé lors de précédentes visites : sa santé était loin d'être normale.

En plus de sa vision défaillante, il souffrait de carences inquiétantes, preuves d'une sous-alimentation chronique qui avait marqué son corps de façon irréversible.

Sans brusquerie, mais avec une détermination sans faille, l'infirmière lui posa une série de questions.

« Votre famille d'adoption vous traitait-elle bien ? » demanda-t-elle, son regard perçant cherchant à capter la vérité. « Aviez-vous droit à trois repas par jour ? Y avait-il des difficultés financières chez eux ? »

Harry hésita. Une part de lui, celle forgée par des années de silence forcé, voulait nier tout en bloc. Mais il n'était plus ce garçon de onze ans terrifié à l'idée de révéler la vérité. Les années passées à Poudlard lui avaient appris que tous les adultes n'étaient pas des figures d'autorité indifférentes ou malveillantes. Certains, comme Madame Pomfresh, faisaient preuve d'une empathie rare, d'un sens aigu des responsabilités, et d'une capacité à régler des problèmes qui auraient semblé insurmontables pour un adolescent de quinze ans.

Il répondit avec parcimonie, choisissant soigneusement ses mots.

Madame Pomfresh écouta en silence, ses sourcils se fronçant imperceptiblement à mesure que les pièces du puzzle se mettaient en place. Lorsqu'il eut fini, elle inspira profondément, ses lèvres pincées trahissant une colère contenue. Sans un mot de plus, elle se leva et se dirigea résolument vers ce que Harry supposa être le bureau du directeur.

Il la regarda s'éloigner, une étrange chaleur s'éveillant en lui. Ce n'était pas une chaleur réconfortante, mais une reconnaissance teintée d'inquiétude. Quelque part, il était soulagé que quelqu'un prenne enfin en main ce qu'il avait toujours ignoré. Mais l'idée de voir son passé scruté d'aussi près lui laissait une boule au ventre.

Avant qu'il ne puisse réfléchir davantage, les effets du philtre calmant qu'elle lui avait administré commencèrent à agir. Une douce torpeur s'empara de lui, l'entraînant dans un sommeil sans rêves, profond et délicieux.


Harry ignorait combien de temps il avait dormi lorsqu'un bruit de froissement le fit sursauter.

Le Gryffondor ouvrit les yeux avec difficulté, encore engourdi par les effets du philtre calmant, mais ce son persistant – semblable à des papiers qu'on manipule – lui vrillait les oreilles, empêchant tout retour à la torpeur. Pendant un instant, il hésita à bouger, préférant croire que ce n'était qu'un rêve étrange. Mais une vague de méfiance instinctive le poussa à se redresser brusquement.

Ses sens en alerte, il balaya la pièce du regard. L'infirmerie était plongée dans l'obscurité, mais une faible lumière mouvante émanait d'un recoin. Son cœur s'emballa. Quelqu'un était là.

D'un bond, Harry était debout, les pieds nus sur le sol froid, sondant les ombres. Il avança à pas feutrés vers l'origine de la lumière. Là, près du bureau de Madame Pomfresh, une silhouette accroupie fouillait dans les dossiers avec une précipitation désespérée. La lueur vacillante d'une baguette trahissait sa présence.

« Qui est là ? » lança Harry, la voix rauque mais emplie d'inquiétude.

Sa main chercha instinctivement sa baguette, mais elle n'était pas là. Il se maudit intérieurement. Comment avait-il pu être aussi imprudent ? Après tout ce qui s'était passé, après les dangers auxquels il avait survécu, il n'aurait jamais dû laisser son arme hors de portée, même ici, dans l'infirmerie.

La lumière se tourna soudain vers lui, éblouissant ses yeux fatigués.

Serrant les dents, il sentit sa magie s'agiter en lui, comme une force vive qu'il ne pouvait réprimer. Un souffle glacial balaya soudain l'infirmerie, renversant son adversaire d'un coup sec.

La silhouette tomba lourdement au sol, mais ce n'était pas fini. La magie brute de Harry, indomptable et chaotique, se déchaîna. Le vent se transforma en une tornade furieuse, arrachant des papiers du bureau de Madame Pomfresh et les projetant dans tous les sens. Les rideaux des lits claquaient comme des fouets, et les objets métalliques vibraient sous l'impact de cette force invisible.

Un cri perçant retentit dans la tempête, transperçant l'esprit de Harry. Cette voix, il la connaissait. Elle était gravée dans sa mémoire, impossible à oublier.

En un éclair, il reprit le contrôle. La tornade s'apaisa instantanément, laissant derrière elle un chaos silencieux. Les feuilles de papier retombèrent doucement au sol, éparpillées comme des flocons de neige. L'infirmerie semblait figée dans une scène de désolation, mais Harry ne s'en souciait pas. Son attention était entièrement focalisée sur la silhouette au sol.

« Draco ? » appela Harry d'une voix vacillante, l'incertitude teintant ses mots.

«Putain c'était quoi ça, Potter ?! » s'écria le blond, visiblement hors de lui, en ramassant sa baguette. D'un mouvement rapide, il lança un sort pour rétablir une lumière diffuse dans l'infirmerie, éclairant la pièce ravagée par la tornade magique.

« J'ai… j'ai paniqué, » balbutia Harry.

Ses jambes flageolaient dangereusement, le rendant incapable de rester debout plus longtemps.

Avant qu'il ne s'effondre, Draco bondit, attrapant Harry à temps pour ralentir sa chute.

Harry, surpris, leva un regard embrouillé vers lui. Draco était censé le détester. Alors, que faisait-il ici, en pleine nuit ? Et pourquoi son visage semblait-il marqué par une inquiétude réelle en l'observant ?

« Bon sang, tu es glacé ! » grogna Draco en ajustant sa prise, le tenant fermement mais sans brusquerie.

Harry ne put qu'acquiescer. Son corps tout entier grelottait, secoué par des frissons incontrôlables. L'explosion de magie avait laissé sur sa peau une sueur froide, désormais glacée sous l'air frais de la pièce.

« Qu'est-ce que tu fais ici ? » demanda-t-il en claquant des dents, sa voix à peine audible.

Il sentit qu'on le soulevait, ses pieds quittant le sol. La prochaine chose qu'il réalisa, c'était la douceur familière de ses draps qui l'enveloppait, une couverture remontée soigneusement jusqu'à son menton. Une vague de chaleur apaisante le parcourut alors qu'un sort de réchauffement venait d'être jeté sur lui.

Son esprit flotta entre conscience et torpeur, incapable de démêler le réel de l'irréel. Les gestes attentionnés de Draco semblaient si improbables qu'Harry se demanda s'il était simplement en train de délirer.

« Dray ? » murmura-t-il faiblement, hésitant. Était-ce une hallucination due à la fatigue, ou…

« Ne m'appelle pas comme ça ! » éclata Draco d'un ton brusque, presque impérieux. « Ça ne fait que me rappeler à quel point tout ça… tout ça pourrait être réel. »

« Réel ? » répéta Harry, complètement perdu. Il avait l'impression que ses pensées s'embrouillaient davantage à chaque mot du Serpentard.

Draco soupira profondément avant de s'asseoir au bout du lit. D'un geste rapide, il fouilla dans sa poche et en sortit un objet rond et métallique qu'il plaça fermement dans la main tremblante de Harry.

« Tiens, mange ça, » ordonna-t-il sans lui laisser d'alternative.

Harry, abasourdi, baissa les yeux vers ce qui ressemblait à une pomme argentée. Il lança un regard hésitant à Draco, puis au fruit, ses yeux écarquillés d'incompréhension.

« Ce sont des pommes d'argent, » expliqua Draco, visiblement agacé par le manque de réaction de son interlocuteur. « Mais peut-être que tu les connais sous le nom de fruits d'Avalon. Ma mère m'a fait parvenir celles-ci ce matin. Elle voulait que je t'en donne pour que tu récupères plus vite. »

Harry releva brusquement la tête, encore plus désorienté. « Ta… ta mère ? »

Draco roula des yeux, mais son impatience dissimulait mal un certain malaise.

« Au cas où tu n'en aurais pas conscience, Potter, tout le château parle de toi ces derniers jours. Même La Gazette du Sorcier ne parle que de toi, prétendant que tu es un voyant. Trelawney a été interviewée – bien sûr – et elle a mentionné, très fièrement, qu'un "lien d'âme" pourrait exister entre nous. Ma mère est maintenant déterminée à faire de toi un membre à part entière de notre famille. »

« Je… je suis désolé… Je ne comprends pas, » murmura finalement Harry, dépassé par le flot d'informations.

Draco sembla sur le point de s'arracher les cheveux, mais il finit par se calmer, prenant une inspiration profonde avant de reprendre, plus posément.

« Écoute, Potter… Ça fait trois jours que je ne dors pas. Trois jours que j'essaie de me convaincre que tout ce que tu m'as raconté l'autre soir n'était qu'un tissu d'absurdités destiné à attirer l'attention. Mais voilà le problème… » Il marqua une pause, détournant le regard. « Il y a les paroles de ma chanson. Je l'ai écrite i peine quelques semaines, et je n'en suis qu'au second couplet. Et toi, tu débarques un soir et tu me chantes la suite. »

Harry resta figé.

« Une chanson qui n'a pas encore de fin, Potter ! Comment peux-tu chanter quelque chose qui n'existe pas encore ? » Draco le fixa, son regard brûlant d'une intensité presque douloureuse. « C'est ça qui m'a convaincu que tu es vraiment capable de… voir l'avenir. Et si c'est vrai… Si nous sommes vraiment des compagnons dans le futur… Alors ça change tout, tu comprends ? »

Harry sentit un frisson parcourir son échine. Il déglutit avec difficulté avant de demander, d'une voix faible : « Alors… tu me crois ? »

Draco recula légèrement, son visage se fermant aussitôt. « Arrête de me regarder comme ça ! » gronda-t-il.

« Comme quoi ? »

« Comme si j'étais le trésor de ta vie ou je ne sais quoi ! » fulmina Draco, ses joues prenant une légère teinte rose. « Tu es passé de la haine à… à de l'affection en une soirée. Comprends que je trouve ça… déconcertant ! »

Harry ne détourna pas les yeux, son expression adoucie par une sincérité désarmante. « Tu es mort en te battant pour moi, » dit-il doucement. « Je t'ai vu, Draco. Sous tes grands airs, tu es quelqu'un de courageux, de sensible. Et tu te bats férocement pour ce que – et ceux que – tu aimes, si le besoin s'en fait sentir. »

Le blond fronça les sourcils, une grimace se dessinant sur son visage. « Tu vois vraiment tout ça avec ton… troisième œil ? » demanda-t-il d'un ton sceptique.

Harry savait qu'il ne pouvait plus lui révéler qu'il était un voyageur du temps à ce stade. L'explication du "voyant" serait bien plus facile à gérer. Il baissa la tête, fixant le fruit argenté dans sa main, et murmura : « En quelque sorte. »

Draco, comme pour dissiper le poids de la conversation, pointa le fruit du doigt. « Ce fruit vient du dernier pommier arturien d'Angleterre, » déclara-t-il, son ton redevenu plus calme, presque fier. « Il pousse dans notre jardin depuis des générations. Les légendes prétendent qu'il rend immortel… Mais, au minimum, il garde les membres de notre famille en excellente santé. Alors mange, Potter. »

Harry observa Draco un instant avant de porter le fruit à ses lèvres, ses pensées tourbillonnant dans un chaos silencieux. Il s'attendait à un goût métallique, peut-être âcre ou ferrugineux. Mais dès la première bouchée, un jus sucré coula dans sa gorge, éveillant une sensation de pur délice. Il ferma les yeux, savourant cette douceur inattendue.

Ainsi, Draco s'était laissé convaincre. Ou du moins, il semblait offrir une trêve. Pourtant, cela n'expliquait toujours pas ce qu'il faisait à une heure aussi tardive dans l'infirmerie, fouillant dans le bureau de Madame Pomfresh.

« Il est un peu tard pour m'apporter une collation, non ? » demanda Harry d'un ton léger, bien que la curiosité perçait dans sa voix.

« Il fallait que je sois sûr de ce que j'ai appris hier soir, » répondit le blond après une hésitation.

« Et qu'as-tu appris ? »

Draco détourna légèrement le regard, jouant nerveusement avec une pliure de sa manche avant de reprendre, son ton trahissant une pointe de gêne.

« Dumbledore m'a convoqué. Il voulait savoir si toi et moi, nous… étions au courant du lien d'âme. » Il marqua une pause, visiblement mal à l'aise. « Je lui ai dit que non. »

Harry haussa un sourcil, mais Draco continua avant qu'il ne puisse poser de questions.

« C'est alors que Madame Pomfresh a débarqué dans son bureau. Merlin, Potter, je ne l'avais jamais vue aussi furieuse. Elle a commencé à le traiter de tous les noms, et je dois avouer que c'était de la musique à mes oreilles. Si mon père avait été là, il aurait probablement explosé. Mais… » Il laissa échapper un petit rire sec. « Elle a fini par l'accuser de t'avoir négligé en te laissant chez cette… horrible famille moldue. »

Harry sentit son cœur se serrer à cette évocation, mais il n'interrompit pas.

« Elle a parlé de tes bilans médicaux, » poursuivit Draco, son ton devenant plus grave. « Elle disait qu'ils étaient déplorables. Que ce n'était pas un hasard si tu es si maigre, si petit pour ton âge. Elle a insisté sur le fait que ta sous-alimentation prolongée avait laissé des séquelles. »

Draco passa une main nerveuse dans ses cheveux, comme pour se donner contenance.

« À ce stade, je dois admettre que j'essayais de me faire tout petit pour écouter la suite. Mais Dumbledore m'a congédié. » Il marqua une pause, ses yeux gris rencontrant ceux de Harry. « Je n'arrivais pas à dormir, alors j'ai décidé de vérifier par moi-même… dans tes dossiers médicaux. »

Un silence tendu s'installa.

« Tu… tu te rends compte que c'est une atteinte à ma vie privée, Draco ? » répliqua Harry, bien que son ton manquait de conviction. Malgré lui, un sourire léger naquit sur ses lèvres. L'idée que Draco soit ici simplement parce qu'il s'inquiétait pour sa santé était aussi déconcertante que… touchante.

« Comme si j'allais laisser mon compagnon retourner chez ses tortionnaires chaque été en sachant qu'il y est maltraité, » explosa Draco, sa colère perçant dans chaque mot.

Harry resta sans voix face à l'intensité de sa réaction.

« Tu t'es vu, Potter ? Je pensais que c'était génétique, ou une autre connerie du genre. Mais te savoir dans cet état à cause de ces fichus Moldus me donne des envies de meurtre. »

« Je suis fort, » grogna soudain Harry, sa voix baissant d'un ton, dangereuse et lourde d'avertissement. « Je n'ai besoin de personne pour me protéger. »

Draco recula légèrement sous l'impact de ses mots, mais il ne baissa pas les yeux. Il soupira, un soupir las, presque vaincu.

« Je sais, » murmura-t-il. « Je le sens chaque fois que tu entres dans une pièce, Potter. Ta magie… elle est partout, impossible à ignorer. Et ce que tu viens de faire, là, sans baguette, c'est impressionnant. »

Il marqua une pause, ses traits se durcissant légèrement.

« Mais tu dois comprendre une chose. Dans l'état où tu es… tu n'es même pas à 20 % de tes capacités. »

Les mots tombèrent comme une sentence.

« Le Seigneur des Ténèbres a toutes les raisons de te craindre. Et crois-moi, je m'en rends compte un peu plus chaque jour. Mais si tu veux vraiment gagner, Potter, il va falloir que tu commences par prendre soin de toi. »

Harry ne put retenir un rire amer. C'était la meilleure ! Draco Malfoy, l'arrogant prince des Serpentard, venait de lui dire de prendre soin de sa santé. Lui, Harry Potter, qui avait littéralement sauvé l'Angleterre du Seigneur des Ténèbres avec ou sans carences alimentaires. Draco pouvait bien aller se faire foutre avec sa pomme d'argent et son inquiétude mal placée.

C'était lui, Harry, qui portait toujours la charge de réparer les choses brisées, pas l'inverse. Alors quoi ? Il devait maintenant écouter des conseils de vie de la part de Draco ? Deux fois déjà, il avait tenté d'améliorer l'existence du blond – deux fois, il avait risqué sa vie pour lui – et voilà que Draco se permettait de jouer les donneurs de leçons. Quelle plaisanterie.

La colère grondait sourdement en lui, un bourdonnement presque assourdissant. Mais avant qu'il ne puisse s'abandonner pleinement à cette rage contenue, une forme floue passa devant ses yeux. Par réflexe, ses mains se tendirent, et il attrapa l'objet qui troublait sa vision.

À sa grande honte, il réalisa qu'il s'agissait simplement… de la main de Draco.

« Je vérifiais seulement ce que j'ai lu dans ton dossier, » répliqua Draco, un rire sans joie échappant à ses lèvres.

« Et qu'est-ce que tu as lu ? » grinça Harry, serrant la mâchoire.

« Que tu vois aussi bien qu'une taupe en plein jour. »

La pique fit mouche. Vexé, Harry tourna brusquement le dos à Draco, enfouissant sa tête dans la chaleur rassurante de ses draps.

« Merci pour la pomme, » grogna-t-il d'un ton bourru. « Tu peux partir maintenant. Je suis fatigué. »

Le silence s'étira un instant. Harry pensa que Draco allait s'éloigner, mais une voix basse et presque suave résonna près de son oreille, faisant naître un frisson involontaire le long de sa colonne vertébrale :

« Ne crois pas que je vais en rester là, Potter… » murmura Draco.

Harry sentit son souffle chaud effleurer sa peau, et l'ambiguïté de cette proximité le troubla autant qu'elle l'irrita.

« Ton cauchemar ne fait que commencer. »

La déclaration, à la fois douce et menaçante, suspendit l'air entre eux. Et avant qu'Harry ne puisse trouver une réplique cinglante ou poser la moindre question, il sentit Draco s'éloigner.


C'était inévitable : Harry devait bien reprendre les cours un jour ou l'autre. Pourtant, il ne s'attendait pas à ce que tout semble déjà si différent.

Dès qu'il entra dans la grande salle, il sentit l'atmosphère pesante. Ce fut d'abord l'absence de Dumbledore qui frappa son regard. À sa place, le fauteuil vide du directeur semblait étrangement menaçant, comme un symbole de tout ce qui vacillait à Poudlard.

Ensuite, il y avait Ombrage. Le sourire triomphant qu'elle affichait en balayant la salle du regard lui donna instantanément la nausée. Elle se tenait droite, trop droite, comme une reine savourant une victoire qu'elle n'avait pas encore déclarée.

Mais ce qui mit véritablement Harry sur les nerfs, ce furent les chuchotements. Il les entendit dès qu'il franchit le seuil, des murmures incessants qui semblaient l'entourer comme une marée montante. Chaque regard lancé dans sa direction, chaque tête qui se tournait à son passage, aggrava la colère sourde qui grondait en lui.

Pourquoi fallait-il toujours que, peu importe la ligne temporelle, je sois un monstre de foire? pensa-t-il, la mâchoire crispée.

Il alla s'asseoir à la table des Gryffondor, la mine sombre, son humeur déjà plombée avant même le petit-déjeuner.

« Hey, » murmura Ron à côté de lui, d'une voix inhabituelle, teintée d'une timidité qui ne lui ressemblait pas.

« Bon retour parmi nous, Harry, » ajouta Hermione, d'un ton faussement enjoué qui ne réussit qu'à irriter davantage le jeune sorcier.

Harry soupira en se servant un bol de porridge, ses épaules lourdes de lassitude. Il ne supportait pas qu'on marche sur des œufs autour de lui, comme s'il était une bombe prête à exploser.

« C'est bon, les gars… » lâcha-t-il d'une voix lasse, sans même lever les yeux. « Dites-moi ce qu'on raconte dans mon dos cette fois, avant que je ne l'apprenne de la bouche de quelqu'un d'autre. »

Un silence embarrassé suivit sa déclaration. Puis, ce furent Fred et George qui se levèrent pour poser un exemplaire du Daily Prophet devant lui.

« Tu vas adorer, Harry, » murmura Fred avec une grimace désolée, tandis que George ajoutait d'un ton sarcastique : « Absolument fan-tas-tique. »

Harry fronça les sourcils, perplexe, et tourna les yeux vers la une. Sa cuillère lui échappa, tombant dans son bol dans un bruit sourd, mais il ne s'en soucia pas. Ses yeux étaient rivés au journal, son cœur battant furieusement contre sa cage thoracique.

THE DAILY PROPHET

Dumbledore au cœur du scandale : le directeur accusé de négligence envers Harry Potter

Par Rita Skeeter

Poudlard, l'école autrefois réputée pour sa sécurité et son excellence, est aujourd'hui plongée dans un tumulte sans précédent. Albus Dumbledore, vénéré comme le grand sage de notre monde, voit sa réputation s'effondrer sous le poids d'accusations graves.

Les professeurs eux-mêmes – oui, vous avez bien lu – ont déposé plainte contre leur propre directeur pour négligence et mauvais traitements infligés à nul autre que le fameux "Garçon qui a survécu". Et qui mène la charge? Nul autre que Poppy Pomfresh, l'infirmière en chef, qui a manifestement enfin trouvé le courage de dénoncer les pratiques douteuses de son supérieur.

UN DIRECTEUR QUI SACRIFIE SES ÉLÈVES ?
Parlons de l'année dernière, voulez-vous ? Harry Potter, à peine âgé de 14 ans, s'est retrouvé entraîné dans le mortel Tournoi des Trois Sorciers, une compétition si dangereuse qu'elle avait été interdite pendant des décennies.

Pourquoi? Parce qu'un artefact magique a mystérieusement "inscrit" son nom. Mais ne soyez pas dupes: Dumbledore avait le pouvoir de rejeter cette inscription. Alors pourquoi ne l'a-t-il pas fait? Peut-être que l'idée d'un spectacle sanglant était tout simplement trop séduisante pour ce vieux maître des intrigues.

Résultat? Harry Potter, encore un enfant, a été forcé d'affronter un dragon, de plonger dans des eaux glacées infestées de créatures, et de survivre à un labyrinthe ensorcelé. Et n'oublions pas, bien sûr, la fin tragique de cette mascarade : la mort brutale de Cedric Diggory, un jeune homme dont le seul tort était d'être au mauvais endroit au mauvais moment.

Maintenant, Harry affirme que Vous-Savez-Qui est de retour. Est-ce une réalité? Ou les hallucinations d'un esprit traumatisé par ces événements ? Une question à méditer.

LES SOMBRES SECRETS DES DURSLEY
Mais le scandale ne s'arrête pas là. Une enquête approfondie menée par votre dévouée Rita Skeeter a mis au jour des faits encore plus sordides. Vous pensez que Harry Potter, ce héros de notre monde, aurait été choyé dans son enfance? Détrompez-vous.

Nous avons retrouvé les Moldus qui l'ont élevé – si l'on peut appeler cela "élever". Les Dursley, résidents du 4, Privet Drive, sont tout simplement odieux. Leur haine pour Harry Potter et la magie suinte de chaque mot qu'ils ont daigné nous accorder.

![Photo des Dursley : Vernon Dursley, le visage cramoisi et la mâchoire crispée ; Petunia Dursley, le regard perçant et les lèvres pincées ; et Dudley Dursley, visiblement embarrassé mais tout aussi antipathique.]

«Un vrai fauteur de troubles,» grogna Vernon Dursley, dont le visage rouge brique semblait prêt à exploser. «On l'a toléré parce qu'on n'avait pas le choix, mais il n'a jamais été comme nous. Toujours bizarre, avec ses… trucs de magie.»

Petunia Dursley, pincée et nerveuse, ajouta d'un ton acerbe : «On ne voulait pas de lui. C'est Dumbledore qui nous l'a imposé. Il… il nous mettait mal à l'aise.»

Quant à Dudley Dursley, il se contenta de marmonner quelque chose sur Harry qui "attirait toujours des ennuis".

Les voisins, eux aussi, ont des choses à dire. Une voisine, qui a requis l'anonymat, a confié: «On voyait rarement Harry jouer dehors. Il avait l'air toujours fatigué, toujours vêtu de vêtements usés. Ça faisait de la peine, vraiment. Mais les Dursley disaient qu'il était ingrat et difficile. »

LA COMPLICITÉ DU DIRECTEUR
Et où était Albus Dumbledore dans tout cela ? Ce grand "protecteur" a jugé bon de confier Harry à ces individus, en toute connaissance de cause. Était-ce par insouciance, ou, pire, par calcul?

Quoi qu'il en soit, les faits sont là : ce garçon, que nous considérons tous comme un héros, a été abandonné à des tortionnaires moldus, puis jeté dans une série de défis dangereux sous la surveillance d'un homme qui se prétend son mentor.

UN AVENIR INCERTAIN POUR POUDLARD
Les implications de ce scandale sont immenses. Si les accusations sont prouvées, comment pourrions-nous encore faire confiance à Dumbledore? Et que dire de Poudlard, cette école qui se targue d'être un refuge pour les jeunes sorciers?

Le ministère de la Magie, pour l'instant, garde le silence. Mais peut-être est-il temps pour Cornelius Fudge de montrer enfin qu'il est capable de gérer autre chose qu'une crise d'ego.

Harry Potter, quant à lui, reste muet pour le moment. Victime d'un système qui l'a constamment trahi, pourra-t-il un jour se relever de ces révélations ?

Une chose est certaine : ce scandale est loin d'être terminé, et il pourrait bien redéfinir l'avenir de notre communauté magique.

Rita Skeeter
Pour le Daily Prophet

Harry resta figé sur place, les doigts crispés sur le journal. Non, non, non… Il pouvait supporter les regards curieux, les murmures sournois, même les insultes voilées. Mais la pitié ?

C'était insupportable. Ces regards chargés de compassion, ces expressions faussement désolées qui le fixaient de toutes parts dans la grande salle… Chaque œil posé sur lui semblait peser une tonne, et un nœud se forma dans son estomac.

Il n'avait plus faim. Pas un gramme de porridge n'aurait pu passer sa gorge.

Se levant précipitamment, il repoussa maladroitement son banc, manquant de renverser son bol. Il quitta la grande salle, les épaules tendues, une affreuse envie de vomir montant en lui à mesure qu'il sentait les regards le suivre.

La porte à peine franchie, il heurta quelqu'un de plein fouet.

« Un mot, Potter… » déclara la voix glaciale de Snape.

Harry releva la tête, le souffle encore court. « Ce n'est pas le moment, » grogna-t-il en essayant de passer.

« Je reviens de plusieurs jours de voyage à travers toute l'Écosse après avoir aidé le Ministère à faire enfermer ce vieux fou. La moindre des choses est que vous sortiez de votre lamentable apitoiement pour m'écouter, » répliqua Snape, sa voix tranchante comme une lame.

Harry s'arrêta net. Les mots de Snape, acides comme à leur habitude, avaient néanmoins une gravité inhabituelle. Il releva la tête pour croiser le regard noir du maître des potions.

« Un voyage ? » répéta-t-il, perplexe.

Snape haussa un sourcil, comme si la question était d'une stupidité affligeante. Il tira légèrement sur sa manche, révélant un croc de basilic scintillant.

« Je viens de faire ce qu'il fallait pour que vous puissiez vous concentrer sur votre rétablissement pendant les prochaines semaines, » déclara Snape d'un ton neutre.

Harry le fixa, ahuri.

« Mais… pourquoi? » balbutia le griffondor, incapable de masquer son incrédulité.

Snape, toujours impassible, le regarda droit dans les yeux, son expression marquée d'une dureté calculée.

« Vous n'êtes pas le seul à avoir été trahi, Harry, » répondit-il enfin, sa voix plus basse, presque un murmure. « Je suis dans cette école, entouré d'élèves idiots et de collègues hypocrites, pour une seule et unique raison : votre sécurité. »

Harry sentit son cœur se serrer, un mélange de colère, de gratitude et de confusion l'envahissant.

Snape poursuivit, sa voix se durcissant: « Dumbledore n'a pas pris les mesures adéquates pour vous protéger. Il s'est reposé sur des principes désuets et des croyances mal placées.»

Il fit un pas en avant, si près qu'Harry pouvait voir les fines rides qui marquaient ses yeux sombres.

« J'ai pris les choses en main, » acheva-t-il, le ton définitif, presque froid.

J'ai pris les choses en main, » acheva Snape, son ton définitif, presque glacial.

Harry resta figé, luttant pour comprendre pleinement la portée de ces mots. Snape avait pris les choses en main. Cela signifiait-il ce qu'il pensait?

Un coup d'œil au croc de basilic à demi dissimulé sous la manche du maître des potions suffit à chasser ses doutes. Oui, cela signifiait exactement ce qu'il pensait. Snape avait détruit un ou plusieurs Horcruxes. Seul. Sans demander d'aide, sans même informer Harry de son plan.

« Merci, » murmura-t-il finalement, sa voix à peine audible.

Snape, fidèle à lui-même, détourna les yeux comme si les remerciements l'indifféraient. Mais il hocha légèrement la tête avant de tourner les talons et de disparaître dans l'ombre des couloirs.


Le destin, dans son ironie cruelle, avait décidé de lui infliger une épreuve supplémentaire de bon matin : endurer la voix grinçante et insupportable d'Ombrage.

Avant même que le "cours" ne commence ,si l'on pouvait qualifier ces séances de cours, le crapaud rose l'avait pris à part, sa mine faussement bienveillante.

« Comprenez, Monsieur Potter, que je donne très peu de crédit à tous ces prédicateurs de pacotille, » l'avait-elle averti, sa bouche pincée de mépris. Ses petits yeux brillaient d'une satisfaction mesquine à l'idée de rabaisser quiconque se risquait à la divination. « Ne vous attendez pas à trouver du soutien de la part du professeur Trelawney. Je compte bien m'assurer qu'elle soit éjectée de cette école avant le début du printemps. »

Étrangement, il ressentit un maigre soulagement dans cette confrontation. Contrairement à presque tout le monde à Poudlard ces derniers jours, Ombrage ne lui montrait aucune pitié. Elle ne cherchait pas à l'épargner, ni à se pencher sur lui avec cet air lourd de compassion qui le rendait malade.

Non. Ombrage ne lui faisait aucun cadeau.

Cela lui permit, pour un bref instant, de s'accrocher à une facette familière de la vie: celle où il devait lutter, se tenir droit, et affronter les défis sans attendre que quelqu'un vienne le sauver.

Pourtant, en observant ce visage rond et satisfait, il se promit intérieurement que, lorsqu'il en aurait fini avec Voldemort et tout ce que le destin lui imposait, Dolores Ombrage serait la prochaine à tomber.

Lorsqu'il s'assit enfin à son bureau, son humeur oscillait entre lassitude et colère. Hermione se pencha alors discrètement vers lui et murmura à son oreille :

« Depuis que Trelawney est passée dans La Gazette du Sorcier pour une interview, sa cote n'a fait que grimper auprès des lecteurs. Je doute qu'Ombrage parvienne à la faire expulser, maintenant. »

Harry releva légèrement la tête, surpris, avant qu'un léger sourire ne se forme sur ses lèvres. La nouvelle était… satisfaisante. Il n'avait jamais eu une grande estime pour Trelawney ni pour ses méthodes excentriques, mais il se souvenait avec une amertume particulière de la scène où elle avait été traînée hors de Poudlard avec ses valises, humiliée devant tout le monde.

Alors que le cours reprenait son cours monotone, Ombrage leur assigna la lecture de plusieurs chapitres du manuel. Les élèves, résignés, se plongèrent dans la lecture du texte dense et dénué de toute passion.

Un chuchotement attira soudain l'attention de Harry :

« Hé, Harry, » murmura Neville derrière lui. « Tu vas mieux ? C'est quoi cette histoire de changer le D.A de place ? Le crapaud rose a découvert notre planque, c'est ça ? »

Avant qu'Harry ne puisse répondre, Ron, assis à côté, se pencha également, son regard empreint de curiosité.

« Ou… on va être découverts ? » demanda-t-il, visiblement intéressé par ce qu'il percevait comme une manifestation des nouveaux "dons" de voyance de Harry.

Harry se tourna légèrement, parlant à voix basse pour ne pas attirer l'attention d'Ombrage. « Oui, Neville, je vais mieux, merci. Et non, elle n'a rien découvert… pas encore. Mais je veux anticiper. Je dois encore régler quelques détails, mais dès que j'aurais terminé, je vous enverrai un signal.»

Et en effet, dès que le cours se termina, Harry mit son plan en action. Il se dirigea directement vers le bureau d'Ombrage, adoptant une posture faussement humble.

La réaction d'Ombrage fut immédiate. Elle fronça le nez avec dégoût, sa voix grinçante résonnant dans la pièce. « J'espère que vous n'êtes pas venu me parler de votre prétendu don de voyance, Potter. »

Harry masqua son agacement et répondit avec une nonchalance calculée : « Pas du tout, Madame. Je souhaiterais obtenir l'autorisation de créer un club. »

Cette déclaration fit immédiatement naître un éclat méfiant dans les petits yeux de la femme. Elle se redressa légèrement, comme une bête flairant une proie. Harry voyait briller une lueur d'espoir cruel dans son regard : elle espérait qu'il se trahisse, qu'il lui avoue tout sur l'Armée de Dumbledore, ou qu'il s'enfonce dans un mensonge qu'elle pourrait exploiter.

Elle avança d'un pas, ses lèvres pincées en une imitation de sourire. « Et… de quel club s'agirait-il, Monsieur Potter ? »

Harry soutint son regard sans ciller, la voix calme et assurée. « Un club de musique, Madame. »

« C'est dans la poche ! » s'exclama Harry en rejoignant Ron et Hermione dans le couloir. Son sourire triomphant éclairait son visage, une rare lueur de satisfaction après des jours de tension. « La salle 203 est à nous ! »

Ron haussa un sourcil, moins convaincu. « Tu n'as pas peur qu'elle vienne surveiller chaque cours ? » demanda-t-il, son ton empreint d'inquiétude.

Harry balaya l'idée d'un geste de la main. « Non, t'inquiète. On fera en sorte que le cours soit si insupportable à observer qu'elle finira par jeter l'éponge. »

Hermione croisa les bras, son expression sceptique. « Tu sembles bien sûr de toi... » murmura-t-elle.

Un sourire espiègle s'étira sur les lèvres de Harry. « Tu n'as jamais entendu Ron chanter sous la douche. »

« Hé ! » grogna Ron, ses joues prenant une teinte écarlate, encore plus vive que la couleur de ses cheveux.

Hermione, malgré elle, laissa échapper un rire discret, tandis que Ron boudait à moitié, marmonnant des protestations incompréhensibles.

Mais l'humeur légère ne distrayait pas totalement Harry de ses véritables objectifs. Alors qu'ils se dirigeaient vers le cours de potions, il sentit son esprit revenir à son plan. Convaincre Draco.

S'il pouvait amener Malfoy à rejoindre le club ,ouvrirait la porte à d'autres Serpentard. Plus important encore, cela pourrait être le premier pas pour renverser les mentalités qui alimentaient les rangs des Mangemorts.

Un pas vers un avenir différent.

Harry jeta un coup d'œil à ses amis. Ron semblait encore occupé à bouder, tandis qu'Hermione, plongée dans ses pensées, ne cessait de froncer les sourcils. Il inspira profondément, son humeur joyeuse laissant place à une détermination tranquille.

Il allait réussir. Il devait réussir.


La rumeur d'un cours de musique, orchestrée par Harry lui-même, avait déjà parcouru tous les étages de Poudlard jusqu'à la Grande Salle. En quelques heures, elle était devenue un sujet brûlant de conversations, si bien que, lorsqu'il se rendit en cours de potions cet après-midi-là, la moitié des élèves chuchotaient sur son passage.

Les murmures n'étaient pas flatteurs. Apparemment, son prétendu don de voyance le rendait désormais aussi excentrique – et possiblement fou – que Trelawney.

Dans le cachot sombre, Draco était assis à sa place habituelle, flanqué de Crabbe et Goyle. À première vue, il paraissait détendu – trop détendu, pensa Harry, observant la façon nonchalante dont il faisait tourner sa plume entre ses doigts. Mais Harry le connaissait assez pour deviner qu'il était sur ses gardes.

Hermione et Ron s'installèrent à leurs places habituelles, mais Harry hésita. Son regard glissa une fois de plus vers Draco avant qu'il ne prenne une décision. Pas de détour, pas de demi-mesures.

Il marcha droit vers lui.

« Potter, » lâcha Draco en levant les yeux, son ton dégoulinant de sarcasme. « J'ignore ce que tu mijotes, mais si c'est pour m'inviter à ton club ridicule, tu peux aller te faire foutre. »

La remarque claqua dans l'air, tranchante, attirant l'attention de quelques élèves proches. Harry, cependant, resta imperturbable, son expression aussi neutre que possible. Il s'attendait à ce genre de réponse, surtout en public. Draco ne se priverait jamais d'une occasion de jouer son rôle de prince arrogant des Serpentard, pas tant qu'il y avait des spectateurs pour applaudir son théâtre.

Harry croisa les bras, soutenant calmement le regard perçant de Draco. Il ne répondit pas, mais un léger sourire étira ses lèvres, suffisant pour laisser planer un doute. Ce sourire ne plaisait pas à Draco, dont les sourcils se froncèrent imperceptiblement.

Il ne pouvait pas lui en vouloir.

Harry savait que derrière cette façade de moquerie et de mépris se cachait une réalité bien plus complexe. Draco vivait dans un monde où chaque geste, chaque mot, était surveillé, analysé, et potentiellement puni. Être vu à discuter avec lui, encore moins lui adresser des paroles aimables, était un luxe que Draco ne pouvait pas se permettre. Pas encore.

Mais cela pouvait changer.

Si son plan aboutissait, il pourrait offrir à Draco un espace où il n'aurait plus besoin de jouer ce rôle imposé. Un cadre où il pourrait être lui-même, loin des attentes de sa maison, de sa famille, et surtout, de ce que le monde attendait d'un Malfoy.

Sans répondre, il s'assit sur le bord du banc, à côté de Draco, ignorant les regards surpris de Crabbe et Goyle. Ces derniers échangèrent une expression confuse mais, fidèles à leurs habitudes, restèrent passifs.

Harry se pencha légèrement, baissant la voix pour que seuls Draco et lui puissent entendre. « Ça pourrait être notre seule excuse, » murmura-t-il.

Draco fronça les sourcils. « Notre excuse pour quoi ? » demanda-t-il, son ton légèrement plus bas mais toujours teinté de méfiance.

Harry le fixa, déterminé. « Pour nous voir. »

Le blond resta silencieux, mais son regard s'assombrit d'une prudence qu'Harry devinait familière.

« Écoute, Draco, » poursuivit Harry, choisissant ses mots avec soin. « Je sais ce que cela impliquerait pour toi – pour n'importe quel Serpentard – de discuter ouvertement avec moi ou mes amis. Ce serait comme crier sous tous les toits que vous avez changé d'allégeance. » Il fit une pause, laissant ses paroles peser. « Mais ce club pourrait être un moyen pour nous de nous rencontrer sans éveiller les soupçons. Chacun prétendrait espionner l'autre… sous couvert d'un intérêt commun pour la musique. »

Draco eut un sourire en coin, mais son regard restait froid. «Depuis quand aimes-tu la musique, Potter ? » ironisa-t-il.

Harry haussa légèrement les épaules, laissant un sourire énigmatique flotter sur son visage. « J'aime quand tu chantes, » répondit-il, sa voix étrangement douce. « C'est différent. »

Le rictus de Draco se figea. Pendant un instant, il sembla chercher une réplique, mais rien ne vint. La nonchalance calculée du Serpentard s'effrita légèrement, et Harry vit le trouble passer dans ses yeux gris.

Touché.

Mais avant qu'il ne puisse savourer sa petite victoire, la voix acérée de Snape trancha l'air comme une lame.

« Si Monsieur Potter voulait bien prêter attention à mon cours, » gronda le maître des potions, les faisant tous deux sursauter. Snape, immobile derrière son bureau, fixait Harry avec son regard noir perçant. « Peut-être que ses résultats aux examens lui permettraient d'accéder à des cours supérieurs. Mais il semble que notre prophète soit incapable de prédire une potion réussie d'une potion gâchée. »

Des ricanements éclatèrent dans la salle. Pansy Parkinson et Theodore Nott éclatèrent d'un rire particulièrement bruyant, mais Harry les ignora, habitué à ce genre de remarques.

Après un court silence, il se pencha de nouveau vers Draco, baissant la voix pour que personne d'autre ne puisse entendre.

« Discute-en avec Severus, » conseilla-t-il, son ton calme contrastant avec la tension qui régnait dans la pièce. « Il saura te conseiller. »

Draco fronça les sourcils, visiblement déconcerté. « Depuis quand es-tu si familier avec le maître des potions ? » demanda-t-il, une pointe d'irritation dans la voix.

Harry haussa un sourcil, feignant l'indifférence. « Il est ton parrain, non ? »

Cette fois, Draco ne put cacher sa surprise. Ses yeux s'écarquillèrent légèrement, sa plume suspendue au-dessus de son parchemin.

« Comment sais-tu ça ? » demanda-t-il, sa voix trahissant une rare vulnérabilité.

Harry hésita une fraction de seconde avant de répondre. Il savait qu'il marchait sur un fil délicat, mais il ne pouvait pas reculer maintenant. « J'ai un sixième sens pour repérer les gens qui te veulent du bien, » dit-il, son ton aussi sincère que possible.

Il marqua une pause, fixant Draco avec intensité. « Et je suis intimement convaincu que Snape t'aime comme un membre à part entière de sa famille. Il ne voudrait jamais autre chose que ton bonheur. »

Draco resta silencieux, ses yeux gris fouillant le visage de Harry comme s'il cherchait à y déceler un mensonge. Mais Harry resta immobile, déterminé à ne rien laisser transparaître d'autre que la vérité.

Le blond détourna finalement le regard, mais son expression s'était adoucie, perdant un peu de son tranchant habituel.

Snape, cependant, interrompit brutalement ce moment en claquant les mains sur son bureau. « Potter ! Puisque vous semblez trouver plus d'intérêt à bavarder qu'à travailler, peut-être pourriez-vous avoir la gentillesse de m'expliquer pourquoi votre chaudron est à deux doigts d'exploser ? »

Harry sursauta et se tourna vers son chaudron, découvrant avec horreur qu'un mélange épais et noirâtre bouillonnait dangereusement. Il s'empressa de baisser la flamme, sous les rires moqueurs de certains élèves.

Malgré la gêne, il ne put s'empêcher de jeter un coup d'œil vers Draco. Ce dernier avait retrouvé son masque impénétrable, mais il y avait quelque chose , un éclat dans son regard , qui laissait penser qu'il réfléchissait encore à ce qu'Harry venait de lui dire.


Harry faisait les cent pas devant la classe, incapable de masquer son impatience. Autour de lui, les membres de l'Armée de Dumbledore le regardaient avec des expressions mêlant curiosité et perplexité. Certains s'étaient déjà emparés des instruments mis à leur disposition.

Des cymbales claquaient de manière chaotique, des maracas secouées sans conviction produisaient des sons grinçants, et une petite flûte de pan semblait agoniser sous les tentatives désespérées de Neville. Dans un coin de la pièce, Ombrage, l'air d'un vautour prêt à fondre sur sa proie, surveillait chaque mouvement. Son expression trahissait un mélange de mépris et de jubilation à l'idée qu'une faute soit commise.

Harry était sur le point d'abandonner l'idée que Draco se joigne à eux lorsqu'un coup retentit à la porte.

Il se figea, son cœur battant à tout rompre. Puis, en voyant sa Némésis entrer, suivi d'une vingtaine de Serpentard… et du professeur Snape en personne, il sentit une vague de soulagement l'envahir.

« Se… Severus ? » bredouilla Ombrage, ses yeux s'écarquillant de surprise alors que Snape avançait au milieu de ses protégés Serpentard, son visage aussi impassible que jamais. « Puis-je savoir ce que vous faites ici ? »

Harry retint un sourire. Il avait toujours su qu'Ombrage avait un faible pour Snape, mais en la voyant rougir jusqu'à ressembler à une fraise sur le point d'éclater, il en eut la confirmation.

Snape inclina légèrement la tête, son ton glacé contrastant avec l'effervescence dans la salle. « Je me suis dit que la Grande Inquisitrice aurait autre chose à faire que de superviser un cours de musique magique. » Il marqua une pause, lançant un regard dédaigneux à l'assemblée. « Monsieur Malfoy, ici présent, m'a invité à assister à la première de ce cours, afin de m'assurer qu'aucun de ces… clowns ne maltraite un art aussi subtil que celui de jouer juste. »

Ombrage s'éventait frénétiquement, son visage prenant des teintes encore plus cramoisies. « Oh, Severuuuus… » minauda-t-elle, les yeux brillants d'une admiration ridicule. « Vous… vous jouez d'un instrument ? »

« Certainement, » acquiesça Snape d'un ton faussement modeste. « Je suis un expert dans l'art d'enchanter les harpes. »

Ombrage battit des mains, visiblement enchantée. « Oh, comme c'est fascinant ! Mais je vous en prie, professeur, jouez-nous donc quelque chose. »

Snape, impassible, ne se fit pas prier. D'un geste fluide de sa baguette, une harpe posée dans un coin s'anima, ses cordes vibrant d'une mélodie douce et envoûtante.

Une harmonie délicate emplit la pièce, apaisant instantanément l'atmosphère chaotique. Même Harry ne put s'empêcher d'admirer la précision et la grâce de l'enchantement.

« Oh, Severus… Comme c'est charrr… » commença Ombrage, les yeux mi-clos. Mais elle n'acheva jamais sa phrase. Sa tête retomba lourdement en arrière, et elle s'effondra dans une chaise en ronflant bruyamment, plongée dans un sommeil profond.

Un silence stupéfait envahit la salle.

« Bien, » dit Snape, rompant l'atmosphère d'un ton sec en se tournant vers Harry. « Je ne sais pas ce que vous prévoyez de faire, Potter, mais quoi que cela soit, je vous conseille de vite nous en faire part avant que cette odieuse femme ne se réveille. »

Les membres de l'Armée de Dumbledore échangèrent des regards surpris, tandis qu'Harry, encore légèrement abasourdi par les événements, sentit un sourire espiègle se former sur ses lèvres. Il s'éclaircit la gorge et se posta devant le tableau, faisant face à l'assemblée.

« Euh… Eh bien, oui, » commença-t-il, adoptant un ton faussement sérieux. « Comme vous pouvez vous en douter, ce club n'est pas vraiment destiné à la musique. Enfin, pas uniquement. L'objectif est aussi… d'harmoniser les relations entre nos différentes maisons. »

Il marqua une pause, scrutant les visages sceptiques autour de lui.

« À la fin de ce cours d'introduction, » poursuivit-il, « vous aurez tous la possibilité de vous inscrire. Mais attention : des conditions s'appliquent. Une fois que vous aurez signé, vous serez contraints de garder secret tout ce qui se passe ici. Première règle du fight club : interdit de parler du fight club. »

Un silence accueillit sa plaisanterie. Seul un léger raclement de gorge se fit entendre quelque part au fond de la salle. Harry sentit un soupçon de gêne le gagner, mais il continua, haussant légèrement le ton :

« Hermione, si tu veux bien nous écrire la formule… »

Hermione, visiblement préparée, se leva et s'avança vers le tableau. D'un mouvement assuré, elle traça une formule chimique complexe à la craie. Les sourcils de chaque Serpentard – surtout ceux de sang pur – se froncèrent à l'unisson en voyant ces symboles mathématiques inhabituels.

« Crabe, Goyle, auriez-vous l'amabilité de venir au tableau, je vous prie ? » demanda Harry, d'un ton exagérément poli, presque cérémonieux.

Les deux sbires échangèrent un regard confus avant de se tourner vers Draco, attendant son approbation. Ce dernier hocha la tête d'un geste presque imperceptible, et ils avancèrent lourdement, leurs bras ballants.

Les deux colosses se tenaient désormais devant le tableau, visiblement mal à l'aise. Harry les observa un instant, le regard perçant, puis se tourna vers le reste de la salle.

"Le cours d'aujourd'hui portera sur un sujet que, je le sais, beaucoup d'entre vous connaissent intimement : la consanguinité. »

Un murmure scandalisé s'éleva dans la pièce. Les Serpentard se figèrent, certains lançant des regards indignés à Harry, tandis que d'autres lui jetaient des regards assassins.

Mais Harry continua, imperturbable.

« Alors, commençons par revenir ensemble sur les deux ou trois principes fondamentaux de la consanguinité, » dit-il d'un ton professoral. « Nous allons nous appuyer sur ce que j'aime appeler le paradoxe originel d'Adam et Ève. »

Il se retourna vers le tableau et, avec une application exagérée, traça les noms d'Adam et Ève en lettres capitales. Puis, sous leurs noms, il ajouta : Enfants.

« Postulons, » déclara-t-il, se tournant vers la classe, « que nos amis Adam et Ève aient eu des enfants. Jusque-là, tout va bien. Mais, mes chers camarades… » Il marqua une pause dramatique, son doigt traçant une ligne reliant les enfants d'Adam et Ève. « À votre avis, que se passe-t-il ensuite ? »

La classe éclata en chuchotements et en rires étouffés. Même Hermione, qui essayait de garder son sérieux, couvrit rapidement sa bouche pour masquer un sourire.

Crabbe et Goyle, cependant, se contentèrent de cligner des yeux, manifestement dépassés.

« Je vois qu'on suit bien, » continua Harry avec un sourire satisfait. « Mais ne vous inquiétez pas, nous allons approfondir ce sujet passionnant tout au long de notre cours. »

À la fin de sa présentation, il fit lever la main des élèves de sang pure, de sang mêlé et enfin de né mordu.

« Alors, que peut-on conclure de cette démonstration? » demanda-t-il, ses yeux balayant l'assemblée.

Luna, toujours fidèle à elle-même, leva la main la première, un sourire rêveur sur les lèvres. « D'après les recherches sur le sang magique, le sang neuf permet aux enfants d'éviter un certain nombre de maladies génétiques. »

Harry hocha la tête. « Exact, merci Luna. Maintenant, approfondissons un peu. »

Il se tourna vers le tableau et traça deux arbres généalogiques côte à côte. Le premier, bien ramifié, ressemblait à un chêne majestueux. Le second, à côté, était… beaucoup plus compact, avec des branches qui se recoupaient.

« Voici deux exemples d'arbres généalogiques. À gauche, un arbre diversifié. Solide, ramifié, plein de vitalité. À droite… » Il pointa le second dessin avec sa craie. « … un arbre de sang pur. Ou devrais-je dire, un buisson. »

Un murmure traversa la salle, mêlant amusement et indignation.

« Prenons un cas théorique, » poursuivit Harry, son ton restant sérieux. « Si deux membres d'une même famille décident d'unir leurs forces – enfin, génétiquement parlant – cela peut sembler inoffensif au début. Mais répétons cette expérience sur plusieurs générations, et que se passe-t-il? »

Il dessina un cercle autour de son "buisson", puis se tourna vers l'assemblée.

« Eh bien, vous obtenez des résultats intéressants. Une augmentation significative des maladies génétiques rares. Une baisse de la vitalité magique. Et, soyons honnêtes… un certain penchant pour des traits un peu, disons, prononcés. »

Il se retourna vers Crabbe et Goyle, toujours plantés devant le tableau.

« Vous voyez? » reprit Harry en se tournant vers la classe. « Ce n'est pas une question de sang pur ou de supériorité magique. C'est une simple question de biologie. Et voilà pourquoi l'introduction de sang neuf, que ce soit par des mariages avec des sang-mêlé ou des nés-Moldus, est essentielle pour la santé et la survie de la communauté magique. »

Il fit une pause, laissant ses paroles s'imprimer dans les esprits.

« Donc, pour résumer : plus vous diversifiez vos unions, plus vous assurez la vigueur de votre lignée. Et accessoirement… cela vous évitera d'avoir à expliquer pourquoi vos enfants ont un penchant pour mordre les rideaux. »

La salle éclata de rire, même Draco, bien que visiblement agacé, laissa échapper un sourire amusé avant de secouer la tête.


La suite du cours prit une tournure inattendue. Les élèves, jusque-là hésitants, commencèrent à se mêler les uns aux autres. Les groupes habituels se brisaient peu à peu, et des interactions qu'Harry n'aurait jamais cru possibles avaient lieu sous ses yeux.

Quelques Serpentard, d'abord distants, s'étaient rapprochés, observant avec curiosité leurs camarades manipuler des instruments qu'ils ne reconnaissaient même pas. Un Poufsouffle montrait fièrement à un Serdaigle comment produire un rythme correct avec un tambourin, tandis que Luna Lovegood faisait tournoyer un triangle avec un enthousiasme contagieux.

Ombrage, toujours profondément endormie sur sa chaise, émettait un ronflement sonore par moments. Chaque grondement nasillard semblait alléger un peu plus l'atmosphère, rappelant aux élèves qu'ils avaient enfin un espace à eux, loin de sa surveillance oppressante.

Mais ce qui frappa le plus Harry, c'était la scène qui se déroulait à l'autre bout de la salle.

Draco Malfoy était en train d'apprendre à Hermione Granger à jouer des arpèges à la guitare.

Harry plissa les yeux, persuadé d'avoir mal vu. Mais non : Hermione, visiblement concentrée, tenait maladroitement la guitare pendant que Draco, à côté d'elle, corrigeait sa posture avec une précision presque méticuleuse.

« Non, Granger, comme ça, » dit Draco d'un ton étonnamment patient, repositionnant délicatement les doigts d'Hermione sur le manche de la guitare. « Si tu n'appuies pas correctement, ça sonne comme un strangulot qui s'étouffe. Là, essaie encore. »

Harry observa la scène avec un plaisir inattendu. Voir Draco et Hermione interagir ainsi, sans animosité, était un spectacle qu'il n'aurait jamais cru possible. Une chaleur discrète se répandit en lui, une lueur d'espoir que les vieilles rivalités pouvaient s'estomper.

Mais cette quiétude fut soudain troublée par une présence derrière lui. Sentant une ombre se profiler, il se retourna légèrement, un soupçon d'agacement montant en lui. Son regard rencontra celui, perçant et sérieux, du professeur Snape.

« Je comprends ce que vous essayez de faire, Potter… » murmura Snape d'une voix basse, presque confidentielle. « Mais vous ne rendez pas service à mes Serpentard en agissant ainsi. »

Harry se renfrogna, ses sourcils se froncèrent. Il n'était pas surpris que Snape cherche à le critiquer, mais cette fois, quelque chose était différent. Il savait que le maître des potions avait pu pénétrer son esprit lors de cette nuit où tous avaient cru à un énième cauchemar. Depuis, il avait senti le regard de Snape peser sur lui, comme s'il essayait de déchiffrer un secret bien gardé. Il avait vu, il en était certain, tout ce qui lui était arrivé récemment à cause de la potion. Peut-être même savait-il pour le voyage dans le temps.

« Il faut bien que les mentalités changent avant que Voldemort n'arrive définitivement au pouvoir ! » répliqua Harry dans un chuchotement agacé.

Après tout, si Snape voyait une meilleure façon de faire, qu'il la propose au lieu de simplement le critiquer.

L'homme pinça les lèvres, son expression s'assombrissant davantage. « Vous pensez qu'il suffit de créer des liens d'amitié pour changer leur avenir ? Vous êtes naïf. » Il se pencha légèrement vers Harry, sa voix devenant plus grave. « Tout ce que vous parviendrez à faire, c'est de les exposer à des tourments encore plus grands. Quand viendra le moment de choisir entre la vie de leur famille et celle de leurs "nouveaux amis", que croyez-vous qu'ils feront ? »

Harry ouvrit la bouche pour répondre, mais Snape continua, implacable :

« Le Seigneur des Ténèbres n'hésitera pas à torturer, à tuer, pour faire de vos exemples des leçons. Draco, en particulier, sera la cible idéale. Il est déjà sous surveillance. Ce genre d'initiative pourrait bien lui coûter la vie. »

Ces mots frappèrent Harry comme une douche froide. Il n'avait pas envisagé cette possibilité. Bien sûr, il savait que Voldemort n'avait aucun scrupule, mais imaginer que ses efforts pour tendre la main à Draco puissent le mettre en danger… Cela le fit vaciller.

Puis une autre pensée s'imposa à lui. Lors de son dernier voyage, c'était précisément parce que Draco n'avait pas eu de véritables soutiens qu'il avait été tué. Ses "amis" avaient fini par le trahir…

« Si on ne fait rien, ils suivront Voldemort aveuglément, » murmura-t-il, plus pour lui-même que pour Snape. « Et un par un, ils se feront écraser par les membres de l'ordre. A la fin, ils seront tous soit mort, soit à Azkaban si je ne tente rien. »

Snape plissa légèrement les yeux, semblant évaluer la détermination d'Harry.

« Vous jouez avec des forces qui vous dépassent, Potter. Les alliances que vous essayez de créer ici sont comme des fils d'araignée – fragiles, éphémères. Et lorsqu'elles se brisent, elles laissent des cicatrices profondes. Vous croyez changer les mentalités, mais vous oubliez que chaque changement a un coût. ».

Harry hocha la tête, son regard revenant instinctivement vers Draco. Ce dernier venait de corriger Hermione une nouvelle fois, un sourire moqueur sur les lèvres, mais Harry voyait au-delà de l'arrogance habituelle.

Draco pouvait être convaincu. Ses amis aussi. Ce serait difficile, dangereux, mais il devait essayer. Il n'y avait pas d'autre choix.


« Je n'en reviens pas que ça se soit si bien passé ! » s'extasia Ron dans la salle commune, son sourire illuminant son visage. « C'était tellement drôle de voir le crapaud rose se réveiller complètement désorienté à la fin du club ! »

« Et l'air faussement outré de Snape ! » renchérit Fred, les yeux pétillant de malice.

« Qui aurait cru que cette vieille chauve-souris nous soutiendrait, hein ? » ajouta George, un rire moqueur dans la voix.

« Moi non plus, je n'y aurais pas cru si je ne venais pas de le vivre… » admit Hermione, l'air songeur. Ses doigts jouaient distraitement avec une mèche de cheveux, une habitude qui trahissait sa réflexion profonde. « Je commence réellement à croire à tes dons de voyance, Harry. Déguiser la D.A. en un club lambda… c'est du génie ! »

Harry esquissa un sourire, un mélange de fierté et de gêne. « De ta part, Mione, ça me touche. » Il baissa légèrement les yeux. Si seulement c'était entièrement vrai…

Après une soirée ponctuée de félicitations pour le franc succès de cette première session déguisée de l'Armée de Dumbledore, Harry ressentit le besoin de s'échapper. L'effervescence de la salle commune était devenue trop oppressante, et il savait exactement où trouver la paix qu'il cherchait : la volière.

L'air frais de la nuit l'accueillit alors qu'il gravissait les escaliers menant à la tour. Une chandelle vacillante à la main, il se faufila parmi les hiboux et les chouettes endormis, ses pas étouffés par le tapis de paille. Edwige, perchée près d'une fenêtre, le salua d'un roucoulement doux et familier.

Harry s'assit sur le sol, croisant les jambes, et posa son carnet et sa plume sur ses genoux. Il avait tant été absorbé par ses plans pour initier les Serpentard à l'Ordre qu'il n'avait cessé de repousser une tâche qu'il savait pourtant cruciale : écrire à Sirius.

Mais comment pouvait-on résumer en une lettre tout ce qu'on n'avait jamais pu dire?

Il prit une profonde inspiration, la plume tremblante dans sa main, et se mit à écrire, le cœur lourd mais déterminé.


Cher Sirius,

Il y a tant de choses que je voudrais te dire, mais je ne sais pas par où commencer. J'ai souvent rêvé de ce que ça aurait été de passer plus de temps avec toi, d'apprendre à te connaître au-delà des quelques instants que la vie nous a accordés. C'est étrange, n'est-ce pas? D'avoir l'impression de connaître quelqu'un par cœur alors qu'on a partagé si peu de moments ensemble.

Quand j'étais plus jeune, avant même de te rencontrer, j'avais cette idée vague de ce que pourrait être une famille. Pas les Dursley, évidemment, mais une vraie famille. Quand tu es arrivé dans ma vie, tout à coup, ce rêve a pris forme. Je ne pouvais pas m'empêcher d'imaginer une vie où tu serais là, où je pourrais enfin trouver un foyer – pas un endroit où vivre, mais quelqu'un avec qui vivre.

Je nous imagine souvent dans une petite maison, quelque part loin du chaos, peut-être près d'une forêt. Je t'apprendrais à apprécier mon poulet au curry – c'est ma seule vraie spécialité, mais je suis sûr que tu aimerais ça. Ensuite, on irait se promener, pas pour parler de Poudlard ou des Maraudeurs. Non, juste pour créer des souvenirs qui nous appartiendraient vraiment.

Nous ramasserions des champignons, nous chanterions des chansons idiotes, et peut-être même que nous essayerions d'imiter les oiseaux dans les arbres. Ça te semble idiot? Pas pour moi. Ce serait la journée la plus merveilleuse de ma vie.

Tu sais, c'est ce souvenir qui m'a permis de lancer mon Patronus, ce fameux soir au bord du lac. Ce n'était pas un souvenir réel, bien sûr – juste une image dans ma tête, un fantasme d'un moment que nous n'avons jamais vécu. Mais c'était suffisant pour me donner la force de tenir debout.

Sirius, tu n'es pas ma famille par le sang, et tu n'as jamais essayé de prétendre l'être. Mais tu es ma famille parce que tu l'as choisi, parce que tu m'as donné quelque chose que personne d'autre ne m'avait offert : un sentiment d'appartenance. Avec toi, pour la première fois, j'ai senti que je pouvais être plus qu'un survivant. Tu m'as donné une raison de croire que je pouvais être simplement Harry.

Je ne te l'ai jamais dit, mais je t'aime, Sirius. Pas seulement pour ce que tu m'as donné, mais pour ce que tu es. Pour ton courage, ta loyauté, et ta façon de toujours défier ce qui semble immuable.

Ton filleul qui t'aime,
Harry.


Harry relut la lettre, ses yeux brûlant d'émotion. Il s'essuya rapidement les larmes qui menaçaient de couler, puis plia soigneusement la feuille avant de la sceller dans une enveloppe.

« Tu peux faire ça pour moi, ma belle ? » murmura-t-il à Edwige, sa voix tremblante.

La chouette s'approcha, prenant délicatement l'enveloppe entre ses serres avant de s'envoler dans la nuit étoilée. Harry suivit son ascension du regard, son cœur battant à la fois de tristesse et d'espoir.

Alors que l'ombre blanche d'Edwige disparaissait au loin, il s'autorisa un faible sourire. Sirius saurait. Et c'était tout ce qui comptait.


Harry se surprit à ressentir un calme inhabituel durant les semaines qui suivirent. Ce n'était pas que tout allait bien – loin de là. Les journées étaient longues et éreintantes, partagées entre les révisions pour les examens et les responsabilités du club. Mais malgré la fatigue, il sentait une étrange sérénité l'envahir, comme si le fait d'être investi d'une mission dissipait les ténèbres qui pesaient habituellement sur son esprit.

Il n'y avait plus vraiment de place pour l'apitoiement. Chaque heure comptait. Chaque effort qu'il fournissait semblait tisser un avenir différent, un avenir où les rancunes entre maisons s'estomperaient au profit d'une union plus forte.

Après s'être publiquement ridiculisée devant Snape, Ombrage avait relâché sa surveillance sur leur soi-disant club de musique, au grand soulagement de tous. Elle continuait de rôder dans les couloirs comme une ombre menaçante, mais elle ne semblait plus s'intéresser à ce qu'ils faisaient réellement derrière les murs de la salle 203.

Harry était le premier à admettre que voir des Serpentard participer aux entraînements de défense était une expérience étrange. Et encore plus de les voir affronter les autres maisons avec un fair-play surprenant. Ce n'était rien de comparable à leurs affrontements habituels sur le terrain de Quidditch, où chaque match semblait être une bataille rangée.

Ce qui le surprit encore davantage, c'était les conversations qui naissaient entre eux. Un jour, lors d'une pause, Harry se retrouva face à Pansy Parkinson, qu'il n'aurait jamais imaginé écouter sérieusement.

« Tu sais ce qui fait notre force, Potter ? » lui avait-elle lancé un soir après un duel qui l'avait laissé à bout de souffle et transpirant.

Harry avait levé un sourcil, hésitant.

« Notre malice. »

Il avait ri, croyant à une plaisanterie, mais le sérieux dans ses yeux l'arrêta net.

« Je ne plaisante pas, » poursuivit-elle. « Les Gryffondor misent sur le courage, les Serdaigle sur l'intelligence, et les Poufsouffle sur la cohésion. Mais nous, les Serpentard, nous savons utiliser ce que les autres méprisent ou sous-estiment. La ruse. La capacité de retourner une situation à notre avantage, peu importe les circonstances. Ça, c'est notre vraie force. »

Harry était resté silencieux, absorbant ses paroles. Il n'avait jamais pensé à la malice comme une qualité, encore moins comme une force. Pourtant, il ne pouvait nier qu'elle avait raison. Au fil des séances, il avait vu les Serpentard surprendre leurs adversaires par des stratégies ingénieuses, parfois presque déconcertantes, mais toujours efficaces.

Ce fut une leçon difficile pour les autres membres de la D.A., habitués à un affrontement plus frontal. Mais Harry comprit rapidement que c'était justement cette diversité de compétences qui rendait leur groupe plus fort.

Il réalisa que, pour bâtir un véritable front uni contre Voldemort, il ne pouvait pas se contenter de valoriser le courage des Gryffondor ou la logique des Serdaigle. Il fallait aussi reconnaître cette ruse que beaucoup regardaient de haut, cette capacité des Serpentard à voir des angles que les autres ignoraient.

Et, à mesure que les semaines passaient, Harry commença à voir quelque chose d'inattendu se dessiner. Les barrières entre les maisons s'effritaient lentement. Des alliances improbables se formaient, des rivalités s'atténuaient.

Un jour, il surprit Neville en train de discuter calmement avec Theodore Nott, leurs têtes penchées sur un parchemin où ils esquissaient une stratégie défensive. Un autre soir, il vit Ginny rire à une blague de Blaise Zabini. Même Ron, bien que toujours méfiant, semblait avoir trouvé un adversaire respectable en Daphne Greengrass lors des duels.

Harry ne se faisait pas d'illusions. Les vieilles rancunes ne disparaîtraient pas du jour au lendemain, mais il se surprit à croire qu'un changement était possible. Pas à cause de lui, mais grâce à eux, à ce qu'ils construisaient ensemble.

C'était ça, la vraie victoire, pensa Harry. Pas seulement apprendre à se défendre, mais apprendre à se comprendre.

Et pourtant, il savait que la défense n'était qu'une partie de l'équation. Aussi essentielle soit-elle, elle ne pouvait suffire à souder véritablement un groupe. C'était la musique qui, d'une manière inattendue, avait offert à tous l'occasion de s'intégrer à un tout, de tisser des liens qui allaient au-delà des rivalités. Ensemble, ils créaient une harmonie que personne n'aurait pu imaginer dans cette école divisée.

La musique révélait des talents insoupçonnés. Draco, bien sûr, se distinguait avec une aisance naturelle, sa guitare semblant presque être une extension de lui-même. Mais d'autres surprises émergèrent également.

Ron, par exemple. Personne n'aurait jamais cru qu'il avait une voix de ténor capable de remplir une pièce entière avec une profondeur et une chaleur qui donnaient des frissons. La première fois qu'il avait chanté devant le groupe, il y avait eu un silence stupéfait avant que les applaudissements n'éclatent. Harry se souvenait encore de l'expression de Ron, un mélange d'embarras et de fierté, comme s'il n'arrivait pas à croire qu'il possédait ce don.

Mais le plus drôle, c'était l'effet qu'il avait désormais sur les filles du club. Ron, qui avait toujours eu du mal à attirer leur attention, était maintenant la coqueluche des membres féminins. Elles venaient l'encourager, lui demander des conseils pour chanter, ou simplement écouter sa voix. Hermione, de son côté, n'était pas exactement ravie de cette soudaine popularité. Harry avait remarqué la façon dont elle serrait les mâchoires ou levait les yeux au ciel lorsque Ron était entouré d'admiratrices.

Et Harry? Il savait qu'il n'était pas particulièrement doué. Que ce soit pour chanter ou jouer d'un instrument, il manquait de talent naturel. La plupart du temps, il se contentait d'apprécier les progrès de ses camarades, un sourire sincère aux lèvres en voyant leur enthousiasme. Mais ce qu'il aimait par-dessus tout, c'était écouter Draco.

Le Serpentard avait un talent indéniable pour la musique, et pas seulement en tant qu'interprète. Il composait également ses propres morceaux, des mélodies qui semblaient empreintes d'une intensité presque douloureuse, comme si chaque note portait une part de lui. Lorsque Draco jouait, tout le monde écoutait, et Harry… Harry ressentait quelque chose de différent, quelque chose qu'il n'arrivait pas tout à fait à nommer.

Harry se surprenait à attendre avec impatience ces moments où Draco prenait sa guitare pour jouer l'un de ses morceaux. Il aimait observer ses doigts courir sur les cordes, si sûrs et précis, tandis que son visage restait concentré, presque impassible. Chaque note semblait porter une part de lui, révélant une profondeur que Harry n'aurait jamais soupçonnée.

Ces instants étaient devenus une source de sérénité pour Harry, un rare répit dans le chaos de ses journées. Mais ce sentiment de calme fut mis à rude épreuve le jour de la Saint-Valentin.

Ce vendredi-là, Harry passa une matinée des plus étranges. Alors qu'il s'installait à la table des Gryffondor pour le petit-déjeuner, un grand-duc majestueux vint se poser devant lui, les serres encombrées de paquets soigneusement enveloppés.

Harry fronça les sourcils, son cœur battant un peu plus vite. Une réponse de Sirius? pensa-t-il avec espoir. Mais son enthousiasme s'évanouit lorsqu'il ouvrit le premier paquet. Il contenait une sélection opulente de chocolats en forme de cœur. Le suivant ? Des pâtisseries délicates, encore tièdes. Puis des fruits exotiques, si bien arrangés qu'ils semblaient sortis d'un banquet royal.

Un frisson de panique parcourut Harry. Il jeta un regard autour de lui, cherchant des indices. Tout cela n'avait rien d'un geste anodin.

Il savait qu'à cette époque, il était censé échanger son premier baiser avec Cho Chang. Mais cette idée lui semblait désormais absurde, presque risible. Rejouer cette parodie amoureuse? Pas question.

À la place, il avait pris Cho à part pour lui parler de ce qu'elle cherchait vraiment : la vérité sur la mort de Cedric. Harry savait que ce lien qu'elle avait cherché à établir avec lui n'était qu'un écho de sa douleur, une tentative désespérée de s'accrocher à la mémoire de Cedric, ce garçon brave et généreux emporté si injustement. Ce fut un moment lourd d'émotions, mais nécessaire, et il sentit que, pour la première fois, elle trouvait une forme de paix.

SI ce n'était pas Cho qui lui avait envoyé ces patisseries, alors qui ? D'un regard circulaire, il remarque que Hermione avait levé les yeux de son livre, Ron restait bouche bée, et Ginny semblait particulièrement mal à l'aise, triturant le bord de son assiette sans oser croiser son regard.

Ginny? pensa-t-il un instant. Mais il balaya rapidement cette idée. À cette époque, elle était encore bien loin de devenir la fille fière et indépendante qu'il connaissait dans le futur. Elle n'avait même pas encore retrouvé assez d'assurance pour lui parler sans rougir. Non, cela ne pouvait pas être elle.

Il se tourna alors, presque machinalement, vers la table des Serpentard. Et là, son regard croisa celui de Draco.

Mais ce n'était pas un Draco au visage empourpré, honteux d'avoir été découvert. Non. C'était un jeune homme fier, indolent, le torse légèrement bombé, un sourire satisfait jouant sur ses lèvres. Tout dans son attitude trahissait une certaine arrogance, une maîtrise totale de la situation.

Puis Harry vit ses lèvres bouger. Draco articula très nettement, très délibérément :

« Mange. »

Harry sentit son visage chauffer, non de gêne, mais d'exaspération.

Il roula des yeux, attrapa une luxueuse pâté à la citrouille, et mordit dedans avec une certaine défiance, comme pour prouver qu'il n'allait pas se laisser impressionner.

Mais dès que la douceur subtile du goût envahit sa bouche, il sut qu'il était perdu. Jamais, dans aucune ligne temporelle, il n'avait mangé quelque chose d'aussi délicieux.

Il jeta un nouveau coup d'œil à Draco, qui le regardait toujours avec cet air supérieur. Mais au lieu d'en être agacé, une idée troublante traversa l'esprit du griffondor, quelque chose qu'il aurait eu du mal à formuler à haute voix.

Se faire courtiser, c'était… agréable, non?

Il ne savait pas si le mot était juste. Désiré. Était-ce cela?

Harry mâcha lentement, son regard ne quittant pas celui de Draco. Et pour la première fois, il se surprit à penser que peut-être, juste peut-être, il n'était pas aussi indifférent à ce genre d'attention qu'il l'avait toujours cru.

Harry n'était cependant pas au bout de ses peines. Ce jour-là, le club se réunissait, et la session avait été particulièrement intense. Les cours de défense mêlés à la musique avaient laissé les membres fatigués mais satisfaits. Tous, sauf Draco, apparemment.

Lorsque la séance toucha à sa fin, tous les autres membres quittèrent la salle, leurs éclats de rire et leurs discussions animées s'éloignant dans les couloirs. Harry, lui, resta derrière, tentant de s'accrocher à l'ambiance de la soirée.

Draco aussi était resté. Et il ne fut pas tendre.

Alors que Harry s'essayait maladroitement à chanter une chanson que Draco avait lui-même interprétée avec brio lors du procès, sa voix trébucha sur une note difficile. Draco, qui l'observait depuis l'autre bout de la salle, éclata de rire, son sourire moqueur illuminant son visage.

« Tu n'es vraiment pas dans ton élément, Potter, » lança-t-il, son ton acerbe tranchant comme une lame.

Harry baissa les yeux, tentant de cacher sa déception. Il avait espéré que cette tentative toucherait Draco, qu'il pourrait, d'une manière ou d'une autre, l'impressionner. Mais ce rire moqueur résonnait comme un échec cuisant.

Il haussa les épaules, cherchant à masquer son malaise.

Draco, cependant, sembla remarquer quelque chose dans son regard, une ombre de déception qui lui fit perdre de sa superbe. Son sourire moqueur s'effaça, remplacé par une expression plus douce. Il se leva de sa chaise et s'assit à côté de Harry, posant sa guitare sur ses genoux.

« Le problème, Harry, » dit-il d'un ton plus calme, « c'est que tu essaies de m'imiter. Ce n'est clairement pas ton style. »

Harry releva les yeux, surpris par ce changement d'attitude.

« Et quel serait mon style, alors ? » demanda-t-il, une grimace de dépit sur le visage.

Draco haussa légèrement les épaules. « Ça, c'est à toi de le trouver. Ça fait partie de ton identité. On ne peut pas te l'apprendre. »

Harry cligna des yeux, abasourdi. « Oh, » répondit-il simplement, bien qu'il ne se sente pas plus éclairé.

Draco roula des yeux, agacé, et d'un geste brusque, il arracha la guitare des mains de Harry.

« Moi, par exemple, » déclara-t-il en ajustant les cordes, « pourquoi, à ton avis, je chante dans un style folk ? »

Harry ouvrit la bouche, mais aucun son ne sortit. Pourquoi en effet? Il n'avait jamais réfléchi à ce qui faisait de Draco un chanteur si singulier. Maintenant qu'il y pensait, il se sentit un bien mauvais élève sous le regard perçant de Draco, bleu-gris et exigeant.

Voyant son hésitation, Draco soupira avec une lassitude exagérée.

« Très bien, Potter, écoute-moi. Je vais te chanter quelque chose. À la fin de cette chanson, je veux une réponse intelligente. Tu crois pouvoir gérer ? »

Harry hocha vivement la tête, trop reconnaissant pour cette acalmie.

Draco prit une profonde inspiration, ajusta sa posture, et commença à jouer. Ses doigts dansèrent sur les cordes, et une mélodie douce et mélancolique emplit la salle vide.

Puis sa voix s'éleva, claire et maîtrisée, comme une confession murmurée au clair de lune. Chaque mot semblait chargé d'émotion, chaque note comme une vérité qu'il osait à peine révéler.

Everyone's born as clean as a whistle

As fresh as a daisy

And not a bit crazy

Staying that way's a hard row for hoeing

As rough as a briar

Like walking through fire

This world, it's dark

This world, it's scary

I've taken some hits, so

No wonder I'm wary

It's why I

Need you

Harry sentit un frisson lui parcourir l'échine. Il ne pouvait s'empêcher de fixer Draco, fasciné par l'intensité de son interprétation. La salle de classe, d'ordinaire froide et impersonnelle, semblait s'être transformée en un sanctuaire intime où seules leurs présences comptaient.

Ce n'était pas qu'une chanson, réalisa-t-il. C'était une part de Draco, mise à nu.

You're as pure as the driven snow

Everyone wants to be like a hero

The cake with the cream, or the doer not dreamer

Doing's hard work, but it takes some to change things

Like goat's milk to butter

Like ice blocks to water

This world goes blind

When children are dying

I turn into dust, but

You never stop trying

It's why I

Love you

Ce fut à cet instant précis que les choses dégénérèrent.

Harry, qui avait réussi jusque-là à maintenir une façade de contrôle, sentit toutes ses barrières voler en éclats. Une onde de désir et de frustration, si puissante qu'elle en était presque douloureuse, le submergea. La guitare tomba au sol dans un fracas sourd, mais il n'y prêta aucune attention.

Il s'était jeté sur Draco, ses mains trouvant ses épaules, ses lèvres s'emparant des siennes avec une urgence presque désespérée. C'était comme si une digue avait cédé, libérant des émotions qu'il avait trop longtemps réprimées.

Harry savait pourquoi il avait été si prudent jusque-là. À chaque saut dans le temps, leurs corps devenaient plus jeunes, et cette pensée seule suffisait à lui nouer l'estomac. Il était hors de question qu'il se perde dans le désir pour un Draco de quinze ans, même s'il l'aimait plus que tout. Dans son esprit, il était un homme de vingt ans – peut-être plus. Mais à cet instant précis, ces considérations s'étaient effacées.

Il ne voyait plus qu'une chose : Draco, là, devant lui. Ce regard bleu-gris qu'il aimait tant. Ces lèvres qu'il avait tant rêvé de retrouver.

Le baiser était d'une intensité presque brutale, arraché avec la force d'un besoin trop longtemps ignoré. Ils basculèrent, Draco entraîné dans cet élan incontrôlable, jusqu'à ce que leurs corps s'entremêlent sur le sol froid de la salle de classe.

Harry sentit les mains de Draco sur lui, d'abord hésitantes, comme si le blond était pris de court par cette soudaine passion. Mais rapidement, elles se firent plus fermes, plus possessives.

Draco rompit le baiser, haletant, son souffle erratique se mêlant à celui de Harry. Ses yeux étaient brûlants, une étincelle féroce y dansant, et pourtant, une ombre d'hésitation traversa son regard.

« Le sucre des chocolats te monte à la tête, Potter? » murmura-t-il, sa voix rauque, mêlant moquerie et trouble, comme s'il tentait de masquer la tempête d'émotions qui grondait en lui.

Harry ouvrit la bouche, mais aucun mot ne vint. Au lieu de répondre, il se pencha légèrement et, d'un geste audacieux, lécha doucement les lèvres de Draco, une lueur taquine brillant dans ses yeux verts alors qu'il se pressait de tout son poids contre l'entrejambe du blond.

Le geste fit résonner un grondement sourd dans la poitrine du Serpentard, un son guttural et primal qui fit vibrer l'air entre eux.

Avant que Harry ne puisse s'éloigner, Draco resserra sa prise sur lui, l'attirant contre son torse d'un mouvement brusque, possessif. La force de cette étreinte fit battre le cœur de Harry plus vite, un mélange de surprise et d'excitation le traversant.

« Tu es à moi, » murmura Draco, sa voix basse mais vibrante d'une intensité farouche. Ses yeux, fixés sur ceux de Harry, brillaient d'une lueur ardente, comme si cette déclaration était une promesse autant qu'un avertissement. « Et je ne laisserai personne te faire du mal…PLUS JAMAIS…. »

Ces mots, empreints d'une possessivité brutale, firent frissonner Harry. Pas de peur, non – mais d'une émotion qu'il avait rarement ressentie, un sentiment de sécurité mêlé à une tension électrique.

Draco n'était pas simplement en train de le revendiquer comme compagnon. Il lui assurait aussi une protection dont le griffondor n'était pas certain de connaître tous les enjeux. Il déglutit, son regard captif de celui de Draco. Puis, d'une voix douce mais ferme, il répondit :

« Je ne vais nulle part. »

Ses mains, toujours agrippées aux épaules du blond, resserrèrent leur prise. Il n'avait jamais été aussi sûr de quelque chose de sa vie. Draco pouvait avoir toutes les craintes du monde, toutes les colères et les doutes, mais une chose était certaine : Harry reviendrait toujours à lui.

Draco resta silencieux un long moment, ses yeux parcourant chaque recoin du visage de Harry, comme s'il cherchait à y lire une vérité profonde, une certitude absolue. La tension entre eux était presque palpable, un fil invisible mais incandescent les reliant. Puis, sans un mot, dans un mouvement empreint d'une détermination farouche, il se pressa contre lui.

Leurs souffles se mêlèrent, leurs corps s'enchevêtrèrent. Ils ne quittèrent pas leurs vêtements, mais cela n'enlevait rien à l'intensité de ce moment. C'était désordonné, presque maladroit, mais terriblement brut et réel.

Harry sentait chaque mouvement de Draco contre lui, chaque pression, chaque tremblement. À travers le tissu, il percevait l'évidence de son désir, cette tension physique irrépressible qui montait en eux. Draco le voulait, le réclamait sans détour, et cette simple vérité fit s'emballer le cœur de Harry.

Les frictions, bien que simples, étaient presque insupportablement excitantes. La chaleur de Draco contre lui, la fermeté de ses mains agrippant ses hanches, le rythme désespéré de leurs corps cherchant à combler une faim qu'ils n'avaient pas osé avouer… tout cela le consumait.

Les mouvements devinrent plus insistants, plus chaotiques. Harry, submergé, sentit sa respiration se briser en halètements irréguliers. La pression contre lui, cette connexion si intime, si physique, le poussa au bord de l'abîme. Il tenta de retenir le cri qui montait en lui, mais c'était impossible. Une vague de plaisir intense et fulgurante le traversa, l'emportant dans un tourbillon de sensations.

Un dernier gémissement lui échappa alors qu'il se laissait aller, son corps vibrant d'une satisfaction qu'il n'avait jamais connue. Draco, lui aussi, atteignit ce point de non-retour, son souffle saccadé se mêlant au sien alors qu'il s'abandonnait dans un élan final.

Ils restèrent là, allongés sur le sol de la salle de classe, essoufflés, leurs vêtements collants et froissés, mais leurs cœurs battant en un même rythme apaisé.

Pour Harry, c'était comme s'il avait attendu cette libération toute sa vie. Il n'y avait rien d'élégant ou de parfaitement maîtrisé dans ce qu'ils venaient de partager, mais c'était précisément ce qui le rendait si parfait.

Draco, les yeux mi-clos, tourna la tête vers lui. Sa respiration commençait à ralentir, mais son expression restait empreinte d'un mélange de contentement et de possessivité.

Harry, à bout de souffle, osa un sourire. Ce n'était pas seulement une satisfaction physique qu'il ressentait, mais quelque chose de plus profond, comme si une pièce manquante de son existence venait de retrouver sa place.

Ils restèrent ainsi un long moment, silencieux, enveloppés dans la chaleur de l'instant. Harry savait que rien dans leur vie n'était simple, que des tempêtes les attendaient probablement à chaque tournant. Mais pour cette nuit, tout semblait en paix.

Enfin, pensa-t-il, ils s'étaient retrouvés.


Les semaines qui suivirent cette Saint-Valentin presque irréelle furent comme un rêve éveillé pour Harry. Il se sentait léger, presque insouciant, porté par un mélange de bonheur adolescent et d'un amour qu'il n'avait jamais cru possible.

À chaque coin de couloir, il trouvait une excuse pour voler un baiser à Draco. Parfois, ces baisers étaient doux, pleins de tendresse retenue; d'autres fois, ils étaient empreints d'une passion brute, sauvage, qui lui faisait tourner la tête. Draco, avec son sourire en coin et ses répliques acérées, savait exactement comment le faire fondre.

Harry adorait ça.

C'était nouveau, c'était grisant, et pour la première fois, il se sentait comme un garçon de quinze ans normal, amoureux, impatient de chaque moment volé.

Un soir, alors qu'ils s'étaient réfugiés dans un coin reculé de la bibliothèque pour échanger des baisers au lieu de réviser, ils furent interrompus par un regard sévère de Hermione.

« Vous pourriez au moins essayer de faire semblant d'étudier, » murmura-t-elle, exaspérée, en tournant une page de son manuel.

Harry, le visage rouge de gêne, tenta un sourire désarmant, mais Hermione, imperturbable, plissa les yeux.

« Et la prochaine fois, les garçons, » ajouta-t-elle avec une ironie mordante, « n'échangez pas vos cravates entre deux bains. Ce serait déjà plus discret. »

Draco, surpris, baissa les yeux vers la cravate de Harry qu'il portait nonchalamment autour de son cou. Il ouvrit la bouche pour répliquer, mais rougit violemment à la place. Harry ne put retenir un éclat de rire nerveux, tandis qu'un sourire amusé flottait sur les lèvres de Draco.

C'est dans cette atmosphère mêlée de gêne et de complicité qu'un hibou noir entra par une fenêtre entrouverte, laissant tomber une lettre devant eux.

Harry tendit la main pour la récupérer, mais ce fut Draco qui s'en empara, reconnaissant immédiatement le sceau.

« C'est de Severus, » dit-il avec une curiosité mal dissimulée.

Harry fronça les sourcils, une légère appréhension se formant dans son estomac.

« Il nous invite à le rejoindre dans ses appartements, » lut Draco à voix haute, un sourire amusé flottant sur ses lèvres.

« Pourquoi… pourquoi ferait-il ça? » demanda Harry, soudain nerveux.

Draco haussa les épaules, un éclat de bonne humeur dans ses yeux.

« Ça lui arrive parfois de m'inviter à prendre le thé, » répondit-il avec un ton désinvolte. « Il est mon parrain, après tout. »

Harry esquissa un sourire en retour, mais une tension sourde continuait de s'installer en lui. Il connaissait Snape, et il savait que l'homme n'envoyait pas ce genre de message sans une raison sérieuse.

Ils se dirigèrent ensemble vers les appartements du maître des potions, échangeant des hypothèses à mi-voix sur les raisons de cette invitation.

Quand ils franchirent le seuil, ce qu'ils découvrirent les laissa sans voix.

Snape était là, bien sûr, vêtu de ses habituels vêtements sombres, une tasse de thé posée devant lui. Mais il n'était pas seul.

Assise avec une élégance presque irréelle se trouvait une femme d'une beauté époustouflante. Ses cheveux noirs de jais cascadaient en une onde soyeuse autour de ses épaules, et ses traits délicats étaient empreints d'une grâce exotique. Ses yeux en amande, sombres et pénétrants, semblèrent immédiatement évaluer Harry et Draco alors qu'ils restaient plantés sur le seuil.

Harry sentit son estomac se nouer davantage. Il avait l'impression d'avoir déjà rencontré cette femme quelques part…

« Entrez, ne restez pas plantés là comme deux trolls dans un magasin de porcelaine, » gronda Snape, son ton plus sec que d'habitude.

Draco esquissa un sourire nerveux avant de tirer doucement Harry à l'intérieur.

« Je vous présente Nagini… » déclara Snape d'un ton neutre, son regard glissant sur eux comme un scalpel, pesant leurs réactions.

Harry sentit son souffle se couper. Nagini.

Nagini le regarda, ses yeux sombres le détaillant avec une étrange douceur, comme si elle percevait ses pensées tourmentées.

« Vous semblez surpris, Harry Potter, » dit-elle, sa voix douce, presque chantante, mais teintée d'une gravité indéniable.

Harry ouvrit la bouche, mais aucun son n'en sortit. Comment était-ce possible? La dernière fois qu'il avait vu cette femme-serpent, c'était dans une autre ligne temporelle, lorsqu'il avait tenté de la convaincre de rejoindre l'ordre.

« Comment? » murmura-t-il enfin, son regard passant de Nagini à Snape, cherchant des réponses.

Snape croisa les bras, son expression indéchiffrable, comme toujours.

« J'ai pris certaines libertés, » déclara-t-il avec froideur.

Nagini esquissa un sourire triste, posant une main délicate sur la table devant elle.

« Severus m'a libérée, » expliqua-t-elle doucement, son regard se perdant dans le vide, comme si elle revivait un souvenir douloureux. « Pendant des années, j'ai été enfermée dans cette forme, ma conscience emprisonnée par la magie noire de Voldemort. J'étais sa servante, son arme… son esclave. »

Ses derniers mots flottèrent dans l'air, lourds de douleur. Harry sentit une boule se former dans sa gorge.

« Mais Severus… » continua-t-elle, tournant son regard vers le maître des potions, et pour la première fois, son expression s'adoucit. « Il m'a vue. Pas comme une créature. Pas comme une Horcruxe. Mais comme une personne. Il a risqué sa vie pour briser ce lien. Il m'a rendue à moi-même. Je lui dois tout. Ma liberté, ma vie. Et peut-être plus encore. »

Il y avait une lueur dans ses yeux, une affection indéniable lorsqu'elle regarda Snape. Harry en resta interdit. Il n'avait jamais, jamais imaginé que quelqu'un puisse regarder Snape de cette façon.

Draco, lui aussi, semblait stupéfait, mais il retrouva rapidement son aplomb.

« Alors, que faites-vous ici? » demanda-t-il d'un ton tranchant, sans doute pour cacher son trouble.

Snape tourna lentement la tête vers lui, ses traits plus sévères que jamais.

« Nagini n'est pas simplement une survivante de Voldemort. Elle porte en elle une part de sa magie, tout comme Potter. »

Le regard de Draco se fixa instantanément sur Snape.

« Quoi? »

Snape lança un regard à Harry, un regard si bref qu'il semblait s'assurer qu'Harry était prêt à supporter cette conversation. Puis il reporta son attention sur son filleul.

« Harry et Voldemort sont liés par quelque chose de plus profond que la haine ou le hasard. »

Draco fronça les sourcils.

« Liés? Que voulez-vous dire? »

« Ce que je veux dire, c'est que lorsqu'Harry a survécu à l'attaque de Voldemort enfant, une partie de son âme s'est ancrée en lui. Voldemort a littéralement fait de Harry un fragment de lui-même, un Horcruxe vivant. »

Le silence qui suivit fut presque assourdissant.

Draco regarda Harry, ses yeux s'écarquillant légèrement tandis que le poids de cette révélation s'abattait sur lui.

« Alors… ça veut dire… »

Snape hocha la tête, ses traits plus sombres que jamais.

« Cela signifie que, tant que cette part de Voldemort existe en Harry, le Seigneur des Ténèbres ne peut jamais être véritablement détruit. »

Draco déglutit, son regard se durcissant alors qu'il assimilait cette vérité.

« Et Harry? » demanda-t-il, sa voix plus basse. « Que se passe-t-il pour lui? »

Snape croisa les bras, comme pour se protéger de ses propres paroles.

« L'un ne peut vivre tant que l'autre survit, » déclara-t-il finalement, ses mots tombant comme une sentence.

Draco resta figé, ses traits figés par l'incrédulité et l'horreur. Son regard dériva de Snape à Harry, et il sembla chercher quelque chose, une explication, une confirmation.

Harry, incapable de supporter ce silence tendu, murmura:

« C'est vrai. »


Le silence s'étira entre eux tandis qu'ils marchaient dans les couloirs déserts de Poudlard. Les torches accrochées aux murs projetaient des ombres vacillantes sur leurs visages tendus. Harry, encore sous le choc de la révélation, chercha désespérément à détourner la conversation, à alléger ce poids insupportable.

« Alors… » commença-t-il maladroitement, les mains enfouies dans ses poches. « Tu penses que Snape et Nagini… Enfin, qu'il y a quelque chose entre eux ? »

Draco haussa un sourcil, son amusement s'estompant légèrement alors qu'il se tournait pour lui faire face.

« Pourquoi pas ? » murmura-t-il d'un ton sérieux, presque contemplatif. « Severus est brillant, loyal… et il vient de nous prouver qu'il est capable de grandes choses. Mais tout ça… ce qu'il a fait pour elle, c'est insignifiant comparé à toi, Harry. »

Harry sentit un frisson désagréable le parcourir, mais il tenta de garder un ton léger.

« Comparé à moi ? »

Draco hocha la tête, son regard brillant d'une admiration à peine contenue.

« Tu n'es pas juste un sorcier, Harry. Tu es… quelque chose de bien plus grand. Même Voldemort n'est rien face à toi. »

Harry s'arrêta brusquement, se retournant pour faire face à Draco, le visage rouge de colère.

« Arrête ! » aboya-t-il, sa voix résonnant dans le couloir vide.

Draco, surpris, recula légèrement, mais Harry continua, son regard sombre et féroce.

« Tu ne comprends rien, Draco ! Je ne suis pas grand, ou puissant, ou quoi que ce soit d'autre. Je suis juste un garçon. Un garçon qui a eu la malchance d'être mêlé à tout ça ! »

Draco resta silencieux un moment, ses yeux toujours fixés sur Harry. Puis, avec une lenteur calculée, il s'approcha de lui.

« Tu es bien plus que ça, » murmura-t-il finalement, sa voix basse mais ferme.

Avant qu'Harry ne puisse protester, Draco prit sa main dans les siennes et, dans un geste à la fois tendre et solennel, l'effleura de ses lèvres.

Harry sentit son cœur se serrer, pris entre l'émotion et l'incrédulité.

« Je comprends, » déclara Draco en relevant les yeux, son ton empreint d'une gravité nouvelle. « Je comprends que tu n'aies jamais voulu ça. Que tu te sentes prisonnier de ce rôle qu'on t'a imposé. Mais tu es aussi mon compagnon. Et je ferai tout, tout ce qui est en mon pouvoir, pour te protéger. »

Harry ouvrit la bouche pour répondre, mais les mots lui manquèrent. La sincérité dans les yeux de Draco, cette promesse silencieuse, le toucha plus profondément qu'il ne l'aurait cru.

Et bien qu'il ne puisse pas encore mettre des mots sur ce qu'il ressentait, pour cet instant, Harry laissa simplement Draco tenir sa main, trouvant dans ce contact une forme de réconfort.


Une lumière douce filtrait à travers les rideaux alors que Harry émergeait d'un sommeil quelque peu agité. Un léger bruit attira alors son attention.

Hedwige, perchée sur le rebord de la fenêtre, fixait Harry avec ses yeux perçants, son plumage immaculé brillant sous les rayons du soleil. Elle paraissait presque… fière, un air de satisfaction dans son attitude. Harry se redressa d'un bond en remarquant le courrier attaché à sa patte.

Mais ce n'était pas n'importe quel courrier.

Le cœur de Harry bondit dans sa poitrine en reconnaissant l'écriture familière sur l'enveloppe. Sirius.

Un flot d'émotions contradictoires le submergea: joie, soulagement, impatience, mais aussi une pointe de crainte. Qu'allait-il trouver dans cette lettre? Qu'allait dire Sirius en apprenant tout ce qui s'était passé?

Les mains tremblantes d'excitation, il détacha le courrier et brisa le cachet avec une précipitation presque fébrile.

Mon cher Harry,

Je ne saurais trouver les mots justes pour te décrire ce que ta lettre m'a fait ressentir. Je l'ai lue et relue, encore et encore, jusqu'à ce que les phrases dansent sous mes yeux. Je ne savais pas que l'on pouvait ressentir à la fois tant de fierté, de douleur et d'amour.

D'abord, ce que j'ai lu dans le Daily Prophet... Harry, pourquoi n'en as-tu jamais parlé? Pourquoi n'as-tu rien dit à personne? Pas à Dumbledore, pas aux Weasley, pas même à moi? La seule pensée que tu as pu souffrir autant, et que tu as gardé tout cela pour toi, m'est insupportable.

Ces Dursley… Ces monstres! Si je pouvais, je leur ferais payer chaque moment où ils t'ont fait du mal. Tu n'étais qu'un enfant, Harry. Comment ont-ils pu te traiter ainsi? Comment ont-ils pu fermer les yeux sur l'enfant exceptionnel que tu es?

Mais plus que la colère, c'est la tristesse qui m'envahit. Ton désir si simple, si pur : avoir quelqu'un pour s'occuper de toi. Harry… Je n'ai pas les mots. J'ai échoué. Moi, ton parrain. J'aurais dû être là. J'aurais dû te protéger.

Mais sache une chose: je ne referai jamais cette erreur.

Quand nous vivrons ensemble – et crois-moi, cela arrivera – je veux que tu oublies toutes ces années de privations et de solitude. Tu dis vouloir cuisiner pour moi? Absolument pas, jeune homme! Pas parce que je ne veux pas goûter ton fameux poulet au curry (bien que je sois curieux). Mais parce que tu n'as plus à te soucier de ce genre de choses.

Je veux que tu te reposes. Je veux que tu apprennes ce que signifie être pris en charge, aimé sans condition. Moi, je ne suis pas un grand cuisinier – on m'a élevé à coups de baguettes magiques et de plats servis par des elfes. Mais il existe ces choses merveilleuses qu'on appelle livraisons à domicile, et je te promets qu'on en profitera sans honte.

J'ai réfléchi, Harry. Que dirais-tu de partir loin? Très loin. J'ai entendu dire que les États-Unis ont de vastes espaces sauvages, des forêts immenses où l'on pourrait se cacher, vivre en paix. Juste toi et moi.

Je rêve de nous imaginer là-bas, loin de cette guerre, loin de cette maison qui me dévore à chaque instant. Nous pourrions construire une nouvelle vie, Harry. Une vie où tu pourrais être libre, vraiment libre. Pas "le Garçon qui a survécu". Juste Harry. Mon filleul.

Je sais que tu portes des responsabilités qui dépassent ton âge, et cela me brise. Je voudrais pouvoir tout prendre sur mes épaules à ta place. Si je pouvais échanger ma vie contre la tienne pour te laisser respirer, ne serait-ce qu'un instant, je le ferais sans hésiter.

Mais tu es plus fort que tu ne le réalises. Chaque jour, tu fais face à des horreurs que d'autres ne pourraient même pas imaginer, et tu tiens bon. Mais je veux que tu saches qu'il n'y a aucune honte à poser ce poids de temps en temps. Je suis là pour le porter avec toi.

Dumbledore ne vient plus à Square Grimmaurd depuis sa condamnation. Et c'est bien. Cela nous a permis de recentrer nos vies sur ce qui compte vraiment: toi. Nous tous, nous veillons sur toi, même si tu ne le vois pas.

Snape m'a dit que tu dirigeais un club, une sorte d'armée clandestine? J'en suis tellement fier. J'aurais aimé être à Poudlard pour voir cela. Alors continue d'écrire, continue de me raconter tout. Chaque mot que tu m'envoies est un trésor que je garde précieusement.

Tu es ma famille, Harry. La seule que j'ai. Et je t'aime plus que tout au monde.

À très bientôt,
Sirius.

Harry replia la lettre avec soin, les mains légèrement tremblantes. Il laissa échapper un soupir, mais celui-ci était empreint de soulagement, d'une douceur rare dans sa vie mouvementée. Les mots de Sirius résonnaient encore en lui, comme une lumière apaisante qui chassait l'obscurité.

Des larmes roulèrent silencieusement sur ses joues. Mais cette fois, ce n'étaient pas des larmes de tristesse ou de frustration. Non, c'était une joie pure, sincère, presque enfantine.

Se levant avec une énergie renouvelée, il se prépara pour la journée, un sourire indéfectible sur les lèvres.

Cependant, en arrivant dans la grande salle, son pas assuré se ralentit. Quelque chose n'allait pas.

Le brouhaha habituel du petit-déjeuner était absent. Le silence pesait lourdement sur la pièce, et tous les regards se tournaient vers lui dès qu'il franchit le seuil. Une tension palpable emplissait l'air, si épaisse qu'il pouvait presque la toucher.

Harry sentit son cœur s'alourdir, l'euphorie de quelques instants plus tôt se fissurant lentement.

Ron et Hermione l'attendaient, assis côte à côte. Ron semblait mal à l'aise, triturant nerveusement sa serviette, tandis qu'Hermione gardait les yeux baissés, comme si elle craignait de croiser son regard.

« Qu'est-ce qui se passe? » demanda Harry, son ton plus sec qu'il ne l'aurait voulu.

Hermione lui tendit silencieusement un exemplaire du Daily Prophet.

« Harry… je… je suis désolée, » murmura-t-elle, sa voix brisée par une émotion qu'elle tentait de contenir.

Harry fronça les sourcils, pris d'une vague d'appréhension. Il attrapa le journal et le déplia rapidement. Dès qu'il posa les yeux sur la une, son cœur sembla s'arrêter.

"Tragédie à Little Whinging : les Dursley retrouvés assassinés dans leur domicile."

Le titre, en grosses lettres noires, lui sauta aux yeux comme un coup de poing. En dessous, une photo de la maison du 4, Privet Drive, entourée de bandes jaunes, avec des aurors et des policiers moldus s'affairant sur les lieux.

Harry sentit son estomac se nouer alors qu'il lisait les premières lignes:

"Le monde des Moldus et celui des sorciers sont secoués par une nouvelle choquante. Vernon, Petunia et Dudley Dursley ont été retrouvés sans vie dans leur résidence de Little Whinging. Les corps présentent des blessures mystérieuses que les experts moldus ne parviennent pas à expliquer. Selon des sources proches du ministère, il s'agirait potentiellement d'un acte lié à la magie noire…"

Harry arrêta de lire. Sa vision se brouilla, et sa gorge se serra douloureusement.

Il n'arrivait pas à comprendre ce qu'il ressentait. Il était censé les détester, non? Ils l'avaient maltraité, ignoré, méprisé toute sa vie. Et pourtant, une douleur sourde montait en lui, une sensation désagréable et confuse qu'il ne parvenait pas à chasser.

Ils étaient sa seule famille, même si cette famille avait été une prison.

« Harry… » tenta Hermione en posant doucement une main sur son bras.

Il la repoussa instinctivement, se levant si brusquement que le banc émit un grincement strident.

« Je… je dois sortir, » murmura-t-il avant de quitter précipitamment la grande salle, les yeux brillants et le souffle court.

À l'extérieur, Harry s'appuya contre un mur froid, son esprit tourbillonnant. Pourquoi? Pourquoi maintenant?

Une pensée terrifiante s'imposa à lui. Était-ce sa faute? Avait-il, d'une manière ou d'une autre, attiré cette tragédie sur eux? Et surtout… Qui? Qui aurait pu faire ça, et pourquoi?

Une rage sourde monta en lui, mélangée à une tristesse qu'il n'arrivait pas à nommer.

Il ne voulait pas les aimer. Mais il ne voulait pas les voir mourir non plus.

Pourquoi? La question revenait sans cesse, tournant en boucle dans sa tête. Pourquoi les Dursley? Pourquoi maintenant?

Il entendit soudain des bruits, des échos multiples qui résonnaient dans le couloir de pierre. Lorsqu'il se retourna, il fut surpris de voir un groupe d'élèves de Serpentard appartenant à la A.D

Ils avançaient en silence, leurs visages fermés mais étrangement solennels. Harry fronça les sourcils, mal à l'aise. Les Serpentard n'étaient pas connus pour leurs élans de compassion, et pourtant, ils continuaient d'approcher, leurs pas mesurés, leurs regards fixés sur lui.

« Qu'est-ce que vous voulez? » demanda-t-il, sa voix rauque d'émotion.

Ils ne répondirent pas. Au lieu de cela, le premier d'entre eux ,Theodore Nott, s'agenouilla devant lui. D'autres Serpentard s'avancèrent, formant un cercle autour de lui. Un par un, ils mirent un genou à terre, la tête baissée, dans une posture de soumission étrange, presque rituelle.

Le cœur de Harry battait à tout rompre. Qu'est-ce que c'était que ce cirque?

Et puis, il le vit.

Draco Malfoy apparaissait à l'autre bout du couloir, marchant d'un pas lent mais assuré. Sa silhouette était droite, son expression impénétrable, mais quelque chose dans son regard ,une intensité, une résolution ,fit frissonner Harry.

Draco pénétra dans le cercle formé par ses camarades, son pas mesuré, presque cérémonieux. Lorsqu'il s'arrêta devant Harry, le silence dans le couloir devint assourdissant.

Il planta son regard gris dans celui de Harry, un regard si intense qu'il semblait vouloir percer une vérité au-delà des apparences. Puis, dans un mouvement fluide et maîtrisé, il mit un genou à terre.

La main posée sur son cœur, il abaissa légèrement la tête.

« Draco, qu'est-ce que tu fais? » demanda Harry, sa voix tremblante, incapable de dissimuler son trouble.

Le blond releva doucement les yeux vers lui, une lueur indéchiffrable dans ses prunelles. Il n'y avait pas d'arrogance, pas de sarcasme. Juste une sorte de gravité solennelle qui mit Harry profondément mal à l'aise.

« J'ai honoré mon compagnon, » déclara Draco, sa voix grave et calme, chaque mot pesant comme un serment.

Les paroles résonnèrent dans le couloir, emplissant l'espace d'une tension presque tangible.

Harry resta figé, sa gorge serrée. Ses pensées se bousculaient, cherchant désespérément à comprendre.

Draco, voyant son incompréhension, redressa légèrement la tête mais resta agenouillé.

« Ils t'ont fait du mal, » poursuivit-il, sa voix s'emplissant d'une intensité presque douloureuse. « Ils t'ont brisé, Harry. Et toi… toi, tu es mon compagnon. Alors je leur ai rendu justice. »

Le souffle de Harry se bloqua.

« Tu… tu veux dire… » Il ne pouvait pas terminer sa phrase. Les mots lui brûlaient les lèvres, mais il n'osait pas les prononcer.

Draco hocha doucement la tête, son expression empreinte d'une sérénité déconcertante.

« J'ai fait ce qui devait être fait, » répondit-il simplement, mais sa voix portait une conviction inébranlable. « Mon père, ainsi que d'autres sorciers qui étaient autrefois loyaux à Voldemort, se battent désormais pour toi. Pour ta vision du futur. C'est notre façon de te prouver notre changement d'allégeance. »

Harry recula instinctivement d'un pas, comme si la proximité de Draco le brûlait. La déclaration avait le poids d'une obsession, une intensité qui ne laissait aucune place à la nuance.

Mais ce n'était pas fini.

Draco tourna légèrement la tête, balayant du regard les Serpentard toujours agenouillés autour d'eux.

« Voldemort n'est qu'un vestige à présent. Une relique de nos erreurs, de nos illusions. Il n'a plus rien à offrir que la mort et la désolation. »

Un murmure d'approbation courut parmi les Serpentard, un murmure qui fit frissonner Harry.

Draco reporta son attention sur lui, ses yeux brillant d'une ferveur troublante.

« Mais toi, Harry… toi, tu représentes autre chose. Tu es l'espoir. Tu es celui qui changera le monde sorcier. Et c'est pourquoi nous te suivrons, où que tu ailles. »

Harry sentit un frisson glacé descendre le long de sa colonne vertébrale.

« Vous êtes tous complètement fous, » lâcha-t-il, sa voix tremblant sous l'émotion.

Son regard revint à Draco, cherchant une faille, un doute, quelque chose qui prouverait qu'il était encore capable de penser par lui-même. Mais tout ce qu'il trouva, c'était une dévotion froide et absolue, un amour déformé par une obsession malsaine.

Ce n'était pas de l'amour. C'était une possession.

Harry sentit une panique sourde monter en lui, une panique qu'il n'arrivait plus à contenir. Son souffle s'accéléra, et il chercha frénétiquement dans sa poche, ses doigts rencontrant enfin la fiole glacée qu'il savait y trouver.

« Harry… » commença Draco, sa voix empreinte d'un calme presque oppressant, comme si le monde autour d'eux pouvait s'effondrer et qu'il resterait immuable.

Mais Harry n'attendit pas.

Il savait. Il savait qu'il avait encore échoué.

Le poids de cette vérité s'écrasa sur lui avec une violence qu'il n'avait pas anticipée. Ce n'était pas seulement l'échec de sauver des vies ou d'éviter des morts inutiles. Non, cette fois, c'était bien pire.

Il avait transformé Draco.

Il avait fait de son amant, de celui qu'il aimait si profondément, un dévot. Un disciple aveuglé par un amour déformé, devenu une foi maladive.

Et cette idée lui tordait les tripes plus que jamais.

« Je suis désolé, Draco, » murmura-t-il, sa voix à peine audible, étouffée par la boule qui lui obstruait la gorge.

Il porta le liquide à ses lèvres et le laissa couler dans sa bouche, son amertume se mêlant à celle de la potion.

Le monde autour de lui se mit à trembler.

Les contours familiers de Poudlard commencèrent à se déformer, à onduler comme une peinture trop longtemps exposée à la pluie. Les murs, les torches, le visage même de Draco devinrent flous, indistincts.

Mais avant que tout ne disparaisse, Harry vit Draco s'élancer vers lui.

Son bras tendu, ses doigts à quelques centimètres de lui.

Et ce visage… ce visage figé entre la peur de le perdre et l'incompréhension totale.

Harry ferma les yeux, incapable de soutenir ce regard une seconde de plus.

Et puis, tout disparut.

Un silence absolu enveloppa son esprit, comme un vide sans fin. Il se sentit flotter, suspendu dans un espace entre deux temps, entre deux échecs.


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