Hello !

Oui, ça faisait longtemps. J'ai traversé une période de grande démotivation. Ce sont des choses qui arrive.

Je ne garantie pas de retrouver ma régularité d'antan mais je vais faire le maximum.

Bon, cette histoire devait à la base être un OS mais il s'avère être un peu trop long donc j'ai décidé de le couper.

Bonne lecture !


Aomine avait senti la vieille douleur se manifester dès son réveil. C'était drôle. Il s'était fait la réflexion la veille que cela faisait quinze ans qu'il avait fini le lycée en voyant tous ces reportages sur l'orientation post-bac des lycéens. Il fallait croire que cette simple pensée avait ramené les souvenirs physiques.

Il posa son pied droit au sol se leva, essayant de mettre le moins de poids possible sur sa jambe gauche. Le moindre pas ravivait la blessure. Dans la salle de bain, il attrapa sa boîte d'anti-douleur mais la trouva vide. Il avait peut-être découpé la plaquette pour pouvoir transporter quelques pilules dans son portefeuille. Mais là encore, la recherche se montra infructueuse.

À cette heure-ci, presque onze heures du matin, il était vain de chercher un médecin. Aomine se rendit directement à l'hôpital dans l'espoir qu'on puisse lui prescrire ses médicaments. Sans ça, il n'allait rien pouvoir faire de la journée.

Il avait prévu de retrouver Momoi dans l'après-midi. Il passait presque tous les week-ends avec elle à tenter de lui faire comprendre que, non, à trente-deux ans elle était loin d'être périmée. Oui, c'est vrai, elle avait passé les trente ans mais elle n'en restait pas moins une très belle femme, toujours aussi déterminée, toujours aussi intelligente, toujours aussi maligne et instinctive. Elle avait complétement perdue confiance en elle depuis qu'elle avait passé la trentaine, la faute à sa harpie de mère qui l'avait convaincue que, n'ayant pas réussi à se marier et avoir des enfants, elle n'était plus bonne à rien, qu'elle avait gâché sa vie, que plus aucun homme ne voudra d'elle.

Aomine non plus n'avait pas de vie de famille alors qu'il avait passé la trentaine, mais il n'en faisait pas toute une histoire. Chaque week-end, en allant voir Momoi, il avait une boule au vendre, appréhendant qu'elle lui pose LA question.

Il ne voulait pas la décevoir, mais pas non plus la trahir.

Foutue harpie.

Mais pour l'instant, il devait s'occuper de ce genou. Boîtant, il rejoignit l'arrêt de bus qui l'emmena jusqu'à l'hôpital le plus proche. Là, il se pointa au service des urgences. Pour un samedi matin, il n'y avait pas grand monde.

Vingt minutes plus tard, il fut appelé par un infirmier et rejoignit l'un des nombreux cabinets. Sur la porte, il était écrit sobrement « cabinet de consultation d'urgence numéro 7 ». En entrant, il vit fut frappé par l'avalanche de vert : des plantes partout comme si on se trouvait dans une forêt, une douce odeur de fleurs. Le tapis lui-même était vert. Tout comme les cheveux et les yeux du médecin.

Aomine marqua un temps d'arrêt. Son visage avait vieilli, bien sûr, mais pourtant il reconnut immédiatement Midorima Shintarô, son ami de collège et de lycée, le tireur de la génération des miracles.

-Aomine ?

Midorima se leva et contourna son bureau pour venir lui serrer la main. Puis, sûrement gêné de se montrer aussi protocolaire envers un vieil ami, il lui proposa une accolade.

-Ca faisait longtemps.

-Ouais.

Il avait quelques rides aux coins des yeux et de la bouche, un ou deux cheveux blancs au milieu de sa chevelure verte. Sur son bureau, une photo de ce qui devait être ses enfants : deux garçons et une petite fille affublés de la même chevelure verdoyante, bien que plus claire, comme une pomme grany smith.

Midorima retourna derrière son bureau et remit ses lunettes. En quinze ans, il n'avait pas changé de modèle.

-Alors, qu'est-ce qui t'amène ?

-Une douleur. J'ai joué pendant dix ans à la NBA. Cleveland.

-J'ai suivi un peu la saison. Sacré match contre les Bulls en 2018.

-Ouais…

-Pourquoi avoir arrêté ?

-J'ai enchainé les blessures durant mes deux dernières années. Justement, après ce super match contre Kagami et les Bulls, je me suis défoncé le genou. Et j'ai repris trop tôt parce que la saison allait recommencer et que les sélections pour les JO de Tokyo avaient commencé aussi alors… Bref, j'ai plus de ménisque à gauche et je ne te raconte même pas l'état de mes ligaments croisés. Le basket, c'est définitivement fini pour moi.

-Et maintenant, tu fais quoi ?

-Je suis conseiller sportif pour un journal national. Ça permet de vivre mais c'est pas fou.

Midorima acquiesça.

-Tu as un traitement ?

-Oui. Je suis à cours, c'est pour ça que je suis venu.

-D'accord.

Il nota consciencieusement les informations d'Aomine et reporta le tout sur une ordonnance.

-Tu as fait de la rééducation ?

-Oui.

-On a proposé de t'opérer ?

-Oui. L'équipe a pris en charge une partie des frais mais même avec cette opération les douleurs reviennent de temps en temps. C'est par vague. Je pense que ça ne partira jamais complétement.

-Malheureusement non.

Aomine désigna du menton la photo sur le bureau.

-Ce sont tes gosses ?

Midorima releva ses lunettes et sourit.

-Oui. Naota va avoir huit ans, Izuru vient de fêter ses six ans et la plus jeune, Sarina, est entrée à l'école cette année.

-C'est une jolie tribu.

-Ils sont formidables.

-ça doit faire un sacré budget en objets chanceux du jour si tu dois en fournir pour toute la famille.

-M'en parle pas ! C'est la course tous les matins pour trouver ce qu'il faut avant qu'ils partent à l'école !

Aomine retint un rire.

-Tu bosses toute la journée ? se surprit-il à demander.

-Ma permanence se termine ce midi.

-Ca te dirait qu'on mange ensemble ? ça fait un bail.

-D'accord.

Aomine s'était attendu à un refus. Mais cela devait faire vraiment plaisir à Midorima de le revoir. À croire qu'il était de moins en moins tsundere avec l'âge.

-J'avais prévu de retrouver Satsu cet aprem, ajoutât-il alors qu'ils se retrouvaient après les dernières consultations de Midorima.

-D'accord. Comment va-t-elle ?

-C'est pas trop la forme.

Midorima n'en demanda pas plus. Sa pudeur habituelle.

Il était presque deux heures de l'après-midi. Ils achetèrent un sandwich à la boulangerie de l'hôpital et le mangèrent dans la cour intérieure, au milieu des soignants et des patients.

-Tu as des nouvelles des autres ?

-Hormis Satsu, non. Je suis Kise sur Insta donc je sais qu'il ne voyage plus depuis un moment mais ce n'est pas pour autant que je l'ai revu. Murasakibara pareil. Je suis son compte. Il fait de ces trucs… des gâteaux trompe-l'œil, des mignardises, des sandwichs… Il a une chaîne de cuisine aussi je crois. Bref, je crois qu'il s'en sort pas trop mal.

-Tu n'as pas eu envie de les revoir en revenant des États-Unis ?

-Non. J'étais trop préoccupé par ce que j'allais faire pour rebondir. Je suis allé vivre chez mes parents le temps de retrouver un job et un appartement. J'ai connu des moments difficiles. Je trouvais plus d'intérêt à rien. Le basket, c'était toute ma vie.

-Et Kuroko ?

-Oh et bien… c'est compliqué en fait. On s'appelait souvent quand j'étais aux États-Unis. Il est venu me voir une ou deux fois avec Kagami. On se retrouvait à New York, on passait la semaine ensemble. C'était cool. Mais quand il a rompu avec Satsu…

-Je ne savais pas qu'ils étaient sortis ensemble.

Aomine se retint de lever les yeux au ciel. Kuroko et Momoi avaient commencé à sortir ensemble à la fin de leurs années de lycée. Midorima était décidément aveugle pour ne rien avoir remarqué. Mais il fallait dire qu'à cette époque, leur petit groupe était déjà en train de se disloquer. Kagami était parti aux États-Unis pendant leur seconde année, Akashi avait commencé à s'éloigner peu avant la remise de diplôme, de même que Midorima qui avait déjà les yeux rivés sur les difficiles années d'étude qui l'attendait.

-Si, ils sont sortis ensemble pendant sept ou huit ans.

-Tant que ça ?!

-Oui.

-Et pourquoi ?

Aomine se gratta la nuque, gêné.

-Oh c'est… Bah…

Il soupira et étendit ses jambes pour soulager ses jambes.

-La mère de Satsu n'est pas une femme très sympa. Elle est assez rigide en ce qui concerne les règles et les principes. Pour elle, Tetsu devait se marier avec Satsu et ils devaient avoir des enfants. C'était comme ça. Il ne fallait pas que Satsu s'attache trop à sa carrière de commerciale car de toute façon, une fois maman, elle devrait l'abandonner. Tetsu n'était pas non plus le modèle d'homme qu'elle espérait pour sa fille. Elle le trouvait trop mou. Et il ne gagne pas assez à son goût. Bref… elle a convaincu Satsu d'arrêter sa contraception et de chercher à avoir un enfant pour que Tetsu l'épouse car sinon elle ne sera jamais mariée et maman avant ses trente ans. Satsu a cédé et ça a foutu en l'air leur couple.

-Comment ça ?

-Elle a cessé de prendre la pilule pendant deux ans en mentant à Tetsu. Et pourtant elle n'est pas tombée enceinte. Sa mère n'arrêtait pas de lui mettre la pression. Tetsu a fini par se rendre compte qu'elle avait arrêté la pilule et il l'a mal pris. Je ne sais pas s'il savait que c'était la harpie qui avait poussé Satsu. Tetsu il ne tient pas trop à se marier. Il est… bah faut le dire, socialement il est un peu mou des fois. Il faut le secouer. Je pense qu'il n'était pas pressé alors que de l'autre côté il y avait la harpie. Et entre les deux Satsu qui n'a pas su faire un choix entre sa mère et son copain. Donc voilà, ça a fini par lâcher.

-La pauvre.

-Ouais. Depuis mon retour je la tiens un peu à bout de bras. Heureusement elle aime bien son travail et ça lui permet de tenir. J'ai aussi réussi à la convaincre de prendre un peu de distance avec sa mère. Petit à petit, on avance. Bon et toi… tu es marié j'imagine.

-Oui. On s'est rencontré à l'université, durant la quatrième année. On a pas eu ce genre de difficultés, heureusement.

-Et Akashi, tient, tu as des nouvelles ?

-Non.

-Vous ne vous êtes pas croisés dans les hautes sphères ?

Midorima sourit. Il plia le papier de son sandwich avec un air songeur.

-Je viens certes d'une famille aisée, mais je suis loin d'appartenir à son monde, tu sais. Akashi, il est un ou deux niveaux au-dessus. Mais j'ai lu dans un article qu'il avait repris l'entreprise de son père. C'était couru d'avance.

-Mais je crois que ce n'était pas ce qu'il voulait faire, non ? Il parlait de devenir joueur de Shogi quand on était au collège.

-De ce que je sais, il n'a jamais eu le choix. C'était plus un rêve qu'un vrai désir pour lui.

-Je crois qu'au fond il m'a toujours fait de la peine.

-Oui, moi aussi, soupirât Midorima. J'ai été triste d'apprendre qu'il avait repris l'entreprise familiale. Comme quoi, l'adage doit être vrai : l'argent ne fait pas le bonheur.

Quand Aomine repensait à l'ancien capitaine de la génération des miracles, il le voyait systématiquement de dos. Akashi était à la fois chaleureux avec eux mais il gardait ses distances, il ne s'impliquait jamais plus que nécessaire mais il était prévenant à tel point qu'on le surnommait « maman » en deuxième année. Pourtant, il semblait toujours inatteignable. C'était son paradoxe. À la fois proche mais si loin… Il ne venait presque jamais avec eux le soir après les cours car il avait toujours un dernier truc à travailler : une séance d'entraînement à préparer, un compte-rendu de réunion du conseil des étudiants à taper, un devoir à préparer, etc… Jeune, Aomine s'était déjà dit que c'était rude comme mode de vie, avec le recul maintenant, il comprenait à quel point c'était infernal de vivre ainsi, sans jamais aucun temps libre. Le basket était peut-être son passe-temps mais même dans ces moments il devait penser à la victoire prochaine.

Pas étonnant qu'il ait fini par péter un câble. Seulement des années plus tard, au lycée, Akashi leur avait expliqué ce qu'il avait ressenti à l'époque : tous leurs talents étaient en train de se réveiller, tous devenaient de plus en plus forts, Aomine en tête. Et lui, qui était pourtant le capitaine, il n'était plus à la hauteur. Son autorité était remise en question par nul autre que Murasakibara qui jusqu'ici l'avait suivi aveuglément. Cela avait réveillé le vieux traumatisme laissé par le décès de sa mère. Ce que la vie lui avait appris jusqu'alors c'était que jamais on ne devait contredire son père, que les gens qu'on aime pouvait disparaître du jour au lendemain et que la victoire était tout ce qui comptait.

Son instabilité émotionnelle s'était manifestée par l'apparition d'un autre lui, une autre personnalité qui avait pris sa place lors de son plus grand moment de faiblesse. Un moyen pour lui de garder ce qu'il aimait avec lui. Pas de la meilleure des façons, mais de la seule qu'il connaissait : le contrôle et la peur. Ce qu'il subissait à la maison avec son père.

Heureusement il était redevenu lui-même et avait fait la paix avec cette autre part de lui. Mais cette blessure était restée. Tous le savaient désormais, Akashi n'était pas si fort que ça. Mentalement du moins, il était aussi fragile que du cristal.

Midorima avait raison, Aomine aurait bien voulu apprendre qu'il était sorti de l'emprise de sa famille.

-Où dois-tu retrouver Momoi ?

-Un bar à chat vers Suidobachi.

-Celui qui est à côté du Tokyo Dome ? Ma femme m'y a déjà emmené.

-Satsu adore cet endroit. C'est con qu'on n's'y soit jamais croisé.

Midorima haussa les épaules.

-Bah écoutes, tu peux venir avec moi. Ça ferait peut-être du bien à Satsu d'entendre un autre discours que le mien.

-D'accord.