Coup d'état – 35 ans

Il avait fallu trois semaines pour qu'il comprenne qu'il ne se faisait pas d'idée, trois jours pour réunir les autres directeurs de maison et comprendre qu'eux aussi avaient noté les mêmes incohérences et moins de deux heures pour rédiger la plainte formelle à la guilde de combat concernant le professeur de défense en poste au château. En comptant le temps de l'enquête, Dolores Ombrage fut renvoyée de Poudlard à Samain avec en prime une plainte pour détention et utilisation d'artefacts réglementés – les plumes de sang ne pouvaient être utilisées que par des adultes pour signer des contrats, PAS par des mineurs pour faire des centaines et des centaines de lignes – usurpation de poste – elle n'avait même pas l'ASPIC britannique de défense donc à peine compétente pour faire du tutorat pour des élèves de BUSES – et le must, violation du Codex Magia, à cause de toutes les lois qu'elle avait fait voter pour réduire les droits des êtres magiques autres que les sorciers dans l'archipel. Son arrestation avait eu lieu dans la Grande Salle et devant les élèves par les aurors du conseil international magique et elle avait été mise en détention dans l'une de leurs prisons interdites au public. Cornelius Fudge avait suivi le mouvement pour complicité – on parlait quand même de sa sous-secrétaire depuis dix ans – et Albus Dumbledore avait été une nouvelle fois suspendu de ses postes de directeur de Poudlard et de président du Magenmagot pour le même motif et pour établir les responsabilités de chacun dans l'affaire.

Il n'en avait pas fallu plus pour que Severus, poussé par Rignar et Alwar, ne rassemble le Magenmagot pour parler du cas Dumbledore. Pour la 2e fois suspendu de ses postes, sans oublier les incidents à Poudlard où sa responsabilité était directement mise en cause – et bien sûr, les affaires avaient été «étouffées» – le vieux sorcier, malgré sa victoire sur Gellert Grindelwald, enchaînait les déconvenues et affichait au grand jour son incompétence. La plus éclatante était quand il avait prétendu s'occuper d'Harry Potter et qu'il avait été rejeté avec perte et fracas de Gringotts quand il avait exigé prendre le contrôle des coffres du clan Potter en tant que régent, au dixième anniversaire de l'héritier. Certain que le vote du Magenmagot pour lui attribuer la tutelle de l'enfant était légal, il n'avait pas pensé à vérifier et avait invité certains de ses alliés à confirmer sa position, ces mêmes alliés s'étant ensuite empressés de raconter ce qui s'était passé, rendant sa déconfiture publique. L'année suivante, l'absence d'Harry Potter à la rentrée de Poudlard, pourtant annoncé en grande pompe, avait contribué à l'enfoncer encore plus. À l'international, le tournoi des trois sorciers n'avait clairement pas fait du bien à ses talents d'organisateur et ça avait rajouté à la suspicion générale. Comment garder un tel sorcier dans les plus hautes instances du pays alors qu'il ne remplissait pas ses fonctions, quand il échouait à remplir celles qu'il s'attribuait arbitrairement? Cette argumentaire signa le glas de la mainmise d'Albus Dumbledore sur la société sorcière et il fut rapidement remplacé à ses postes. La présidence du Magenmagot fut confiée à Ethan Rowle, de la faction traditionnaliste modérée, et la direction de Poudlard à Pomona Sprout.

L'éviction d'Albus Dumbledore arrangeait bien Severus Prince. Sans la puissance du Magenmagot et de Poudlard derrière lui, le vieux sorcier ne pouvait compter que sur sa réputation pour rassembler des ouailles pour lutter contre Voldemort. Dans les réseaux cachés, le retour du terroriste résonnait et les preuves s'accumulaient à travers le pays. Lui-même avait été approché quand il s'était avéré que les élèves qui avaient été «priés» de rejoindre le mouvement avaient posé des questions dérangeantes pour le bon vouloir du chef de la Cause. Il avait donc été évident qu'il fallait neutraliser la personne qui leur avait appris à réfléchir par eux-mêmes et pour la Magie et non à suivre bêtement les dires d'un seul. Les mangemorts de la deuxième et de la troisième heure avaient donc pu goûter à ses protections puis au mécontentement de leur maître.

Severus savait parfaitement pourquoi il était une cible prioritaire. En reprenant en main la maison Serpentard, il l'avait éloigné des dangereux aprioris de Dumbledore qui transformait petit à petit la véritable histoire de Salazar Serpentard pour en faire le grand méchant de l'histoire. Les élèves avaient été poussés à vérifier ce que leur nouveau directeur révélait de leur fondateur et les grimoires familiaux lui avaient donné raison, en plus de s'éloigner drastiquement de ce que pouvait fabuler Voldemort comme Dumbledore. Cela avait donné une génération qui n'était pas volontaire pour suivre aveuglément un sorcier qui se prétendait héritier de Serpentard sans présenter de preuves valables aux nouveaux adhérents. Dumbledore, qui se présentait comme son adversaire auto-désigné, allait devoir prouver qu'il était compétent dans ce domaine.

Ça promettait un beau bordel en perspective …