Auteur : Nat. Eh ouais. Incroyable, hein.

Disclaimer : Blablabla Tolkien, blablabla rien à moi, blablabla le monde est injuste.

Warnings : Géographie valinorienne approximative et grosses extrapolations sur les modes de vie des Valar et Maïar. Et ce texte parle de chasseurs et d'animaux (plus ou moins) sauvages. Et Celegorm est (peut-être ooc et) obstiné comme pas deux, et se paie en plus le luxe de ne pas être un personnage particulièrement attachant.

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Chapitre 5

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Ce fut la pluie qui réveilla à la fois le loup et le garçon, et les mit tous deux de mauvais poil. Le loup se glissa hors de son buisson de bruyère détrempée en grondant entre ses crocs et alla se réfugier sous l'épais feuillage d'un petit cerisier sauvage, où il s'ébroua vivement. Il n'avait rien contre la pluie, vraiment, mais les réveils de ce genre n'étaient définitivement pas ses préférés. Plus que jamais, il regrettait le sable sec et l'abri rocheux des tanières de Naulë.

Pas plus emballé que lui par l'averse matinale, le garçon se détacha de sa branche en maugréant. Il alla s'asseoir sur le rocher pour manger ses derniers biscuits, entièrement caché sous sa cape, la capuche de celle-ci recouvrant ses boucles blondes. Elle devait être huilée comme le plumage des canards d'eau, songea le loup, car les gouttes de pluie ruisselaient dessus sans pénétrer dans le tissu.

Le garçon passa le plus clair de sa journée à tourner en rond dans sa cachette. Le loup le regardait faire de loin tout en écoutant la forêt silencieuse. Les mille et un petits bruits de la journée s'étaient tus : les oiseaux comme les écureuils restaient bien à l'abri dans leurs nids, tamias et renards ne pointaient pas le museau hors de leurs terriers, nul insecte ne venait bourdonner à ses oreilles. Seul s'entendait le son tamisé de l'averse sur le feuillage touffu et le tapis d'humus. …Ainsi que les bougonnements du petit d'elfe frustré par le temps, évidemment. Il s'ennuyait visiblement et ne savait pas à quoi s'occuper, mais il n'osait pas non plus sortir de l'abri (très relatif) du feuillage du saule pour s'aventurer dans la forêt ruisselante. Plus l'heure avançait et plus son inactivité lui attaquait les nerfs. Finalement, profitant d'une première accalmie, il sortit voir ce qu'il était advenu des collets qu'il avait posés pour les lapins deux jours plus tôt. Le trajet jusqu'aux terriers lui demanda plus de temps que prévu : le garçon voulait marcher vite, manifestement désireux de se dépenser maintenant qu'il pouvait enfin entrer en action. Mais il n'avait de toute évidence pas l'habitude de courir sur le sol détrempé de la forêt et ne cessait de glisser sur les feuilles mortes humides et les flaques de boue et les branches couvertes de mousse gorgée d'eau. Le loup le suivit, attentif et curieux. Il se demandait combien de fois le garçon allait devoir s'étaler au sol avant de comprendre qu'il lui fallait maintenant se déplacer avec plus de précaution que de vivacité. Son attente fut cette fois-ci déçue : l'enfant ne tomba pas une seule fois. Mais il perdit l'équilibre, souvent, et devait s'immobiliser pour le rétablir. Sa technique s'avéra pour le moins divertissante : il agitait les bras en rond, parfois debout sur un seul pied, et ponctuait ses moulinets d'exclamations surprises. Une fois ses appuis assurés, il repartait de plus belle jusqu'à son prochain dérapage.

Et de dérapages en accélérations, le garçon finit par rejoindre les terriers. Il se pencha, très attentif à ne pas laisser ses vêtements traîner sur le sol boueux, et il inspecta ses collets. Tous étaient vides ou détruits. Ce n'était pas une surprise pour le loup, mais le jeune elfe eut l'air déçu. Il s'en retourna à son saule lorsque les premières gouttes d'une seconde averse s'écrasèrent lourdement près de ses chaussures couvertes de boue. C'était une mauvaise journée pour lui.

Le trajet de retour fut moins laborieux, même si cela ne lui apporta pas grand réconfort. La découverte de ses collets vides avait éteint son entrain et il marchait à présent avec plus de précautions. Ses souliers n'en étaient pas moins crottés lorsqu'il se glissa de nouveau sous l'abri du feuillage du vieux saule, et sa cape dégoulinait d'eau de pluie. Ne pouvant rien faire pour la sécher, le petit blond se contenta de nettoyer ses chaussures à l'aide d'un bâton et d'un bout de tissu déchiré trempé dans le ruisseau. Cela ne servirait pas à grand-chose s'il décidait de retourner se promener, vu l'état du sol, estima le loup. Mais au moins cette tâche lui occupa-t-elle les mains un long moment, et lui évita-t-elle de tourner de nouveau en rond comme un fauve derrière ses barreaux de lianes.

Une deuxième accalmie, un peu plus tard, lui donna l'occasion d'aller inspecter sa nasse au bord de la rivière. Cette fois-ci, il fut un peu plus chanceux : un petit poisson, attiré par la viande, y avait été pris au piège. Le garçon sembla hésiter entre le manger ou l'utiliser comme nouvel appât. Il opta finalement pour cette dernière option, déplaçant aussi sa nasse plus avant dans la rivière. Peut-être espérait-il capturer ainsi de plus gros poissons. Le loup ne le quitta pas des yeux tout le temps que dura cette manœuvre. Le garçon avait prouvé posséder un sens de l'équilibre convenable, mais les rochers moussus sur lesquels il sautait pour s'avancer dans la rivière étaient définitivement humides –et dangereusement glissants. Le loup se méfiait d'une mauvaise réception de son protégé : il lui faudrait plus que quelques mouvements de bras pour se rétablir s'il venait à chuter dans la rivière. L'averse n'était pas encore suffisante pour en gonfler les flots, mais le courant n'en restait pas moins redoutable et il doutait que l'enfant chétif fût de taille à lutter contre lui. Le garçon devait partager ses inquiétudes, car il évita les sauts trop longs et cessa bien vite de s'avancer. Il cala sa nasse de roseaux entre deux rochers, s'assurant que les flots ne pourraient pas la déloger, et il se hâta de retrouver la sécurité de la berge.

Ensuite, l'enfant elfe retourna couper des tiges de roseaux qu'il ramena dans sa cachette. Là, il passa son après-midi à les tresser très serré en une espèce de couverture. Souvent, il interrompait son travail pour marcher un peu sur la mousse humide. Au bout d'un moment, le loup se lassa de le voir tourner ainsi comme un animal en cage. Il partit donc de son côté. Il pourrait chasser, mais la pluie ne lui faciliterait pas la tâche. Les hardes de cerfs se tenaient à l'abri des feuillages les plus denses, resserrées autour des plus jeunes pour les protéger de la fraîcheur du jour. Les petits rongeurs ne se montraient pas plus que le matin. Finalement, le loup se contenta de fureter à droite, à gauche, découvrant une piste plaisante que l'odeur trop forte de l'humus détrempé ne tardait pas à lui masquer. De guerre lasse, il revint au saule à la nuit tombée. Il pleuvait beaucoup moins, mais une légère bruine s'acharnait à humidifier les bois. En arrivant, le loup constata que le garçon avait fini sa couverture de roseaux : il l'avait accrochée dans l'arbre, au-dessus de la branche où il dormait, pour protéger son lit des intempéries. Le garçon lui-même était déjà couché et endormi, sa large cape le recouvrant presque entièrement. N'ayant pas grand-chose d'autre à faire, le loup l'imita. Il s'installa sous un arbre à proximité, là où le sol n'était pas trop mouillé, et laissa passer les heures en écoutant la nuit.

La journée suivante ne commença pas mieux. Il bruinait toujours lorsque le loup s'éveilla. L'humidité avait recouvert le sol de bandes de brume qui serpentaient entre les troncs sombres des arbres et engloutissait les broussailles du sous-bois. Telperion éclairait encore la nuit et les rayons de Laurelin ne se mêlait pas encore à sa lumière : il avait sûrement le temps de se mettre en chasse avant que le petit d'elfe ne se réveillât. Peu désireux de réitérer ses recherches infructueuses de la veille, il se dirigea directement vers la rivière où il se désaltéra un instant. Les eaux lui parurent un peu plus gonflées que la veille, mais un autre détail détourna bien vite son attention : une famille de loutres se reposait sur la berge, quelques mètres en amont, sur l'autre rive. Le loup se pourlécha les babines. La chance lui souriait plus que la veille, et il en remercia Oromë.

Les nappes de brume avaient disparu lorsque le loup reprit le chemin du saule, une fois son repas achevé. Les premiers rayons de Laurelin éclairaient faiblement la fin de la nuit, peinant malgré leur éclat naturel à percer à la fois les épais nuages qui s'amoncelaient au-dessus de la forêt et les feuillages denses des arbres anciens. L'air était lourd, constata le loup, électrique, et la tension qu'il ressentait lui fit baisser les oreilles et presser le pas. Un orage approchait, roulant au loin dans les montagnes, et il devait garder un œil sur le garçon. Les éclairs et les éclats du tonnerre avaient tendance à rendre nerveux les petits de nombre d'espèces, et il n'avait aucune idée de la façon dont celui-ci pourrait bien réagir à la tempête. Il ne lui avait pas donné l'impression de céder facilement à la panique –sauf, bien entendu, lorsqu'un loup géant lui sautait dessus les crocs à nu– mais il préférait tout de même l'avoir rejoint avant son réveil. On ne savait jamais. Le petit d'elfe avait parfois des réactions inattendues.

Les premières gouttes d'une nouvelle averse tambourinaient sur les feuilles des arbres lorsque le loup atteignit les abords du saule. Elle s'intensifia rapidement, poussant le fauve à s'ébrouer et à fureter autour de l'arbre à la recherche d'un abri qui lui permettrait de garder un œil sur le garçon encore endormi. Après quelques minutes, il finit par se glisser sous des buissons suffisamment denses pour le protéger. La veille silencieuse reprit, rythmée par le ruissellement de la pluie autour de lui. Ce mauvais temps était peut-être une bonne chose, tout compte fait, réfléchit le loup, le museau entre les pattes. Il contraignait l'enfant à l'inaction, et ce dernier avait passé la journée de la veille à démontrer par tous les moyens possibles qu'il détestait l'inaction. Avec un peu de chance, les intempéries le décideraient à lever le camp et à retourner parmi les siens. Après une courte réflexion, le loup décida qu'il ne serait définitivement pas fâché de le voir partir. Il pourrait ainsi retrouver la meute –et le confort de la tanière de Naulë.

Le mauvais temps s'imposa encore le jour suivant avant de se décaler vers l'est. Le garçon l'employa à tresser de nouvelles couvertures de roseaux, profitant des accalmies pour les installer dans les branches du saule. Cela étendit considérablement son espace protégé de la pluie et du vent et, de l'avis du loup, donna au saule des airs de toile géante tissée par une araignée qui aurait perdu le sens commun. Quelques rongeurs curieux, de gros écureuils gris enhardis par l'indifférence de l'enfant à leur égard, bravèrent les intempéries pour suivre d'un œil méfiant cette évolution saugrenue. Celle-ci ne s'avérant pas susceptible de leur procurer des noix ou des fruits et ne semblant présenter aucun danger pour leurs nids, ils ne tardèrent pas à s'en désintéresser ; et les heures s'écoulèrent dans un calme relatif. Puis rien ne troubla les cieux pendant deux journées fraîches mais lumineuses. Le petit d'elfe consacra la première à s'entraîner à la construction de nouveaux collets pour remplacer ceux qui avaient été détruits, ce qui l'occupa toute la matinée et une bonne partie de l'après-midi. Le loup le suivit à distance lorsqu'il alla les disséminer dans la forêt, le fauve se glissant de fourrés en fourrés pour éviter d'attirer l'attention (et pour se protéger des restes de l'averse, accessoirement). Il devait reconnaître que le garnement s'améliorait dans sa construction, petit à petit ; mais il s'entêtait à replacer ses pièges aux emplacements de ceux qu'il remplaçait. Une mauvaise idée s'il en était : son odeur imprégnait bien trop les lieux à présent. A moins que la pluie ne revint et ne parvint à l'effacer, les lapins allaient commencer à se méfier.

Les rayons de Laurelin avaient déjà bien décliné lorsque le garçon se décida à retourner s'abriter sous son saule pour la nuit. Il progressait plus lentement que d'ordinaire, le sol de la forêt gorgé d'eau par les averses des derniers jours s'étant changé en un amas de boue glissante et de mousse spongieuse, et il s'arrêtait régulièrement pour inspecter les buissons qu'il croisait – sans doute dans l'espoir d'y récolter quelques baies. Sa cueillette ne s'avéra pas fructueuse et, couplée à ses échecs répétés à capturer quelque chose dans ses collets, sembla le mettre de mauvais poil. Le regard noir, il avançait en tapant du pied dans tous les cailloux et les bouts de branches cassés qu'il croisait. Et le loup le suivait à présent en rongeant son frein. Il lui tardait que l'enfant rejoignît son abri et s'y endormît, qu'il pût enfin chasser librement de son côté ! Mais le petit d'elfe traînait à rentrer, et le crépuscule était déjà sur eux lorsqu'il se décida enfin à presser le pas.

Soudain, le loup dressa le museau. Il lui sembla discerner, au-delà de l'odeur terreuse et entêtante de l'humus détrempé, des effluves de verrat qui ne lui plaisaient guère. Il hâta ses foulées, discret comme une ombre, pour dépasser le garçon et s'en aller repérer le terrain en avant. Il ne s'était pas éloigné de beaucoup lorsqu'il distingua un passage tracé dans les buissons piétinés. Un peu plus loin, la terre avait été fouillée au pied d'un arbre et, tout autour, des traces de sabots fendus s'étaient imprimées lourdement dans la boue, l'une large et épaisse, les autres beaucoup plus petites. Des sangliers. Probablement une femelle et sa portée ayant quitté leur bauge en quête de nourriture avant que les prédateurs n'entrent en chasse, et qui se seraient éloignés du reste de la harde. Ce n'était pas une bonne nouvelle.

Le loup n'eut même pas besoin de les chercher pour les trouver. Il les découvrit quelques pas plus loin, en plein milieu du chemin que l'enfant elfe devait suivre pour rejoindre le saule. Une laie d'un bon poids, le poil rêche et sombre, fourrageait la terre à la recherche de glands et de champignons poussés après l'averse. Autour d'elle s'égaillaient six marcassins roux rayés de beige, qui exploraient leur environnement en couinant et en grognant entre eux.

Le loup hésita à intervenir. Il se savait pas comment le petit d'elfe réagirait face à ces animaux et il ne s'agissait pas le laisser se mettre en danger, mais il ne voulait pas non plus risquer de dévoiler sa présence auprès de lui en chassant les sangliers. Et il devait prendre une décision rapidement, car l'enfant approchait. Sans un bruit, le prédateur se glissa entre les fourrés et se plaça de manière à ce que le vent portât son odeur jusqu'aux suidés, espérant inquiéter suffisamment la laie pour la pousser à partir avant l'arrivée du garçon. Cette dernière était presque trop absorbée par sa recherche de champignons pour le remarquer, mais elle finit tout de même par capter son odeur. Délaissant à contrecœur ces champignons qui semblaient particulièrement alléchants, elle commença à rassembler ses petits autour d'elle pour s'en aller les mettre en sécurité.

Ce fut cet instant que le gamin choisit pour débarquer. Le loup plissa les yeux de frustration et s'aplatit encore plus sur le sol, dissimulé par les troncs et les buissons. Il ne lui restait plus qu'à espérer que le garçon savait comment réagir face à des sangliers.

Le petit d'elfe marchait le regard rivé au sol, attentif à ne pas trébucher dans les ronces ou les racines à cause de la faible luminosité. Il ne perçut rien des premiers indices qu'avait remarqué le loup et ce furent, au dernier moment, les grognements des bêtes qui l'alertèrent. Il se figea, indécis, cherchant sans doute à identifier la source de ces sons inquiétants qui lui parvenaient. Puis il s'avança encore un peu, presque prudemment, écartant les broussailles en s'efforçant de faire le moins de bruit possible. Il constata rapidement que la famille de sangliers lui coupait la route et il resta planté là comme une jeune pousse, observant la laie et ses petits avec une telle intensité que le loup se demanda si c'était la première fois qu'il en voyait. Il ne lui vint pas à l'idée de s'accroupir pour se cacher derrière les buissons, mais cela n'aurait pas changé grand-chose : le vent soufflait faiblement dans son dos et portait son odeur jusqu'au groupe de suidés. L'un des marcassins, d'ailleurs, releva le groin et renifla l'air bruyamment, intrigué par ces effluves qui lui étaient inconnus. Trop curieux pour être méfiant, le porcelet sauvage fit mine de s'approcher, et cela sembla enfin réveiller le garnement. Le marcassin était encore assez petit pour ne pas l'inquiéter ; mais c'était surtout la mère qu'il surveillait. Et à raison. C'était une jeune laie qui venait probablement d'avoir sa première portée, nerveuse et massive, qui connaissait sa propre force et qui n'hésiterait pas à attaquer si elle se sentait agressée ou si elle estimait ses rejetons en danger. Pas le genre d'individu qu'il convenait de surprendre à la nuit tombée, donc.

« Ne l'énerve pas, petit, supplia intérieurement le loup, et éloigne-toi sans te faire remarquer. Elle ne te fera rien si elle ne te prend pas pour une menace… »

Evidemment, le petit mit un point d'honneur à énerver la laie.

Réalisant que les mouvements du marcassin risquaient d'attirer l'attention de sa mère sur lui, l'enfant elfe fit prestement demi-tour, sans doute dans l'idée de s'éloigner au plus vite des animaux. Mais sa précipitation joua contre lui, de même que le sol détrempé, et il glissa dans la boue pour s'y étaler avec une exclamation malheureuse. Et, l'espace d'un instant, toute prudence le quitta. Mouillé et sali, furieux contre sa propre maladresse, le garçon se releva à grand renfort de vociférations colériques. Il ne comprit son erreur que lorsqu'il entendit les couinements aigus du marcassin effrayé qui courut se réfugier derrière sa mère. Le garnement se retourna, soudain blême, pour voir les porcelets paniquer – et la truie sauvage, stressée, qui s'apprêtait à le charger.

« Oh non, balbutia le petit d'elfe en agitant les mains devant lui, paumes ouvertes. Non, non, non ! »

Le loup n'aurait pas dit mieux. La situation devenait critique : même si le garçon courait vite, il n'avait aucune chance de distancer un sanglier le chargeant. Il devait intervenir maintenant. Bondir entre l'enfant et la laie ? Elle pouvait très bien charger tout de même, et elle était de taille à le repousser s'il ne lui perçait pas le cuir immédiatement – aucune de ces possibilités n'étaient plaisantes. S'en prendre à l'un des porcelets pour détourner son attention ? Ils couinaient déjà de leur mieux, et elle risquait de ne pas prêter attention aux appels de–

La laie chargea le petit d'elfe.

La surprise – ou la peur, ou un mélange des deux – lui arracha un cri étranglé et l'enfant n'attendit pas son reste : avec une vivacité surprenante, il se précipita vers l'arbre le plus proche pour s'y hisser le plus haut possible. L'écorce moussue et trempée devait être glissante, mais le garçon s'y accrocha avec une énergie désespérée. Vite, il escalada l'arbre – juste à temps pour éviter la bête noire dont la puissance l'aurait renversé. Quelques gestes de plus, et le gamin se rétablit sur une branche suffisamment haute pour être hors de portée.

Le loup, qui avait bondi, prêt à se battre, se dissimula de nouveau dans les broussailles. Il respira, rassuré. Dans sa bêtise, le petit d'elfe avait eu le meilleur réflexe possible. Il ne lui restait plus qu'à prendre son mal en patience, à l'abri sur son perchoir. La laie finirait bien par se lasser de tourner autour du tronc, d'autant plus qu'elle sentait toujours l'odeur du loup et qu'elle n'allait pas tarder à vouloir mettre ses marcassins en sécurité. Du moins le loup l'espérait-il. Mais il devait encore composer avec le mauvais caractère du garnement qui l'asticotait depuis sa branche.

« Sale bête ! râlait le gamin, en colère maintenant qu'il se savait en sécurité relative. Stupide cochon des bois ! »

Et, brisant une petite branche qui lui rentrait dans les côtes, il la jeta sur la laie qui l'en remercia en gratifiant l'arbre d'un coup d'épaule rageur. Elle ne put rien faire de plus, l'arbre étant trop épais et ses racines trop profondes pour qu'elle pût le déraciner. Aussi, après ce qui sembla être une éternité, la laie se décida à partir et elle disparut dans les broussailles avec sa marmaille couinante. Le petit d'elfe attendit encore un long moment, perché dans son arbre, sans doute afin de s'assurer qu'elle ne revenait pas sur ses pas. Enfin, il se glissa à terre et se hâta de rentrer à sa cachette sous le saule – aussi vite, du moins, que le lui permettaient l'obscurité nocturne et l'humidité des sols. Cette mésaventure, aussi peu glorieuse fût-elle, avait tout de même du bon, philosopha le loup à part lui. Le garnement aurait pu s'en tirer beaucoup plus mal et, à en croire l'empressement méfiant avec lequel il rejoignait son abri, le canidé géant pouvait être certain qu'il prendrait bien garde à y être rentré avant le crépuscule durant les prochains jours.

Il faisait nuit noire depuis longtemps lorsque le garçon fut enfin prêt à dormir, à l'abri sous le saule et amarré à sa branche. Et il pesta contre tous les ongulés de la région jusqu'à sombrer dans un sommeil agité.

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Avec un bon mois et demi de retard, voici enfin ce chapitre 5 ! Presque à temps pour les fêtes de fin d'année !

J'avoue que si j'ai longuement hésité à continuer à poster cette histoire ici, c'est principalement à cause de la floppée de MP d'arnaqueurs anglophones sans talent sur IA génératrices d'images se faisant passer pour des artistes graphiques qui pourrissent ma boîte mail à chaque fois que je mets en ligne un nouveau texte. Ce n'est vraiment pas agréable de se faire spammer comme ça. J'ai refait un test récemment avec Nuit d'orage et, ouaip, la tendance se confirme. Et le staff de FF net ne semble pas préoccupé par le phénomène malgré les innombrables messages d'autres auteurs que j'ai pu voir passer sur le forum. …Tant pis.

J'arrête de râler, je retourne à mes textes et je vous souhaite une bonne fin de semaine et de bonnes fêtes de fin d'année ! Merci d'avoir lu ce chapitre ! J'espère qu'il vous aura plu. N'hésitez pas à me dire ce que vous en avez pensé, ça fera un petit cadeau sous mon sapin fanfictionnel !