Bonsoir ! Ce soir, un chapitre bien plus long que d'habitude ! Bonne lecture et merci, merci pour les commentaires !
Sans surprise, la porte qui donnait sur la pièce de Touffu était déverrouillée. Harry serra sa prise sur sa baguette et poussa la porte. Les trois autres se glissèrent derrière lui et le chien, qui semblait endormi, commença à bouger. Harry referma la porte – après tout, il valait mieux éviter que Touffu sorte – et il leva une main. Tout le monde se figea immédiatement.
Le chien commençait tout de même à bouger et Harry réalisa qu'ils auraient du réfléchir à une façon de le distraire, comme King avait visiblement réussi à le faire. L'une des têtes se mit à bailler et cligna des yeux, et Harry et les autres s'approchèrent de la trappe, hors de sa vue.
«Vite.» articula Drago en leur montrant la trappe.
«J'y vais d'abord.» souffla Harry.
Il ouvrit la trappe et baissa les yeux. Tout était complètement noir et il se dit qu'il n'avait qu'à sauter en croisant les doigts. Il fit signe aux autres de s'approcher – ce qu'ils firent en jetant des regards méfiants en direction du chien, dont les pattes énormes les dissimulaient à sa vue.
«S'il se passe quelque chose, laissez-moi.» dit Harry.
«Ouais, bien sûr.» souffla Ron.
«Sérieusement, dit Harry en soutenant le regard de Ron. Vous partez d'ici et vous allez chercher McGonagall, Dumbledore ou quelqu'un d'autre. Sinon, attendez les étincelles et sautez.»
Ron le fusilla du regard, mais Hermione acquiesça. Drago se contentait de le fixer avec une expression illisible sur le visage.
«C'est parti.» murmura Harry, avant de descendre dans la trappe.
Un vent froid et humide ébouriffa les cheveux de Harry – malgré que ce soit le premier jour de juin. Il garda les doigts bien serrés autour de sa baguette en se laissant tomber, plus bas qu'il ne l'avait pensé au début. Au moment où il commençait à penser que c'était un piège et que la chute allait le tuer, il fut retenu par un sortilège de Coussinage. Il agita sa baguette, lançant des étincelles, et une forme sombre dissimula la petite lumière qui lui parvenait depuis la trappe.
L'instant d'après, Hermione atterrit près de lui en soufflant. Drago tomba ensuite, puis ils entendirent un aboiement au-dessus d'eux. Pendant un moment, le cœur de Harry s'arrêta de battre, parce que Ron n'était toujours pas arrivé, mais il apparut enfin, en tombant plutôt qu'en sautant. Touffu se mit à mordre la pierre et le bois au-dessus d'eux et ferma apparemment la porte, car tout fut alors plongé dans l'obscurité.
Harry entendit Ron atterrir.
«Ron?» demanda-t-il rapidement.
«Ouais?» dit Ron, la voix tremblante.
«Tu es-»
L'estomac de Harry se serra lorsqu'il sentit l'odeur du sang. Sa cicatrice se mit à le brûler et Harry déglutit en essayant de l'ignorer.
«Tu es blessé?»
«Juste ma main.» répondit Ron en reprenant son souffle.
Comme lui et les autres s'étaient levés, Harry se rapprocha de Ron. Sa main présentait deux grands trous – des morsures – qui étaient plutôt profonds et qui saignaient, mais par chance, Harry ne pensait pas qu'il s'était cassé quelque chose.
«Quelqu'un aurait un truc pour couvrir-»
«Tiens.»
Drago retira la cravate de Gryffondor de sa poche et la tendit à Harry, qui la fixa. Drago évita de croiser son regard et Harry reporta donc son attention sur Ron, nouant la cravate autour de sa main de la même façon qu'il avait vu Patmol le faire avec Lunard.
«Ça va mieux?» demanda Hermione.
Ron haussa les épaules et plaqua sa main contre sa poitrine, visiblement gêné. Drago s'était éloigné d'eux et s'était rapproché d'un passage qui semblait être le seul accès possible. Avec un regard vers les deux autres, Harry lui emboîta le pas.
Ils n'avaient fait que quelques pas quand Harry commença à entendre un petit murmure, accompagné de temps à autres de cliquetis.
«Vous pouvez entendre ça?» demanda Harry en frottant sa cicatrice.
«Entendre quoi?» demanda Ron.
«Écoutez.» dit Harry en secouant la tête.
«On dirait des ailes.» murmura Drago, alors qu'ils s'approchaient d'une arche au bout du passage.
«Des oiseaux?» demanda Hermione.
Elle avait raison. Une fois qu'ils eurent passé l'arche, ils se retrouvèrent dans une pièce très claire au plafond très haut, remplie d'oiseaux pailletés.
«Vous croyez qu'ils sont dangereux?» demanda Ron.
«Sûrement.» répondit Harry.
«Il y a des balais là-bas.» indiqua Drago.
Harry suivit son regard et en effet, il y avait sept balais à l'apparence lourde appuyés contre un mur.
«Tu penses qu'il faut voler pour continuer?»
«Mais il y a pourtant une porte.» répliqua Hermione.
En restant près du mur au cas où les oiseaux se décidaient à attaquer, elle rejoignit la porte en question et essaya un sort de Déverrouillage – le même que Drago avait utilisé la nuit où ils avaient découvert Touffu – avant de soupirer.
«C'est verrouillé.»
«Il y a une clé?» demanda Ron.
«Il y en a plein, en fait, répondit Drago, la voix tremblante. Ce ne sont pas des oiseaux. Regardez.»
Harry leva la tête, plissant les yeux en direction de ce qui lui apparut, en effet, comme étant des clés ailées.
«Alors il faut l'attraper.» dit Harry en s'avançant dans la pièce.
Drago avait traversé la pièce pour rejoindre Hermione et examinait la porte.
«Elle doit être argentée et sûrement un peu vieille.» dit-il.
Harry leva les yeux et grogna. Il y avait des centaines de clés là-haut et la majorité était argentée. Mais cela faisait des années qu'il volait désormais et Dubois ne lui aurait pas laissé le poste d'Attrapeur s'il n'était pas bon.
«Debout.» dit-il en levant la main vers un balai, qui vola vers lui.
Harry donna un coup de pied et s'éleva dans les airs. Ron avait aussi attrapé un balai et volait avec assurance malgré sa main blessée. Hermione volait tout en tremblant et Drago s'envola avec autant de facilité que Harry et Ron.
Harry repéra la clé au bout de dix secondes – elle avait une aile pliée – mais l'attraper fut une autre histoire. La clé était plus agile qu'un Vif d'Or, bougeait plus vite que lui et les autres entre les piliers et alors qu'il n'avait qu'un autre Attrapeur à gérer pendant les matchs de Quidditch, ici, il y en avait trois autres. Même s'ils essayaient de s'aider, ils semblaient surtout s'embêter les uns les autres.
«Ce serait plus simple si elles ne volaient pas, souffla Hermione, une main plaquée sur son flanc et l'autre serrée sur sa baguette, tandis que ses genoux étaient fermement serrés autour de son balai. Et ça doit être un sort qui les fait voler, non? Finite Incantatem.»
Les clés se figèrent alors – même celle qu'ils recherchaient. Mais avant qu'ils ne puissent se diriger vers elle, cette clé et les autres commencèrent à trembler. Leurs ailes disparurent et au même moment, chaque clé se transforma pour ressembler à leur clé cible. Puis, toutes ensemble, plusieurs centaines de clés identiques commencèrent à tomber.
Harry ne réfléchit pas une seconde de plus. Il avait toujours les yeux braqués sur la clé qu'ils voulaient et il fonça dans cette direction, forçant le balai à accélérer. Les autres clés lui frappèrent le bras, le dos, le visage au passage, mais il fonça le plus rapidement possible. Si la clé tombait au sol, elle serait perdue parmi les autres et ils ne pourraient pas suivre King.
La main de Harry se referma sur la clé alors qu'elle n'était qu'à un mètre du sol. Il tomba du balai, atterrissant douloureusement sur le côté, et s'arrêta brutalement en percutant un pilier en pierre.
«Harry!» s'écria Hermione.
Elle saignait de plusieurs coupures sur le front et le menton et avait une lèvre enflée.
«Oh, je suis désolée, je n'ai pas pensé-»
«Tu ne savais pas.» dit Harry en essayant de s'asseoir.
Il imagina que c'était ce que l'on devait ressentir lorsque l'on était poignardé, mais il réussit à s'asseoir. Il grimaça et appuya la main sur son flanc. Lorsqu'il releva son tee-shirt de pyjama, ses côtes avaient déjà pris une méchante couleur violette. Étrangement, Harry se surprit à penser à l'Oncle Vernon.
«Tiens.» dit-il en secouant la tête pour éclaircir ses idées, puis il donna la clé à Hermione.
Elle se mordit la lèvre, voulant apparemment s'excuser encore, mais Ron la poussa vers la porte – elle dut marcher sur les clés pour en approcher – puis il tendit sa bonne main à Harry. Drago s'approcha également pour aider et Harry en fut reconnaissant, parce qu'il n'était pas sûr d'être capable de se relever tout seul. Drago et Ron avaient aussi des coupures et des bleus sur le corps.
«Oh mon ...» dit Hermione avec une petite voix.
Drago s'empressa de la rejoindre, tandis que Ron observait Harry, s'assurant qu'il pouvait marcher.
«Je vais me débrouiller.» lui dit Harry.
Ron resta quand même près de lui et lui attrapa le bras lorsqu'il trébucha sur un pile de clés. Harry fut reconnaissant qu'il ne fasse pas de commentaire, mais il pouvait sentir à quel point Ron était inquiet.
Lui et Ron rejoignirent Hermione et Drago, qui étaient déjà entrés dans l'autre salle, avant de se figer.
Ils se trouvaient au bout d'un immense échiquier, derrière les pièces noires. Drago fixa l'imposante reine – qui faisait presque deux fois leur taille – et Harry le vit frissonner. Les pièces blanches sans visage les observaient depuis l'autre bout de la pièce.
«Maintenant quoi?» murmura Harry en se tenant le ventre.
«C'est évident, non?» dit Ron, l'air sincèrement surpris qu'ils n'aient pas déjà compris.
«Pas pour nous, dit Drago avec ironie. Tu nous expliques, s'il te plaît?»
«Il faut qu'on gagne le droit de passer.» dit Ron en levant les yeux au ciel.
«Comment est-ce qu'on doit faire ça?» demanda Hermione, ses yeux marrons passant d'une pièce à l'autre.
«Je pense qu'on est considéré comme des pièces.» dit Ron.
L'estomac de Harry se serra de manière désagréable tandis que Ron se dirigeait vers l'un des cavaliers noirs, posant sa bonne main sur le flanc du cheval. La pierre prit vie. Le cheval rejeta la tête et piétina, tandis que son cavalier tournait sa tête casquée.
«Est-ce qu'on doit … euh … vous rejoindre pour passer?»
Le cavalier hocha la tête.
«Génial.» murmura Drago, encore plus pâle que d'habitude.
«D'accord, dit Ron. Laissez-moi juste réfléchir ...»
Il balaya les alentours du regard.
«J'imagine qu'on doit être les quatre pièces manquantes chez les noirs?»
Ron regarda le cavalier.
«Hé! Est-ce qu'on doit tous jouer?»
Le cavalier acquiesça.
«D'accord, dit Hermione. Alors-»
«Ne le prenez pas mal ou quoi que ce soit, dit Ron en grimaçant. Mais vous n'êtes pas très bon aux échecs-»
«On le prend pas mal, répondit rapidement Harry. Dis-nous juste quoi faire.»
«Attends un peu, Weasley!» dit Drago en même temps.
«Harry, tu prends la place du fou-»
«Le fou? ricana Drago. Tu rigoles, pas vrai, Weasley? Potter, tu devrais prendre la place du roi.»
«Harry, tu vas jouer à la place du fou.» dit Ron en lançant un regard noir à Drago.
«Non, Potter devrait remplacer le roi.» dit Drago en croisant les bras.
Les yeux bleus curieux de Ron fixèrent un moment les yeux gris de Drago, mais Harry s'en fichait.
«Si vous pensez que je vais rester derrière alors que vous risquez tous vos vies pour moi-»
«Ne nous coupe pas la parole, Potter, c'est malpoli.» dit Drago en lui faisant un signe de la main.
Harry fusilla Hermione du regard. Même si elle le cachait, il pouvait quand même sentir qu'elle souriait.
«Explique-toi.» dit Ron à Drago.
«Potter est le seul qui a une vraie chance ici.» dit Drago.
«C'est-»
«Silence, Potter, répéta Drago, ressemblant tant à Rogue que Harry se tut en grognant. Alors, qui doit-on protéger ici, peu importe le prix?»
«Harry.» dit Ron en acquiesçant, comme s'il comprenait.
«Oui, mais vous oubliez tous les deux que ces seize pièces-»
Hermione, les sourcils froncés, leur montra les pièces blanches.
«-vont essayer d'atteindre Harry s'il est roi.»
«Il sera quand même plus en sécurité.» dit Ron.
Drago acquiesça.
«Tu n'es pas autorisé à déplacer le roi sur une case où il peut être pris- L'autre côté placera le roi en échec ou en échec et mat, c'est différent.» dit-il en ignorant les protestations de Hermione.
«Si Potter joue à la place du roi – peu importe ce qui nous arrive – il sera le dernier debout.» ajouta Drago.
«Et les rois ne tombent jamais vraiment, murmura Hermione, avant de regarder Drago. Malin.»
«Quand vous aurez terminé de discuter de-» dit Harry, agacé.
«Je pense qu'on a fini, dit Drago. Potter, tu joues à la place du roi.»
«J'avais compris.» grogna Harry.
«Hermione, tu seras une tour, dit Ron. Drago, le fou.»
«Et toi?» demanda Hermione.
«Je vais être un cavalier.»
Le cavalier noir semblait les écouter. Le roi, le fou près de lui, le cavalier à qui Ron avait parlé et la tour quittèrent tous l'échiquier. Harry prit une inspiration profonde et se plaça sur la case qui appartenait jusque-là au roi. Les autres prirent aussi position.
«Les blancs commencent toujours à jouer … Ouais, allons-y, murmura Ron, tandis qu'un pion blanc se déplaçait de deux cases. Toi là-bas.»
«Moi?» demanda timidement Hermione.
«Non, le- toi- non, le pion- Non l'autre- Oui, toi!»
Ron commença à diriger les pièces noires.
«Malefoy, quatre cases à droite.»
La première pièce qu'ils perdirent était un pion. Elle fut renversée par une tour blanche et traînée hors du plateau où elle resta là, immobile.
«On a pas le choix.» dit Drago, la voix légèrement tremblante.
«Je sais, dit Ron. Prends-le, d'accord?»
Drago acquiesça et tapa sur la tour qui tomba bruyamment, le faisant crier.
«Je suis censé le sortir?» demanda-t-il.
«Tu ferais mieux de le faire léviter.» dit Hermione en fixant la pièce énorme.
Drago sortit sa baguette, mais avant de pouvoir lancer le sort, le fou qu'il remplaçait arriva pour s'en occuper lui-même. Le jeu reprit. Ron et Drago discutaient de chaque mouvement, Hermione avait oublié de respirer et Harry lui-même essayait de ne pas respirer, car cela lui faisait vraiment très mal.
Harry se sentait nerveux – Hermione se trouvait à sa droite et même s'il était heureux qu'elle soit là, il ne pouvait s'empêcher de remarquer que les pions blancs l'utilisaient pour le bloquer. Ron et Drago étaient occupés à coordonner une attaque sur les blancs – Ron avait tout juste évité de se faire prendre par un fou, mais il avait réussi à bloquer le roi blanc de l'autre côté du plateau.
Un cavalier blanc, qui se trouvait près de Drago, se déplaça pour prendre l'un de leurs pions. Ron fronça les sourcils, regarda l'échiquier et alors – malgré la distance entre eux – Harry le vit pâlir sous ses tâches de rousseur.
«Quoi?» demanda Harry en observant le plateau.
Silencieux à la gauche de Harry, Drago observa la reine blanche et jura, fermant les yeux pendant un instant. Il fit un pas en avant.
«Non! cria Ron. Malefoy, attends!»
«Pourquoi?» s'écria Drago.
Harry pouvait entendre les battements de son cœur, et il tambourinait. Ron ne sembla rien trouver à dire, mais son odeur effrayée était suffisante pour inquiéter Harry.
«Qu'est-ce qui se passe?» murmura Hermione.
«J'sais pas, souffla Harry. Mais ça n'a pas l'air bon.»
Hermione se mordit la lèvre, ses yeux passant d'une pièce à l'autre, avant qu'elle ne soupire bruyamment.
«On s'est fait avoir!»
Et alors, Harry remarqua la reine, prête à glisser sur la case à sa gauche où elle serait protégée par le cavalier qui s'était déplacé juste avant. Et il serait alors échec et mat, vu que Hermione le bloquait sur la droite et qu'il ne pouvait s'échapper en diagonale car le fou se trouvait derrière la reine …
«Alors on a perdu?» demanda-t-il.
«Non.» dirent ensemble Ron et Drago.
«Alors comment …?» demanda Hermione.
«Je prends ce pion, dit Drago en montrant le centre du plateau. Celui qui est derrière la reine blanche.»
«Mais la reine ...» murmura Harry, une fois qu'il eut réalisé que la case n'était pas protégée.
«NON!» crièrent ensemble Harry et Hermione.
«Je n'ai pas spécialement envie d'être pris, dit fortement Drago. Mais je ne vois pas vraiment d'autre choix. Soit c'est ça, soit on perd.»
«Mais-» commença Hermione.
«C'est les échecs, Granger, dit Drago sur un ton hautain. Leur reine devra me prendre, puisque le roi sera échec et mat. Ensuite, notre reine prendra leur reine et ça placera leur roi en échec et mat et toi, Weasley et Potter, vous pourrez continuer.»
«Malefoy-»
«Weasley, tu veux arrêter King ou pas?» demanda Drago.
«Oui, dit Harry. Mais pas si ça doit dire-»
Drago l'ignora.
«Weasley, si c'était un jeu normal, si nous n'étions pas des pions, tu me déplacerais là?»
Ron acquiesça sans hésiter.
«D'accord, dit Drago d'une voix tremblante. Je suis flatté que tu aies hésité.»
Il déglutit.
«Bonne chance.»
Drago avala à nouveau sa salive, se redressa et s'avança pour prendre le pion.
«Échec.» dit-il, la voix brisée.
Aussitôt que le pion fut jeté hors du plateau, la reine se tourna et frappa le visage de Drago avec sa main. Hermione se mit à crier et plaqua ses mains sur sa bouche en le voyant s'effondrer sans un bruit.
«Que personne ne bouge» s'écria Ron, la voix tremblante.
Hermione se balançait sur ses talons et Harry continuait à se tenir le ventre. Tous trois observèrent la reine traîner Drago en dehors du plateau, là où se trouvaient les autres pièces.
«Prends-la, dit Ron en dirigeant leur reine vers la reine blanche. Et échec.»
La reine blanche s'écrasa au sol. Un fou blanc se glissa entre le roi et la reine noire.
«Prends-le, répéta Ron. Échec et mat.»
Le roi blanc retira sa couronne et la posa aux pieds de la reine. Le reste des pièces s'inclina et s'écarta, laissant un passage libre pour accéder à la porte suivante.
Ce ne fut pas par là qu'ils se dirigèrent, cependant. Ils se mirent à courir vers Drago – ou à boiter dans le cas de Harry – qui n'avait toujours pas bougé. Sa tempe était enflée et du sang coulait d'une coupure.
«Il respire.» dit Hermione en plaçant la main devant le nez de Drago.
«Harry, il faut que tu continues ou il va prendre la pierre.» protesta Ron.
Harry jeta un œil à Drago, réticent à l'idée de le laisser seul et inconscient.
«Je vais rester avec Malefoy, dit Ron. Hermione est meilleure pour les sorts et tout ça, de toute façon.»
Harry déglutit et acquiesça. Lui et Hermione se dirigèrent vers l'autre porte, Hermione jetant un dernier regard inquiet en direction de Ron et de Drago.
«Il ira bien.» dit Harry en essayant de se convaincre lui-même.
Hermione se mordit la lèvre, mais hocha la tête.
«Flitwick et McGonagall, murmura Hermione. Alors ça laisse Chourave, Rogue-»
«Et Lunard.» ajouta Harry.
Elle acquiesça, distraite.
«Et peut-être un autre professeur, dit Hermione. Percy a dit que les élèves plus âgés avaient aussi Divination, Runes anciennes, Soins aux créatures magiques, Étude des moldus et Arithmancie.»
«Peut-être.» dit Harry en grimaçant et en frottant ses côtes.
Le couloir les mena dans l'obscurité – il y avait une pleine lune au-dessus d'eux, probablement enchantée comme le plafond de la Grande Salle – et Harry s'arrêta en sentant de l'eau glacée dans ses baskets. Il avait l'impression qu'ils étaient dehors – évidemment, c'était impossible – mais le nez de loup de Harry ne s'était jamais trompé. Il tourna les yeux vers Hermione, avant d'allumer sa baguette. Sa baguette n'aida pas beaucoup – la pièce semblait avaler la lumière – mais Harry réussit à voir de l'eau, des arbres noueux et des roseaux qui étaient presque aussi grands qu'eux.
«Lunard.» murmura Harry.
Hermione pencha la tête, montant sur un tronc pour essayer de garder son pyjama au sec. Une lueur orangée clignota au loin.
«C'est lui?» murmura Hermione en tirant sur la manche de Harry.
Une vive odeur de peur émana d'elle et Harry étouffa son visage dans sa manche pour éviter d'éternuer et de se faire repérer.
«Sûrement.» dit Harry en déglutissant, tout en attirant Hermione dans l'obscurité et en éteignant sa baguette.
Il lui fallut un moment, mais ses yeux finirent par s'ajuster, suffisamment pour distinguer les contours de Hermione et de ce sur quoi il marchait.
«N'allume pas ta baguette. Comme ça, il ne nous verra pas arriver.»
«D'accord.» couina Hermione.
Elle serra la main de Harry et ils se rapprochèrent de la lumière clignotante. Ce n'était pas un trajet facile. Harry ne savait pas si King était conscient de leur présence ou s'il était juste perdu, mais sa lumière bougeait sans cesse et s'éteignait parfois, avant de réapparaître à un autre endroit. Comme si ça ne suffisait pas, il y avait de la boue qui essayait constamment de leur aspirer les jambes jusqu'aux genoux – et le flanc de Harry était si douloureux qu'il était difficile pour lui de lever les genoux. Les roseaux étaient piquants, les branches des arbres trop basses, l'eau trop froide et il semblait que les plantes essayaient de les faire tomber, de les frapper ou de les attraper.
«On a- On aurait du prendre les b- balais.» dit Hermione en retirant son pied d'un endroit particulièrement collant.
Harry jeta un œil en arrière, vers la porte qu'ils venaient de passer et qui était encore bien visible.
«On est p- pas loin.» murmura Harry.
Et c'était le cas. La lumière de King n'était plus qu'à quelques mètres et Harry pouvait entendre quelque chose.
«Attention à cette racine.»
Hermione l'évita, avant d'attraper le bras de Harry lorsqu'une autre racine essaya de la faire tomber.
« Ça va t- tes côtes?» demanda-t-elle en claquant des dents.
«Ça fait mal.» souffla Harry en s'agenouillant, attirant Hermione avec lui.
La lumière de King était toute proche, juste derrière les roseaux, et il serait capable de les repérer s'ils n'étaient pas prudents. Les paumes de Harry transpiraient tellement qu'il avait du mal à tenir sa baguette. Les jointures des mains de Hermione étaient blanches et son cœur battait à tout rompre.
A quelques pas de là, une ombre bougea.
«Petrificus totalus!» souffla Harry.
Son sortilège sortit de sa baguette, se dirigea droit sur King … et lui passa à travers.
«C'est un f- fantôme?» demanda Hermione, en essayant de détacher la racine qui s'était enroulée autour de son poignet.
«Non, dit Harry en reculant. Je ne crois pas que ce soit King. Lumos!»
Il y eut un grognement surpris et une créature, qui sautillait sur une seule patte, apparut. L'une de ses mains aux longs doigts tenait une lanterne.
«C'est quoi?» demanda Hermione.
«Au- Aucune idée.» dit Harry en diminuant la lumière, parce qu'elle semblait avoir surpris la créature.
Les contours de la créature devinrent un peu flou jusqu'à ce qu'elle devienne de nouveau brumeuse et sa lanterne brilla un peu plus.
Alors, du feu surgit de la lanterne et Harry eut tout juste le temps de lever la main pour protéger son visage de la chaleur et de la lumière, mais c'était tout. Il grimaça en sentant son cou et son bras brûler et Hermione se mit à crier près de lui. Le feu disparut aussi vite qu'il était apparu et Harry éloigna Hermione, sans vraiment savoir vers où, tant qu'ils s'éloignaient de cette créature.
«Aïe, dit Hermione en plaçant sa main sous l'eau froide. Aïe, aïe, aïe.»
Le feu lui avait brûlé la manche et son bras était rouge et douloureux. Ses cheveux avaient aussi eu chaud – Harry pensa que les siens avaient du subir le même sort – et elle arborait une vilaine brûlure sur la mâchoire. La main de Harry était aussi douloureuse, la brûlure n'était pas aussi grave, mais il la plaça également dans l'eau. A côté de lui, Hermione se mouillait le visage en reniflant.
Alors quelque chose le frappa. Harry, après coup, fut reconnaissant que la chose lui ai frappé la cuisse et pas la taille. Hermione se mit à crier et s'écarta quelques secondes plus tard, se protégeant la tête de-
«Je déteste les plantes! déclara Hermione en sanglotant. Ces plantes-là, en tout cas!»
Harry en évita une autre et se tourna vers leur agresseur.
Il s'agissait – et il n'aurait absolument pas du être surpris – d'un Saule Cogneur. Il était plus petit que celui qui se trouvait dans le parc de Poudlard, mais il était quand même assez grand pour être dangereux. Harry recula de quelques pas et quelque chose lui frappa les jambes par derrière. Il tomba durement sur le dos et ses yeux se remplirent de larmes lorsqu'il sentit la douleur dans ses côtes. Pendant un moment, il fut incapable de bouger ou de parler, alors il resta là où il se trouvait, levant les yeux vers la lune-
«La lune.» gémit-il en direction de Hermione, qui essayait de l'aider à se lever.
«Quoi?» demanda-t-elle en se frottant les yeux.
«La lune, répéta-t-il. Ah- aïe- elle est pleine.»
«Pardon?» renifla-t-elle, en réussissant finalement à le redresser.
«Tu peux trouver un bâton?»
«Quoi?» demanda-t-elle.
«Hermione, un bâton. Long. S'il te plaît.» dit Harry.
Hermione déglutit, acquiesça – Harry pouvait voir qu'elle prenait sur elle pour ne pas paniquer – et elle disparut. Hors de sa vue, du moins. Harry pouvait quand même l'entendre se déplacer.
«Tiens.» dit-elle quelques minutes après.
Harry le prit et s'avança rapidement vers l'arbre, se rapprochant du tronc. Il prit un autre coup dans l'épaule, mais par chance, il toucha la racine et l'arbre se figea.
«Il doit y avoir un passage là-dessous.» lui dit-elle.
«Comment tu-»
«Parce que c'est ce que Lunard faisait quand il était à Poudlard pendant les pleines lunes.» expliqua Harry.
«D'accord.» dit Hermione.
Ils tournèrent tout deux autour de l'arbre.
«Harry, c'est là.»
Soulagé d'avoir eu raison, Harry se débrouilla pour entrer dans le tunnel – pas que ce soit très difficile. Il était fait pour des professeurs adultes et Harry n'était qu'un garçon un peu maigre de presque douze ans. Ensuite, il s'écarta du chemin pour laisser passer Hermione.
Elle avait l'air encore plus secoué à la lumière et Harry était sûr qu'il n'était pas mieux. Le tunnel sous le Saule était fait de pierre et était plutôt court. Baguette en main, plein d'appréhension, Harry ouvrit la porte qui se trouvait à l'opposé. Il entra à l'intérieur, la main plaquée sur ses côtes.
«Oh, merci mon dieu.» renifla Hermione.
Devant eux se trouvait une table, sur laquelle étaient exposées sept bouteilles de potions. Il n'y avait ni clés, ni étranges monstres brumeux, ni d'horribles plantes, juste des bouteilles. Harry ressentit une étrange affection pour Rogue. Tous deux s'avancèrent davantage dans la pièce et des flammes s'élevèrent derrière eux, bloquant la porte qu'ils venaient de franchir ainsi que celle qu'ils avaient prévu de traverser.
«Mais-»
«Regarde, Harry.» dit Hermione.
Et Harry s'approcha rapidement d'elle. Elle tenait un long parchemin, recouvert de l'écriture de Rogue et elle murmurait dans sa barbe.
«Malin.» dit-elle en souriant.
Harry la dévisagea, parce que sourire était la dernière chose qu'il se sentait de faire.
«C'est un puzzle. Ce n'est pas de la magie, c'est de la logique. Beaucoup de grands sorciers n'ont pas une once de logique en eux. Ils seraient coincés ici pour toujours.»
«Je suis pas sûr d'avoir assez de logique-»
«Moi si.» répondit vivement Hermione.
C'était amusant de voir à quelle vitesse elle avait réussi à reprendre le contrôle de ses émotions, maintenant qu'elle avait retrouvé sa zone de confort.
«Tout ce qu'on doit savoir est écrit là … Donne-moi un instant.»
Elle passa devant la table, en murmurant des choses, et après plusieurs minutes, elle lâcha un soupir satisfait.
«La plus petite va nous permettre de passer-»
Elle désigna la porte en face d'eux.
«-et celle-ci nous ramènera dans le marais.»
Harry ne demanda pas si elle était sûre d'elle, il lui faisait confiance.
«Dans la petite bouteille, i peine une gorgée, dit Harry. Seulement l'un de nous-»
«-pourra passer, je sais.» dit Hermione.
Ses larmes menaçaient de couler.
«Bois la grande, lui dit Harry. Retrouve Ron et Drago et va chercher de l'aide. J'en aurais besoin, peu importe-»
Harry faillit dire 'peu importe ce que dit la prophétie', mais il s'arrêta à temps.
«-ce que Drago a dit sur mes chances de réussite.»
«D'accord, dit Hermione. Sois- Tu seras prudent, pas vrai?»
«Plus prudent que jamais.» dit Harry en essayant de parler sur ton léger.
Il savait aussi bien que Hermione qu'il n'allait peut-être en revenir.
«Merci pour- tu sais, d'être venu avec moi.»
«Harry-»
«Et remercie aussi Ron et Drago pour moi-»
«Mais-»
«S'il te plaît.» dit Harry en prenant une grande inspiration tremblante, qui lui fit plus mal qu'autre chose.
La lèvre de Hermione se mit à trembler et elle s'approcha, prête à le prendre dans ses bras, mais elle s'en empêcha – ou du moins, Harry eut cette impression, car elle regardait son ventre – et se mit à renifler.
«Bonne chance.» dit-elle avec émotion.
«Merci.» répondit Harry.
Il montra la grande bouteille.
«Bois ça.»
Hermione s'exécuta, elle frissonna et devant l'insistance de Harry, elle disparut à travers les flammes. Harry attrapa la petite bouteille et en versa le contenu dans sa bouche. Harry comprit pourquoi Hermione avait frissonné. C'était comme boire de la glace et à vrai dire, c'était plutôt un soulagement pour ses côtes. Il prit une grande inspiration et s'avança vers le feu.
Il y avait déjà quelqu'un à cet endroit-là et la personne se retourna, la baguette levée. Alors, elle repéra Harry et se mit à sourire.
Remus toqua fortement à la porte du bureau de McGonagall. Il pouvait l'entendre à l'intérieur, reniflant de manière étrange, et il échangea un regard stupéfait avec Dora.
«Professeur, c'est Remus, j'ai besoin de vous parler.» dit-il en frappant à nouveau.
Cette fois, il y eut du mouvement dans le bureau et la porte s'ouvrit. Le visage de McGonagall était rouge et marbrée et elle tenait un mouchoir humide dans sa main.
«Qu'est-ce qui ne va pas ?» demanda Remus, effaré.
«Vous- vous n'avez pas entendu?» demanda-t-elle entre deux hoquets.
«Entendu quoi? demanda Remus. C'est Dumbledore?»
Son bureau était désert quand ils étaient arrivés par la Cheminée.
«Dumbledore? demanda McGonagall, confuse. Je- non- c'est- ils ont retrouvé le corps de Black.»
Remus serait tombé par terre si Dora ne l'avait pas rattrapé.
«Retrouvé?» demanda-t-il, et sa voix se brisa.
«Ils sont en train d'étudier la question de la garde, dit McGonagall en tapotant ses yeux. Le Directeur y est allé pour donner son avis- je pensais que vous seriez là-bas-»
«La garde, souffla Remus. Non, non, non, non, il ne peut pas- Où a-t-il été retrouvé ?»
«Je ne sais pas, dit McGonagall. La lettre disait seulement-»
Elle renifla, essuya ses yeux, avant de se redresser.
«Vous vouliez quelque chose?»
«Parler à Harry- Est-ce qu'il est au courant?»
«Pas encore, dit McGonagall. Et lui parler? Il est dans votre bureau depuis des jours.»
«On a été voir, dit Dora. Il a du retourner à la tour de Gryffondor.»
«Mais s'il est mort, il ne peut pas être possédé.» murmura Remus.
«Sauf s'il est mort après, comme les autres, répondit tristement Dora. Mais alors, qui-»
«Si vous pouviez retrouver Harry pour nous, Professeur.» dit Remus, brisé.
La main de Dora se serra autour de la sienne, mais Remus était trop anesthésié pour la serrer en retour.
Sirius était allongé sur quelque chose de doux – pas doux comme un lit, mais peut-être doux comme de l'herbe – et il sentait des mains à son cou, sur ses bras, tirant sur sa robe. L'une d'elle lui serra même la main.
«Sirius?»
Sirius avait l'impression que cette voix était familière, mais sans réussir à la reconnaître vraiment, et ses yeux ne semblèrent pas marcher lorsqu'il essaya de les ouvrir. Il se demanda avec effroi si ses yeux avaient été brûlé, avant de bloquer cette pensée. Quand avait-il été brûlé? Il se souvenait que c'était le cas, mais ne se souvenait pas comment. Sirius essaya de porter une main à son visage, mais ses bras ne fonctionnaient pas non plus.
«-le déplacer, murmura une voix. Avant que quelqu'un d'indésirable-»
«Je vais le porter, dit la première voix. Tu l'aides à se redresser?»
«Il est plus costaud que nous, grogna la seconde voix. Et je ne suis pas le plus grand- Oh, ou je suppose qu'on peut faire comme ça, oui.»
Sirius pouvait seulement imaginer qu'on le faisait léviter, car il ne sentait plus rien sous lui, mais son estomac fit une sorte de petit bond, jusqu'à ce qu'il se pose sur quelque chose de chaud et poilu. Sirius essaya de nouveau d'ouvrir les yeux. Il y eut un bruit de bois et la deuxième personne souffla.
«Regarde! Regarde ça, c'est une baguette!»
La chose sur laquelle Sirius était allongé bougea un peu et souffla, commençant à se déplacer rapidement, mais de manière régulière. Après de longues minutes, Sirius se retrouva à nouveau allongé sur l'herbe.
«Je peux voir? demanda la première voix, qui s'était absentée pendant que Sirius était déplacé. Par Merlin, ça me manque d'en avoir une.»
«Je peux l'emprunter? demanda la seconde voix. Pendant que je monte la garde? Ils ne sauront jamais ce que-»
«Et si t'es attrapé, on fait quoi? On est censé le renvoyer là-bas sans sa baguette ?»
Me renvoyer? se demanda Sirius. Les souvenirs semblaient être hors de portée et il courrait après, frustré.
«Non, soupira la deuxième voix. J'imagine qu'on s'est toujours débrouillé sans.»
Quelque chose de léger fut posé sur la poitrine de Sirius – il supposa qu'il s'agissait de sa baguette – et alors, des bruits de pas s'éloignèrent.
«Sirius.» dit la première voix.
Pendant une seconde absurde, Sirius eut l'impression qu'il s'agissait de James. Il avait la même voix. Curieux désormais, Sirius essaya de nouveau d'ouvrir les yeux et réussit à les ouvrir un tout petit peu. L'image floue d'un visage fin avec des lunettes et des cheveux noirs et ébouriffés s'imposa à lui. Ça et pas mal de vert.
«Harry?» gémit Sirius en essayant de poser la main sur son filleul.
Mais le vert ne se trouvait pas dans les yeux de Harry. Il venait des arbres au-dessus de lui et les yeux de l'homme étaient marrons, son visage plus âgé. Les yeux de Sirius s'écarquillèrent lorsque les souvenirs qu'il cherchait lui revinrent en mémoire. Croaker, Voldemort, le Voile.
«James! dit-il urgemment. Non, non, non, je ne peux-»
James plaça une main sur sa poitrine, le repoussant, tout en lui souriant d'une manière chaleureuse, mais aussi emplie de tristesse. Alors, la seconde silhouette fit son apparition, sortant d'entre les arbres.
«Ils arrivent par ici.» dit-il rapidement.
La personne jeta un coup d'œil à Sirius. Un millier d'expressions passa sur son visage, mais Sirius ne parvint pas à les décrypter car le visage ressemblait au sien. Avait-il un sosie? Enfin, il réussit à comprendre.
«Reg.» gémit-il.
Reg lui adressa un petit sourire nerveux et fit signe à James, qui se leva. C'était étrange, pensa Sirius, qu'il puisse voir James lorsqu'il regardait Harry, mais alors qu'il avait de nouveau la chance de regarder James, tout ce qu'il pouvait voir, c'était Harry.
«Tu sais quoi faire.» dit James en regardant derrière Sirius.
Quelqu'un laissa échapper un petit son affirmatif. Puis James reposa son regard sur Sirius.
«Merci Patmol, merci pour tout.» dit-il en tout et pour tout, avant de suivre Reg entre les arbres.
Sirius passa un moment à les regarder, confus, avant que quelque chose ne lui touche la tête.
«Debout.» dit une voix ferme, mais aiguë.
Cette fois, étant donné qu'il avait déjà vu son meilleur ami et son frère morts, Sirius fut plus prompt à comprendre.
«Noddy?» demanda-t-il en se redressant.
La petite elfe de Charlus et Dorea se tenait là, vêtue d'une taie d'oreiller en dentelle. Elle souriait largement et lui tapota la main, avant de froncer les sourcils.
«Debout.» répéta-t-elle en agitant les mains.
«Où sont-ils allés?»
«Gagner du temps pour vous, Maître Sirius.» expliqua-t-elle en lui prenant la main.
Des bruits de pas plus lents se firent entendre et Noddy lui sauta dessus, ajoutant sûrement de la magie à sa force naturelle, parce que Sirius n'eut même pas le temps de parler qu'il se retrouva debout, caché derrière un arbre.
«… ici quelque part.» dit une voix en riant.
Sirius se figea. Il connaissait cette voix et savait qu'il ne voulait pas être retrouvé par ce fantôme là en particulier … ou esprit, ou quoi que ce soit. Il resta debout, très immobile, serrant fermement la main de Noddy dans la sienne.
«Black? Tu es là, Black? Ça fait si longtemps!»
Evan Rosier, vêtu des vêtements dans lesquels il était mort, passa tout près de l'endroit où ils se cachaient. Sirius voulut attraper sa baguette et constata qu'elle ne se trouvait pas dans sa poche, mais il se détendit en la voyant dans l'autre main de Noddy. Il lui fit un signe et elle secoua la tête, les oreilles battantes. Sirius fronça les sourcils, mais n'osa pas bouger.
«Evan!»
Sirius ne reconnut pas cette voix, mais Rosier la connaissait visiblement, car il se redressa et s'élança vers les arbres, ses mains se posant sur un grand couteau accroché à sa hanche. Sirius se demanda où était passé sa baguette.
«Qu'est-ce qu'il fait là?» murmura Sirius, sortant de sa cachette.
«Attendre.» dit Noddy.
«Attendre?»
«Attendre, confirma-t-elle en s'éloignant de l'arbre. C'est- Nous attendons tous.»
«Quoi?» demanda Sirius.
Noddy lui lança un regard éloquent comme si c'était évident. Sirius continua de la dévisager.
«De la famille, dit Noddy. Mais les hommes mauvais attendent leurs ennemis. Cet endroit- les morts peuvent toujours mourir et les hommes mauvais- Ils aiment le risque.»
«Toujours mourir- mais-»
Sirius regarda l'endroit où Rosier s'était trouvé.
«Et bien, disparaître-»
«Mais alors James est en danger et Reg-»
«Ils gagnent du temps.» couina Noddy.
«Pour moi, ouais, tu as dit ça, dit Sirius, impatient. Mais je peux aider-»
«Les Maîtres vont se débrouiller.» dit fermement Noddy.
Elle reprit la main de Sirius et le guida – très lentement – à travers les arbres.
«En parlant de Maîtres, dit Sirius. Est-ce que Charlus et Dorea-»
«Partis.» répondit Noddy, en écartant une branche.
Elle tenait toujours la main de Sirius dans la sienne et il n'avait pas l'impression qu'elle comptait la lui rendre tout de suite.
«Partis?» demanda Sirius.
«Ils ont continué, dit-elle. Mais Noddy a choisi de rester pour prendre soin du Maître James et de la Maîtresse Lily-»
«Lily est là aussi? Je me demandais pourquoi je ne l'avais pas vu-»
«La Maîtresse observe, dit Noddy avec un sourire doux. Le Maître passe du temps à observer aussi, mais il s'impatiente-»
«Je peux la voir? Lily?»
«Non.» répondit Noddy en fronçant les sourcils.
«Rapidement.» dit Sirius.
«Si la Maîtresse voulait vous voir, la Maîtresse serait venue avec les Maîtres.» lui dit Noddy.
Sirius fronça les sourcils.
«Elle ne veut pas-»
«La Maîtresse veut que le Maître Sirius soit en sécurité. La Maîtresse était très inquiète quand le Maître Sirius se trouvait avec le méchant homme dans la salle du Voile-»
«Elle savait?» demanda Sirius en fronçant les sourcils.
«La Maîtresse observe, répéta Noddy, et Sirius la fixa pendant un long moment. Mais la Maîtresse ne veut pas se déconcentrer. Elle ne peut pas, ou le Maître Sirius n'aura plus le temps et la Maîtresse veut que le Maître Sirius soit en sécurité et la Maîtresse et le Maître veulent tous les deux que le Maître Sirius retrouve le petit Maître.»
«Harry.» dit Sirius.
Noddy inclina la tête et accéléra le pas.
«Mais- Noddy, je suis mort, souffla Sirius, en se disant qu'il n'avait jamais ressenti autant d'amertume. Je ne peux pas retourner-»
«Mort, non! dit Noddy. Pas pour longtemps.»
«Pas pour-»
Sirius s'arrêta de marcher.
«C'est possible de revenir?»
Croaker avait dit que ça pouvait être le cas, mais il avait aussi dit que personne n'y était jamais parvenu.
«Comment?» demanda-t-il avec une voix rauque.
«Le Voile.» dit Noddy.
«Il est là?» l'interrogea Sirius.
«D'où le Maître Sirius pense-t-il venir?» demanda Noddy, surprise.
«Mais j'étais- il y avait une forêt-»
«Les Maîtres vous ont déplacé quand les mauvais hommes sont venus, couina-t-elle. Ça ne fait pas longtemps, mais le temps … Noddy et le Maître Sirius doivent se dépêcher.»
«Pourquoi est-ce que vous ne revenez pas tous? demanda Sirius. Toi, James, Lily et Reg … Revenez par le Voile avec moi.»
«Noddy est désolée, Maître Sirius, dit-elle en secouant la tête. Mais Noddy n'a pas de corps. Le Maître et la Maîtresse sont des os maintenant, et le Maître Regulus ...»
Sirius savait grâce à Kreattur ce qui était arrivé à Regulus et il grimaça.
«Mais le Maître Sirius … Le Maître Sirius n'était pas mort quand le Maître Sirius a traversé. Le Maître Sirius a son corps et le Maître Sirius va retourner dans son corps.»
Elle hocha une fois la tête, fermement.
«Pas mort-»
Sirius fronça les sourcils.
«Mais- je suis là, non?»
«Le Maître Sirius est là.»
Noddy fit signe à Sirius de s'agenouiller et elle lui tapota le front. Sirius secoua la tête, surpris.
«Je suis dans ma tête?»
Noddy l'ignora et recommença à marcher, s'avançant parmi les arbres. A un moment, ils traversèrent un chemin de fer, mais peu importe le nombre de fois où Sirius lui demandait ce que c'était, Noddy lui répondait systématiquement qu'il ne devait pas y faire attention parce que ce n'était pas l'heure pour lui de 'continuer'.
«Pourquoi tu ne nous fais pas transplaner si tu es si pressée?» demanda Sirius.
«Je ne peux pas, dit Noddy. Seule la Mort peut aller et venir comme elle le souhaite. Noddy et les autres doivent marcher.»
«Mais- alors tu ne peux pas faire de magie?»
Noddy lui lança un regard éloquent et claqua des doigts. Une petite flamme apparut au bout de son doigt, le faisant ressembler à une chandelle.
«Noddy n'a pas besoin d'une baguette pour faire de la magie, dit Noddy. Mais pas de magie pour les autres, mais le Maître a toujours sa-»
«J'ai quand même une baguette, dit Sirius. Comment-»
«Le Maître l'a décidé, dit Noddy. Comme toujours.»
Elle se redressa pour lui tapoter la tête à nouveau et s'élança en avant, ses petits pieds nus piétinant la terre. Ils croisèrent de nouveau un chemin de fer, avant d'arriver à une colline sur laquelle se trouvait une grande arche. Comme au Département des Mystères, il y avait un voile noir, un voile qui semblait bouger tout seul.
«Il faut traverser maintenant, dit Noddy en le poussant un peu. Avant qu'il n'y ait plus le temps.»
Sirius se tourna pour la remercier et peut-être pour lui dire de passer un message à James, Lily et Reg, mais Noddy lui fourra sa baguette dans la main et le poussa en arrière.
Sirius inspira brusquement à travers ses lèvres sèches et essaya de se lever, sans succès.
Où suis-je? se demanda-t-il. Il faisait noir et il ne pouvait pas sentir sa baguette. Ce qu'il sentait, en revanche, c'était un certain nombre de choses plutôt pointues qui le piquaient à travers sa robe. Lorsqu'il recouvra la vue, il découvrit qu'il s'agissait d'os et qu'il y en avait énormément autour de lui. Combien de gens sont-ils morts ici?
Après avoir vomi, Sirius se transforma en Patmol. Sous cette forme, dans un état aussi faible, il était plus facile de se déplacer. Il tremblait, se sentait faible, il était affamé et assoiffé, tout cela en même temps, mais au moins, il ne pensait pas être blessé. De sa nouvelle position, Patmol balaya les alentours du regard. Il savait que le sol était entièrement recouvert d'os, mais les murs …
Les murs n'en étaient pas vraiment. Il y avait sept arches et elles avaient toutes un voile noir. La mémoire commença à lui revenir. Il se rappela de Croaker, de Voldemort, de sa chute … Sirius était passé à travers le Voile, il en était certain. Ne devrait-il pas être mort? Croaker avait dit que personne ne revenait jamais-
Revenir, il faut que je revienne, pensa Patmol, et avec un effort important, il se leva. Depuis combien de temps je suis là? En se basant sur son état, il se dit que ça devait au moins faire trois jours. Beaucoup de choses peuvent changer en trois jours … Tout le monde doit penser que je suis mort …
Patmol observa les arches – qui semblaient être la seule issue possible, à priori – et il avança vers elles, le pas un peu chancelant. Aux yeux de tous, il était sûrement mort et s'il restait là, il mourrait forcément … Patmol passa à travers l'arche la plus proche et se retrouva sur un promontoire en pierre qui surplombait l'océan. La vue de toute cette eau donna encore plus soif à Sirius. Avec un effort, il se transforma à nouveau.
Il essaya de crier, pour voir s'il y avait quelqu'un dans le coin, mais sa gorge était si sèche qu'il ne pouvait pas parler.
Ni baguette, ni voix, constata Sirius en s'effondrant sur le sol de pierre. Le vent secouait ses cheveux, rejetait le voile sur son visage, mais il s'en fichait.
Il faut que j'y retourne, pensa-t-il. Où qu'il soit, il était pratiquement sûr que ce n'était pas la Grande-Bretagne. Harry est à la maison, avec Lunard, et ils doivent penser que je suis mort … Et Marlène, Dora et Kreattur …
Sirius ne pouvait pas s'asseoir, mais il roula sur le dos. Et bien qu'il ne puisse pas parler, il pouvait murmurer.
«Kreattur!»
