Hello ! :)
Merci Psufix pour ton review ! :D
CW : Deuil, chagrin, troubles psychologiques de type processus dissociatif et de type anhédonie, funérailles. Prenez soin de vous. Comme toujours, je reste disponible en mp sur Instagram si besoin. 3
CHAPITRE 18 – Au revoir
When I couldn't, you always saw the best in me
Right or wrong, you were always on my side
But I'm scared of what life without you's like
And I saw the way she looked into your eyes
And I promise if you go, I will make sure she's alright
So how do I say goodbye
To someone who's been with me for my whole damn life?
You gave me my name and the color of your eyes
I see your face when I look at mine
So how do I, how do I, how do I say goodbye?
Dean Lewis – How do I say goodbye
Tant de déplacements à Loutry-Ste-Chaspoule. Tant de souvenirs. Mais ils n'avaient connu que le Terrier. En cette journée où le soleil les éblouissait, ils découvrirent la haute colline. Cette fameuse haute colline qui offrait une vue imprenable sur tout le village. Immanquable, paraissait-il. Ils auraient pu s'en délecter, si aujourd'hui avait été un autre jour. Aujourd'hui ne leur en permettait pas.
Arrivés dans le petit cimetière, Violet et Olivier trouvèrent madame Weasley soutenue par Ginny. Molly les enlaça un à un. Elle les serra contre elle d'un amour perdu qu'elle cherchait à remplacer. Elle les remercia d'être présents, d'avoir eu le courage de se déplacer. Ginny leur désigna des places. Au premier rang.
— George n'est pas là? demanda Olivier.
— Il va arriver… Il est avec Papa, Bill et Charlie… Pour l'arrivée du cercueil.
— Oui, bien sûr.
Il s'excusa auprès de madame Weasley et Ginny. Puis, Olivier guida Violet jusqu'aux chaises qui leur étaient réservées – à un mètre à peine du pupitre.
— Assieds-toi, lui conseilla-t-il. J'arrive. Les filles viennent d'arriver. Je vais voir Angie.
De toute façon, elle n'avait pas la force de l'accompagner. Violet suivit Olivier du regard, elle ne voulait pas le perdre. Il se fraya un passage entre les parents de Fleur en esquissant un sourire d'excuses. Il contourna quelques membres du Ministère. Enfin, Olivier s'arrêta devant ses trois anciennes poursuiveuses. Il prit dans ses bras Katie, puis Alicia avant de prendre un long moment pour Angelina. Éffondrée.
D'habitude, Angelina Johnson était forte et courageuse. Violet ne la connaissait que souriante ou bien déterminée. Jamais elle ne l'avait vue ainsi. Si Alicia ne la soutenait pas, Angelina n'aurait pas tenu sur ses jambes. Olivier se tourna vers Violet et la désigna. Elle préféra détourner le regard.
Pendant ce temps, elle pria Merlin pour ne pas qu'Olivier parte. Elle ne voulait pas le perdre.
Olivier revint. Il lui prit la main, comme toujours.
— La Tante Muriel est là, murmura-t-il à son oreille. Mieux vaut ne pas la croiser.
Elle hocha la tête. Un lourd silence les accompagna. Monsieur Weasley, Bill, Charlie et George apparurent, le cercueil posé sur leur épaule. Ils avançaient d'un pas lourd et lent. Violet les trouva courageux. Ils s'avancèrent.
Contrairement à l'enterrement de Lyall, les Weasley avaient choisi de faire léviter le corps enfermé de Fred pour qu'il repose dans un trou creusé au préalable. Quand Fred trouva son lit d'éternité, George s'installa à côté d'elle.
Pour le moment, Violet n'avait eu aucune absence. Un miracle. George s'assura qu'Olivier et elle se portaient bien. Cependant, les tremblements des jambes de George prouvaient que, lui, allait mal. Violet posa sa main sur le genou de son meilleur ami. Le maître de cérémonie demanda si une personne souhaitait adresser quelques derniers mots à Fred.
Violet resta figée. Incapable.
— Moi!
Il n'y eut qu'une réponse. Une voix forte. Violet la connaissait parfaitement. Cette voix avait commenté les matchs de Quidditch pendant cinq ans à Poudlard.
Lee était juste derrière eux. Il s'excusa auprès des personnes de sa rangée et trouva l'allée. Il leur adressa un sourire, ainsi qu'une tape sur l'épaule de George. A côté du trou, Lee prit une grande inspiration:
— Par où commencer? (Il parcourut l'assemblée des yeux). Je vois ici de nombreux élèves de Poudlard, certains qui ont côtoyés de près ou de loin Fred et George. Je vois des inconnus, des connaissances, des camarades, des coéquipiers, des amis. Je vois nos professeurs de Poudlard. Si vous êtes présents aujourd'hui, c'est probablement car Fred et George Weasley auront marqué votre vie lors de votre passage dans notre école. Fred et George étaient connus de toutes et de tous. Ils étaient présents pour une blague, une petite farce, ou pour des explosions de rire. Fred et George n'étaient jamais méchants. Ils cherchaient le rire, une esquisse de sourire. Fred et George trouvaient, tout naturellement, un moment pour rire, à chaque situation.
A côté d'elle, Olivier échappa un petit hoquet de rire. Violet vit une goutte s'écouler sur sa joue. Pauvre Olivier. Elle posa la tête sur son épaule.
— Mais Fred et George n'étaient pas que les Maîtres du Rire. Ils étaient les personnes les plus ingénieuses que je connaisse. Je suis certain que parmi vous, il y a des clients. Vous ne les connaissiez pas personnellement. Mais ils vous ont marqué, par leurs inventions que nous avons pu expérimenter à Poudlard.
Des rires papillonnèrent, comme le lointain hululement de la chouette lorsque la nuit est tombée. Pourquoi riaient-ils?
— Ils sont partis de leurs idées et on réussit. Fred et George étaient engagés. Ils ont tenu tête à une certaine Grande Inquisitrice de Poudlard. Ils se sont engagés dans l'Ordre du Phénix. Ils ont participé à Potterveille. Fred et George riaient et se battaient pour les bonnes causes.
»Je vois ici leurs plus proches amis. Je vois ici leur famille. Je me vois ici, parmi vous. Plus que quiconque, nous connaissions Fred et George. Moqueurs, drôles, joueurs, mais aussi attachants. Ils étaient mes meilleurs amis à Poudlard. Ils formaient un quintet inoubliable avec des personnes si différentes. Fred et George tenaient à leur famille, croyez-moi.
» Fred et George étaient des inconnus. Ils étaient des connaissances. Ils étaient des camarades. Ils étaient des coéquipiers. Ils étaient des amis. Ils étaient des frères. Ils étaient des fils. Ils le seront toujours.
» Je vois des regards interrogateurs. Fred et George? Pourquoi George? Je vous demande, donc. Avez-vous déjà connu Fred sans George? Moi, non. Ils étaient inséparables. Ils n'étaient qu'un. Je ne pouvais donc parler de Fred, sans son frère jumeau George. Fred s'en est allé, emportant avec lui une part de George que nous ne retrouverons jamais.
» Fredétait un inconnu. Il était une connaissance, un camarade, un coéquipier, un ami, un frère, un fils, et un jumeau. Fred? Tu vas me manquer, mon vieux.
» Adieu, Fred. Et George, je serai toujours là. Nous serons toujours là.
Ses yeux scarabée se posèrent sur George. Celui-ci le remercia du bout des lèvres. Violet percevait des reniflements, des personnes qui se mouchaient. Lee retrouva la rangée derrière eux. Il donna une tape dans le dos d'Olivier et lui serra son épaule à elle.
Violet ne se retourna pas.
Fred s'en est allé.
Elle fixa la terre qui rebouchait le trou par magie.
Adieu, Fred.
Tout disparut.
Comment Violet était-elle revenue à elle? Elle n'en avait aucune idée.
Elle se souvenait de Lee qui lui avait touché l'épaule. La seconde d'après, elle était debout entourée de personnes qui lui parlaient. La main d'Olivier était posée sur sa hanche et celle de George dans sa main.
Comment Violet était-elle arrivée là? Elle n'en avait aucune idée.
Puis tout s'était enchaîné.
Elle s'était excusée auprès de chaque Weasley. Chacun l'avait pris dans ses bras. Pénélope avait soutenu Percy – il se sentait responsable de la mort de son frère. Pénélope était restée aux côtés de Violet quand Olivier s'était absenté avec George pour aider Madame Weasley a installé le repas.
Ruth et Sebastian étaient venus. Ils étaient aussi touchés qu'eux.
Violet avait gardé Teddy quelques minutes, le temps qu'Andromeda dise au revoir aux personnes restantes. Teddy avait été une boule de chaleur qui l'avait gardée à la réalité quand le monde disparaissait autour d'elle. Elle aurait aimé ne pas le lâcher, mais il était déjà tard.
Andromeda lui avait pris Teddy. Elle avait promis à Violet de toujours être là. Elle était désolée de partir, mais elle devait passer à Sainte-Mangouste rendre visite à Ted dont l'état s'améliorait nettement.
Quand il fut l'heure de retourner à l'appartement, Holly l'avait trouvée. Elle était toute chamboulée et avait une demande particulière. Henri et Olivia – ses parents – souhaitaient que ce soit elle qui prononce les mots à l'enterrement d'Erine. Violet avec fixé Holly. Celle-ci lui avait promis qu'elle n'était pas obligée. Elle avait insisté sur le fait qu'elle pouvait refuser, presque à la supplier de refuser. Violet avait accepté. Si les mots suivaient son accord.
Maintenant, au même cimetière que Lyall, Violet tremblait. Elle ne cessait d'avaler sa salive. Jusqu'à présent, elle n'avait rien ressenti. Son corps était le néant. Son cerveau était éteint. Ses émotions avaient disparu. Elle souhaitait que ça dure. Violet sursauta quand une main se posa sur son épaule.
— Doucement, ma belle, lui chuchota Andromeda d'une voix réconfortante. Ce n'est que moi.
— Où est Teddy? demanda-t-elle.
— Les parents d'Olivier ont proposé de s'en occuper le temps de la cérémonie. Il dormait quand je leur ai laissé.
Violet aurait aimé pouvoir poser Teddy contre sa poitrine, mais il était préférable pour lui ne pas être présent. Elle se tourna vers Olivier, il était au courant de l'intention de ses parents.
Un jour, elle devrait remercier Ruth et Sebastian pour tout le bien qu'il procurait autour d'eux.
— Violet…
Une voix étouffée fit frissonner Violet. Elle baissa les yeux. Ted Tonks était présent, assis dans un fauteuil roulant. Son visage était creusé et pâle. Lui aussi avait perdu cette joie qui le caractérisait tant, seule une lueur dans ses yeux verts vivaient. Le Ted d'avant août 1997 criait qu'il était encore là. Les doigts de Ted attrapèrent sa main. C'est à ce moment que Violet remarqua l'absence du deuxième bras de Ted. Er… Violet le savait pourtant. Sa mâchoire se crispa, ses muscles la firent souffrir.
— Tu vas bien, marmonna-t-elle.
— Oui. Je suis… content… de te… voir.
Ted était essoufflée. Une phrase était lourde pour lui. Sa respiration était sifflante, épuisée. Il prit une grande inspiration, prêt à poursuivre. Violet serra ses propres doigts autour de ceux de Ted. Il s'arrêta. Un regard suffisait.
— Il est fatigué, expliqua Andromeda. La réadaptation se déroule à la perfection, les Médicomages sont confiants. Il a juste besoin de temps.
— Oui, confirma Ted. J'ai… j'ai… mis une… pâté… à ses… Mangemorts.
— Bien sûr, rit Andromeda. Tu as toujours su jouer de tes poings.
Ted la rejoignit, avant de tousser de fatigue. Ses poumons n'avaient pas assez d'air. Le maître de cérémonie appela à l'attention. Provoquant un silence de marbre. Violet suivit Andromeda, Ted et Olivier. Ils étaient au premier rang. Elle se retrouva entre George et Olivier. Toujours.
Kingsley se leva. Olivier lui avait dit que Kingsley s'était proposé pour dire quelques mots sur son père et Tonks. Violet avait alors voulu en prononcer aussi. Son père le méritait. Elle le voulait. La grosse voix de Kingsley détonna. Les poils de Violet s'hérissèrent. Des frissons parcoururent sa colonne vertébrale. Elle ferma les yeux. Elle accueillait le vide à bras ouverts.
Mais il l'abandonnait. Encore.
Violet subirait. Encore.
— Je pourrai parcourir l'histoire de Remus et Tonks. Je le pourrai. Cependant, je souhaite poser les meilleurs mots sur ces personnes. Il mérite un discours à leur juste valeur, et non un discours construit sur ce qui était dit d'eux.
» Remus Lupin. Un homme courageux, dont la lycanthropie n'a pas écarté sa douceur. Remus était entouré de braves amis. Ils ont combattu pour défendre des idées et lutter contre Vous-Savez-Qui dès la première guerre. Remus a beaucoup perdu, mais il s'est relevé. Remus a pris soin de la fille des amis qu'il a perdus.
— C'est moi, murmura Violet.
Olivier et George lui sourirent.
— Tonks était une tornade de bonne humeur. Maladroite, mais engagée. Elle était une des meilleures Aurors, prête à défendre le monde. Remus et Tonks partageaient les mêmes valeurs, le destin les a réunis. Quand Poudlard avait besoin d'eux, Remus et Tonks n'ont pas hésité. Comme beaucoup, ils se sont battus avec bravoure et ténacité.
» Aujourd'hui, je ne partagerai plus de profondes conversations avec mon grand ami, Remus. Je ne rirai plus des plaisanteries de Tonks. Mais je sourirai. Je sourirai d'avoir vécu ces moments. Je sourirai d'avoir eu la chance de connaître ces deux personnes extraordinaires.
» Aujourd'hui, mes pensées se tournent vers Andromeda et Ted, dont Tonks tenait sa force et son courage. Vers le petit Teddy, désormais orphelin. Vers ma chère Violet, qui a perdu son père. Mais, je reste heureux. Heureux qu'ils aient eu cette famille. Heureux de savoir que grâce à Tonks et Remus, ils vivront dans un monde meilleur où la lumière ne cessera jamais de briller.
» Aujourd'hui, nous avons perdu Remus et Tonks. Mais nous gagnons de précieux souvenirs. Ils nous manqueront. Mais jamais nous ne les oublierons.
»Adieu Remus. Adieu Tonks.
Kingsley quitta sa place. Il passa devant leur rangée. Il s'arrêta pour prendre les mains d'Andromeda. Il serra la main d'Olivier. Il sourit à Violet.
— Nous sommes tous là pour toi, Violet, murmura-t-il.
Mais Violet se leva. C'était à son tour. Olivier proposa de l'accompagner. Elle refusa. Elle devait le faire seule.
Elle s'avança et trouva la place que lui avait laissée Kinsley. Elle regarda les tables où reposaient son père et Tonks. Elle les fixa. Elle déplia, tremblante, son morceau de parchemin et d'une voix éteinte, elle lut:
— Je tenais à remercier Tonks d'avoir été présente pour mon père, même quand il tentait de la rejeter pour des raisons inutiles. Tonks était une personne incroyable. Je l'aimais beaucoup. Elle a su réveiller chez mon père un éclat que je n'avais connu que sur des photos. Merci, Tonks.
Il y eut des reniflements. Elle serra avec force ses poings. Aïe. Ses ongles s'étaient plantés dans sa peau. Violet se concentra sur son père. Elle souhaitait juste qu'il ouvre les yeux, mais plus jamais elle ne verrait leur couleur.
— Papa, prononça-t-elle – tous ses mots se décomposaient, machinalement. Je te remercie d'avoir toujours été là. Je te remercie de m'avoir donné ce nom qui me lie à toi. Tu as été formidable. Je te remercie de m'avoir donné l'occasion d'avoir une vie normale. Merci, papa.
» Merci d'avoir été mon protecteur jusqu'au dernier souffle de ta vie. Je te promets que je prendrai soin de Teddy. Il ne manquera de rien. Je le sais, car j'ai eu le meilleur exemple. Je ne t'oublierai jamais, papa. Teddy saura qui tu étais.
» Je ne m'inquiète pas pour toi. Je sais que tu es à ta place. Tu n'es pas seul. Tu as retrouvé tes parents. Tonks est avec toi. Maman, papa, Sirius, Mary, Marlene, Dorcas. Et… tu prends soin de… Tu n'es pas seul.
» Je sais que tu es bien là où tu es. Plus jamais, tu n'auras à craindre la lune, car tu as rejoint les étoiles.
» Je t'aime. Je t'aime, papa. Je suis désolée de ne pas avoir pu te sauver.
La tristesse la submergea. La panique la saisit.
Non.
Un flash noir l'aida à se contrôler.
Violet retourna vers sa chaise et s'arrêta devant son père. Elle lui murmura, très bas, comme un secret :
— Je suis tellement désolée… Mais reste avec moi, s'il te plaît. Prends soin de moi. J'ai toujours besoin de toi.
Elle descendit les marches. Elle manqua de s'écrouler. Ses jambes fondaient comme la cire d'une bougie dont la flamme vacillait. Heureusement, Kingsley n'avait pas retrouvé sa place. Il la rattrapa et l'aida à retrouver Olivier et George. Ils lui prirent sa main.
Le maître de cérémonie prononça de nouveau quelques paroles qu'elle n'écouta pas. Elle tentait de contrôler ce fléau qui la frappait. D'une violence. Un ouragan.
Un flash la sauva de nouveau.
— Nous allons procéder à la transformation des corps.
— Non.
Le mot s'était échappé.
Violet était debout. Elle n'était pas prête. Elle ne détacha pas son regard du drap sous lequel dormait son père. Elle ne pouvait le voir disparaître ou enseveli sous la terre, comme Fred. Andromeda se leva et se dirigea vers le maître de cérémonie.
— Non, non, non, répétait Violet.
— Vio, assieds-toi, la pria Olivier.
Il était debout. Il tentait de capter son regard. Elle hocha la tête.
— Non, non, non.
— D'accord, annonça le maître de cérémonie. Madame Tonks nous demande de leur laisser cinq minutes en famille. Un voile va être levé.
Il pointa sa baguette magique vers eux. Un voile se dressa, les séparant du reste de l'assemblée. Il ne restait qu'Andromeda, Ted, Olivier, George, Harry, Hermione, Ron, Ginny, Kingsley, Bill, Fleur, Monsieur et Madame Weasley. Andromeda revint vers elle.
— Prends ces cinq minutes, ma belle, lui chuchota-t-elle. J'en avais besoin moi aussi.
Violet ne comprit pas les mots d'Andromeda.
Son cerveau, non. Ses jambes, oui.
Elles la menèrent devant le corps de son père. Andromeda se dirigeait vers sa fille, en poussant le fauteuil de Ted. Violet posa ses doigts sur le drap. Elle ne détachait pas ses yeux du visage de son père.
— Désolée, je suis vraiment désolée. Désolée, je suis désolée. Dé…
— Il faut que tu lui dises au revoir, Violet, dit Andromeda.
Le sens tomba. Violet n'avait pas dit au revoir. Andromeda lui accordait ce moment. Le problème était qu'elle ne voulait pas dire au revoir. Comment était-elle censée dire au revoir? Ces mots étaient irrévocables. Si elle prononçait ces deux mots, jamais il ne reviendrait.
Non. Elle ne voulait pas.
— Je ne peux pas.
— Tu le peux, il le faut, l'encouragea Andromeda. C'est dur, mais il le faut.
— Je ne peux pas.
Des murmures piaillèrent autour d'elle. Ils s'émiettaient, se propageaient, se combattaient. Eux pensaient qu'elle allait craquer. Mais non. Elle ne craquait pas. Elle ne pouvait juste pas. Elle avait besoin de lui. Teddy avait besoin de lui. Son père devait être là.
Olivier intervint. Il se posta devant elle. Elle se décala. Elle refusait qu'il se mette entre son père et elle. Il ne pouvait les séparer, mais Olivier était tenace. Il revint.
— Violet, il est temps. Il ne reste que deux minutes. Le voile va se dissiper. Il faut que tu lui dises au revoir.
Il lui parlait d'une voix douce. Des larmes coulaient le long des joues d'Olivier. Beaucoup. Sa voix tremblait, toujours aussi douce.
— On est là, d'accord? Ça va être dur, mais on sera là pour toi.
Pas son père.
— Je ne peux pas, Oli. Je ne peux pas.
— Il faut qu'on aille se rasseoir.
— Non.
— Violet…
Olivier attrapa sa main pour la détacher du drap. Il la serra dans la sienne. Fort. Très fort. Il faufila ses doigts entre ses cheveux pour l'approcher contre lui. Elle résista. Olivier ne pouvait pas lui faire ça.
— Je ne veux pas qu'il parte.
— Je sais, je sais, dit Olivier. Mais il ne part pas vraiment, souviens-toi.
Il tenta de la guider vers les chaises, mais elle ne pouvait pas bouger. Tétanisée.
— NON!
— Vio… S'il te plaît.
La voix d'Olivier demeurait calme, pourtant elle hurlait de désespoir. Du suppli se dévoilait, démuni.
— Violet! Tout va bien se passer. On est là. Suis-nous.
C'était la voix d'Harry. Il arracha sa deuxième main qui s'accrochait au drap.
— LACHE-MOI!
Harry n'avait pas le droit de l'arracher à son père. Il n'avait pas le droit! Kingsley décala Harry. Il lui parlait alors qu'Harry se retenait d'insister. Il ne pouvait pas l'obliger à quitter son père. Violet resta figée. Olivier était toujours devant elle, abattu. Une personne s'approcha d'elle. Olivier appelait à l'aide. La personne se plaça devant elle.
Bill.
Il était toujours là, au pire des moments. Derrière lui, Madame Weasley pleurait. Tout le monde était impuissant. Bill l'enveloppa dans ses bras, comme pour la protéger. Elle se lova contre lui. Ses doigts glissèrent le long du drap, ses mains tombèrent dans le vide. Bill recula et plongea ses yeux bleus dans les siens. Violet se concentra sur les griffes marquées sur son visage. Elle ressemblait à celles qu'avaient son père. Effrayantes aux yeux de certains, rassurants aux siens.
— Violet, l'appela Bill. Tu vas venir te rasseoir avec nous. Regarde, il n'y a que nous. Bientôt le reste du monde sera de retour. Tout le monde veut dire au revoir à Tonks et à Remus. Toi aussi. Tourne-toi. Dis au revoir à ton père. Dis-lui que tu l'aimes. Ensuite, on ira se rasseoir. Je reste là. Pour toi.
Elle voulait crier.
Elle voulait hurler.
Elle eut envie de s'écraser au sol.
Elle ne le pouvait pas. Les tremblements reprenaient.
Non. Non. Non.
Violet devait continuer. Comme depuis une semaine. Tout était plus simple.
Elle se concentra sur ses émotions. Elle les rassembla en une boule comme celle de la Boîte de Pandore. Elle se l'imagina bien et l'avala. Tout était parti. Le vide était plus supportable.
Le voile se leva.
— Au revoir, papa. Je t'aime.
— C'est bien, Violet, lui glissa dans l'oreille Bill et il l'embrassa sur le front.
Le voile était levé.
Violet n'attendit pas la fin de la cérémonie. Elle refusait de voir son père disparaître. Elle traversa l'allée, sous les yeux de tous. Personne ne la rattrapa.
Elle quitta le cimetière. Elle ne voulait pas vivre ça.
Personne ne l'avait suivie.
Elle avait demandé à un sorcier d'appeler le Magicobus, ainsi elle avait pu retourner à l'appartement. Elle s'était installée sur le canapé. En boule. Enveloppée dans son cocon. Elle n'avait pas bougé jusqu'au retour d'Olivier et de George. Il ne s'était écoulé qu'un millième de secondes. C'était son ressenti, car elle s'était absentée.
Les enterrements s'étaient enchaînés. Ils s'étaient rendus à celui de Colin. Olivier y avait tenu, pour Holly. Violet n'avait pas voulu quitter Olivier. Il y avait eu celui de Sara. Ils étaient restés à l'arrière, juste présents. Tout comme celui du Professeur Slughorn, après tout, ils ne l'avaient pas connu.
Il n'y avait plus qu'un enterrement. Un seul.
Malgré tous ceux qu'ils avaient vécus, Olivier ne parlait jamais de celui-ci. Il n'y avait qu'un seul nom qu'aucun d'eux trois ne prononçait.
C'était aujourd'hui.
La petite église de Nottingham les attendait, encerclée d'une foule innombrable. Moldus et sorciers étaient aisément différenciables. Une grande majorité de sorciers avait fourni un effort vestimentaire, mais leur tenue restait typique.
Leur premier pas fut d'adresser leurs condoléances aux parents d'Erine. Malgré toute la distance qu'ils gardaient depuis les événements, Henri et Olivia se révélèrent très peinés pour eux. Violet ne comprenait pas. Ils étaient ceux qui avaient perdu leur enfant. Les grands-parents d'Erine étaient effondrés. Ils échangèrent quelques mots avec George. Ce fut bref. Aucun des trois n'était capable de tenir une discussion.
Les Moldus étaient très touchés par le terrible «accident d'autobus» qui avait coûté la vie à Erine et tant d'autres de son ancienne école privée. Triste idée qu'avait inventée Holly pour justifier le décès de sa sœur sans omettre celui de ses amis et connaissances.
Parmi les sorciers, ils reconnurent sans aucun mal toutes les personnes qu'avaient pu connaître Erine: la professeure McGonagall, ainsi que le professeur Flitwick – qui n'avait pas manqué de se faire remarquer auprès des Moldus par sa petite taille – et d'autres professeurs de Poudlard, les membres de l'Ordre du Phénix, tous les Weasley étaient – bien entendu – présents, Hermione, Harry, Ruth et Sebastian, Andromeda et Ted avec Teddy, Lee, Angelina, Alicia, et Flavius. Beaucoup d'autres élèves.
La maison Serdaigle était venue en grand nombre, fidèle à Erine. Connor, accompagné d'Achille, Roger et Anna étaient présents. Au fil des années, ils s'étaient rapprochés. Le temps leur manquait toujours. Tout le reste de leur promotion était aussi là. Les membres de l'équipe de Quidditch avaient tous fait le déplacement: Cho, Cillian, Grant et Kaleb, même Eurydice, sans oublier Eric, Duncan et Jason. Il y avait aussi les amis d'Holly: Luna, Leo et Emilia. D'autres Serdaigle des années précédentes et suivantes.
Lors de son passage à Poudlard, Erine avait marqué chaque personne qu'elle avait rencontrée.
Erine avait toujours été appréciée de tous, même lors de sa formation de Guérisseuse. Cela se prouvait par la présence d'élèves de Sainte-Mangouste.
Erine était tellement aimée que tous ceux qu'elle avait côtoyés souhaitaient lui rendre un dernier hommage.
Dans l'église, Violet vit George adresser un signe de tête à deux personnes ainsi qu'une jeune femme de leur âge. Elle comprit qu'il s'agissait de l'oncle et la tante d'Erine, et sa cousine.
Toujours à trois, Violet s'installa derrière les parents d'Erine avec Olivier et George. Leur place avait été réservée, Henri et Olivia tenaient en leur présence, près d'eux. Ils estimaient qu'ils étaient la famille d'Erine, peu importait leur chagrin et leur colère vis-à-vis du monde sorcier.
Désormais assis, le regard d'Olivier se fixa sur le portrait d'Erine. Elle était telle qu'il l'avait toujours connue: ses yeux onyx pétillants, mais surtout ce grand sourire. Un sourire qui illuminait tout, même sur une photo Moldue. Il tenta de décrocher ses yeux des derniers souvenirs qu'il restait d'Erine. Impossible. Ses yeux restaient accrochés, comme ensorcelés.
Tout son corps trembla. Des frissons naquirent dans sa nuque et descendirent le long de sa colonne vertébrale, en passant par les profondeurs de son échine. Erine n'avait jamais mérité cela.
Erine était leur rayon de lumière. Elle était le ciment de leur amitié. Erine était sa meilleure amie. Il lui devait beaucoup. Peut-être tout. Il avait réussi à tenir bon, mais il n'en était plus capable aujourd'hui. C'était sa faute. Il était celui qui l'avait envoyée ici.
— Je n'y arrive plus, déclara-t-il sèchement.
La cérémonie commençait, mais il se leva pour quitter l'église.
Depuis ses premiers pas dans l'église, Violet résistait au trou noir qui l'envahissait. La tâche était complexe. De plus en plus. Elle devait se maintenir éveillée au moins jusqu'à la fin de son discours.
Elle réussissait, mais le départ brutal d'Olivier lui donnait une nouvelle mission, qu'elle ne savait pas être capable de gérer.
— Je dois y aller, murmura-t-elle de sa voix blanche.
Henri, Olivia et Holly tournèrent leur visage baigné de larmes vers elle. Elle les ignora. George la suivit, au moins ils seraient deux à soutenir Olivier. Violet adressa un signe de la main à Ruth et Sebastian pour leur signifier qu'ils s'occupaient d'Olivier. Sebastian se rassit.
Tous les regards dans leur direction, ils quittèrent le lieu religieux. Olivier était assis sur les marches en pierre de l'église. Effondré. Ça n'eut aucun impact sur Violet. Elle n'avait vraiment plus rien.
— Désolé, je suis vraiment désolé, s'excusa Olivier.
Violet s'assit à côté de lui. Un bras autour de ses épaules, elle le bascula contre elle. Il empoigna son avant-bras. Il se raccrochait à elle, comme elle s'était accrochée à lui en cinquième année quand elle avait eu mal à la tête. Olivier fut secoué d'intenses sanglots. Jamais Violet ne l'avait connu ainsi.
— C'est bon, Oli. Tu as le droit, murmura-t-elle.
Elle ne sut pas si sa voix était aussi réconfortante qu'elle aurait dû l'être.
George s'accroupit devant Olivier. Son visage était blafard, tel le fantôme qu'il était devenu lui aussi. Il effaça de sa manche les larmes qui s'écoulaient. Violet ne ressentait rien. Elle caressa la joue d'Olivier. George s'approcha de lui:
— Ce n'est pas ta faute, Olivier.
Le corps d'Olivier s'agita. Plus fort. Violet comprit le message. Olivier ne s'était pas excusé de s'être laissé écrouler.
— Olivier…, murmura George, la main sur l'épaule d'Olivier. Tu n'aurais rien pu faire.
— J'aurais peut-être pu la sauver. Je n'ai même pas pu essayer.
Cette idée était gravée dans son esprit. Rien ne pourrait l'effacer. Violet et George retrouvèrent leur mutisme des derniers jours. Olivier n'était pas encore disponible à entendre la vérité. Ils le laissèrent extérioriser. C'était tout ce dont il avait besoin.
Alors qu'ils s'étaient attendus à rester ainsi pendant de longues minutes, Olivier se releva d'un coup sec. Il marcha d'un bout à l'autre des marches. Il les montait. Les descendait. Les parcourait sur leurs longueurs. Il ne cessait de souffler.
Pfouh. Monter. Pfouh. Marcher. Marcher. Pfouh. Descendre. Pfouh.
Pfouh. Monter. Pfouh. Marcher. Marcher. Pfouh. Descendre. Pfouh.
Guidée par Olivier, Violet se leva et passa sa main dans le dos de George. Sans quitter des yeux Olivier.
Après plusieurs allées et venues, Olivier s'arrêta devant elle et la serra contre lui. Il inspira très fort par le nez. La cerise devait, une nouvelle fois, faire son effet. George s'approcha et les prit dans ses bras.
— Ce n'est plus que nous trois, échappa Olivier dans un nouveau sanglot. Nous étions cinq et il n'y a plus que nous trois.
Les reniflements de George comblaient le peu de silence qu'accordaient les pleurs d'Olivier. Violet demeurait statique et muette.
Rien.
Toujours rien.
Son esprit vacilla. Proche de plonger.
Elle réussit à y résister pour Olivier. Ça lui procurait de courts vertiges, toujours mieux qu'une absence. Quand Olivier s'apaisa, elle se détacha doucement.
— Il faut que je retourne à l'intérieur. Henri et Olivia m'ont demandé de parler et je dois le faire. Restez-là tous les deux, je reviens dès que j'ai fini.
— Non, déclara George.
— Quoi non? demanda Violet, une marche montée.
— Erine est ma fiancée et je l'aime. Je dois être là moi aussi.
Violet haussa les épaules. Premièrement, elle n'avait pas l'énergie pour débattre. Deuxièmement, c'était son choix.
— Ça ira tout seul? se tourna-t-elle vers Olivier.
— Je viens aussi, essuya-t-il ses larmes en sautillant, comme avant de monter sur son balai.
— Tu n'es pas en état, Olivier, constata George en le regardant de haut en bas.
— Vous non plus, remarqua Olivier. Je le dois. Erine est ma meilleure amie. Et je dois être fort pour elle, je lui dois bien ça. Je dois aussi l'être, pour nous.
Violet tendit ses mains vers Olivier et George. Ils en saisirent chacun une. Ils retrouvèrent le chemin de leur chaise. A peine assis, la personne qui dirigeait l'assemblée – le traître? – annonça:
— J'appelle maintenant Violet Lupin, meilleure amie de notre défunte, qui souhaitait prononcer quelques mots.
A vrai dire, Violet n'avait jamais souhaité ça. Quelques jours plus tôt, elle avait failli craquer lorsqu'elle avait eu ce même devoir. Elle aurait préféré ne pas avoir à répéter ça. Mais Holly lui avait demandé, Henri et Olivia y tenaient. Elle n'aurait jamais pu refuser.
Elle regarda à tour de rôle Olivier et George. Elle ne les obligerait pas à venir, ça n'avait jamais été évoqué. Cependant, Olivier la suivit, George derrière lui.
Olivier avait raison, il n'était plus que trois. Trois, mais ils n'avaient jamais été aussi soudés.
Derrière le pupitre, Violet posa son parchemin puis s'accrocha de ses paumes de main au rebord. Mieux valait prévenir que guérir. Olivier et George lui entourèrent la taille. Elle les entendait essuyer leurs larmes. Son visage, à elle, était toujours aussi sec.
Cependant, sa voix ne trahissait pas ce qu'elle ressentait. C'est-à-dire le néant. Pas d'émotion. Pas de ton. Juste une voix monotone et vide. Elle était désincarnée. Reflétant qu'elle avait tout perdu.
— J'ai rencontré Erine lors de notre première année à l'internat. Nous étions deux opposées. J'étais toujours dans ma bulle, calme. Erine était toujours en mouvement, agitée. Renfermée sur moi-même, Erine a su me faire sourire. Chaque jour d'après, elle illumina mes journées. Puis, Erine est devenue amie avec Fred et George. Ils l'embêtaient, alors elle leur a lancé un livre à la figure. Je lui ai présenté Olivier, ils se sont tout de suite entendus. Elle a ouvert chez Olivier une partie de lui que personne n'aurait réussi à ouvrir. Plus jamais, nous nous sommes quittés. Nous sommes le quintet. Inséparables.
» Depuis mes onze ans, Erine est ma meilleure amie. Je peux donc vous dire à quel point elle est extraordinaire. Nos professeurs confirmeront à quel point elle était une bonne élève. Nos camarades confirmeront à quel point elle est à l'écoute et ouverte d'esprit. Erine a toujours aidé ceux qui en avaient le besoin avec le plus d'attention possible.
» Toutes ses qualités l'ont amenée à sa formation d'infirmière. Aucun métier n'aurait pu mieux le convenir. Elle avait d'incroyables ambitions. J'ose espérer que ses recherches ne seront abandonnées. J'ose espérer qu'une personne aussi bienveillante qu'elle saura reprendre ce travail pour y donner vie.
Violet s'arrêta pour respirer. Elle s'essoufflait au fil de son discours. Elle employait des mots. Elle employait le passé. Non. Elle n'était pas prête. Erine était toujours là.
Elle fut bousculée vers son néant. Il ricana à son oreille:
— Avant Erine, ta marraine avait entrepris ces recherches.
Tais-toi.
Violet se projeta vers la réalité. Elle n'avait pas terminé. Elle pourrait bientôt se laisser couler.
— Erine est mon rayon de soleil. Erine est un rayon de soleil pour chacun et chacune d'entre nous. Je pense que personne ne pourra dire le contraire. Elle est d'une joie de vivre incroyable et apporte la bonne humeur à chacun de ses passages. Plus que tout, Erine est une personne drôle. Une des plus drôles que je connaisse.
Le grand-père d'Erine approuva et il leva les yeux vers George.
— Ce n'est pas pour rien qu'elle trouva l'amour auprès de George. C'était surprenant, pourtant si évident. Ils sont de véritables âmes sœurs et j'apprécie les voir ensemble.
George renifla derrière elle. Elle préféra changer de sujet.
— Erine est une personne forte et courageuse. Jamais, elle n'aurait abandonné ses amis ou n'importe quelle personne si ça lui semblait juste. Erine est capable de découvrir le meilleur de nous-mêmes avant que nous nous en rendions compte.
La main d'Olivier serra sa taille.
— Je crois… Je crois qu'elle continue de le faire. Elle continue de murmurer à nos oreilles les meilleures décisions.
» Comme je le disais, Erine a toujours pris soin de son entourage, cherchant leur bonheur et leur bien-être. Je ne doute pas qu'elle prendra toujours cette responsabilité au sérieux et qu'elle nous accompagnera à chacun de nos pas. Elle sera présente aux moments les plus tristes comme les plus joyeux.
» Je… Voilà, Erine. Une personne unique. Je t'aime, Erine.
Un pas en arrière. Violet vacilla. Un tourbillon parcourut son corps, décidé à la claquer au sol. Olivier et George la retinrent. Elle en fut soulagée. Ce n'était pas le moment.
Elle ferma les yeux pour retrouver le vide de ses pensées.
Ils s'arrêtèrent tous les trois pour prendre Holly dans leur bras. Elle se leva pour leur rendre.
— Merci, murmura-t-elle.
Olivia et Henri n'eurent pas la force de se lever, mais ils attrapèrent leurs mains à leur passage pour les remercier à leur tour. Ils étaient touchés, probablement tristes pour eux.
La cérémonie religieuse clôturée, Violet se perdit dans la foule, avec toujours les mains d'Olivier et George dans les siennes. Ils suivirent le cortège jusqu'au cimetière de Nottingham où Erine reposerait indéfiniment.
Cependant, ils étaient loin d'imaginer qu'un élément perturbateur viendrait les tourmenter.
Le regard dans le vide et tête baissée, Violet marchait sans prendre garde au monde autour d'elle. Les murmures se métamorphosaient en grésillements. Sa vue était brouillée. Son audition était confuse.
Courage. Il ne restait que quelques heures et elle pourrait enfin se perdre indéfiniment.
— Qu'est-ce qu'il fait là, lui? demanda la voix grave de George, dangereuse.
Cette alerte aida Violet à relever la tête. George n'avait plus été si expressif depuis plusieurs jours, et George n'employait que très rarement un tel ton.
Elle suivit les yeux de George jusqu'à sa cible. Et malgré le vide, Violet comprenait à quel point George était énervé.
Luke Taylor.
Il était là. Il poursuivait son emprise sur Erine jusqu'au pire des moments. Près d'elle, Olivier se tendit. Son visage devint rouge et ses yeux marrons étaient charbonnés. Violet ne pouvait que le concevoir. Luke n'avait aucun respect pour personne. Aucun.
— Laissez tomber, parvint-elle à produire. Il n'en vaut pas la peine.
Elle tenta d'avancer, tenant fermement leurs mains, mais Olivier lui échappa. Elle n'essaya pas de le retenir. Olivier était toujours le plus calme jusqu'à ce qu'on touche au Quidditch ou à l'un d'eux. Les émotions étaient parfois trop fortes pour lui. Et aujourd'hui, Violet n'aurait rien pu faire.
Même s'il avait voulu résister, Olivier en aurait été incapable. Toutes ces années, il avait respecté le choix d'Erine. Il n'avait jamais été venimeux envers cette bouse de dragon de Luke. Il n'avait jamais essayé de le retrouver pour lui faire payer ses actes.
Non, il ne l'avait pas fait car il n'était pas membre du Magenmagot et car Erine lui avait demandé.
Cependant, Luke avait choisi son moment. Il avait choisi de venir aujourd'hui pour profaner la mémoire d'Erine. Il osait venir ici alors que toute la famille d'Erine se recueillait. Même dans sa mort il continuait de la hanter. Ça, Olivier ne pouvait l'accepter.
D'autant plus qu'Erine n'était plus là. Il n'avait plus aucune promesse à tenir.
Il se détacha de la main de Violet sans même réfléchir. Il fonça vers Luke sans se préoccuper des personnes qu'il bousculait au passage. Luke ne le vit pas arriver et Olivier s'en félicita, il n'aurait pas à le suivre. A la hauteur de Luke, celui-ci réalisa sa présence. Trop tard. Olivier écrasa son poing sur son visage. Luke tomba au sol.
— TU N'AS PAS HONTE! hurla-t-il se moquant de savoir ce qu'on pouvait penser de lui.
Olivier asséna d'un nouveau coup Luke, prêt à lui en apporter le plus possible. Il avait fait mal à Erine, il aurait mal à son tour.
— TU N'ES QU'UNE BOUSE DE DRAGON! COMMENT OSES-TU?!
Ils avaient failli la perdre à cause de lui. Erine avait failli se perdre à cause de lui. Erine avait souffert physiquement et psychologiquement. A cause de lui.
Il le frappa à nouveau. Il avait failli détruire Erine. Comment osait-il? Elle s'était éteinte à cause de lui. Comment osait-il? Elle était morte et Taylor la suivait, encore. Un nouveau coup. IL LUI AVAIT FAIT MAL. Enco…
Son poing ne rencontra pas une nouvelle fois le visage de Luke. Des personnes le tiraient en arrière. Olivier ne chercha pas à les empêcher, il se laissa porter. Il reconnut son père et Bill qui le relevèrent.
Une fois sur ses deux jambes, Bill le lâcha pour demander à Luke de partir. L'aîné des Weasley ne chercha pas à comprendre la raison de sa colère, non, car Bill avait toujours été clairvoyant. Il devait se douter qu'Olivier n'avait pas agi par pure agressivité.
— Olivier!
Bill, accompagné de Roger et Connor, s'occupait de virer Luke.
— Olivier! Tu m'entends?
Quand il disparut de son champ de vision, Olivier réalisa que son père était devant lui. Ses yeux plongés dans les siens.
— C'est bon?
Olivier se calma. Ses yeux retrouvèrent la même couleur que ceux de son père. Ce dernier était inquiet pour lui. Olivier ne pouvait pas le rassurer.
— Peu importe ce que ce jeune homme a fait, ce n'est pas le moment de t'emporter ainsi. Pense à la famille d'Erine. Pense à Erine. Elle ne mérite pas ça.
— Je sais, déclara sèchement Olivier. Je sais, mais il n'avait rien à faire ici.
— Je n'en doute pas une seule seconde. Mais Erine n'a jamais cautionné la violence, donc aujourd'hui elle mérite le calme et la paix. Va donc rejoindre Violet et George, il est temps de dire au revoir.
Son père avait raison. Erine leur avait toujours défendu d'en venir aux mains. Elle n'avait jamais supporté les fois où ils n'avaient pas su se contrôler.
Mais Luke n'avait pas à être ici et jamais Olivier ne regretterait son acte. Il secoua sa main et retourna vers Violet pour prendre la sienne sans même adresser un mot aux autres personnes.
Il avança sans s'attarder sur le regard à la fois absent et horrifié de Violet, ni sur l'abattement de George. Il n'y prit garde car ça n'aurait fait qu'amplifier sa fureur. Luke Taylor leur avait fait perdre des mois avec Erine, à eux et à la famille d'Erine. Luke Taylor avait blessé directement Erine, mais tous avaient subi son emprise.
Par politesse et par respect, il s'arrêta devant les parents d'Erine pour s'excuser. Ils parurent peinés d'avoir eu à vivre ça un tel jour, mais ils lui pardonnèrent, pour la simple et bonne raison qu'ils avaient fini par savoir ce qui s'était passé dans la vie de leur fille.
Près d'eux, une jeune fille aussi élancée qu'Erine, mais aux cheveux bruns et aux yeux marrons l'observa. Il la reconnut comme Adèle, la cousine dont elle leur avait tant parlé. A ses côtés se tenait Holly et quand son regard passa sur elle. Holly se jeta à son cou.
— C'était mal, mais je suis contente qu'il ait eu ce qu'il méritait.
Au moins, Olivier avait Holly de son côté.
Ils formèrent un cercle autour du trou où fut déposé le cercueil. Il y eut un dernier hommage. Chacun déposa une rose avant que le cercueil ne soit englouti par la terre. Cette épreuve fut un terrible déchirement. La mère d'Erine poussa un cri qui les pétrifia tous. Un cri qui parcourut leur colonne vertébrale et poignarda leur cœur. Le corps de George fut secoué de violents sanglots.
Les yeux d'Olivier le brûlaient. Il ne cesserait donc jamais de pleurer? Une grosse douleur s'implanta dans sa gorge. Il étouffait. Olivia criait. Elle fut emportée par son mari et son beau-frère pour retourner chez eux. Il étouffait. George ne s'arrêtait pas. Il étouffait. Violet était toujours aussi absente. Il étouffait.
Il avait perdu Erine.
Olivier empoigna la main de Violet. Elle sursauta. Il lui avait sûrement fait mal. Holly prit appui sur son bras, il le passa autour de ses épaules. Ils restèrent à quatre devant la tombe d'Erine jusqu'à ce qu'il n'y ait plus personne. Leo vint embrasser Holly en lui promettant de venir dès le lendemain, tout comme Emilia et Luna. Ils reçurent mille et un mots.
Et ils terminèrent enfin tous les quatre: Violet, George, Holly et lui.
Chacun gérait ce terrible deuil. Ils étaient plongés dans un silence comble, refusant l'idée de ne plus revoir le beau sourire d'Erine. Refusant de croire avoir perdu toutes ces personnes qui leur étaient si chères.
Longtemps, ils restèrent plantés là. A prendre de nouvelles racines.
George fut le premier à sortir de son choc. Il s'abaissa et sortit sa baguette magique. De beaux rosiers aux fleurs bien roses poussèrent autour de la pierre tombale. L'odeur était intense, elle les embauma – tel le parfum qui émanait d'Erine. George prit une grande inspiration et Olivier sut ce qu'il faisait. George s'imprégnait de ce parfum, tout comme Olivier le faisait avec la cerise de Violet.
Holly s'agenouilla près de George et lui sourit. Elle fit apparaître une couronne d'olivier, Athena était toujours par là.
Les roses décorèrent sur toute la hauteur, les pétales fleurissaient au fil des secondes. Au centre, la couronne d'olivier entourait les inscriptions. Si dures. Si réelles.
Erine Zoey Green
11 novembre 1977 – 02 mai 1998
Fille. Sœur. Fiancée. Amie.
Le règne de notre Reine s'est éteint,
mais son soleil nous illuminera pour l'éternité.
Olivier tenait Violet. Elle commençait à être parcourue de tremblements tout juste perceptibles. Il l'observa. Elle était toujours aussi perdue. Son ventre se tordit. Il priait Merlin pour qu'elle accepte ses émotions, qu'elle accepte cette fatalité. Il priait Merlin pour qu'elle explose, s'effondre, s'écroule. Il priait Merlin, car sans ça, jamais elle ne pourrait se relever.
Les fils les avaient reliés. Les avaient attirés. Les avaient déchirés. Aujourd'hui, les fils les abattaient. Seule l'acceptation permettrait la guérison. Seule la force de fils réparés pourrait les relever.
Il l'embrassa sur le front.
— On va s'en sortir, ma Violet.
Ils quittèrent le cimetière pour tourner la page de ces funestes jours.
Olivier n'avait aucune idée de ce que l'avenir leur réservait, mais il ne pouvait être que meilleur. Leur vie ne serait plus jamais la même. Il leur manquait trop. Mais peut-être arriveraient-ils à se reconstruire.
Ensemble ou séparément.
Le soleil n'était pas encore levé quand Olivier rejoignit la cuisine. Les lueurs de la lune n'étaient pas assez puissantes pour éclairer leur grande pièce à vivre. Olivier s'en moqua, il appréciait cette perte de lumière. Lui évitant la violence de cette absurdité.
La veille, il avait refusé de boire la potion de sommeil préparée par Molly. Il le regrettait. Il avait été incapable de fermer l'œil de la nuit. Il s'était remémoré chaque étape de début du mois de mai. La culpabilité le dévorait. Olivier avait vécu la nuit à Poudlard de différentes manières, élaborant tout ce qu'il aurait pu décider autrement pour sauver Erine. Tout ça n'était qu'utopiste. S'il avait sauvé Erine, qui savait les autres conséquences? Il travaillait sur lui. Il s'était promis de vivre pour Erine.
Mais c'était décidé. Maintenant, il prendrait la potion chaque soir jusqu'à ce qu'il ressente un jour meilleur!
La fatigue ne pouvait pas prendre possession de son corps, sans quoi il plongerait lui aussi.
Olivier devait prendre soin de Violet, dont l'état se dégradait à chaque minute. Les enterrements l'avaient maintenue, il semblait qu'elle n'avait plus aucune raison de tenir. Violet lui filait entre les doigts.
Olivier devait être présent pour George. Il n'était plus le même. Il ne le serait plus jamais. Mais Olivier ne pouvait pas l'abandonner. Il connaissait Fred et George. Il connait George. Son meilleur ami était capable de se réinventer.
Olivier devait penser à Holly. Elle était encore là. Erine aurait souhaité qu'ils n'abandonnent pas sa petite sœur. Holly était une partie de leur groupe, il n'avait pas le droit de l'oublier.
Et il y avait le Quidditch. Le vol l'avait aidé à évacuer, mais il devait reprendre les entraînements. Le Quidditch avait longtemps été toute sa vie. Le Quidditch ne disparaîtrait pas. Il avait une Coupe du Monde l'année prochaine. Olivier avait une raison supplémentaire de la remporter. Il devait l'avoir, pour ceux qui n'étaient plus là.
Il salua George quand celui-ci partit aux premiers rayons de soleil pour rejoindre le Terrier. George revenait chaque soir à l'appartement, mais il repartait toujours la journée rejoindre sa famille.
Olivier prépara le petit-déjeuner. Tant qu'il restait actif, il ne risquait pas d'être pris par une nouvelle crise. Il apprenait à dompter ses émotions, mais il n'était toujours pas capable de les contrôler quand celles-ci devenaient trop puissantes.
La voix blanche de Violet l'interrompit:
— Olivier, viens.
— Attends, je…, tenta-t-il de se justifier.
— Je te demande de venir, le coupa-t-elle.
Elle était assise sur le canapé, endroit qu'elle ne quittait très rarement. Elle regardait dans le vide, ou plutôt paraissait car son regard était rivé sur lui. Il cessa la cuisine et la rejoignit. Violet leva son bras pour lui créer un refuge. Il posa la tête contre sa clavicule. Les bras de Violet l'enveloppèrent et il sut ce qu'elle cherchait à faire. Inconsciemment ou non.
Cependant, il ne pouvait se le permettre.
— Je ne peux pas, ma Violet. Tu as besoin de moi, chuchota-t-il.
Et elle était bien plus lucide que ce que tous pensaient. Elle comprise.
— Toi aussi tu as besoin de moi. Pose-toi, Oli.
Il se blottit contre elle et elle lui caressa la joue. Il se laissa aller et s'écouta. Il profita de la bulle de protection que lui proposait sa Violet. Olivier n'empêcha pas sa tristesse s'exprimer. Ses larmes défilèrent. Une par une. Violet continua de le porter contre elle.
Il réalisa à quel point ce besoin de l'autre était réciproque.
Au plus profond de lui, il savait que leur amour les avait toujours sauvés. Rien ne changerait, peu importait les difficultés qu'ils subissaient. Ils étaient Violivier. Faits pour se trouver. Violet confirma sa pensée quand elle murmura:
— Moi non plus, je ne te lâcherai jamais.
Bon bah voilà...
J'ai longtemps hésité à garder cette partie, mais je crois qu'elle était indispensable. Pour mon propre deuil, pour le vôtre. A nous aussi de dire au revoir.
Je n'ai pas grand chose à dire, des funérailles sont des funérailles. Pour Fred, Remus et Tonks, je me suis une nouvelle fois inspirée d'Alixe. Pour Erine, j'y ai laissé mon coeur. C'est à partir de ce chapitre que j'ai commencé à avoir une panne émotionnelle (plus avec le suivant), je n'étais plus capable d'écrire. Mon deuil n'était pas fait.
C'est même encore très dur. D'autant quand je vois la place qu'Erine a prise dans vos coeurs. Je culpabilise, mais c'était... inévitable. Je suis vraiment désolée. J'aimais Erine autant que vous et ça me brise le coeur de ne plus écrire sa présence. (mdr je pleure en vous écrivant ces mots). JE SUIS VRAIMENT DESOLEE.
Pour Luke, il faut savoir qu'hormis le quintet, personne n'était censé être au courant. Donc dans ce chapitre, il était censé faire pire et enlacer Holly (ça mettait Olivier dans un état encore plus second). Cependant des choses ont changé, l'emprise de Luke avait forcément un impact plus global. J'espère que ce passage a un aspect satisfaisant. Il l'a été pour moi, j'ai mis mes poings avec Oli.
Et la fin, notre Violivier demeure. Pour toujours, espérons.
Au prochain chapitre "L'explosion" : Violet et Olivier retrouvent Dauphy's Sea pour trouver le repos. Malheureusement, les souvenirs sont toujours présents et rongent. Leur explosion n'apporte qu'une souffrance incommensurable.
A bientôt !
Blue
PS : petite surprise dans le tome bonus pour réconforter vos petits coeurs.
