Marine Académie

Partie 1

Chapitre 2

Un silence de plomb envahissait l'assemblée. Des centaines d'hommes et peu de femmes étaient présents dans le plus grand amphithéâtre de l'Académie, au centre des jardins. Un seul homme se tenait devant toutes ces nouvelles recrues, fier, le directeur de l'Académie. Son discours dura un bon quart d'heure, pendant lequel personne n'osa bouger ni même respirer trop fort. Les paroles du doyen résonnèrent au plus profond de la jeune femme qui écouta ses paroles religieusement. Toutes les promotions étaient mélangées: soldats, technique, administratif et bien évidemment santé. La promotion santé était constituée de seulement 100 élus, futures médecins, pharmaciens, chercheurs, professeurs de renom. Les plus grands médecins de la Marine étaient tous passés par cette Académie, et la majorité partageaient désormais leur savoir à travers les cours magistraux dans le mythique "Amphithéâtre Dr Baroc", qui tenait son nom du plus grand médecin de la Marine, décédé une dizaine d'années auparavant. Murphy avait lu chacun de ses livres, disséqué chacun des articles médicaux qu'il avait produits et avait toujours rêvée de se tenir dans cet amphithéâtre. Le concours avait été rude, les chances de réussite infime, mais elle se refusait de vivre sans avoir au moins essayé d'accéder à l'inaccessible. L'atmosphère de cette première journée était donc particulière, et une part d'elle su qu'elle n'oublierait jamais le premier jour de cette nouvelle vie.

"Tes affaires ont été déposées dans le dortoir 3C! S'exclama la troisième année, major de sa promo et référente des étudiants, en indiquant du doigt une pièce spacieuse composée de trois lits. Murphy la suivit du regard, la remercia discrètement et s'engouffra dans sa nouvelle maison. Une femme était déjà installée et s'appliquait à ranger une trousse de maquillage dans son armoire. Murphy s'assit doucement sur un lit qu'elle jugea disponible et inspecta la pièce avant d'être coupée par la rousse.

"Salut, je m'appelle Claire, je suis en deuxième année." Commença-t-elle aimablement.

"Enchantée, je suis Murphy, première année, je viens tout juste d'arriver."Répondit chaleureusement la jeune femme en serrant la main qui lui était tendue.

"Ouille, première année, c'est dur ça. J'ai l'impression que cela fait une décennie que je faisais mon premier jour. Mais ne t'inquiète pas, je vais tout t'expliquer. Il y a de quoi se perdre dans ce bazar". Continua la rousse en s'appliquant méticuleusement du rouge à lèvre discret. Elle se leva ensuite d'un bond et invita la blonde à la suivre dans le dédale de couloirs.

"Là, c'est la cuisine commune. On a les meilleurs cuistots de l'Académie comme on est une majorité de fille. Un peu de discrimination positive ne fait pas trop de mal dans ce monde de brute…Ici les douches, là-bas une grande salle de sport, elle est souvent vide, on a pas vraiment le temps de s'entraîner et nos profs s'en fichent un peu à vrai dire. Et au fond du couloir la sacrosainte bibliothèque de médecine. À vrai dire, c'estest une bibliothèque commune, mais les autres promotions n'y viennent jamais, tu ne verras que des filles en médecine. Et tu as intérêt à t'y sentir à l'aise parce que croit moi que tu y seras bien plus fréquemment que dans ton lit."Elle continua ses explications en dévalant les couloirs et en sortant du bâtiment avec hâte. "Sur ta gauche, c'est l'amphithéâtre Dr Baroc et les cinq salles de pratique, dont la morgue. Derrière, tu y trouveras les jardins médicinaux, les jardins de détente puis les bâtiments et terrains d'entrainements des autres promotions. On est assez excentrés. Peut-être parce qu'on est une majorité de femmes. Ou peut-être puisqu'ils ont peur qu'on se fasse tuer sur les terrains d'entraînement de ces brutes qui ne semblent pas avoir des connexions neuronales très qualitatives".

Murphy se contenta de la suivre, hochant la tête en rythme avec les paroles de la rousse. Les bâtiments étaient impressionnants et elle se languissait de découvrir la grande bibliothèque. La rousse avait l'air sympathique, mais d'avoir un caractère bien affirmé avec des convictions très claires.

"Un dernier conseil."Finit la deuxième année en se retournant vers la nouvelle. "Évite de parler aux soldats. Même s'ils sont canons. Ça ne t'attirera que des problèmes."

Murphy hocha une dernière fois la tête. De toute façon, son objectif était très clair: réussir ses études, devenir une brillante médecin pour la Marine et participer à rendre le monde meilleur, loin de toute piraterie et acte barbares. La soirée fut agréable auprès de Claire, à discuter des études et de la vie sur le campus. La jeune femme passa un rapide coup de Den Den Mushi pour raconter brièvement sa journée à ses parents et s'endormit en quelques minutes, pressée de commencer les hostilités le lendemain.

"Bienvenue à tous. Puisse cette année faire naître des professionnels capables de sauver des vies et faire avancer la science!"Tonna le professeur d'une voix forte dans tout l'amphithéâtre. Murphy regarda sa voisine de droite, une femme brune un peu plus âgée qu'elle, à l'air sympathique. Cette dernière lui lança un regard rempli d'excitation, un sourire discret au coin des lèvres.

Les cours commencèrent immédiatement. Anatomie, physique, biologie du vivant, pharmaceutique, soins d'urgences élémentaires…Le programme était dense et créé pour trier les étudiants dès les premières semaines. Une routine éreintante et monotone envahie Murphy dès les premiers jours: cours –révisions à la bibliothèque –repas –repos. Les meilleurs professeurs de Marineford, certains encore actifs au sein du Grand Hôpital de Marineford, défilaient chaque semaine pour abreuver les étudiants dans leurs connaissances pointures dans leur domaine respectifs. C'était passionnant, mais éreintant. Une fois par semaine seulement, la routine des étudiants en médecine était cassée par le cours "d'entraînement au combat" obligatoire. C'était l'occasion pour les étudiants de sortir le nez de leurs livres et de profiter un peu des terrains d'entraînement extérieurs. Le niveau attendu était particulièrement bas, mais un minimum était exigé pour pouvoir gagner ses grades de soldat dignement. Murphy profitait de ces moments pour discuter avec sa colocataire et nouvelle amie Emma, la brune qu'elle avait rencontrée lors du premier cours. Une amitié solide et sincère s'était rapidement installée entre elles. Elles passaient désormais une bonne partie de leurs journées ensemble à réviser ou se détendre.

"Tu fais ton premier stage dans quel service?"Demanda nonchalamment Emma en trottinant autour du terrain comme l'ordonnait leur entraîneur du jour.

"Cabinet d'entrainement"Répondit Murphy en essayant de garder son souffle régulier pendant sa course.

"Oh dis donc elle en a de la chance la blonde!" Ricana la brune "Toute une semaine auprès des soldats qui pensent être le futur amiral en chef! Tu en as de la chance. Je préfère largement mon stage au laboratoire!

Murphy soupira. Elle savait que sa colocataire avait raison. Ce lieu de stage était réputé pour être intéressant d'un point de vue médical:soin d'urgences et traumatologie principalement. Mais devoir supporter les soldats à peine sevrés de leur mère et bourrés de testostérone était usant rien que d'y penser.

[...]

"Bon Murphy, j'en ai ras-le-bol!"Emma déboula dans le cabinet médical d'entraînement où Murphy était assise derrière le bureau, un livre de psychopathologies entre les mains. La blonde ne sembla même pas surprise de voir la tempête brune débarquer dans le bureau avec fracas. Elle referma son livre doucement et la regarda avec un fin sourire, le regard fatigué.

"Si quelqu'un m'envoie encore un échantillon de son urine ou pire, je fracasse tous les bocaux en verre de ce laboratoire infernal."Murphy lui sourit, essayant de se retenir de rire devant la mine déconfite de son amie. "T'as une sale tête au passage Murphy".

"Dis-toi que ce matin seulement, trois soldats sont venus dans mon bureau pour une sois disant fracture du pénis…Une fracture du pénis Emma!"Cette dernière explosa de rire sans discrétion. La stupidité des soldats n'était donc pas qu'une vague légende.

"Écoute Murph', soit on finit ces cinq dernières heures de stage et on devient de brillants médecins... "Commença la brune.

"Ou bien?"

"Ou, plan B, on se trouve un mec qui a le potentiel de devenir au moins contre-amiral dans tout ce bordel, on se marie, on fait des gosses et à nous la retraite à trente ans."

"Emma... "Soupira Murphy en rigolant.

"Oui, je suis féministe madame, mais réfléchis deux secondes quand même! Ces femmes là qui restent toute la journée à la maison pendant que monsieur va tuer du pirate, leur seuls soucis, c'est de prendre rendez-vous avec le meilleur coiffeur de la ville et être présente aux soldes d'hiver! Moi, je pense sincèrement que ce sont elles qui ont tout compris Murph'! On fait fausse route Murph', depuis le début! "Renchérit la brune, les yeux exorbités, transportée par son discours.

La blonde n'eut pas le temps de répondre qu'un coup résonna contre la porte. À peine Emma avait-elle eu le temps de se lever pour filer discrètement par derrière qu'un homme entra dans le cabinet.

"Bonjour, je peux vous aider?" Demanda poliment l'étudiante au jeune homme à la carrure déjà impressionnante qui venait d'entrer dans la pièce. Il la dépassait d'au moins deux têtes et avait le visage crispé.

Murphy remarqua que les traits de son visage étaient dures, comme si lui non plus n'avait aucune envie d'être là.

"Je viens récupérer le billet sanitaire qui me permettra de retourner à l'entraînement."

Murphy comprit qu'il s'agissait du billet qu'elle seule était capable de délivrer à la fin de son examen médical et qui rendait apte ou inapte le soldat à la poursuite de son entraînement physique.

"Je suis navrée, mais pour vous délivrer ce billet, je dois impérativement faire au moins un examen clinique au préalable" Répondit l'étudiante en se dirigeant vers la boîte de gants à usage unique. Il n'était pas rare que des soldats se présentent et réclament ce billet pour pouvoir reprendre leur travail en négociant de ne pas faire cet examen qu'ils jugeaient complètement inutile. Bien sûr ce jugement se basait sur toutes les compétences médicales qu'ils avaient accumulés pendant des années…

Mais l'homme en face d'elle n'essaya pas de négocier et s'installa en silence sur le lit médicalisé. Il laissa Murphy s'approcher sans faire d'histoire, ce que l'étudiante apprécia particulièrement.

"Quel est votre nom et la raison de votre visite?"Demanda-t-elle en griffonnant déjà des informations sur un billet sanitaire vierge.

"Sakazuki, soldat première année promotion 4, brûlure à la main droite."

Murphy posa son document et regarda la main de l'homme, en effet brûlée sur une bonne partir de la paume et de trois doigts.

"Comment vous êtes-vous fait ça?" Demanda-t-elle alors qu'elle allait chercher son nécessaire à pansement.

Elle entendit l'homme grommeler avant de lui répondre "Je me suis brûlé avec mon fruit du démon. Ça m'arrive encore de temps en temps quand j'atteins une certaine température".

La blonde fut surprise quelques secondes "Quel est votre fruit du démon pour vous faire une brûlure pareille?" Demanda-t-elle sans laisser transparaître une once de jugement dans sa voix.

"Magma". Répondit simplement l'homme pendant que la femme commençait à désinfecter la plaie.

"Sacré pouvoir que vous avez là dis donc!"

L'étudiante ne mit que quelques minutes à confectionner un pansement sur la brûlure. L'homme ne s'était pas plains une seule fois durant le soin qui devait tout de même être douloureux, mais il avait refusé le traitement antalgique habituel.

"Je dois vous mettre inapte durant au moins cinq jours. Navrée. N'hésitez pas à revenir pour refaire le pansement pendant le weekend, mon collègue sera de garde si besoin." Elle lui tendit le billet sanitaire. Sakazuki ne répondit rien, mais la blonde comprit très vite qu'il n'était pas du genre à revenir se faire soigner ni même à accepter aussi facilement une interdiction d'entraînement.

Il se releva lentement. Leurs regards se croisèrent une seconde avant que le visage du soldat ne se ferme à nouveau. Il quitta la pièce sans dire un mot de plus, emportant avec lui l'atmosphère brûlante.