Marine Académie
Partie 1
Chapitre 3
"Il est vraiment revenu te voir?" Questionna incrédule la rousse en balançant à l'autre bout de la pièce son bouquin de chimie.
"N'oublie pas ce que je t'ai dit Murph', trouve ton futur colonel et profite de la retraite à vingt-cinq ans. Ton poisson ça a l'air d'être du lourd, il pourrait même finir vice-amiral. Et là, c'est le jackpot ma grande". Interrompit Emma en buvant bruyamment la soupe qu'elle avait rapporté des cuisines, ses chaussons roses aux pieds.
Murphy soupira.
"Il n'est pas venu me voir personnellement, juste emmener des soldats qu'il avait involontairement blessés pendant l'entraînement". Expliqua-t-elle, se rappelant la dernière visite de Sakazuki au cabinet médical d'entraînement.
"Je sens la bonne affaire Murph', je te le dis, tu vas finir riche et bourgeoise" Continua dans son coin la brune.
La blonde eu du mal à se retenir d'envoyer son oreille directement dans le visage de son amie.
"Méfie toi quand même Murph'. Méfie toi. Il n'y jamais rien de bon avec les soldats en général". Termina Claire, inquiète pour son amie.
[...]
Cela faisait désormais cinq mois que Murphy avait intégré la prestigieuse formation de médecine. Grâce à son travail acharné, l'étudiante arrivait à rester dans les premières de sa promotion. Elle se dévouait corps et âmes pour réussir ses examens, quitte à laisser de côté temporairement sa vie privée. Elle avait un objectif et elle savait pourquoi elle se sacrifiait.
Son second stage au sein d'un autre cabinet médical d'entraînement venait de se clôturer. Il était tout aussi désagréable à cause de quelques "sans cervelles" comme les appelaient Claire, mais lui permettait de mettre en pratique ses connaissances. Et surtout, cela lui avait permis de revoir ce fameux soldat. La blonde avait été intriguée par lui dès la première fois qu'il lui avait rendu visite. Elle le sentait, il était différent, quelque chose en lui l'attirait. Était-ce parce qu'elle savait qu'il était puissant et promis à un grand avenir dans la Marine? Ou son physique imposant et sans conteste très attirant? Ou encore sa manière de s'adresser à elle, avec respect et sans arrière-pensée contrairement aux autres soldats de sa promotion? Toujours est-il qu'elle n'était jamais déçue de le voir arriver au cabinet quand il emmenait des blessés, ses "victimes involontaires".
Murphy ferma à clé la porte d'entrée du cabinet, épuisée, mais soulagée. Elle déposa discrètement la clé dans le boîtier prévu à cet effet et se massa la nuque. La journée avait été éprouvante. La première promotion de soldats avait fait un entraînement intense inter classe et les soldats blessés n'avaient pas arrêté de défiler dans le cabinet. Elle avait passé sa journée à soigner les plaies bénignes ou rediriger les soldats vers le centre de soins de l'Académie selon la gravité des blessures.
Mais ce soir était un grand soir. Son évaluation de fin de stage, faite entre deux sutures d'un soldat hurlant à la mort malgré une dose d'antalgique colossale, avait été parfaite. Elle venait de valider son stage et ainsi valider son premier semestre. La jeune femme avait réussi avec succès ses examens théoriques ce qui ne signifiait qu'une chose: une semaine entière de vacances avant d'attaquer le second semestre. Ses colocs et elle avaient donc décidées de fêter ça en grande pompe: elles avaient rendez-vous dans le quartier étudiant de l'Académie pour boire un verre et engloutir un vrai repas chaud. Surement un barbecue.
Murphy scruta sa montre. Claire et Emma devaient certainement avoir fini leur journée depuis au moins deux bonnes heures. La blonde les imaginait déjà à moitié ivres, ayant entamé la moitié de la viande, prêtes pour une seconde tournée.
Elle se dépêcha donc de traverser le terrain d'entraînement, longea l'un des nombreux jardins et se dirigea vers le quartier toujours animé à cette heure-ci. Son Den Den Mushi sonna.
"Salut Murph', désolé, mais Emma est déjà à moitié ivre morte. Elle va me faire un coma éthylique au milieu du bar et vu comment les soldats tournent autour d'elle, je préfère la ramener au dortoir avant que ça ne dégénère. Bisous à toute'" Murphy n'eut même pas le temps d'en placer une que Claire raccrocha déjà. La blonde soupira. C'était peut-être un mal pour un bien, elle était exténuée. Le restaurant pourrait attendre quelques jours maintenant qu'elles étaient toutes en vacances.
Elle s'arrêta cependant au stand de brochettes qui était juste à l'entrée du quartier, en acheta six ainsi que du riz et commença à faire demi-tour. La lune était déjà bien haute dans le ciel, mais l'air était chaud, agréable, apaisant. La jeune femme prit le temps de traverser l'un des jardins qu'elle ne connaissait pas, en bordure de mer. La blonde se doutait qu'elle ne ferait aucune mauvaise rencontre dans ce coin de l'île, habituellement très peu fréquenté.
Elle décida de rentrer par la plage. Le chemin était certes un peu plus long, mais ce soir, elle pouvait se le permettre. Depuis que la jeune femme avait quitté son île, elle n'avait plus pris le temps d'apprécier le bruit de l'océan, les lumières des bateaux à l'horizon, l'odeur de la brise marine… Son île lui manquait, ses parents surtout, mais aussi le calme qu'elle ressentait à cette époque, quand elle n'était qu'une simple lycéenne pleine de rêves et d'ambitions.
Une explosion la sorti de sa rêverie. La bouche pleine, elle se retourna brusquement. Une seconde explosion. Cette fois-ci, elle vit le ciel s'illuminer de rouge sur quelques mètres. Surprise, la blonde décida tout de même de suivre sa curiosité et se rapprocha du renfoncement de la falaise d'où semblait provenir cette agitation. À quelques pas seulement, elle esquiva maladroitement un liquide chaud et rayonnant qui s'écrasa à ses pieds. Sous la surprise, elle en fit tomber la brochette qu'elle mastiquait, la regardant disparaître dans ce qui ressemblait à de la lave.
"Mince, ma brochette" Soupira-t-elle simplement, encore perturbée par le filet de lave à ses pieds. Elle ne remarqua même pas qu'un homme s'était rapidement rapproché d'elle. Arrivé à sa hauteur, il ne lui dit pas un mot, mais se contenta de la pousser délicatement pour qu'elle s'éloigne de la lave qui dévalait lentement le sable pour rejoindre l'océan. Elle était comme hypnotisée par ce spectacle.
"Ma brochette... ".
Elle ne trouva rien d'autre à lui dire quand elle reconnut Sakazuki qui s'était déjà éloigné d'elle pour reprendre sa place.
La blonde comprit rapidement qu'il était en train de s'entraîner, encore, alors que lui aussi venait de terminer son premier semestre. Murphy ne s'attarda même pas à lui demander s'il avait validé ses examens. La force brute de cet homme couplée à son fruit du démon faisait de lui l'un des soldats les plus prometteurs de sa génération.
Tandis qu'une nouvelle coulée de lave transperçait le ciel étoilé, la jeune femme resta quelques minutes interdite à simplement observer ce spectacle. Cette lave fendant l'air avait quelque chose d'hypnotisant.
La fatigue accumulée ces derniers jours revient cependant la frapper de plein fouet. Il était temps qu'elle retrouve son lit. Mais, étrangement, elle se sentait bien ici. Le spectacle de la lave, le bruit des vagues léchant le sable et l'étrange chaleur qui semblait émaner de cet homme l'incitèrent à rester encore quelques minutes. Murphy s'installa donc sur le sable, le dos contre la falaise et termina de dévorer ses brochettes sans un bruit. Sakazuki ne lui avait pas adressé ni un regard ni une parole depuis son arrivée, mais paraissait tolérer sa présence. En quelques secondes seulement, le sommeil l'embrassa entièrement, avant même qu'elle ne puisse terminer sa dernière brochette.
