Marine Académie

Partie 3

Chapitre 19

Elle n'avait pas été missionnée pour soigner les blessés, elle le savait, puisqu'il n'y avait jamais de blessés lors des Buster Call, uniquement des morts. Mais l'immense flotte qui composait inévitablement le Buster Call imposait la présence d'une équipe médicale pointue, en cas de riposte de l'adversaire. Mais il n'y avait jamais de riposte adverse, puisque les Buster Call détruisaient des îles entières, majoritairement composées de civils déclarés gênants pour le Gouvernement Mondial. Civils qui n'auraient même pas le temps de comprendre ce qui leur arrivait: une attaque d'une flotte d'un empereur pirate ? Un évènement météorologique malheureux propre à Grand Line? Non, juste le Gouvernement Mondial qui fait le ménage.

Murphy se trouvait donc, avec Emma et une floppée d'autres médecins et infirmières, sur le dernier navire de la flotte, légèrement en retrait mais tout de même protégé par les navires soldats. Sakazuki et Kuzan, devenu vice-amiral il y a quelques semaines à peine, se trouvaient avec leur flotte sur la ligne de front. La jeune femme avait même pu voir entre deux coups de canons l'homme de glace poser pied à terre.

Les boulets de canons avaient déchirés les cieux pendant de longues minutes sous les hurlements d'agonie des civils qui tentaient par tous les moyens de fuir. Mais ils étaient encerclés par les navires de la Marine. Alors que les soldats criaient des ordres dans tous les sens pendant l'attaque, le navire de soins était particulièrement silencieux. Emma et Murphy se regardèrent en silence alors que les cris des civils blessés implorants que la Marine vienne les sauver resonnèrent sur le navire qui demeurait vide de tout patient. La blonde serra le poing fermement, essayant de canaliser sa rage. Elle n'en voulait pas aux soldats qui suivaient les ordres, elle en voulait en Gouvernement Mondial. Pourquoi ne pas simplement enfermer à Impel Down les scientifiques? Trier les civils et les scientifiques pour ne pas faire une tuerie de masse mais rester raisonnable ?

Et de voir son mari à l'avant qui exécutait sèchement les ordres…

Alors qu'elle faisait demi tour pour quitter le pont et rentrer dans ses quartiers, elle aperçut au loin la silhouette du vice-amiral Kuzan. Ils ne s'étaient plus réellement parlés depuis son mariage mais elle le respectait et avait apprécié les moments passés ensemble. C'était un homme d'honneur, fiable et d'une bienveillance remarquable quand il n'avait pas envie de finir dans les draps de la femme en face de lui.

Elle l'épia discrètement: il était en train de parler avec un homme particulièrement grand (un géant?) et ce qui ressemblait à une petite fille. Elle se déplaça vers le fond du navire et aperçut une petite embarcation. Des civils en train de fuir! Elle comprit rapidement que Kuzan n'avait aucunement l'intention de les arrêter. Ils étaient à peine visible, retranchés à l'arrière de l'île, loin du Buster Call. Alors qu'elle voyait les civils déployer la voile et mettre les enfants à l'abri dans l'intérieur du navire, un boulet de canon fendit l'air et s'abattit avec force sur l'embarcation, la pulvérisant avec tous ses occupants en une seconde. Son sang se glaça, alors qu'elle entendit des hommes crier le nom du vice-amiral Sakazuki.

[...]

Murphy était rentrée tel un fantôme au service des urgences du Grand Hôpital de Marineford. Elle n'était pas de garde puisqu'elle venait à peine de rentrer de sa mission à Ohara. Elle s'était enfermée dans son bureau, plongeant sa tête dans ses mains alors qu'elle haletait pour respirer, sentant une crise d'angoisse serrer son cœur.

Que venait il de se passer? Qu'avait elle vu? Tous ces civils, morts sans aucune possibilité de les soigner. Sans qu'ils ne comprennent pourquoi la Marine, qu'elle représentait elle aussi, les avait attaqué sans crier gare et brisé ainsi la paix de l'île. Pourquoi Sakazuki avait tiré aussi rapidement, sans hésiter ?Pourquoi avait elle vu le même regard choqué que le sien sur le visage de Kuzan ? Pourquoi, lui, avait-il essayé de sauver les civils? Qui avait tord, celui qui exécutait les ordres au nom du Gouvernement Mondial pour la paix? Ou celui qui désobéissait aux ordres pour sauver des civils innocents?

TOC, TOC.

Elle entendit quelqu'un frapper doucement à sa porte. Elle n'eut pas la force de se lever pour ouvrir, ses jambes toujours paralysées par l'angoisse et elle espérait que la personne abandonne et décide de repasser une prochaine fois. Mais le soldat entra dans la pièce, n'attendant pas de réponse de sa part. Il entra discrètement, refermant immédiatement derrière lui. Kuzan se tenait devant la porte, silencieux, alors qu'il regardait la médecin lutter pour respirer et calmer son rythme cardiaque qui s'affolait. Il n'avait pas eu le temps de se changer, il était toujours le vice-amiral Kuzan qui avait tenté de sauver des civils sur Ohara. Elle le regardait avec frayeur, comme un lapin devant un chasseur, n'arrivant toujours pas à garder son calme.

"Qu'est ce…qu'il vient…de se passer Kuzan?" Haleta-t-elle alors que sa respiration était toujours irrégulière.

Le vice-amiral était figé devant elle, ses lunettes cachant son regard. Il était froid comme la glace.

"La Justice Absolue, Murphy. C'est ce que tu viens de voir."

Murphy tiqua. Elle avait déjà entendu son mari parler de Justice Absolue mais ne s'en était jamais vraiment intéressé. Plus le temps passait et plus elle se fichait des soldats de Marineford et ne trouvait un intérêt que dans les recherches médicales et les projets humanitaires.

La peur s'insinua en elle alors que ses mains tremblaient toujours.

"N'oublie pas ce que tu as vu Murphy. Parce que ce n'est que le début. Il n'a pas hésité un seule seconde, tu le sais très bien."

La blonde recula sa chaise du bureau pour plonger la tête vers le sol pour essayer d'engranger le plus d'air possible, sa crise d'angoisse gagnant du terrain à chaque seconde.

Elle sentit la main glacée du brun sur son front. Le froid la soulagea instantanément, obligeant son corps à se concentrer sur autre chose. Son rythme cardiaque se stabilisa rapidement, ses poumons se calmèrent et reprirent leur travail. Elle leva les yeux vers Kuzan qui était à ses côtés. Elle put voir distinctement son visage inquiet.

"Fais attention à toi Murphy. Et surtout garde les yeux ouverts."