Bonjour ! Alors, voici votre petit chapitre sous le sapin de noël et j'espère qui sera à votre goût. Merci encore et toujours pour votre assiduitée et on se retrouve en 2025 !
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Portgas D. Harry était une légende dans l'école pour bien des raisons, outre toute l'aura du Survivant et de l'Elu, ou même le mystère qui entoure le nom des Portgas. On savait de lui qu'il était très têtu, obstiné, hyperactif, sociable mais avec un mauvais caractère et bien entendu, sans la moindre notion de tact. Mais ce qui était connu aussi, c'est que peu importe les circonstances, il n'avait jamais craqué en public. Personne ne pouvait se rappeler de l'avoir vu pleurer une seule fois. Hurler de colère quand il en avait marre d'être pris pour un con, ça, c'était courant, beaucoup pouvaient le témoigner, avec notamment sa crise de colère suite à sa sélection au Tournoi des Trois Sorciers, mais de mémoire de Poudlarien, l'adolescent n'avait jamais pleuré. Quand il allait mal, il faisait front et devait craquer en privé. L'an dernier, ils auraient pris le subit renferment du garçon comme le stress des examens si McGonagall n'avait pas dit le nombre de fois qu'elle avait surpris l'adolescent en déprime dans le bureau de Thatch. Personne n'avait compris pourquoi avant d'apprendre que c'était son oncle, mais là encore, aucune larme.
Mais là, ce soir, Rogue devait se dire qu'il y avait un début à tout.
L'adolescent avait été littéralement hystérique et n'avait certainement même pas réalisé qu'il pleurait. Et il était impossible d'ignorer le déchirement dans sa voix alors qu'il avait tendu une main vers les portes avec espoir. Severus avait eu l'idée brillante de se dire que pour le garder à l'œil, un sort de traduction permanent était le bienvenu. Et il se demandait à présent s'il aurait mieux valu ne pas comprendre le japonais.
Bien entendu, Dumbledore avait voulu y mettre son nez, mais cela n'avait fait que redoubler l'état de l'étudiant en crise au point qu'il perdait contrôle de sa magie. Dans sa rage, il avait accusé le directeur d'être responsable de quelque chose certainement en lien avec son état, mais impossible de savoir quoi.
Harry avait juste décidé d'être incohérent.
Quand Pomfresh était arrivée avec le puissant somnifère, ça n'avait pas été une mince affaire de le faire ingérer à l'adolescent, mais une fois qu'il s'était effondré dans les bras de Rogue comme une poupée de chiffon, le silence qui avait suivi avait été presque assourdissant. Pendant que l'infirmière faisait léviter le jeune homme vers l'infirmerie, McGonagall s'était interposée entre Albus et son élève, lui rappelant qu'il n'avait pas le droit de s'approcher de Harry sans la présence de ses parents. Seul Rogue, occupé à se masser les bras après avoir lutté contre l'enfant, avait remarqué la lettre de la panthère.
Et là, dans le calme reposant du domaine de l'infirmière, Rogue comptait ses regrets. Parce qu'il avait de nouveau des questions. Il savait très bien que ce qu'il faisait en lisant le courrier de l'adolescent ne se faisait pas et que bons nombres des choses sur ce papier aurait fait grand plaisir à Dumbledore. Mais il avait voulu comprendre ce qui avait réussi à percer l'armure de l'adolescent. Il aurait dû s'en douter. Si pour son oncle disparu sans raison, il était tombé en déprime, alors, ce devait être pour sa mère qu'il était entré en état d'hystérie.
L'homme sombre leva les yeux vers l'adolescent endormi au chevet duquel il s'était installé. Même dans son sommeil, il avait les sourcils froncés et il continuait de pleurer. La panthère s'était allongée contre lui, le fixant avec inquiétude, la fourrure d'un gris orageux.
Harry n'était pas heureux à l'idée de retrouver Lily. Ou en tout cas, ce que ça impliquait de la revoir. La lettre en disait assez pour qu'on puisse supposer que cela signifiait la disparition d'Ace. Les deux femmes étaient liées, c'était certain, il l'avait soupçonné autant que Albus. Mais au point qu'elle puisse ramener une femme qui était morte ? Harry devait savoir la vérité, mais les leçons d'Occlumancie qu'il lui avait donné jouer contre sa recherche de réponses.
Rogue remonta un peu plus ses propres défenses mentales. Même dans son sommeil, les peurs du garçon étaient perceptibles pour un légimencien de son niveau.
Il était clair qu'il ne voulait pas le départ de sa mère adoptive, même si ça signifiait le retour de celle qui l'avait mise au monde. Severus n'arrivait pas à trouver la force de traiter le garçon de stupide ou d'ingrat. Parce que les tristes faits faisaient de Lily une inconnue pour Harry. Ce n'était pas elle qui l'avait élevé, qui lui avait appris à parler et à marcher, mais une autre femme, qui elle, semblait sur le point de disparaître.
En soupirant, Rogue replia la lettre et la rangea dans une poche intérieure de sa robe de sorcier. Il adressa un dernier regard à l'adolescent et quitta les rideaux qui entouraient le lit du garçon endormi. Il marcha d'un pas rapide hors de l'infirmerie et, comme il s'y attendait, il trouva Haruta et Izou dans un tableau proche, clairement inquiet.
- Son père vient de partir, se contenta de dire l'androgyne du duo.
- Il va dormir longtemps ? s'enquit Haruta.
- Jusqu'à demain matin, répondit Rogue.
- Il cherchera à partir dès son réveil, il est aussi têtu que sa mère et c'est pas un compliment.
- Je dois accéder à la tour de Gryffondor.
Le duo se regarda, et Izou quitta le cadre, embarquant Rogue avec lui dans les étages, son kimono tourbillonnant autour de ses chevilles à chacun de ses pas, l'enseignant marchant derrière lui. Cette Ace avait l'intention d'aider à mettre fin à cette guerre, et certainement obtenir le souvenir après lequel Dumbledore courait tant. Et pour cela elle était prête à tout mettre en jeu. Même sa propre vie. Dans l'opinion de Rogue, c'était stupide de vouloir risquer sa vie pour un simple souvenir, mais soit. Si elle y tenait, il l'aiderait un minimum. Dans le genre, il ferait la tâche qui incombait normalement au fils.
Il hocha vaguement la tête à l'adresse de Izou quand celui-ci ouvrit juste assez le portrait pour qu'il puisse entrer, se refermant immédiatement sur le professeur. Comment il s'y attendait, Londubat et Granger étaient en train de spéculer dans la salle commune, la jeune femme tournant en rond sur le tapis pendant que son ami regardait d'un air déprimé et inquiet la cheminée. Les deux jeunes se tournèrent vers l'homme quand il entra.
- Est-ce… est-ce que vous... vous savez…
L'hésitation de Neville n'aidait pas Rogue dans son agacement.
- Votre camarade a fait une crise d'hystérie et a cherché à quitter le château. Il dort à l'infirmerie sous potion, coupa l'homme sombre sans attendre la fin de la phrase. Votre ami n'a reçu aucune lettre aujourd'hui, à ma connaissance. Comment a-t-il eu celle-ci ?
Il montra le papier qu'il tira de sa poche.
Le duo se regarda, et Rogue n'avait même pas besoin d'avoir en plus leurs pensées dans ses oreilles pour savoir à quoi ils réfléchissaient. Finalement, ce fut Neville qui lui répondit :
- Yuki l'attendait dans le dortoir.
- Je vois. Je dois voir les affaires de votre camarade.
Neville se leva, impassible malgré les questions qui lui torturaient lui aussi les méninges et se dirigea vers l'escalier pour monter les marches de l'escalier en colimaçon avant d'ouvrir la porte du dortoir des sixièmes années. Même si le jeune homme ne l'avait pas indiqué, Rogue aurait deviné que le lit appartenait à Harry. C'était le seul, du dortoir, avec un lit impeccable et aucune personnalisation, rappelant que l'adolescent ne passait ici que pour ses affaires de classes et rien d'autre. Les placards de part et d'autre du lit furent examinés, mais outre le fait qu'ils étaient rangés correctement, Rogue ne trouva aucune trace de la cape d'invisibilité. Il se tourna alors vers la valise qu'il ouvrit, mais là encore, pas de cape, juste ses fournitures scolaires.
- Vous cherchez quoi professeur ? demanda Neville qui s'était assis sur son propre lit.
- Une cape bien spécifique de votre ami, lui répondit Rogue en jetant un regard vers les lits des autres étudiants.
Il savait très bien que personne ne dormait dans ce dortoir, il n'avait certainement pas l'intention de les informer de l'existence de la cape d'invisibilité. Neville comprit de quoi il parlait et se leva de son lit pour s'agenouiller devant la table de nuit et passa sa main dessous sans regarder. Il finit par tirer quelque chose de dessous, au vu du bruit, mais rien de visible. Intelligent. Portgas avait utilisé les propriétés de l'objet pour le cacher. L'adolescent ramassa l'objet invisible entre ses deux mains et le déposa sur le lit pour le déballer, dévoilant une paire de pantoufles. L'adolescent plia la cape et la donna à l'enseignant.
- Harry va s'en remettre ?
- Seul le futur le dira.
Et sans un mot de plus, il quitta la tour. Il donnerait ça Iro, avec un message pour Portgas mère qu'elle sache qu'elle faisait quelque chose de stupide. Puisque la panthère était le familier de la femme, elle pouvait faire la messagère.
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Les cours de l'après-midi avaient à peine commencé quand Marco arriva à Poudlard. McGonagall l'accueillit à l'entrer après qu'un auror l'ait avertie. Le pauvre homme avait l'air de ne pas avoir dormi depuis quelques jours.
- Mes insomnies sont de retour, yoi, répondit le blond quand Minerva lui demanda s'il était malade. Harry est où ?
- A l'infirmerie. Nous avons dû lui jeter un sort pour l'empêcher de quitter le lit, il semblait bien parti pour retenter de marcher sur Londres avec ses propres moyens. Il reste prostré dans son lit depuis et a refusé de manger ce matin et à midi. Ses amis sont allés le voir mais n'ont pu tirer aucune réaction de lui.
Marco hocha la tête et accéléra le pas, grimpant quatre à quatre les marches des escaliers. Malgré son teint pâle et fatigué, il avait encore assez d'énergie pour devancer facilement McGonagall. Il entra dans l'infirmerie pour voir madame Pomfresh en train de guérir des petits bobos d'adolescents.
- Mon fils ?
Elle montra du doigt les rideaux autour d'un des lits. Il aurait dû s'en douter. La fatigue ne lui réussissait pas.
- Je vais le faire manger, apportez-moi un bol soupe s'il vous plaît, yoi, demanda le blond à McGonagall qui avait fini par le rejoindre.
Et sans s'occuper de savoir si la femme allait le faire ou pas, il marcha jusqu'aux paravents et se glissa derrière. Harry était recroquevillé sur lui-même dans le lit, les genoux contre sa poitrine et un bras dessus contre lequel il appuyait son visage. L'adolescent avait des traces de larmes séchées sur ses joues et il tenait dans sa main la goutte contenant le Hotarubi de sa mère.
L'adulte s'installa au bord du lit et ouvrit ses bras. Harry s'y réfugia, ses larmes revenant à l'assaut.
- /Elle a pas l'droit… elle peut pas nous faire ça… /sanglota l'adolescent. /Pas quand on commence tout juste à être une vraie famille ! Elle a pas l'droit de nous abandonner !/
- /Le Hotarubi est toujours là ?/
Harry hocha la tête.
- /Alors, ça veut dire qu'elle est toujours avec nous. Mais j'ai besoin que tu m'aides Harry./
L'adolescent regarda son père avec espoir, comme s'il pouvait tout arranger. L'adulte lui essuya ses larmes et lui dit sérieusement :
- /Je vais la chercher, Harry. Je vais y mettre toutes mes forces, toutes mes capacités, mais j'ai besoin que tu gardes la tête froide, yoi. Même avec Dobby et Thatch, j'ai du mal à jongler avec les jumeaux et les recherches. Je ne peux même pas demander de l'aide à Remus parce qu'il doit faire tourner les affaires en l'absence d'Ace, yoi. Mais si je dois rajouter en plus de ça mon inquiétude pour toi, je ne vais pas m'en sortir. Je reste un homme, pas un dieu, je peux pas être partout à la fois./
Il remercia McGonagall quand elle déposa sur la table de nuit un bol de soupe pour Harry avant de s'éclipser. Il prit le récipient et revint au chevet de son fils.
- /Peu importe si ce qu'elle a prévu ou pas marche, elle viendra au château pour avoir le souvenir. Attends-la ici et assure-toi qu'elle nous revienne si je ne la trouve pas avant. Je te demande juste de ne pas me causer plus de soucis qu'on en a déjà./
Il lui tendit le bol.
- /Mange./
- /J'ai pas faim./
- /Mange ou je te fais manger. Et j'en suis capable, yoi./
Harry détourna la tête. Avec une poigne ferme, Marco le força à le regarder de nouveau.
- /Te faire du mal n'arrangera pas les choses./
- /C'est juste stupide son idée !/ gémit Harry en ramenant ses genoux un peu plus contre lui.
- /Depuis le temps, tu devrais savoir que ta mère pense souvent que les idées stupides sont les plus efficaces./
- /Elle croit vraiment que je peux la remplacer comme ça ?! Qu'on puisse tourner la page et accepter Lily à sa place ?!/ sanglota l'adolescent du fin fond de ses bras.
- /Je te rappelle que ta mère a grandi en ayant entendu qu'elle n'aurait jamais dû venir au monde, que son existence même était un crime. Elle s'est toujours considérée comme négligeable, remplaçable, yoi. Dans sa tête de linotte, elle a dû mal à intégrer que oui, elle est importante. C'est à nous de le lui rappeler. Et c'est ce qu'on va faire./
Marco cogna doucement le bol contre le front de son fils et l'y garda là jusqu'à ce que la chaleur force le jeune sorcier à se dégager.
- /Ne me complique pas plus les choses, fils. Mange un peu. C'est un simple bol de soupe, yoi./
Harry adressa un regard à la nourriture montrant toute sa haine pour le bouillon, mais accepta de le prendre.
-/Voilà ce qu'il va se passer, Harry. On va mettre fin à tout ça très vite. On retrouve ta mère, parce qu'il est hors de question qu'on la laisse partir et tu reviens à la maison, yoi. De là, suivant si oui ou non, on aura obtenu le souvenir, on avisera pour régler le problème de Tommy boy et Pettigrew. Ensuite, on quitte le pays. Et j'entends pas pour aller au Japon ou autre, mais pour rejoindre le Shin Sekai./
Le jeune leva le nez de son repas et regarda son père.
- /Luna-chan a laissé tomber beaucoup d'indices sur ce qu'elle veut faire, mais elle est mineure, elle dépend de son père. C'est à lui de prendre ce genre de décision pour elle, tant qu'elle est une enfant, yoi. On s'arrangera avec les Flamel, au cas où, mais les faits sont là. Quant à tes amis, ils ont déjà fait leurs choix./
- /Je sais. Drago veut continuer l'œuvre de maman, Neville veut arpenter le monde comme Botaniste et Hermione vise la place de Binns. On pense pas que les miroirs fonctionneront, mais on tentera des tableaux magiques. Mais tonton et Tonks ?/
- /Tonks intègrera la Marine de ce que j'ai compris des quelques conversations qu'on a eu sur le sujet. Vu qu'avec la mort d'Oyaji et mes propres conneries, notre équipage n'est plus que l'ombre de lui-même, en plus d'être éclaté, il n'y a pas l'ombre d'une chance que l'on doive se battre contre elle. Ton oncle va se fondre dans le civil pour élever ta cousine./
- /Et toi et maman ?/
- /On va rester tranquille jusqu'à ce que les jumeaux soient plus vieux, mais on gardera un œil sur toi, yoi. Et je sais très bien que ta mère ira se battre si son frère est en danger de toute façon./
Le jeune homme hocha vaguement la tête.
- /Tu me promets que la prochaine fois que j'aurais à venir ici, ça sera pour venir te chercher parce qu'on aura retrouvé ta mère ?/
- /Oui, papa./
Marco embrassa son fils sur le crâne et colla leur front l'un à l'autre.
- /On la retrouvera. Même si je dois aller en enfer pour ça. N'en doute pas un instant. J'ai perdu ta mère une fois. C'est une fois de trop, il n'est pas question que je la laisse disparaître une seconde fois, yoi. Le Phénix ne l'autorise pas. Je peux te faire confiance pour rester calme ?/
- /Oui papa./
Marco embrassa son fils une dernière fois sur la tempe et se leva.
- /On va la retrouver. Alors prends soin de toi. Je t'aime, fils./
- /Je t'aime aussi, papa./
Après un dernier regard pour son fils aîné, il sortit de derrière le rideau. McGonagall et l'infirmière n'étaient plus là, mais Haruta gardait un œil sur l'infirmerie.
- /Demande à Neville de commencer à préparer les affaires que Harry a au château. Je mets la main sur Ace et on met fin à tout ce merdier./
- /Bien Capitaine/
Et Haruta fila hors de son tableau pour trouver Neville certainement ou alors faire passer le message à Izou. Marco ne chercha pas à savoir ses intentions. Quand il donnait un ordre, il savait que ses nakamas l'exécuterait sans discuter. A présent, il devait retrouver Ace.
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C'était difficile de se dire que le corps qu'on avait un jour habité pouvait changer autant entre d'autres mains. Après, on n'attendait pas forcément à ce qu'on y revienne une fois mort. La rousse retint une quinte de toux, toujours masquée de la cape d'invisibilité de son défunt époux, alors qu'un auror passait à proximité de là où elle était accroupie dans la boue, le vent, et la pluie glaciale de mars. La patrouille la dépassa sans voir quoique ce soit d'anormal, permettant à la rouquine de reprendre sa marche vers sa destination. Elle n'avait pas le temps de se laisser aller à la nostalgie qu'elle aurait pu ressentir en arpentant des chemins qu'elle avait sillonné avec ses amies quand elle était étudiante. Le sang dans sa bouche lui disait très bien qu'elle n'avait que très peu de temps. Et c'était peut-être mieux ainsi. Elle le savait.
Veillant à ce que la cape ne s'accroche pas au passage, elle escalada la barrière de la Cabane Hurlante.
Elle ne remercierait jamais assez James de lui avoir montré la carte qu'il avait faite avec le reste de la bande, quand ils étaient en septième années.
Elle s'immobilisa dans son escalade, ne pouvant se dépêtrer de l'impression que son corps était trop léger malgré la taille et les muscles. Presque comme si elle était tout juste matérielle. Elle se souleva trop facilement par-dessus la barrière et termina avec souplesse dans la boue de l'autre côté. Elle ne se souvenait pas avoir eu un jour une telle agilité. Elle aurait peut-être dû faire plus de sport en étant étudiante. Elle arrangea la cape et rejoignit aussi silencieusement que possible la Cabane Hurlante. La porte s'ouvrit presque trop facilement quand elle s'appuya dessus pour forcer l'ouverture avec un coup d'épaule. Décidément, Ace avait dû subir un sacré entraînement dans sa première vie. Entraînement qu'il ou plutôt elle avait repris dans celle-ci. C'était la seule explication pour cette force inhumaine. Elle n'allait pas s'en plaindre, elle n'avait pas de baguette magique après tout pour l'aider, alors, elle prenait ce qu'elle avait. Elle se retourna pour s'assurer que personne ne l'avait entendu, et referma la porte derrière elle. Avec la serrure à moitié arrachée, ce n'était pas très efficace, mais au moins, elle était cachée un minimum. Aidée des seuls rayons de lune qui passaient par les fenêtres barricadées, elle s'aventura dans la maison à la recherche de la porte menant au passage secret, finissant par la trouver dans la pénombre. Elle se glissa derrière avec délicatesse et s'enferma dans l'obscurité. Avec un soupir, elle retira la cape d'invisibilité et toussa un bon coup.
Pour un endroit à l'abandon depuis la fin de la scolarité de Remus, elle avait vu bien peu de poussière.
Elle essuya de sa bouche le sang qui avait dû couler et fut surprise en le sentant déjà sec sur sa peau. Elle avait réalisé très vite qu'Ace était une très bonne pyrokinésiste mais au point de faire sécher tout liquide sur sa peau… Lily humecta un de ses pouces et se débarrassa du sang. Elle plia ensuite la cape d'invisibilité qui la dérangerait sur le chemin jusqu'à la sortie et tendit une main devant elle en se concentrant, comme elle l'avait déjà fait un peu plus tôt. Elle eut un sourire ravi quand une belle poignée de flammes se forma dans sa main, sans effort. La femme tourna son regard vers le passage qui s'ouvrait devant elle et elle fronça les sourcils. Elle fut secouée d'une nouvelle toux sanglante qu'elle essuya d'un revers de la main tenant la cape avant de se mettre en marche, les flammes éclairant son chemin.
Au bout d'un long périple qui ne l'avait pas épuisé le moins du monde, elle parvint jusqu'à la sortie du Saule Cogneur. Elle s'enveloppa de nouveau dans la cape et s'extirpa du nœud entre les racines, donnant au passage un coup dedans pour immobiliser l'arbre. Elle ne perdit pas de temps et pataugea de nouveau dans la pluie et la boue pour rejoindre le château, luttant contre le vent. La chance lui sourit quand elle vit ce brave Hagrid se diriger aussi vers l'école. Elle força sur ses jambes qui aisément, la portèrent au niveau du garde-chasse, sans effort, lui permettant de se cacher derrière lui pour être coupée du vent et se glisser à sa suite entre les portes de l'école. Dans un claquement sonore, elles se refermèrent derrière elle, la faisant sursauter.
- Rien à signaler ? demanda une voix qu'elle reconnaissait bien.
Immobile sous la cape, une main sur la bouche pour ne pas couiner de surprise, la jeune femme regarda son ex-meilleur ami s'adresser à Hagrid. Les soucis avaient creusé des rides sur le visage de Rogue en dépit de son âge encore jeune. Il se tenait là, droit, mais les traits tirés, écoutant le demi-géant parler des centaures toujours hostiles et étrangement agités.
- On pouvait s'en douter, Firenze dit que les étoiles ont encore changé, coupa sèchement Rogue de sa voix doucereuse.
- Le petit Harry est toujours à l'infirmerie ? demanda Hagrid.
Lily ouvrit des yeux ronds. Ils parlaient de son fils ?
- Pomfresh préfère le garder à l'œil par peur qu'il ne refasse une nouvelle crise d'hystérie. Sans parler qu'elle veut s'assurer qu'il mange vraiment.
- Ce genre de chose ne serait pas arrivé s'il avait été envoyé chez les Dursley, comme l'avait décidé Dumbledore, pointa Hagrid dans son indéfectible fidélité.
Lily eut du mal à retenir sa rage. Son fils unique chez Pétunia ? Sa sœur lui avait clairement dit qu'elle ne voulait plus entendre parler d'elle ! Malgré tout l'amour que Lily pouvait avoir pour sa grande-sœur, elle savait très bien que celle-ci avait la rancune tenace. Et pour cause, c'était son cas à elle aussi. Sirius ou Alice auraient dû s'occuper de Harry en cas de souci ! Heureusement qu'Ace était entrée dans l'équation, sinon, il est certain que son enfant aurait eu une enfance malheureuse et aurait certainement subi un traitement cruel de la part de Vernon et de sa haine pour la magie.
Et bizarrement, Severus pensait comme elle vu son reniflement narquois :
- Nous aurions hérité d'un obscurial à la place de ce sale gosse sans tact et borné. Si on ne le surveille pas, il serait bien capable de sillonner le pays en tous sens et à pied pour retrouver sa mère. Allez faire votre rapport à Dumbledore, je vais me coucher, contrairement à certains, j'ai des cours à donner demain.
Et dans un tournoiement de sa robe d'enseignant, il s'enfonça dans un couloir menant aux cachots. Ainsi donc, quand Harry venait au cimetière et disait qu'on voulait le séparer d'Ace, il faisait référence au fait que Dumbledore le voulait chez Pétunia ?
Une nouvelle quinte de toux lui remonta la gorge et elle la retint de justesse pour ne pas se trahir. Vraie, elle n'avait peut-être pas le temps de s'occuper de ce genre de détails. Elle attendit que Hagrid disparaisse pour se redresser et se mettre en marche. Si Rogue était dans les cachots, Slughorn devait occuper le bureau habituellement réservé au professeur de Défense contre les Forces du Mal. Elle monta l'escalier en essayant de ne pas perdre la cape d'invisibilité au passage, s'efforçant de faire le moins de bruit possible. Elle se glissa dans les couloirs, le cœur battant à tout rompre. Comment James avait-il pu trouver amusant les escapades nocturnes alors qu'elle avait la frousse de se faire surprendre ? Ce fut tout juste si Peeves n'avait pas eu des soupçons. Elle l'avait croisé un peu plus tôt, occupé à enfermer un chat rachitique dans une armure et il s'était arrêté un moment comme pour chercher la présence invisible dans les murs de l'école, avant de reprendre son méfait.
C'est après avoir failli mourir plus d'une fois de peur que Lily parvint à destination. Elle actionna la poignée et jeta un œil à l'intérieur de la pièce. C'était bien un bureau et au vu de sa taille, il ne pouvait être qu'à Slughorn. Il n'y avait que lui pour se permettre des appartements aussi grands et confortables. Combien de fois avait-elle dû trouver une excuse stupide pour ne pas assister à ses réunions du Slug's Club ?
Elle se glissa dans l'ouverture et referma la porte avant de se débarrasser de la cape. De nouveau, elle mit le feu à sa main et marcha jusqu'au bureau de son ancien professeur, allumant toutes les bougies qu'elle voyait ainsi que la cheminée. Elle éteignit sa main et alla toquer violemment à la porte de la chambre de Slughorn avant d'aller s'asseoir derrière le bureau en entendant les grognements. Elle se laissa aller dans le fauteuil presque trop confortable qu'affectionnait tant l'homme, jouant avec une mèche de ses cheveux roux striés de noirs. Elle n'avait vraiment pas de temps à perdre si elle voulait pouvoir dire à Harry tout ce qu'elle voulait avant de devoir redonner cette enveloppe à Ace.
Bientôt, un Slughorn à moitié endormi et en chemise de nuit sortit de sa chambre en grommelant, finissant tout juste d'enfiler une robe de chambre. Il se figea dans un geste qui aurait pu être comique si la situation n'était pas aussi grave. Il avait le regard fixé sur la chevelure de feu aux mèches sombres qui scintillait dans la lueur des chandelles et des flammes de la cheminée.
- Bonsoir professeur, il y a longtemps, salua la revenante.
- Je… Lily Evans… c'est… on vous dit…
- Morte, oui, en effet.
- Mais pourtant… ma chère… vous… vous êtes là ! Je n'hallucine pas !
- Je suis là parce qu'une femme à qui je dois énormément m'a demandé un service. Ce n'est que temporaire.
Les jambes tremblantes, le pauvre homme se laissa tomber sur un petit tabouret à pompon à proximité qui devait être renforcé par magie pour ne pas s'être effondré sous son poids. Il porta une main à son cœur, les yeux humides, sa moustache s'agitant en tous sens pendant qu'il reniflait.
Lily se leva et alla s'asseoir sur un petit siège bas qu'elle rapprocha de son ancien professeur. Les mains coincées entre ses genoux, face au vieux maître de potion, elle le fixa avec détermination.
- Je n'ai pas le souvenir que votre visage ait été aussi anguleux ni que vous ayez eu des mèches noires.
- Je vous le répète, quelqu'un m'a laissé sa place pour que je puisse vous parler ce soir, professeur.
Ce n'était plus son corps, elle le savait, et elle l'acceptait. Tout ce qu'elle voulait à présent, c'était que son fils ne puisse plus craindre Voldemort et soit heureux.
- Vous savez pourquoi je suis ici ce soir, professeur ?
- Non, du tout !
- Vous avez donné un faux souvenir à Dumbledore. Je suis ici pour le véritable.
- Ne soyez pas ridicule ! s'indigna le professeur en se levant d'un bond. Cessez cette comédie ! Qui que vous soyez…
Lily se leva d'un bond à son tour, les sourcils froncés.
- Vous pensez vraiment que cacher vos erreurs permettra d'expier votre crime !? gronda la morte en affrontant l'homme bedonnant. Je ne sais pas de quoi vous avez peur, ni ce que vous avez fait ou dit, outre que ça doit être assez grave pour que vous essayez de tromper Albus Dumbledore !
- S'il veut quelque chose, qu'il vienne me le demander et qu'il laisse les morts en paix !
- Mais je ne suis pas là pour lui !
Elle s'accrocha à la robe de chambre de Slughorn pour le forcer à la regarder en face.
- Je suis morte pour mon fils, dans l'espoir insensé qu'il pourrait survivre et la chance a posé Portgas D. Ace sur mon chemin qui l'a aidé à ça ! Et aujourd'hui, Voldemort est de retour et nous avons besoin de vous !
Elle ignora le frisson du professeur et ses tentatives pour se dégager.
- Pour toutes les victimes qu'il a fait, vous pourriez avoir au moins la décence de dire ce que vous savez ! Que vous le fassiez ou non, si vous en savez trop, il fera tout pour vous faire taire ! Vous tenez absolument à faire de mon sacrifice un acte vain ? Vous voulez vraiment condamner mon fils à mort alors qu'il pourrait s'en sortir !? Je lui ai donné ma vie et vous, vous vous cachez la queue entre les jambes pour un simple souvenir !
- Je n'ai pas votre courage Lily… et… ce n'est pas quelque chose que je veux montrer, ce n'est pas flatteur…
Lily relâcha son ancien professeur et joignit les mains devant elle.
- Ce qui est fait est fait, ce n'est pas en vous voilant la face que vous changerez les choses. Au contraire, si ce que vous gardez, là, tout au fond de vous, est si important, en me le donnant, vous aiderez à réparer vos fautes.
- Et que ferez-vous de ce souvenir ?
- Je le donnerai à Harry. Je doute que le professeur Dumbledore en voit la couleur, il arrive encore et toujours à se mettre à dos la personne qui a tué la première fois Voldemort. Je parle de la mère adoptive de Harry.
- Mais alors, toutes ces histoires sur le Survivant…
Lily secoua la tête, lui faisant comprendre que ce n'était qu'un tissu de mensonges. Slughorn resta là, longuement immobile, avant de pousser un soupir vaincu et de se diriger vers son bureau.
- Vous savez, Lily, c'était en partie pour ça, pour lui, que j'étais revenu à Poudlard. Je me demandais à quel point il vous ressemblerait. Du courage, il en a, autant que vous en aviez, raconta l'homme en fouillant dans ses affaires. Et votre franc-parler. Vous-même, vous n'étiez pas du genre à prendre des pincettes quand quelque chose vous déplaisait, Sirius et James en ont bien souvent fait les frais.
Slughorn eut un maigre rire étranglé alors que Lily le rejoignait à son bureau.
- Quand je l'ai vu la première fois, ce qui m'a frappé le plus, ce sont ses yeux. Il a exactement les mêmes que vous. Vous n'imaginiez pas ma joie ! Puis, sa franchise presque hargneuse m'a fait penser à vous. Quand il est reparti sans répondre à mon invitation, j'ai cru, avec espoir, qu'il s'agissait d'un trait d'insolence arrogante de James, pour réaliser après quelques cours avec ce jeune homme à quel point il était différent de vous deux…
- Harry va suffisamment au cimetière pour que je sache comment il est aujourd'hui, assura la femme.
- Si ce n'était pas votre fils, j'aurais dit qu'il s'agissait d'un petit con irrespectueux et mal élevé. Mais… c'est tout ce qu'il reste de vous, ma très chère Lily.
L'homme déboucha une fiole vide qu'il venait de trouver et lentement, porta à sa tempe sa baguette magique, avant de l'écarter alors qu'un mince filament argenté y resta collé, s'étirant encore et toujours entre le bout de la baguette et la tête du vieux professeur, avant de s'en décrocher. Le souvenir tomba dans la fiole et Slughorn la reboucha. Il la garda en main un instant et finit par la donner à Lily.
- J'en suis pas très fier… ne… ne soyez pas trop dur avec moi, s'il vous plaît, ma chère.
La femme glissa l'objet dans une des poches du pantalon cargo noire qu'elle portait, avec un sourire.
- Je ne verrais pas ce souvenir, je sais que je n'ai pas le temps de le faire. Cette fiole ira à Harry, professeur. Et si ça peut vous rassurer, vous ne pouvez pas tomber plus bas dans son estime que vous ne l'êtes déjà si je prends en compte ce qu'il m'a raconté sur le déroulement de votre premier cours avec lui ou même ses commentaires sur votre amour presque malsain pour les enfants. Je doute que ce souvenir puisse faire plus de mal. Au contraire, en acceptant de le lui donner, vous pourriez bien remonter dans son estime.
Slughorn eut un pauvre sourire alors que Lily reprenait la cape d'invisibilité de James.
- Bonne nuit professeur. On se reverra de l'autre côté tôt ou tard.
Et elle disparut en dessous. Quelques instants plus tard, la porte s'ouvrait et se refermait, laissant le maître des potions en tête à tête avec ses regrets, ne cherchant plus à retenir ses larmes.
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Harry était allongé dans son lit, les yeux grands ouverts, écoutant le ronronnement apaisant de Iro qui s'était collée à lui pour le rassurer et le protéger, dès qu'elle était revenue de son étrange disparition. Entre ses mains, il avait toujours son collier, son pouce triturant nerveusement la goutte. Le Hotarubi était là, toujours aussi chaud, seul signe qui pouvait lui dire que Portgas D. Ace n'avait pas disparu. Il tourna la tête en entendant la porte s'ouvrir et se redressa avec méfiance. Le son était bref et presque amorti, comme si quelqu'un avait eu peur de faire du bruit. L'adolescent échangea un regard avec Iro et attrapa sa baguette magique. Si ça n'avait pas été pour le sort de Pomfresh, il serait déjà descendu de son lit pour se mettre en embuscade dessous. La panthère se dressa elle aussi, les oreilles aux aguets. Sa fourrure était blanche, elle était perplexe. Et ça n'aidait pas le jeune homme qui ne sentait rien venir avec son Haki.
Son cœur accéléra dans sa poitrine.
Si Haruta n'avait pas sonné l'alarme, c'était soit qu'il ne craignait rien, soit qu'elle n'avait rien vu. Il donnerait cher pour pouvoir bouger ou avoir autant de talent et l'habitude du Haki que ses parents. Iro se rapprocha légèrement, comme si elle suivait des yeux quelque chose, toujours calme. Il ne la connaissait pas assez pour savoir si c'était un bon ou un mauvais signe. Le paravent se déplaça légèrement, alertant l'adolescent.
- C'est mon seul avertissement. Montrez-vous ou je vous jette un sort dont vos arrières petits-enfants se souviendront toutes leurs vies ! grinça Harry en balayant la zone possible où devait se tenir le visiteur invisible.
- Voilà qui fait peur.
La voix était sortie du néant et immédiatement, Harry braqua sa baguette dans la direction supposée, essayant de se rappeler de pourquoi la voix était familière. Puis, une partie du décor ondula, pile là où regardait Iro, et une femme rousse, aux étranges mèches noires, jaillit de sous une cape d'invisibilité. Dans la clarté argentée du clair de lune, la visiteuse se dressa en repliant la cape qu'il reconnut comme celle des Potter.
- Bonsoir Harry, sourit doucement et presque tristement la femme.
Ses yeux verts brillaient de tristesse. Leur forme et leur teinte lui étaient que bien trop familière, il les voyait à chaque fois qu'il affrontait le miroir.
- Uso… souffla l'adolescent.
Lily vint s'asseoir à côté de lui et, sans lui demander son avis, elle l'enlaça. Le garçon réalisa à cet instant qu'il pleurait. L'étreinte lui était familière, réveillant un souvenir brumeux et lointain d'une époque révolue.
- Je suis tellement désolée, mon chéri… si désolée… pardon de t'avoir abandonné… pardon pour toute la peine que je t'ai causée… chuchota Lily en le serrant contre elle.
Qu'est-ce qu'il pouvait lui répondre à ça ? Elle revenait comme une fleur d'entre les morts, quinze ans plus tard, alors que quelqu'un d'autres avait fait son boulot à sa place. Pourtant, il restait là, dans ses bras, à pleurer son incrédulité et sa peine, serrant dans sa main l'alliance de Lily et le Hotarubi d'Ace. Iro les regarda en silence, toujours aussi blanche de perplexité.
- Harry, regarde-moi…
L'adolescent releva la tête pour fixer la femme qui l'avait mis au monde. Elle pleurait elle aussi en lui essuyant ses larmes du pouce.
- Je… je dois dire quoi ? Tu espères quoi ? je…
Elle l'embrassa sur le front, comme pour le calmer, mais ça ne fit que redoubler ses larmes.
- Toutes ces fois où tu t'es adressé à moi au cimetière, je t'ai entendu, chuchota Lily en lui caressant les cheveux. Je sais très bien qu'il est trop tard pour moi. Ton père et moi avons fait des erreurs… tant d'erreurs. Elles nous ont coûté notre vie, mais aussi notre famille… mon ultime erreur est de ne pas avoir pris directement la fuite… d'être restée dans la maison alors que j'aurais dû te prendre avec moi et fuir… je sais tout ça, et je sais que tu m'en veux pour ce choix. J'avais peur, Harry. Très peur… et tu as suffisamment vécu pour savoir que quand on a peur, on ne réfléchit pas toujours…
Elle lui prit son visage entre ses mains, lui caressant les joues avec tout son amour.
- Même si ce que tu es devenu aujourd'hui n'est pas ce que nous aurions voulu que tu sois, on reste fier de toi, parce que tu es notre fils et que rien ne le changera. Ace a fait énormément, durant toutes ses années, pour toi. Elle a été maladroite, gauche, mais qui ne l'est pas pour son premier enfant ? Mais à chaque fois que vous veniez au cimetière, on a vu clairement qu'en dépit de tout, elle t'aimait de toutes ses forces et que tu l'aimais tout autant…
- C'est elle ma mère ! gémit Harry avec une voix étranglée.
- Je le sais Harry… et tu vas la retrouver très vite, je t'assure. Mais après tout ce qu'elle a fait pour nous, toutes ces années à t'élever alors que rien ne l'y obligeait… je pouvais bien lui rendre ce service.
- Je suis perdu… c'est pas logique… gémit l'adolescent en soutenant son front de ses paumes.
- Si, c'est logique, Harry. C'est normal que tu sois perdu. Tu es tiré dans deux directions à la fois, mon trésor…
Elle lui souleva doucement le menton avec ses doigts pour qu'il recommence à la regarder.
- Je suis si désolée de te faire du mal, mon tout petit, lui dit-elle avec peine. Je voulais tellement te voir et te parler… te dire que James et moi sommes fiers du jeune homme que tu es devenu. Qu'on regrette tant de ce qu'il s'est passé. Mais surtout pour t'encourager. De loin, on t'a vu grandir, douter, hésiter, puis faire ton choix, avec toujours cette crainte au fond de toi de décevoir. On a vu ce que tu as fait, Harry et on en est fier. Continue, ne t'arrête pas, on est avec toi. C'est tout ce qu'il nous reste. On sera jusqu'au bout avec toi.
Harry essuya ses yeux en reniflant. Autant pour la réputation de cœur de glace qu'il avait avec les autres étudiants. Il n'arrêtait pas de pleurer comme un tuyau d'arrosage depuis qu'il avait reçu cette lettre.
Il fronça les sourcils en voyant la fiole de cristal que lui présenta Lily, à plat, dans sa main.
- J'espère que l'information à l'intérieur valait tout cet effort, lui dit sa mère.
Avec une main tremblante, Harry prit la fiole et la posa sur sa table de nuit.
- Ne… je…
Il ferma les yeux et inspira profondément avant de dire ce qui lui brûlait les lèvres :
- Je peux pas t'appeler « maman »… c'est pas toi…
Le sourire de la rousse ne changea pas.
- Tu ne t'en souviens peut-être pas, mais tu me l'as déjà dit quand tu étais petit, tu ne m'apprends rien. J'ai toujours été Lily pour toi et je sais que ce ne sont pas quelques minutes qui changeront les faits. Tu es Harry D. Portgas… j'espère simplement que là, dedans, tu as encore un peu d'affection pour James et moi. Une petite place pour nous.
Elle posa sa main sur le cœur battant de son fils.
- Peut-être un peu, avoua Harry avec un maigre sourire.
- Alors ça va, sourit joyeusement la rousse. Je peux redonner ma place à qui de droit, alors.
Elle enlaça son fils contre son cœur, les yeux fermés, ignorant le léger filet de sang qui coulait sur son menton. Elle sourit quand il lui rendit maladroitement l'étreinte.
- Tu repasseras une dernière fois au cimetière avant de partir pour tes grandes aventures ?
- J'essaierai.
- On t'attendra. Tu peux me rendre un service, faire passer un message à Ace et à ce Marco…
Harry se redressa et essuya le sang sur le menton de la rousse.
- C'est normal, c'est un rappel pour me dire qu'Ace doit revenir d'un instant à l'autre, rassura-t-elle en voyant son inquiétude. Elle a eu une mort lente et violente. L'avada a été assez instantané pour moi.
- Désolé de t'avoir obligé à te sacrifier pour moi.
- J'avais le choix, Harry. Rien ne m'obligeait à le faire, mais même si mon geste aurait pu être vain, je ne pouvais pas le laisser te tuer et me regarder dans le miroir après ça. Les mères, c'est très stupide parfois. Elles sont prêtes à faire tout et n'importe quoi du moment que c'est pour le bonheur et la vie de leur enfant. Et c'est ce qu'a fait Ace. Je regrette de ne pas avoir été là pour toi, Harry, mais pas d'être morte pour que toi-même tu puisses vivre. Alors, ne t'excuse pas.
Elle l'embrassa doucement l'adolescent sur le front, effaçant du pouce la trace sanglante qu'elle y laissa, avant de lui prendre ses mains.
- Je t'aime Harry. Je t'aime de toutes mes forces, de tout mon cœur. Alors, vis. Profite. Et soit heureux. Et remercie Ace et Marco pour moi. Je vous souhaite tout le bonheur du monde, tous les cinq.
Elle déposa un baiser humide sur leurs mains jointes, avant de les lâcher et de se lever.
- Ne perd pas la vieille cape de ton père, d'accord ?
- Elle est trop utile pour ça.
Il se pencha vers l'avant pour la récupérer du bout du lit où elle était posée et la cacha sous son coussin avec la fiole de Slughorn.
- Qu'est-ce que tu vas faire ? demanda le jeune homme en regardant Lily s'en aller.
- Rendre ce corps à qui de droit. Les Flamel ont réussi à me faire venir, ils devraient s'assurer que ta vraie mère puisse revenir. Prends soin de toi, et ne cause pas trop de soucis à ta famille.
- Ils me trouvent tout seul.
Lily eut un petit rire et s'interrompit en entendant des pas dans le bureau de l'infirmière. Elle eut une grimace.
- James et moi t'aimons plus fort que tout, Harry. Continue, mon chéri.
Elle l'embrassa sur la tempe avant de disparaître hors de la cloison de tissus en se frottant la poitrine. Harry se dressa sur son lit en notant une tâche sanglante qui grossissait à vue d'œil dans le dos de la femme. Ne pouvant sortir du lit, il avança à quatre pattes jusqu'à l'autre bout et écarta d'un sort les rideaux.
Au même instant, Lily s'effondra face contre terre. Elle n'était pas très loin, et la faible lueur de l'infirmerie montra rapidement un changement de stature. Le visage était masqué par les cheveux roux qui perdaient en longueur pour tomber simplement sous les épaules, tout en prenant une teinte noire familière à l'adolescent. Il n'eut pas le temps de dire un mot que l'infirmière débarqua à petits pas pressés avec une robe de chambre sur sa tenue de nuit pour enquêter sur le bruit.
Et jamais Harry n'avait autant béni le timing de quelqu'un.
Parce que là, sur la pierre, sa mère, Portgas D. Ace, était étalée. Elle gémissait doucement en essayant de se redresser, mais du sang se dispersait autour d'elle en suivant les reliefs du sol. Pomfresh la remarqua, nota le sang et ne posa aucune question, la faisant immédiatement léviter du sol sur un autre lit et lui retira sa chemise. Les cicatrices s'étaient rouvertes et l'infirmière usait de tous les sorts qu'elle connaissait pour les refermer.
Harry retint Iro quand celle-ci voulu se précipiter vers elle, mais il avait le cœur au bord des lèvres alors que la femme luttait pour réduire l'hémorragie.
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Ace avait été stabilisée.
De justesse, avec l'aide de Fumseck qui avait décidé de les aider sans qu'ils ne sachent pourquoi. Mais elle n'avait pas repris connaissance. Dumbledore avait recommandé à ce qu'elle reste ici. Pourquoi ? Simplement pour protéger la famille de Harry et tout et tout. Il devait avoir une autre motivation. Et ça arrangeait autant que dérangeait la famille. Avec la jeune femme à Ste Mangouste, Marco aurait pu travailler plus facilement sur elle pour la ramener à la conscience, sans devoir laisser les jumeaux derrière, en plus de pouvoir rappatrier son fils. Mais cela aurait aussi impliqué répondre des questions du Ministère de la Magie et des aurors, parce que personne ne savait comment la femme avait débarqué au château. De l'autre côté qu'ils n'avaient aucune confiance en Dumbledore et qu'il pouvait en profiter pour exiger quelque chose d'eux, s'il n'essayait pas de jeter des sorts ou de faire on ne savait pas quoi sur elle, pour l'influencer dans son sens ou percer ses secrets, d'où l'impossibilité de la laisser seule là-bas. Bien entendu, Dumbledore avait posé des questions à Harry qui avait refusé de lui répondre. McGonagall s'y était donc collée, sans plus de résultat. Chourave avait tenté sa chance, promettant son silence à son étudiant, au point même de lui faire un Serment Inviolable. Cela donna l'assurance à l'adolescent qui put se décider à parler.
Alors, il lui avait tout dit.
Pour la première fois, il s'était confié entièrement.
Il avait tout déballer, sur l'origine de ses parents adoptifs et de son oncle ; là où était le corps de Lily Potter ; les découvertes sur les Horcruxes qui empêchaient Voldemort de mourir et les souvenirs que leur avaient fait voir Dumbledore, puis sa demande concernant le vrai souvenir de Slughorn. Et l'idée stupide de sa mère. Chourave avait demandé si ça avait au moins servi à quelque chose, avait eu une réponse positive, avant de se lever, de marcher jusqu'au bureau de Dumbledore et de lui mettre une bonne rouste. Elle avait ensuite trouvé un arrangement permettant à Harry de rester aussi longtemps qu'il le voulait à l'infirmerie, du moment qu'il reprenait les cours, mais en échange, on avait érigé des protections autour de la mère de la famille. Marco, Thatch et Harry en avaient été reconnaissants. Quant au professeur Slughorn, il avait simplement demandé si le garçon allait mieux quand il était revenu en cours et s'il avait eu le message. Le bref hochement de tête de l'adolescent silencieux avait été suffisant et l'homme avait repris ses habitudes, laissant Harry dans ses pensées.
La vie reprit son cheminement, outre la défaite monumentale de Gryffondor contre Poufsouffle, rien d'intéressant ne se passa. Harry avait juste pris l'habitude de faire ses devoirs au chevet de sa mère, lui parlant de tout et rien, lui racontant sa journée et lui demandant de se réveiller rapidement. Il ne rentrait plus à Londres, par peur qu'on fasse du mal à sa mère durant son absence.
Quand il reçut un message de Dumbledore pour une nouvelle leçon, il se contenta de donner le parchemin à Chourave qui se fit un grand plaisir de dire au directeur où il pouvait se le mettre. De quoi lui faire presque regretter de ne pas avoir été réparti à Poufsouffle plutôt qu'à Gryffondor.
Les jours passèrent.
Lentement.
Pendant une longue semaine qui ressemblait plus à un mois entier, Ace resta inconsciente dans le lit. Madame Pomfresh décida d'ailleurs de l'envoyer à Ste Mangouste si, d'ici le dimanche, il n'y avait aucun changement. McGonagall n'avait pas hésité à dire à Harry en fin de cours qu'il pourrait la suivre et rentrer sur Londres jusqu'à ce qu'elle aille mieux.
Un soir, alors qu'il était occupé par son devoir sur le sortilège d'Impérium, l'adolescent s'endormit sur le plateau qu'il utilisait pour écrire. Avec lassitude, Pomfresh donna quelques coups de baguette magique et toutes les affaires de l'adolescent furent rangées dans son sac et lui-même étendu sur un lit proche. Elle alla avertir McGonagall de ce fait et ferma ensuite l'infirmerie pour la nuit.
Il devait être près de minuit quand les portes s'ouvrirent seules.
La dernière personne, si on peut vraiment parler de personne, qu'on s'attendait à voir, débarqua dans la pièce. Flottant dans les airs, un Peeves étrangement sérieux vint se positionner au-dessus du lit d'Ace.
Et il la regarda sans bouger, sans rien dire.
En réponse, Ace ouvrit les yeux. Deux orbes d'argents qui luisaient dans la pénombre. Elle se redressa dans le lit, raide comme une planche, bousculant légèrement la tablette. Le bruit réveilla Harry qui se redressa.
- Kaachan ?
Aucune réponse.
- Kaachan ? répéta Harry.
Ace pivota dans le lit et posa ses pieds sur le sol pour se lever. Peeves ignora tout autant Harry et se dirigea vers la sortie, suivi par la femme qui ne portait qu'une chemise de nuit, avançant à petits pas silencieux sur la pierre. L'adolescent hésita puis se précipita à la suite de sa mère hors de la pièce. Il regarda la femme montait les escaliers sous le regard perplexe de Haruta.
- /Qu'est-ce qu'il se passe ?/ demanda Harry.
- /Aucune idée. Le… le château est… bizarre, depuis que ta mère est ici/ expliqua la pirate dans le tableau alors qu'elle parcourait les murs pour rester au niveau de son neveu.
- /Pourquoi maman ? Qu'est-ce qu'il se passe ?/
- /C'est… c'est une spéculation… une idée qu'elle n'a pas confirmée… son père avait… avait un Haki particulier…/
- /Le rapport ?!/
- /La Voix de toute Chose est un mystère… On ne sait pas ce qui se passe avec… On pense qu'elle l'a… C'est peut-être ça qui l'a faite entrer en transe…/
- /Et on fait comment pour la faire sortir ?/
- /On attend !/
- /Tu m'aides pas !/
Il accéléra le pas pour attraper avec hésitation la main de sa mère. Il glissa et la lâcha par accident, mais elle la rattrapa.
- /Maman ?/
Elle lui serra simplement la main alors qu'ils se dirigeaient vers les escaliers, prouvant qu'elle était un minimum consciente. Outre Peeves, ils ne croisèrent aucun fantôme. Les tableaux détournaient le regard. Ils ne croisèrent aucun enseignant non plus et les escaliers semblaient être coopératifs pour une fois.
Comme si le château voulait que ce qu'il se passe ce soir reste un secret.
Une étrange expérience.
Finalement, ils arrivèrent au septième étage sans croiser la moindre âme, qu'elle soit vivante ou morte. Peeves, si c'était lui qui guidait sa mère, les menait clairement du côté de la Salle sur Demande. Pourquoi faire ?
- Qu'est-ce que tu veux à ma mère ? demanda Harry à l'esprit frappeur.
Le petit homme continua son chemin jusqu'au couloir contenant la pièce enchantée, sans répondre à l'adolescent. Une porte était déjà là, et elle s'ouvrit pour eux, en une invitation silencieuse. Peeves continua sa route, dépassant la porte, mais la pirate pénétra dans la salle, son fils toujours accroché à sa main. Il en aurait perdu la voix s'il n'avait pas été aussi inquiet. L'endroit où ils étaient, des générations entières d'élèves, et peut-être même de professeurs, y avaient posé leur touche. C'était aussi vaste qu'une cathédrale, avec des tours et des tours d'objets cachés au fil du temps, ou juste laisser là en débarras. Des livres interdits par milliers côtoyaient des meubles cassés. Il y avait même des bijoux ; de la contrebande ; des objets interdits par le règlement intérieur ; des vêtements ; des armes. Un bazar sans fin. Et certainement des trésors insoupçonnés. Il ne pouvait pas quitter le château sans se servir ici. Hors de question.
Ace semblait savoir où elle se rendait, en dépit du capharnaüm.
Ou alors quelque chose lui disait où elle devait se rendre, peut-être ?
Le fait est qu'avec des torches et la lune décroissante comme uniques sources de lumière, ils s'enfonçaient dans une des très nombreuses allées de la caverne d'Ali Baba. Ils tournèrent à droite, passant devant un troll empaillé, avant de continuer un peu plus loin, pour prendre à gauche en face de l'Armoire à Disparaître qui n'avait pas supporté le séjour forcé de Montague en son ventre l'an dernier.
Quand la nausée prit d'assaut Harry, il comprit pourquoi ils étaient ici ce soir.
Poudlard savait que quelque chose de malsain était renfermé dans ses murs.
Elle avait donc appelé à l'aide pour s'en débarrasser.
Les D. étaient devant une vieille caisse dont Ace poussa le couvercle du pied, dévoilant un diadème terni par le temps à l'intérieur, source de l'horreur qui envahissait les tripes de l'adolescent. La brune leva sa main de libre et une lance de feu se forma à l'intérieur. Sans un regard pour le bijou dans sa caisse, la lance s'abattit sur l'or blanc, le transperçant de part en part. Le diadème offrit de la résistance, la sensation malsaine que Harry avait à son sujet s'intensifia, essayant de briser l'attaque et de s'en protéger, mais les flammes s'accentuèrent en conséquence, au point d'aveugler le pauvre adolescent. Puis, il eut un bruit de verre brisé et les flammes disparurent avec l'aura malsaine qui essaya néanmoins de se raccrocher avant de s'envoler définitivement.
C'était fini.
Harry retint de justesse sa mère quand elle s'effondra.
Okay… il… il faisait comment maintenant ?
