Bonjour à tous!

Comme d'habitude, je tiens à commencer par remercier tous ceux qui lisent ma fic, et plus particulièrement les lecteurs, anonymes ou pas, qui m'ont laissé des reviews, ajouté à leurs favoris ou leurs alertes. Ca me motive énormément pour la suite. Si j'écris cette fic, c'est maintenant un peu pour vous également.

Je remercie également Kisis, ankana 87, Babylon, nikkie, keza, Sucubei et Miss Miserly pop pour leur review anonyme. Quant aux autres, j'espère que je n'ai oublié de répondre à personne.

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J'ai remarqué que dans l'ensemble, le caractère de Harry ne dérangeait personne, et qu'au contraire, vous trouvez cela plutôt normal étant donné sa situation. Son moral ne va pas revenir de suite, je le crains, mais je vous promets, son caractère Griffondor, lui, va commencer à pointer le bout de son nez. Dans ce chapitre, déjà...

Quant à Draco, excusez-le, il est impulsif ;) Et il n'a pas fini d'être excessif, démonstration dans ce chapitre.

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**Mais avant tout, une petite note: Je pars en Erasmus lundi. Je vais donc aménager dans mon nouvel appart mardi, et il se pourrait, je le crains que ma connexion internet mette quelques jours à se mettre en place. Dans ce cas, le chapitre 9 pourrait avoir quelques jours de retard. Je ne sais pas du tout comment les choses vont fonctionner, mais peut être qu'il n'y aura aucun problème et que je pourrais poster à l'heure. Mais dans le doute, je préfère vous prévenir. S'il y a retard, ne paniquez pas! Je ne vous abandonne pas!

Je tiens aussi à vous rassurer. J'ai pas mal de chapitres d'avance, et il n'y a encore aucun risque pour que j'abandonne ou prenne du retard dans mes posts. Donc mis à part la semaine prochaine (peut être), ce sera tous les weekend, entre le vendredi soir et le dimanche.

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Voici donc le huitième chapitre de ma fic. J'espère, comme les autres, qu'il vous plaira!

**Le passage en italique est extrait du Tome 5, mais même si je ne vous l'avais pas dit, vous l'auriez deviné -_-'

En attendant, bonne lecture à tous, on se retrouve en bas de page!

Enjoy!

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Chapitre 8

"L'art de la prophétie est extrêmement difficile, surtout en ce qui concerne l'avenir"

Mark Twain

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-Où est ma baguette? Demanda Harry.

Draco ne répondit pas de suite. Il continua sa lecture jusqu'à arriver à la fin du paragraphe. Puis il corna la page, et referma le bouquin qu'il posa tranquillement sur la table. Il releva enfin la tête et tenta d'accrocher, sans succès, le regard fuyant de son jeune calice.

-Tu n'en as pas besoin, répondit-il négligemment.

Harry tenta de discipliner la colère qu'il sentit monter en lui. Il s'empara de son verre de jus de citrouille et but quelques gorgées en coulant un regard en direction du vampire. Ce dernier le regardait, comme toujours, parfaitement conscient des émotions que pouvaient ressentir Harry.

Avant que Harry n'ait pu rétorquer quoique ce soit, Draco enchaina:

-Tu n'es pas majeur, tu ne peux pas pratiquer la magie en dehors de l'école.

-Je le sais très bien, répliqua vivement Harry en reprenant en main ses couverts.

Il coupa son rosbif en fines tranchants, respirant calmement pour tenter d'apaiser ses nerfs. Harry avait du mal à digérer leur altercation de la veille. L'humiliation subie le rendait aujourd'hui de méchante humeur, ce que n'arrangeait pas l'attitude sereine du vampire à son égard. Harry l'avait évité toute la journée d'hier, passant son après midi à somnoler dans la chambre attenante au salon, et à tenter de repousser cette envie insistante d'être près de lui. Il ne voulait pas y céder. Il n'avait jamais eu besoin de personne pour se débrouiller dans la vie, il n'allait pas maintenant devenir dépendant d'un vampire arrogant et autoritaire. Le soir venu, Draco n'avait pas réapparu, et Harry s'était endormi seul dans le lit, soulagé.

-Très bien, dit Harry après avoir avalé un morceau de viande tendre. Gardez-là, si ça peut vous faire plaisir. Mais je vous rappelle que je serai majeur dans quelques jours. Vous devrez alors me la rendre.

Draco esquissa un léger sourire, qui n'atteignit pas ses yeux.

-Tu n'en auras pas besoin.

Harry s'immobilisa.

-Est-ce que ça signifie que vous ne comptez pas me la rendre? Du tout?

-C'est à peu près cela, oui, convint calmement Draco.

Harry le dévisagea quelques secondes, la bouche entre-ouverte. Il ne pouvait pas croire que ce vampire, non content de s'approprier sa personne, comptait en plus le priver de tout ce qui était sa vie depuis six ans. Sa baguette magique était ce qu'il possédait de plus précieux. Elle lui avait sauvé la vie plus d'une fois, et il devait en être privé maintenant? Alors que la menace était plus présente que jamais?

-Vous ne pouvez pas faire ça, dit-il d'une voix atone.

-Tu ne crains rien ici. Il n'y a personne pour te faire du mal, ou pour en avoir après ta vie.

-Ce n'est pas une question d'être en sécurité ou non, s'emporta Harry qui serrait sa fourchette si fort que ses jointures blanchirent. Je suis un sorcier. Si vous me privez de ma baguette, c'est comme me priver de mon bras!

-Un bras particulièrement inutile, dans ce cas.

La réponse froide claqua dans l'air comme un fouet, et Harry comprit que la discussion était close. Draco n'entendrait rien. Sa décision était prise, et il ne reviendrait pas dessus. Harry avait envie de hurler, de le secouer pour lui faire entendre raison, mais les avertissements proférés la veille étaient encore trop frais dans son esprit. Il ne voulait pas lui donner l'impression de remettre en cause ses décisions, aussi stupides soient-elles.

Agacé, Harry planta rageusement sa fourchette dans sa viande.

Draco ne dit rien, le regardant manger d'un air indéchiffrable, et s'imprégnant de ses émotions. La colère du calice, qui lui était destinée, le mettait mal à l'aise, comprimait désagréable sa poitrine. Il n'aimait pas que la colère de son calice soit dirigée contre lui, comme il n'avait pas aimé le sentiment de détresse qui s'était emparé du garçon la veille, par sa faute. Néanmoins, il n'éprouvait aucuns regrets face à son attitude. Bien au contraire. Si lui, Draco, était soumis à son envie du sang de ce garçon, il trouvait juste que Harry, de son côté, lui soit soumis. C'était un juste retour des choses. Par ailleurs, il était encore bien trop enragé face au garçon, même s'il avouait que cette situation n'était en rien de sa faute, pour discipliner sa fureur envers lui. Il avait besoin de soumettre son calice, c'était dans la nature d'un vampire.

Potter était connu pour son tempérament fougueux et son impulsivité, mais Draco n'était pas prêt à se laisser marcher sur les pieds.

Harry tria ses légumes, la mine renfrognée. Il n'aimait pas les champignons. Le silence s'étira, tendu. Il commençait sérieusement à détester cette manie que Draco avait de le fixer. Son expression indéchiffrable ne lui disait rien qui vaille.

-Voldemort n'aura de répit tant qu'il ne m'aura pas tué, dit-il soudain. Vous ne pourrez pas me cacher éternellement. Il finira par me retrouver, par un moyen ou un autre. Il l'a toujours fait.

Draco ne dit rien. Harry releva la tête.

-Vous ne comptez pas me faire quitter le pays, n'est-ce pas?

-Le Seigneur des Ténèbres ne te trouvera pas. Pas tant que j'en aurais décidé autrement.

Harry reposa ses couverts. Ses mains tremblaient de sa colère qu'il essayait de contenir.

-Alors c'est ça? Vous comptez réellement m'enfermer dans cet appartement déprimant pour le reste de mes jours?

Leurs regards s'accrochèrent, et durant quelques longues secondes, Harry ne pensa plus. L'attraction qu'il ressentait pour le vampire s'enflamma et il eut l'envie presque irrépressible de s'approcher de lui. Puis Draco le libéra de son regard gris, et Harry replongea dans son assiette, le souffle court. Il avait du mal à y croire. Il lisait la réponse à sa question dans le regard impassible du vampire. C'était évident. Une vague d'angoisse monta en lui, rapidement balayée par la présence du vampire dans la même pièce.

-Quelqu'un doit être là pour mettre un terme à tout ça, souffla Harry. Tous ces gens comptent sur moi pour...

-Tous ces gens sont bien lâches s'ils comptent se terrer dans leur maison en attendant qu'un gamin même pas majeur les libère de l'emprise d'un mage noir immortel, affirma Draco d'un ton dur et avec une justesse qui effraya Harry. Un gamin qui se trouve, malheureusement pour eux, être mon calice. Ils peuvent attendre longtemps s'ils pensent que je vais laisser mon calice courir le moindre danger pour leur personne. Les soucis que posent le Seigneur des Ténèbres ne sont pas mes problèmes. Ne sont plus les tiens également.

-Vous l'appelez comme ses partisans, reprocha Harry, offensé par les derniers mots du vampire. Etes-vous un de ses fervents supporter? Pourquoi est-ce que ça ne m'étonnerait pas, venant de vous? Vous êtes aussi insensible que les Mangemorts.

-Je ne suis pas insensible, démentit Draco, toujours avec un grand calme, sans affirmer ou infirmer les paroles de Harry . La douleur et les malheurs des humains me laissent juste indifférents.

-C'est la même chose, grogna Harry. Vous jouez avec les mots.

Il se tut quelques secondes, prenant le temps de trancher son rosbif, avant d'ajouter:

-Je suis un humain.

-Tu es mon calice, avant tout. Et tu es lié à moi. Je ne te suis pas insensible. Malheureusement. C'est la raison pour laquelle ma priorité est de te protéger. Et si pour te protéger, il faut te cacher, alors je le fais.

-Mais je ne suis insensible à personne. Je pense à tous ces gens, contrairement à vous. Je ne peux pas les abandonner à leur sort!

-Moi, je pense à toi.

-Alors, vous êtes aussi égoïste qu'insensible, reprocha sèchement Harry en mâchant sa viande.

Draco soupira et Harry retint son souffle. Il craignait de mettre le vampire en colère en insistant trop. Pour rien au monde, il n'aurait voulu revivre l'humiliation de la veille. Mais il ne voulait pas non plus céder à Draco. L'enjeu était trop important.

-Que le Seigneur des Ténèbres prennent le pouvoir ou non, ne changera pas le cours de mon existence, je le crains, dit lentement Draco. Il m'a proposé une alliance, il y a de cela quelques jours. Je n'ai pas eu l'occasion de répondre.

-Une alliance? Répéta Harry, glacé d'effroi. Une alliance avec Voldemort? Et vous allez accepter? Vous allez devenir son allié alors que votre propre calice est son ennemi juré? Qu'il a essayé de me tuer au moins cinq fois?

-Pourquoi trouves-tu cela si aberrant? Il y a quelques secondes, tu aurais donné n'importe quoi pour ne pas être mon calice afin de pouvoir venir en aide à la terre entière, et maintenant tu ne veux pas que je m'allie au Seigneur des Ténèbres parce que justement tu es mon calice. Il faut choisir, Harry.

Harry avait la bouche entre-ouverte, mais il ne dit rien. Draco lui jeta un regard impassible. Ses yeux gris balayèrent son visage, effleurèrent sa cicatrice en forme d'éclair, puis s'échouèrent sur son cou, à un endroit très précis qui fit frissonner Harry.

-Parle-moi de la Prophétie, exigea-t-il soudain, changeant totalement de sujet.

Harry le regarda, l'air soudain calculateur, et suspicieux.

-Pourquoi? Vous voulez la lui répéter?

-Ne la connait-il pas? Glissa Draco.

-Pas entièrement.

Draco sembla réfléchir quelques secondes, songeur. Puis il ordonna à nouveau:

-Récite-la moi.

Harry secoua la tête, fermement décidé, mais le vampire semblait avoir prévu cette réaction car au même moment, il se pencha en avant sur la table et souffla:

-Crois-tu vraiment que je ferais quoique ce soit qui puisse te mettre en danger? Si je décide de te garder ici en sécurité, ce n'est pas pour mieux te livrer à Voldemort. Comme tu l'as dit toi même, tu es mon calice. Que tu meures n'est plus dans mes intérêts.

Harry l'évalua du regard. Evidemment, il avait compris que s'il venait à mourir, d'une façon ou d'une autre, le vampire mourait de soif. Il avait donc tout intérêt à le garder en vie, en effet. Néanmoins, cela ne l'empêcherait pas de s'allier à Voldemort, ou de commettre des atrocités en son nom. Malgré l'apparence propre et l'impassibilité sans faille du vampire, Harry n'avait étrangement aucun problème à l'imaginer tuant ou torturant. Cependant, il était bien obligé de croire que le vampire n'en voulait pas à sa vie. Dans leur intérêt à tous les deux, il ne pouvait révéler la Prophétie à Voldemort. Cependant, il semblait à Harry que la Prophétie était trop intime pour être dévoilée à un inconnu. C'était entre lui et Voldemort.

-Mais vous voulez vous allier avec lui, reprocha Harry.

-Seulement dans le but de me divertir. N'y vois rien de personnel.

Harry ouvrit la bouche, horrifié.

-Vous voulez vous allier à Voldemort pour vous divertir, répéta-t-il, la gorge soudain sèche.

Draco sourit d'un air entendu, penchant légèrement la tête sur le côté. Harry fixa ses lèvres, l'air toujours aussi horrifié.

-Donc, cette Prophétie?

-Allez-vous décliner l'alliance que vous a proposé Voldemort? Insista Harry, hargneux.

Draco croisa les jambes, les lèvres pincées, mais ne dit rien. Harry s'empressa de baisser les yeux, alors que leur confrontation de la veille se jouait à nouveau dans son esprit.

-A quoi ça vous avancerait de la connaître? Demanda Harry, plus calmement.

Draco ne répondit rien. Il se contenta de fixer Harry d'un regard intense, et Harry garda la tête baissée sur son assiette qui refroidissait.

-Je t'écoute, insista le vampire avec, cette fois, une autorité palpable dans sa voix.

Harry, dont l'altercation de la veille tournait sans discontinuité dans son esprit, sentit une sueur froide couler le long de son cou. Il tritura sa viande du bout de sa fourchette. Cette Prophétie avait régi sa vie depuis sa naissance, et même avant. Depuis deux ans qu'il en avait pris connaissance, il s'était récité ses mots à de nombreuses reprises, jours et nuits. Les dire à haute voix les rendrait plus réels encore, plus inéluctables. Mais le regard insistant posé sur lui ne lui laissa guère le choix. Il savait qu'il devait obéir au vampire et, quelque part, alors que Draco le fixait, une force irrésistible le poussait à le faire.

C'est en murmurant qu'il récita ces mots qui hantaient son esprit depuis deux ans.

Celui qui a le pouvoir de vaincre le Seigneur des Ténèbres approche...Il naîtra de ceux qui l'ont par trois fois défié, il sera né lorsque mourra le septième mois...et le Seigneur des Ténèbres le marquera comme son égal, mais il aura un pouvoir que le Seigneur des Ténèbres ignore...et l'un devra mourir de la main de l'autre car aucun ne peut vivre tant que l'autre survit...celui qui détient le pouvoir de vaincre le Seigneur des Ténèbres sera né lorsque mourra le septième mois...

Lorsqu'il se tut, les phrases prononcées résonnèrent longuement dans le salon. Harry leva un regard timide vers le vampire, qui regardait en direction de la fenêtre, l'expression insondable. Il se sentait stupide. Draco lui avait bien fait comprendre qu'il ne cherchait que le calme et la solitude, et lui déboulait avec tous ses problèmes et les lui imposait dans son existence tranquille. Harry eut à nouveau l'impression d'être un fardeau encombrant que personne ne voulait assumer. On le lui avait suffisamment répété durant son enfance pour que cette impression reste ancrée en lui, et sa rencontre avec Draco avait fait resurgir ce sentiment avec violence.

Penser qu'il n'était qu'un fardeau pour le vampire fit surgir en lui un sentiment profond de détresse, doublé d'une peur du rejet qui lui comprima douloureusement l'estomac.

Draco sentit monter en lui l'écho des sentiments de son calice, mais il les associa à défaut à l'annonce de la Prophétie et n'en tint pas compte.

Il se répéta les mots silencieusement. Depuis son retour en Angleterre, il s'était beaucoup intéressé aux événement survenus depuis la chute du Lord, quinze ans plus tôt, dans le but de prendre connaissance des forces en présence. La guerre était pour lui, comme pour nombre de vampires, une opportunité à saisir, car elle promettait litres de sang et divertissement à volonté. Le besoin de sang n'était désormais plus d'actualité pour lui, néanmoins, ce besoin qu'il avait de fuir l'ennui restait vital. Durant ses investigations, il avait eu vent d'une Prophétie, qui aurait été faite quelques années auparavant et qui désignerait le mage noir Voldemort et le célèbre Harry Potter comme des ennemis mortels. Mais bien sûr, personne n'en savait plus. Les rares personnes au courant de cette Prophétie doutaient même de son existence.

Maintenant qu'il en connaissait le contenu, et qu'il avait le célèbre Harry Potter en face de lui, il se sentait comme projeté au cœur de l'action. Pas comme il l'avait espéré, cependant. Le dit Harry Potter se révélait être son calice, et il était hors de question qu'il mette sa vie en danger, ne serait-ce que pour se divertir. Néanmoins, il semblait qu'avoir Potter comme calice soit un mal pour un bien. Il n'avait plus besoin de craindre l'ennui avec le Survivant dans les pattes.

De toute façon, il était bloqué dans cet appartement pour encore quelques jours. Il aurait le temps de réfléchir avant que le lien ne lui permette enfin de s'éloigner du garçon de plus de quelques mètres.

-Je n'attire que des emmerdes, n'est-ce pas?* Soupira timidement Harry. C'est à ça que vous pensez? Vous vous demandez quelle était la probabilité pour que, de toutes les personnes qui hantent cette fichue planète, vous tombiez sur moi?

-C'est assez bien résumé, oui, répondit nonchalamment Draco, et un léger sourire dansa sur ses lèvres.

Harry eut envie de l'insulter, mais il se retint, sûr que le vampire lunatique n'apprécierait que moyennement. Il l'avait cherché, en posant une telle question.

-Je vois, continua Draco. La situation n'est pas aussi désespérée que tu sembles le penser.

Harry haussa les sourcils.

-Ha non?

Draco promena ses doigts agiles sur la couverture de son livre, songeur. Harry resta suspendu à ses lèvres, attendant impatiemment qu'il développe sa pensée. C'était bien la première fois que quelqu'un affirmait que sa situation n'avait rien de désespéré.

-Le Seigneur des Ténèbres a choisi de croire à cette Prophétie, il y a seize ans, dit Draco. C'est pour cela qu'il a voulu te tuer alors que tu n'étais qu'un bébé. Mais une Prophétie n'est pas inéluctable. On peut choisir d'y croire, et de l'accomplir ou de l'ignorer.

-Je sais, répondit Harry. Le professeur Dumbledore m'a déjà expliqué tout cela l'année dernière.

Une boule se coinça dans sa gorge à la mention de son ancien professeur. Il mâcha lentement un morceau de viande, tentant de refouler toutes les émotions qui resurgissaient en lui. Il jeta un regard craintif à Draco assis en face de lui, mais le vampire gardait un visage impassible, comme à son habitude, même s'il était évident qu'il ressentait toutes ses émotions.

-Je peux décider d'ignorer la Prophétie si je le décide, mais je ne pourrais jamais vivre en paix. Voldemort n'aura de cesse de me traquer, jusqu'à ce qu'il me retrouve et que la Prophétie s'accomplisse, d'une façon ou d'une autre.

-Certes, approuva Draco. Mais désormais, tu es mon calice. Je ne compte en aucun cas laisse approcher qui que ce soit de mon calice, encore moins quelqu'un qui cherche à le tuer.

Draco s'interrompit. Il se pencha en avant, par dessus la table et Harry cessa de manger, retenant son souffle.

-Il peut te chercher autant de temps qu'il le souhaite, tant que je ne déciderais pas qu'il doit te retrouver, il ne te retrouvera jamais. Jamais.

Harry avait cessé de respirer. Sa main droite, qui tenait sa fourchette, tremblait. Ces paroles auraient pu le rassurer, si elle ne s'appliquait pas également à ses amis. Harry baissa à nouveau sa tête sur son assiette. Il piqua quelques uns des légumes, laissant de côté les champignons. La boule coincée dans sa gorge grossissait. Bien sûr, il avait déjà pensé à tout cela. Fuir la Prophétie, fermer les yeux. Ne plus se soucier de rien. Se laisser vivre. Etre protégé. C'était tout ce dont il avait toujours rêvé. Mais il ne l'avait jamais réellement envisagé. Ca signifierait trop de sacrifices, et il ne pourrait jamais vivre en paix tout en sachant qu'il avait abandonné ses amis, et le monde magique en général.

Draco l'observa durant de longues secondes. Il ressentait le profond désespoir du garçon, mais ça ne l'atteignait que peu. Son désir de le protéger de la violence qui tournait autour de lui était plus fort que tout. Il n'éprouvait aucun remord ou culpabilité, et certainement pas l'envie de changer d'avis.

Il n'avait pas voulu de calice, mais maintenant qu'il en avait un, et que toute son existence dépendait de sa vie à lui, il n'était pas question qu'il néglige sa sécurité ou sa santé. De toute façon, le lien ne le laisserait pas faire. Il le poussait sans cesse à être près de lui, à toujours être là pour veiller sur lui et à le protéger de tout. Draco n'avait pas voulu de calice, et n'en voulait toujours pas, mais visiblement, il n'avait pas le choix et devait faire avec, désormais. C'était la première fois depuis des dizaines d'années qu'il était contraint à quoique ce soit, et qu'il ne pouvait plus agir selon ses envies. Ne plus agir qu'en fonction de son envie incessante de sang était nouveau, ne plus réfléchir et ne plus penser qu'à travers ce besoin irrépressible était nouveau. Il se rendait compte qu'il dépendait désormais plus du garçon assis en face de lui que de cette envie qui l'avait rendu esclave depuis toujours. C'était effrayant, en quelque sorte. Comme s'il passait d'une addiction à une autre en quelques jours à peine. Il se demanda combien de temps il mettrait à accepter tout cela, comme il avait mis plusieurs décennies à accepter être esclave de son envie de sang.

Draco pencha légèrement la tête. Il était plus facile d'être dépendant d'un garçon qu'être dépendant à du sang. Même s'il était en réalité dépendant du sang de ce garçon.

-Je ne peux pas abandonner mes amis, soupira soudain Harry. Jamais je ne pourrais vivre en paix si je sais que je les ai abandonnés dans leur lutte contre Voldemort.

Il porta sa fourchette à sa bouche, avant d'arrêter brusquement son geste et d'ajouter:

-Attendez un peu...Suis-je bête? Jamais je ne pourrais vivre en paix en sachant que je suis lié à vous pour toujours.

-Dans ce cas, que tu abandonnes ou pas tes amis, tu ne vivras jamais en paix, constata Draco, non sans une certaine ironie pour répondre au sarcasme de son calice. En revanche moi, je veux vivre en paix, comme je l'ai toujours fait. Et pour cela, il faut que mon calice soit en sécurité.

Il se tut quelques secondes, vrillant Harry de son regard gris impénétrable. Puis il ajouta:

-Ton arrivée dans mon existence ne changera rien, Harry. Je ne modifierai rien pour toi, et ce sera à toi de t'adapter à moi.

Harry avait de plus en plus de mal à avaler. Le rosbif, qui lui avait paru si bon quelques minutes plus tôt, avait maintenant le goût de cendre.

-Qu'allez-vous faire dans ce cas? Demanda-t-il. Faire comme si je n'existais pas? M'ignorer? Me laisser enfermer ici pendant que vous vaquerez à vos occupations? Ne vous rappeler de mon existence que quand vous aurez soif?

Draco ne répondit rien, aggravant le malaise de son calice. Harry piqua rageusement sa viande.

-Je n'abandonnerai pas mes amis, répéta-t-il. Ils comptent sur moi pour...

Draco le coupa sèchement:

-Le problème, Potter, c'est que tu es à moi. Je fais de toi ce que je désire. Si je veux t'enfermer ici parce que je juge que tu n'es pas en sécurité à l'extérieur, je le fais. Si je décide de te faire quitter le pays parce que je trouve que Voldemort est trop près, je le fais. Si je décide que tu ne reverras pas tes amis parce que je n'ai pas envie que tu vois quelqu'un d'autre que moi, je le fais. Soit tu t'y résignes. Soit tu luttes contre moi, et dans ce cas, je peux d'ores et déjà t'affirmer que tu ne gagneras pas cette bataille là.

Harry avait à présent les larmes aux yeux. Il s'en voulait de craquer si facilement mais les paroles dures du vampire étaient difficile à encaisser. Toute sa vie n'avait mené qu'à son affrontement avec Voldemort, comme il l'avait appris lors de sa cinquième année à Poudlard. Il avait fini par comprendre que son destin était de faire face à Voldemort, de mourir de sa main ou de le tuer. Que Draco débarque ainsi dans son chemin tout tracé était une chance, une échappatoire, un cou de nez à son destin, une promesse de vivre en paix, ce dont il avait toujours rêvé. Mais cette paix avait un prix, et c'était d'abandonner ses amis dans la lutte contre Voldemort, les abandonner à une mort certaine et douloureuse. Harry ne pouvait accepter cela.

-Il y a une différence entre m'enfermer pour ma sécurité et m'enfermer parce que vous voulez me garder pour vous tout seul, rétorqua-t-il. Je peux accepter que vous vouliez me protéger de Voldemort, mais pas que vous vouliez me garder loin de mes amis par égoïsme.

-Je n'ai pas envie que mon calice fréquente d'autres personnes que moi. C'est légitime.

-Non, ça ne l'est pas!

-Pense ce que tu veux. Tu es à moi, je ne partage pas, déclara Draco d'un ton sans réplique.

Harry resta scié sur sa chaise. La conversation prenait un tournant qu'il n'appréciait pas du tout. Il pouvait comprendre que Draco cherche à le protéger. Après tout, son existence à lui était liée à sa vie. Il l'acceptait d'autant plus que ça signifiait que le vampire garderait Voldemort et ses Mangemorts à distance et donc que lui, Harry, n'aurait plus à se soucier de quoique ce soit. Mais que Draco l'empêche de voir ses amis par pur esprit d'égoïsme et de possessivité, ça, il ne pouvait pas l'accepter.

-Je me sens obligé de préciser que tu n'as pas le choix, Harry, continua Draco qui le regardait toujours sans ciller. Personne d'autre que moi n'a le droit de te regarder, de te parler, de te sentir, de te toucher.

-Vous...

-Arrêtes-toi là, ça vaut mieux.

Harry plongea dans son assiette face au ton brusque du vampire. Il resta muet quelques minutes, trop scotché par les paroles du vampire pour penser. C'était tellement absurde, cette façon de penser. Il avait bien assimilé qu'il appartenait désormais au vampire, mais il ne pensait pas qu'il irait jusqu'à le couper du monde par pure possessivité. C'était aberrant.

-Je veux que mes amis meurent vieux et heureux, entourés de leurs petits enfants, dit-il au bout d'un moment. Pas en pourrissant sous le régime de terreur de Voldemort, torturés parce qu'ils sont nés-moldus ou traîtres à leur sang. Ils ont été ma seule famille durant toutes ces années, je ne pourrais jamais les abandonner. Vous êtes bien assez égoïste pour deux.

Il y eut un bref silence. Draco sentait les efforts que déployait Harry pour garder son calme, et il sentait sa colère bouillir en lui.

-Si tu penses que tu as le choix, tu te trompes lourdement, répéta sèchement Draco.

Harry planta sa fourchette dans sa viande sans le regarder.

-Je n'ai jamais eu le choix, maugréa-t-il. On m'a toujours tout imposé.

-Bien. Tu ne seras pas dépaysé dans ce cas.

Une bouffée de colère monta à Harry. Il eut envie de se lever et de crier sur le vampire jusqu'à s'en casser la voix. Mais il se sentait si impuissant que toute tentative de rébellion s'effondrait en lui avant même qu'il n'est réellement pensé à s'opposer à Draco.

-Vous êtes insensible, dit-il.

Draco ne répondit rien, mais inclina légèrement la tête, comme pour lui donner raison. Il observa Harry manger sa nourriture durant quelques minutes. Peu à peu, sa colère laissa la place à de la tristesse. Draco se pencha par dessus la table pour rapprocher son visage de celui du garçon qui lui faisait face et dit plus doucement:

-N'as-tu jamais rêvé de tout laisser tomber, un jour? De partir loin de tout cela, Voldemort, la Prophétie, la guerre qui se prépare. Tout abandonner pour ne penser qu'à toi.

Harry ne dit rien. Bien sûr qu'il avait déjà rêvé de tout abandonner. Qui ne l'aurait pas fait à sa place? Mais comme il le disait si bien, ce n'était qu'un rêve. Il n'avait jamais réellement envisagé de tout lâcher. Il ne pouvait décemment pas faire cela. Il pensait à ses amis, à tous ces gens qui croyaient en lui, en l'Elu, qu'il était bien malgré lui. Sans lui, il n'y avait plus aucunes chances de défaire Voldemort.

-Les gens attendent beaucoup de choses de toi, Potter, affirma Draco qui suivait sans peine le cheminement des pensées de son calice. Beaucoup plus que ce que tu es en mesure de leur donner. Ils oublient que tu n'es qu'un garçon effrayé et seul. Si tu as réellement un jour rêvé de dire merde à tous ces gens, c'est le moment de réaliser ton rêve, Harry.

-Il y a une différence entre le rêve et la réalité, répliqua Harry. Fuir serait trop simple. Ce serait lâche. Ce serait laisser gagner Voldemort et abandonner mes amis. Vous me connaissez bien mal si vous pensez réellement que je ferais une telle chose. Jamais de mon plein gré.

Il y eut un bref silence pendant lequel Draco fixa Harry comme s'il voulait lire en lui. Il fouilla son visage avec cette avidité qui le caractérisait, y cherchant quelque chose que Harry n'était pas en mesure de lui donner. Alors il se contenta d'éviter son regard gris, et de piocher avec appétit dans son assiette.

-Tu n'es pas un héros, dit finalement Draco. Peut être as-tu tendance à l'oublier. Tu ne peux pas tous les protéger, comme tu ne pourras pas tous les sauver. Ils ont tord de croire en toi.

-Je suis le seul à pouvoir vaincre Voldemort, répondit Harry, comme si cette réponse expliquait tout. Vous l'avez entendu, la Prophétie le dit clairement. Voldemort a choisi d'y croire, il est trop tard pour faire marche arrière désormais. C'est entre lui et moi. Je dois le faire, sinon...

Harry s'interrompit. Il osa glisser un regard hésitant vers Draco, mais ce dernier avait le regard fixé sur un point au dessus de lui. A mesure que Harry parlait, Draco prenait conscience de qui s'avérait être son calice. Il avait bien dit Harry Potter. Le Survivant, l'Elu. Draco était partagé entre l'animation que pourrait apporter cet état de fait à sa morne éternité -il n'y avait rien de pire que l'ennui- et le danger que représentait une telle menace pesant sur son calice.

-Voldemort est immortel! S'écria brusquement Harry, au comble du désespoir. Je suis le seul à pouvoir le vaincre.

Draco haussa un sourcil.

-Il vivra longtemps, dans ce cas.

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*Oui, vos reviews m'inspirent. Merci à lalala1995 pour cette remarque pertinente! ^^

Draco nous montre une belle démonstration de possessivité dans ce chapitre. Tout est encore dans l'excès, et dans l'entêtement. Mais je suppose que c'est compréhensible, et même légitime. Lui qui a toujours été invulnérable, son existence repose sur la vie fragile d'un humain, il est normal qu'il se montre surprotecteur. S'il laissait son calice affronter Voldemort, il serait bien inconscient...

Harry va avoir du mal à le convaincre de changer d'avis...

Ce chapitre prouve bien à quel point leur situation tourne en rond. Il va vite falloir trouver un terrain d'entente, s'ils veulent commencer à se supporter.

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Je vous donne rendez-vous la semaine prochaine, si tout va bien avec mon abonnement allemand. Ca devrait le faire, mais si je ne poste pas ce weekend, vous saurez pourquoi :)

Dans le prochain chapitre, vous verrez la réaction de Draco à la proposition de Vous-Savez-Qui. Entre autre...Mais je ne vous en dis pas plus.

Merci à tous d'avoir lu!