Bonjour tout le monde!

Oui, oui je sais, deux jours d'avance?! Hé oui, je viens de me rendre compte que ce sont les vacances en France, que le chapitre est prêt depuis pas mal de temps, et que la fin du chapitre précédent était particulièrement sadique. Donc j'ai du temps de libre et j'en profite pour poster!

Merci à Ankana87, Tsuki, slln, nepheria4, Sheego, Tenshi, kisis pour leur review anonyme!

Une nouvelle dispute dans ce chapitre, mais je promets qu'ils vont bientôt "s'apaiser". Oui, oui. En même temps, la dispute, tout le monde l'a vu venir, non? ;)

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Chapitre 12

"La mort prévue est la plus odieuse des morts"

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Harry était assis sur le lit poussiéreux de la chambre adjacente à la salle de bain. Ses mains étaient posées sur ses genoux et il les observait sans ciller, un pli soucieux barrant son front. Un mur le séparait de Draco, et son sentiment de manque avait complètement disparu, totalement fondu dans un mélange de soulagement et de félicité. Il était fébrile, à tel point qu'il avait commencé à se ronger les ongles, réflexe qu'il n'avait plus eu depuis des années. Le journal lui avait plus que jamais fait penser à ses amis, à sa famille d'adoption, à l'Ordre, et il prenait conscience d'à quel point ils devaient être inquiets. Il s'en voulait presque, même s'il savait au fond de lui qu'il n'y était pour rien.

Harry n'avait pas trouvé la force de lire l'article qui le concernait. Il avait une idée assez précise de ce qu'il pouvait contenir. Il avait disparu depuis près de trois semaines, maintenant, et il était possible que l'Ordre n'ait plus réussi à garder sa disparition secrète face aux vautours de la Gazette. Néanmoins, savoir que Draco lui avait dissimulé une telle information faisait gronder en lui une indignation qui menaçait de se changer en colère. Depuis le début de leur relation, le vampire n'avait eu de cesse de le priver de ce qui comptait le plus pour lui. D'abord sa liberté, puis ses amis, sa baguette, et maintenant il apprenait qu'il passait pour mort auprès de la communauté sorcière. La situation pouvait-elle encore empirer?

Les sentiments de Harry étaient confus. C'était un capharnaüm de sensations qu'il avait le plus grand mal à ordonner. De l'inquiétude, d'abord, parce qu'il pensait avant tout à ses amis et imaginait sans peine la détresse dans laquelle cette nouvelle avait du les plonger. De la peur, ensuite, car quoiqu'il en soit, être annoncé comme mort n'était définitivement pas une bonne nouvelle. La rumeur venait forcément de quelque part et, même si Harry abhorrait cette pensée, il était une figure assez célèbre dans le monde sorcier pour que sa mort sème la panique. Il ne connaissait qu'une personne à qui sa mort pourrait être profitable, et savoir que Voldemort profitait de sa disparition le laissait dans un état de colère intense.

La porte de la salle de bain s'ouvrit et Harry, surpris, sursauta. Draco, lui, ne sembla pas étonné de le trouver là. Il s'avança directement jusqu'à lui de son pas conquérant. Son visage fermé et sombre inquiéta Harry qui eut un mouvement de recul involontaire.

-Que t'arrive-t-il maintenant, Potter?

Instantanément, le ton dur de Draco lui fit froncer les sourcils. Il n'avait pas besoin, en plus, de se mettre le vampire à dos. Harry n'osa pas le regarder dans les yeux et continua à triturer nerveusement ses doigts. Une poigne puissante agrippa soudain son bras et il sursauta à nouveau. Draco le mit de force debout. Ses gestes n'avaient plus rien de précautionneux, mais étaient au contraire rudes et violents. Harry tenta de lui faire lâcher prise, sans succès.

-Potter, je te parle, regarde-moi.

Harry leva les yeux vers lui. Draco le dominait de quelques centimètres, et ses yeux anthracites le fixaient sans ciller. Lorsque leurs deux regards se croisèrent, le réconfort que Harry attendait tant ne vint pas, et il fut pris au dépourvu avec une telle force qu'une bouffée d'angoisse monta en lui. Le poing du vampire serrait son bras avec force, et son regard était implacable.

-Que t'arrive-t-il? Répéta Draco de sa voix glaciale.

Harry était au prise avec un sentiment d'angoisse violent. Le comportement soudainement agressif du vampire le prenait au dépourvu. Ni sa présence ni son regard ne le détendait plus, ce qui aggravait ses angoisses et ses craintes. Il eut brusquement si peur que le vampire le rejette qu'il en oublia toutes ses autres angoisses.

-J'ai vu le journal, avoua-t-il finalement d'une toute petite voix. Celui où ils annoncent que je suis mort.

Draco lâcha son bras. Il jaugea sévèrement le garçon, debout devant lui, des mèches noires tombant sur son visage baissé. Il eut envie de le secouer, de lui faire comprendre ce que lui valait sa désobéissance, mais il savait également qu'il n'avait pas clairement interdit au garçon de lire les journaux se trouvant dans le buffet. Par ailleurs, la vulnérabilité du calice lui donnait plus envie de le protéger que de le punir.

-C'est tout ce que ça vous fait? Demanda Harry avec amertume.

Le manque de réaction flagrant de Draco lui laissait un arrière goût amer sur le bout de la langue. Harry commençait à être habitué à son impassibilité à toute épreuve, mais le moment était critique, il était temps de faire preuve d'un peu de compassion.

-Je crois que vous ne saisissez pas bien la situation, affirma-t-il en tentant de garder son calme. Ils ont annoncé dans le journal officiel que j'étais mort. Décédé. Trépassé. Défunt. Enterré. Six pieds sous terre.

-Je crois que j'ai saisi l'idée, assura Draco en cillant.

Mais il restait toujours aussi serein et flegmatique. Il se contenta de croiser les bras sur son torse et fit peser sur Harry son regard impressionnant.

-Tout le monde me croit mort, insista ce dernier que l'indifférence de Draco laissait perplexe. Ils pensent que V...

-Potter, l'interrompit soudain Draco. Nous allons continuer cette passionnante discussion dans quelques secondes, sois-en sûr. Mais avant, je voudrais que tu évites de dire le nom du Seigneur des Ténèbres sous mon toit.

Harry ouvrit la bouche, sans rien dire. Les vampires aussi craignaient-ils d'entendre le nom de Vous-Savez-Qui prononcé à voix haute?

-Vous aussi?

-Je suis superstitieux, affirma Draco, très sérieux.

Harry le regarda, perplexe. Il se demandait si Draco plaisantait, mais le vampire avait maintes fois démontré qu'il n'avait pas le sens de l'humour. Il l'observa quelques secondes, mais Draco continua de le fixer avec un sérieux à toute épreuve.

-D'accord, articula doucement Harry en cillant. Comme vous voulez.

Il se tut quelques secondes, remettant ses idées en place. Le regard fixe du vampire posé sur lui ne l'aidait pas à rassembler ses idées.

-Mes amis, reprit-il finalement, pensent que...Vous-savez-qui...a réussi à me tuer et que ce n'est plus qu'une question de temps avant qu'il ne prenne définitivement le pouvoir. Hermione, Ron...

Harry pâlit encore plus.

-Madame Weasley, Remus, ils croient que je suis mort, prononça-t-il doucement, comme pour permettre à son cerveau de comprendre l'ampleur de la situation. Ils croient que je suis mort.

Il imagina la détresse de ses amis. Avaient-ils appris la nouvelle par la Gazette du Sorcier, en lisant la Gazette au petit déjeuner? Ou savaient-ils déjà, comme les journalistes, que sa disparition prolongée annonçait un dénouement funeste? Pensaient-ils que Voldemort l'avait réellement tué ou se doutaient-ils que le mage noir profitait de sa disparition pour faire croire qu'il l'avait tué?

Harry devait absolument lever ce malentendu. Il était impensable qu'il laisse ses amis, sa famille d'adoption dans l'ignorance. Sans parler de tous ces gens qui comptaient sur lui. Même s'il n'avait jamais accepté son rôle factice d'Elu, il était conscient que beaucoup d'espoirs reposaient sur ses épaules. Dans quel état de désespoir, d'apitoiement cette nouvelle avait-elle laissé la population sorcière?

Harry était déjà en train de planifier son retour triomphant au Square Grimmault, les embrassades chaleureuses et le soulagement immense de ses amis lors des retrouvailles. Il s'imagina les rassurer, leur promettre que rien de grave ne lui était arrivé, et que tout irait bien pour la suite, qu'ils partiraient à la recherche des Horcruxes et tueraient Voldemort. Mais son regard trouva automatiquement celui du vampire debout en face de lui et toutes ses images s'évanouirent en un instant. Il ne voyait plus que les pièces sans vie de l'appartement, la place inaccessible en contrebat et les visages horrifiés de ses amis le pensant mort.

-Il faut faire quelque chose, murmura-t-il en fixant les prunelles grises du vampire. On ne peut pas laisser la situation comme ça. Je ne suis pas mort!

Draco le fixait toujours, l'air toujours aussi impassible. Il haussa néanmoins un sourcil perplexe.

-Je suis au courant, oui, affirma-t-il, pince sans rire.

-Ce n'est pas une blague, Draco! Vous prenez tout à la légère! Ca n'a rien de drôle. La situation est...

-Critique?

Harry lui jeta un regard noir. Il avait envie de le secouer pour lui faire comprendre à quel point la situation était grave, à quel point elle l'affectait et lui faisait peur. Mais qu'est-ce qui pouvait bien inquiéter un vampire, lui qui n'avait ni faiblesses et qui ne craignait rien?

Draco sembla ressentir la colère de Harry car il esquissa un léger sourire amusé.

-Vois le bon côté des choses, Harry. Puisque tu es maintenant officiellement mort, Tu-Sais-Qui cessera de te traquer. Ce n'est pas ce que tu voulais?

-Le bon côté des choses? S'étrangla Harry. C'est une blague? Il n'y a que vous pour voir un "bon côté des choses" à cette situation. Si vous pensez réellement que Vous-Savez-Qui va croire ce qui est écrit dans un vulgaire journal, c'est que vous êtes vraiment naïf.

Voldemort. Harry était certain qu'il allait profiter de ce malentendu, dont il était certainement à l'origine, pour étendre ses pouvoirs. Il n'allait pas manquer de tirer profit de l'abattement qui s'étendrait sur la population. Harry réfléchissait intensément, indifférent au froncement de sourcils de Draco qui aimait de moins en moins le ton sur lequel son calice s'adressait à lui.

-Tant qu'il n'aura pas la preuve que je suis réellement mort, il ne cessera jamais de me traquer, affirma Harry.

-C'est bien dommage.

Harry releva la tête.

-Qu'est-ce qui est dommage? Interrogea-t-il, suspicieux.

-Si le Seigneur des Ténèbres t'avait cru mort, cela nous aurait certainement laissé une plus grande marge de manœuvre.

Harry resta sans voix. Draco était-il en train d'insinuer qu'il l'aurait autorisé à sortir de l'appartement? Réellement? Harry scruta le visage pâle du vampire, en vain. Son visage était aussi inexpressif qu'à l'ordinaire. Il avait envie de faire marche arrière, de crier sur tous les toits que c'était gagné, Voldemort le croyait bel et bien mort, qu'il n'y avait plus aucuns dangers. Malheureusement, il savait parfaitement que c'était trop tard. Il n'y avait plus de retour en arrière possible et il n'était pas question de manipuler un vampire.

-Vous-Savez-Qui n'a pas d'importance, réussit-il à articuler. Ceux qui importent, ce sont mes amis. Je ne peux décemment pas les laisser croire que je suis mort.

Harry se gratta la gorge. Cette habitude que Draco avait de le fixer de son air indéchiffrable le mettait vraiment sur les nerfs. Il craignait aussi plus que tout l'insensibilité dont le vampire faisait preuve à son égard depuis le début.

-Et que comptes-tu faire? Demanda Draco.

Harry nota sans peine le passage de "nous" à "tu". Il avait la gorge serrée. Il voyait l'altercation se profiler à l'horizon et la craignait plus qu'il n'osait se l'avouer.

-Je veux les voir, dit-il avec une assurance qu'il était loin de ressentir. Pour les rassurer.

-Tu veux les voir, répéta doucement Draco. Je ne pense pas que ce soit possible. J'en suis sûr en fait.

Sa réponse sèche claqua dans l'air. Automatiquement, Harry baissa la tête, un peu comme s'il l'avait frappé. Il s'y était attendu, mais l'entendre dire aussi catégoriquement était dur.

-Pourquoi? Ce sont mes amis. Ils ne me veulent aucun mal. Vous agissez encore par égoïsme, et non pour ma sécurité, comme vous vous plaisez à le croire.

Harry avait haussé le ton, et il le regretta aussitôt. Le regard de Draco sembla s'assombrir. Harry se laissa tomber lourdement sur le lit en soupirant et un nuage de poussière s'éleva dans l'air. Il recommença à triturer ses mains nerveusement.

-Je veux dire, continua-t-il plus calmement, ce n'est pas comme Vous-Savez-Qui. Ils ne veulent pas me tuer. J'ai besoin d'eux. Je ne peux pas vivre tout en sachant qu'ils me pensent mort.

-Tu vas devoir apprendre, dans ce cas.

Le désespoir se mêlait à la colère. Harry avait peur de la réaction de Draco, et tentait du mieux qu'il pouvait de contrôler ses émotions. Mais l'injustice dont faisait à nouveau preuve de Draco le laissait amer. Il ouvrit la bouche pour répliquer, ou le supplier, mais Draco le coupa aussitôt:

-Je ne partage pas, Harry. Tu es à moi, juste à moi. Fait-toi à l'idée.

Harry se releva d'un bond. A cette dernière phrase, l'indignation avait surgi en lui et avait littéralement balayé tout autre sentiment. Ce n'était pas la première que le vampire le traitait comme son objet, sa possession, sa chose. Il planta un index rageur dans la poitrine du vampire et s'exclama:

-Vous n'êtes qu'un...

-Egoïste. Je sais.

Draco arborait un sourire en coin sardonique un peu crispé. Harry se demanda s'il se battait autant que lui entre des émotions plus contradictoires les unes que les autres.

-J'ai besoin d'eux! Ils ont toujours été là pour moi. Je ne vous laisserais pas mettre une barrière entre nous, juste pour que vous assouvissiez un besoin malsain de...

-Ca suffit, coupa le vampire et son ton était soudain acéré. Il me semble t'avoir averti que je ne voulais pas que mes décisions soient contestées.

Il haussa un sourcil entendu. Harry, dont les mots étaient coincés dans sa gorge, resta muet d'indignation durant de longues secondes. Il se demanda s'il allait revoir ses amis un jour ou si l'égoïsme de Draco ne s'apaiserait jamais. Harry avait encore du mal à se rendre compte qu'il était coincé avec le Draco pour un temps indéfiniment long, et évitait en réalité d'y penser trop. Il serra les poings.

-Vos décisions sont stupides, maugréa-t-il. Vous êtes stupide.

Une main glacée agrippa soudain sa gorge et il se sentit basculer en arrière. Ses genoux heurtèrent le lit derrière lui et il tomba de tout son long sur le matelas. Les doigts serrés autour de son cou étaient agressifs et douloureux, lui coupant pratiquement la respiration. Il s'accrocha au bras qui le tenait fermement et tenta vainement de lui faire lâcher prise. Le visage impavide de Draco apparut au dessus de lui, à quelques centimètres de lui.

-N'essaie plus jamais de me tenir tête.

Harry commençait doucement à suffoquer. Les larmes lui montaient aux yeux tandis qu'il cherchait vainement à remplir ses poumons. Il cligna des yeux plusieurs fois et tira de toutes ses forces sur le bras qui le tenait.

-J'ai dit non, Potter. Tout le monde te pense mort, et cela restera ainsi parce que ça me va très bien.

Harry se demandait s'il allait mourir ainsi, finalement, lorsque les doigts qui enserraient sa gorge disparurent subitement. Il inspira longuement, rapidement, totalement paniqué et chercha à se redresser pour échapper à cette sensation d'étouffement, mais une main posée fermement sur son torse l'en empêcha. Perdu dans sa panique, il sentit la main fraîche du vampire passer dans ses cheveux en un geste qui se voulait apaisant. La bouche de Draco trouva son oreille et il chuchota doucement:

-C'est fini. Calme-toi, Harry.

La main qui maintenait son torse glissa sur sa joue, presque tendrement. Puis les lèvres de Draco embrassèrent doucement le lobe de son oreille, glissèrent le long de sa mâchoire, puis sur son menton avant d'échouer sur son cou. Ce simple geste, ajouté au murmure apaisant tout près de son oreille, suffit à apaiser Harry. Il retrouva rapidement une respiration normale et son corps se détendit. Draco embrassa longuement les deux marques rouges sur son cou, attendant que Harry se détende totalement. Le calice se massa doucement la gorge, l'esprit embrumé.

Quand Draco enroula ses bras puissants autour de lui et le serra dans une étreinte de fer, Harry enfouit son visage dans le cou du vampire, se raccrochant comme si sa vie en dépendait à son tee-shirt. Il se maudit vingt fois pour son geste, mais fut incapable d'y résister. Il respira longuement l'odeur désormais familière de Draco et ferma les yeux, envahit d'un bien être qu'il avait rarement ressentit.

Draco écouta le cœur de son calice retrouver un rythme normal.

-Qu'est-ce que je vais faire de toi, soupira-t-il en enfouissant son nez dans ses mèches désordonnées.

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Ce ne fut que le lendemain matin que Harry réunit assez de courage pour affronter Draco. Lorsqu'il émergea de son lourd sommeil, ses membres étaient lourds, sa tête résonnait d'un incessant bourdonnement et il mit de longues minutes avant de se décider à sortir du lit. Il savait d'instinct que Draco n'avait pas dormi avec lui, et se demanda même s'il n'avait pas quitté l'appartement durant son sommeil tellement son mal de tête était intense.

Harry se leva doucement, et prit le temps d'étirer ses membres endoloris. Puis il se traina jusqu'à l'armoire et piocha des vêtements au hasard qu'il enfila rapidement.

Depuis près de trois semaines que Harry était retenu ici, il avait imposé sa marque à l'appartement lugubre du vampire. Dans la chambre qu'il occupait, les vêtements qu'il avait porté cette dernière semaine trainaient au sol, abandonnés. Dans l'armoire, les tee-shirt n'étaient plus pliés soigneusement, et les pantalons gisaient en désordre sur leur étagère. Sur le montant de la cheminée et sa table de chevet, trainaient des verres et des bouteilles d'eau vides, des assiettes sales, des livres qu'il avait tout juste feuilletés et des chaussettes sales.

Harry soupçonnait la présence d'un elfe de maison dans l'appartement, car les autres pièces étaient toujours impeccablement nettoyées, dépoussiérées et en ordre. Sans parler des plats toujours fumants et délicieux qu'il trouvait dans la cuisine matins et soirs. Quoiqu'il en soit, Harry n'avait jamais vu l'elfe, et celui-ci n'avait manifestement jamais mis les pieds dans sa chambre. Harry suspectait le vampire de lui interdire de s'approcher de son calice et il en était vaguement désespéré.

Harry s'aventura à pas de loup dans le salon. Comme il l'avait pressenti, Draco n'y était pas. Mais en dehors de l'absence flagrante du vampire, il remarqua aussitôt la présence d'une télévision, posée sur le buffet où était retenue prisonnière sa précieuse baguette. Harry resta figé devant ce nouvel ajout, un brin suspicieux. Il se demanda si cette télévision était là parce qu'il avait parlé la veille de son ennui, ou si le vampire cherchait à se faire pardonner pour son emportement de la veille.

Soufflant d'agacement, Harry continua son chemin quotidien jusqu'à la cuisine. Il n'était pas dit qu'il allait se faire acheter par une vulgaire télévision. Le comportement de Draco était difficilement excusable, autant pour la violence dont il avait fait preuve que pour son interdiction formelle de contacter ses amis. Harry avait vu le regret que le vampire avait éprouvé après coup, mais il avait surtout compris que Draco pouvait lui faire du mal s'il le voulait vraiment, ce qui n'était pas pour le rassurer. Cette constatation l'amenait à craindre le vampire encore plus, et à s'en méfier d'autant plus.

Dans la cuisine, il trouva des œufs au bacon encore chaud dans une poêle sur le gaz, ainsi qu'un hachis Parmentier fumant dans le four. L'eau à la bouche, il piocha directement un morceau de bacon dans la poêle et alla chercher une assiette dans le buffet.

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Lorsque Draco rentra dans son appartement, il trouva son jeune calice affalé sur le canapé, une assiette pleine de hachis Parmentier sur les genoux, suivant attentivement une émission quelconque à la télévision. Sur la table à manger, une poêle vide gisait à même la table, sans protection, et le plat contenant le fameux hachis était largement entamé.

Harry ne l'entendit pas entrer, trop occupé à manger, et Draco se glissa dans la pièce sans un bruit.

-Bonjour, souffla-t-il doucement.

Harry sursauta, et la bouteille d'eau ouverte calée contre ses genoux vacilla dangereusement. Il releva la tête et jaugea le vampire avant de retourner son attention à son émission.

-Je vois que tu rentabilises déjà mon investissement, remarqua Draco en tirant une chaise de sous la table et en s'y essayant. Mais manger sur le canapé, tu pourrais éviter.

Le calice ne répondit rien. Draco esquissa un rictus narquois. Il avait acheté cette télévision dans l'espoir qu'elle occuperait le calice et lui éviterait de le déranger sans cesse. De toute évidence, c'était une réussite.

Durant l'heure qui suivit, Draco observa Harry finir le plat de hachis Parmentier, enchainer avec un pudding aux raisins secs, pour terminer par se tartiner quelques biscottes à la confiture de groseilles. Lorsqu'il eut fini, il but plusieurs longues rasades d'eau directement à la bouteille.

Les lèvres pâles du vampire s'étirèrent en un léger sourire lorsque son calice poussa un profond soupir, s'étira longuement et se laissa tomber de tout son long sur le canapé, totalement repu. Draco balaya le corps fin des yeux, combattant un désir puissant de se rapprocher de lui, de le toucher, de le sentir.

Draco ressentait un besoin puissant d iue compléter le lien, de faire définitivement sien son calice. Plus les jours passaient; plus ce besoin prenait de l'ampleur, devenant presque irrépressible lorsque Harry était dans ses bras. S'il prenait sur lui, et arrivait à résister au lien, c'est seulement parce que le besoin de protéger son calice était plus fort que tout. Il ne voulait pas le brusquer, ni l'effrayer.

Harry, c'était sa chasse gardée. C'était comme rôder autour de sa proie en attendant le moment idéal. Celui où elle baisserait sa garde. Ou elle se laisserait approcher un peu trop. Draco avait appris à être patient. La chasse avait longtemps été son seul plaisir, son passe-temps favori. A peine avait-il assouvi sa soif qu'il se mettait en chasse de sa nouvelle proie, la traquant jusqu'à ce que la soif revienne. Possédant désormais un calice, son seul plaisir venait de lui être retiré. Mais la délicatesse du sang de Harry valait toutes ces heures passées à traquer avant sa rencontre. Largement.

-Vous étiez où? Demanda soudain Harry qui fixait le plafond du regard somnolent de quelqu'un en pleine digestion.

-En chasse, répondit nonchalamment Draco.

Harry fronça les sourcils. Draco, sans peine, imagina le cours de ses pensées.

-Vous chassiez quoi?

-Tu es jaloux?

Le calice se redressa prestement sur un coude. Un pli soucieux barrait son front, signe d'une intense réflexion. Draco haussa les sourcils, arborant une expression de politesse incarnée.

-Je croyais que vous ne pouviez boire que mon sang.

Draco ne laissa pas le temps à la lueur d'espoir de grandir dans le regard du garçon

-C'est le cas. Je ne parlais pas de sang, en réalité. Un autre genre de chasse.

Harry ouvrit la bouche, puis, comprenant soudain, ses joues se mirent à prendre une teinte rosée délicatement appréciable. Draco aimait cette couleur. Il dévora littéralement le garçon inconscient du regard. Harry ouvrit et referma plusieurs fois la bouche, le regard aussi fuyant qu'à l'ordinaire.

-Tu veux ajouter quelque chose? Demanda Draco.

Harry balaya la salle du regard, indécis. Puis il se laissa tomber sur le dos sur le canapé, les mains derrière la nuque et les pieds dépassant largement.

-Vous...Vous les forcez?

Draco leva les yeux au ciel.

-Est-ce que j'ai l'air d'avoir besoin de forcer quelqu'un? Draco se tut un instant, puis ajouta: même toi, je ne vais pas avoir besoin de te forcer.

Draco attendit une réponse qui ne vint pas. Harry faisait mine de s'être replongé dans l'émission, mais son pouls s'était emballé. Draco l'observa attentivement. Le malaise du calice était si palpable qu'il aurait pu le toucher.

-Vous savez, j'ai réfléchi, annonça soudain Harry d'une voix résolue.

Draco haussa un sourcil, son cœur mort se gonflant d'espoir.

-Vraiment?

-Oui. A propos de cet article.

Le visage de Draco se ferma instantanément.

-Potter...

-Non, écoutez-moi, s'il vous plaît.

Sans laisser le temps à Draco de répondre, il enchaina précipitamment:

-Je me suis demandé d'où ils pouvaient tenir cette information. De toute évidence, ce n'est pas l'Ordre qui a laissé entendre que j'étais mort. Ils n'auraient jamais fait cela, surtout sans preuves. Je pense que la nouvelle de ma disparition a filtré, et que la Gazette en a profité pour semer le chaos en proclamant ma mort. Peut être même que Vous-Savez-Qui contrôle le journal. Tout ça vise à mettre la pagaille parmi les sorciers qui comptent sur moi. Mes amis doivent certainement savoir que c'est un faux article, ou en tout cas un article grossi. Ils sont surement à ma recherche.

Draco observa le visage résolu de son calice. Visiblement, il avait longtemps réfléchi à la question. Draco l'écouta poliment, en silence. Harry pouvait bien déblatérer autant qu'il le voulait, du moment qu'il ne remettait plus ses décisions en doute ou ne lui tenait plus tête, Draco n'y voyait aucun inconvénient.

Face au silence du vampire, Harry redressa la tête et demanda:

-Qu'est-ce que vous en pensez?

Draco sourit.

-C'est moi, Harry, qui suis à l'origine de cette rumeur.

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Hum, en fait je m'aperçois que la fin est aussi sadique que la précédente...Autant pour moi.

J'espère que ce chapitre vous a plu!

Harry, jaloux? Hé hé

Merci d'avoir lu et à la semaine prochaine!