Bonjour à tous!

Merci à tous ceux qui m'ont laissé des review! Elles me font toujours énormément plaisir et me motivent à fond pour la suite! J'espère n'avoir oublié personne dans mes réponses!

Je remercie ici les reviewer anonymes: Kisis, nepheria4, ankana87, Sélènè, chloe. Merci beaucoup!

Bonne lecture à tous!

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Chapitre 14

Il n'y a guère d'homme assez habile pour connaître tout le mal qu'il fait

François De La Rochefoucauld

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Le lendemain, Harry fut réveillé par un frottement léger sur sa joue. Durant quelques minutes, il resta plongé dans un épais brouillard dans lequel il n'était ni vraiment éveillé, ni totalement endormi. Tout son corps était englobé d'une telle chaleur qu'il eut la pensée stupide, durant quelques secondes, qu'il allait prendre feu. Il sentait peser sur lui le poids de lourdes couvertures, remontées jusqu'à son menton, et toujours ce frottement léger au niveau de sa joue.

Harry était plongé dans un état de béatitude tel qu'il avait du mal à former des pensées cohérentes. Son esprit flottait dans un monde de félicité absolue, de quiétude profonde et de satisfaction immense. Ce sentiment de bien être était si puissant qu'il se demanda s'il ressentirait à nouveau un jour les malheurs de la vie sur terre. Tous ses soucis lui semblaient faire partis d'un autre monde, un monde gris et terne auquel il ne se sentait plus appartenir, qui était révolu et dépassé. A cet instant, pour rien au monde Harry n'aurait voulu y replonger.

Perdu dans son état de sérénité et d'allégresse, Harry mit du temps à reprendre pied à la réalité. Il resta suspendu dans son demi-sommeil bienfaiteur durant un temps infini. Puis une musique douce et rythmée s'infiltra jusqu'à lui, délicieusement familière. Il écouta les notes qu'il commençait inconsciemment à connaître par cœur, car elle jouait régulièrement durant son sommeil. Puis il finit par soulever lourdement son bras droit. Il le remonta sous la couette jusqu'à faire émerger sa main de cette antre brûlante, et vint se gratter la joue pour chasser ce frottement insistant.

Lorsque ce fut fait, il replongea immédiatement sa main sous les couvertures pour la remettre au chaud.

Harry était sur le point de se rendormir lorsque le frottement sur sa joue revint. Il fut finalement arraché à son état de transe et ouvrit les yeux pour en définir l'origine.

La chambre était baignée de lumière, et les rayons du soleil se reflétant sur les murs blancs l'éblouirent. Il cligna plusieurs fois des yeux, mal à l'aise face à cette brusque clarté et, grognant, il replongea le visage dans son oreiller. Ce ne fut que lorsque son front heurta durement le torse ferme qui se trouvait sous lui que Harry se rendit compte qu'il ne dormait pas sur le matelas moelleux dont il avait l'habitude.

Cette constatation fut si brusque que la bulle de bien être dans laquelle il était plongé explosa violemment. Le sentiment de panique qui en résulta fut aussi surprenant qu'inattendu. Harry réalisa au même instant qu'il était nu, et qu'il était allongé de tout son long sur le vampire, ses jambes entremêlées aux siennes, son torse plaqué contre le ventre de Draco et son visage enfoui dans le torse ferme du vampire.

Harry plaqua ses mains sur le matelas, de part et d'autre du corps brûlant du vampire, et se redressa vivement. Il leva la tête pour se retrouver nez à nez avec les pages grises et les images mouvantes de la Gazette du sorcier. Hébété, il observa sans la voir l'image d'un sorcier de haute carrure à l'air insondable qu'il ne connaissait pas, et qui portait les armoiries du Ministère de la Magie. Puis, le journal disparut et il plongea irrémédiablement dans le regard anthracite du vampire.

Une vague de soulagement monta instantanément en lui. C'était totalement déplacé, car il avait su avec précision qui se trouvait près de lui, et qu'il avait paniqué pour des raisons plus ou moins obscures, mais c'était rassurant. Le choc passé, la présence de Draco à ses côtés lui parut si naturelle qu'il en oublia un instant pourquoi il avait paniqué. Il lui semblait que Draco avait été présent à ses côtés toute sa vie, et que sa présence était si instinctive et naturelle qu'elle faisait parte de lui. C'était comme respirer, boire, sourire, vivre. Il était normal que Draco soit là, près de lui, contre lui, dans son lit, car c'était sa place légitime.

A peine Harry eut-il cette pensée, qu'il prit conscience d'à quel point il avait accepté Draco dans sa vie. Tout lui avait semblé violent, brutal, soudain, mais il réalisa qu'en réalité, tout s'était passé en douceur, avec un naturel à couper le souffle, instinctivement. Draco s'était certes imposé dans sa vie, comme lui, Harry, s'était imposé dans son existence, mais il réalisa qu'en quelques semaines à peine, ils avaient chacun pleinement intégré l'autre à leur quotidien, ou à leur besoin de solitude.

Harry se fit la réflexion qu'il serait désormais plus bouleversé que Draco quitte sa vie du jour au lendemain, qu'il ne l'avait été quand il y était entré. La présence du vampire, dont il avait conscience plus que n'importe quoi d'autre, lui était devenue indispensable, naturelle. Pire, il lui était désormais impossible de s'imaginer sans Draco. Le vampire faisait entièrement parti de lui, il s'était infiltré dans son esprit avec la force d'un ouragan, mais aussi avec la douceur d'une plume.

-Potter, tu es tellement plus attachant quand tu dors, si tu savais.

Harry ne comprit pas la phrase qui franchit les lèvres de Draco. Du coin de l'œil, il les vit bouger, il entendit le son mélodieux de sa voix, mais les mots ne prirent aucun sens dans son esprit enfiévré. Il ne voyait plus que les iris gris à quelques centimètres de lui, qui le sondaient jusqu'aux tréfonds de son âme. Il se demanda brièvement si le vampire voyait sa panique autant qu'il la sentait à travers le lien.

Ils se fixèrent ainsi pendant ce qui sembla à Harry être des heures. Quand ses bras se mirent à trembler sous le poids de son corps, il baissa le regard dans le but de vérifier, avec angoisse, si Draco était aussi nu que lui. Il était bien torse nu, mais, à son plus grand soulagement, il portait un pantalon sombre, qui contrastait étrangement avec sa peau pâle.

Draco esquissa un sourire sans joie lorsqu'il sentit le soulagement du garçon. Harry était si prude, si coincé, que ça en devenait agaçant. Draco rêvait de le dévergonder de toutes les façons possibles inimaginables. Il voulait le voir se perdre totalement et irrémédiablement entre ses bras, d'une toute autre façon que lors de la morsure.

Il attrapa fermement les poignets de Harry et tira dessus d'un coup sec. Désarçonné, Harry s'écrasa brutalement contre lui, sa joue heurtant les pectoraux durs du vampire sans douceur. Draco tira Harry par les poignets pour le faire remonter le long de son corps d'un geste ferme et autoritaire. Il posa un doigt sous son menton pour l'obliger à le regarder, et lorsque Harry leva ses yeux verts vers les siens, il l'emprisonna impitoyablement dans son regard argenté. La respiration du calice se bloqua dans sa gorge alors que toutes émotions négatives disparaissaient de lui comme par enchantement. C'était bon, mais il ne l'aurait avoué pour rien au monde.

Il semblait à Harry qu'il revenait d'un long et lointain voyage. La proximité avec son vampire lui procurait un bien être qu'il n'avait plus ressenti depuis...La veille, en réalité. Mais il s'était tellement privé de son contact cette semaine passée qu'il lui semblait qu'il mettrait des jours entiers à se remettre de cette séparation.

Profitant de son ascendant total sur le garçon, Draco lâcha ses poignets, qui retombèrent mollement sur ses épaules, et ses mains parcoururent lentement le corps de Harry, descendant toujours plus bas le long de son dos. Elles s'arrêtèrent sur les fesses rebondies de Harry qui émit un hoquet indigné. Mais avant que le garçon n'ait pu réagir, Draco exerça une légère pression, le poussant contre son corps, et créant une délicieuse friction entre leurs entre-jambes.

Draco grogna, à peine conscient des battements effrénés du cœur de Harry contre sa poitrine. C'était la première fois qu'il s'autorisait un contact intime avec le garçon en dehors d'une morsure. Et c'était grisant. Donner du plaisir à son calice était une chose, partager ce plaisir avec lui en était une autre. C'était d'autant plus grisant que ni lui, ni Harry n'était sous l'emprise de l'extase qui les prenait lors de la morsure. Tous les deux, et surtout Harry, étaient pleinement conscients de ce rapprochement.

Draco fouilla ses yeux à la recherche de cette panique qui prenait le calice lorsqu'il devenait trop entreprenant, mais il semblait qu'il était totalement sous l'emprise de son regard hypnotique. Il ne semblait plus penser, et Draco finit par hausser un sourcil un brin narquois.

-Respire, Harry.

A ces mots, le calice expira longuement. Draco esquissa un sourire entendu, et poussa à nouveau les fesses fermes du garçon contre son bassin.

-Draco, soupira Harry, légèrement essoufflé.

Draco grogna. Harry n'était pas excité. Il le sentait dans le ton de sa voix, qui n'avait rien de comparable aux "Draco" qu'il répétait inlassablement durant les morsures. Et il le sentait également à travers le lien. Il semblait que le seul moment où Harry était excité, était lorsqu'il enfonçait ses canines dans son cou. S'il ne ressentait pas à travers le lien le plaisir indicible du garçon à ce moment là, il aurait pensé qu'il était juste fou.

-Tu es désespérant.

Le garçon hocha la tête, doucement, mais il ne semblait pas comprendre ce qu'il disait. Un voile fin était apparu devant ses yeux, et il se passa la langue sur sa lèvre inférieure, en un geste inconscient qui fit se dilater les pupilles de son vampire. A cet instant, Harry était à sa merci. Draco aurait pu faire de lui ce qu'il voulait. Et Merlin savait combien il avait envie de lui faire subir des outrances innommables.

Draco vint poser l'une de ses mains sur la nuque de son calice, et, en un geste vif et puissant, il inversa leur position. Harry s'écrasa lourdement sur le matelas, l'air hébété, et cligna des yeux à plusieurs reprises. Il observa le plafond dans le voir et Draco en profita pour plonger dans son cou. Il frotta son nez contre la carotide du garçon, s'enivrant de son odeur exquise. Il frotta à nouveau leurs deux bassins l'un contre l'autre et grogna de plaisir.

-Arrêtez ça, s'exclama Harry, sa voix soudain emplie de sévérité.

-Sois sage, sinon je t'hypnotise à nouveau, rétorqua Draco en repoussant les mèches de cheveux qui le gênaient.

Mais il savait par avance que Harry ne se laisserait pas faire. Il commençait à connaître le caractère récalcitrant de son calice. En effet, Harry posa ses deux mains à plat sur ses épaules et poussa de toutes ses forces. Draco grogna à nouveau, de désapprobation cette fois, et il tira fermement sur les mèches du garçon, l'enjoignant muettement à se calmer.

-Tu es un calice indiscipliné, Harry.

Il lui mordit légèrement le lobe de l'oreille, un peu pour le punir, mais Harry n'eut aucune réaction. Il se gratta l'arrière du crâne, là où Draco avait tiré sur ses mèches.

-Je suis insoumis, répondit-il.

Draco se redressa vivement.

Il arborait un rictus plein de morgue qui ne plut pas à Harry. Le calice perdit un peu de son air fier, et il referma la bouche, pressant ses lèvres l'une contre l'autre comme s'il regrettait d'en avoir trop dit. Draco balaya son visage pâle du regard, puis se redressa, un sourire suffisant accroché aux lèvres.

-Insoumis, répéta-t-il, et le mot roula dangereusement sur sa langue.

Draco s'assit doucement sur le bassin de son calice. Puis il attrapa délicatement les poignets fragiles du garçon et les souleva, jusqu'à les mettre à hauteur de son visage à l'expression insondable. Il lécha avidement l'intérieur de l'un des poignets et apprécia le frisson qui courut le long du corps de son calice. Il fit glisser ses canines le long du poignet, fixant Harry qui, lui, regardait intensément le plafond, comme s'il cherchait à oublier où il était. Finalement, Draco vint poser les poignets au dessus de la tête de Harry, les maintenant fermement à leur place en pesant de tout son poids dessus. Son visage se retrouva à la hauteur de celui du garçon, qui ferma aussitôt les yeux.

Draco balaya le visage lisse de son calice, à quelques centimètres au dessous de lui. Son souffle s'échoua sur ses lèvres, et instinctivement; le calice entre-ouvrit la bouche.

-Harry, appela Draco dans un murmure quasi inaudible.

Harry serra les paupières, comme s'il craignait que Draco ne l'agresse. Draco se pencha en avant, fit glisser sa joue contre celle du garçon, et posa ses lèvres contre son oreille. Il souffla un peu, et Harry fut pris d'un incontrôlable frisson. Les muscles de ses bras se contractèrent, mais il ne tenta pas de se libérer de la prise un peu brutale que le vampire exerçait sur ses poignets.

-J'ai envie de toi, souffla doucement Draco.

Il s'allongea sur le garçon, collant leurs deux corps de manière à la fois intime et provocante. Son torse frais s'écrasa contre celui brûlant et palpitant de Harry, et leurs bassins se retrouvèrent. La mâchoire de Harry se crispa et Draco y passa doucement la langue, comme s'il voulait décontracter les muscles tendus. Sans résultat.

-Harry, répéta-t-il, un brin plus fort.

Mais Harry se contenta de fermer les yeux avec plus de force, l'ignorant royalement. Alors Draco se redressa légèrement. Il attendit un peu que Harry ouvre les yeux, ou dise quelque chose, mais rien ne vint. Son cœur battait la chamade dans sa poitrine, si fort qu'il semblait à Draco qu'il cherchait à s'enfuir.

-Harry, souffla-t-il. Ne m'ignore pas.

Draco balaya le visage fermé du garçon, et plissa les yeux, la colère montant en lui avec une force insoupçonnée.

-Harry, je viens de passer une semaine épouvantable, par ta faute. Je sais faire preuve de patience, mais ne pousse pas ta chance trop loin.

Il lui semblait que depuis le début de cette histoire, il avait fait suffisamment d'efforts, et que c'était au tour de Harry d'en faire, désormais. Il le nourrissait, lui avait fourni un toit où il pouvait dormir au chaud, l'avait protégé de tous les dangers qui courraient après lui, et Merlin savait combien il y en avait, des dangers, qui courraient après Harry. Il ne l'avait jamais violenté, même si l'envie ne lui avait parfois pas manqué. Il ne l'avait jamais forcé à rien, certainement pas à avoir des relations sexuelles avec lui, même si, à nouveau, l'envie ne lui manquait pas. Il lui avait offert une télévision quand son ennui était devenu presque intolérable. Il avait enduré et même respecté la colère de son calice à son égard pendant toute une semaine, alors qu'il estimait avoir agi en toute légitimité pour protéger son calice.

Draco estimait qu'il avait agi en adulte responsable au cours de ses derniers jours. Certes, le lien le poussait à faire attention à ce que voulait ou désirait son calice. Mais il n'en restait pas moins que Harry avait largement poussé ses limites jusqu'à leurs extrémités, et qu'il perdait doucement mais surement patience.

-Je sais que tu ne veux pas de moi. Mais je ne veux pas de toi non plus, je t'assure. Néanmoins, nous sommes tous les deux bloqués dans cette situation, et je pense qu'il serait judicieux de faire des concessions de chaque côté, tu ne crois pas?

Il sentit la colère monter en lui, et eut du mal à savoir si c'était la sienne ou celle du garçon allongé sous lui. Les traits du visage de Harry s'étaient violement crispés. Un souffle chaud sortit de sa bouche et s'écrasa sur le visage de Draco.

-Je suis le seul à faire des concessions, depuis le début, affirma-t-il sèchement.

Draco plissa dangereusement les yeux.

-Je te demande pardon? Interrogea-t-il froidement.

-Vous m'enfermez, me privez de tout, me faites passer pour mort, me déclarez comme vous appartenant. Non seulement je ne dois rien dire, mais en plus, je dois vous laisser boire mon sang. Et maintenant, vous voulez en plus que je couche avec vous. Qu'est-ce que vous faites, vous, de votre côté?

Draco sentit la rage monter en lui. C'était un sentiment puissant qu'il connaissait bien, mais elle lui sembla totalement étrangère, ainsi dirigée contre ce garçon qu'il avait besoin de protéger de tout, y compris de lui même. Il se redressa brusquement, lâchant Harry et s'agenouillant de part et d'autre des jambes du garçon. Il était hors de question qu'il fasse du mal à son calice.

-Je t'offre une protection plus puissante que toutes celles que Dumbledore ne t'a jamais donné. Je t'offre un avenir que tu n'avais pas forcément en étant humain. Je t'offre la jeunesse éternelle, affirma-t-il dans un souffle.

-Je n'en veux pas! Certainement pas si c'est pour la passer avec vous.

Le ton tranchant de Harry résonna longuement dans la pièce silencieuse. Il cessa de respirer, comme s'il venait de se rendre compte de l'impact que pourrait avoir sa phrase sur le vampire. Mais Draco resta aussi impassible qu'habituellement.

-Que veux-tu dans ce cas? Demanda-t-il doucement, connaissant néanmoins déjà la réponse.

-Je veux rentrer chez moi. Retrouver mes amis, reprendre ma vie là où je l'avais laissée.

-Tu vas mourir.

-Alors je mourrai. Je préfère mourir en protégeant les gens que j'aime plutôt que rester en sécurité pour l'éternité avec vous et ne rien faire pour les sauver.

Draco observa Harry sans rien dire. Le garçon avait les cheveux ébouriffés qui lui tombaient sur le visage, et ses yeux étaient si déterminés que Draco ne douta pas une seconde qu'il croyait dur comme fer à ses dernières paroles. Il était réellement prêt à mourir pour protéger ses amis. Il préférait même mourir que rester avec lui. Cette constatation glissa sur Draco sans l'atteindre. Il aurait lui même donné n'importe quoi pour ne pas être lié à Harry, pour ne pas être enchainé à lui pour l'éternité.

Harry, lui, ne parvint pas à afficher le même air insondable que son vampire. Ses lèvres tremblaient légèrement, assez pour que l'œil avisé du vampire le remarque.

-Nous sommes liés, remarqua Draco, toujours avec calme. Si tu meurs, je suis condamné à mourir de soif.

-Et alors? Quel âge avez-vous? Vous avez bien assez vécu.

C'était cruel. Draco fronça les sourcils, et Harry baissa aussitôt les yeux, l'air soudain coupable, mais toujours aussi déterminé. Il n'avait pas esquissé un geste pendant leur échange. Il était toujours couché sur le dos, nu, les couettes rejetées sur ses hanches, les bras levés au dessus de sa tête, et Draco assis nonchalamment sur ses cuisses.

-On ne vit jamais assez, affirma Draco.

-Du haut de mes dix-sept ans, je suis prêt à sacrifier ma vie pour mes amis et pour des gens que je ne connais pas, et vous ne voulez même pas prendre le risque de mettre votre précieuse existence en danger.

-Tu ne peux pas me demander de mourir pour tes amis, donc je n'ai strictement rien à faire. C'est égoïste.

Harry haussa les sourcils, répétant silencieusement le mot "égoïste".

-Je ne pense pas être plus égoïste que vous, affirma-t-il. Si vous acceptiez de m'aider dans ma mission, de me protéger, et de me soutenir, je ne mourrai pas.

-Si je refuse que tu te battes contre le Seigneur des Ténèbres, tu ne mourras pas non plus. Je fais tout cela pour toi, Harry. Pour te protéger.

-C'est faux. C'est pour vous que vous faites tout cela. Pour me protéger, vous n'aviez pas besoin d'agir aussi excessivement. Vous avez cherché à me couper du monde extérieur parce que vous me vouliez pour vous tout seul, et non pas pour me protéger.

Draco se leva brusquement. Il ferma l'ordinateur d'un geste sec et la musique se tut aussitôt. Puis il descendit du lit avec agilité, et se dirigea vers l'armoire de laquelle il sortit un tee-shirt blanc. Il l'enfila prestement, puis pivota à nouveau vers le lit.

-Tu ne penses qu'à toi, Potter. Je t'ai reproché de trop penser aux autres, mais en réalité, tu penses également trop à toi. Tu souffres. Tu ne voulais pas de cette situation. Tu es désespéré. Tu m'en veux. Tu combats le lien. Tu es prisonnier dans cet appartement. Tu veux voir tes amis. Tu veux combattre le Seigneur des Ténèbres. Tu es perdu par tout cela. Tu es soumis au lien. Tu me détestes. Mais je te déteste aussi, Potter, sois sans crainte.

Il sembla à Harry qu'une chape de plomb tombait dans son estomac. Les larmes lui montèrent instantanément aux yeux, et il s'en voulut aussitôt de se montrer si faible. Lui avait dit à Draco qu'il le détestait la veille, et Draco n'avait eu absolument aucune réaction. Entendre Draco lui renvoyer la balle avec une telle violence, en le fixant dans les yeux et avec son expression impassible était comme un coup de poignard. C'était d'autant plus violent qu'il savait que c'était vrai. Tous deux se rapprochaient sous l'influence du lien, mais Harry savait qu'au fond, en dehors du lien, ils ne ressentaient strictement rien l'un pour l'autre, ou alors seulement de la haine et du dégoût.

Harry se sentit rejeter avec une telle force qu'il eut le réflexe de remonter la couverture sur lui, comme pour se protéger de toute cette haine dirigée contre lui. Le sensation de rejet fut si violente, si inattendue, qu'il crut voir le plafond oscillait au dessus de lui. Le sentiment de bien être qui l'avait envahi depuis son réveil s'évapora alors même que le vampire se trouvait à quelques mètres de lui.

Il ne savait finalement plus qui avait raison, et qui avait tord. Etait-il égoïste, comme le disait Draco, de vouloir mourir pour ses amis, en se fichant d'entrainer Draco dans sa chute? Etait-il prétentieux, de rejeter la protection que Draco lui offrait?

-Pourquoi ta vie devrait-elle continuer comme avant? T'attends-tu à ce que je ne sois qu'une ombre dans ta vie? Une ombre là pour te protéger, mais qui n'existe pas le reste du temps. Pourquoi aurais-tu le droit de vivre ta vie normalement alors que tu as irrévocablement ruiné mon existence entière?

Harry baissa les yeux sur ses mains qui trituraient nerveusement ses couvertures. Il se fichait de ce que Draco pensait de lui, il savait que si le vampire le rejetait, il ne le supporterait pas. Il était devenu, contre son gré, trop dépendant de lui. Il avait besoin de lui.

Draco s'interrompit, se donnant le temps d'encaisser le flot d'émotions que lui envoyaient le calice. Il savait qu'il s'en voudrait énormément d'avoir ainsi agresser Harry, mais à cet instant, toute sa rancœur accumulée depuis le début, et exaspérée par le comportement de Harry cette dernière semaine coulait à flot.

-Tu as tendance à oublier que je suis également sous l'influence du lien. Tu n'es pas le seul que tout ceci révolte. Tu n'es pas le seul qui rêve que cette soirée à Privet Drive ne se soit jamais produite. Tu veux beaucoup de choses de ma part, Potter, mais tu oublies que tout ne va pas que dans un sens. Tu ne peux pas me demander des tas de choses sans rien me donner en échange.

-Je vous donne mon sang! S'exclama soudain Harry en s'asseyant sur le lit.

-Ce n'est pas suffisant, trancha sévèrement Draco.

-Si ça l'est. Je suis votre calice! Pas votre jouet sexuel. Pour ça, vous pouvez très bien aller voir ailleurs, comme vous le faites depuis le début.

-Ce n'est pas suffisant, répéta Draco en élevant finalement la voix. Un calice et un vampire ont des relations sexuelles, que tu le veuilles ou non. Ca fait parti du lien, de leur relation. Il y a le sang et le sexe.

-Je ne veux pas, affirma Harry,. Aucun lien au monde ne pourra jamais me donner envie de faire quoique ce soit avec vous.

-Tu crois pouvoir te soustraire au lien? S'il y avait un moyen de le faire, tu peux être sûr que je l'aurais déjà trouvé. Tu te plains sans cesse de cette situation. Mais crois-tu vraiment que je me réjouisse? Pensais-tu que mon rêve le plus cher était d'être lié à un gamin anglais qui passe son temps à se morfondre et qui est persuadé que son but dans la vie est de sauver le monde? Crois-tu que je suis réjouis à l'idée de te trimballer pour toujours?

Les mains de Harry tremblaient tellement qu'il les plongea précipitamment sous les couvertures.

-Je ne le suis pas non plus, si ça peut vous rassurer, affirma-t-il, sa voix faible par rapport à celle de Draco.

Harry était au bord des larmes, Draco le sentait. Il savait que le calice ne pourrait encaisser un rejet et que leur dispute était sur le point de le faire craquer pour de bon. Mais il semblait à Draco qu'il avait besoin de mettre les choses au point avec lui. Harry ne pouvait pas penser que tout lui était acquis. Il ne pouvait pas continuer à se comporter ainsi avec lui, tout en continuant à lui demander des services.

-Potter, dit-il sa voix retrouvant son calme habituel. Tu m'as demandé, hier, de t'aider à remplir une mission que Dumbledore t'avait confiée.

Cette fois, Harry releva les yeux. Son regard plongea immédiatement dans les orbes grises du vampire, plein d'appréhension. La réponse de Draco claqua dans l'air comme un coup de fouet, et Harry ferma les yeux, se faisant l'effet d'un criminel condamné à Azkaban à perpétuité.

-Ma réponse est non.

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Verdict, pour cette nouvelle dispute? Prévisible?

Avez-vous trouvé Draco cruel avec Harry? Il aurait du s'abstenir de dire certaines choses? Draco a refusé la proposition de Harry, qu'imaginez-vous pour la suite? Décision irrévocable? Ou pas? ;)

Quant à Harry? Faible, ou a-t-il bien tenu tête au vampire?

A la semaine prochaine? Et merci d'avoir lu! :)