Bonsoir!
J'espère que vous avez tous passé un excellent noël! Le mien était grandiose!
Encore et toujours merci à tous ceux qui prennent le temps de laisser des review! Et merci également aux reviewer anonymes: Kisis, choupy, sélènè, nepheria4, Guest, chloe, Tsuki, Shinan!
Il est vendredi soir, et je vous présente le premier chapitre de cette deuxième partie. J'espère qu'il vous conviendra. Nos trois héros sont enfin réunis, et je vous laisse lire leurs retrouvailles tant attendues!
Enjoy!
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Chapitre 20
Rien ne renforce plus l'amitié qu'un ennemi commun
Francfort Moore
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Harry retrouva l'atmosphère sombre et lugubre du 12, Square Grimmault avec un enthousiasme des plus mitigés. Le hall sentait la poussière et le renfermé, et la cuisine le pain moisi. L'ambiance y était glaciale, et le feu qui ronflait dans la cheminée n'arrivait pas à donner une impression de chaleur à cette pièce morose. Harry s'installa à table avec réticence.
Il enleva sa veste, qu'il déposa négligemment sur le dossier de sa chaise, et se frotta les mains pour se les réchauffer. Il ne faisait pas froid, mais le bout de ses doigts était gelé.
Hermione et Ron entrèrent dans la cuisine à sa suite, silencieusement. Ils semblaient avoir du mal à comprendre ce qui arrivait, et jetaient à Harry des regards circonspects, comme s'ils s'attendaient à ce qu'il disparaisse instantanément. Les sourires sur leurs visages avaient disparu. Ron vint directement s'asseoir en face Harry, mais Hermione resta debout près de l'entrée, les bras ballants.
Tous trois restèrent silencieux durant quelques secondes, ne sachant quoi dire pour lancer la conversation. Ron et Hermione échangeaient des regards inquiets, ce qui n'échappa pas à Harry. Le jeune homme fit mine de se réinstaller sur sa chaise, mal à l'aise, et tira sur les manches de son pull over pour recouvrir ses doigts gelés.
Hermione se racla la gorge, puis demanda dans un murmure à peine audible.
-Vous voulez boire quelque chose?
Harry et Ron échangèrent un regard. D'un commun accord silencieux, ils hochèrent la tête et Hermione s'affaira à préparer le thé. Elle mit l'eau à chauffer dans une bouilloire, et elle alluma le feu d'un coup sec de sa baguette magique. Harry s'appliqua à la regarder faire, de plus en plus mal à l'aise face à ce silence.
Il observa ses amis avec attention, désireux de comprendre ce qui leur étaient arrivés ces cinq dernières semaines. L'impossibilité de savoir ce qui leur arrivaient avait été son principal soucis. Les retrouver enfin, en chair et en os, après tout ce temps, l'avait empli d'un sentiment d'euphorie libérateur, mêlé d'un soulagement intense. Il avait été heureux de revoir leurs visages familiers, de les savoir vivants et en bonne santé. Il se sentait libéré d'un poids énorme dans sa poitrine, celui là même qui lui rappelait sans cesse qu'il avait abandonné ses amis alors qu'ils couraient un grand danger. Lorsqu'ils lui avaient ouverts la porte du Square, cette boule d'inquiétude et de culpabilité avait brusquement explosé, pour ne laisser que joie et soulagement.
Les lèvres de Harry s'étirèrent en un léger sourire. Il ne demandait rien de plus qu'être auprès d'eux, même si c'était dans la vieille maison des Black.
Pourtant, le silence crispé qui s'était installé dans la cuisine du 12, Square Grimmault lui donnait l'impression de ne pas être à sa place. Pour ces retrouvailles, Harry avait imaginé des effusions d'affection et des questions angoissées, et ne s'était certainement pas attendu à ce silence froid et ces regards circonspects.
C'est en sondant leurs expressions avec attention que Harry comprit pourquoi il ne pouvait pas débarquer de nulle part plus d'un mois après sa disparition en disant seulement "salut". Il s'imagina sans peine leur détresse face à sa brusque et inexpliquée disparition. La peur de ne pas savoir s'il lui était arrivé quelque chose de grave, ou s'il était toujours en vie. L'angoisse à la parution de l'article le proclamant comme mort. L'impossibilité de le retrouver, ou ne serait-ce que de le contacter. La solitude, de se retrouver à deux pour accomplir une mission qui devenait soudain leur fardeau.
Harry remercia Hermione quand elle posa une tasse fumante devant lui. Il posa aussitôt ses doigts autour de la tasse brûlante, dans l'espoir de les réchauffer. Hermione s'installa à son tour près de Ron, et entreprit de remuer son thé avec application. En les voyant ainsi assis côté à côté, face à lui, Harry sentit l'angoisse monter en lui. Il se racla la gorge, et tenta de sourire.
-Je suis content de vous revoir, dit-il franchement.
Il y eut un bref silence, et Ron répliqua:
-Je suis content de savoir que tu n'es pas mort, finalement.
Harry ne dit rien. Il baissa les yeux sur sa tasse, et souffla dessus nerveusement. Ron le regarda faire sans rien ajouter, ses doigts pianotant sur le bois de la table.
-Je suis désolé, murmura Harry au bout de quelques secondes d'un silence gênant.
Il souleva précautionneusement sa tasse, et la porta à ses lèvres. Le liquide lui brûla la gorge, et il esquissa une grimace. Harry dégagea les mèches qui tombaient sur son front, et ajouta:
-Je crois que la situation m'a totalement échappé, sans que je ne puisse jamais rien y faire. J'ai encore du mal à comprendre ce qui est arrivé. Ou à réaliser.
Ron et Hermione ne dirent rien. Harry finit par relever la tête, et leur jeta un regard navré. Il les observa à tour de rôle, leurs expressions sombres l'inquiétant un peu. Harry ne savait pas comment expliquer tout ce qu'impliquait sa disparition. Il ne savait pas s'il en avait envie. Il lui semblait que le lien qui l'unissait à Draco était quelque chose de personnel, intime même. C'était quelque chose entre lui et le vampire, qui les unissait profondément, qui créait entre eux une relation qu'eux seuls étaient à même de comprendre. Harry savait déjà que ni Ron, ni Hermione ne pourraient comprendre ce qui le liait à un vampire froid et autoritaire. Rien que cette idée le terrifiait.
-Les Mangemorts ne t'ont pas repéré quand tu es arrivé? Demanda Hermione.
Harry secoua la tête.
-J'ai transplané directement sur le perron. Ils n'ont rien vu.
Le silence qui suivit fut l'un des plus gênants que Harry ait connu. Il se racla la gorge, nerveux, et finit par demander:
-Pourquoi êtes-vous ici?
Ron grogna.
-Je ne crois pas que ce soit ce qui importe, dit calmement Hermione. Que s'est-il passé, Harry? Où étais-tu? Pourquoi as-tu disparu? Pourquoi n'as-tu pas donné de nouvelles? Pourquoi la Gazette a-t-elle affirmé que tu étais mort?
Harry resta silencieux quelques secondes, à peine conscient des deux regards avides posés sur lui. Il souleva sa tasse et la tint devant lui pour cacher le tremblements de ses mains. Des souvenirs, vifs et nets, se succédèrent devant ses yeux. Les canines aiguisées du vampire s'enfonçant profondément dans sa gorge, le plongeant dans un plaisir immense et extatique. Le regard gris qui le fixait intensément, comme s'il voulait le happer tout entier. La voix mélodieuse du vampire contre son oreille, lui susurrant des mots qu'il n'arrivait pas à comprendre. Draco, allongé au dessus de lui, dans le lit, son nez caressant sa mâchoire. Draco en lui. Harry frissonna. Tout ceci lui paraissait tellement irréel, dans cette cuisine morose et sombre, sous le regard de ses amis. Il cilla à plusieurs reprises.
-C'est compliqué, affirma-t-il.
A nouveau, Ron grogna, clairement agacé. Harry le comprenait.
-Ecoutez, dit-il. Je vais tout vous raconter, d'accord? Mais dites-moi d'abord pourquoi vous êtes ici. Est-ce qu'il est arrivé quelque chose de grave?
-Tu veux dire en dehors de ta disparition et de ta mort? Demanda Ron, sarcastique.
Harry lui jeta un regard agacé, puis se tourna vers Hermione.
-Harry, tu as disparu pendant cinq semaines! Nous pensions que tu étais mort, dit-elle, les larmes aux yeux. Dis nous ce qui est arrivé. Tu t'es fait attaquer par des Mangemorts?
Ron ricana légèrement, l'air narquois.
-Hermione, regarde-le. Il n'a pas l'air d'avoir été attaqué et retenu prisonnier par les fidèles de Tu-Sais-Qui.
Harry lui jeta un regard sévère, puis se tourna à nouveau vers Hermione.
-Je n'ai pas été attaqué par des Mangemorts. Mais raconte-moi d'abord ce qui vous est arrivé. S'il te plaît. Je vous dirai tout après, promis.
Hermione l'observa quelques secondes, sembla lire sa détresse sur son visage tendu, et dit:
-On cherchait un endroit où se cacher, et c'est la meilleure idée qui nous soit venu à l'esprit.
Harry sentit son angoisse monter.
-Pourquoi vouliez-vous vous cacher? Interrogea-t-il.
Hermione et Ron échangèrent un regard, et Harry les regarda à tour de rôle. Qu'avait-il bien pu se passer en un mois? Pourquoi Ron et Hermione se trouvaient-ils seuls au Quartier de l'Ordre du Phénix? Où étaient les parents de Ron? Et les autres membres de l'Ordre? Pourquoi n'étaient-ils pas retournés à Poudlard? Harry avait tellement de questions à leur poser que tout se mélangeait dans sa tête. Il avait envie de les secouer, pour les faire parler plus vite, et leur faire comprendre à quel point il s'était inquiété pour eux.
-Pour échapper aux Mangemort, répondit platement Hermione.
Harry fronça les sourcils de plus belle.
-Pourquoi les Mangemorts vous poursuivaient-ils?
Hermione ouvrit la bouche pour répondre, mais aucun son n'en sortit. Elle se tourna vers Ron, qui fixait Harry d'un regard impassible. Celui-ci s'appuya contre le dossier de sa chaise, et croisa les bras sur son torse.
-Des Mangemorts nous ont attaqués pendant le mariage de Bill et Fleur, raconta-t-il d'une voix atone sous le regard horrifié de Harry. Ils ont totalement ruiné la fête. Nous avions déjà prévu avec Hermione de partir à la recherche des Horcruxes, et nous en avons profité pour déguerpir pendant l'attaque. Mon père, de tout façon, ne nous aurait pas laissé partir.
-Pourquoi? Interrogea Harry, qui s'était instinctivement penché en avant.
-Quand tu as disparu, nous avons été obligés de leur avouer ce que nous planifions. Nous pensions que tu étais parti sans nous. Nous ne leur avons pas parlé des Horcruxes, bien sûr, mais nous leur avons dit que nous planifions de partir seuls pour accomplir une mission que Dumbledore t'avait confié. Evidemment, ça ne leur a pas plu, et mon père voulait nous empêcher de partir et nous renvoyer à Poudlard.
Harry hocha doucement la tête, impassible.
-Que s'est-il passé, au mariage, pour les autres? Est-ce que quelqu'un a été...Blessé?
-Non. Tout le monde a eu très peur, et mes parents sont maintenant sous étroite surveillance. Mais il n'y a pas eu de blessés, heureusement. Lupin est venu nous rendre visite plusieurs fois.
Harry hocha la tête, un peu soulagé.
-Et vous, qu'avez-vous fait, après vous être enfuis du mariage?
-Nous avons transplané dans Londres, et c'est là que deux Mangemorts nous ont retrouvés, dans un café Moldu. Nous ne savons pas comment, mais ils sont apparus de nulle part, et semblaient déjà savoir que nous étions ici.
-C'est à cause du tabou, expliqua Harry.
-Le quoi? Demanda Hermione.
-Le tabou, répéta patiemment Harry, amer. Vous-Savez-Qui a posé un tabou sur son nom. Quiconque le prononce est retrouvé par ses Mangemorts. C'est vachement pratique pour retrouver ses ennemis.
Hermione et Ron restèrent silencieux quelques secondes, digérant l'information. Harry laissa passer quelques secondes, puis demanda:
-Vous leur avez échappé? Et après?
-On est directement venu ici. Ca nous a semblé être la meilleure solution, et la plus sage.
Hermione se tut. Elle but une longue gorgée de son thé, l'air soudain songeur. Harry l'observa quelques secondes avec intensité, tentant de savoir si quelque chose avait changé chez sa meilleure amie depuis la dernière fois qu'il l'avait vue, à King Cross, avant les vacances. Elle avait de lourdes cernes sous les yeux et était très pâle. Il lui sembla également que son expression était plus sombre encore qu'au début de l'été. Harry essaya d'imaginer toutes les épreuves par lesquelles elle et Ron avaient pu passer ces dernières semaines. Le haïssaient-ils de ne pas avoir été là, lui aussi, pour endurer tout cela avec eux?
Il se racla la gorge puis demanda:
-Et vous êtes ici depuis tout ce temps? Tous seuls?
Hermione et Ron échangèrent un long regard, et Harry se demanda à nouveau ce qu'il avait raté. Il s'en voulut tellement, à cet instant, de ne pas avoir été là, qu'il en oublia pendant une seconde l'existence de Draco.
-Pas exactement, répondit Ron, un peu sèchement.
Harry les regarda à tour de rôle, des centaines de questions sur le bout des lèvres. Mais il lui semblait que ce n'était pas le moment de les presser. Il attendit donc patiemment, jusqu'à ce que Hermione sorte de sous son pull un pendentif en argent, sur lequel était accroché le médaillon de Serpentard.
Harry le regarda fixement quelques secondes, perplexe. Il se rappelait l'avoir mis dans son sac à dos, celui là même qui était resté dans sa chambre de Privet Drive.
-Comment l'avez-vous eu? Demanda-t-il.
Ron avait l'air amer lorsqu'il répondit:
-Nous nous sommes infiltrés au Ministère, sous Polynectar, pour aller l'arracher du cou de cette vieille pie d'Ombrage.
-Le Ministère, répéta Harry. Ombrage?
-Nous avons réussi à faire évader une vingtaine de née-moldus, mais Yaxley était sacrément remonté. Il nous a couru après dans tout l'Atrium, et on a réussi à s'échapper in-extremis par l'une des cheminées. C'était moins une.
-Yaxley?
-Un Mangemort. Et j'ai parlé des Détraqueurs? Dans la salle d'audience, il y en avait deux. Nous...
-Ron, ralentis, coupa Hermione qui ne souriait pas.
Elle ôta le médaillon et le fit passer à Harry. Celui-ci s'en saisit, l'air grave et les sourcils froncés, et fut étonné de la fraîcheur de l'objet dans sa main, alors qu'il avait reposé si longtemps contre la peau d'Hermione.
-C'est le vrai médaillon, Harry, indiqua-t-elle.
Harry releva la tête.
-Quoi? Comment...
Harry baissa la tête sur le médaillon qui reposait innocemment dans sa main. Il était la réplique exacte de celui qu'il avait trouvé dans la grotte. Il le retourna, et observa le S qui ornait l'objet, majestueux. Si Hermione disait vrai, ce dont il ne doutait pas, il tenait dans sa main un fragment de l'âme de Voldemort. Harry reposa le médaillon sur la table, légèrement écœuré par cet état de fait.
-Nous avons eu de la chance, raconta Hermione. R.A.B. Son nom est écrit ici même, dans cette maison.
Harry s'arracha à la contemplation de l'Horcruxe, et releva la tête, intéressé.
-Qui? Demanda-t-il, alors que le nom des Black jaillissait dans son esprit.
-Regulus Arcturus Black. Le frère de Sirius. Son nom est inscrit sur la porte de sa chambre, là haut.
-Mais comment est-ce possible? Comment le frère de Sirius peut-il être RAB?
Harry ne connaissait rien du frère de Sirius. Son parrain lui avait juste dit de lui qu'il faisait la fierté de sa famille, étant un vrai Serpentard, et désireux de grossir les rangs du Seigneur des Ténèbres. Il observa Hermione avidement.
Cette dernière soupira.
-Nous avons du faire venir Kreattur de Poudlard, afin de comprendre.
Harry haussa les sourcils. Il se rappela du vieil elfe taciturne dont il avait malgré lui hérité, à la mort de son parrain. Dumbledore l'avait envoyé travailler à Poudlard, et Harry avait totalement oublié son existence.
-Il est venu? Demanda-t-il, perplexe.
-Non, évidemment. Nous ne sommes pas ses maîtres. Mais Dobby, lui, est venu dès que nous l'avons appelé. Nous lui avons expliqué que nous avions besoin de poser quelques questions à Kreattur, et il s'est empressé de nous le ramener.
-Qu'a-t-il dit?
-Au début, rien. Il ne voulait rien savoir, et voulait rentrer à Poudlard. Mais quand on a prononcé le nom de Regulus, il s'est de suite calmé. Je lui ai alors montré le médaillon de son Maître, et il a fini par nous raconter comment le message de RAB a échoué au fond de la grotte. Pour le remercier, je lui ai donné le faux médaillon.
Elle coula un regard vers Harry, et ajouta:
-Il m'a semblé que c'était la chose la plus appropriée à faire.
Harry hocha légèrement la tête.
-Qu'a-t-il raconté?
-Regulus a trahi Vol...Enfin, Tu-Sais-Qui quand il s'est rendu compte de ce qu'on lui demandait d'accomplir en tant que Mangemort. Conscient que sa trahison allait lui coûter la vie, il a décidé d'essayer de détruire le Seigneur des Ténèbres. Il a donc découvert l'existence des Horcruxes, grâce à Kreattur dont Tu-Sais-Qui s'est servi pour cacher le médaillon dans la grotte.
Harry écarquilla les yeux d'horreur, imaginant le vieil elfe aux côtés du Seigneur des Ténèbres dans cette terrible grotte.
-Regulus y est retourné. Il a dérobé le vrai médaillon et l'a remplacé par le faux.
Harry ne dit rien, totalement captivé par le récit de la jeune femme. Sirius ne lui avait jamais parlé de Regulus, et Harry avait finit par comprendre que rien ne liait les deux frères. Il n'y avait entre eux ni affinité, ni affection. Mais apprendre que Regulus avait lutté contre le Seigneur des Ténèbres, au péril de sa vie, lui noua l'estomac.
-Que lui est-il arrivé?
Hermione et Ron échangèrent un regard sombre.
-Il est mort. Noyé dans la grotte.
Harry écarquilla les yeux, et son cœur manqua un battement. De suite, il revit la grotte immense et sombre, le lac glacé et immobile, l'îlot en son centre. Il imagina Regulus se débattant en vain contre les centaines d'Inferis qui hantaient ses eaux, l'entraînant vers le fond. Il imagina sa peur, son désespoir, et l'horreur de la situation lui noua les tripes. Regulus était venu grossir les rangs de l'armée d'Inferis de son ancien Maître, celui qu'il avait essayé de détruire avant de mourir, et Harry se sentit soudain malade.
-Lorsque Kreattur est revenu, il a tout essayé pour ouvrir le médaillon, en vain. Le vrai médaillon est resté dans cette maison, avant d'être jeté à la poubelle lorsque l'Ordre a fait le grand ménage, il y a deux ans.
Elle s'interrompit, visiblement encore agacée par cet état de fait. Savoir que le médaillon s'était trouvé si prêt était rageant. Harry se mordit la lèvre inférieure, repensant à tout ce que Dumbledore avait sacrifié pour récupérer un faux Horcruxe, alors que le vrai se trouvait à portée de main, dans la maison même qui abritait l'Ordre du Phénix.
-A la mort de Sirius, Mondingus l'a récupéré pour le vendre à la sauvette sur le Chemin de Traverse. Et c'est là qu'Ombrage l'a trouvé, pensant qu'il était issu de sa propre famille, les Selwyn.
Harry hocha doucement la tête, digérant toutes ces informations. Il s'en voulait d'autant plus désormais, sachant que Ron et Hermione avait continué à enquêter sur RAB, et sur les Horcruxes. Ils avaient réussi à en retrouver un, et à s'en emparer, sans lui, à la barbe même du Ministère.
-Nous en avons un, dit Ron. Mais nous ne savons pas comment le détruire.
Hermione approuva.
-Il faut l'ouvrir, je suppose. Mais nous avons tout essayé, sans succès.
Harry observa le médaillon. Il s'en empara, et sans vraiment y croire, tenta de l'ouvrir.
-Ca ne sert à rien de récupérer les Horcruxes si nous ne pouvons pas les détruire, affirma Ron.
Harry observa le médaillon, songeur. Il essaya de se remémorer si Dumbledore lui avait fourni un indice quant à la façon de détruire un Horcruxe. Il essaya à nouveau d'ouvrir le médaillon, tirant de toutes ses forces sur le loquet. Dépité, il jeta le médaillon sur la table où il glissa de quelques centimètres sur le bois verni.
-Je pense savoir comment l'ouvrir, affirma soudain Hermione.
Ron et Harry se tournèrent soudainement vers elle, intéressés.
-Comment? Interrogea Ron. Pourquoi tu ne l'as pas dit plus tôt?
Hermione hésita. Elle jeta un coup d'œil timide vers Harry. Ce dernier l'observa sans rien dire, curieux de ce qu'elle avait à dire.
-Je pense que tu devrais lui parler Fourchelang, Harry.
Harry baissa le regard sur le médaillon. Il avait l'air inoffensif, ainsi immobile sur la table.
-Fourchelang?
-A l'intérieur se trouve un morceau de l'âme de Tu-Sais-Qui. Si tu lui parles en Fourchelang, peut être t'obéira-t-il et s'ouvrira-t-il.
Harry fixa le médaillon, indécis. Il tendit avec hésitation sa main vers le médaillon et s'en empara à nouveau. Il passa son pouce sur le S serti d'or, s'imaginant un serpent sans grande difficulté. Après quelques secondes, il eut l'impression de le voir se mouvoir doucement, et il souffla:
-Ouvre-toi.
Il attendit silencieusement. Il s'attendait à ce que le médaillon s'ouvre d'un instant à un autre, et ne savait pas ce qu'il se passerait.
-Tu...Tu n'as pas parlé Fourchelang, Harry.
-Non?
Hermione et Ron secouèrent la tête simultanément. Harry plissa les yeux, et se concentra à nouveau sur le médaillon.
-Ouvre-toi, répéta-t-il.
Il leva un regard vers ses amis, qui secouèrent à nouveau la tête en signe de dénégation. Harry fronça les sourcils.
-Pourquoi je n'y arrive pas? Demanda-t-il, agacé face à son échec répété.
-Je ne sais pas, répondit patiemment Hermione. Peut être que tu ne te concentres pas assez.
Harry lui jeta un regard peu amène, et elle n'ajouta rien. Il essaya à nouveau de parler Fourchelang pour ouvrir le médaillon, sans succès. Finalement découragé, il lâcha le médaillon et croisa les bras sur son torse sous le regard de ses deux amis. Il jeta un regard noir à l'Horcruxe, comme s'il était responsable de tous ses malheurs et affirma:
-Je crois que je connais quelqu'un qui serait capable d'ouvrir cette chose.
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Harry avait finit son thé, et il jouait nerveusement avec sa cuillère, la faisant tournoyer rapidement entre ses doigts. Il avait faim, mais n'osait pas demander à ses amis quelque chose à grignoter. Il était plus qu'évident que la cuisine manquait cruellement de vivres, et Harry se sentit d'autant plus coupable vis à vis de ses amis d'avoir mangé à sa faim ses dernières semaines.
La culpabilité.
C'était le sentiment le plus piquant qu'il ressentait à cet instant. Même s'il avait conscience qu'il avait été retenu contre son gré loin de ses amis, il ne pouvait s'empêcher de se sentir horrifié à l'idée de les avoir laissés seuls tout ce temps. Cette mission, Dumbledore la lui avait confiée personnellement. C'était son fardeau. Il n'avait aucun droit de la déléguer à ses amis, pour quelques raisons que ce soit.
Savoir que Ron et Hermione avaient continué à l'accomplir, alors même qu'il avait disparu, faisait enfler en lui un sentiment de gratitude infini. Il se sentait horriblement responsable de toutes les souffrances qu'ils avaient endurées, de toutes les épreuves par lesquelles ils étaient passés. Il s'en voulait terriblement de ne pas avoir été là, et se détestait de ne pas avoir tenté avec plus de force de se soustraire de l'influence du vampire.
Harry n'avait qu'une envie. C'était de rattraper le temps perdu. Il voulait montrer à ses amis qu'il était toujours là, et qu'il était plus déterminé que jamais à accomplir la Prophétie.
Il se doutait bien, face à leurs regards sombres et leurs expressions moroses, que Ron et Hermione avaient envisagé la possibilité qu'il les ait abandonnés. Qu'ils aient décidé néanmoins de tenter de retrouver les Horcruxes emplissait Harry de gratitude. Il se rendait compte à quel point ses amis lui étaient fidèles, et espérait qu'ils pourraient lui pardonner son absence de ces derniers jours.
Mais par dessus tout, il espérait qu'ils arriveraient à comprendre sa nouvelle situation. Il ne leur demandait pas d'accepter Draco. Harry savait que c'était impossible. Non seulement, Draco lui même ne les accepterait jamais. Mais en plus, Harry avait mis des semaines avant de comprendre qu'il ne pourrait échapper au vampire, et qu'il faisait désormais irrémédiablement parti de sa vie. Il y était arrivé seulement parce que le lien le poussait dans cette direction, et il n'attendait pas de ses amis qu'ils acceptent le vampire avec autant de facilité. Non, ce que Harry espérait, c'est que Ron et Hermione se montrent tolérants, et qu'ils ne le rejettent pas après avoir appris ce qu'il était devenu. Et surtout ce que ça impliquait.
La voix douce d'Hermione sortit Harry de ses pensées maussades. Il releva la tête, et s'aperçut qu'elle le fixait avec inquiétude. Le jeune homme tenta d'esquisser un sourire rassurant, sans grand succès.
-Est-ce que tu es sûr que ça va, Harry? Tu sembles fatigué, remarqua-t-elle.
Harry ouvrit la bouche pour affirmer avec conviction qu'il allait très bien, mais aucun son n'en sortit. Il baissa la tête sur ses mains posées sur la table, et s'aperçut qu'elles tremblaient. Ses doigts étaient gelés. Allait-il bien? Il se sentait fatigué, et ses membres étaient lourds, mais c'était quelque chose qui était inhérent à sa condition de calice. Il ne pouvait pas donner son sang plusieurs fois par semaine et être au mieux de sa forme. Il avait par ailleurs un mal de tête léger, qui se superposait à une douleur oppressante au niveau de la poitrine. Il mettait néanmoins ces souffrances là sur le compte de l'éloignement d'avec son vampire.
-Je ne suis pas au mieux de ma forme, avoua Harry, un peu à contrecœur.
Sa fatigue devait se lire sur son visage, de tout façon. Il aurait été vain de mentir. Moralement, néanmoins, Harry se sentait bien. Les retrouvailles avec ses deux meilleurs amis l'avaient empli de joie et d'euphorie, et il était heureux d'être à nouveau près d'eux.
-Tu vas nous dire ce qu'il t'est arrivé, oui ou non? S'impatienta Ron.
Harry se tourna vers lui et lut sur son visage toute la rancœur que Ron conservait à son égard. Ils s'observèrent durant quelques secondes, Harry se demandant comment il allait introduire l'existence du vampire auprès de ses amis.
-Quand tu dis que tu connais quelqu'un qui pourrait ouvrir le médaillon, de qui parles-tu? Demanda Hermione, son ton calme contrastant avec celui de Ron.
Le cœur de Harry battait la chamade. Les yeux gris du vampire dansaient dans sa tête, et plus il y pensait, plus il désirait être près de lui. La perspective de parler de Draco à Ron et Hermione ne l'enchantait pas. Il lui semblait que sa relation avec le vampire touchait à l'ordre de l'intime, et ne devait pas être partagée, même avec les personnes qui étaient le plus proche de lui. C'était quelque chose qui ne concernait que lui et Draco, et personne n'avait le pouvoir de s'immiscer entre eux. Par ailleurs, Harry aimait l'idée que Draco soit son secret. En gardant son existence pour lui seul, il avait l'impression de s'approprier le vampire, ce qui était une idée plaisante, car il ne doutait plus que Draco s'était pleinement approprié le calice qu'il était.
Harry luttait contre des pensées contradictoires. Ces dernières semaines, il avait tellement voulu retrouver Ron et Hermione que cette idée était progressivement devenue une part de lui. Il avait fini par oublier pourquoi il voulait les revoir, pour ne plus penser qu'à les retrouver. Néanmoins, alors que sa relation avec Draco devenait de plus en plus intense, il n'avait pas pensé une seule fois de ce qu'il devrait leur dire quand il les retrouverait.
Il se rappela des phases de désespoir intense qu'il avait traversées, seul et enfermé. Le découragement, la tristesse, l'abattement, la colère, la haine. Les crocs du vampire se plantant profondément dans son cou. Le plaisir extatique qui parcourait son corps alors que le vampire prenait de longues et lentes aspirations. Le bien être intense lorsque Draco le tenait dans ses bras. Le sexe du vampire enfoncé profondément en lui.
Harry rougit, et il se redressa sur sa chaise comme un ressort. Ses mains tremblantes disparurent sous la table, et il tira sur son pull pour les dissimuler et les réchauffer.
Ron et Hermione ne comprendraient jamais. Personne ne pouvait comprendre qu'un humain puisse prendre plaisir dans les bras d'un prédateur tel qu'un vampire, à moins d'être un calice lui même. Ils le prendraient pour un fou, ou un masochiste. Ils ne tolèreraient pas qu'un vampire assoiffé de sang, de son sang, soit devenu aussi important à ses yeux en à peine quelques semaines. Ils ne comprendraient pas pourquoi Harry était dépendant de ce vampire, pourquoi son absence lui était douloureuse, pourquoi il ne rêvait que de ses crocs plantés dans son cou. Ils seraient dégoûtés, horrifiés, choqués.
Mais ce dont Harry avait le plus peur, c'était de lui même. Draco était devenu si important à ses yeux, qu'il supportait à peine d'être séparé de lui. Se retrouver seul dans cette cuisine, avec ses amis, lui était bien plus difficile que ce qu'il s'était imaginé. Il ne rêvait que de la présence de Draco à ses côtés, et tout son être appelait le vampire avec une force insoupçonnée. Il était horrifié de se rendre compte qu'il aurait préféré, à cet instant, se trouver avec Draco.
-Harry, appela délicatement Hermione. Dit-nous ce qu'il t'ait arrivé. Ca ne peut pas être si horrible que ça.
Harry se racla la gorge. Il tritura nerveusement la manche de son pull-over, mal à l'aise. La réaction de ses amis l'effrayait.
-J'ai été attaqué, affirma-t-il finalement d'une voix basse, comme s'il espérait que ses amis ne saisissent pas ses mots.
-Par des Mangemorts? Demanda aussitôt Hermione, l'air inquiet.
Harry la dévisagea. Il se demanda ce qui traversait l'esprit vif de la jeune fille. Qu'avait-elle imaginé? Il secoua la tête et se tut quelques secondes, sous le regard sévère de ses amis qui attendaient impatiemment sa réponse.
Il n'avait même pas envie de partager l'existence du vampire avec eux.
-Non, dit-il, mal à l'aise et son cœur battant à cent à l'heure. Ce n'était pas des Mangemorts. C'est plus compliqué que ça.
Qui pouvait comprendre ce qu'il ressentait lorsque Draco le mordait si ce n'est un autre calice? Il était persuadé que Ron et Hermione le prendraient pour un fou et cette perspective l'horrifiait. Que ferait-il s'ils le rejetaient?
L'image de Draco flotta dans son esprit, et il s'en voulut aussitôt. Le vampire ne pourrait jamais remplacer ses deux amis. Ils avaient traversé ensemble des épreuves que Draco ne pouvait imaginer. Ils avaient toujours été là pour lui, quoiqu'il arrive, et Harry leur devait énormément. Draco, bien qu'il soit devenu en quelques semaines à peine le centre du monde de Harry, ne pourrait jamais prendre la place de Ron ou Hermione, Harry en était sûr.
-C'est compliqué? Répéta Ron, perplexe. Alors explique-nous.
Son ton ferme ressemblait à un ordre, et Harry lui jeta un regard. Ses mains tremblaient. Le mot vampire n'arrivait pas à sortir de sa bouche, malgré tous ses efforts. Inconsciemment, ses doigts vinrent caresser les deux marques rouges qu'il savait être sur son cou, cachées par le col haut de son pull en laine. Il les griffa légèrement, les yeux dans le vague, et ce simple geste suffit à le rassurer, un peu comme si Draco était à ses côtés.
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Et voilà pour ces retrouvailles! Est-ce qu'elles vous ont plu? Comment avez-vous trouvé Harry dans ce chapitre, loin de Draco? Et comment trouvez-vous les réactions de Ron et Hermione? A votre avis, comment vont-ils prendre la nouvelle de Harry était un calice?
La réponse à cette dernière question sera dès le prochain chapitre!
Passez une bonne semaine, et un bon réveillon!
A la semaine prochaine!
