Salut tout le monde! :)

Merci à tous pour vos review! Elles me font super plaisir, vous n'imaginez pas à quel point! Juste un point que je voudrais éclaircir, et qui est revenu souvent dans vos commentaires:

Oui, il ne se passe pas grand chose niveau action dans ma fic! C'est seulement parce que j'ai pris le parti de me concentrer sur la relation calice/vampire, plutôt que sur tout le scénario des Horcruxes. A la base, c'est une fic calice/vampire que j'écris, donc je veux me concentrer sur ça, car c'est avant tout leur relation qui me passionne, et que je me régale de décrire! Je préfère donc développer l'évolution, ou la régression parfois xD, de leur relation, leurs disputes et leurs réconciliations. C'est un choix! Mais ne vous inquiétez pas, je n'oublie pas l'enquête sur les Horcruxes non plus!

Pour répondre à la question de Guest, qui doit intéresser pas mal de personnes: je vise les 45 chapitres, mais il y en aura probablement plus, vu comme c'est parti... Accrochez-vous ;)

Comme d'habitude, merci à tous ceux qui ont laissé des review anonymes: Kisis, ankana87, Anna, Tsuki, nytiss973, Lu, Guest, Sheego, Sélènè, Tenshi.

Et voici donc un chapitre un peu particulier, centré sur Draco. j'espère qu'il vous plaira! Et petite dédicace à Queenofkrass ;)

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Chapitre 27

La vérité est souvent éclipsée, mais jamais éteinte

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Un imposant manoir se situait au bout d'une longue et sinueuse allée. Celle-ci serpentait entre arbres et buissons sur plusieurs mètres. Le bâtiment apparaissait peu à peu à la vue du visiteur à travers les feuillages des arbres, dévoilant sa façade d'un gris terne et rongée par un lierre vieux de plusieurs années. L'endroit avait quelque chose d'intemporel, qui collait bien au propriétaire des lieux.

Draco monta les quatre marches du perron deux à deux de son pas souple et léger. Il pleuvait à grosses gouttes, et ses mèches mouillées tombaient en désordre sur son front. Néanmoins, et malgré le froid mordant de ce début de mois d'octobre, il ne portait qu'un simple tee-shirt noir. Les mains enfoncées dans les poches de son pantalon, il était concentré, comme toujours depuis deux mois, sur son calice.

Harry remuait dans son sommeil, et il craignait qu'il ne se réveille, déjà. Il ne voulait pas que le jeune homme s'éveille d'un cauchemar dans un lit vide et froid, en le cherchant désespérément. Draco n'aimait pas l'état d'esprit de Harry quand il s'apercevait de son absence, lorsqu'il se réveillait avant qu'il ne soit revenu de ses vadrouilles.

Draco sonna poliment, laissant son doigt appuyé plus longtemps que nécessaire, et imaginant le corps parfait de son calice alangui entre les draps. La porte s'ouvrit presque aussitôt, laissant apparaître un jeune elfe de maison qui le regarda avec un air proche de l'effroi. Draco lui offrit un sourire resplendissant, laissant apparaître ses canines proéminentes celles là même qu'aimait tant son calice.

Aussitôt, la petite créature s'écarta et Draco entra dans la vaste demeure d'un pas de conquérant. La porte claqua derrière lui, et il regarda autour de lui, vaguement impressionné par la splendeur des lieux. Le hall d'entrée était immense, brillamment éclairé, et s'ouvrant sur un vaste escalier à impériale.

-Mon maître se trouve dans le grand salon, monsieur Draco. Au premier éta...

-Je sais, coupa sèchement Draco.

-Si vous permettez...

La créature fit un geste, l'enjoignant à le suivre, mais Draco leva le bras et répliqua:

-Je trouverai.

L'elfe s'inclina précipitamment et disparut dans un "plop" sonore. Draco monta les marches patiemment, et suivit les voix pour se guider à travers le vaste premier étage. Il pénétra dans le salon sans frapper, et referma la porte derrière lui.

La pièce était vaste, confortable, et décorée dans un style un peu baroque qui s'accordait bien avec l'ambiance générale régnant dans le manoir. La partie gauche du salon était brillamment éclairée par deux immenses baie-vitrées qui s'ouvraient sur le jardin en contrebat. Au fond, un feu ronflait dans la cheminée en marbre, réchauffant agréablement la pièce.

-Messieurs, salua-t-il poliment à l'intention des occupants de la pièce.

Louis tenait salon dans un fauteuil de maître, au fond de la pièce. Le fauteuil était si près de l'immense cheminée qu'un humain ne l'aurait probablement pas supporté. Il avait croisé les jambes et lisait un journal étranger. Il ne releva pas les yeux lorsque Draco pénétra la pièce, et ne répondit pas à son salut. Lionel était debout devant la baie-vitrée, les mains dans les poches, et celui-ci le gratifia d'un hochement de tête courtois.

-Tiens, Draco, s'exclama-t-il, simulant la surprise. Je pensais que tu avais quitté l'Angleterre.

Draco alla directement s'installer dans l'un des fauteuils du salon, à son aise. Il s'y cala confortablement, l'orienta pour faire en sorte qu'il soit face aux deux autres vampires, et croisa les jambes.

-Pour quelles raisons aurais-je quitté l'Angleterre? Répondit-il nonchalamment. Il n'y a pas de meilleur endroit où se trouver, en ce moment.

Derrière son journal, Louis montra son approbation par un léger hochement de tête. Lionel ne répondit rien, mais continua à fixer Draco d'un regard intense et calculateur. Le silence s'installa dans la vaste pièce, léger. Draco resta concentré sur son calice, avec cette obsession qui le caractérisait quand il était question de Harry.

Le silence, paisible, dura quelques longues minutes. Draco offrit à Lionel un sourire affable un brin ironique, conscient que l'autre vampire ne s'expliquait pas son comportement changeant des dernières semaines.

Finalement, Louis replia son journal.

-Tu devrais venir avec nous, ce soir, dit-il à l'intention de Draco.

Draco redressa la tête et lui jeta un regard poli et intéressé.

-Où donc? Interrogea-t-il.

Lionel, silencieux, s'appuya contre la baie vitrée, et croisa les bras sur son torse puissant, les observant intensément.

-Nous allons à Godric's Hollow, expliqua Louis. Le Seigneur des Ténèbres pense que Harry Potter pourrait s'y rendre, et...

-Potter ou son fantôme, intervint Lionel, l'air vaguement narquois.

Draco lui jeta un regard en biais avant de se concentrer à nouveau sur Louis, vaguement ennuyé par la réflexion de l'autre vampire. Harry passait encore pour mort auprès de la majeure partie de la population, mais les plus avertis, et Lionel en faisait parti, n'étaient pas dupes.

Louis, lui, se contenta de lever les yeux au ciel.

-Donc, reprit Draco comme si de rien n'était, je suppose qu'il vous a demandé d'aller y faire un tour, pour surveiller les parages.

-C'est exact, répondit Louis.

Draco l'évalua quelques instants du regard, essayant de jauger son attitude.

-Pourquoi n'a-t-il pas demandé cela à ses Mangemorts? Ou bien, est-il si sûr de lui, à présent, qu'il nous prend pour ses serviteurs?

Louis esquissa un léger sourire, l'air crispé face à cette soudaine attaque.

-Quand il en va de Potter, il veut le meilleur, je suppose. Et puis, il y a toujours cette incertitude autour de ce qui est arrivé à ce garçon. Probablement ne veut-il pas impliquer ses Mangemorts dans cette histoire-là.

Draco se leva doucement. Il fit quelques pas dans le vaste salon, et vint se poster devant la cheminée. Il observa les flammes danser dans l'âtre, songeur.

-Le Seigneur des Ténèbres ne devrait pas penser que nous lui sommes acquis, dit-il.

-Il ne le pense pas, contredit Lionel. Il se méfie de nous.

-Il a bien raison, murmura Draco.

Il y eut un bref silence, puis Louis ajouta:

-Le Seigneur des Ténèbres est quelqu'un de très pragmatique. Et de très cultivé. Il a conscience que notre allégeance à sa cause ne se fait ni par conviction, ni par crainte, ce qui fait de nous des alliés peu fiables. Nous avons accepté cette alliance parce que nous voulons du sang, et du divertissement. Il nous offre les deux, c'est aussi simple que cela. Lui rendre quelques...Services en échange de cela est un juste retour des choses.

-Bien sûr, souffla ironiquement Draco. Je suppose que c'est plutôt équitable.

Louis sourit. Pendant quelques secondes, ses canines brillèrent d'une lueur orangée, avant qu'elles ne disparaissent.

-Tu étais le plus enthousiaste de nous tous, fit-il remarquer à Draco. Tu as accepté cette alliance, tu as accepté de jouer.

-Je suis enthousiaste, répliqua Draco sans sourire. Mais j'ai le droit de jouer à plusieurs jeux. Aucune règle ne l'interdit.

Il fit une brève pause, puis ajouta:

-Néanmoins, j'ai déjà quelques occupations de prévues pour ce soir. Vous devrez vous passer de ma présence, je le crains.

Dans son dos, les portes du salon s'ouvrirent soudain, et il fit vivement volte face. Le nouveau venu haussa un sourcil ravi en s'apercevant de la présence de Draco, et un sourire en coin narquois étira ses lèvres. S'avançant dans la vaste pièce d'un pas de propriétaire, il écarta amplement les bras, comme pour englober la magnificence des lieux. Ses dents blanches brillaient sur son visage à la peau mate, et il dévoilait ses canines proéminentes sans pudeur aucune.

-Draco, s'exclama-t-il. Après tout ce temps, tu retrouves enfin le chemin de ma magnifique demeure! Que penses-tu des aménagements que j'y ai fait.

-Tu as un elfe de maison, répondit le vampire blond avec condescendance.

Le sourire de Blaise disparut, si vite que s'en était inquiétant. Ses bras retombèrent le long de son corps, et il vint s'asseoir dans le fauteuil que Draco venait de quitter. Il croisa les jambes avec nonchalance, et fit mine de lisser les plis invisibles de son pantalon de haute facture.

-Un elfe de maison n'est pas un aménagement, fit-il remarquer.

Près de la baie-vitrée, Lionel fouilla ses poches et en sortit sa pipe. Il l'observa attentivement, comme s'il cherchait une égratignure qui n'était pas là la dernière fois qu'il l'avait fumée. Puis il entreprit de la bourrer avec application.

-Quelle utilité peux-tu avoir d'un elfe de maison? Interrogea Draco.

-C'est une grande maison, dit vaguement Blaise.

Il fit un geste brusque comme s'il voulait chasser une mouche particulièrement agaçante. Draco haussa les sourcils et, au bout de quelques secondes, Blaise ajouta:

-Il y a trois calices à nourrir dans cette maison. Crois-moi, c'est un travail bien plus dur que cela en a l'air au premier abord.

Draco haussa les sourcils. Il jeta un coup d'œil furtif à Lionel, qui venait d'allumer sa pipe.

-Encore des calices, soupira-t-il.

Blaise sourit.

-Quel ton méprisant, nota-t-il avec un léger sourire. C'est rassurant de voir comme certaines choses ne changent pas, telle que ta haine pour les calices.

-Je ne hais pas les calices, coupa Draco avec autorité.

-Tu les méprises, dit Lionel. Ce n'est guère mieux.

-Oui, je méprise ces humains qui cherchent à tout prix un moyen de se lier à un vampire pour obtenir protection et jeunesse éternelle, même si ce n'est que provisoire. Ils cherchent seulement à se faire entretenir pour échapper à leur condition humaine, et je trouve cela méprisant.

Blaise arborait une expression proche de la grimace, alors qu'il fixait impassiblement Draco. Louis, dans son fauteuil, avait croisé les bras sur son torse, et arborait l'expression ennuyée de quelqu'un écoutant un discours maintes fois entendu.

-Et je vous méprise d'autant plus d'entrer dans leur jeu et de leur permettre d'accéder à ce statut, qu'ils ne méritent en aucun cas. De quoi avez-vous peur pour vous encombrer d'humains à longueur de temps? De la solitude, de l'ennui?

-Draco, mon ami, tu n'as jamais compris l'utilité que peuvent avoir les calices pour...

-Blaise, coupa Draco, qui savait où ce genre de conversation allait les mener, puis-je utiliser ta bibliothèque?

Interrompu dans son début de discours pompeux, Blaise referma la bouche et jeta à Draco un regard noir. Puis il fit un geste de la main négligent, l'air franchement agacé, et Draco se leva. Il inclina brièvement la tête, un sourire narquois aux lèvres et sortit de la pièce.

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L'immense pièce imposait un certain respect, dès le seuil. Il n'y avait pas de fenêtres, et elle était plongée dans une obscurité toute relative. Des lampes éclairaient vaguement les rayonnages, ici et là, diffusant une lueur jaunâtre entre les étagères. Ici s'entassaient des années de collectes de livres en tout genre. Blaise était l'un des plus jeunes vampires que Draco connaissait, mais au long des années, il avait entassé une collection de livres assez impressionnante. Blaise avait rarement quitté l'Angleterre, et cette villa lui appartenait depuis des générations. Depuis, elle était envahie d'objets en tout genre que le vampire avait collecté au cours des années, et qu'il entreposait dans sa maison avec ordre et soin.

Draco s'avança dans la vaste pièce. Les livres étaient classés par thème, et il avança doucement entre les rangées, attentif aux titres qui défilaient sous ses yeux. Il ne faisait aucun bruit, et ses yeux pétillants déchiffraient l'obscurité avec une facilité hors du commun.

Il bifurqua dans la section réservée à l'Histoire d'Angleterre. Les livres moldus succédaient aux ouvrages sorciers sans logique aucune, et Draco triait chaque image avec vivacité dans son esprit analytique.

Lionel surgit au bout de la rangée sans signe précurseur. Aussi silencieux que l'était Draco, il s'avança nonchalamment le long de la rangée de son pas souple et bondissant. Draco lui jeta un rapide regard avant de se replonger dans sa recherche avec indifférence, avançant doucement en direction de l'autre vampire.

-Envie de lire? Interrogea Lionel.

Sa voix douce et mélodieuse résonna dans l'immensité de la pièce. Draco répondit par un signe de la tête qui n'engageait à rien, sans cesser ses recherches.

-Je vais détruire le Seigneur des Ténèbres.

Aussi longtemps que remontaient ses souvenirs, Draco se souvenait de Lionel à ses côtés. Il avait été une constance dans son éternité, allant et venant dans sa vie. Ils n'avaient jamais été proches comme peuvent l'être des amis après s'être côtoyés pendant des années, mais leur relation avait toujours été très cordiale, et très respectueuse.

-Détruire le Seigneur des Ténèbres, répéta Lionel en haussant un sourcil vaguement étonné. Je croyais que si on devait te situer, ce serait justement de son côté.

-Détruire le mage noir est un défis bien plus grand que détruire les quelques brebis égarées et perdues que furent un jour les membres de l'Ordre du Phénix.

Lionel hocha doucement la tête devant l'argument. Il semblait néanmoins sur ses gardes.

Draco savait que Lionel ne serait jamais un obstacle dans ses plans, comme ne le seraient pas non plus les autres vampires qu'il côtoyait parfois. Peu importe les camps dans lesquels ils se trouvaient, la relation qui les unissait les uns aux autres prônait sur les conflits que se livraient régulièrement les humains.

-Il est immortel, affirma soudain Lionel.

-Je sais, souffla Draco en coulant un regard en direction de l'autre vampire. Un humain immortel. Il y a toujours un moyen d'inverser la balance. Les humains ne sont pas fait pour être immortel. Ils sont trop émotionnels, trop faibles, trop immatures. L'immortalité est un fardeau qu'ils ne peuvent endurer.

Lionel s'adossa nonchalamment contre une étagère, les mains dans les poches de son pantalon noir. Son regard était posé fixement sur Draco, qui feuilletait un livre avec cette rapidité qui caractérisait les vampires.

Draco avait les lèvres rosées et la mine détendue d'un vampire ayant récemment bu tout son soûl. Lionel entendait son cœur battre régulièrement dans sa poitrine, plus lentement, néanmoins, que celui d'un humain. Cependant dans le silence de la vaste bibliothèque, il lui semblait que le bruit résonnait puissamment.

-Tu comptes trouver dans la bibliothèque de Louis un moyen de rendre mortel le mage noir immortel? Demanda-t-il lentement, sardonique.

Draco grogna son approbation en remettant à sa place le livre qu'il avait pris. Il reprit sa marche, doucement, sa main caressant les tranches des livres qu'il dépassait. Lionel le suivit.

-Je sais déjà comment y parvenir, affirma Draco au bout de quelques secondes. Il me manque juste certaines informations afin de concrétiser mon idée.

-Tu m'expliques?

Draco s'arrêta, se tourna vers Lionel et le jaugea d'un regard narquois. Ses lèvres s'étirèrent brièvement, et ses canines acérées brillèrent pendant quelques secondes.

-Je ne dévoile pas mes plans à l'ennemi.

Lionel esquissa un sourire enchanté face à la réplique de l'autre vampire, dévoilant à son tour ses canines proéminentes. Il pouvait se vanter d'être l'un des seuls vampires à connaître Draco depuis si longtemps qu'il savait anticiper ses réactions. Son comportement étrange et un brin inhabituel depuis quelques semaines avait attiré son attention et éveillé sa curiosité. Il n'arrivait plus à le cerner, et ne savait plus ce qui motivait Draco dans ses actes pour lui dénoués de sens.

-Il y a quelques semaines, tu disais à ces Mangemorts que tu acceptais l'alliance proposée par leur Maître, dit-il doucement, pas sûr de comprendre le résonnement de Draco.

-Les temps changent.

-Les temps changent. Mais pas nous. Qu'est-ce qui t'aurais fait changer d'avis?

Draco ne répondit rien. Il se remit à lire les titres des livres qui défilaient sous ses yeux, par centaine. Parfois, il était obligé d'en essuyer la tranche tant la poussière qui le recouvrait les rendait illisibles. Quelques mètres derrière lui, il entendait les pas étouffés de Lionel qui le suivait, scrutant ses mouvements. Il avait conscience que Lionel ne comprenait pas son brusque retournement de veste, et que cet état de fait l'intriguait. Il préférait néanmoins le laisser démêler tout cela tout seul, conscient que l'autre vampire avait des ressources, et tirerait ses propres conclusions, vraies ou fausses.

-Tout ceci n'est qu'un vaste terrain de jeu, n'est-ce pas, dit Lionel. Les humains nous divertissent, leurs querelles sont nos passe-temps et eux sont nos jouets. Si nous sommes dans des camps différents, alors peut être devrions-nous parier sur qui gagnera la partie, cette fois? Le Seigneur des Ténèbres a été détruit par Potter lors de la première guerre. Penses-tu que le Survivant pourrait renouveler cet exploit?

Draco ne répondit rien. Il s'arrêta devant un livre particulièrement épais, et sembla réfléchir pendant quelques secondes. Puis, s'en emparant d'un geste vif, il l'ouvrit précautionneusement et en feuilleta les premières pages.

-Bien que, continua Lionel dans son dos, nous devrions nous méfier. Personne, à l'époque, n'aurait osé parier ne serait-ce qu'un Gallion sur un gamin de un an.

Draco referma le livre d'un claquement sec et le remit à sa place. Il se tourna lentement vers son camarade, le jaugeant froidement. Lionel arborait un sourire en coin amusé.

-Ce n'est plus un jeu, pour moi, affirma-t-il. Plus maintenant.

Draco reprit sa recherche, tandis que le sourire de Lionel, dans son dos, se fanait, puis disparaissait. Il observa la silhouette de l'autre vampire qui continuait ses recherches, et croisa les bras sur son torse musclé. Il sentait Draco tendu, à peine attentif à leur conversation, l'esprit ailleurs. Il le trouvait sombre, amer, pensif, bien loin du vampire impulsif et imprévisible qu'il connaissait depuis des décennies. Draco lui semblait plus calme, plus posé. Changé.

Lionel plissa les yeux, et avança de quelques pas pour suivre l'avancée de Draco.

-Ce serait drôle, n'est-ce pas? Interrogea doucement Lionel.

-Drôle n'est pas le premier mot qui me vient à l'esprit.

-Non bien sûr.

Lionel se tut, songeur. Il suivit silencieusement Draco sur quelques mètres, gardant entre eux une distance courtoise. Lorsqu'ils arrivèrent au bout de la rangée, Draco s'arrêta pour lire les indications sur les classements des livres, puis il reprit ses recherches dans la rangée suivante.

-Pourquoi, parmi nous tous, serait-ce toi, Draco? Ca n'aurait aucun sens, n'est-ce pas?

Draco secoua légèrement la tête, comme pour dire qu'il n'avait pas la réponse à une telle question.

-Tu te souviens, quand nous étions en France, au début du siècle? La guerre venait d'éclater, et Louis nous disait alors, contre l'opinion de tous, qu'elle durerait longtemps. Il disait entre quatre et six ans.

Lionel fit une pause, mais Draco ne dit rien, alors il enchaina:

-Plus tard, lorsque la guerre a finalement pris fin, quatre ans plus tard, Joey lui a dit que c'était un coup de chance. Du hasard. Une coïncidence. Qu'elle aurait très bien pu durer un an comme dix. Nous nous sommes disputés, ce soir là.

-Je me souviens, souffla doucement Draco.

La lampe qui éclairait le milieu de la rangée avait l'ampoule grillée, plongeant l'allée dans une obscurité profonde. Draco n'en fut pas dérangé, et il continua à avancer, lisant les titres sans aucune gêne, et écoutant Lionel d'une oreille distraite.

-Tu disais alors que le hasard n'existait pas.

Draco s'arrêta, et se tourna vers Lionel. A travers l'obscurité ambiante, tout deux se jaugèrent froidement, sur leur garde.

-Je n'ai pas changé d'avis, affirma-t-il.

-C'est un point de vue.

-Tout est prédestiné à arriver. On peut bien se débattre, faire en sorte d'emprunter les meilleures voies et d'éviter celles qui nous semblent obscures, si quelque chose est prédestiné à arriver, on ne peut le déjouer. On peut tout changer autour de nous, mais pas ce qui doit arriver.

-Est-ce que tu penses que les choses arrivent pour une bonne raison? Qu'il y a une raison cachée derrière les événements heureux de nos existences? Ou ceux qui sont malheureux.

-Oui, tout arrive pour une raison ou pour une autre.

Lionel attendit, mais Draco n'ajouta rien.

-Peut être que les pires moments de nos existences se transformeront un jour en des souvenirs merveilleux? Parfois, ce qui nous semble être la pire des calamités peut se révéler être quelque chose de formidable. Il faut juste s'en rendre compte.

Draco esquissa une moue très humaine, et se détourna de lui. Harry était sur le point de se réveiller. Il sentait son sommeil se faire plus léger, plus agité, et il savait par avance qu'il ne serait pas de retour avant son réveil. Harry lui en voudrait, même s'il ne le dirait pas clairement. Draco anticipait déjà le besoin que son calice aurait de lui à son retour, et il s'imaginait le prendre dans ses bras, le sentir, le toucher. Cette sensation lui était grisante, et le rendait fébrile, désireux, pressé.

-Pour ma part, continua Lionel, je pense que l'Homme peut influer son destin. S'il a décidé qu'une chose ne devait pas arriver, il peut se battre et l'éviter.

-Non, je ne pense pas que cela soit possible. Il y a certains événements qu'on ne peut pas éviter. Ils sont placés devant nous, sur notre chemin, et on y va droit dessus sans jamais pouvoir les anticiper, et encore moins les éviter.

Lionel sourit doucement dans son dos. Comme s'il l'avait senti, Draco tourna la tête dans sa direction, et leurs regards se rencontrèrent. Ils s'observèrent silencieusement pendant de longues secondes, l'air impassible, mais semblant se comprendre sans un mot. Puis Draco se détourna, et reprit ses recherches sans un mot de plus. Tous deux restèrent silencieux durant de longues minutes.

Puis Lionel reprit:

-Donc, tu cherches à détruire le Seigneur des Ténèbres. Ca ne doit pas être une tâche aisée.

Draco y consentit d'un vague hochement de tête, mais n'ajouta rien. Harry choisit ce moment pour se réveiller. Le sentiment de flottement que ressentait Draco à travers le lien se mua en une lourde fatigue. Il sentait la lourdeur de son calice à son réveil, et la déception, invariablement, qui le saisit quand il se rendit compte de son absence. Ce fut difficile pour Draco d'ignorer l'appel inconscient de son calice. Il eut envie de bondir, et de le rejoindre dans la seconde. Brusquement, il ne se sentait plus à sa place dans cette bibliothèque.

-Je cherche un livre qui pourrait relater assez fidèlement, et assez précisément la vie de Rowena Serdaigle, précisa Draco, soudain pressé de partir.

Lionel haussa les sourcils, et ouvrit la bouche pour répondre, mais Draco le coupa:

-Si tu pouvais m'aider.

Le vampire referma la bouche. Il saisit avec une moue agacée le sourire narquois de l'autre vampire. Lionel resta immobile durant quelques secondes, puis, alors que Draco s'éloignait, toujours en quête d'un ouvrage, il se décida. Il inclina brièvement la tête et se dirigea vers la rangée qui faisait face à celle où se trouvait l'autre vampire.

Les deux vampires continuèrent leurs recherches en silence pendant quelques minutes. Draco était de plus en plus agacé, et de plus en plus impatient. Ses pensées ne quittaient plus son calice, et il s'imaginait ce qu'il était en train de faire, l'imaginant alangui entre les draps froissés. Il sentait qu'Harry avait faim, comme souvent et espérait que l'elfe de maison lui avait préparé de quoi se sustenter.

-Pourquoi Serdaigle en particulier? Finit par demander Lionel.

-C'est une longue histoire, soupira Draco qui n'avait pas envie de s'attarder.

Son ton sec eut raison des questions de Lionel, qui abandonna son interrogatoire, temporairement. Draco continua à parcourir les titres des livres rapidement, conscient de Lionel qui le suivait dans la rangée d'en face. Il était étrangement fébrile, et plus que tout désireux de quitter cette sombre bibliothèque pour retrouver son calice, enfouir son visage dans son cou et s'imprégner de son odeur divine pour l'éternité.

Mais ce ne fut qu'au bout de quelques minutes, qui lui parurent interminables, que Lionel finit par se redresser avec un livre en main.

-Je crois que j'ai ce qu'il te faut.

Draco fit vivement volte face, et s'approcha de l'autre vampire en deux pas rapides. Lionel tenait un lourd volume entre ses mains, et il en regardait le titre fixement.

-"Tout homme s'enrichit quand abonde l'esprit", souffla-t-il. "Vie et Héritage de Rowena Serdaigle". C'est un vieux livre.

-Il fera certainement l'affaire.

Draco tendit la main pour s'emparer du livre, mais Lionel eut un mouvement de recul, mettant le livre hors de portée. Draco se figea, et tous deux s'observèrent fixement. Draco avait toujours la main tendue devant lui, et Lionel tenait le livre contre lui, dont il en caressait la couverture poussiéreuse. Finalement, au bout de quelques longues secondes, et face au regard insistant de Draco, Lionel finit par tendre le livre. Draco s'en empara rapidement, et tourna aussitôt les talons, ses pensées entièrement tournées vers Harry qui l'attendait.

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Toujours là? C'est un chapitre un peu particulier, j'espère qu'il vous a plu! Qu'en pensez-vous?

La semaine prochaine, c'est le chapitre que beaucoup d'entre vous attendent! Ron et Hermione vont croiser Draco au détour d'un couloir, ou quelque chose comme ça ;) Vous imaginez quoi? Une tempête? Une dispute? Indifférence? xD

Je vous dis à samedi prochain (probablement très tôt) :)

Bisous à tous!