Salut à tous!
Bienvenue pour ce nouveau chapitre :)
Avant de commencer, je tiens à remercier tout ceux qui m'ont laissé des review anonymes et que je n'ai pas pu remercier personnellement: nana972, nepheria4, sheego, Gwen, Kisis, Valma, ankana87, de passage, Xenane, chloe, Sélènè. Merci à tous!
J'espère que ce chapitre vous plaira! Il ne s'y passe pas grand chose, pourtant je vous promets qu'il va permettre un bon pas en avant dans la relation calice/vampire. Oui, oui. C'est à Harry de faire des efforts un peu, vous ne pensez pas? Mine de rien, c'est Draco qui fait avancer les choses, et Harry lui met de sérieux bâtons dans les roues xD
Sur ce, je vous laisse lire! Verdict en bas :)
Enjoy!
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Chapitre 30
Qui chérit à l'excès
sait haïr à l'excès
Aristote
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Harry descendit les marches à vive allure, et entra avec fracas dans la cuisine. Il était essoufflé, car son corps n'était plus habitué aux efforts physiques. L'ambiance dans la cuisine était chaleureuse, tamisée, confortable, en grande partie dû au feu qui ronflait dans la cheminée. Harry referma la porte derrière lui, tentant de maitriser sa respiration, tandis que Ron et Hermione levaient la tête. Ils étaient penchés l'un vers l'autre par dessus la table à manger, et chuchotaient précipitamment entre eux. Lorsque Harry entra, ils se redressèrent vivement et se tournèrent vers lui.
Deux fioles hermétiquement closes reposaient sur la table près d'Hermione. Elles étaient remplies d'un liquide semblable à de la boue que Harry reconnut instantanément.
Il s'avança vers ses amis et vint s'asseoir à côté d'Hermione. Ses mains tremblaient, et il les dissimula sous la table avec nervosité. Il tira sur les manches de son pull pour les recouvrir, et les frotta l'une contre l'autre pour les réchauffer.
Ron et Hermione le fixaient intensément, attendant visiblement qu'il dise quelque chose. Mais Harry resta muet, et la jeune fille finit par demander:
-Tu vas bien Harry? Est-ce qu'il y a un problème?
Harry secoua la tête. Il leur adressa un sourire un peu nerveux.
-Non, tout va bien. Je...
Il s'interrompit lorsque Lupin sortit tout à coup de la réserve, les bras chargés de bonbons à la menthe et de caramels. Le loup garou esquissa un sourire réjoui en avisant le jeune homme. Il posa son fardeau sur la table, et tendit une main chaleureuse à Harry qui la serra avec entrain.
-Bonjour professeur, salua-t-il, ravi de le revoir.
-Harry, je t'ai déjà de ne plus m'appeler ainsi. Comment vas-tu?
-Je vais très bien, répondit Harry.
Il espérait que sa fatigue ne se voyait pas trop sur son visage. Il ne voulait pas paraître faible devant Lupin, lui qui avait toujours supporter son statut de loup garou sans broncher. Pour échapper à l'examen attentif de l'homme sur sa personne, Harry se pencha et s'empara d'un des caramels disposés dans une assiette. Ils ressemblaient étrangement à ceux que faisaient Hagrid lorsqu'ils étaient à Poudlard, et c'était probablement pour cette raison que Ron ne s'était pas encore jeté dessus.
-Tant mieux, dit Lupin en souriant. Tu as meilleure mine que la dernière fois que je t'ai vu.
-Merci. Qu'avez-vous fait ces dernières semaines?
Harry ne voulait pas que Lupin l'interroge sur sa relation avec Draco, ce qu'il avait probablement en tête. Et l'interroger sur ses propres activités était le meilleur moyen qu'il ait trouvé pour le détourner de ses projets.
-Hé bien je tente de continuer la mission que Dumbledore m'avait confiée. J'essais de rester proche des loups garou pour surveiller leurs activités, même s'ils sont déjà beaucoup à être à la solde de Vous-Savez-Qui. Ce n'est pas facile, beaucoup d'entre eux connaissent mes antécédents avec Dumbledore, et me tiennent volontairement à l'écart. Alors j'essaye surtout d'empêcher les plus jeunes d'entre eux de rejoindre Greyback, et donc, par extension, le mage noir.
-Est-ce qu'ils se joignent à l'Ordre, ceux que vous arrivez à convaincre de ne pas rejoindre Greyback.
Lupin sourit avec indulgence face à la question de Harry. En voyant que Harry ne s'était pas cassé les dents sur les caramels, Ron s'en empara de plusieurs.
-Non Harry, ils ne se joignent pas à l'Ordre. Tu sais, avec la mort de Dumbledore, en juin dernier, assassiné par un de nos membres, la perte du Square comme quartier général, la prise de pouvoir du Seigneur des Ténèbres, puis ta disparition et ta mort annoncée en août, l'Ordre a connu de sacrés revers. Ses membres présumés ont été chassés par les Mangemorts, et aux yeux de la population, il n'y a plus d'Ordre du Phénix.
-Mais ce n'est pas vrai, n'est-ce pas? L'Ordre existe toujours.
-Nous sommes toujours actifs, oui, mais nous agissons dans l'ombre, désormais. Nos mouvements sont plus restreints, car toutes les personnes soupçonnées d'avoir un lien avec toi ou avec Dumbledore sont très surveillées.
Harry jeta un coup d'œil à Ron, qui arborait une expression totalement fermée. Il s'en voulait de mettre en danger sa famille à cause de leur amitié, mais ne pouvait plus rien y faire, désormais.
-Mais tu dois savoir, Harry, que si tu as besoin d'aide, pour quoique ce soit, tu peux nous appeler. Kingsley, Fol Œil, Arthur, Hagrid, moi, nous sommes prêts à tout pour t'aider dans la mission que Dumbledore t'a confiée.
Harry jeta un regard à Ron, puis à Hermine. Tous d'eux étaient impassibles. Il se contenta donc de hocher la tête avec raideur.
-Juste, ne l'oublie pas, d'accord?
A nouveau, Harry approuva. Il s'empara d'un nouveau caramel, et le dégusta en silence. Au bout de quelques minutes, et alors que la réserve de caramels diminuait à vue d'œil sous l'assaut des deux jeunes hommes, Lupin reprit:
-Alors, tu ne sais toujours pas où est ton vampire?
Son ton était vaguement narquois, et Harry rougit, se rappelant son mensonge à ce propos quelques semaines auparavant. Il sourit légèrement, et secoua la tête.
-Il est parti.
Seul le silence lui répondit. Il vit Ron et Hermione échanger un regard et cela le mit mal à l'aise. Il se racla la gorge, ne comprenant pas la distance que ses amis mettaient entre eux depuis trois mois. Harry n'arrivait pas à retrouver cette complicité qui existait entre eux avant les vacances. Il les trouvait froids, détachés face à sa condition, distants avec lui, et cette situation lui pesait de plus en plus. Comme si Draco, par sa seule existence discrète et la plupart du temps invisible à ses deux amis, avait placé une barrière entre eux. Comme si son statut de calice le rendait différent, et qu'il n'était plus, à leurs yeux, le Harry qu'ils avaient connu pendant sept ans, mais un simple inconnu.
Harry souffrait énormément de cet état de fait et, même s'il essayait de ne pas le montrer, ni devant eux, ni devant Draco, il avait peur d'avoir perdu Ron et Hermione au moment où il avait trouvé Draco. Il avait peur, également, que sa nouvelle situation ne mette en péril leur amitié car il savait pertinemment que sa dépendance envers Draco surpassait tout ce qu'il pouvait ressentir en terme d'amitié, d'affection, d'attachement ou d'amour.
-Il est parti où? Interrogea Ron.
Harry haussa nonchalamment les épaules en secouant la tête. Ron, plus particulièrement, avait du mal à accepter sa nouvelle situation. Parfois, il semblait à Harry qu'il le méprisait, et c'était un sentiment difficile à supporter. Ron et lui n'avaient pas vraiment eu de véritables conversations depuis son retour au Square, et Harry avait du mal à comprendre ce qu'il pensait réellement. Il se demanda si le statut de calice était quelque chose de méprisant aux yeux des sorciers et il sentit la honte monter en lui.
Il savait déjà qu'il ne se présenterait jamais en tant que calice devant un inconnu. Même à ses yeux, être un calice signifiait être quelqu'un de faible, de soumis, de dépendant à un être plus fort. Ce n'était clairement pas un statut dont il était fier, et dont il voudrait se vanter.
-Tu n'es pas curieux de savoir où il va quand il s'absente? Demanda Hermione.
A nouveau, Harry haussa les épaules. Si, il était curieux, évidemment mais il avait depuis longtemps assimilé le fait que Draco n'appréciait guère être noyé sous des tonnes de questions.
-Je ne vais pas le forcer à me parler. Et puis, il fait ce qu'il veut, il est assez grand.
En face de lui, Lupin hocha doucement de la tête. Harry se demanda si l'ancien professeur pouvait comprendre l'attitude de Draco, de part son statut identique de créature magique.
-Lui fait ce qu'il veut, où il veut, quand il veut, mais toi, tu n'as pas le droit de mettre un pied hors de cette maison. Ce n'est pas très équitable.
Harry jeta à Ron un regard noir, son cœur s'emballant aussitôt. Il fut instantanément agacé par cette remarque déplacée. Juste, mais déplacée. Il avait suffisamment conscience de cet état de fait pour ne pas que Ron le lui rappelle sans pitié.
-C'est quoi ton problème exactement?
Ron haussa les sourcils, et ses oreilles se colorèrent d'une légère teinte rosée face à l'attaque directe de son ami. Il se renfonça dans son siège et croisa les bras sur son torse, l'air bourru, mais sur la défensive.
-Je n'ai pas de problème, dit-il.
-Si, tu en as un. Sinon, tu ne m'attaquerais pas comme ça. Tu crois que je n'ai pas conscience de ça? Tu crois que ça me fait plaisir de t'entendre me jeter ce genre de réflexion à la gueule?
Ron était de plus en plus rouge. Il se tortilla sur sa chaise, gêné et évita le regard irrité de son ami. Harry s'était avancé sur sa chaise, et trépignait sur place. Son agacement était à son comble, et il se sentait prêt à déverser toute son irritation retenue pendant des mois.
-Je ne disais pas ça pour t'énerver, se défendit Ron. C'est juste la vérité.
-Tu n'es pas obligé de la dire, dans ce cas! Garde-la pour toi!
-Je voulais juste...
-Tu voulais juste quoi? Remuer le couteau dans la plaie? Me rappeler à quel point la situation joue en ma défaveur? Me montrer à quel point tu me méprises?
Les yeux verts de Harry semblaient lancer des éclairs. Hermione était immobile entre eux, et les observait se disputer en se mordant la lèvre inférieure avec appréhension.
-Non, non, pas du tout. Pourquoi tu t'énerves comme ça tout d'un coup?
-Parce que je n'apprécie pas tes réflexions. Ni ton comportement revêche. Depuis le début, tu agis comme si tout ceci te dégoûtait, comme si ça changeait quelque chose entre nous.
Harry se leva soudain. Il se passa la main dans ses cheveux, les tirant vers l'arrière en s'y agrippant fortement. Il rangea sa chaise sous la table, et fit quelques pas dans la cuisine, son regard se posant partout sauf sur Ron. Son cœur battait la chamade et il était énervé comme il ne l'avait plus été depuis longtemps.
-Comme si ça changeait quelque chose entre nous? Répéta Ron. Bien sûr que toute cette situation change quelque chose entre nous, mais ça ne vient pas de moi, ça vient de toi!
Harry fit brusquement volte face.
-De moi? S'exclama-t-il. C'est vous qui êtes distants depuis que je suis revenu! Vous ne me parlez plus, ou alors, vous parlez de moi dans mon dos! J'ai l'impression que vous ne voulez plus être avec moi, que vous me considérez différemment qu'avant...Qu'avant Draco.
-Harry, intervint doucement Hermione. Ce que Ron veut dire, avec peu de subtilité je l'avoue, c'est que nous ne sommes pas distants avec toi, mais c'est toi qui l'est, certainement sans t'en rendre compte.
Si Harry n'avait pas eu autant d'estime pour l'intelligence de la jeune femme, il se serait mis à hurler. Néanmoins, il se força à rester calme pour écouter ce que Hermione avait à lui dire, ou du moins à lui reprocher.
-Depuis que tu es devenu un...un calice, tu es très absent. Je le comprends, parce que tu as besoin de beaucoup dormir pour te régénérer. Et que, malheureusement, il se trouve que tu es décalé par rapport à nous. Tu dors toute la journée...
-Ce n'est pas ma faute! Coupa Harry, ulcéré qu'on lui reproche une telle chose. C'est lui qui ne respecte pas mon rythme. Il boit quand il en a envie sans respecter mes...
Harry se tut brusquement. Il se rendit soudain compte de ce qu'il venait de dire, et il devint plus rouge que les oreilles de Ron. Il se passa la main sur le visage, mortifié, et tourna le dos à ses amis et à Lupin. Il n'arrivait pas à croire qu'il venait d'utiliser le verbe boire devant ses amis, avec tout ce que ce mot sous-entendait.
-Il...Il le fait exprès, bafouilla-t-il, tentant vainement de se rattraper.
-Le faire exprès? Répéta Hermione. Qu'est-ce que tu veux dire?
Harry ferma brièvement les yeux.
-Il a tendance à être un peu...Possessif. Faire en sorte que je sois décalé par rapport aux horaires normaux, par rapport à vos horaires, c'est sa façon de me garder pour lui tout seul.
Harry tournait toujours le dos à ses amis. Il ne voulait pas qu'ils se rendent compte de son trouble, même s'il était parfaitement perceptible. Ron et Hermione ne répondirent rien, et Harry imagina sans peine leurs airs étonnés, peut être même choqués, ou horrifiés. Le fait de le dire ainsi à haute voix était également pour lui un brin déstabilisant. Ca lui semblait encore plus ridicule, et encore plus possessif et dominateur de la part de Draco. Il alla machinalement se servir un verre d'eau au robinet, et en but une longue gorgée pour faire passer tous les caramels qu'il avait mangés.
Hermione reprit au bout de quelques secondes:
-Mais même lorsque tu es avec nous, tu n'es pas vraiment là, Harry. Tu es détaché, presque indifférent, rêveur. Même lorsque nous parlons des...de la mission, tu ne sembles pas intéressé par la conversation, c'est à peine si tu réponds.
-Non, marmonna Harry, déstabilisé par les dires de la jeune fille. Ce n'est pas...
-C'est l'impression que tu donnes, en tout cas. J'ai...Je me suis un peu renseignée sur les calices, tu sais. Et même si je ne peux pas comprendre ce que tu ressens, je sais à quel point tu es devenu dépendant de ce vampire. Je pense que tu es obnubilé par lui, et que tu es constamment en train de le chercher, même si tu sais pertinemment qu'il n'est pas là.
Harry souffla brutalement. Il finit son verre, et le reposa un peu brutalement sur le plan de travail.
-J'ai l'impression que c'est vous qui ne comprenez rien...
-On ne peut pas comprendre, Harry, dit Hermione. On ne peut pas se mettre à ta place, on ne peut qu'imaginer ce que tu ressens. Etre un calice, c'est quelque chose de tellement rare, et ça amène des émotions tellement inédites que peu de personnes peuvent te comprendre.
-Mais vous n'essayez même pas de comprendre! Je...J'ai juste l'impression que vous n'acceptez pas. Que vous méprisez ce que je suis devenu.
-Ce n'est pas toi qu'on méprise, c'est le vampire, lâcha Ron avec dédain. C'est sa faute si tout est différent, maintenant. Si tu es devenu son esclave. Si tu préfères être avec lui qu'avec nous.
-Je ne suis pas son esclave! Se défendit Harry, choqué par les mots employés.
-Alors quoi? Tu appelles ça comment? On a tous assisté à la scène qu'il t'a faite en octobre lorsque tu as voulu venir à l'orphelinat. Il se comporte comme un goujat, et tu dois lui obéir, le satisfaire, te soumettre à lui. Et le pire, c'est que tu ne t'en rends même plus compte! Tu le laisses agir comme si c'était un comportement légitime, et que tu apprenais à vivre avec!
Harry fit volte face, la mine sombre. Il s'appuya contre le plan de travail derrière lui.
-Que veux-tu que je fasse? Tu n'essaies pas de te mettre à ma place, de comprendre que celui dont tu parles est un vampire. Un vampire, Ron! Tu sais? Ces créatures puissantes et immortelles qui chassent leurs victimes pour planter leurs crocs dans leurs gorges et boire leur sang.
Ron déglutit difficilement, et Harry fut brièvement satisfait de lui avoir ouvert les yeux. Il lui arrivait à lui aussi parfois d'oublier à qui il avait à faire, mais Draco le lui rappelait assez régulièrement pour qu'il se tienne constamment sur ses gardes. Il comprenait que pour Ron et Hermione, la réalité de l'existence de Draco puisse parfois être difficile à assimiler. Pour eux, le vampire n'était qu'un fantôme. Ils ne le voyaient jamais, et Harry n'en parlait pas.
-Mais tu es son calice. Ca devrait être différent avec toi, souligna doucement Hermione.
-Oui, je le pensais aussi au début. S'il n'est pas violent avec moi, et s'il ne m'attaque pas sauvagement pour me tuer, ça ne l'empêche pas de rester un vampire à l'instinct dominateur, autoritaire et imprévisible. Il est possessif, comme toutes les créatures magiques envers leurs liés, et très dominateur. Il n'y a aucun moyen pour que je me soustrais à ça et si j'essaies, il sait me le faire regretter.
Il était très dur pour Harry de parler ainsi de sa relation avec Draco. Ils abordaient les points de leur relation dont il avait le plus honte et qu'il ne désirait pas spécialement partager avec ses amis. Néanmoins, il avait envie que Ron et Hermione tentent de se mettre à sa place et pour cela, il fallait qu'ils essaient de comprendre ce qu'il se passait entre eux.
Après un bref silence, Ron soupira:
-Comment peux-tu supporter tout ça.
Harry lui jeta un nouveau regard noir.
-Je n'ai pas le choix. Alors oui, j'essaie de faire avec mais c'est déjà suffisamment difficile comme ça pour que tu viennes remuer le couteau dans la plaie. Je dois déjà gérer et supporter un fichu vampire imprévisible, je n'ai pas en plus besoin de me disputer avec vous quand ce n'est pas avec lui.
-On ne vous entend pas souvent vous disputer, dit Ron.
Harry le regarda, légèrement hébété. Il se demanda si Ron sous-entendait qu'ils les entendaient faire autre chose que se disputer, et cette idée le pétrifia. Mais Ron avait l'air tout à fait naturel, et il ne rougit pas en le disant, ce qui rassura Harry.
-Il n'est pas du genre à crier, affirma-t-il.
Il fit une courte pause, puis ajouta:
-Il fait pire que ça. Il entre dans une colère froide, silencieuse. Dans ces moments là, il suinte la sévérité et la colère contenue. Et il attend de moi que je me soumette, que je le supplie de lui pardonner d'avoir osé dire un mot de travers et que je m'excuse mille fois en ayant l'air très contrit.
Harry secoua légèrement la tête. Il avait du mal à croire qu'il venait de dire cela à haute voix, devant Ron et Hermione. Tous les deux le regardaient d'ailleurs avec une expression mi révoltée, mi choquée, et Harry détourna précipitamment le regard.
-Mais il ne te maltraite pas, n'est-ce pas? Murmura Hermione, visiblement très inquiète.
-Non. Non, il ne peut pas me faire de mal. Son instinct le pousse à me protéger, y compris de lui même.
Le silence s'installa dans la pièce. Harry avait l'air revêche, et s'attendait à tout moment à recevoir une nouvelle attaque. Il fixait sans vraiment s'en apercevoir la porte close de la cuisine. Au bout de quelques minutes de silence, Hermione reprit la parole:
-Qu'est-ce qui est si dur à supporter, dans ce cas, Harry? Je veux dire, je sais bien que ce n'est pas une position facile mais...Il ne te maltraite pas, au contraire, même, il prend soin de toi. Il te nourrit, il te protège, il est là quand tu as besoin de lui.
Harry la regarda, interloqué. L'énervement ressurgit en lui.
-Tu ne sais pas de quoi tu parles, grinça-t-il entre ses dents. Comment peux-tu...Je suis l'esclave de ce vampire! Il me considère comme sa chose, sa possession, son jouet! Il est dominateur et possessif. Il ne prend jamais en compte ce que je peux ressentir, ou ce que je veux. Tout ce qui compte pour lui, c'est de pouvoir planter ses crocs dans ma gorge quand il rentre le soir, et sans que je ne dise rien! Si j'ai le malheur de refuser, ou de lui tenir tête pour quelque raison que ce soit, il se sent obligé de réaffirmer son autorité sur moi parce qu'il a l'impression que je ne suis plus assez soumis! Il se fiche totalement du fait que j'avais une vie avant lui, que j'avais peut être des projets et des envies. Il n'a pas conscience une seule seconde qu'il a déboulé dans ma vie comme une avalanche et qu'il l'a totalement détruite, réduite en morceaux, qu'il a tout anéanti en une soirée. Il n'en a pas conscience parce qu'il s'en fiche! Tout ce qui compte pour lui c'est que je sois là, prêt à lui tendre le cou et à lui donner tout mon sang, et que je sois triste, malheureux, séquestré ou que je le hais, il n'en à rien à faire!
Harry fit une pause. Il était essoufflé. Il se passa la main dans les cheveux, les ébouriffant un peu plus. Ron et Hermione avaient la bouche entrouverte, et semblaient choqués au plus haut point, ce dont il avait à peine conscience.
-S'il y avait la moindre chance de revenir en arrière, d'éviter tout ça je la saisirai sans réfléchir une seconde, quelque en soit le prix. S'il pouvait juste disparaître, si je pouvais me réveiller et découvrir que tout ceci n'était qu'un cauchemar, je serais le plus heureux au monde! Je pourrais reprendre ma vie, demander Ginny en mariage, avoir des enfants avec elle, ou juste mourir comme un humain normal!
Il se laissa tomber sur sa chaise, soudainement éreinté. Vider son sac lui faisait un bien fou.
-Mais non, je ne peux pas! Parce que je suis totalement et irrémédiablement dépendant d'un vampire, à cause d'un fichu lien que je n'ai pas voulu et que je ne voudrais jamais. Un lien que je ne peux pas détruire, qui me transforme en poupée soumise mais consentante dès que Draco est dans les parages, un lien qui me pousse à le vouloir près de moi et à désirer d'être mordu. Quel humain saint d'esprit désirerait qu'un vampire plante ses dents dans sa gorge?
Ni Ron, ni Hermione ne prirent la peine de répondre à cette question purement rhétorique. Ils échangeaient des regards angoissés, conscients pour la première fois de ce que ressentait leur ami.
-Pourquoi est-ce que je ne peux pas juste le repousser? Ou juste le haïr, comme n'importe qui le ferait? Pourquoi est-ce que je ne suis pas capable de lui tourner le dos quand il se couche près de moi? Je devrais être dégoûté, horrifié qu'il m'approche, parce que je ne suis pas gay! Je ne devrais même pas le laisser me toucher.
Soudain conscient que sa diatribe glissait sur des terrains très personnels, Harry se tut précipitamment. Il savait déjà qu'il en avait trop dévoilé, et il s'en serait voulu éternellement s'il avait laissé échapper quelque chose qui touchait à son intimité avec Draco devant Ron, Hermione et Lupin. Il avait déjà honte de tout ce qu'il venait de dire, mais il ne pouvait revenir en arrière. Néanmoins, il se sentait soulagé. Il lui semblait que ses sentiments envers Draco étaient plus clairs, et il était content que Ron et Hermione comprennent mieux le capharnaüm qui se jouait dans sa tête.
Toute sa rage et sa rancœur accumulées depuis qu'il avait rencontré Draco s'étaient brusquement déversées, et il se retrouvait vide et épuisé. Le comportement odieux et injuste du vampire avait été mis à jour, et il avait envie, un peu égoïstement, que ses amis le plaignent.
-Je ne pense qu'il y ait que des mauvais côtés, Harry, murmura soudain Lupin.
Harry tourna son regard vert vers lui.
-Qu'est-ce que vous voulez dire?
Lupin sourit doucement. Hermione jeta un regard en biais à Ron, qui fronçait les sourcils comme s'il cherchait lui aussi un côté positif à la situation de Harry.
-Je sais que son comportement laisse à désirer, mais je suis sûr qu'il n'est pas qu'un vampire possessif et dominateur, si?
Harry réfléchit quelques secondes.
-Si.
Lupin l'observa pendant quelques secondes. Les joues de Harry avaient rougi. Il se demandait si l'homme faisait référence aux morsures, quand il parlait des points positifs de sa relation avec le vampire. Des morsures, ou pire, de leurs rapprochements physiques. Harry préféra se taire, car il n'était pas sûr de pouvoir nier avec conviction si Lupin insistait.
Il avait l'étrange manie de ne retenir que les mauvais côtés de leur relation. Et c'était certainement du au fait qu'il refusait catégoriquement de s'avouer qu'il aimait de plus en plus les rapprochements que Draco initiait entre eux, au delà des morsures, qu'il avait appris depuis longtemps à apprécier. Il refusait de se dire qu'il devenait accro physiquement à Draco, et que son corps réclamait celui du vampire. Il était attiré par les filles, depuis toujours, et être lié à un vampire n'était pas quelque chose qui pouvait le faire changer d'orientation sexuelle.
Par ailleurs, le comportement de Draco ne l'aidait pas à accepter leur relation, et le fait qu'il devrait vivre avec lui pour l'éternité. Cette perspective l'horrifiait plus qu'elle ne l'attirait. Il l'appréhendait plus qu'autre chose.
-C'est un vampire Harry. Tu les as étudiés en classe, tu te souviens? Ce sont des créatures imprévisibles, et surtout, inhumaines, ce qu'on a tendance à oublier parce qu'ils ont une apparence humaine. Il n'a pas un comportement que tu pourrais attendre d'un humain normal. Il ressent moins de compassion, moins de culpabilité, moins d'empathie. Au contraire, son instinct fait de lui une créature tournée vers l'agressivité, la domination, l'arrogance, la colère, l'indifférence. Plus il est vieux, et moins il comprendra tes sentiments de désespoir, de détresse, de tristesse, parce qu'il ne les connaît plus, et qu'il les redécouvre à travers votre lien. Il ne connaît plus la frustration, parce qu'il a pris l'habitude de tout avoir dès qu'il le voulait, et c'est pour cela qu'il est si exigeant avec toi. Je comprends que pour toi ça peut être dur à supporter.
Il fit une pause, et devant l'air misérable de Harry, il ajouta:
-Avec toi, Harry, tout ceci est différent, parce que tu es son calice et qu'instinctivement, il se plie à tout ce qu'un vampire se doit d'être face à un calice. Tu lui donnes ton sang de ton plein gré, et en échange, il se doit de te protéger, c'est la base même du lien. Mais il ne peut pas totalement renié sa nature première. Et même si face à toi son comportement est plus humain, qu'il est plus dans l'empathie, pour t'épargner le plus possible, il n'en reste pas moins une créature imprévisible. Tout ceci, Harry, c'est ce qui fait la rareté et la force du lien entre un vampire et son calice. C'est un lien tellement méconnu et incompris, que même les chercheurs qui ont passé leur vie a l'étudié ne l'ont jamais réellement compris. Qu'un être aussi malsain et monstrueux qu'un vampire puisse se lier à un humain, qui sont normalement leur proie, qu'il s'attache à lui, qu'il le chérisse plus que tout, qu'il en prenne soin et le protège de tout, y compris de sa nature profonde, c'est quelque chose que seul un lien puissant peut créer.
Harry se demanda s'il un tel lien existait entre un loup garou et un humain, et si c'était pour cela que Lupin semblait tant comprendre les réactions de Draco, sans même y avoir été confronté.
-Je crois que beaucoup de personnes aimeraient être à ta place, tu sais. Il existe de vrais réseaux, dans le monde sorcier, de sorciers et sorcières qui passent des années à essayer de se lier à un vampire. Ceux qui y arrivent deviennent en général ce que l'on pourrait qualifier de faux calices, parce que le lien qui les unit au vampire n'est pas aussi puissant et, surtout, parce qu'il n'est pas irréversible comme l'est celui qui t'unit à ton vampire.
-Quelle genre de personne voudrait se lier à un vampire de son plein gré, grogna Ron.
Hermione leva les yeux au ciel et Ron lui jeta un regard désolé. Lupin sourit.
-Etre protégé, être chéri, ne manquer de rien, jamais, voyager, appartenir à un être aussi puissant et fascinant qu'un vampire, et, par dessus tout, acquérir la jeunesse éternelle, crois le ou non, il y a des gens qui ne crachent pas sur ça, dit-il ironiquement.
Ron grimaça, ce qui fit sourire Harry.
-De toute façon, reprit Lupin, ce n'est pas un vrai lien. Le vampire se lasse généralement au bout de quelques années, et il rejette son calice. Après ça, l'humain a peu de chances de se réintégrer dans la société. Travailler, devoir survenir à ses besoins, se mettre en danger, devoir se prendre en charge, faire des projets tout ça devient extrêmement difficile après s'être fait entretenir par un vampire.
-Je préfèrerais quand même ça, soupira Harry. Au moins là, on peut être libéré.
-Mais ce n'est pas comparable, Harry. Ton vampire, Draco, c'est ça, n'a jamais été dépendant de quelque chose ou de quelqu'un comme il l'est de toi. Tu n'imagines pas à quel point il est dépendant de toi. Peut être bien plus que l'inverse! Si tu meurs, il meurt, tu te rends compte à quel point c'est puissant? Son existence entière dépend de toi! Tu es ce qui se rapproche le plus d'un âme sœur pour lui! Alors qu'un vampire qui choisit son calice, leur lien n'atteint pas le tiers de la puissance qui vous unit tous les deux.
Harry ne dit rien, étrangement touché par les mots de l'homme. Il pensait rarement à ce que pouvait ressentir Draco de son côté, car il était bien trop obnubilé par ses propres sentiments contradictoires. Mais entendre Lupin, lui qui savait tant de choses, lui affirmer combien Draco était dépendant de lui le rassurait, en quelque sorte. Il était content de savoir que le sentiment était réciproque, et qu'il était autant enchainé au vampire que le vampire l'était à lui.
Le silence s'installa dans la cuisine, pesant. Lupin le fixait, comme s'il attendait une réaction de sa part, mais Harry ne dit rien. Les mots de Lupin étaient étrangement rassurants pour lui.
-Ne sous-estime pas la puissance du lien qui vous unit, Harry. N'oublie pas qu'il est autant esclave de son envie de ton sang que tu peux l'être de ton envie de lui à tes côtés. Et n'oublie jamais que peu importe le lien qui vous unit, tu auras toujours à faire à un vampire. Et que tu ne peux pas attendre d'un vampire qu'il se comporte de façon humaine.
Lupin se leva, et s'empara de son manteau. Sans un mot, il fit un signe de tête à Ron et Hermione. Pris de court par ce brusque départ, Harry se leva, et le suivit dans le hall d'entrée. Lupin remit son blouson, et se tourna vers le jeune homme, l'air grave. Il posa ses mains sur ses épaules, et dit:
-Peu importe ce que la vie te réservait si tu ne l'avais pas rencontré, tu n'aurais jamais été plus précieux aux yeux de quelqu'un que tu ne l'ais aux yeux de ce vampire.
Lupin se pencha pour le serrer dans une étreinte chaleureuse. Harry se laissa faire, lui rendant son étreinte avec reconnaissance.
-Tu n'imagines même pas à quel point il te chérit, Harry, murmura Lupin à son oreille.
Ils se regardèrent pendant quelques secondes, puis Lupin posa son chapeau sur sa tête et sortit de la vieille maison. Harry referma la porte derrière lui, étrangement ému par ces derniers mots.
Il resta immobile dans le couloir sombre pendant quelques minutes. Les paroles de Lupin résonnaient à ses oreilles. Déjà, il voyait le comportement de Draco d'une manière toute différente que quelques minutes plus tôt. Il avait tendance à oublier que Draco était un vampire, et les mots de Lupin le lui avait rappelé avec justesse.
Lorsqu'il se fut calmé, il revint dans la cuisine d'un pas lourd, mais déterminé. Harry se doutait que ses deux amis réfléchissaient encore à cette étrange relation qui l'unissait à Draco, et ça le mettait mal à l'aise. Néanmoins, il s'aperçut que Ron et Hermione avaient quitté la cuisine, emportant avec eux les deux fioles de Polynectar.
Il gravit rapidement les escaliers et entra dans la vieille chambre qu'occupait Ron, et qui avait un jour aussi été la sienne. La nuit tombant, la chambre était sombre. Les affaires de Ron avaient envahi l'espace, et Harry marcha avec délicatesse entre les vêtements et les chaussures pour venir s'asseoir près d'Hermione, sur son ancien lit. Elle lui adressa un sourire crispé avant de se retourner vers Ron qui fouillait dans son armoire à la recherche d'un pull épais.
-Je vais venir avec vous à Godric's Hollow, chuchota Harry.
Ses deux amis semblèrent brusquement tirés de leurs réflexions. Ron se retourna pour lui jeter un regard, l'air vaguement ébahi.
-Je ne pense pas que ce soit une bonne idée, Harry, répondit Hermione, au plus grand agacement du jeune homme.
-Pourquoi? Parce vous allez vous mettre en danger pour récupérer un objet que Dumbledore m'a légué? Parce que vous vous rendez dans le village où je suis né? Parce que mes parents sont enterrés dans ce village?
Ron et Hermione échangèrent un regard. La jeune fille se racla la gorge, et dit d'un ton apaisant:
-Parce que ton vampire t'a bien fait comprendre qu'il ne voulait pas que tu sortes. Que tu risques de le mettre très en colère en lui désobéissant, et que tu n'aimes absolument pas quand il est en colère contre toi.
Harry pinça les lèvres un peu sèchement et Ron ajouta précipitamment:
-Et nous n'avons que deux fioles de Polynectar.
-Dans ce cas, je vous suivrai sous la cape. Draco ne m'empêchera pas de mener à bien la mission que Dumbledore m'a confiée. Il ne peut pas me faire de mal, et je suis capable de supporter sa colère froide.
Ses mains tremblaient, et il se leva précipitamment, déterminé à les cacher à ses amis. Il passa devant le cadre vide de Phineas Nigellus et se posta devant la fenêtre, mains croisées dans son dos.
Il était terrifié par la réaction que pourrait avoir Draco, mais plus résolu encore à ne pas laisser ses amis se mettre en danger pour lui. Il avait affronté Voldemort à maintes reprises, il pourrait affronter Draco.
-Et il m'empêchera encore moins de me rendre sur la tombe de mes parents, ajouta-t-il.
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Alors, que pensez-vous de ce chapitre? Intéressant? Ennuyant? Long? Instructif?
Est-ce qu'il va faire avancer les choses entre Harry et Draco, d'après vous? Est-ce que Harry va consentir à mettre un peu d'eau dans son vin maintenant qu'il comprend un peu mieux Draco, et que Lupin l'a poussé en ce sens?
Quant à Ron et Hermione, comment les avez-vous trouvé dans ce chapitre? Est-ce la faute de Harry, ou Ron et Hermione s'ils se sont autant éloignés? Ou peut être celle de Draco?
A part ça, je dois vous annoncer que je pars au ski la semaine prochaine, je ne pourrai donc pas poster samedi :/ Donc au choix, soit je poste avant de partir, c'est à dire tôt jeudi matin. Soit je poste quand je reviens, c'est à dire tard dimanche soir. Qu'en dites-vous?
Quoiqu'il en soit, il y aura un chapitre la semaine prochaine, mais pas samedi :) Et on se retrouvera directement à Godric's Hollow! Ne vous perdez pas xp
Bisous à tous!
Natom, 08/03/14
