Bonjour!
Comme tous les samedis, je remercie les guest qui ont pris le temps de laisser une review: maoul92 ( ha oui, Draco peut sortir au grand jour, du moment qu'il boit régulièrement. Démonstration dans ce chapitre, d'ailleurs ;), Kisis, Anna, Anonyme, Charlotte!
Je sais que je le dis souvent mais Merci à tous ceux qui laissent des review, chapitres après chapitres! Ca n'a peut être pas l'air mais ça m'aide énormément dans l'écriture de cette fic, qui me prend pas mal de temps, mine de rien. Ca me motive énormément à tenir le rythme jusqu'à la fin pour pouvoir continuer à poster chaque samedi!
C'est un vrai plaisir que de vous lire!
Sur ce, place au chapitre, qui est d'une longueur appréciable, je tiens à préciser! Enjoy :)
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Chapitre 44
Qui veut la fin veut les moyens
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Installé au fond d'un fauteuil confortable, le menton enfoncé dans le col de son pull pour se préserver de la fraicheur ambiante, Harry regardait fixement les deux objets qu'ils avaient détruits, et qui reposaient innocemment sur la table basse devant lui. Le médaillon de Serpentard et la coupe de Poufsouffle avaient l'air étrangement inoffensif, à présent, et plus Harry les fixait, plus il était optimiste quant à la suite des événements.
Il pensait au diadème de Serdaigle, qu'il croyait caché dans les profondeurs de l'école, et au serpent de Voldemort, Nagini. Les deux derniers Horcruxes étaient hors de sa portée, mais il ne doutait pas qu'il arriverait un jour à s'en emparer, quoiqu'il en coûte. Il le devait. C'était les deux derniers objets qui se dressaient entre lui et Voldemort, et Harry n'avait jamais été plus déterminé à en finir.
Il était déterminé mais surtout, il n'avait plus peur. Plus encore, il attendait sa confrontation avec le mage noir. Il avait conscience, bien sûr, que Draco ne le rendait pas invincible, pourtant, avec le vampire à ses côtés, Harry se sentait intouchable. Il se sentait prêt à relever tous les défis et à affronter tous les dangers. Il se sentait prêt à affronter Voldemort et ses Mangemorts, et à les défaire, enfin.
Evidemment, la perspective de ce qui l'attendait après tout ça, même si rien n'était prédéfini et très clair dans sa tête, était une source de motivation non négligeable. Les paroles de Draco, juste après le cambriolage de Gringotts, tournaient inlassablement dans sa tête. Elles étaient hautement grisantes pour lui, probablement bien plus que le vampire ne l'avait envisagé en les prononçant.
"Tu es jeune, éternel et tu as un vampire à tes côtés. Le monde s'offre à toi."
Il se sentait libre de toutes contraintes, enfin. Jamais dans sa vie il ne s'était senti aussi libre, aussi optimiste à l'idée de ce que serait sa vie après Voldemort. Il avait hâte d'y être, même s'il avait conscience que penser ainsi, c'était assimiler le fait qu'il quitterait l'Angleterre, et surtout, ses amis. Qu'il les laisserait ici mener une vie d'humains normaux, se marier, avoir des enfants, vieillir, mourir. Que lorsqu'il reviendrait en Angleterre, dans dix, vingt ou cent ans, ils seraient peut être morts et qu'il serait lui même un inconnu aux yeux de leur descendance.
Il savait, en acceptant cette vie, qu'il choisissait Draco plutôt que ses amis, et cette idée le rendait triste. Il se sentait coupable de laisser ses amis pour un inconnu, un être incontrôlable et imprévisible. C'était admettre qu'il était devenu dépendant de Draco, et qu'il n'envisageait plus rien sans lui.
Il avait hâte d'en finir avec Voldemort pour connaître enfin l'insouciance, la liberté, pour vivre pleinement. Il savait que Draco se fixait peu de limites, qu'il vivait au jour le jour, sans attaches et sans contraintes. Et Harry voulait connaître cette liberté totale.
Lorsqu'il tentait d'imaginer sa vie future avec le vampire, il se surprenait à penser qu'elle ne pourrait qu'être meilleure que celle qu'il envisageait avec Ginny, encore quelques mois plus tôt.
C'était triste, en un sens, car Draco n'avait finalement que peu de choses à lui offrir et que leur relation restait anormale et malsaine. Tous les deux ne s'entendaient pas extrêmement bien, et Harry doutait que l'on puisse construire une relation éternelle sur une simple dépendance physique. Il ne ressentait ni amour ni amitié pour le vampire, et doutait qu'une soudaine complicité naisse entre eux du jour au lendemain. Comme le disait si justement le vampire, un prédateur et sa proie n'avaient pas de relation stable à développer.
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Harry, songeur, fit rouler sa baguette entre ses doigts une énième fois. Le bout de bois était étrangement tiède dans sa main glacée et il appréciait la texture douce du bois de houx dont elle était faite. Le feu dans la cheminée était éteint depuis quelques minutes déjà, mais personne ne se levait pour le rallumer. Aussi, l'atmosphère sous la tente se refroidissait-elle doucement.
Harry avait la gorge douloureuse, et il avait du mal à déglutir sans en souffrir. Il reniflait souvent, et voyait Hermione pincer les lèvres, agacée. Le jeune homme savait qu'il était tombé malade, probablement suite à son petit plongeon dans le lac, en plein mois de février. Il en était extrêmement ennuyé, car il se trouvait encore plus faible dans cet état là qu'il ne l'était depuis qu'il était devenu un calice.
Dans le fauteuil en face du sien, un plaid sur les genoux, Hermione était plongée dans la lecture d'un des ouvrages qu'elle avait emporté lors de sa fuite du Terrier. C'était l'un de leur vieux livre d'école, et Harry ne comprenait pas quel pouvait être l'intérêt à le relire maintenant. Bien qu'il s'ennuya particulièrement à cet instant, il ne lui serait pas venu à l'idée de sortir son vieux livre de métamorphose pour s'occuper.
Désœuvré, Harry se pencha en avant pour enlever ses chaussures qu'il jeta un peu plus loin. Il s'enfonça ensuite à nouveau dans le fauteuil rembourré et ramena ses jambes contre lui. Il posa son menton sur ses genoux et tira sur les manches de son pull pour recouvrir ses mains glacées. Il éternua, renifla et soupira.
-Où est Ron? Demanda-t-il.
Sa voix rauque brisa la quiétude de la pièce, et il s'en voulut un peu d'avoir parlé.
-Il est allé chercher de l'eau, répondit doucement Hermione sans lever les yeux de sa lecture.
Elle mordait inconsciemment sa lèvre inférieure, toute concentrée qu'elle était, et Harry approuva, ce qu'elle ne vit pas. Le jeune homme se mit à fixer sans la voir la couverture du livre, observant les lettres finement calligraphiées. Harry tremblait un peu et il prit soin de bien enrouler son propre plaid autour de ses jambes afin de ne pas sentir l'air frais sur ses pieds nus. Ses doigts était gelées, tout comme le bout de nez.
-Il en met du temps, marmonna-t-il.
Il devait avouer qu'Hermione, quand elle lisait, n'était pas d'excellente compagnie. Comme si elle avait lu dans ses pensées, elle releva enfin les yeux de sa lecture et posa sur lui un regard sévère.
-Tu n'as qu'à le rejoindre. Vous ne serez pas trop de deux. Où est ton vampire d'ailleurs?
Harry haussa les sourcils face à cette soudaine attaque. Il jeta un coup d'œil furtif vers l'entrée de la tente, qui ne passa malheureusement pas inaperçu.
-Je ne sais pas, il est parti, surement.
-Parti où?
-Ailleurs, répondit évasivement Harry, reprenant inconsciemment le mot que disait Draco lorsqu'il lui posait lui même la question.
Hermione haussa un sourcil sceptique.
-Je doute grandement qu'il soit parti où que ce soit. Il ne te laisserait pas seul, pas dans une situation aussi précaire. Et malade, en plus.
Harry ne dit rien. La pensée qu'Hermione connaissait mieux son vampire que lui même lui effleura l'esprit et il s'en sentit agacé. Draco n'avait jamais hésité à le laisser seul, songea-t-il pour se rassurer. Il avait passé des heures entières seul dans cet appartement sans vie, à tourner en rond comme un lion en cage sans que le vampire ne s'inquiète de quoique ce soit.
Mais la situation avait changé, il devait bien l'admettre. La tente et les protections d'Hermione n'apportaient qu'une protection fragile. Il n'était pas pleinement en sécurité comme il l'avait été dans cet appartement, ou au Square Grimmault. Par ailleurs, il était idiot de penser que Draco avait confiance en la capacité d'Hermione pour lancer des sortilèges de protection, suffisamment en tout cas pour s'éloigner de son calice.
-Je ne suis pas malade, répondit-il pour éviter d'avoir à parler de Draco, ce qui le mettait invariablement mal à l'aise.
La jeune fille lui jeta un regard sévère.
-Tu devrais te soigner, sinon, tu vas trainer ce rhume des jours durant. Je doute que Draco en soit ravi.
Harry grogna. Il renifla, et détourna le regard, un peu honteux de paraître si faible devant elle. Pourquoi était-ce lui qui devait tomber malade?
-Tes lèvres sont rouges, Harry, c'est impressionnant! Tu es sûr que c'est normal?
Harry se passa machinalement la langue sur les lèvres et approuva. Hermione continua à le fixer pendant quelques secondes, songeuse, puis se replongea dans sa lecture, à nouveau concentrée. Le jeune homme resta silencieux et se caressa machinalement la lèvre inférieure. Il releva doucement la manche de son pull, et observa son avant bras droit. Ses veines bleutées ressortaient sur sa peau laiteuse, et il en suivit le tracé, pensif.
-Puisque tu ne veux pas de moi ici, dit-il, je vais voir où est Ron.
Hermione releva la tête et lui sourit avec indulgence. Harry repoussa le plaid et se rechaussa précipitamment. Il enfila sa veste, posée sur le dossier du fauteuil et en remonta la fermeture éclair jusqu'au cou. Souriant légèrement, il traversa ce qui faisait office de salon dans la tente et sortit sans un mot de plus.
Il fut un instant ébloui par le doux soleil d'hiver qui brillait dans le ciel. Plissant les yeux, il s'avança d'un pas, trébucha soudain contre la forme assise de son vampire et tomba en avant, par dessus l'épaule de Draco. Il se rattrapa in extremis, s'épargnant ainsi une chute humiliante, se redressa prestement et se retourna pour aviser ce qui avait failli le faire tomber.
-Tu as de la chance que ce soit toi, Harry. Je n'accepte pas que l'on me marche dessus, habituellement.
Draco était assis sur le sol, le dos appuyé contre l'un des poteaux qui maintenaient la tente. Malgré le froid glacial de ce mois de février, il ne portait qu'un simple tee-shirt. Penché en avant, il feuilletait un livre vieux et abimé que Harry reconnu comme appartenant à Hermione, sur la magie noire. Ses mèches blondes tombaient devant ses yeux tandis qu'il tournait les pages avec négligence. Harry l'observa pendant quelques secondes sans bouger, surpris de se retrouver si soudainement face à lui, alors qu'il ne s'y attendait pas. Ses faces à faces avec Draco exigeaient de lui beaucoup de retenue et de concentration, et il aimait pouvoir s'y préparer, ou en tout cas pouvoir les anticiper.
-Je ne vous ai pas marché dessus, répondit-il en essuyant ses mains sur son jean, un peu gauche.
-C'était tout comme.
-Je ne vous avais pas vu, dit Harry, irrité par les reproches sous-jacents de son vampire. Vous n'étiez pas sensé vous trouver là, de toute façon.
Plongé dans sa lecture, Draco ne répondit pas. Ainsi concentré, il donnait l'impression d'avoir oublié la présence de son calice, et Harry fronça un peu les sourcils. Il enfonça les mains dans les poches de son pantalon, se donnant ainsi l'air nonchalant tout en les protégeant du froid ambiant, et fit quelques pas en direction de Draco, qui ne réagit pas.
Harry n'était pas habitué à être ainsi ignoré par Draco. D'ordinaire, le vampire ne regardait que lui et ne s'intéressait qu'à lui. Bien que cette attention était hautement embarrassante pour Harry, il s'y était habitué et avait même fini par trouver cette manie flatteuse. Il aimait voir à quel point il était précieux aux yeux de Draco.
-Qu'est-ce que vous lisez? Demanda le jeune calice en s'approchant encore, après quelques minutes d'un silence songeur.
Il se pencha au dessus du livre ouvert sur le sol et réussit à saisir, en lisant à l'envers, quelques phrases.
-Tu me fais de l'ombre, Potter.
Bougon, Harry consentit à reculer de quelques pas. De toute évidence, il avait agacé Draco en lui répondant aussi effrontément quelques minutes plus tôt. Totalement démuni, Harry resta debout, les bras ballants, à observer les lèvres de Draco, qui étaient aussi pâles que les siennes étaient écarlates. Que ce soit Draco qui exigeait une certaine distance entre eux le laissait misérable. C'était la première fois que le vampire l'ignorait consciemment et Harry sentit monter en lui une vague de détresse étrangement familière.
-Désolé, marmonna le jeune homme en se rapprochant à nouveau, instinctivement. Pour vous avoir marché dessus.
Harry avait eu l'intention de retrouver Ron, vraiment, mais c'était avant qu'il ne tombe par inadvertance sur Draco. Il lui semblait à présent impossible de se détourner de son vampire pour rejoindre quelqu'un d'autre. Irrémédiablement attiré par le prédateur, Harry le regardait fixement, attendant il ne savait trop quoi venant de lui. Draco releva finalement la tête en l'entendant approcher. Comme Harry l'avait présagé, le vampire arborait un air fermé particulièrement sinistre. Il le transperça de son regard intense et le souffle de Harry se bloqua dans sa gorge.
Il dévisagea son calice pendant quelques courtes secondes sans esquisser le moindre mouvement, mais conscient du trouble qu'il faisait naître en lui. Harry, totalement hypnotisé par le regard métallique de Draco ne bougea pas non plus, attendant que Draco initie le premier contact.
Au bout de quelques longues secondes, le vampire referma son livre d'un geste sec et se leva souplement en soupirant. De son pas bondissant de prédateur, il s'approcha de son calice, qui esquissa un geste pour reculer avant que Draco ne l'attrape fermement par le bras.
-Je suis désolé, Draco, se sentit obligé de répéter Harry, un peu effrayé.
-J'ai entendu, affirma sèchement Draco avant d'ajouter: Tu as mauvaise mine.
Harry esquissa une moue ennuyée et détourna la tête. Il laissa errer son regard sur les bois alentours, conscient du vampire qui examinait ses traits tirés et fatigués. Celui-ci glissa un doigt sous le menton de son calice et l'obligea impérieusement à le regarder. Il l'observa fixement, les sourcils froncés.
-Qu'est-ce qu'il t'arrive, Potter? Demanda-t-il, suspicieux.
-Rien du tout!
Harry peinait à respirer face à ce regard insistant. Il tentait d'arborer un air innocent mais avait lui même conscience de faire piètre impression. Au bout de quelques secondes qui lui parurent interminables, il baissa les bras et lâcha:
-Je suis un peu enrhumé, c'est tout. Ca arrive, l'hiver.
-Tu es malade! S'exclama le vampire.
Harry regarda son air horrifié avec étonnement.
-Ce n'est pas grave, Draco, se sentit-il obligé de préciser. Ce n'est qu'un rhume. Ca va passer.
Harry éternua et, grognant, il enfonça son visage contre l'épaule de Draco pour échapper à son regard perçant.
-Tu es sûr que ce n'est pas grave?
Harry esquissa un sourire amusé.
-Certain. C'est juste agaçant, c'est tout. Je ne vais pas mourir.
Draco grogna. Il serra possessivement son calice contre lui et passa une main dans ses cheveux ébouriffés.
-Sais-tu combien j'aime quand tu arbores des lèvres d'un rouge aussi sanglant, Harry? Pareille couleur est un appel à la débauche.
D'un geste autoritaire, il força Harry à relever la tête en posant sa main sous son menton et, de son pouce, il retraça la lèvre inférieure pulpeuse de son calice. Par réflexe, Harry entrouvrit les lèvres. L'autre bras du vampire se faufila derrière Harry et il ramena brutalement le corps du garçon contre le sien. L'une de ses jambes se glissa entre celles de Harry et le jeune calice, courbé en arrière, agrippa les bras de son vampire pour se stabiliser.
-Je sais, répondit-il inutilement, impressionné par ce rapprochement inattendu.
Sans cesser de fixer les lèvres si tentantes de son calice, la main du vampire glissa de son menton à sa gorge, puis dans son cou. Harry rejeta violemment la tête en arrière lorsque le vampire vint pincer avec ses doigts les marques sur le cou. Il les massa doucement, stimulant le garçon en même temps.
Rien ne pouvait lui faire plus plaisir que de voir Harry alangui sous ses caresses. Il aimait entendre ses gémissements, voir son corps réagir, et savoir qu'il en était la cause. Dans ces moments là, il se rendait compte de tout le chemin parcouru depuis six mois, et il en était étrangement fier. Il y avait encore du chemin à parcourir, bien sûr, et la situation, même s'ils l'avaient tous les deux finalement acceptée, restait difficile. Néanmoins, Draco était conscient que chaque jour passé aux côtés de Harry permettait à leur étrange relation d'évoluer, et il n'était nullement agacé par la lenteur avec laquelle les choses évoluaient entre eux.
Harry avait mis des jours à se laisser aller sous ses caresses et des semaines à admettre qu'il y prenait plaisir. Aujourd'hui encore, après plus de six mois, il avait du mal à se laisser aller avec lui, et ne concevait pas qu'il puisse être aussi dépendant de lui. Mais Draco n'en faisait pas grand cas.
En un sens, cette lenteur dans l'évolution de leur relation était à leur image. Ils avaient tout le temps, l'éternité, pour construire une relation fusionnelle et indestructible. Draco, immortel, en était hautement conscient, ce qui l'aidait beaucoup à supporter cette lenteur avec laquelle Harry se rapprochait de lui. Le jeune homme apprendrait au fil des années à voir le monde évoluer autour de lui, et il deviendrait peu à peu son unique repère.
-Je crois bien que tu en as autant envie que moi, murmura-t-il, plus pour lui même que pour Harry.
Harry grogna doucement. Il était emprisonné par le regard acier de son vampire, et ce bien être familier qui le prenait lorsqu'il se trouvait près de lui avait agréablement envahi son corps. Il se sentait bien entre ses bras, s'y savait à sa place.
-Et dire qu'il y a quelques mois, tu étais persuadé de ne jamais désirer être mordu. Si tu avais su, à l'époque, que tu finirais par me supplier de te mordre.
-Je ne vous supplie pas, rétorqua Harry en fronçant les sourcils. Ca, c'est dans vos rêves.
Draco inclina légèrement la tête. Un léger sourire effleura ses lèvres.
-Je t'assure que je ne rêve pas tes supplications, Harry, au moment fatidique. Mais je peux concevoir que, perdu dans les abîmes du plaisir, tout ceci te semble irréel.
Si Harry avait pu se détacher du regard de son vampire, il aurait levé les yeux au ciel. Le ton pompeux et grandiloquent de Draco était proprement exaspérant. Comme conscient de son exaspération, le vampire se pencha soudain en avant et l'embrassa délicatement sur les lèvres. Harry n'esquissa aucun geste, mais se laissa faire.
-Nous avons fait des progrès, ne trouves-tu pas? Interrogea Draco en se reculant et en posant son front contre celui de Harry.
Harry ne put que consentir en hochant la tête. Il évitait, souvent, de repenser aux premières semaines de leur relation. Cela faisait invariablement ressurgir en lui des sentiments qu'il préférait oublier. Pourtant, quand il se rappelait combien Draco l'horrifiait, encore quelques mois auparavant, combien il avait peur et ne comprenait pas ce qu'il ressentait pour lui, il devait admettre qu'il avait radicalement évolué. Il se rappelait avoir combattu le lien avec acharnement, tentant de se convaincre que désirer la morsure du vampire était mal et malsain.
Il ne pouvait pas dire, cependant, qu'il ne regrettait pas avoir croisé la route de Draco. Harry était totalement dépendant du vampire, et il n'imaginait plus sa vie sans lui. Néanmoins, il restait encore cette amertume tenace qui s'accrochait et qui faisait qu'il avait du mal à totalement s'abandonner à leur relation pour aller de l'avant.
-Vous ne vouliez pas que je vois mes amis, dit-il.
-Et je ne le veux toujours pas. Je veux te garder pour moi tout seul. Je veux que tu ne regardes que moi, que tu ne parles qu'à moi, que tu passes tout ton temps avec moi. Néanmoins, je veux bien attendre quelques jours, le temps que nous réglions tous ces problèmes qui te courent après depuis des années. Ensuite, tu seras pleinement à moi pour l'éternité.
Harry approuva. Etrangement, ces paroles qui l'auraient horrifié quelques semaines plus tôt le laissèrent de marbre. Il avait l'habitude que Draco le revendique comme sien, et même s'il ne l'avouerait pas, aimait cela.
-Je suis content que vous vous rangiez à mon avis, de temps en temps. Avant, vous ne vouliez rien entendre de ce que j'avais à revendiquer. C'était frustrant et égoïste.
-Je suis très égoïste, rétorqua Draco en le serrant plus fermement contre lui. Très égoïste, très possessif, et très dominant.
-Oui, vous n'avez que des défauts, approuva patiemment Harry.
Ils restèrent silencieux pendant quelques secondes, puis Harry demanda:
-Est-ce que je vous agace moins qu'avant?
Draco haussa un sourcil, l'air goguenard.
-Je gagne en patience de jour en jour, ne trouves-tu pas? A l'heure actuelle, je supporte tes jérémiades incessantes sans me plaindre, j'écoute tes questions inutiles et impertinentes, je subviens à tous tes besoins d'humain sans soupirer et j'ai, non sans mal, pleinement renoncé à ce silence et à cette tranquillité que je chérissais tant. Tout ceci pour mieux te supporter, Harry.
Harry fit la moue, mais il devait admettre que Draco n'avait pas tord. Il y a quelques mois, le vampire n'aurait pas hésité à le rabrouer sèchement s'il devenait trop encombrant. Aujourd'hui, il supportait sans broncher la présence de Harry à ses côtés.
-Moi aussi, je fais des efforts, fit remarquer Harry, qui ne voulait pas être en reste.
-Ha oui?
Harry approuva.
-Pour accepter toute cette situation.
Draco inclina légèrement la tête. Il resta pensif pendant quelques secondes, et Harry se demanda si lui aussi revivait leurs premiers jours ensemble. Ils devaient être bien plus vif que les souvenirs qu'en gardait Harry.
-Néanmoins, affirma finalement Draco, il y a encore du chemin à parcourir. Je veux que tu sois dévergondé, Harry. Je veux que tu me supplies non plus de te mordre, mais de te prendre, à l'avenir.
Bien que ce soit pas la première fois que le vampire affirmait une telle chose, Harry rougit violemment. Il secoua la tête, à la fois dépité et à la fois pour montrer au vampire qu'il ne le prenait pas au sérieux. Le sourire de Draco, un brin cynique, laissait Harry perplexe. Il avait du mal à l'interpréter.
-Vous êtes toujours en train de jouer avec moi, reprocha le jeune homme en faisant la moue. Je ne suis pas un jouet, Draco! Je suis vivant, vous avez remarqué?
-Bien sûr, affirma le vampire avec ferveur.
Il serra le corps chaud de Harry contre lui avec force.
-Vos paroles semblent toujours être à double sens, continua Harry. Comment suis-je sensé savoir quand vous êtes sérieux et quand vous ne l'êtes pas? Tout ceci n'est pas un jeu.
-Qu'est-ce que c'est, dans ce cas? Interrogea Draco.
-C'est...Harry hésita, cherchant ses mots. Nous construisons une relation qui va durer toute une éternité. Il nous faut des bases solides pour que ça puisse marcher, pour toujours.
Draco fronçait les sourcils, à présent. Sans répondre, il repoussa le col du blouson de Harry et plongea son visage dans son cou. Il inspira longuement l'odeur de son calice, et embrassa patiemment les deux marques qui semblaient l'appeler désespérément. Il les lécha et les suça sans complexe, appréciant les gémissements du jeune homme qu'il tenait plaqué contre lui. Draco était enivré par l'odeur divine de son calice et il n'avait, à cet instant, qu'un seul désir, celui d'assouvir cette soif dévorante qui le rongeait. Il voulait planter ses canines dans le cou tendre de Harry et répondre à cette soif insatiable qui le tenait prisonnier depuis si longtemps.
Il savait que Harry désirait profondément répondre à cet appel, combler la soif de son vampire par son sang, ce qui était d'autant plus dur à résister.
Trop vite au goût de Harry, le vampire se redressa. Il maintint fermement Harry contre lui, et releva la tête. Ron venait d'apparaître dans la clairière, portant un seau d'eau dans chaque main. Il se figea en avisant le vampire, qui tenait possessivement son meilleur ami dans une étreinte de fer. Draco le transperça de son regard anthracite, et Ron déglutit difficilement avec l'envie soudaine de faire vivement demi-tour. Tentant de faire abstraction de la présence du prédateur à quelques mètres de lui, il s'avança lentement, ployant sous le poids des seaux.
Entre les bras de Draco, Harry se tortilla, mal à l'aise, pour lui faire lâcher prise. Lorsque Draco consentit enfin à le libérer, Harry se précipita vers son meilleur ami et lui arracha de force l'un des seaux.
-Désolé, marmonna-t-il. Je voulais venir t'aider, mais...
-Tu as été retenu, j'ai saisi, termina Ron, qui était aussi rouge que Harry.
Ils échangèrent un regard, aussi embarrassés l'un que l'autre. Harry était certain que Ron ne pouvait pas comprendre ce rapprochement, et qu'il n'en avait par ailleurs pas la moindre envie. Pour un humain, il devait être inconcevable de voir un jeune homme consentir à un tel rapprochement avec un vampire.
Ils traversèrent la clairière sans un mot, en tentant de renverser le moins d'eau possible. Draco, les bras croisés et l'air impassible, les regarda passer sans esquisser le moindre geste et lorsque Ron disparut derrière la toile de la tente, il jeta à son calice un regard entendu.
-Harry, appela-t-il, écartant largement les bras. Fais quelque chose. Tu as voulu cette situation, tu l'assumes. J'ai soif.
-Vous ne venez pas? Interrogea Harry, un peu déçu, en rougissant de plus belle.
Draco était on ne peut plus clair dans ses paroles.
-J'apprécie beaucoup ta présence, Harry, mais quand elle est polluée par tes deux amis, je préfère être seul.
Harry écarquilla les yeux.
-Ce n'est pas très sympa, ne put-il s'empêcher de reprocher. Je ne vous savais pas aussi insultant.
Le jeune homme secoua la tête avant de disparaître à son tour sous la tente. Il alla poser l'eau dans la cuisine avant de revenir dans le salon. Hermione était toujours assise dans son fauteuil en train de lire son livre, mais le feu qui ronflait à présent dans la cheminée prouvait qu'elle s'était levée pour le raviver.
Ron se laissa tomber en soupirant sur le banc de la table et se massa la nuque en fixant le visage concentré de la jeune fille. Harry resta debout, les bras ballants, ne sachant que dire. Il commençait à avoir mal à la tête, et il savait qu'il provenait de l'affut de sang dans son organisme. Son corps entier était parcouru de frissons à la seule pensée de ce que cela signifiait, et il rêvait de s'allonger sur le lit, en compagnie de son vampire, pour se laisser mordre.
La présence de Ron et Hermione était hautement problématique, mais il ne pouvait se résoudre à leur avouer son malaise. Pourtant, il ne pouvait pas rester dans cet état quelques heures de plus, et savait que Draco serait prompt à réclamer ce qui lui était dû. Le vampire n'était guère patient, quand il en allait de ce genre d'affaire.
Harry se creusait les méninges pour trouver un moyen d'éloigner ses deux amis le temps d'une heure lorsque Ron demanda:
-Quand irons-nous à Poudlard?
Hermione releva la tête de sa lecture. Elle resta pensive pendant quelques secondes puis répondit:
-Je n'ai aucune idée de comment pénétrer dans l'école.
-Nous pourrions utiliser l'un des passages secrets, suggéra le jeune homme, le front plissé en signe de concentration.
-Je ne sais pas. Ils doivent certainement être protégé, maintenant. Poudlard était déjà un endroit impénétrable, mais avec les Mangemorts à l'intérieur, désormais, le château est une véritable forteresse.
Ron plissa les yeux. Il jeta un coup d'œil à Harry, debout au milieu de la pièce.
-Ton vampire viendra avec nous, n'est-ce pas? Demanda-t-il en chuchotant.
Harry doutait que chuchoter soit suffisant pour privatiser leur conversation de l'ouïe perçante du vampire, mais il ne dit rien. Il se contenta de hocher de la tête, confiant. Ron et Hermione échangèrent un regard, puis le jeune homme reprit:
-Pourquoi attendons-nous, dans ce cas? Nous avons suffisamment attendu, je trouve! Cette situation, dit-il en englobant la tente d'un grand geste, devient de plus en plus invivable.
Harry savait qu'il faisait plus allusion à Draco qu'à leur condition de vie sous la tente. Draco et lui n'avaient rejoint Ron et Hermione que depuis quelques heures, pourtant le malaise qu'apportait le vampire dans leur groupe rendait l'atmosphère étouffante. Les humains qu'étaient Ron et Hermione ne pouvaient faire abstraction de la présence du prédateur, malgré les paroles rassurantes de Harry qui avait affirmé qu'il ne leur ferait aucun mal. Draco restait malgré tout une créature menaçante, et Harry pouvait concevoir que ses amis soient mal à l'aise si près de lui.
Néanmoins, il ne pouvait, et ne voulait se séparer de Draco et voulait rester avec ses amis. Il n'y avait pas d'autres choix que de faire des concessions, même si cette situation mettait Harry extrêmement mal à l'aise. Il n'avait pas pensé au problème qu'engendrerait la morsure.
-Nous devons agir, continua Ron, et le plus tôt sera le mieux. Aurons-nous un meilleur plan, demain, ou après demain?
-Mais nous ne savons pas comment pénétrer le château, rétorqua Hermione. Nous ne savons même pas où peut se trouver l'Horcruxe. Ca nous prendrait des jours pour fouiller toute l'école.
-Nous trouverons des indices sur place. Tu penses que c'est en restant dans cette clairière que nous trouverons des réponses à nos questions?
Hermione ne dit rien, mais la réponse était évidente.
-Nous devons agir avant que Vous-Savez-Qui se rende compte de ce que nous faisons. Le cambriolage à Gringotts a du le rendre suspicieux, même s'il ne sait pas ce qui a été volé! Nous devrions profiter de la nuit pour pénétrer l'école!
Harry était d'accord avec Ron. Il voulait en finir le plus vite possible, et ce n'est pas en campant dans cette clairière qu'ils arriveraient à accomplir leur mission. Comme toujours, la présence de Draco le rendait très confiant, et il avait même hâte de se lancer dans une nouvelle aventure. Il ne doutait pas qu'ils arriveraient à pénétrer l'école, pas avec un vampire à leur côté.
Il savait cependant qu'ils ne pourraient agir ce soir, ni demain.
Par association d'idées, Harry s'était remis à penser à un plan pour éloigner Ron et Hermione, lorsque la jeune fille se tourna soudain vers lui et dit:
-J'ai ta carte, Harry! Peut être que si nous y jetons un coup d'œil, nous pourrons trouver un moyen d'entrer.
Harry releva la tête. Il avait l'impression que son cerveau, plongé dans un brouillard épais, fonctionnait au ralenti. Il n'avait plus les idées claires.
-La carte? Répéta-t-il. Qu...
-Bien sûr! S'exclama Ron en se redressant, l'air soudain enjoué. Pourquoi n'y avons-nous pas pensé plus tôt? Tous les passages secrets sont indiqués sur cette carte, nous allons forcément en trouver un d'accessible.
Il se précipita vers les affaires d'Hermione et attrapa le sac en perle de la jeune fille. Il fouilla à l'intérieur pendant quelques secondes, avant d'en sortir, très fier, le sac à dos de Harry. Harry haussa les sourcils. Il avait totalement oublié le vieux sac rapiécé de Dudley, qu'il avait préparé cet été avant d'être attaqué par Draco, et que l'Ordre avait récupéré après sa disparition. S'il avait récupéré la cape d'invisibilité lors de son séjour au Square, ces autres affaires étaient restées en possession de ses amis.
Ron fouilla à l'intérieur et en extirpa le vieux parchemin qui dissimulait la carte des Maraudeurs. Il revint précipitamment au salon et posa la carte sur la table basse avant de la déplier. Harry s'approcha doucement, et s'assit prudemment à même le sol, devant la table basse.
-Je jure solennellement que mes intentions sont mauvaises, murmura Ron en brandissant sa baguette.
Aussitôt, le plan détaillé du château apparut, indiquant avec précision chaque couloir, chaque pièce et chaque passage secret du château. Plus encore, des points apparurent à différents endroits de la carte, et les trois amis se penchèrent avidement en avant pour repérer des noms connus qu'ils n'avaient plus entendus depuis longtemps.
Le regard de Harry trouva rapidement la tour de Gryffondor, et il chercha avidement les prénoms de ses camarades de classe. Il chercha les prénoms de Neville, Dean et Seamus, celui de Ginny, et de tous les autres camarades qu'il avait côtoyés dans la tour pendant si longtemps.
Au bout de quelques secondes, néanmoins, il remarqua qu'aucun de ces noms n'apparaissaient sur la carte des Maraudeurs.
-Où sont-ils, marmonna Ron. A cette heure-ci, ils devraient être soit en train de manger, soit dans la salle Commune.
Harry chercha la Grande Salle et balaya du regard la table des Gryffondor.
-Pourquoi ne sont-ils nulle part sur la carte? S'interrogea Hermione.
Ils passèrent de longues minutes à passer la carte au peigne fin, mais durent finalement se rendre à l'évidence: de nombreux de leurs camarades n'apparaissaient pas sur la carte. Ils se rendirent compte que ce n'était pas que des Gryffondors, mais aussi des Serdaigles et des Poufsouffles.
-Vous pensez qu'ils ont tous été renvoyés? Demanda Ron.
Harry secoua doucement la tête.
-Je ne pense pas, répondit-il. Il y a une pièce dans le château qui n'apparaît pas sur la carte.
-La Salle sur Demande, dit Hermione. Tu penses qu'ils sont tous là dedans?
Harry approuva, l'air sérieux.
-Et s'ils avaient recommencé les réunions de l'AD? Regardez, ce sont tous des anciens membres qui manquent! Ils ont peut être refondés l'AD pour lutter contre Rogue et les Mangemorts!
Harry était étrangement fébrile. L'idée que ses amis aient refondés l'Armée de Dumbledore, qu'il avait fondée avec Ron et Hermione, pour continuer son combat alors même qu'il n'était plus là, qu'il était supposé mort, le remplissait de joie.
-Attendons un peu, suggéra Hermione. L'entrée de la Salle sur Demande est supposée se trouver là, au septième étage. Lorsque la réunion finira, ils sortiront et nous pourrons les voir. En attendant, nous devrions jeter un coup d'œil aux passages secrets.
Harry approuva. Tous trois se concentrèrent sur la Carte, et repérèrent rapidement le passage secret derrière la sorcière borne qui menait à l'extérieur de l'école, chez Honeydukes. Ron se rapprocha pour mieux voir, et s'assit sur l'accoudoir du fauteuil dans lequel Hermione était installée.
-Il est bouché, fit remarquer la jeune fille en désignant le tunnel qui était en effet obstrué peu après son entrée.
-Et celui du Saule Cogneur? Demanda Ron en se penchant un peu plus en avant.
Ils restèrent silencieux pendant quelques secondes, fébriles, en cherchant, dans le parc, l'immense arbre protecteur. Mais leur espoir fut de courte durée.
-Bouché, soupira Harry.
Hermione soupira et se rejeta contre le dossier de son fauteuil. Ron, très prévenant, passa son bras autour des épaules de la jeune fille en un geste qui se voulait réconfortant. Harry l'observa faire sans un mot, songeur.
-Harry, je sais que tu es déterminé, mais je ne pense pas qu'il y ait un moyen de pénétrer l'enceinte du château.
Harry secoua la tête, résolu. Il y avait forcément un moyen de pénétrer Poudlard. Il devait y en avoir un. Il refusait tout simplement de laisser tomber.
-J'en parlerai à Draco, affirma-t-il. Il aura forcément une idée.
Ni Ron ni Hermione ne répondirent. Ils se contentèrent de hocher doucement de la tête, mais Harry voyait dans leurs regards qu'il n'y croyait pas.
-Vous êtes ensemble, tous les deux? Demanda soudain Harry.
Ron et Hermione relevèrent la tête de leur observation. La question avait échappé à Harry avant qu'il n'ait pu la retenir. Il n'avait pas voulu la poser, pas réellement, mais n'avait pu s'en empêcher. Il avait remarqué, bien sûr, au Square Grimmault, que Ron et Hermione étaient plus proches que dans ses souvenirs. Ils échangeaient beaucoup de gestes complices et passaient la majorité de leur temps seul à seule. Il était donc logique qu'ils se soient rapprochés, pendant que Harry restait obnubilé par Draco.
C'est en les voyant si proches, sur ce fauteuil, que Harry avait eu un déclic. Le regard gêné qu'échangèrent ses deux amis le conforta dans ses suppositions.
-Pourquoi ne m'avez-vous rien dit? Reprocha-t-il avant qu'ils n'aient pu répondre quoique ce soit.
Hermione posa une main réconfortante sur l'épaule du jeune homme et dit doucement:
-On ne voulait pas te l'annoncer de but en blanc, Harry. Tout est si compliqué pour toi en ce moment, tu...Ta vie a changé, et on a conscience que ce doit être difficile pour toi de nous voir nous mettre en couple et...
La jeune fille, à court de mots, s'interrompit. Elle esquissa un sourire tendre à un Harry impassible et serra son épaule. Elle n'avait pas tord, bien sûr. Harry encaissait le coup du mieux qu'il pouvait, mais voir ses amis se mettre en couple lui faisait un choc. Pas parce que Ron et Hermione avaient passé leurs années à Poudlard à se chamailler et à s'insupporter mutuellement, mais parce qu'il se rendait compte que, déjà, la vie continuait son cours, tandis qu'il restait sur le bord de la route.
C'était ce qu'il avait toujours redouté. Ron et Hermione allaient évoluer. Ils allaient devenir adulte, se marier, avoir des enfants, vieillir. Ils allaient vivre, tout simplement, tandis qu'il resterait à jamais lié à un vampire figé dans le temps.
-Tu ne nous en veux pas, Harry, de ne pas te l'avoir dit plus tôt?
Harry, néanmoins, ne pouvait pas leur en vouloir. Pas pour ça. Alors il se contenta d'esquisser un sourire crispé et secoua la tête.
-Je suis content pour vous, c'est bien.
Ron et Hermione posaient sur lui des regards qui prouvaient que Harry faisait pauvrement illusion. Il sentait que ses amis avaient envie de dire quelque chose pour le réconforter, mais Harry lui même savait que ça sonnerait creux. Ron et Hermione ne comprenaient pas sa relation avec Draco, il la trouvait probablement malsaine et hors norme, et ils ne pourraient lui souhaiter d'être heureux sans paraître faux.
Tous trois se contentèrent donc de rester silencieux, un peu mal à l'aise. Harry fixait la Carte des Maraudeurs sans la voir. Il n'était pas sûr de pouvoir supporter tout le bonheur de ses amis. Certes, Draco ne le rendait pas à proprement parlé malheureux. Mais ils n'auraient jamais la relation que Ron et Hermione étaient en train de construire. La leur n'était basée que sur un échange malsain, une dépendance abusive, un lien contraignant. Rien, en somme, qui ne pourrait amener de belles choses, un bonheur sans tâche, ou de beaux sentiments.
Harry commençait à dangereusement déprimer lorsque Draco apparut sous la tente. Le vampire posa sur lui un regard impénétrable, mais Harry se sentit soudain rassuré, et beaucoup moins triste. Il se redressa quelque peu et se perdit dans le regard réconfortant de son vampire.
Tous les trois fixèrent le vampire sans un mot, un peu éberlués par cette soudaine apparition. Avant même qu'il n'ouvre la bouche, Harry était déjà rouge comme une tomate. Il jeta un regard entendu à Draco, et le vampire le regarda pendant quelques secondes sans rien dire, avec son air éternellement impassible. Harry pria brièvement pour que le vampire reste doux dans ses propos et il retint son souffla lorsqu'il dit:
-Harry et moi avons besoin d'un peu d'intimité.
Le jeune homme enfonça le menton dans le col de son blouson, et n'osa pas tourner la tête pour voir la réaction de ses amis. Il lui semblait qu'il n'avait jamais été aussi mal à l'aise de sa vie. Draco était resté subtil, néanmoins, ses paroles étaient sans équivoque.
Près de lui, Ron et Hermione échangèrent un regard perplexe. Les oreilles du jeune homme avaient pris une douce teinte rosée, tandis qu'il analysait les paroles du vampire.
-D'intimité, répéta Hermione.
Lentement, Draco approuva. Il jeta un coup d'oeil à son calice, qui semblait vouloir disparaître dans son blouson, puis revint à Hermione.
-Allez faire un tour, ordonna sévèrement Draco, semblant perdre tout à coup toute sa patience.
Ron et Hermione se levèrent d'un bond. En moins de quelques secondes, ils avaient attrapé leurs blousons et étaient sortis de la pièce sans jeter un coup d'oeil en arrière. Assis par terre, Harry les regarda sortir sans oser esquisser le moindre geste. Il était certain de ne jamais pouvoir se remettre de cette scène.
Draco, l'air satisfait, lui adressa un sourire goguenard. Il enleva son tee shirt sans le quitter des yeux et le regard de Harry glissa sur le torse lisse et pâle du vampire. Ce dernier enleva ses chaussures, puis ses chaussettes, et haussa un sourcil en direction de Harry, dont seuls le nez et les yeux apparaissaient du col de son blouson.
Puis il se dirigea à grands pas vers la chambre, et Harry l'entendit s'affaler sur l'un des lits. Paralysé, il resta immobile, assis entre le fauteuil et la table basse, fixant l'entrée de la tente par laquelle ses amis avaient disparu. Au bout de quelques secondes, la voix autoritaire de Draco se fit entendre:
-Tu comptes venir, Potter?
Harry sursauta. Fébrile et impatient, il se releva précipitamment, trébuchant sur ses propres pieds, et se précipita vers son vampire.
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:) Je tiens à préciser que la morsure ne sera pas décrite, pour ne pas que vous pensiez que j'ai sadiquement coupé au moment fatidique xD
Que pensez-vous donc de ce chapitre? La cohabitation s'annonce tendue, n'est-ce pas? Mais je vous rassure, elle ne durera que quelques chapitres!
Dans le prochain chapitre, Draco passe enfin à la casserole. Vous saurez tout de lui! (ou presque, c'est qu'il ne répond qu'aux questions qu'il juge pertinente, vous le savez maintenant xD)
Je vous souhaite à tous une bonne semaine, et à samedi prochain!
Natom, 14/06/14
