Bonjour!
Bienvenus à tous pour ce nouveau chapitre! J'ai été ravie de voir que le chapitre précédent vous avait satisfaits. C'était un chapitre important dans le déroulement de l'histoire, comme vous l'avez compris. Je crois d'ailleurs qu'on a atteint un record pour ce qui est des review sur un seul chapitre! Merci! J'espère que ce record sera battu pour ce chapitre là!
Merci à tous les guests qui ont pris le temps de laisser une review: Guest, Kisis, maoul92, Sasunaruchan, celine, Yukino, Drayryforever, souhae, Sélènè ( x3 :), Lilo, ExpressoLatte!
Merci également à Marmel, pour la correction. Et aussi pour ta patience et ta rapidité! Je te rends pas toujours la tâche facile xD
Et merci à Choupette13, si tu passes par là ;)
Sur ce, je vous laisse à votre lecture. Enjoy... :)
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Chapitre 55
On ne souffre qu'une fois, on vainc pour l'éternité
Sören Kierkegaard
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La gifle claqua violemment contre la joue de Harry. Le jeune homme écarquilla les yeux et fit un pas précipité en arrière, sonné, manquant de trébucher et de s'étaler par terre. Il porta la main à sa joue endolorie, proprement sidéré, et se la frotta doucement.
Harry n'en revenait pas.
Draco l'avait giflé.
Il leva un regard abasourdi vers son vampire, qui le fixait d'un air aussi impassible que sombre, à quelques mètres de là. Il tenait toujours l'épée de Gryffondor ruisselante de sang dans sa main droite, et des mèches d'un blond rougi de sang tombaient devant ses yeux. Il se dégageait de lui une aura de colère froide et contrôlée qu'Harry avait appris à craindre au fil des mois. Draco avait à cet instant un air des plus effrayants et Harry lui même ne put se résoudre à s'avancer vers lui.
Il resta figé sur place, choqué et outré, tandis qu'autour de lui un tumulte immense éclatait. Les cris, les acclamations, les rugissements de la foule rassemblée déchirèrent l'atmosphère et, au milieu des dizaines de personnes qui firent irruption tout autour de lui, Harry perdit de vue son vampire. C'eut l'effet d'un électro choc. Il reprit vivement conscience de ce qui l'entourait et dans un sursaut de désespoir et de besoin viscéral, il fit un pas en direction de l'endroit où il pensait que Draco se trouvait.
Mais il fut aspiré par la foule, secoué et bousculé en tout sens et il perdit bientôt toute notion de l'espace. Des dizaines de bras se tendaient dans sa direction, tout un chacun désireux de le voir, de le toucher, toucher le garçon qui avait survécu et vaincu. Harry souriait avec crispation, tandis que ses yeux scannaient la foule à la recherche du regard anthracite si rassurant de son vampire. Mais Draco n'était nulle part en vue, et Harry sentait à nouveau la panique monter en lui. Il avait besoin de Draco, même si c'était pour faire face à sa colère et sentir la brûlure cuisante de sa gifle sur sa joue.
Il n'était pas un héros, et il ne voulait pas être considéré comme tel. Il ne voulait pas de leur reconnaissance ou de leur idolâtrie. Il ne voulait pas voir leurs sourires réjouis. Il voulait juste Draco, son vampire.
Ron surgit soudain face à lui, et son sourire était si lumineux et si éblouissant qu'il eut le mérite de transformer le sourire crispé de Harry en un sourire sincère. Son meilleur ami semblait, à cet instant, l'homme le plus heureux au monde, et, faisant fi de toutes les personnes qui se pressaient autour de Harry, il se précipita vers lui et se jeta dans ses bras.
-Tu l'as fait, Harry, s'exclama-t-il en le serrant contre lui. Tu l'as tué!
Le sourire de Harry s'agrandit et il oublia, pendant quelques secondes, ce besoin viscéral qu'il avait de son vampire, et sa gifle plus qu'humiliante. Il rendit chaleureusement son étreinte à Ron tout en savourant ses mots. Il l'avait fait, il avait tué Voldemort, la guerre était finie.
Ron ne s'écarta de lui qu'au bout de quelques secondes d'une étreinte des plus fraternelles. Il donna une tape ravie dans le dos de son ami.
-Je n'arrive pas à y croire, Harry! S'exclama Ron, dont le sourire réjoui avait quelque chose de communicatif. Tu as tué Tu-Sais-Qui! Tu as mis fin à tout ce chaos! Tu nous as tous sauvés, Harry!
Harry sourit à son tour, un peu gêné par cette effusion. Il ne voulait pas passer pour le héros, celui qui avait sauvé tous les autres, mais avait conscience qu'il aurait du mal à passer à travers cette étiquette. Tout autour d'eux, les élèves de Poudlard et habitants de Pré-Au-Lard tentaient de se frayer un chemin jusqu'au Survivant dans l'espoir de le toucher et Harry était balloté en tout sens. Il se sentait mal à l'aise face à toutes ces personnes qu'il ne connaissait pas et qui voulaient le toucher. Harry n'avait jamais été à l'aise avec les contacts physiques, et il l'était encore moins depuis qu'il était devenu un calice.
-Tu as accompli la Prophétie, affirma Ron en criant pour se faire entendre dans le vacarme ambiant.
Cette simple phrase fit monter en Harry une joie immense qui semblait provenir du plus profond de son être. Il fut parcouru d'un frisson incontrôlable tandis qu'une prise de conscience violente éclatait en lui. Il avait accompli la Prophétie. Il avait tué Voldemort, et y avait survécu. Il était libre. Il n'avait plus à avoir peur de son ombre, à s'attendre à tout moment à ce que Voldemort s'en prenne à lui ou à ses proches. Il n'aurait plus à fuir, à se cacher ou à supporter la surprotection de Draco. Tout était fini. Voldemort était mort et, de là où il était, il ne pourrait plus jamais lui faire de mal.
-Oui, dit-il en souriant d'une oreille à l'autre d'un sourire enfin sincère. J'ai fait ça.
Ron et Harry s'observèrent pendant quelques secondes en silence, tandis que l'énormité de cette révélation flottait entre eux. Soudain, ce fut Hermione, Ginny, Neville et Luna qui surgirent face à Harry et c'est leurs bras qui l'entourèrent, leurs cris inintelligibles qui l'assaillirent. Puis tous les Weasley furent soudain à ses côtés, leurs cheveux roux flamboyant parmi la foule, Hagrid, sa haute taille dominant tout le monde, Kingsley, Flitwick, Chourave. Harry ne parvenait pas à comprendre un mot de ce qu'ils criaient, il ne savait pas non plus à qui appartenaient les mains qui le saisissaient, le tiraient, essayaient d'étreindre une quelconque partie de son corps, ils étaient des centaines à se presser contre lui, bien décidés à toucher le Survivant, celui grâce à qui tout s'était enfin terminé.
Harry souriait, mais tout son être appelait Draco avec un tel désespoir et un tel besoin qu'il se demandait pourquoi le vampire n'était pas déjà là, à ses côtés. Des émotions violentes, qu'il s'était efforcé de garder enfermées au plus profond de lui, menaçaient à présent de refaire surface, et il savait que l'euphorie suscitée par la chute brutale de Voldemort serait courte. Bientôt, tous prendraient conscience de ce qu'ils avaient du payer pour en arriver là, et Harry le premier craignait de revenir à cette dure réalité. Il ne voulait pas faire face à ces émotions qui menaçaient de le submerger et de le noyer tout entier alors qu'il avait réussi à être si heureux pendant quelques trop courtes minutes.
Peu à peu, et comme Harry l'avait pressenti, la foule finit par s'éclaircir, et il put enfin respirer et se mouvoir en toute liberté. La foule s'était doucement dispersée, retournant près du château ou errant sur la pelouse à la recherche d'un proche disparu, et Harry comprit que l'euphorie et la joie provoquées par la fin de la guerre et la chute de Voldemort étaient déjà passées. Le chagrin du à la perte d'un proche était bien plus intense et destructeur que la joie éphémère de la fin de la guerre, et Harry en était le premier conscient.
Une boule se forma en travers de sa gorge et son sourire disparut lorsqu'il put enfin distinguer les alentours. On aurait dit que de petits tas de vêtements parsemaient la pelouse devant le château. Les Détraqueurs avaient disparu et les étoiles et la lune étaient réapparues, éclairant la pelouse de leurs lumières diffuses.
-Viens Harry, lui dit doucement Hermione, dont le sourire réjoui avait également disparu et qui arborait à présent une expression sombre.
Elle lui attrapa le bras sans cérémonie et le guida à travers la pelouse, lentement. Ron leur emboita silencieusement le pas, et Harry devina son air sombre, qui devait faire écho à celui que lui même arborait. La jeune fille attrapa de sa main libre le bras de Ron et tous les trois entreprirent de remonter lentement la pelouse en direction du château.
Harry n'était pas sûr de vouloir aller là où elle l'amenait, mais Draco n'étant nulle part en vue, il se laissa entrainer, non sans angoisse. Son souffle se bloquait dans sa gorge et des émotions puissantes remontaient en lui.
Il jeta vivement un coup d'œil par dessus son épaule et balaya la pelouse du regard, mais il ne vit aucun signe de son vampire. Hermione ne commenta pas son geste, même s'il était certain qu'elle en comprenait les motivations et Harry lui en fut reconnaissant. Il sentait au plus profond de lui qu'il avait besoin de Draco pour faire face à ce qu'il s'apprêtait à affronter.
Le château était étrangement silencieux lorsqu'il en gravit le perron d'entrée, Hermione suspendue à son bras, silencieuse également, et Ron accroché à l'autre bras de la jeune fille. On ne voyait plus d'éclairs lumineux, on n'entendait plus de détonations, plus de cris. Les dalles du hall d'entrée étaient tachées de sang et des morceaux de marbre se mêlaient aux débris de bois et aux émeraudes tombées des sabliers géants qui comptabilisaient les points de chaque maison. Une partie de la rampe d'escalier avait été détruite.
Harry balaya le sol du hall du regard, mais il ne vit aucun signe du corps de Lupin. Pendant un instant, une infime seconde totalement surnaturelle, un espoir fou surgit en Harry, puis il eut une vision nette de la Grande Salle et il s'arrêta brusquement sur le seuil, tout sentiment positif retombant en lui comme un soufflet.
Les tables des maisons avaient disparu et la salle était bondée. Les survivants, debout par groupes, se tenaient par le cou. Les blessés, rassemblés sur l'estrade, étaient soignés par Madame Pomfresh, aidée d'une équipe de volontaires. Firenze comptait parmi les blessés. Le flanc ruisselant de sang, il était allongé, secoué de tremblements, incapable de se relever.
Les morts étaient étendus côte à côte au milieu de la salle. La prise d'Hermione sur son bras se resserra et elle leva vers Harry un regard attristé dont le jeune homme eut à peine conscience. Son souffle se bloquant dans sa gorge, il s'avança lentement au milieu de la salle et, cette fois, personne n'accourut vers lui pour le féliciter. Et Harry leur en fut immensément reconnaissant.
Il prit une brusque inspiration lorsqu'il vit, regroupée au milieu de la salle, la famille Weasley, agenouillée autour d'un corps que Harry ne pouvait distinguer.
-Non, murmura Ron, près de lui, dans un souffle déchirant qui fit écho à ce que Harry ressentait à cet instant.
Harry entendit distinctement le halètement accablé de Ron qui s'arracha brutalement à la poigne d'Hermione et se précipita en avant. Harry ne respirait plus. Ses yeux émeraudes, agrandis par le choc, se posèrent sur Madame Weasley, affalée par terre qui tremblait de tout son corps. Monsieur Weasley lui caressait les cheveux, le visage inondé de larmes.
Harry prit une brusque inspiration, incapable de faire face à cette réalité, incapable même de seulement y croire. Hermione lâcha soudain son bras et il lui sembla pendant quelques secondes qu'il allait s'effondrer au sol, sans plus aucun appui pour le soutenir. Sa meilleure amie se précipita vers Ginny, dont le visage était tuméfié, marbré, et inondé de larmes et la serra contre elle. Ron rejoignit Bill, Fleur et Perçy qui lui passa un bras autour des épaules et Harry entendit le cri déchirant de son meilleur ami:
-Fred!
Harry, le coeur au bord des lèvres, fit un pas en avant et distingua le corps sans vie de Fred, allongé au sol, et dont les yeux vides fixaient sans le voir le plafond magique de la Grande Salle. Le jeune homme écarquilla les yeux. Il ouvrit la bouche mais aucun son n'en sortit. George était agenouillé près de son frère, figé telle une statue de marbre, le regard fixé sur celui sans vie de son jumeau.
Harry fit un nouveau pas en avant, chancelant. Il lui semblait qu'une pointe acérée venait de se planter au plus profond de sa poitrine tandis qu'un poids immense lui tombait sur les épaules. Il s'arc-bouta, le souffle court, les épaules voutées par le poids de son chagrin, et incapable de se détacher de la vision cauchemardesque du corps de Fred, allongé sans vie au milieu des siens.
Tandis que Ginny et Hermione s'approchaient du reste de la famille, Harry eut une vision nette des corps allongés à côté de Fred: Remus et Tonks, pâles, immobiles, le visage paisible, semblaient endormis sous le ciel nocturne du plafond ensorcelé. Près d'eux, le corps sans vie et désincarné d'Alastor Maugrey semblait figé dans une pose douloureuse, son œil magique enfin immobile.
Il sembla à Harry qu'une éternité défilait sous ses yeux tandis qu'il fixait avec horreur les visages des victimes. Des hommes et des femmes qu'il avait connus, côtoyés, avec qui il avait parlé, parfois vécu, qui s'étaient battus pour lui et qui aujourd'hui étaient morts pour lui. Il eut l'impression que la Grande Salle s'envolait, rapetissait, se ratatinait. Il n'arrivait plus à respirer. Il ne pouvait supporter de contempler les autres corps, de voir ceux qui étaient morts pour lui, mais il ne pouvait détacher son regard de leurs visages sans vie.
Il ne pouvait supporter l'idée de rejoindre les Weasley, de les regarder dans les yeux, alors que c'était de sa faute si Fred était mort. Mêlée à son chagrin immense, une culpabilité déchirante monta en lui, et il se mordit violemment la lèvre inférieure pour ne pas laisser échapper un cri de pure souffrance alors qu'il se sentait littéralement déchiré de l'intérieur. Ce n'était pas la même souffrance que lors d'une blessure physique, c'était une souffrance invisible, immatérielle, mais qui était bien plus douloureuse que le plus acéré des doloris.
La douleur, intolérable, surgit en Harry tandis que le flot d'émotions qu'il s'était efforcé de contenir au long de la soirée déferlait en lui. Un chagrin immense, insoutenable, le déchira de l'intérieur et il eut alors la certitude qu'il ne pourrait plus jamais être heureux. Qu'il ne pourrait plus jamais vivre comme avant, qu'il ne pourrait jamais se relever de ce coup fatal apporté non pas par Voldemort, mais par la vision de ses proches étendus sans vie sur le sol impersonnel de la Grande Salle. Il laissa échapper un halètement douloureux en s'agrippant la poitrine et baissa les yeux sur ses chaussures, s'arrachant enfin aux visages tuméfiés et sans vie de ses proches.
Il voulait s'arracher le coeur, les entrailles, tout ce qui criait en lui. Il voulait ne plus rien ressentir. Ne plus sentir cette souffrance insupportable que même la meilleure des potions ne pouvait guérir.
Ses jambes se dérobèrent sous lui et il s'écroula à genoux au centre de la Grande Salle, dévasté de chagrin et de désespoir. Des sanglots lui échappèrent et pas une seule seconde il ne pensa à se cacher, à dissimuler les larmes qui coulaient sans honte sur son visage, dévalaient ses joues pâles, coulaient sur ses lèvres d'un rouge soutenu et coulaient le long de son menton. Elles s'écrasaient sur ses mains qu'il tenait serrées dans son giron et il pleurait. Le chagrin rongeait chaque centimètre carré de son corps, ne lui laissant aucun répit. Il le dévastait tout entier, et la douleur était telle qu'Harry espéra être mort, dans le parc, face à Voldemort.
La destruction du mage noir valait-elle toutes ces vies de prises? N'aurait-il pas mieux fait de partir, loin, comme Draco n'avait cessé de lui répéter? Contre l'avis de son vampire, Harry avait voulu rester et combattre pour sauver ses proches, et c'était finalement son entêtement à rester qui leur avait coûté la vie.
Une main se posa soudain sur les siennes et il sursauta. Il leva ses yeux émeraudes emplis de larmes et croisa le regard brillant d'Hermione, qui le fixait avec une tristesse clairement perceptible dans ses yeux bruns.
-Je suis désolée, Harry, chuchota-t-elle. Je suis tellement désolée.
Elle s'accroupit face à lui, à genoux elle aussi, et s'empara des deux mains de Harry qu'elle serra entre les siennes. Harry relaissa tomber sa tête et observa leurs mains entrelacées, ne contrôlant plus les sanglots qui faisaient sursauter son corps entier.
-C'est ma faute, souffla-t-il, exprimant à haute voix ces trois mots qui le terrifiaient plus que tout.
-Non! Non, Harry. Ce n'est pas de ta faute, ne pense pas à ça. Jamais. Tous ces gens ont choisi de se battre pour mettre fin à cette tyrannie. Ils voulaient un avenir meilleur pour leurs enfants, un monde dans lequel ils puissent être heureux et ils se sont battus pour eux, pour leur famille, pour leurs amis. Le seul fautif, dans tout cela, c'est Voldemort, pas toi.
-Si je n'étais pas venu ici ce soir, rien de tout cela ne serait arrivé. Ils ne seraient pas venus se battre, et ils ne seraient pas...
Il entendit distinctement Hermione soupirer. La jeune fille renifla et en relevant brièvement la tête, Harry s'aperçut qu'elle pleurait également. Elle le regardait avec les yeux rougis par les pleurs et un air si triste et si peiné qu'Harry sentit sa propre souffrance redoubler d'intensité.
-Si tu n'étais pas venu, Harry, Voldemort serait encore en vie et il continuerait à faire plus de victimes. Tu as mis fin à tout cela, et tout le monde ici t'en sera éternellement reconnaissant. Personne ne t'en voudra. Jamais.
Harry laissa échapper un sanglot. Il n'avait pas besoin de reconnaissance, il n'en voulait pas. Il aurait donné volontiers toute la reconnaissance du monde pour que Fred, Lupin, Tonks, Maugrey, reviennent parmi eux. Il leva les yeux et les posa sur la famille Weasley qui, regroupée tout autour de Fred, pleurait et tentait de surmonter cette peine intolérable en se soutenant les uns les autres. Harry, lui, était seul. Et il l'avait toujours été.
Hermione suivit son regard avant de lui refaire face, l'air soudain sévère à travers son chagrin.
-Personne ne t'en voudra, répéta-t-elle avec plus de fermeté. Personne, Harry, jamais.
Elle serra les mains de Harry dans les siennes, fixant sans ciller le visage détruit du jeune homme qui lui faisait face. D'une main, elle repoussa les mèches ébènes qui lui tombaient devant les yeux.
-Fred est mort, murmura-t-il.
Le dire à haute voix ne le rendit pas plus réel. Cela ne fit que redoubler la douleur insoutenable qui le déchirait de l'intérieur. Fred, qui n'avait que deux ans de plus que lui, qui avait toute la vie devant lui, qui laissait derrière lui un frère jumeau et une famille dévastée. Harry déglutit. Il ferma fortement les yeux, comme si se plonger dans l'obscurité pouvait faire disparaître cette horrible réalité. Il avait envie de disparaître de la surface de la terre, de tout oublier, de faire disparaître cette douleur qui le terrassait peu à peu.
-Draco avait raison, souffla-t-il. J'ai voulu rester coûte que coûte parce que je pensais que c'était à moi de les sauver, mais je les ai condamnés à mort en restant. Si j'étais parti, rien de tout cela ne serait arrivé. Tous ces gens seraient encore en vie.
-Et Voldemort le serait aussi, répondit doucement Hermione. Et toi, tu aurais passé l'éternité à regretter d'avoir abandonné. Aujourd'hui, tu as accompli la Prophétie, et tu vas pouvoir vivre heureux, Harry.
Harry secoua la tête. Il ne pourrait plus jamais être heureux. Pas après ce soir. Pas après avoir vu les corps sans vie de Lupin, Tonks, Maugrey, Fred, les larmes de sa famille.
Hermione lâcha soudain ses mains et se redressa. Harry n'eut pas la force de la retenir, ni de la suivre. Il avait l'impression qu'il ne pourrait plus jamais se relever de ce sol poisseux de sang et de poussière. Il ne pourrait plus jamais se tenir debout, droit, et affronter la vie qui s'offrait enfin à lui, maintenant que Voldemort était mort. Comment pouvait-il vivre alors que Fred n'était plus, alors que Lupin était mort?
Pourquoi avait-il survécu, lui, alors qu'eux étaient morts? Harry renifla. Il resterait à jamais vautré à terre, écrasé par le poids de son chagrin insoutenable et incapable de se relever.
-Debout Potter.
Deux bras puissants se glissèrent soudain sous les siens et, avec souplesse et en moins d'une seconde, Harry était debout. Il trébucha sur ses propres pieds, cligna des yeux et renifla tandis qu'il reprenait brusquement pied avec la réalité. Il eut la vision fugace de l'immensité de la Grande Salle à travers ses yeux brouillés de larmes puis Draco lui fit faire volte face avec cette rapidité qui le caractérisait. Harry se laissa manipuler sans broncher et il se retrouva face à son vampire.
Il ferma les yeux tandis que le regard implacable de son vampire se posait sur lui. Il avait conscience de son visage strié de larmes, de son air pitoyable et de son corps faible et savait que Draco ressentait avec puissance à cet instant son chagrin immense. Il était heureux, en un sens, de savoir que le vampire le comprenait parfaitement, mieux que personne, comme toujours. Et même si Draco ne partageait pas son chagrin, Harry prit conscience qu'il était là pour le soutenir et qu'il le serait toujours. Il n'était pas seul, et ne l'avait plus été depuis des mois, depuis sa rencontre avec Draco.
Il sursauta légèrement lorsqu'il sentit les pouces du vampire venir essuyer les larmes qui coulaient encore de ses yeux.
-Tu arrêtes de pleurer, maintenant, ordonna autoritairement Draco.
Son ton sec et impitoyable eut sur Harry un effet des plus drastiques. Il réprima un nouveau sanglot et prit une profonde inspiration, tentant de se contrôler.
Puis le vampire le plaqua avec une force violente contre son torse et ses bras puissants s'enroulèrent autour de Harry et l'emprisonnèrent dans une étreinte de fer. Instantanément, Harry enfouit son visage dans le cou de son vampire. Il inspira profondément son odeur familière et enroula ses bras autour du corps puissant de Draco, le serrant contre lui, même si le vampire ne s'en rendit pas compte.
Harry, à cet instant précis, fut si heureux que ses pleurs reprirent de plus belle. Un puissant sentiment de bien être monta en lui et il inspira longuement, profondément l'odeur de vampire. C'était comme une renaissance.
Il sentit Draco enfouir son visage dans ses cheveux ébouriffés et Harry respira lentement pour se calmer. Jamais il n'avait pensé que Draco puisse avoir un tel effet sur lui. Certes, Draco avait toujours eu sur lui des effets plus que discutables et incontrôlables, mais à ce point, jamais. Le soulagement, l'apaisement et la consolation qu'il lui apportait semblaient proportionnel à son immense chagrin, et Harry soupira en fermant fortement les yeux.
Il lui semblait que le vampire aspirait hors de lui tout son chagrin et sa peine, rien qu'en le serrant fortement contre lui. Ses bras semblaient être une barrière des plus efficaces contre tous les sentiments sombres qui avaient envahi Harry ces dernières interminables minutes. Draco s'infiltrait à travers son être. Son étreinte, ses bras, son souffle dans ses cheveux, sa simple présence contre lui suffisait à chasser tous les démons de Harry. La situation, qui lui avait semblé sans espoir quelques secondes auparavant à peine, semblait à présent s'éclaircir. Il avait l'impression qu'il pourrait se relever, finalement, avec l'aide de son vampire. Il pourrait refaire face à la vie qui l'attendait, il pourrait survivre à cette soirée. Il pourrait être heureux, finalement.
Il l'était déjà. Draco semblait insuffler en lui une force que Harry ne pensait pas posséder.
Harry arrêta peu à peu de pleurer. Ses sanglots se calmèrent tandis que Draco caressait doucement son dos, avec tendresse. Il renifla une dernière fois et resserra sa prise autour du corps puissant de son vampire. Les bras de Draco l'enserraient avec force, le plaquaient contre son torse sans lui laisser la possibilité de s'échapper. Il sentait son souffle frais dans ses cheveux et, pour rien au monde à cet instant, il n'aurait voulu que son vampire ne relâche son étreinte.
Il avait l'impression que si Draco le lâchait, il s'effondrerait à nouveau et, cette fois-ci, qu'il ne pourrait plus jamais se relever.
Draco, néanmoins, n'avait pas l'intention de le lâcher. Plus jamais. Il était prêt à tenir Harry ainsi serré contre lui pour l'éternité. Et peu importe les regards horrifiés et outrés que lui lançaient les personnes qui se trouvaient à cet instant dans la Grande Salle. Ils pouvaient tous l'attaquer, Draco n'en lâcherait pas moins son précieux calice.
-Vous m'avez frappé, souffla soudain Harry.
Son souffle chaud s'échoua contre le cou de Draco qui ne put réprimer un frisson. Le vampire ne répondit rien. Il n'y avait rien à répondre à cela. Il avait giflé Harry, oui. Le geste lui était venu instinctivement, vieux réflexe provenant du fond des âges. C'était plus un geste de pur soulagement plutôt que d'agression, mais il n'était pas sûr que Harry l'ait pleinement saisi.
Harry soupira dans le cou de son vampire. Ses mains s'agrippèrent à la chemise de Draco tandis qu'il voyait soudain, par dessus son épaule, entrer le professeur Flitwick dans la Grande Salle. Il faisait léviter un corps derrière lui et Harry reconnut le visage pâle et figé dans une expression de pure terreur de son ancien camarade, Colin Crivey. Il cligna des yeux tandis que le chagrin revenait violemment en lui à la vue du jeune homme, et ce malgré la présence de son vampire.
Instantanément, les bras de Draco se resserrèrent avec plus de force autour de lui et Harry ferma les yeux pour échapper à cette vision cauchemardesque. Colin était plus jeune que lui, il n'aurait jamais du se trouver ici.
-Ne sois pas triste, Harry, souffla doucement Draco tout près de son oreille.
-Pourquoi? Demanda Harry dans un souffle à peine audible.
Draco se redressa légèrement. Il força Harry à le regarder et essuya à nouveau patiemment les larmes qui avaient encore coulé le long des joues de son calice. Il se pencha légèrement et déposa ses lèvres au coin de celles du jeune homme qui ne broncha pas. Harry n'avait pas conscience des dizaines de personnes qui les fixaient et, même s'il en avait eu conscience, il n'en aurait pas fait grand cas. Tout ce qui comptait, à cet instant, c'était Draco. Uniquement Draco.
-N'aie pas pitié des morts, Harry, murmura celui-ci. Ait plutôt pitié des vivants, et de ceux qui ne peuvent mourir.
Il se pencha en avant et posa son front contre celui de son calice, souriant légèrement, totalement indifférent à l'ambiance de deuil qui flottait autour de lui, simplement heureux d'avoir enfin son calice tout contre lui. Les yeux émeraudes de Harry étaient rougis par les pleurs.
-L'éternité, c'est long. Surtout vers la fin, murmura-t-il en souriant doucement.
Harry se laissa emporter par le regard orageux de son vampire. Comme il l'avait souhaité quelques minutes auparavant, il oublia tout. Il se perdit totalement dans le regard anthracite de Draco, s'y plongea irrémédiablement avec un abandon désespéré.
Toute son angoisse, sa détresse, son chagrin des dernières heures s'évaporèrent comme par enchantement, et il sentit ses muscles se décrisper, les battements de son cœur ralentir et un calme tranquillisant envahit tout son être. Il ne resta plus que Draco qui se tenait enfin devant lui, à la fois si près et si loin. Il semblait si inaccessible, avec son air glacial et ses yeux impitoyables posés impérieusement sur lui. Pourtant, malgré son expression distante et ses yeux glaciaux, les bras qui le tenaient fermement contre son torse, eux, étaient brûlants, protecteurs et possessifs, et c'était tout ce dont Harry avait besoin.
Draco s'enivra de son odeur délicieuse. Il avait à peine conscience de la force et l'abandon avec lesquels le jeune homme s'agrippait à lui. Il caressa doucement le dos de son calice, appréciant sa chaleur et sa douceur contre lui. Harry irradiait littéralement, et Draco n'avait jamais été aussi heureux de l'avoir contre lui. Un sentiment puissant de satisfaction monta en lui et l'envahit tout entier. Il était comblé, pleinement. Jamais il n'aurait pu imaginer à quel point toucher Harry puisse lui apporter une telle satisfaction. Un tel bonheur. Il prit à nouveau conscience d'à quel point Harry était devenu tout pour lui, et cette peur irrésistible qu'il avait eu de le perdre ne lui sembla que décuplée.
Il sentait le souffle chaud du garçon contre son visage, sa chaleur contre lui, ses doigts agrippés à sa chemise et il sut qu'il ne pourrait plus jamais se passer de cela. Il n'envisageait plus son existence sans Harry à ses côtés et, s'il l'avait compris depuis quelques semaines déjà, la peur d'avoir pu le perdre n'avait rendu cette prise de conscience que plus réelle.
-Je pensais que je ne pourrai plus jamais être heureux, affirma Harry dans un souffle à peine audible.
Draco soupira imperceptiblement. Il se pencha en avant et, indifférent à tous les regards posés sur lui, il posa délicatement ses lèvres sur celles encore humides de larmes et entre-ouvertes de son calice.
-Le temps guérit de tout Harry, affirma-t-il patiemment. Et du temps, tu en as plus que tout.
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Harry ne broncha pas lorsque Draco l'entraina hors de la Grande Salle. Il eut la vision furtive de tous les visages offusqués et abasourdis qui les fixaient et esquissa un sourire contrit dans leur direction. Il n'essaya pas de dissimuler leurs mains liées, leurs doigts entremêlés. Il n'essaya pas non plus de résister à Draco, de le stopper. Il avait besoin de sortir de cette salle, d'échapper à l'ambiance étouffante qui y régnait, d'être enfin seul avec Draco pour le retrouver pleinement.
Il se laissa docilement entrainer, tentant de combattre ce chagrin qui lui broyait les tripes et les larmes qui menaçaient à nouveau de couler le long de ses joues.
-Ne pleure pas, Harry, ordonna à nouveau Draco d'un ton sévère.
Harry leva les yeux vers son vampire, qui marchait d'un pas souple et résolu un peu devant lui, l'entrainant dans son sillage. Ses yeux s'arrêtèrent pendant quelques secondes sur ses cheveux blonds assombris par des tâches d'un rouge sombre et il se demanda brièvement à quelles extrémités avait pu en arriver son dangereux vampire pour tenter de le retrouver. Un certain malaise monta en lui à cette pensée et il la chassa bien vite.
-Pourquoi ? Souffla-t-il.
-Pleurer ne résout rien. Cela ne ramènera pas les morts et cela ne te fera pas sentir mieux.
Harry renifla. De sa main libre, il essuya ses joues humides de larmes et trébucha sur un débris de marbre. Draco ne sembla pas s'en apercevoir. Ses doigts étaient froids contre ceux de Harry et le jeune homme s'y accrochait avec un abandon profond.
Un peu refroidi par le ton sec et froid de son vampire, Harry se retourna et jeta un coup d'œil à la Grande Salle. Il croisa instantanément le regard meurtri de Ginny, dont les grands yeux bleus étaient écarquillés tandis qu'elle le regardait s'éloigner auprès de Draco. Leurs deux regards ne se croisèrent qu'une fraction de seconde, pourtant Harry y lut toute la douleur, la trahison, l'horreur que la jeune fille ressentait à cet instant, et il n'eut pas la force de soutenir son regard.
Toute la famille Weasley, ainsi qu'Hermione, réunie autour du corps de Fred, avait le visage levé dans sa direction, et Harry se sentit rougir. Leurs visages à l'expression meurtrie et anéantie par la douleur de leur perte se gravèrent dans sa mémoire et Harry sentit son chagrin redoubler d'intensité, si c'était possible. Il fixa Ron, puis Hermione pendant de longues secondes et Draco, s'impatientant, finit par lui faire lâcher prise sur sa main et s'éloigna. Harry fit brusquement volte face, paniqué, et il regarda son vampire traverser le hall d'entrée de son pas souple de prédateur.
-Draco! Appela Harry.
Le vampire l'ignora royalement et le jeune homme sentit les larmes lui monter à nouveau aux yeux. Draco ne l'ignorait habituellement jamais, et Harry se demanda s'il avait sous-estimé la colère de son vampire. Celui-ci descendit vivement les marches du perron et disparut dans l'obscurité du parc sous l'œil affolé de Harry.
Harry déglutit difficilement. Il scruta l'obscurité, sentant la panique monter en lui alors qu'il se retrouvait à nouveau seul sur le seuil de la Grande Salle, soumis à sa douleur et sa peine.
Le jeune homme fit la moue et se tourna à nouveau en direction de tous les visages tournés vers lui dans la Grande Salle. La plupart d'entre eux semblaient plongés dans la plus grande perplexité, et Harry pouvait, en un sens, les comprendre. Aucun ne pouvait comprendre la profondeur du lien qui l'unissait au vampire, et Harry ne comptait pas le leur expliquer. C'était bien trop intime pour être partagé, et c'était un secret que Harry chérirait pour toujours.
-Harry, appela Hermione en s'approchant de lui. Tu ne...
-Je reviens, affirma Harry en faisant brusquement volte face. Je vais...Je vais le chercher et je reviens.
Il s'en voulut instantanément de les quitter ainsi, mais la présence de Draco à ses côtés lui était à cet instant vitale. Il avait besoin de l'avoir près de lui, de sentir ses bras le soutenir, de le savoir à ses côtés. Il ne se sentait pas la force de rester ici seul, de supporter leurs douleurs à tous en plus de la sienne, déjà immense. Les visages sans vie de Fred, Lupin, Tonk, Maugrey, de tous les élèves allongés sans vie sur le sol de la Grande Salle hantaient déjà son esprit, et il avait besoin de mettre de la distance entre eux, ne serait-ce que pour quelques minutes.
-Harry!
Faisant un signe de la main impatient en direction d'Hermione, il tourna les talons et, avant d'avoir le temps de changer d'avis, il se précipita à l'extérieur de la Salle endeuillée. En traversant le hall d'entrée, il évita de regarder les corps des Mangemorts étendus un peu partout entre les débris. Le silence ici était lourd et étouffant, et il se dépêcha de rejoindre l'extérieur.
Dans le parc, la nuit était noire et fraîche. Suite à la fuite des Détraqueurs, les étoiles étaient réapparues et elles brillaient paresseusement loin au dessus de sa tête. Tout était calme dans le parc, silencieux, et Harry se sentit revigoré par l'air frais de la nuit. L'immensité du lac et des montagnes qui entouraient le château millénaire était plongée dans une profonde obscurité et il inspira longuement. Il se sentait vivant et, même s'il avait conscience que ce chagrin qui lui rongeait les entrailles l'accompagnerait longtemps, il savait à présent qu'il ne serait pas insurmontable.
Harry inspira longuement, figé en haut des marches, se sentant étrangement en paix avec lui même malgré les événements de la nuit. Le chagrin était toujours là, lui broyant la poitrine, et il savait qu'il resterait logé, près de son cœur, pendant un temps infini. Il apprendrait à vivre avec, apprendrait à savoir le surmonter, et Draco serait là pour l'aider. Il serait là éternellement, à présent, et cette pensée apporta un grand réconfort à Harry.
Voldemort était mort, ce soir. Ses Mangemorts seraient arrêtés, la terreur prendrait fin et, peu à peu, le monde sorcier pourrait se reconstruire. Harry, lui, était libre. Il était libre de toute Prophétie, libre de menaces planant au dessus de sa tête, libre de toute mission. Il avait accompli son destin et il pouvait à présent, enfin, se consacrer à lui et à lui seul. Il avait trop de fois vécu pour les autres, et Harry était décidé à présent à profiter de sa vie, sans aucunes obligations, sans personne pour lui dire ce qu'il devait faire, comment il devait vivre, ou avec qui il devait passer sa vie.
Il s'apprêtait à entamer une nouvelle vie, une existence que, cette fois-ci, il avait choisi. Du moins en partie. Il avait conscience qu'il ne serait plus jamais seul, et qu'il ne serait plus jamais livré à lui même. Mieux encore, il serait protégé, chéri, accompagné.
Il était jeune et éternel et il avait un vampire à ses côtés, protecteur et possessif. Un léger sourire flotta sur les lèvres du jeune homme. Une nouvelle vie commençait pour lui ce soir et un frisson d'anticipation courut le long de son échine.
Draco se tenait en bas des marches, les mains dans les poches, l'air impassible et indifférent. Sa chemise d'un blanc taché de rouge était froissée et ses manches relevées jusqu'au coude. Il leva la tête vers son calice en le voyant apparaître et Harry resta figé en haut des marches, le regard plongé dans celui rassurant et familier de son vampire. Ils s'observèrent pendant quelques secondes, avec cette intensité habituelle, et Harry sentit à nouveau cette forte impression d'être en paix avec lui même monter en lui.
-Où alliez-vous? Demanda le jeune homme.
Il esquissa un sourire timide. La tristesse et la joie se mélangeaient en lui, et il avait du mal à réellement savoir comment il se sentait. Heureux de tourner la page de ces années sombres, heureux de se livrer enfin pleinement et pour toujours à Draco, mais triste face à ce qu'il laissait derrière lui.
Néanmoins, quand Draco lui rendit son sourire, laissant apparaître ses canines tranchantes que Harry aimait tant, toute l'appréhension accumulée en Harry sembla fondre comme neige au soleil.
-Moi? Nulle part, répondit Draco de sa voix douce et mélodieuse.
Harry descendit précipitamment les marches et sauta les trois dernières, laissant Draco le rattraper habilement. Sans forcer nullement, le vampire le réceptionna dans ses bras, levant néanmoins les yeux au ciel face au sourire timide mais ravi de son calice.
Il le posa au sol, avec cette délicatesse qui le caractérisait quand il en allait de Harry et le jeune homme s'éloigna un peu de lui. Aussitôt, Draco passa son bras autour de sa taille, le rapprochant de lui, et Harry ne s'en plaignit pas.
-Mais nous, nous partons.
Draco sourit mystérieusement, de ce sourire en coin qui laissait apparaître l'une de ses canines. Il rapprocha encore Harry de lui, son bras autour de ses hanches se faisant possessif. Harry se colla à lui sans broncher, ravi de se retrouver, enfin, seul avec Draco. Ce dernier déposa un léger baiser sur ses lèvres, si bref et si furtif que Harry pensa avoir rêvé. Le vampire s'enivra au passage de l'odeur divine de son calice.
Harry ouvrit la bouche, mais aucun son n'en sortit. Son cœur se mit à battre plus vite, et des centaines de pensées se bousculèrent dans son esprit sans qu'il ne puisse les discipliner.
-Maintenant? Murmura-t-il, paniqué.
Sans un mot, Draco s'empara autoritairement de la main de son calice et l'entraina dans le parc obscur du château. Harry tira sur son bras pour tenter de résister, mais il lui sembla que Draco ne s'en rendait pas compte. Entrainé autoritairement par son vampire le long de la pelouse qui descendait en pente douce, Harry se retourna et observa pendant quelques secondes le hall d'entrée de Poudlard, doucement éclairé par une lumière diffuse.
La main de Draco était fraiche dans la sienne, et elle le tenait avec force, ne lui laissant aucun moyen de s'échapper. Harry se retourna et se laissa entrainer, la gorge sèche, à la fois paniqué et heureux. Un nouveau frisson d'excitation et d'anticipation parcourut tout son corps et il sourit doucement.
-Et où allons-nous? Demanda-t-il dans un souffle qui se perdit dans l'immensité du parc.
Il pensa que Draco ne l'avait pas entendu, mais c'était sans compter sur l'ouïe affinée de son vampire. Ce dernier se retourna brièvement pour lui jeter un regard circonspect, et Harry sentit son souffle se bloquer dans sa gorge face à ses yeux anthracites perçants.
Le vampire esquissa ce sourire en coin narquois dont il avait le secret, qui fit briller l'une de ses canines aiguisées et menaçantes, et répondit simplement:
-Ailleurs.
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FIN
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WTF?
Hé oui, vous avez bien lu, ce chapitre marque bel et bien la fin de cette fiction! Je suis un peu choquée, moi aussi, si ça peut vous aider à surmonter cela!
Je vous avoue que je n'avais pas prévu, quand j'ai commencé à le rédiger, qu'il soit le dernier, mais en mettant un point final à ce chapitre, je me suis dit "mais pourquoi continuer? C'est une fin parfaite!" Je ne pense pas, en effet, qu'il soit nécessaire de plus m'épancher sur quoique ce soit, et c'est bien une fin digne de Draco, d'entrainer ainsi son calice à l'improviste, sans dire au revoir à personne et sans lui demander son avis.
Certains d'entre vous m'avez demandé de continuer à écrire quelques chapitres après la mort de Voldemort, mais je ne le ferai malheureusement pas, même si, ne vous y trompez pas, je pourrai écrire des pages et des pages sur la relation compliquée qui unit Harry et Draco dans cette fic.
C'est une fic, en soit, qui pourrait ne pas avoir de fin, puisqu'ils sont tous les deux éternels et qu'il va leur arriver des tas de péripéties dans leur éternité que je pourrai décrire, et décrire et décrire. Mais il faut bien, moi, que je mette un point final, sinon, dans vingt ans, nous y serions toujours, tous les samedis... Et cette fin me convient, elle laisse une ouverture à toutes sortes de possibilités.
Je pense par ailleurs que Harry et Draco ont, au fil de la fic, évolué sur tous les points que je m'étais fixée. Leur relation ne peut pas évoluer plus. Ils ont franchi tous les caps qu'il peut y avoir dans une telle relation. Seuls leurs sentiments peuvent évoluer, maintenant, et c'est quelque chose qui s'étendrait sur des années. Faire trop de chapitres serait une erreur, je pense, il y en a déjà pas mal!
Voilà, j'espère que vous n'êtes pas trop déçus par cette fin! Surtout, laissez-moi un message pour me dire ce que vous pensez de ce dernier chapitre! Vous avez pleuré? xD Comment avez-vous trouvé la réaction de Harry? Et celle de Draco au désespoir de son calice?
Est-ce que ce dernier chapitre vous a plu?!
Je ne vous laisse quand même pas totalement là dessus, et on se donne rendez-vous samedi prochain pour l'épilogue, avec quelques surprises!
Merci à tous d'avoir lu et bonne semaine à tous!
Natom, 06/09/14
