C'était une matinée comme les autres dans Wonderland. Après une joyeuse matinée d'école où les rires d'enfants s'élevaient aussi haut que les montgolfières du Chapelier Fou, Lizzie, Kitty et Madeline décidèrent de passer l'après-midi au parc. Sous le soleil rayonnant, les trois petites filles s'installèrent sous un grand arbre pour jouer à la dînette.
Kitty, malicieuse, faisait semblant de renverser du thé imaginaire en riant aux éclats.
— Oups, désolée, Lizzie ! Ce thé est beaucoup trop... invisible !
Madeline, fidèle à son rôle, prenait tout cela très au sérieux.
— Kitty, tu ne peux pas servir un thé invisible sans ajouter un nuage de crème imaginaire ! Tout le monde sait ça !
Lizzie riait aux éclats. Avec elles, elle se sentait normale, loin des regards appuyés et des révérences maladroites que lui adressaient les autres enfants en apprenant qu'elle était la fille de la Reine de Cœur.
Mais alors qu'elle riait, son regard fut attiré par quelque chose à la lisière du parc, là où commençait la Forêt Enchantée. Une silhouette.
Elle plissa les yeux. C'était une fille. Une petite fille qui lui ressemblait tellement qu'elle en eut le souffle coupé. Elle avait les mêmes traits, la même taille, mais quelque chose clochait. Là où Lizzie avait des cheveux d'un rouge éclatant, la fille arborait des mèches grises.
— Lizzie, qu'est-ce que tu regardes ? demanda Kitty en suivant son regard.
— Il y a… quelqu'un là-bas, murmura Lizzie.
— Probablement un buisson qui joue des tours, répondit Kitty avec un clin d'œil. Les buissons sont très farceurs par ici.
Mais Lizzie ne répondit pas. Poussée par une curiosité irrésistible, elle se leva et marcha vers la forêt, ignorant les protestations de ses amies.
— Lizzie ! Où est-ce que tu vas ? cria Madeline en secouant son chapeau de travers.
La jeune princesse ne répondit pas. Ses pas l'avaient déjà menée aux abords de la forêt. La silhouette était toujours là, mais dès qu'elle s'approcha, la fille tourna les talons et s'enfuit entre les arbres. Lizzie n'hésita pas une seconde avant de la suivre.
Une Découverte Étrange
La forêt était sombre, mais pas effrayante. Les arbres chuchotaient doucement, et le sol scintillait légèrement, comme si la lumière du soleil s'était éparpillée en mille fragments. Lizzie courait, les yeux fixés sur la silhouette qui s'éloignait toujours un peu plus loin.
— Attends ! cria-t-elle. Je veux juste te parler !
Mais la fille ne ralentit pas. Finalement, Lizzie perdit sa trace. Essoufflée, elle s'arrêta dans une petite clairière. Tout était étrangement calme, comme si le temps s'était figé. Et c'est alors qu'elle la vit.
Une rose noire.
Elle se tenait là, isolée au milieu d'un buisson de roses rouges éclatantes. La rose noire semblait briller d'une lumière froide, presque inquiétante. Lizzie s'approcha, fascinée.
— Pourquoi es-tu différente ? murmura-t-elle, comme si la rose pouvait lui répondre.
Elle tendit une main hésitante et effleura doucement les pétales sombres.
À l'instant où ses doigts touchèrent la rose noire, le monde autour d'elle commença à changer. Le sol se mit à vibrer doucement sous ses pieds, et les couleurs de la forêt commencèrent à se fondre en une étrange spirale.
Lizzie sentit une force l'envelopper, comme un souffle venu d'un autre monde. Avant qu'elle ne puisse crier ou se débattre, tout devint flou, puis noir.
Un Nouveau Monde
Quand Lizzie ouvrit les yeux, elle n'était plus dans la Forêt Enchantée. Les arbres avaient disparu, remplacés par des colonnes d'ombres ondulantes. Le sol était fait d'un matériau froid et brillant, comme du verre noir. Tout autour d'elle, le monde semblait inversé, comme un miroir sombre et déformé.
Elle se retourna et aperçut à nouveau la fille aux mèches grises, debout à quelques pas d'elle. Mais cette fois, la fille ne s'enfuit pas. Elle la regarda fixement, une expression indéchiffrable sur le visage.
— Qui es-tu ? demanda Lizzie d'une voix tremblante.
La fille sourit doucement, un sourire mystérieux qui ne dévoilait rien.
— Bienvenue, Lizzie, dit-elle. Tu es arrivée au Wonderend.
Et avant que Lizzie ne puisse poser une autre question, la silhouette disparut à nouveau, ne laissant derrière elle qu'un murmure porté par le vent.
— Trouve-moi.
La curiosité qui avait poussé Lizzie à s'aventurer si loin s'était transformée en un nœud glacé dans son ventre. Le paysage sombre et froid du Wonderend semblait avaler la chaleur et la couleur, contrastant violemment avec la féerie de Wonderland. Chaque pas résonnait contre le sol de verre noir, créant un écho inquiétant dans cet univers où le crépuscule éternel régnait.
Devant elle, un palais surgissait des ombres, massif et imposant. Ses contours rappelaient étrangement le palais de sa mère, la Reine de Cœur, mais l'architecture ici était plus austère, faite de pierres sombres et de pointes effilées. Là où des cœurs rouges ornaient le palais de la Reine de Cœur, des symboles de pique, noirs et menaçants, remplaçaient chaque motif.
Lizzie s'arrêta, son regard se posant sur la lourde porte de fer noir aux détails ciselés. Juste avant qu'elle ne frappe, une main glaciale se posa sur son épaule. Lizzie sursauta et se retourna brusquement.
La jeune fille aux mèches grises se tenait là, le même sourire narquois aux lèvres. Ses yeux, d'un noir profond, semblaient scruter Lizzie jusqu'à son âme. Maintenant qu'elle était si proche, Lizzie put distinguer les moindres détails de son visage. Là où elle-même portait un grand cœur rouge autour de son œil gauche, cette fille arborait un symbole de pique noir qui paraissait pulser doucement, comme une cicatrice vivante.
La jeune inconnue fit un tour autour de Lizzie, sa robe sombre frôlant le sol. Son sourire s'élargit, dévoilant un amusement presque enfantin.
— Alors, tu penses me connaître ? demanda-t-elle d'un ton espiègle.
Lizzie ouvrit la bouche, sa voix tremblante laissant échapper un "non" à peine audible. Mais son esprit, aussi vif que le vent qui agitait ses mèches rouges, commença à assembler les pièces du puzzle.
Elle se souvint d'une histoire racontée par sa mère lors d'une nuit orageuse. La Reine de Cœur parlait d'un royaume caché, un reflet sombre de Wonderland où régnait la Reine de Pique, une version froide et impitoyable d'elle-même. Cet univers était censé être un mythe, une légende qu'on murmurait pour effrayer les curieux.
Mais sa mère n'avait jamais mentionné l'existence d'une princesse dans ce royaume. Et encore moins une princesse qui aurait été… son double.
La fille s'arrêta, son visage se rapprochant de celui de Lizzie.
— Tu réfléchis trop, murmura-t-elle, ses yeux étincelant de malice. Je suis Eliza, et tu n'as pas idée de ce que ta venue ici signifie.
Lizzie avala difficilement, tentant de masquer sa peur.
— Pourquoi est-ce que je suis ici ? Qu'est-ce que tout cela veut dire ?
Eliza émit un rire, léger mais chargé de sous-entendus.
— Le Wonderend a attendu ce moment pendant des années. Ta présence pourrait bien être la clé qui changera le cours des choses… pour nous toutes.
Avant que Lizzie ne puisse poser d'autres questions, les lourdes portes du palais s'ouvrirent dans un grincement sinistre. Une lumière blafarde s'échappa de l'intérieur, baignant les deux jeunes filles dans une lueur spectrale. Eliza fit signe à Lizzie de la suivre, et malgré la peur qui étreignait son cœur, la princesse de Wonderland comprit qu'elle n'avait plus le choix.
L'Invitation à l'Ombre
À l'intérieur, le palais de la Reine de Pique ressemblait à un labyrinthe de couloirs sombres et de galeries aux plafonds si hauts qu'ils semblaient toucher le ciel de nuit. Des torches projetaient des ombres dansantes sur les murs, où des tapisseries grises racontaient des histoires de batailles et de conquêtes.
Eliza menait le chemin, son pas léger résonnant contre le marbre glacé. Lizzie la suivait, incapable de détourner les yeux de la fille qui était son reflet inversé.
— Si ma mère t'a cachée, commença Lizzie, c'est que…
— Ta mère n'a pas tout dit, l'interrompit Eliza. Elle n'a jamais voulu que tu saches ce que cela impliquait. Mais il est temps de découvrir la vérité, Lizzie.
Elles arrivèrent devant une grande salle aux immenses fenêtres teintées de noir. Au centre, un trône imposant, sur lequel était assise une femme en robe sombre, coiffée d'une couronne ornée de piques étincelants. Ses yeux glacials se posèrent sur Lizzie, et un sourire à la fois triste et cruel courba ses lèvres.
La Reine de Pique s'avança, sa voix résonnant comme un écho de ténèbres.
— Bienvenue, princesse. Tu as trouvé le chemin vers la vérité, et il n'y a plus de retour en arrière.
