Lucky, toujours avec son sourire espiègle, sculptait des formes complexes avec la sève dorée qu'il manipulait d'un geste précis. Des roses, des papillons, et même des silhouettes humaines prenaient vie dans l'air devant lui avant de disparaître en un éclat de lumière.

— Allez, princesse Spades, princesse Hearts, montrez-moi ce que vous savez faire, dit-il, sa voix teintée d'un défi. Si vous voulez prouver que vous méritez cette clef, impressionnez-moi !

Eliza fronça les sourcils, un éclat de défi dans ses yeux sombres. Lizzie, quant à elle, sentit un poids de plus peser sur ses épaules. Elle n'avait ni les pouvoirs d'Eliza ni les talents magiques de Lucky. Mais elle ne comptait pas abandonner pour autant.

— Très bien, dit Eliza avec assurance. Prépare-toi à être ébloui.

Elle tendit une main et fit apparaître une petite pluie de piques noirs qu'elle modela avec précision, leur donnant des formes géométriques parfaites. Les symboles semblaient danser autour d'elle comme des papillons sombres, scintillant faiblement dans la lumière du labyrinthe.

Lizzie, quant à elle, examina les plantes autour d'elle. Avec ses mains habiles, elle cueillit des tiges de fleurs et des brins de lierre, tressant les éléments ensemble pour recréer les sculptures de Lucky. Bien qu'elle n'ait aucun pouvoir magique, elle se concentra avec toute son énergie, espérant que ses efforts seraient suffisants.

Lucky regardait les deux princesses avec curiosité. Les talents d'Eliza captaient particulièrement son attention. Elle manipulait ses piques avec une telle précision qu'il ne pouvait détacher son regard, son sourire s'atténuant peu à peu.

— Pas mal, admit-il, fixant Eliza. Pour une Spades, je veux dire…

Eliza roula des yeux, mais un sourire en coin se dessina sur son visage. Elle remarqua que Lucky était distrait, et décida d'en profiter. D'un mouvement vif, elle envoya ses petits piques tourbillonner autour de Lucky, les transformant en de minuscules flèches taquines.

— Hé ! protesta-t-il, bondissant sur place alors que les piques le chatouillaient sous les bras et dans le cou. Arrête ça !

Lizzie vit là une opportunité. Elle s'approcha discrètement de Lucky et, d'un geste rapide, saisit la clef de Trèfle qui venait de tomber au sol. Mais à peine l'avait-elle prit dans la main qu'elle sentit une vive douleur de brûlure sur ses doigts. C'était comme si la clef noire ne supportait pas qu'un membre de famille rouge ne la manipule... C'était donc pour cela que Lucky manipulait la clef avec une paire de gants...

Eliza, voyant la détresse de Lizzie, siffla entre ses doigts. Les piques disparurent instantanément, laissant Lucky haletant et désorienté. Il posa ses mains sur ses hanches, essuyant son front avec exagération, tandis qu'Eliza se faufila derrière lui afin de récupérer la clef.

— D'accord, d'accord, vous avez gagné, admit Lucky avec un sourire amusé. Je suppose que je suis vaincu à mon propre jeu.

Il s'approcha d'Eliza, son expression adoucissant.

— Tu es vraiment douée, princesse Spades, dit-il, ses joues légèrement rouges.

Avant qu'elle ne puisse réagir, il se pencha vers elle, l'intention claire de lui donner un baiser sur la joue. Mais Eliza recula brusquement, levant une main pour maintenir une certaine distance.

— Pas si vite, mister Diamonds, dit-elle, son ton ferme mais pas hostile. Je ne suis pas intéressée.

Lucky recula, un sourire penaud sur les lèvres.

— D'accord, d'accord, lâcha-t-il en levant les mains en signe de reddition. Mais tu ne pourras pas dire que je n'ai pas essayé.

Les deux princesses quittèrent le labyrinthe, Lizzie tenant fermement la clef de Trèfle. Une fois à l'extérieur, Eliza jeta un coup d'œil autour d'elle, réfléchissant à leur prochaine étape.

— La prochaine clef est celle des Piques, murmura-t-elle. Elle se trouve dans le jardin du palais de Cœur.

Lizzie hocha la tête, reprenant son souffle après cette aventure.

— Suis-moi, dit-elle. Je connais un chemin discret pour entrer.

Alors que les deux princesses s'éloignaient, Lucky les observait depuis l'entrée du labyrinthe, un sourire mystérieux sur le visage.

— Bonne chance, murmura-t-il. Vous allez en avoir besoin.

Après quelques minutes de marche, les deux princesses arrivèrent au palais de Coeur, dans l'espoir de trouver la clef de Pique. Mais le jardin du palais de Cœur, d'ordinaire un lieu accueillant et lumineux, était désormais inaccessible. Les grilles imposantes en fer forgé étaient scellées, et une aura étrange semblait envelopper les lieux. Lizzie, habituée à ce jardin, fronça les sourcils, inquiète.

— Ce n'est pas normal, murmura-t-elle à Eliza. Les grilles ne sont jamais fermées en plein jour.

Eliza inspecta les environs, sa concentration évidente.

— Il doit y avoir un autre moyen d'entrer, répondit-elle. Ce jardin cache quelque chose, et on ne peut pas abandonner maintenant.

Mais après plusieurs minutes à chercher une entrée annexe, les deux princesses commencèrent à perdre espoir. Lizzie soupira, frustrée.

— Peut-être qu'on devrait revenir plus tard, proposa-t-elle à contrecœur.

Soudain, une voix familière retentit derrière elles.

— Besoin d'un coup de main ?

Les deux filles se retournèrent pour voir Lucky, un sourire amusé sur le visage. Il semblait plus détendu qu'auparavant, son arrogance atténuée.

— Qu'est-ce que tu fais là ? demanda Eliza, méfiante mais intriguée.

Lucky haussa les épaules, puis fit apparaître une boule de sève dorée entre ses mains.

— Appelons ça un changement d'humeur, dit-il en souriant.

En quelques gestes fluides, il sculpta une échelle solide à partir de la sève, la posant contre la haute haie qui entourait le jardin royal.

— Après vous, mesdames, dit-il avec une révérence exagérée.

Eliza l'observa, son regard empli de suspicion mêlée à de l'amusement.

— Pourquoi tu nous aides maintenant ? Tu n'avais pas l'air si coopératif tout à l'heure.

Lucky lui adressa un clin d'œil.

— Peut-être que je voulais voir jusqu'où vous iriez.

Lizzie, impatiente, grimpa la première, suivie d'Eliza, puis de Lucky. Une fois dans le jardin, l'atmosphère sembla changer. Les fleurs, d'habitude éclatantes de couleurs, semblaient ternes, comme si une ombre pesait sur le lieu.

— La clef est ici, j'en suis sûre, murmura Lizzie, ses yeux scrutant chaque recoin.

Les trois enfants se dispersèrent, fouillant avec détermination. Après quelques minutes, Lizzie s'arrêta net, ses yeux s'écarquillant. La clef de Pique flottait devant elle, suspendue au-dessus d'un vieux tronc d'arbre. Sa forme noire scintillait faiblement, émettant une énergie étrange.

— Je l'ai trouvée ! appela Lizzie.

Mais alors qu'elle s'approchait pour la saisir, une force invisible la repoussa brusquement, la faisant reculer de plusieurs pas.

— Ça va ?! s'exclama Lucky, accourant vers elle.

Lizzie hocha la tête, confuse.

— Oui… mais c'est comme si elle ne voulait pas que je la touche.

Lucky, intrigué, tenta à son tour de s'approcher. Avec ses pouvoirs, il façonna des outils : une hache, une épée, et même une sorte de pince géante. Mais chaque tentative échoua, la force mystérieuse repoussant tous ses efforts.

— C'est impossible, grogna Lucky. Ce truc est ensorcelé.

Eliza, silencieuse, fixait la clef avec intensité. Une idée germa dans son esprit.

— Peut-être que ce n'est pas la clef qui est ensorcelée, murmura-t-elle. Peut-être qu'elle est juste… sélective.

Elle tendit une main, faisant apparaître ses petits piques noirs. Elle les lança prudemment vers la clef, qui ne réagit pas. Encouragée, Eliza s'approcha du tronc.

— Fais attention, la prévint Lizzie, inquiète.

Eliza ignora ses craintes et tendit la main. Cette fois, il n'y eut aucune résistance. Ses doigts se refermèrent autour de la clef, qui brilla soudainement d'une lumière étrange. Une chaleur douce, presque réconfortante, se diffusa à travers son bras.

Lizzie et Lucky la regardaient, ébahis.

— Pourquoi… toi ? murmura Lizzie.

Eliza contempla la clef dans sa main, son regard intrigué.

— Je ne sais pas, admit-elle. Mais on dirait qu'elle m'était destinée.

Lucky croisa les bras, l'expression pensive.

— Peut-être que cette clef n'était pas seulement protégée… Peut-être qu'elle choisit son propriétaire.

Un silence tomba sur le groupe, chaque enfant perdu dans ses pensées. La lumière autour de la clef s'atténua, mais un lien semblait désormais unir Eliza à cet objet mystérieux.

— Qu'est-ce que ça signifie ? demanda Lizzie, sa voix trahissant une pointe de nervosité.

Eliza serra la clef dans sa main, son expression sérieuse.

— Ça signifie que notre mission est loin d'être terminée.

Les trois enfants échangèrent un regard. Le chemin à parcourir s'annonçait encore plus complexe que prévu, mais ils savaient qu'ils n'avaient pas le choix : ils devaient restaurer l'équilibre entre leurs mondes.