Ce matin, Jared a quitté la maison tôt, et Kim est terriblement angoissée. C'est aujourd'hui le grand jour : le combat contre les nouveau-nés. Elle n'a pas fermé l'œil de la nuit. Elle ignore ce qui se passe dans la forêt et craint pour la meute, un peu moins pour les Cullen, mais surtout pour Bella Swan. Elle reste humaine, donc vulnérable.

Kim se prépare rapidement et rejoint son père, qui prend son petit déjeuner. Dans un silence presque sacré, ils mangent leurs œufs brouillés et leur tranche de bacon, accompagnés d'un café brûlant.

Après s'être habillée, elle se rend à l'école. À son arrivée, elle est accueillie par Collin et Brady, restés à la réserve. Elle commence sa journée par son cours de musique, où l'enseignant aborde un chant traditionnel utilisé lors des cérémonies de mariage. Kim lève les yeux au ciel, agacée.

— Sérieusement… soupire-t-elle intérieurement.

Comme si tout devait, encore et toujours, la ramener à Jared.

Elle suit distraitement le cours et se précipite vers la sortie dès que la cloche sonne la pause. À l'extérieur, Collin et Brady la rejoignent et remarquent immédiatement son air préoccupé.

— Ça va aller, Kim. Ils se sont entraînés pendant des semaines, lui dit Collin d'un ton rassurant.
— Merci, mon petit loup… répond-elle avec un sourire forcé.

Elle poursuit sa journée et se rend ensuite en classe d'art. Le professeur leur apprend à confectionner un attrape-rêves traditionnel quileute, avant de leur rendre leurs travaux, notamment trois planches réalisées par Kim. À la fin du cours, il lui demande de rester un moment.

— C'est un peu… macabre, tu ne trouves pas ? interroge monsieur Carter, en observant ses dessins.
— Peut-être… mais c'est un rêve étrange que je fais ces derniers temps, avoue-t-elle en haussant les épaules.
— C'est une belle interprétation de la mort de Taha Wi, commente-t-il.

Kim acquiesce, satisfaite de sa réponse. Elle avait représenté un guerrier loup. Son professeur, comme beaucoup d'autres, pensait qu'elle s'inspirait simplement des légendes quileutes.

À midi, exceptionnellement, Kim ne se rend pas à la cantine mais mange avec Emily dans une salle de classe. Collin et Brady les rejoignent rapidement, chahutant pour détendre l'atmosphère. Mais l'angoisse est palpable, même derrière leurs sourires forcés. Emily finit par inspirer profondément, cherchant du courage avant de parler.

— C'est Sam qui m'a fait ces cicatrices… et ce soir, ce sera peut-être tout ce qui me restera de lui.

Un frisson glacé parcourt Kim. La déclaration est étrange, mais elle préfère écouter plutôt que poser des questions.

— Je voulais juste qu'il me laisse tranquille, continue Emily, le regard perdu. Je ne voulais plus qu'il fasse souffrir Leah, et je ne voulais plus la faire souffrir non plus. Mais c'est ce que je faisais, en le voyant sans cesse dans les bois… Alors je lui ai donné rendez-vous pour mettre les choses au clair, une fois pour toutes.

Elle s'interrompt pour boire une gorgée d'eau, la gorge serrée.

— Ça a mal tourné. Il m'a dit de m'éloigner, mais je n'ai pas écouté. Je me suis approchée, et il s'est transformé. Il m'a blessée.

Kim connaissait déjà cette histoire, que Jared lui avait racontée. Mais jamais elle n'avait osé demander à Emily de lui en parler directement.

— Sam s'est enfui. Jared et Paul sont venus immédiatement… Paul est allé chercher Sue, et Jared est resté avec moi jusqu'à leur retour, reprend Emily en souriant doucement. Tous les trois ont décidé d'inventer un mensonge. Nous dirions que j'avais été attaquée par un ours.

Elle pose une main sur celle de Kim, comme pour s'ancrer dans le présent. Puis son regard se vide à nouveau.

— Sam a tenté de se suicider. Et, aussi étrange que cela puisse paraître, cet accident m'a ouvert les yeux. J'aimais Sam, et je voulais passer ma vie avec lui.

Emily conclut d'un ton empreint de tendresse et de gravité :

— Je ne lui en veux pas. C'était ma faute. Il m'avait prévenue, mais je ne l'ai pas écouté.

Collin, jusqu'alors silencieux, pose une main compatissante sur l'épaule d'Emily.

— Et il apprend à se pardonner, petit à petit, dit-il doucement.
— Et ils vont revenir en pleine forme, ajoute Brady avec conviction.

Un lourd silence s'installe à nouveau, mais il est brisé par quelques blagues maladroites des deux jeunes loups, qui tentent de détendre l'atmosphère.

Après l'école, Kim est invitée à rejoindre Emily chez elle. Mais elle décline, non par manque d'affection pour son amie, mais parce qu'elle préfère s'occuper l'esprit en jouant de la musique. De retour à la maison, elle s'installe devant son piano et récupère le morceau qu'elle compose pour Jared.

Elle joue quelques notes, mais ses doigts tremblent, trahissant son angoisse. Les accords sonnent faux, déformés par sa nervosité. Exaspérée, elle ferme les yeux, inspire profondément, puis souffle bruyamment. Lorsqu'elle les rouvre, un courant d'air frais la fait frissonner.

— Qu'est-ce que tu joues mal aujourd'hui… murmure une voix inconnue derrière elle.

Kim se fige, le sang glacé dans ses veines. Elle se lève précipitamment et heurte violemment le bord du piano. Face à elle se tient un homme à l'allure inquiétante : ses yeux noirs, pleins de malice, transpercent la pénombre. Son visage, d'une beauté étrange et effrayante, est encadré par des cheveux bruns courts. Une aura de danger émane de lui.

Elle fait un pas en arrière, mais il est plus rapide. En un éclair, il l'attrape par les poignets, son emprise comme un étau. Kim pousse un cri, mais sa voix est étouffée lorsqu'il plaque une main froide contre sa bouche.

— Tu cries bien trop fort, ma jolie… chuchote-t-il à son oreille, son souffle glacé comme une brise hivernale.

Il baisse les yeux vers sa jugulaire, ses lèvres s'étirant en un sourire carnassier.

— Je t'observe depuis un moment, Kim. Tu es fascinante.

Elle tente de se débattre, mais son corps est paralysé par la peur. Ses larmes coulent silencieusement.

— Je pourrais te mordre… Mais je préfère faire durer le plaisir. Une petite expérience, peut-être ?

Kim écarquille les yeux, terrifiée. Elle veut hurler, mais aucun son ne sort.

— KIM !

La voix familière la ramène brutalement à la réalité. Le vampire desserre son emprise et, dans un sifflement, disparaît par la fenêtre. Aussitôt, deux bras chauds l'enveloppent, la retenant avant qu'elle ne s'effondre.

— C'est fini, Kim… souffle Brady, la berçant doucement.

Collin entre à son tour par la fenêtre, scrutant les alentours avec fébrilité.

— Il s'est enfui. Trop rapide, je n'ai pas vu dans quelle direction, grogne-t-il.

C'est à cet instant que Noam Akalah, le père de Kim, entre dans la pièce. La scène qu'il découvre — sa fille en pleurs, recroquevillée dans les bras de Brady — le pétrifie.

— Qu'est-ce qui s'est passé ici ? demande-t-il d'une voix tremblante.

Collin s'empresse d'inventer une excuse.

— C'était… euh… le tueur en série de Seattle.

Brady lève les yeux au ciel, exaspéré par cette justification maladroite. Mais Noam, sous le choc, ne semble pas en douter. Quelques minutes plus tard, Charlie Swan débarque à la maison, accompagné d'un portraitiste.

Encore bouleversée, Kim raconte la scène dans les moindres détails, passant sous silence le fait que son agresseur était en vampire. Avec l'appui des deux jeunes loups-garous, elle se concentre pour décrire son agresseur avec précision.

— Il était brun, les cheveux courts… Un grand nez droit, mais avec des narines larges.
— Ses yeux ? demande le dessinateur.
— En amande et noirs.

Le dessinateur commence à regarder parmi une sélection de crayons un marron. Kim pose sa main sur son poignet avant qu'il saisisse un marron foncé.

— Noirs. Complètement noirs.

Il acquiesce et change de crayon.

— Sa peau ? continue-t-il.
— Mate… tirant sur le vert, peut-être.

Lorsque le portrait est terminé, Kim acquiesce, convaincue par la ressemblance. LE shérif regarde le dessin et le montre une dernière fois aux trois adolescents.

— Comme ça ?

— Oui ! Exactement comme ça, intervient confirme Brady.

Deux policiers sont postés devant et dans la maison pour assurer la sécurité de Kim. L'agresseur ayant menacé la jeune fille de «mener une expérience». Collin est resté avec elle, tandis que Brady est parti chez Emily. Malgré leur présence, Kim peine à se calmer.

Vers minuit, Jared entre précipitamment dans sa chambre, son visage empreint d'inquiétude. Dès qu'elle le voit, Kim se jette dans ses bras. Brady, installé dans un coin de la pièce, salue Jared avant de se lever.

— Les policiers m'ont laissé passer. Que s'est-il passé ? souffle-t-il en caressant ses cheveux. Il se tourne rapidement vers Brady : Merci d'être arrivé à temps et d'être resté près d'elle, le louveteau. Va chez Jake, rapidement.

Jared s'assoit sur le lit, entraînant Kim sur ses genoux. Il attend qu'elle soit calmée pour qu'elle lui raconte ce qu'il s'est passé. Kim, consciente que les policiers peuvent entendre, lui donne la version officielle.

— Un homme… Il s'est introduit chez ici. Collin et Brady sont arrivés en vitesse, dit-elle, cherchant le moyen de faire comprendre à Jared la situation.

Jared tremble en silence, réalisant ce qui a failli arriver. Kim cherche à le rassurer, glissant doucement :

— C'est comme s'ils avaient senti que j'étais en danger…

Il hoche la tête, son regard rempli de gratitude pour ses frères de meute. Kim se blottit un peu plus contre lui.

— Et toi, comment s'est passée ta… randonnée avec les Cullen ? tente-t-elle de changer de sujet.

Jared grimace légèrement avant de répondre :

— Plutôt bien. Mais Jacob a fait… une mauvaise chute.

Le cœur de Kim s'arrête une seconde.

— Il a quoi ? hurle-t-elle, horrifiée.

Jared pose une main sur ses lèvres pour la calmer.

— Chut… Il va bien. Carlisle s'occupe de lui. Il a voulu protéger Leah.

Kim, les yeux écarquillés, attrape Jared par le bras.

— Emmène-moi le voir !

— Pas ce soir. Il doit se reposer, murmure-t-il en la serrant contre lui.

Il dépose un baiser sur sa joue.

— Et Paul va très bien.

Un maigre sourire illumine le visage de Kim. Épuisée, elle récupère son pyjama sous l'oreiller et avertit les policiers qu'elle ferme la porte de sa chambre brièvement pour se changer. Jared reste à ses côtés, veillant sur elle, tandis que la nuit s'étire dans un silence fragile.

Les jours suivants, la vie de Kim est bouleversée par une surveillance constante. Non seulement celle des policiers postés devant chez elle, mais aussi celle, plus discrète mais tout aussi protectrice, de la meute. Kim est sous surveillance permanente jusqu'à ce que le présumé tueur en série de Seattle soit arrêté.

Cette situation se révèle rapidement pesante. La présence des policiers rend toute mention de la meute, des vampires, ou de tout ce qui touche à son monde surnaturel, totalement impossible. Kim se sent piégée, contrainte de jongler entre son quotidien normal et les précautions imposées par cette double surveillance.

Au lycée, cette attention attire l'intérêt de tous. Du jour au lendemain, chacun semble vouloir devenir son ami ou s'enquérir de son état. Bien que leurs questions incessantes l'agacent, Kim s'efforce de garder son calme et de donner le change. Elle répond poliment, tout en se demandant combien de temps elle pourra tenir dans cette mascarade.

Après les cours, accompagnée de Jared et de son escorte policière, Kim se rend chez Jacob. Alors qu'ils arrivent devant la petite maison des Black, elle laisse échapper un soupir discret, frustrée par l'impression de ne plus avoir une minute à elle.

Elle entre dans la chambre exiguë de Jacob et s'approche doucement de son lit.

— Salut, mon Jacob, murmure-t-elle avec tendresse. J'ai appris la mauvaise nouvelle hier soir…

Allongé, Jacob esquisse un sourire qui se transforme en grimace de douleur.

— Salut, Kimmy… Moi aussi, j'ai entendu parler de ta mésaventure…

Kim s'assoit à côté de lui, posant sa main dans ses cheveux. Elle les caresse doucement, provoquant un léger ronronnement chez lui.

— Ouais, rit-elle, toujours surprise par ce son. Remets-toi bien, mon chat, d'accord ? ajoute-t-elle plus sérieusement. Je vais t'apporter de l'eau...

Elle commence à se lever, mais Jared entre dans la pièce, un verre d'eau à la main. Il le tend à Kim, qui l'utilise pour aider Jacob à boire quelques gorgées.

— Ça va, vieux frère ? demande Jared en s'adossant au mur. Elle ne t'embête pas trop ?

Jacob sourit faiblement.

— Non, t'inquiète pas…

Kim lève les yeux au ciel et feint de bouder.

— Laisse-le dire ses bêtises, mon chaton ! rit-t-elle, puis, d'un ton plus doux, elle ajoute : Mais je vais te laisser te reposer.

Elle dépose un baiser léger sur le front du garçon avant de se relever. Jared et Kim quittent la chambre ensemble, suivis de près par les deux officiers de police.

Dehors, sous un ciel chargé de nuages, Kim jette un regard en direction de Jared.

— Combien de temps, à ton avis, avant que tout ça prenne fin ? murmure-t-elle, sa voix teintée d'une lassitude palpable.

— Pas longtemps, lui répond-il avec un sourire rassurant. On veille sur toi, tu n'as rien à craindre.

Malgré ses paroles, Kim sait que cette sécurité apparente n'éteint pas ses angoisses.