Mes petits chats,
Comme annoncé à la fin de mon histoire de Noël, je reprend aujourd'hui les péripéties de Dean, Sam et Castiel à Butler, Pennsylvanie, dans leur lutte contre la créature qui assaille le brun. Je vous ai laissé la dernière fois sur un vilain cliffhanger - je l'admets - mais la partie aurait été beaucoup trop longue et nos héros doivent aussi prendre un peu de repos :) Cette partie est donc la suite directe du chapitre 23. J'espère qu'elle vous plaira, il y a du suspense et de l'humour :)
Je vous souhaite une bonne lecture et à l'occasion de cette nouvelle publication, je vous renouvelle à tous mes vœux de bonne année et de bonne santé. Prenez bien soin de vous car douze mois, c'est long :)
Bien à vous,
ChatonLakmé
PS : J'ai repère des coquilles de mise en page une fois le document déposé sur le site. Des mots ont sauté… Je pense avoir tout corrigé mais n'hésitez pas à me faire un retour si vous constatez d'autres erreurs. Merci :)
L'affaire Philippe Delveau
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Vingt-quatrième partie
Butler, Pennsylvanie, mardi 24 octobre
Dans le quotidien souvent surprenant, parfois incertain et de temps en temps franchement dangereux des frères Winchester, il reste une chose immuable et rassurante.
Dean pourrait écrire des centaines de pages sur l'inconfort des salles d'attente d'hôpital et leur absence totale de décoration. Non pas qu'il s'agisse d'un projet personnel, c'est juste ainsi que sa vie est faite.
Le châtain gigote légèrement sur sa chaise en plastique, faisant grincer la structure en acier. Un pied est bancal, il se balance et le fait cogner sur le carrelage. Clac clac clac. Ça le distrait (un peu) et ça l'amuse (vaguement).
Autre certitude. Le bruit agace prodigieusement tous les autres visiteurs en train d'attendre des nouvelles de leurs proches.
Un jeune homme à l'air un peu ingrat, assis de l'autre côté de la rangée de sièges, le fusille du regard. Dean le lui rend d'un air morne. Lui-même ne s'est pas plaint quand la femme qui l'accompagnait gémissait comme une sirène de pompier avant de s'éclipser aux toilettes. Le châtain n'a pas encore saisi toutes les subtilités de la dynamique de cette famille venue en nombre mais il pense avoir compris qu'elle est la belle-fille du patient conduit aux urgences et que, s'ils sont en froid, elle fait à présent des efforts démesurés pour arranger les choses. Cela a sans doute avoir avec la montre de luxe à 2000$ que porte un homme assis derrière eux, en compagnie d'une autre partie de la famille. Dean n'y connaît rien en œuvre d'art mais les montres, ça, ça l'intéresse. Daniel Craig et Jake Gyllenhaal sont les mannequins sexy des marques Omega et Cartier. C'est un exemplaire d'une grande marque suisse, un modèle à gros maillons avec un énorme boîtier. À chaque mouvement de son propriétaire, le cadran brille sous les néons de la salle d'attente. Le châtain est persuadé qu'il est serti de diamants. Un tel trésor mérite sans doute bien quelques pleurnicheries, même franchement surjouées.
Dean recommence à faire claquer le pied de sa chaise sur le carrelage. Castiel a été pris en charge il y a environ une heure et le jeune homme ronge douloureusement son frein. Il n'a pas voulu s'éloigner de la moindre source d'information possible sur l'état de santé du brun alors Sam s'est éclipsé seul pour aller acheter deux cafés de la cafétéria.
Le châtain arrête de se balancer. Son petit jeu ne l'amuse plus et il a mal aux fesses.
Dean se penche en avant, les coudes sur ses genoux, et contemple distraitement son pantalon et ses pieds. N'importe quoi, n'importe comment. Il a enfilé chaussures et blouson mais il est toujours en pyjama, jogging et tee-shirt au logo délavé de son groupe de rock préféré. S'il en croit le regard de plusieurs jeunes internes et infirmières qui vont et viennent, cela le rend soit mignon soit franchement ridicule.
Sam revient, deux gobelets et un sachet en papier à la main. Le châtain accepte le sien avec reconnaissance. La tasse est brûlante, l'odeur est agréable. Sans doute pas le meilleur café du monde mais ça fera l'affaire. Il est glacé malgré la douceur agréable qui règne dans la salle d'attente.
—«Je t'ai pris aussi une part de tarte à la cerise. C'était la dernière, j'ai pensé que c'était un signe», dit son frère en s'asseyant à côté de lui.
Dean prend le sachet et le remercie d'un sourire tordu. Il n'a pas très faim. Sam souffle doucement sur son gobelet.
—«Est-ce que tu as eu des nouvelles?»
—«Aucune. Cas a été emmené il y a une heure, qu'est-ce qu'ils foutent bordel?!»
Il hausse le ton. Une infirmière qui passe dans la salle d'attente lui intime le silence d'un regard impérieux. Elle est plus âgée que les autres, sans doute complètement insensible au charme de sa dégaine d'adolescent trop vite grandi.
Changement de plan.
Son pied tressaute sur le carrelage tandis que son café refroidit dans son gobelet en carton. C'est moins bruyant que le claquement du pied de sa chaise mais le bruit résonne quand même. Ça va le distraire encore un peu.
Dean se mord les joues.
—«Qu'est-ce qu'ils foutent…», répète-t-il dans un souffle.
—«Ils doivent être en train de lui faire passer des examens. Je suis persuadé que c'est normal.»
—«… Tu penses que Cas va bien? Il faut qu'il aille bien…»
—«Castiel parvient à te supporter, je dirais que ça le rend plus fort que la plupart des gents…», répond Sam en souriant d'un air las.
Dean lui jette un regard noir et son frère esquisse une grimace en guise d'excuse. Le châtain retourne à la contemplation de ses chaussures. Il doit les cirer.
—«… Comment a-t-Il pu s'en prendre à nouveau à lui? Nous avons mis tous les foutus talismans de Destiny dans la maison, nous avons refait les cercles de sel et Il a presque réussi à le tuer. Est-ce que tu as vu les marques sur son cou? Il a réussi à l'étrangler. Tout ce bordel était censé L'affaiblir», reprend-il après un silence tendu.
—«Je sais Dean…»
Son cadet ébouriffe ses cheveux d'un geste nerveux. Il commence aussi à tressauter de la jambe. Son rythme est différent du sien, ils font encore plus de bruit parce que le dossier de leurs sièges grince légèrement. Dean entend leur voisin de ranger soupirer lourdement d'agacement, il se sent un tout petit mieux.
—«… Je sentais Sa colère et Sa volonté de prendre Castiel. Philippe était acculé, il a agit parce qu'il se sent en danger. Je pense que les talismans de Destiny fonctionnent, il a essayé de nous prendre de vitesse», ajoute Sam.
—«Cet enfoiré ne nous laisse aucun répit…», grogne Dean en se pinçant l'arête du nez.
—«Il a peut-être fait une erreur cette nuit. En agissant aussi précipitamment, il a montré qu'il se sent acculé.»
—«Tu psychanalyses les morts maintenant?»
—«Je te décris seulement ce que j'ai ressenti.» Sam lui jette un regard en coin. «… D'habitude, tu prêtes plus d'attention au super-pouvoir de mon antenne paranormale.»
Dean se mord les joues. Il marmonne des excuses et heurte son genou du sien en guise d'accolade fraternelle. Sam lui rend son coup plus fort en souriant. Excuses acceptées.
Le châtain s'étire, fait craquer son dos et s'appuie lourdement contre le dossier en plastique de sa chaise. Il est aussi dur et inconfortable que l'assise.
—«Il s'est enfui quand nous avons commencé à réciter le rituel de Destiny. Nous devons encore le travailler mais je suis persuadé que cela va fonctionner», reprend Sam.
—«… Je le pense aussi mais pas aujourd'hui. Nous avons besoin de Cas et il n'est pas en état de supporter quoi que ce soit pour le moment.»
Dean jette un regard à l'horloge murale, un modèle moche et pas très cher en plastique. Trois heures vingt. La télévision à écran plan accrochée au mur diffuse CNN, la chaîne d'information en continu. Le bandeau défilant en bas indique que le quaterback phare des Vikings du Minnesota a été pris en flagrant délit d'adultère avec une des cheerleaders de son équipe. Pathétique, on se croirait revenu au lycée. L'espace d'un instant, Dean envie l'insouciance et le généreux compte en banque de Drew Barry-Johnson qui lui promet une vie sans tracas jusqu'à la fin de ses jours. Il hausse un sourcil. Attendez une minute. S'il se souvient bien, Drew est marié à une actrice célèbre de soap opera, une jolie brune avec des jambes interminables très engagée dans la cause animale. Tout compte fait, ce type est un véritable connard.
L'infirmière à l'air revêche traverse une nouvelle fois dans la salle d'attente. Une fois, deux fois, trois fois. Elle le fusille du regard et lui montre d'un signe ostensible un petit écriteau indiquant l'obligation de respecter le silence de la salle d'attente. Ah oui, Dean entend une sonnerie maintenant. La sienne. Merde. Le châtain sort son portable et s'empresse de décrocher.
—«Allô?», souffle-t-il.
—«Dean? C'est Destiny. Je suis navrée de vous réveiller mais j'ai fait un nouveau rêve. C'était Damballa, il –»
—«Vous ne me réveillez pas, je suis déjà debout», la coupe le châtain en se frottant à nouveau le visage. «Sam et moi sommes à l'hôpital, Cas y a été amené il y a environ une heure.»
Seul un long silence lui répond. Le châtain a envie de bouger, il se lève et se met à arpenter lentement la salle d'attente.
—«Vous ne me demandez pas comment il va?»
—«… Je sais qu'il ne va pas bien. (…) J'ai à nouveau rêvé de l'oiseau noir et de l'alligator en bas de l'arbre. L'oiseau est tombé de sa branche et il le tenait dans sa gueule. Il serrait de plus en plus pour le faire étouffer.»
—«Je sais, j'étais là. … Il a tenté de le tuer en l'étranglant. Castiel a convulsé et –» Dean déglutit. «Sam a appelé les secours.»
—«… Je suis navrée. Cela a dû être difficile.»
Le jeune homme se mord les joues. Ouais, en quelque sorte. Si on utilise le genre d'euphémisme qui transforme un éléphant en souris.
Il observe distraitement l'écran de la télévision. La présentatrice météo est trop maquillée et sa jupe est trop courte. Ah, elle annonce une belle journée pour aujourd'hui.
—«Est-ce que vous avez rêvé de l'oiseau couleur de feuille morte aussi?», reprend-il lentement.
—«Il a attaqué l'alligator et l'a obligé à lâcher l'oiseau noir. Il est blessé mais son compagnon le protège et veille sur lui sur la branche. C'est ce que vous avez fait, n'est-ce pas?»
Dean grommelle en guise d'acquiescement. Il aurait préféré que Cas n'ait pas à affronter ça. Ce n'est pas de sa faute mais il se sent horriblement coupable.
—«… Vous vous en voulez, Dean.»
—«Vous lisez dans les pensées?», sourit-il légèrement.
—«Non mais je commence à bien cerner votre personnalité. Au risque de vous décevoir, vous n'êtes pas le sauveur du monde. (…) Je devrais sans doute vous raconter la fin de mon rêve. L'oiseau couleur de feuille morte a protégé l'oiseau noir en attaquant l'alligator. Il a utilisé son bec et ses serres et il l'a blessé suffisamment gravement pour le faire fuir. Est-ce que vous comprenez ce que cela signifie?»
Le châtain hausse les épaules. Il est fatigué. Il veut juste savoir comment va Cas, espérer trouver un fauteuil pas trop inconfortable dans sa chambre pour dormir sans quitter son chevet.
—«Il a tenté son va-tout cette nuit pour emporter votre ami. Il se sent menacé, Il a pris des risques et Il a puisé dans ses forces pour parvenir à l'atteindre physiquement. Or, vous L'avez fait échouer. Il sait qu'Il est en danger à présent.»
Dean esquisse un sourire las mais satisfait. Il avait peut-être besoin d'un peu de réconfort finalement.
—« Est-ce que vous avez détruit la chevalière?»
—«Nous ne sommes pas arrêtés sur la route et j'ai encore besoin de l'autorisation de Castiel.»
—«Faites vite Dean, vous devez profiter de votre avantage. N'oubliez pas que détruite Son talisman Le blessera réellement.»
Le châtain acquiesce. La porte du couloir des urgences s'ouvre. Il tourne brusquement la tête et se raidit.
—«Excusez-moi mais je dois raccrocher, le médecin vient d'arriver. Merci d'avoir appelé et n'hésitez pas à recommencer n'importe quand. Sam et moi allons probablement peu dormir les jours à venir», souffle-t-il avec empressement.
—«Je comprends. Vous n'avez jamais été aussi prêt Dean, gardez confiance. L'oiseau couleur de feuille morte et l'oiseau noir, vous vous souvenez?»
—«Ouais. Je suis content de savoir que j'ai crevé les yeux de cette saloperie», ricane-t-il.
—«Ce n'est pas exactement ce que j'ai dit…»
—«Bonne nuit Destiny.»
Dean raccroche précipitamment et s'empresse de rejoindre Sam, déjà aux côtés du médecin. L'homme a l'air sombre, les sourcils légèrement froncés. Le châtain sent une sueur glacée couvrir ses épaules. … Non…
—«Bonjour, je suis le Dr. Cox. Est-ce vous qui avez accompagné Mr. Novak?», demande-t-il avec froideur.
—«Oui. Comment va-t-il?», bouillonne Dean.
Le médecin a un bloc-notes dans la main dont il consulte la première page. Le châtain trépigne. Aller bordel, il veut savoir.
—«Mr. Novak a fait une nouvelle crise de convulsions à son arrivée ici mais son état s'est stabilisé. Son corps a été très éprouvé par ses crises. Vous avez indiqué qu'il en avait déjà faites deux avant l'arrivée de l'ambulance, n'est-ce pas?»
Dean acquiesce. Le médecin tourne une nouvelle page sur son bloc-notes. Bon sang, Castiel a fait un malaise cette nuit et entre les crises, il était conscient et cohérent. Pourquoi y a-t-il autant de feuilles sur son foutu bloc-notes?!
—«Mr. Novak est intoxiqué aux bêtabloquants. Il a été en détresse ventilatoire, on a dû l'intuber avant de lui administrer de la dobutamine et du glucaçon pour traiter son choc cardiogénique.»
—«Qu'est-ce que ça veut dire?», croasse le châtain.
—«Un choc cardiogénique désigne une défaillance aiguë de la pompe cardiaque, c'est une situation médicale très grave.» Le Dr. Cox fronce les sourcils. «Mr. Novak est sous-alimenté et dans un état d'épuisement chronique. Plusieurs de ses organes présentent des dysfonctionnements importants. Son état de santé général est très préoccupant, est-ce que vous comprenez?»
Dean n'aime pas le regard du médecin, vraiment pas. Il est pesant et… accusateur. Le châtain prend courageusement sur lui. Dans son état de fatigue et de nervosité, il pourrait dire des choses qu'il regrette et la dernière chose qu'il a envie est d'être mis dehors manu militari par la sécurité du Butler Memorial Hospital.
—«Nous savons qu'il va mal, nous étions là quand il a convulsé», grogne-t-il d'un ton peu amène.
—«Alors pourquoi avez-vous fait ça?», l'interrompt le Dr. Cox.
Le châtain hausse un sourcil. Fait quoi? Le médecin joue nerveusement avec les lunettes coincées dans la poche de sa blouse avant de les poser sur son nez. Il s'approche d'eux avec discrétion, leur jette un regard par-dessus la fine monture en écaille.
—«Il n'est pas dans mes habitudes de juger les gens et leurs pratiques – chacun est libre de faire ce qu'il souhaite dans sa vie intime tant qu'il s'agit de pratiques consenties et consensuelles – mais pourquoi avoir fait ça si vous connaissez si bien son état de santé? Est-ce que vous n'avez pas un mot pour vous arrêter dans ces cas-là? Un… safe word? Et est-ce que vous n'êtes pas censés avoir défini ensemble l'after-care? C'est bien comme ça que ça s'appelle, n'est-ce pas?»
Le Dr. Cox leur jette un regard entendu. Dean cligne des yeux avant de pâlir puis de rougir violemment. Il agite frénétiquement les mains devant lui.
—«Qu – Quoi? Non, ce – ce n'est pas – Ce n'est pas ce qu'il s'est passé!», balbutie-t-il.
—«Mr. Novak a des marques de strangulation très prononcées autour du cou. Je ne suis pas familier de ce genre de pratiques mais s'il s'agissait d'une asphyxie érotique, vous auriez dû vous arrêter plus tôt. Est-ce que vous savez que les convulsions peuvent aussi être provoquées par un manque d'oxygène? Dans son état, je me dois de vous dire que c'était dangereux et irraisonné.»
Le châtain sent son visage brûler douloureusement, il est certain qu'il hyperventile.
Il jette un regard incrédule à Sam. Son frère se mord nerveusement les joues, parfaitement silencieux. Bon sang, comment peut-il supporter mieux que lui ce raisonnement stupide?! Le médecin arrange soigneusement ses feuillets. Dean sent une goutte de sueur couler dans son dos à l'idée de ce qu'il va consigner dans le dossier médical du brun.
—«Que va-t-il se passer maintenant?»
—«Mr. Novak va rester sous surveillance pour prévenir toute autre crise de convulsions. Nous allons le mettre sous traitement pour supprimer les bêtabloquants de son organisme et nous referons des analyses dans la journée pour vérifier ses constantes cardiaques.»
—«Est-ce que nous pouvons le voir? Nous allons devoir lui ramener quelques affaires et il a peut-être besoin de certaines choses spécifiques», demande Sam.
—«… Mr. Novak s'est endormi dès qu'on l'a conduit dans une chambre, je ne suis pas sûr qu'il vous dise grand-chose.»
—«Nous aimerions juste nous assurer qu'il va mieux et lui présenter nos excuses», ajoute le blond.
Dean lui jette un regard incrédule. Pourquoi son frère encourage-t-il la putain de théorie tordue du Dr. Cox?! Il ouvre la bouche pour protester mais Sam lui intime le silence d'un œil noir.
Le médecin pince les lèvres.
—«… Mr. Novak a besoin de repos, je vous autorise à rester avec lui quelques minutes.» Il esquisse un sourire. «Si je peux me permettre une dernière remarque… Si vous êtes vraiment amoureux de lui – que ce soit en couple ou en trouple – laissez-lui un peu de temps pour se remettre.»
—«Nous n'avons jamais voulu le blesser mais je vous remercie pour ce rappel, Dr. Cox. Nous nous montrerons plus prudents à l'avenir.»
Sam lui tend une main pour le saluer, Dean fait de même d'une manière machinale. L'homme tourne les talons et le châtain fusille son frère du regard.
—«Qu'est-ce que tu fous Sam?! Nous n'avons pas fait… ça avec Cas. Pourquoi est-ce que tu es allé dans son sens? Il va croire que –»
—«Il vaut mieux qu'il pense qu'on a fait l'amour d'une manière tellement passionnée avec Castiel que les choses ont un peu dérapé ou il devra appeler la police pour leur signaler qu'il a été agressé», répond nerveusement son frère en ébouriffant ses cheveux. «… C'était quand même atrocement gênant.»
Sam se dirige vers le couloir des urgences. Il tient la porte à Dean qui passe devant lui d'un air absent.
—«Nous allons devoir l'expliquer à Cas pour accorder nos versions», souffle-t-il et ses oreilles sifflent tellement elles sont rouges.
—«Tu vas lui expliquer. Castiel est ton béguin, je ne suis que la pièce rapportée dans notre trouple.»
—«Arrête de dire ça!», siffle Dean.
—«Pourquoi? Tu n'es pas partageur?»
Le châtain lui donne un terrible coup de coude dans les côtes et Sam grogne de douleur. Ils croisent deux infirmières que Dean reconnaît, elles font partie de celles qui lui souriaient quand elles traversaient la salle d'attente des urgences. Le châtain leur adresse un sourire un peu tordu auxquels elles répondent avec une pointe de malice. Merde, leur bienveillance n'avait donc rien à voir avec son allure adorable (ou ridicule). La totalité du service des urgences sait qu'un patient a été amené à cause d'une partie de jambes en l'air à trois un peu trop passionnée. Dean sent son visage devenir incandescent.
Le châtain ignore soigneusement tous les membres du personnel hospitalier et se concentre sur les numéros des chambres. Au détour d'un couloir, il entraîne Sam à droite pour suivre le petit écriteau qui indique les chambres 1025 à 1057. Dans l'embrasure d'une porte, deux médecins sont en train de discuter à voix basses. Quand ils les dépassent, l'un d'entre eux, un quarantenaire, leur jette un regard méprisant. Dean se consume de honte et d'humiliation. Il éprouve une maigre consolation quand il lui tourne le dos et que le châtain remarque sa calvitie, la peau de son crâne ridiculement blanche sous une couronne de cheveux très noirs. Il est trop jeune pour connaître déjà les affres de la perte capillaire mais le châtain n'éprouve aucune compassion pour lui. Bien fait. Quelle foutue sale journée quand même.
—«Comment allons-nous faire si le médecin traitant de Cas vient lui rendre visite? Il travaille ici deux jours par semaine, il va forcément apprendre qu'il est hospitalisé. Il va penser qu'il est un sale tordu et peut-être qu'il refusera de le continuer à le suivre… Je crois que Cas l'aime bien», reprend-il d'une voix éraillée.
—«Peut-être qu'il s'en moquera complètement.»
—«Nous sommes quand même censés avoir fait du bondage à trois…»
—«Eh bien son médecin pensera qu'on a lu Fifty Shades of Grey et qu'on a tenté quelque chose ensemble comme les nombreux lecteurs de ce roman qui ont expérimenté le BDSM après sa publication.»
—«Je ne fais pas ce genre de choses Sam», gronde Dean.
—«À cet instant, la nature de ta vie sexuelle est le cadet de mes soucis.»
Le châtain s'apprête à lui répliquer vertement quelque chose quand son frère s'arrête devant une chambre. Dean lit le numéro imprimé sur la petite plaque, c'est celle de Castiel. Il tire machinalement sur son tee-shirt AC/DC et frotte son pantalon de nuit pour s'arranger un peu. Sam soupire.
—«Je pense que Castiel se moque aussi complètement de ton allure à trois heure du matin. Allons-y qu'on en finisse», grommelle-t-il.
Une main sur la poignée, le châtain le dévisage. Il réalise soudain comme une parfaite évidence combien son cadet est épuisé et chamboulé par ce qu'il vient de se passer.
—«Je peux prendre la suite, Sammy. Je vais rester avec Cas jusqu'à ce qu'on me remarque et qu'on me mette dehors. Tu peux rentrer à la maison pour te reposer un peu. Ou aller chez Jessica», propose-t-il gentiment.
—«Je te remercie mais j'aimerai m'assurer que Castiel va bien avant de te laisser avec lui. … Je demanderai peut-être à Carol de m'accueillir pour la nuit, elle était sur le pas de sa porte quand les secours sont arrivés.»
Dean acquiesce. Il toque doucement à la porte, attend une réponse qui ne vient pas alors il entre. Le Dr. Cox leur a dit que Castiel s'était endormi à peine installé dans sa chambre.
—«Cas?»
Dean ouvre la porte avant de se figer sur le seuil.
C'est un cauchemar.
La chambre est vide, la fenêtre est grande ouverte. Le rideau ondule doucement dehors, comme un signal à suivre.
Le châtain essuie son front humide d'un revers de main.
—«…Cas n'est pas là.»
Son cadet entre à son tour. Dean se précipite à la fenêtre, fouillant frénétiquement la nuit du regard.
—«Il est peut-être encore avec un médecin…», tente Sam.
—«Le Dr. Cox nous a assuré qu'il était dans sa chambre et qu'il dormait. Bordel, je ne vois rien dehors…»
Dean passe une main fébrile dans ses cheveux. Ses pensées tourbillonnent dans son crâne.
Il se souvient que Castiel a convulsé dans son lit à Belmont Road, dans sa chambre alors qu'il disait ne pas vouloir y retourner. Le châtain est certain que le jeune homme ne sait pas comment cela est arrivé. Comme maintenant. Le brun était là et il ne l'est plus.
Des étincelles crépitent le long de sa colonne vertébrale, tous ses sens sont aux aguets.
Dean plisse les yeux. Sa vue s'accoutume lentement à l'obscurité qui noie des pelouses entourant le Butler Memorial Hospital. Il distingue une ligne lumineuse dans le lointain. Elle ondule, semée de flashs blancs ou jaunes. C'est une route. Le châtain a suivi l'ambulance depuis Belmont Road, ils sont arrivés par 4th Street. L'hôpital se trouve entre de cette rue et de E Jefferson Street. Cette ligne lumineuse est celle de l'éclairage urbain de cette double voies. Philippe a tenté de tuer Castiel chez lui, Il –
Le châtain tire brusquement une petite chaise en plastique à lui pour s'aider à enjamber le rebord de la fenêtre.
—«Sam. Préviens les infirmières que Cas n'est plus dans sa chambre, je vais le chercher. Je suis certain qu'il est dehors.»
Son cadet sort précipitamment dans le couloir tandis que Dean saute sur la pelouse. Il atterrit dans les plantations sous la fenêtre, le gravier décoratif crisse sous ses pieds. Le jeune homme se précipite en avant, balayant la pelouse à l'aide de la lampe de son portable. Il appelle le brun comme un forcené. Comme un désespéré. Ses cris résonnent dans la nuit noire.
—«Cas! Cas!»
Dean appelle encore mais il ne le voit pas. Le châtain commence à paniquer. Castiel peut être partout. Le Butler Memorial Hospital est vaste, trop vaste pour qu'il puisse le parcourir entièrement en quelques minutes. C'est une éternité et ce sera trop tard. Philippe aura déjà pris Castiel. Dean aura perdu.
Le châtain tourne frénétiquement sur lui-même pour observer les alentours. Il pousse des bordées de jurons, son cœur s'affole dans sa poitrine.
Il y a encore deux petites heures, il était face à face avec Castiel dans la chambre d'amis, son sac de voyage sur son épaule. Il y avait quelque chose entre eux, le brun était vraiment beau et Dean avait envie de tellement de choses.
Le châtain jette un regard à son portable. Pas de nouvelle de Sam pour lui dire qu'il l'a trouvé.
Dean se mord les joues et il saigne. Le goût est atroce dans sa bouche mais la douleur est bienvenue. Il doit garder les idées claires ou il n'y arrivera pas.
Le jeune homme s'approche de E Jefferson Street, le brouhaha diffus des voitures gronde à ses oreilles. Il crie encore le nom du brun, plisse les yeux en maudissant le fait qu'il n'est pas nyctalope. Il hurle et –
Dean inspire brusquement.
Une silhouette claire. Devant lui. Éloignée de lui mais très proche de la route.
Son sang se glace dans ses veines.
Le châtain se met à courir. Il dérape dans l'herbe et manque de tomber. Dean cambre les reins, se propulse plus fort en avant.
—«Cas!»
Devant lui, le brun marche lentement. Il marche lentement mais il marche parfaitement droit vers les voitures.
Dean court plus fort, plus vite.
Il compte désespérément sur la rambarde de sécurité qui longe E Jefferson Street pour l'arrêter mais Castiel enjambe doucement le rail. Non. Non! Le châtain allonge ses foulées, il rage contre la génétique qui a donné à son frère des jambes longues mais pas à lui. Les siennes sont justes un peu arquées et – bordel – pourquoi n'a-t-il pas tirer le gros lot à la loterie de la génétique et hériter des grandes jambes?! Et de la faculté de voir dans la nuit comme un foutu hibou?! Merde, merde, merde!
—«Cas!»
Le brun pose lentement ses deux pieds dans l'herbe du bas-côté. Il s'éloigne de la rambarde de sécurité. Il est si proche de la route que Dean voit sa silhouette fine et fragile se détacher crûment dans les phares des voitures. Le châtain s'appuie d'une main sur le rail puis saute par-dessus.
Castiel marche toujours. Jambes nues, dos nu, fesses nues sous sa blouse d'hôpital.
Un break les dépasse dans un concert de klaxon. Le brun ne cille pas.
Encore une voiture familiale, suivie d'une petite citadine.
Puis une grosse berline de marque à propulsion électrique, un monstrueux SUV.
Dean cligne des yeux pour chasser la sueur qui s'accroche à ses cils et lui brûle les yeux.
Castiel a un pied sur le bitume. Le SUV s'approche à une vitesse folle mais c'est peut-être parce que le châtain a l'impression d'être tellement lent.
Il voit la scène au ralenti, il l'imagine et il pense qu'il va vomir.
Dean tend le bras devant lui. Castiel est prêt, si prêt.
Le châtain donne une dernière impulsion.
Il attrape le brun par le col de sa blouse et le tire violemment en arrière, un bras immédiatement enroulé autour de sa taille. Castiel trébuche, tombe contre lui. Les deux hommes heurtent la rambarde, ils tombent l'un sur l'autre dans un grand désordre de membres. Dean s'écrase violemment contre le rail de sécurité. Le choc contre son épaule déjà contusionnée lui coupe brièvement la respiration et il crie de douleur. Cela ne l'empêche pas de serrer follement le brun contre lui.
—«Cas! Cas… Putain, Cas…»
Le brun s'appuie sur l'herbe et se redresse lentement contre lui. Il cligne des yeux, le regard flou. Puis ses pupilles bleues s'éclairent doucement. Il y a de la vie en elles. Castiel le regarde.
—«Dean…?»
—«Ouais. Tu es un peu loin de ta chambre mon pote et pas vraiment habillé pour aller faire la fête en ville», rit le châtain.
Castiel regarde autour d'eux d'un air vague. Dean remarque que la blouse a glissé, dévoilant la courbe ivoirine d'une fesse et le modelé sec d'une cuisse. Il déglutit et rhabille rapidement le brun. Bien sûr, il est nu sous son vêtement d'hôpital. C'est gênant mais le châtain garde une main posée sur sa taille. Il effleure la peau nue de ses reins du bout des doigts. Besoin de sentir sa chaleur. S'il avait mis une seconde de plus, il serait arrivé trop tard.
Dean déglutit lourdement, la nausée coincée dans sa gorge. C'est peut-être à cause de la douleur brûlante dans son épaule.
—«… Qu'est-ce que je fais ici? Pourquoi est-ce que je – C'est comme dans la chambre tout à l'heure, je ne me souviens pas d'y être retourné. Je ne me souviens pas», chuchote Castiel.
Le brun lui jette un regard plein de terreur. Le jeune homme tente de le rassurer mais une voiture les frôle de très près et les klaxonne furieusement. Castiel sursaute violemment dans ses bras. Dean les relève rapidement et, le brun toujours contre lui, les fait repasser derrière la rambarde par sécurité. Encore quelques pas et ils s'écroulent un peu plus loin sur la pelouse. La douleur dans son épaule pulse, l'adrénaline reflue lentement dans ses veines et rend ses jambes plus molles que du coton. Dean contient difficilement son envie de vomir. Il se concentre sur la respiration du brun qu'il sent dans son cou, complètement erratique. Son torse se soulève follement tandis qu'il crispe ses doigts sur son bras.
—«Je ne me souviens pas Dean… Je marchais mais je… je ne sais pas ce que je faisais…», souffle Castiel d'une voix hachée.
Le brun se mord les lèvres. Ses pupilles sont encore dilatées par l'adrénaline, leur mouvement est un peu fou. Dean hésite avant de poser doucement une main sur sa joue pour attirer l'obliger à fixer son regard affolé sur lui. Les prunelles sont presque noires, le châtain caresse gentiment l'arête saillante de sa pommette de son pouce.
—«Où est-ce que tu allais?», demande-t-il lentement.
—«Je – À la maison je crois. Je rentrais chez moi. … Il m'appelait. Je ne voyais rien autour de moi, je n'ai pas vu les voitures…» Castiel déglutit difficilement. «J'aurai pu mourir. Il voulait me tuer.»
—«C'est ce qu'Il voulait mais je te jure que je ne l'aurai pas laissé faire.»
Le brun s'accroche frénétiquement à lui, Dean sent le tremblement spasmodique de ses doigts sur son avant-bras. Il oublie la douleur incandescente dans son épaule et pousse doucement sur la tête de Castiel pour l'inviter à s'appuyer contre lui. Le brun ne résiste pas, il se laisse presque tomber contre son torse et enfonce son visage dans son cou. Ses épaules sont agitées de lourds frisson alors Dean enroule plus fort son bras autour de sa taille pour le garder plus près de lui. Encore plus près.
—«Je suis là mec, je suis là. Je te jure qu'on va y arriver, je ne Le laisserai pas te faire ça», chuchote-t-il à son oreille.
—«Tu ne peux pas me protéger partout et tout le temps. Il m'atteint même quand je ne suis pas à la maison…»
—«C'est pour ça que je vais rester ici pour la nuit. Sam va retourner chez toi pour nous ramener quelques affaires. Est-ce que tu te souviens de ce que le médecin t'a dit? Ils te gardent en observation jusqu'à demain et tu ne seras pas seul.»
Castiel acquiesce lentement la tête, son corps toujours douloureusement contracté.
—«… Je ne veux pas dormir.»
—«Le Dr. Cox nous a dit que tu étais épuisé. Tu dois dormir et je serai avec toi Cas.»
Le châtain caresse toujours ses reins dénudés du bout des doigts. La peau fine et douce se couvre de chair de poule. L'esprit bourdonnant sous l'effet de la douleur et de la fatigue, Dean réalise à peine que ses mains s'égarent paresseusement et qu'il effleure presque la naissance de ses fesses.
—«… J'ai l'impression de ne plus rien contrôler, pas même mon propre corps», murmure Castiel d'une voix étranglée. «… Je ne veux pas mourir Dean.»
Le châtain crochète ses doigts sur la hanche trop saillante d'un geste possessif et assuré. Ça n'arrivera pas. Putain, ça n'arrivera pas.
Le corps du brun s'alourdit lentement contre le sien. L'adrénaline est également en train de le quitter, le laissant simplement épuisé physiquement et nerveusement. Dean jette un regard alentour. Il distingue de l'agitation plus loin sur la pelouse puis une grande silhouette mince, celle de Sam. Il soupire de soulagement et frotte son nez contre la tempe de Castiel.
—«Sam arrive avec de l'aide. Retournons dans ta chambre Cas, tu dois t'allonger et te changer. Tu es frigorifié», souffle-t-il dans son cou.
Le brun hausse légèrement les épaules mais ses dents claquent imperceptiblement. Dean reconnaît les symptômes. État de choc. Il s'éloigne de Castiel mais le jeune homme s'accroche un peu plus désespérément à lui. Dean pose doucement ses doigts sur les siens pour lui faire lâcher prise avant de le draper dans son propre blouson.
—«Est-ce que tu peux marcher?»
—«… Oui mais tu vas devoir m'aider à me lever», avoue le brun.
Dean sourit affectueusement et fait bravement de son mieux. Il sait que c'est anatomiquement impossible mais il a l'impression que son épaule va se décrocher et tomber à terre comme la queue tranchée d'un lézard. Cette idée réveille brusquement sa nausée.
Le châtain relève soigneusement le col sur le cou de Castiel tandis que le jeune homme resserre les pans autour de lui. Il soutient toujours le brun par la taille quand Sam et deux infirmiers les rejoignent enfin. Soudain très conscient de sa nudité sous sa fine blouse d'hôpital, Castiel rougit adorablement et tente de refermer son vêtement sur ses fesses nues pour les cacher à ces inconnus. Derrière lui, le châtain ne le quitte pas du regard jusqu'à ce qu'ils rentrent enfin dans le Butler Memorial Hospital. Il veut naturellement lui emboîter le pas pour aller dans sa chambre – parce que, eh bien, il a promis de rester avec lui pour la nuit – mais le Dr. Cox se glisse devant lui pour lui barrer le chemin.
—«Vous êtes blessé et vous souffrez», dit-il en désignant son épaule d'un geste.
—«Je me suis juste cogné, ça passera», grogne Dean.
Tout passe au bout d'un moment – il suffit juste d'être patient et de ne pas trop y penser –, mais les battements fous de son cœur dans ses tempes, les élancements terriblement douloureux dans son épaule, les fourmillements dans son bras le font chanceler. Il pense vraiment qu'il va vomir. Ou faire un malaise.
Dean cherche Castiel du regard. Il ne le voit plus. Il a dû retourner dans sa chambre, le châtain est trop loin de lui et ce n'est pas ce qu'il lui a promis. Merde.
—«Je dois rester avec Cas», croasse-t-il.
—«Vous le retrouverez après, je dois vous examiner et vous faire passer une radio.»
Dean se braque. Il n'a pas le temps pour ça.
Il veut protester aussi vigoureusement que sa bouche pâteuse le lui permet mais Sam lui souffle discrètement qu'il n'aura pas de meilleure chance de pouvoir rester à l'hôpital avec Castiel. Ah ouais, bonne idée. Son frère est plein de bon sens mais le châtain sait que son installation dans la chambre du brun trente minutes plus tard est une faveur faite par le personnel soignant.
Le châtain dodeline mollement de la tête, il plane un peu à cause des antalgiques.
Sam ricane tandis qu'il pose de discrètes protections aux quatre coins de la pièce. Le jeune homme a acheté une bouteille d'eau à un distributeur automatique et l'a bénite en récitant une prière. Il a aussi volé la quasi-totalité des sachets de sel mis à disposition sur les tables de la cafétéria, Dean trouve qu'il fait beaucoup de petits tas dans la pièce. Le châtain le regarde faire, un sourire un peu stupide accroché aux lèvres. Sam cache les sachets vides dans la poche de son blouson et repousse ses cheveux sur son crâne d'une main.
—«Est-ce que tu t'en sortiras pour cette nuit?», demande-t-il en s'approchant de son lit.
Dean tourne lentement la tête vers Castiel. Le brun est sagement allongé sous les draps, un peu pâle et complètement immobile. Il dort déjà. Le jeune homme acquiesce.
—«Cas a accepté de prendre des pilules pour dormir, j'ai entendu le médecin dire que c'était plutôt puissant. Je doute qu'il tente à nouveau de sortir pour faire la fête en ville.»
—«… Même s'il le voulait, il ne pourrait pas. Essaye quand même de dormir un peu, je reviens demain matin dès l'ouverture des visites avec des affaires propres.»
—«Merci Sammy. Fais de beaux rêves…»
Dean salue mollement son frère.
Il suit un instant le bruit de ses pas qui s'éloignent dans le couloir avant de regarder à nouveau Castiel. Le fait que le brun ait accepté de dormir d'un sommeil lourd et médicamenteux alors qu'il déteste ça est désagréable. Mais ce qui torture vraiment Dean, c'est la vue des bandes de contention qui enserrent ses poignets et le retiennent à son lit. Sam lui a expliqué que Castiel a demandé à être entravé pour la nuit. C'est sans doute une précaution raisonnable mais cela reste insupportable à voir.
Le châtain descend lentement de son lit. Il bande ses muscles pour le faire rouler jusqu'à celui de Castiel. Dean a un bras en écharpe, ses gestes sont malhabiles et l'effort est pénible. Il s'est luxé l'épaule quand il a enfoncé la porte de la chambre du brun. Ou quand il a heurté la rambarde, c'est au choix. Son bras est immobilisé en écharpe, c'est censé atténuer ses mouvements et donc sa douleur. Dans l'immédiat, il jure parce qu'il a l'impression que son corps ne lui répond pas et cela l'agace.
Après un temps qui lui paraît infini, Dean heurte enfin le cadre de lit de Castiel avec le sien. Il remonte maladroitement sur le matelas, les yeux rivés sur le brun. Bien. À présent, il est suffisamment près de lui pour prendre doucement sa main dans la sienne tandis qu'il se rallonge, pour sentir son pouls sous ses doigts.
Le châtain gigote pour s'installer aussi confortablement que possible sur le flanc et veiller Castiel. Il serre doucement ses doigts entre les siens. Le brun a les yeux fermés mais il exhale un petit soupir. Dean le trouve adorablement mignon et embrassable mais les antalgiques le font vraiment planer.
Il pose sa tête sur son oreiller, renifle peu élégamment quand l'odeur de désinfectant qui imprègne le linge envahit son nez. Il préfère le doux parfum de lessive qu'il y a dans la chambre d'ami de Castiel.
Dean sent les doigts du brun serrer à son tour les siens. Castiel soupire à nouveau doucement, la bouche légèrement entrouverte. C'est vraiment mignon et très embrassable.
Le châtain frotte son visage dans son oreiller pour essayer de garder l'esprit clair. Il veut le veiller encore un peu, sa main toujours dans la sienne. Castiel est endormi pour quelques heures, lui-même est encore sous l'effet du tramadol. C'est le bordel dans sa tête alors il peut se permettre cette excuse médicamenteuse pour expliquer qu'il tient la main du brun jusqu'à tomber à son tour dans le sommeil, leurs lits collés l'un à l'autre.
.
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Dean se trouve dans un jardin. À moins que ce ne soit une forêt. Il ne sait pas vraiment. Une fine brume noie le paysage et le jeune homme ne voit qu'une chose devant lui, un arbre sur la branche duquel se tiennent deux oiseaux. Dean est mauvais en ornithologie mais il trouve qu'ils ressemblent à des rapaces. Des rapaces de petite taille mais des rapaces tout de même. C'est toujours mieux que les petits oiseaux mignons des jardins qui ornent les assiettes du grand vaisselier de la salle de petit-déjeuner du Clarence Inn.
Le châtain hoche la tête. Ces oiseaux devant lui ne ressemblent pas du tout à ces volatiles aux plumes couleurs de pierre précieuse, peints dans des écrins de fleurs ou de feuillages.
L'un d'entre eux a la couleur des feuilles d'automne, une teinte brune légèrement mordorée. Ses yeux noirs ressemblent à deux perles d'obsidiennes. Se haussant sur ses pattes, la gorge enflée, il ébouriffe ses plumes pour paraître plus imposant.
L'autre oiseau a le plumage noir. Il est recroquevillé sur lui-même, petit et fragile. Il ressemble à un sac d'os et ses plumes ternes se hérissent sur leurs arêtes.
L'oiseau brun sautille sur la branche pour se rapprocher de lui. Il étend une aile sur le petit corps qui frémit. Une protection. Il a la tête baissée et regarde attentivement quelque chose en bas de l'arbre.
Dean plisse les yeux.
Un énorme alligator est lové entre deux racines noueuses. Le châtain voit une plaie sanglante sur sa tête, un de ses yeux couleur d'or est fermé par une épaisse croûte de sang. Il cligne son œil unique d'un air menaçant, ses larges flancs agités par sa respiration lente.
Le reptile observe les deux oiseaux, sa prunelle fixe attentivement le noir qui tangue doucement contre le corps de son compagnon. À chaque mouvement un peu plus chancelant, son corps musculeux couvert d'écailles frémit d'aise. Il claque ses mâchoires l'une contre l'autre, déjà avide de le sentir sous ses crocs.
L'oiseau couleur de feuille morte se rapproche de l'oiseau noir, il le cache entièrement sous son aile déployée. L'alligator gronde de frustration.
Les deux animaux se défient du regard, l'une en hauteur, l'autre en bas et n'attendant qu'un signe de faiblesse pour attaquer. Le reptile est blessé, acculé. Son œil flambe de rage, ses griffes déchiquettent l'écorce épaisse des racines. C'est quand ils se sentent en danger que les animaux sont les plus dangereux, que leurs réactions sont les plus imprévisibles. Dean comprend qu'au prochain affrontement, il n'y aura pas de vainqueur et de perdant. Seulement des choses en vie et des choses mortes.
Un bruissement dans les hautes herbes à ses pieds attire son attention.
Le jeune homme baisse les yeux.
Un serpent bicéphale aux écailles mouchetées de noir ondule doucement, passe entre ses pieds et monte sur une grosse souche un peu plus loin. Il contemple la scène en sifflant, dardant ses deux langues fourchues hors de ses gueules entrouvertes.
Le serpent tourne lentement la tête vers lui et Dean frissonne. Ses yeux très noirs le dévisagent et c'est une sensation étrangement écrasante.
Le reptile siffle toujours mais ses modulations deviennent progressivement audibles. Lentement compréhensibles. Ses yeux sombres brillent comme des billes de pierre polie.
«Il n'a plus le temps, il va se faire dévorer.»
—«Je suis encore sur la branche à côté de lui», répond Dean en fronçant les sourcils.
«Il est vulnérable mais Il rassemble ses forces pour combattre. Tu n'auras pas une autre chance de pouvoir profiter de Sa faiblesse.»
—«Cas ne peut pas supporter le rituel, il est trop faible», proteste-t-il.
Le serpent secoue lentement ses deux têtes.
«Fais-le.»
Il regarde à nouveau l'alligator. Dean aussi.
Entre les racines noueuses, il perçoit un mouvement.
À quelques mètres de lui, un petit rongeur sort son museau pointu d'un terrier. L'alligator a à peine un frémissement avant de se jeter en avant pour l'emprisonner dans sa gueule. Il semblait à terre, terrassé. Maintenant, Dean n'entend que le craquement écœurant des petits os qu'il broie entre ses crocs et l'odeur ferreuse du sang.
Le reptile relève la tête. Sa gueule entrouverte est rouge de sang, son œil unique flamboie d'un plaisir pervers.
Il retourne se lover dans son nid de racines. Garde la tête levée pour surveiller les deux oiseaux.
Ses flancs se soulèvent à peine sous l'effet de sa respiration. Lente. Appliquée. Concentrée.
Il s'économise mais il Veille, ses sens aux aguets.
.
.
Debout devant le lavabo de la petite salle d'eau, Dean passe un coup de peigne dans ses cheveux d'un geste agacé. Il a passé toute la nuit couché sur le flanc, tourné vers Castiel. Résultat, il a mal à la nuque et des épis sur le crâne.
Le châtain passe le peigne sous l'eau et brosse à nouveau ses mèches hirsutes avec application avant de tenter de les aplatir du bout des doigts. Castiel était en train de se réveiller quand Sam est entré dans leur chambre, un sac de voyage sur l'épaule. Dean y a rapidement pioché des vêtements avant de s'éclipser pour prendre une douche brûlante. L'odeur d'antiseptique lui donne la nausée, il a hâte de la faire disparaître. Les épis n'étaient juste pas prévus. Maintenant, Castiel est bien réveillé, le châtain l'entend parler avec Sam derrière la porte. Il ne veut pas avoir l'air d'un adolescent mal coiffé devant lui. Et bon sang, ces foutues mèches ne se placent toujours pas correctement! Il y en a notamment une derrière son oreille droite qui –
Quelqu'un toque à la porte. Dean sursaute.
—«Dean? Tu en mets du temps là-dedans, est-ce que tout va bien? … Est-ce que tu as besoin d'aide pour enfiler ton caleçon à cause de ton écharpe?»
—«Va te faire foutre Sam!», grogne-t-il en rougissant.
Le jeune homme s'acharne encore une seconde sur l'épi avant d'ouvrir en grand la porte de la salle de bain. Il jette son écharpe au visage de son frère qui sourit d'un air goguenard. Dean a décidé seul qu'il n'en avait plus besoin. Son cadet ne commente pas. Il la plie avec soin et la pose sur le dossier d'une chaise voisine.
Le châtain retourne à son lit pour ranger sa trousse de toilette dans le sac de voyage. Une infirmière est venue apporter les plateaux du petit-déjeuner en son absence. La vue des deux tranches de pain industriel et les minuscules portions de beurre de cacahuète et de cacahuète le fait grimacer. Dean déteste les hôpitaux.
—«Tu aurais pu ramener le reste de tarte aux pralines, Sam. Cas va manger un truc franchement dégoûtant pour son premier repas de la journée…»
—«Je ne me prononcerai pas sur l'ensemble du plateau mais le thé est plutôt bon», répond Castiel avec un sourire encore un peu endormi. «Hello Dean.»
—«Bonjour Cas. Bien dormi?»
Le châtain est un peu distrait. La voix de Castiel est très grave, le timbre est rocailleux. La raison lui donne envie de hurler de rage mais le son est… plaisant sans qu'il ne puisse y faire grand-chose.
Le brun acquiesce lentement tout en frottant distraitement ses poignets du bout des doigts. Dean s'est empressé de lui retirer les bandes de contention avant de s'enfermer dans la salle d'eau. Castiel était allongé dans son lit, le regard un peu flou et un sourire adorablement endormi aux lèvres. Le châtain aurait vraiment pu se pencher sur lui et l'embrasser à ce moment-là. Sa peau chaude sentait encore bon le sommeil. … Ça aurait été bien.
—«Est-ce que tu es certain qu'il est prudent de retirer ton écharpe?», demande le brun en la désignant d'un signe de tête.
—«Je la laisse volontiers au Dr. Cox, je ne sens plus rien.»
Dean fait rouler son épaule d'un air un peu bravache et Castiel rit doucement. C'est presque vrai, il ne sent presque plus rien. Encore un comprimé contre l'inflammation et il sera à nouveau prêt à affronter le monde. Le châtain repousse son propre plateau d'un air de dégoût, il compte bien fêter son presque rétablissement dans un diner du centre-ville.
Le jeune homme frotte ses paumes sur ses cuisses et s'assoit sur le bord du lit. Quand le brun repose sa tasse de thé sur son plateau, il jette un regard en coin à Sam qui acquiesce discrètement. Dean se racle la gorge.
—«Cas? Nous devons parler de la suite», annonce-t-il.
Le brun s'apprêtait à mordre dans un morceau de pain de mie. Il le repose doucement avant de nouer ses doigts sur son ventre. Castiel l'interroge du regard et attend sagement. Le châtain passe une main dans sa nuque.
—«Sam a croisé le Dr. Cox en venant. Il lui a dit qu'il voulait te faire passer de nouveaux examens ce matin pour vérifier que tu peux sortir. Tu es bloqué ici au moins jusqu'à midi», reprend-il.
—«… Et tu ne restes pas, n'est-ce pas?»
Oh. Ah. Le châtain se mord les joues. Il aimerait. Franchement, il aimerait rester même si l'odeur de la chambre le révulse. Castiel n'a rien dit sur la proximité de leurs lits à son réveil, pas plus sur le fait que Dean est présentement assis très près de lui, sur son propre matelas. Il aimerait mais il ne peut pas. Il lui adresse un sourire d'excuse et les épaules de Castiel s'affaissent un peu.
—«Sam et moi aimerions profiter de la matinée pour faire quelques bricoles. Pour cet après-midi – et si tu veux bien de nous –, nous serons entièrement à ton service», dit-il en haussant un sourcil malicieux.
—«Jessica a suggéré que vous vous voyez au Maridon pour parler de l'exposition. Elle s'est assurée de n'avoir aucun rendez-vous cette après-midi pour pouvoir t'accompagner dans les réserves du musée», ajoute Sam.
—«Cela me plairait beaucoup. … Je n'ai pas envie de rentrer tout de suite à la maison», souffle le brun en baissant les yeux sur ses genoux.
—«Sam va confirmer ça avec sa chérie et si tu peux sortir plus tôt, nous t'invitons à déjeuner dans le restaurant de ton choix», renchérit Dean avec joie.
Son frère lui jette un regard noir mais ses oreilles sont un peu rouges. Le châtain s'esclaffe de plus belle. Castiel hoche doucement la tête.
—«… Et pour le reste?», demande-t-il doucement.
—«Nous allons passer à Saint Paul Roman Catholic Church pour prendre de l'eau bénite. … Et j'ai besoin de ton autorisation pour faire fondre la chevalière. Destiny – la prêtresse vaudou que nous avons rencontrée à La Nouvelle-Orléans – a été catégorique. Nous devons nous en débarrasser pour L'affaiblir.» Dean lui jette un regard. «Tu ne pourras pas récupérer l'or Cas, Sam et moi devrons ensuite l'enterrer dans une terre consacrée.»
—«Est-ce que ça Le fera partir?», souffle le brun avec espoir.
—«Non mais ça va lui faire vraiment mal. Il a gravé des symboles dessus pour vaincre la mort. Il n'a plus vraiment besoin de la chevalière – Il trouve sa force ailleurs –, mais Il reste très lié à elle. Je suis désolé mais j'ai vraiment besoin que tu acceptes qu'on la fasse fondre. Même si elle vaut 2000$…», détaille le châtain.
—«Il n'y a pas d'autre solution?», demande Castiel en se mordillant les joues et Dean secoue la tête. «… Je suis d'accord.»
—«Je te remercie. Nous demandera à la quincaillerie de nous fournir un certificat une fois la fonte réalisée en guise de garantie.»
—«Ce n'est pas nécessaire, j'ai confiance en toi», répond doucement le brun.
Dean lui sourit une dernière fois avant de se lever et de faire signe à Sam de le suivre. Il ne veut pas s'éterniser au Butler Memorial Hospital, les deux hommes ont trop de choses à faire. Il tapote doucement le sac de voyage posé au pied du lit.
—«Je te le laisse, Sam n'a préparé qu'un seul sac pour deux.»
—«J'ai pris ce que je pouvais mais je n'ai pas oublié le livre qui était sur ta table de chevet. Je me suis dit que tu apprécierais puisque nous n'avons pas souscrit d'accès à la télévision dans la chambre. Je peux régler ça avant notre départ si tu préfères», propose le blond.
C'est plein de bon sens et de gentillesse et Dean est un peu jaloux. Il aurait aimé y penser même s'il était encore drogué au tramadol en début de matinée mais il peut se rattraper. Et bien le faire.
—«Est-ce que tu veux que je te ramène quelque chose de meilleur à manger avant de partir? La tarte de la cafétéria n'est pas mauvaise», propose-t-il à brûle-pourpoint.
Son frère ricane, il le connaît trop bien. Castiel semble hésiter un instant – Dean est suspendu à ses lèvres – avant de refuser d'un petit signe de tête. Quand il boit une autre gorgée de thé, le châtain se retient de grimacer. Même cette simple boisson chaude semble dégoûtante. L'eau est vaguement colorée, le gobelet est en plastique. C'est moche. Il jette un regard dépité au reste du plateau-repas. La pomme est peut-être à peu près mangeable, elle n'a pas dû être conditionnée sous film plastique.
Castiel lèche distraitement ses lèvres sèches.
—«… Je sais que ça n'a pas l'air très ragoûtant mais tu ne veux même pas rester pour petit-déjeuner? Tu ne devrais pas partir le ventre vide», dit-il doucement.
Dean est idiot, il est prêt à envoyer joyeusement son dégoût se faire pour voir pour plaire à Castiel. Il est évident que le brun ne veut pas rester seul, comme le soir précédent avant que ça arrive.
Il jette un regard en coin à son frère. Sam tapote discrètement le cadran de sa montre d'un air entendu.
—«Je sais. … Je te rejoins dans une minute Sammy», grommelle-t-il.
Le blond esquisse un sourire malicieux avant de s'exécuter. Dean est presque sûr de l'entendre rire dans le couloir. Il garde les yeux rivés sur la porte, juste pour s'assurer que Sam ne traîne pas devant la porte comme un petit garçon trop curieux. Il écoute attentivement le couinement de ses chaussures sur le lino du couloir avant de se rasseoir sur le lit de Castiel.
—«… Sérieusement Cas, je ne peux pas te laisser manger ça. Qu'est-ce que qui te ferait plaisir?»
—«… Je te remercie mais je n'ai pas très faim. Ma gorge me brûle, j'ai encore du mal à déglutir.»
Le brun effleure distraitement son cou contusionné du bout des doigts. Les traces de Ses doigts sont toujours aussi rouges sur la peau trop blanche. C'est obscène. La voix de Castiel est encore aussi rauque et éraillée qu'à son réveil. Ça n'évoque plus à Dean un réveil tendre et du bon sexe matinal, juste Lui et la façon dont Il a tenté de tuer le brun.
Il se racle la gorge.
—«Combien de temps est-ce que tu vas garder cette voix de crooner sexy? Tu vas rendre les infirmières complètement folles», reprend-il d'un ton léger.
—«… Elles n'en penseront rien Dean, elles savent que je suis avec toi.»
Les yeux baissés, Castiel lisse soigneusement les draps sur ses cuisses avant de picorer une miette de pain de mie sur son plateau-repas. Le châtain sent ses oreilles brûler. Oh merde. Ils vont vraiment en parler? Maintenant? Dean espérait naïvement qu'ils éviteraient ces explications atrocement gênantes. Et il a encore foutrement mal à l'épaule.
—«Cas…»
—«Quand il m'a ausculté, le Dr. Cox m'a parlé de choses que je n'ai pas compris jusqu'à ce qu'on m'amène dans cette chambre et que j'entende les infirmières discuter autour de moi.»
—«Je croyais que tu dormais.»
—«J'avais les yeux fermés», le corrige le brun. «J'étais épuisé mais j'ai compris ce que tout le monde ici pense de… ces marques.»
Castiel désigne sa gorge contusionnée d'un geste un peu vague.
Dean enfonce sa tête entre ses épaules. Il est mort de honte. Pire encore, il a ces images en tête. Des acrobaties érotiques, le corps nu de Castiel qui se cambre. Sam n'est pas avec eux et il n'y a pas d'étranglement, Seigneur non. Juste de la passion qui a le goût de la sueur et des baisers.
Il déglutit lourdement.
—«…Je suis désolé. Si Sam et moi avions nié, l'hôpital aurait été obligé d'appeler la police et tout serait devenu encore plus compliqué. Nous n'avons rien raconté, nous nous sommes contentés de ne pas contester la version du médecin qui s'est occupé de toi», balbutie le châtain.
—«… C'est un peu gênant.»
—«Tu n'imagines pas à quel point», grogne-t-il en passant une main dans sa nuque. «Une partie fine avec toi, moi et Sam… Je peux t'assurer que c'est la seule fois qu'on parlera de ce truc.»
—«Je me demande surtout comme le Dr. Cox a pu penser que je pouvais tenir le rythme avec deux hommes dans mon état», dit doucement Castiel.
—«… Sans doute.»
—«Et je ne fais pas ce genre de choses. Ni à plusieurs ni avec la violence.»
—«Moi non plus», croasse Dean.
Castiel s'appuie contre ses oreillers et ferme les yeux, sa nuque bien calée dans les coussins. Le châtain tressaute nerveusement d'une jambe. À sa grande surprise, le brun pouffe joyeusement.
—«C'est la conversation la plus étrange que j'ai jamais eu avec quelqu'un», souffle-t-il en se frottant les yeux.
—«Je suis vraiment désolé Cas. J'ai dit à Sam que ton médecin traitant pratiquait ici et qu'il allait probablement l'apprendre. Si tu veux, nous lui expliquerons la situation», reprend Dean avec empressement.
—«Le Dr. Lauwers est déjà venu me rendre visite hier à mon admission. Il m'a grondé pour mon imprudence avant de me dire que si mes partenaires m'aimaient vraiment, ils accepteraient d'attendre que j'aille mieux avant de recommencer à faire l'amour.»
—«Cas…», proteste le châtain.
Le jeune homme rouvre les yeux avant de lui sourire gentiment.
—«Ce n'est pas grave Dean, c'est une sorte… d'étrange concours de circonstances.» Il se mordille les joues. «… Le Dr. Lauwers m'a aussi félicité, il est heureux de savoir que j'ai quelqu'un à mes côtés pendant… tout ça. Je te le dis pour que tu ne sois pas surpris si jamais tu le croises dans les couloirs et qu'il te parle.»
—«On est trois dans un trouple», ne peut s'empêcher de faire remarquer Dean.
—«… Tu semblais être le plus inquiet dans la salle d'attente, le Dr. Lauwers en a conclu que tu étais mon compagnon et Sam, une tierce personne pour pimenter notre vie sexuelle», explique calmement Castiel.
Le châtain rit jaune, toujours aussi mal à l'aise. Il n'est pourtant pas le dernier à faire des plaisanteries sexuelles – cela exaspère son cadet – mais c'est un exercice très différent quand il s'agit d'une personne à laquelle on tient réellement. Ce n'est plus du tout amusant.
Dean frotte ses paumes sur ses cuisses avant de se lever.
—«Sam et moi ne serons pas très loin. N'hésite pas à m'appeler sur mon portable s'il y a quoi que ce soit et prends ça aussi.»
Dean retire rapidement le talisman offert par Destiny et le passe autour du cou du brun. Celui-ci louche adorablement sur le bijou pour mieux regarder la gravure.
—«Qu'est-ce que c'est?»
—«C'est un porte-bonheur pour te protéger. C'est la prêtresse vaudou de La Nouvelle-Orléans qui me l'a donné, Sam porte son jumeau.»
Le jeune homme hoche lentement la tête.
—«Il y a des serpents gravés dessus», remarque-t-il avant de froncer les sourcils. «… Je rêve d'un serpent à deux têtes ces derniers temps.»
—«Qu'est-ce qu'il te dit?», demande le châtain avec empressement.
—«Les serpents ne parlent pas Dean, ils sifflent.»
—«Et bien qu'est-ce qu'il fait dans ce cas?»
—«… Il fait ce que font tous les serpents, il rampe sur le sol. Je le vois traverser le jardin et parfois, il me regarde», répond Castiel d'un ton pince-sans-rire.
Il hausse un sourcil. Le châtain rit, il a envie d'embrasser cet accent circonflexe sur son visage. Il se penche vers lui et arrange les oreillers dans le dos de Castiel.
—«D'accord, il siffle et il rampe. Mais s'il siffle quelque chose qui ressemble à des mots ou qu'il fait autre chose que ramper, j'aimerais que tu m'en parles. Ça pourrait être important.»
—«… Si tu veux. Je te dirais aussi s'il se met à danser le tango argentin…»
Dean éclate de rire. Il lisse une dernière fois les draps avant de s'éloigner. Il n'est pas le compagnon qui invite un autre homme dans leur vie pour faire l'amour. Il n'est pas le compagnon. De toute manière, le châtain ne ferait jamais une chose pareille. Il enfonce ses mains dans les poches de son jean.
—«Repose-toi Cas, on se retrouve plus tard.»
—«Soyez prudent.»
Dean acquiesce. Il quitte la chambre et regagne rapidement l'accueil de l'hôpital. Le jeune homme remarque immédiatement la grande silhouette de son frère, occupé à remplir les papiers pour sa sortie. Un médecin se tient non loin de lui, occupé à consulter un dossier.
—«Les au revoir avaient besoin d'être aussi long?», demande Sam en lui jetant un regard en coin.
—«J'aurai sans doute pu rester encore un peu avec Cas puisque tu n'as pas fini de remplir la paperasse.»
Son frère lui donne un coup de pied dans le tibia. Dean siffle de douleur entre ses dents. Le médecin à côté d'eux jette un œil sur les imprimés que Sam tend à l'infirmière et hausse un sourcil.
—«Vous êtes Mr Dean Winchester? … Je croyais que vous étiez hospitalisé pour une épaule déboîtée.»
—«Elle ne l'est plus, je vais bien», maugrée le châtain. «Vous êtes?»
—«Dr. Erik Lauwers, je suis le médecin traitant de Castiel Novak.» Dean se redresse immédiatement. «J'aurais préféré faire votre rencontre dans d'autres circonstances. Est-ce que vous allez revenir le voir?»
—«Bien entendu. Cas devrait pouvoir partir à l'heure du déjeuner, je serais là pour le ramener chez lui.»
—«Je vous remercie. Je suis rassuré de savoir qu'il compte pour vous au-delà de vos… rencontres.»
Merde. Dean rougit violemment tandis que Sam prend un soin tout particulier à reboucher le stylo bic noir et à le redonner à l'infirmière. Le biper du Dr. Lauwers sonne bruyamment dans la poche de sa blouse, l'homme le consulte rapidement.
—«Je suis navré, mon rendez-vous de dix heures est arrivé. Prenez soin de Mr. Novak, Mr Winchester, il n'est pas en bonne santé vous savez.»
—«Je sais mais ça va s'arranger. Cas ira bientôt mieux.»
—«Il ira mieux si vous vous montrez votre amour d'une manière moins… passionnée pendant quelque temps. Bonne journée Messieurs», sourit l'homme.
Il les salue d'un signe de tête avant de s'éloigner. Dean ébouriffe ses cheveux d'un geste fébrile.
—«… Je ne veux plus jamais parler de ça. Vivement qu'on fasse sortir Cas d'ici», siffle-t-il en s'éloignant brusquement dans le hall.
Sam marmonne quelque chose en guise d'acquiescement. Il adresse un sourire poli à l'infirmière avant d'emboîter le pas à son frère. Les deux hommes se dirigent vers le parking pour rejoindre l'Impala. Ils longent la façade du bâtiment et Dean jette un regard aux baies vitrées. Il aperçoit la grande salle de la cafétéria, avec des tables laides et des chaises moches. Une famille est attablée devant un petit-déjeuner spartiate. Il grimace. En dehors de la tarte à la cerise plutôt passable, le contenu des plateaux à l'air à peine meilleur que celui de Castiel dans leur – hem, dans sa chambre.
