Petit mot de l'auteure : ce texte a été écrit en l'honneur de l'anniversaire de Sophie McShera, qui joue Daisy !


Depuis son agression, Anna redoute d'aller dans les cuisines.

Elle qui aimait tant cet endroit chaleureux ne peut plus y faire un pas sans éprouver un haut le cœur devant les fantômes qui hantent ce lieu. Elle tâche de le cacher du mieux qu'elle le peut, mais elle se rend bien compte que personne n'est dupe. Tous les autres domestiques se débrouillent ainsi pour ne jamais la laisser seule en bas, même ces soirs où son travail de femme de chambre auprès de lady Mary la conduit à veiller tard. Ils ne lui disent rien, par pudeur, mais inventent de nombreuses excuses pour demeurer plus longtemps à ses côtés.

Madame Patmore s'exclame avoir oublié de cuisiner un élément du menu du lendemain, elle qui n'a jamais prit le moindre retard de toute sa vie.

Monsieur Carson dit qu'il faut un référent dans la salle commune, lui qui leur a toujours fait confiance pour veiller seuls dans les pièces.

Thomas ouvre son journal en silence, lançant un regard noir à qui oserait l'interroger sur sa présence bien tardive, lui qui n'a jamais aimé s'attarder plus que de raison dans la salle commune.

Et puis il y a Daisy.

Daisy, qui vient s'installer près d'elle, pour lui demander de l'aider à réviser. Parfois, Anna lui dit qu'elle ne peut pas, qu'elle doit finir son ouvrage, et Daisy accepte sa réponse. Souvent, la blonde abandonne son travail et écoute la cuisinière lui réciter ses leçons. Elle ne sait pas vraiment si ce qu'elle dit est juste ou pas, mais se plonger dans les phrases de plus en plus savantes de sa collègue lui fait du bien. Quand Daisy lui parle d'histoire et de géographie, elle lui apprend des choses. Parfois, elle n'est pas d'accord avec ce qu'elle dit. Dans ces moments là, la brune n'hésite pas à la bousculer, à lui dire pourquoi elle n'est pas d'accord. Anna se montre têtue, soutient sa position, et elles débattent pendant des heures. Et ça, ça lui fait du bien. Elle n'hésite pas à la confronter, lui dire qu'elle a tord – en somme, elle ne la traite pas comme une victime fragile, prête à s'écouler. L'idée qu'on la considère comme une femme intelligente, capable d'argumenter, à qui on peut bousculer les pensées... Cela lui donne l'impression que la Anna d'avant est toujours là, qu'elle n'a pas été entièrement détruite par ce monstre.

Et puis, quand elle finit par craquer devant les souvenirs, Daisy est là pour se montrer extrêmement gentille et douce avec elle, bien consciente de l'horreur qu'elle a vécu.

Alors quand Anna repense à ce qui s'est passé dans les cuisines, elle se dit que le monde est cruel.

Mais grâce à des personnes comme Daisy, il peut devenir un peu plus doux.