Petit mot de l'auteure : ce texte a été écrit pour la 157e nuit du FoF sur le thème "Refuge"
J'en profite pour souhaiter bon anniversaire à Phyllis Logan !
saison 4
Elsie était en train de repriser un vieux tablier lorsque la porte de la cuisine s'ouvrit. Si la gouvernante était bien étonnée de voir surgir quelqu'un à cette heure si avancée de la nuit, sa surprise ne fut que plus grande en reconnaissant le visiteur : Edith Crowley. Si elle n'était pas de ces nobles qui faisaient comme si les domestiques n'existaient pas, la demoiselle n'avait pas non plus pour habitude de descendre. Elsie se dépêcha alors de poser son ouvrage pour prendre une position qui seyait plus à la situation.
- Lady Crowley, dit-elle avec toute la cérémonie dont elle était capable. Que puis-je faire pour vous ?
- Je... j'aurais besoin...
L'hésitation de la lady l'étonna. Edith était certes la plus effacée des trois sœurs ; toutefois, elle restait une Crowley. Elle savait s'affirmer quand elle le désirait. La voir si peu sûre d'elle-même était donc surprenant... presque inquiétant. Elsie décida donc d'abandonner quelque peu le protocole pour s'approcher de la jeune femme.
- Tout va bien ? Demanda-t-elle avec douceur.
- Oui, tout va bien, murmura Edith avant de se raffermir. J'aurais simplement besoin... de votre aide.
- Je serai ravie de vous aider. De quoi s'agit-il ?
Au souffle que prit Edith pour se donner du courage, Elsie comprit que l'affaire était sérieux.
- J'aurais besoin que vous m'aidiez à reprendre quelques robes. Elles me sont... serrées, il faudrait les élargir.
À son ton si grave, Elsie n'aurait jamais pensé à une telle demande. Bien sûr qu'elle pouvait reprendre des robes ! Elle savait le faire, et en tant que gouvernante, c'était son rôle. Alors pourquoi Edith était-elle si inquiète de sa réponse ? Ce fut en croisant son regard qu'elle comprit ce que cachait réellement cette demande.
Ce fut également à cet instant qu'elle vit que Edith comprit qu'elle avait comprit. Son regard ce fit ainsi plus inquiet.
- C'est que, voyez-vous, les fêtes de fin d'année ont été intenses, j'ai beaucoup trop mangé. Je le perdrais bien évidemment mais d'ici là...
- Je comprends. Madame Pattmore nous a gâté, mais cela va se faire sentir. Je dois avouer moi-même que j'ai prit deux kilos. L'âge n'aide pas !
Qu'aurait-elle pu répondre d'autre face à un tel flot de mensonges désespérés ? Ce n'était pas à elle de dire à Edith ce qu'elle aurait dû faire différemment ou non. Il était trop tard pour changer le passé. Son rôle à elle était ainsi de rentrer dans le jeu, soutenir cette âme en peine... et surtout s'assurer que cette demande ne cache pas une détresse plus horrible.
- Ma lady, pardonnez-moi si j'outre-passe ma place, mais... personne ne vous a forcé à... manger ? Car si c'était le cas, je vous assure que je retrouverai ce malotru pour lui expliquer fermement que l'on ne force pas les jeunes filles à manger, quand bien mêmes les tartes de Madame Pattmore sont appétissantes.
Le petit sourire que fit Edith la rassura.
- Non, rassurez-vous. Personne ne m'a forcé. J'ai... mangé de mon plein grès. C'était une erreur, une stupide erreur qui me conduit à venir vous demander de l'aide aujourd'hui, mais c'était une erreur qui résulte de mes seuls choix.
- J'en suis rassurée. Dans ce cas... nous pourrions prendre des mesures demain, si vous le souhaitez. J'aurais l'ensemble de mon matériel. Nous pourrons refaire des retouches discrètes mais qui vous mettrons plus à l'aise.
- Cela semble parfait. Merci beaucoup.
Edith la salua alors d'un signe de tête. En réponse, Elsie fit une petite courbette, avant de lui souhaiter bonne nuit. La lady s'éloigna alors mais s'arrêta sur le pas de la porte.
- Madame Hugues... dit-elle d'une voix émue. Merci. Et... je ne parle pas uniquement de votre aide en couture.
- C'est bien normal, répondit avec douceur Elsie. Vous savez, ma lady... Quand je suis arrivée à Downton Abbey, je n'avais rien, si ce n'est une fausse assurance et une vague lettre de recommandation. Votre famille m'a donné plus qu'un travail ; elle m'a offert un refuge. Il est donc bien normal qu'aujourd'hui, je me montre à la hauteur. De ce fait, n'oubliez jamais que si un jour vous avez besoin de trouver refuge quelque part... mes bras vous sont ouverts.
Edith fit un petit sourire, avant de quitter définitivement la cuisine.
Elsie reprisa les robes. Elle ne fut pas surprise d'apprendre quelques jours après que Edith partait avec sa tante pour un voyage organisé en Suisse.
Elle ne fut pas non plus surprise d'apprendre, quelques années après, que Edith prenait sous son aile une petite orpheline. Toute la famille fut enchantée de cette nouvelle ; Edith faisait une bonne action et allait enfin avoir un peu d'animation dans sa vie ! Elsie, elle, se joignit à la joie collective. De tous, c'était peut-être elle la plus heureuse : contrairement aux autres, elle connaissait la vérité. Elle ne chercha toutefois jamais à reparler de cette nuit-là à Edith.
Mais quand elle croisait Marigold avec la lady, le sourire complice qu'elles échangeaient voulait tout dire.
