Un choix gagnant même si atypique

A3 - M4

Fenrir Greyback n'avait pas voulu arriver dans le bureau du directeur par la cheminée. À la place, il était descendu à la Tête de Sanglier, toujours tenu par Abelforth Dumbledore, et avait remonté le chemin à pied jusqu'à l'école.

Après sa condamnation par la justice sorcière, il avait été transféré dans le plus grand secret dès le lendemain à l'institut Gévaudan, en France. Là-bas, il avait appris à comprendre son loup intérieur – et à ne pas exciter sa douleur comme sous le règne de Voldemort – puis ce qu'était réellement un loup garou ou plutôt, un lycan. Il avait été furieux d'apprendre qu'avant que Dumbledore ne façonne la Grande Bretagne sorcière à son image, il existait une cellule dans le département de l'enfance – lui-même démantelé par Dumbledore pour qu'il soit le seul référent du pays concernant l'éducation – qui s'occupait des enfants qui présentaient des héritages magiques autres que sorciers et les dirigeaient vers les personnes adéquates. Il avait également pu en apprendre plus sur lui-même: alors qu'il avait toujours cru que ses parents l'avaient abandonné après avoir été mordu bébé, il avait découvert que les lycans ne mordaient les enfants que quand ils étaient en danger de mort immédiate et même dans ce cas, c'était pour activer les gènes lycans déjà présents et leur permettre de survivre. En vérité, il était le fils de l'alpha de la meute Greyback, la plus importante du pays, qui avait été décimée sur ordre de Dumbledore qui ne voulait pas que les loups garous «prolifèrent» comme sur le continent. Le vainqueur de Grindelwald avait refusé de comprendre que si la population des loups garous était passée du simple au double après la seconde guerre mondiale moldue en Europe, c'était parce que Grindelwald avait mené des expériences sur des lycans qu'il avait capturé pour pouvoir créer le guerrier parfait. Projet que toutes les nations magiques avaient reconnu … sauf en Grande Bretagne qui avait préféré éradiquer toute une population par prévention. Les rares qui y avaient échappé n'avaient donc plus personne pour les éduquer, avec les dérives qui en avaient suivies, dont la sienne.

La haine de Fenrir pour l'ancien directeur de Poudlard n'avait pas cessé de croître, notamment en sachant qu'il était derrière le massacre de sa famille mais également, sans meute présente sur le sol britannique pour encadrer les jeunes lycans, qu'il avait rapidement interdit l'accès à l'école aux lycans et aux loups garous puis à toute personne qui n'était pas sorcière. Cela avait enflé tant et si bien que dès que le nom du vieux sorcier était prononcé en sa présence, il perdait irrémédiablement le contrôle. Ainsi, au lieu des six mois qu'il aurait dû passer à l'institut, il y était resté plus d'un an, le temps de juguler sa colère.

Même s'il poursuivait encore aujourd'hui une thérapie, l'institut avait déclaré Fenrir apte à se réinsérer dans la société magique. Charlie Weasley, professeur de faune magique pour la troisième année consécutive, l'avait accepté avec joie en tant qu'assistant pour qu'il puisse se familiariser avec ses futurs élèves. Sans surprise, cela avait soulevé un tollé parmi certains qui ne voulaient pas que leurs enfants côtoient un loup garou mais heureusement, ce furent les enfants eux-mêmes qui firent taire leurs parents.

Et aujourd'hui, à quelques jours de la rentrée des classes, Fenrir Greyback allait signer son contrat de travail.

Sa nomination officielle ne faisait pas que des heureux, loin de là. Des beuglantes avaient déferlé dans le bureau du directeur de Poudlard comme dans celui du département de l'enfance et de l'éducation mais ces derniers avaient répondu – en outre par une plainte officielle pour harcèlement qui avait coûté très cher aux auteurs – dans un article de journal que s'ils connaissaient des personnes répondant aux critères de recrutement – soit un diplôme en faune magique délivré par une université magique reconnue, au moins une année d'enseignement et l'attestation d'un psychologue magique le reconnaissant apte à côtoyer et à enseigner à des mineurs – mais surtout volontaire pour enseigner à Poudlard avant le 01 août, alors ils reconsidéreraient l'idée d'engager Fenrir Greyback. Quand personne ne se présenta – quelle surprise! – ils prièrent le peuple sorcier de ne pas se mêler de son recrutement pour éduquer au mieux leurs enfants sans leurs préjugés, merci.

Bien entendu, d'autres avaient voulu l'empêcher physiquement de répondre positivement à l'invitation de Poudlard. Fenrir avait échappé à plusieurs guet-apens et même à plusieurs passages à tabac. Malheureusement, ses adversaires avaient oublié qu'il n'était pas sorcier mais lycan, donc doté d'une force physique supérieure au sorcier lambda et d'une résistance aux sorts qu'on pouvait lui lancer notamment. Il s'était retenu de les massacrer tous autant qu'ils étaient, se contentant de leur flanquer une bonne correction sous couvert de légitime défense. Certains, plus aventureux que les autres, l'avaient accusé d'agression et ils avaient eu la surprise de découvrir que leur nature de sorcier n'était clairement plus supérieure aux autres et qu'après un non-lieu décidé avec le visionnage du souvenir de l'incident, ils avaient eux-mêmes été accusés d'agression et condamnés à payer une très forte amende en plus de quelques années de prison, à leur plus grande horreur.

Fenrir arriva au portail du château qui était désormais fermé pour la sécurité des élèves. Il avisa la cloche et la sonna pour signaler sa présence. Une dizaine de minutes plus tard, un homme sortit du corps de garde.

-Fenrir Greyback, je présume? fit l'homme

-C'est exact, confirma Fenrir.

-Entrez, je vous en prie, fit l'homme en ouvrant le portail et en le refermant derrière lui. Je suis Logan Benwol, adjoint du directeur de Poudlard. Le professeur Snape a eu un empêchement et n'a pas pu vous rejoindre ici. Il vous prie de l'excuser.

-En fait, je m'attendais à être accueilli par Argus Rusard, avoua Fenrir.

-Monsieur Rusard a été remercié quand le professeur Snape a pris la tête de l'école, grinça Logan.

-Si je me fie à votre tête, les rumeurs que j'ai entendues sur ce personnage doivent être véridiques, comprit Fenrir.

-Je ne peux pas comprendre comment une personne aussi antipathique a pu être laissée au contact d'enfants, siffla Logan. Il parlait ouvertement de les torturer! Sans oublier qu'il n'avait pas de magie et on lui demandait d'exécuter des tâches qui en demandaient automatiquement!

Le lycan suivit le sorcier dans le bâtiment et emprunta la cheminée à ses côtés. N'ayant jamais pu mettre les pieds à Poudlard en tant qu'élève, il n'avait fait qu'entendre parler du concierge méprisable et méprisé par la majorité des élèves. Il s'était toujours demandé l'intérêt d'engager un cracmol dans une école de magie pour maintenir les lieux propres, surtout quand il y avait des elfes de maison à demeure. Il avait posé la question à Snape quand il était devenu directeur sur les ordres de Voldemort et il avait levé les yeux au ciel en révélant que Dumbledore ne voulait pas que les elfes de maison soient vus par les élèves. Une excuse des plus bancales pour les deux anciens mangemorts, en sachant que les elfes de maison pouvaient se rendre «inintéressants» pour vaquer à leurs occupations.

Ils arrivèrent rapidement dans la salle d'attente où Logan le laissa pour prévenir son supérieur de l'arrivée de son rendez-vous. Severus l'accueillit dans son bureau une quinzaine de minutes plus tard.

-Comment se sont passées tes vacances? railla Severus

-J'ai pu travailler sur moi-même, avoua Fenrir en prenant place. Évite simplement de me parler ou de me montrer un portrait du vieux fou.

-Aucune chance, déclara sombrement Severus. Son portrait ne peut pas se trouver sur le domaine.

-Vraiment? s'étonna Fenrir

-Oui, répondit Severus. Quand j'ai été officiellement nommé, son tableau a été commandé et livré à l'école mais au moment où on a voulu lui faire passer le portail, il est resté à l'extérieur. Idem quand on a voulu lui faire emprunter la cheminée ou un portauloin.

-On sait pourquoi? demanda Fenrir

-On sait que c'est déjà arrivé, avoua Severus. Les trois directeurs concernés s'étaient rendus coupables de différents crimes. Reste à savoir si cela avait un lien avec les élèves.

Severus leur servit une tasse de thé à chacun.

-Bien, fit Severus. Dès que tu auras signé le contrat, tu seras officiellement le professeur de faune magique et tu remplaceras Charles Weasley. Même salaire, même avantages. J'ai cru comprendre que vous avez travaillé ensemble sur le programme de cette année?

-Il fallait qu'il soit cohérent avec mes méthodes de travail, haussa des épaules Fenrir. Tu as pu y jeter un œil?

-Oui, répondit Severus. Tu as besoin de certaines autorisations de ma part pour faire venir certaines créatures dangereuses. Pour les invitations, il est préférable qu'elles proviennent de moi, pour éviter que certains sorciers s'indignent que leurs enfants puissent approcher des vampires ou des lycans sans avoir l'intention de les tuer.

-J'aime ton sens de l'humour, ricana Fenrir.

Il but une gorgée.

-J'ai vu que ça ne plaisait pas des masses que tu m'engages, nota Fenrir. Joli coup, l'article.

-Je commence à en avoir marre qu'on remette en cause mes décisions, grogna Severus. À moitié fou, tu n'as blessé aucun élève alors correctement formé, tu feras sûrement des étincelles.

-J'ai vu que Charlie avait des problèmes avec sa mère, informa Fenrir. Elle a dit quoi quand elle a appris qu'il ne reprenait pas le poste?

-Elle a hurlé, quoi d'autre? renifla Severus. Je me suis contenté de lui rappeler que c'était moi qui dirigeais Poudlard et pas elle et que son fils était majeur donc totalement apte à prendre ses propres décisions. Cette sorcière m'exaspère!

-J'espère qu'elle ne va pas venir ici pour faire valoir son point de vue, non? s'inquiéta Fenrir

-Les parents n'ont plus le droit de débarquer ici sans avoir prévenu les directeurs de maison et le directeur de l'école, répondit Severus. Je me suis penché sur le règlement de Poudlard et sa charte et j'ai remis les choses en ordre.

-Une bonne chose, sourit Fenrir. Je détesterai avoir à me défendre parce qu'on m'accuserait de mal faire mon boulot.

-J'ai quelques parents qui ont menacé de retirer leurs enfants de Poudlard si tu enseignais, déclara Severus. Je m'attends donc au départ d'une dizaine d'élèves après la répartition. En revanche, je pense que ni les parents ni les élèves ne vont apprécier ne pas pouvoir bénéficier de cours par correspondance ni de voir le département de l'enfance débarquer chez eux pour vérifier ce qui a été mis en place pour la poursuite de la scolarité de leurs chers enfants. Beaucoup ont l'air d'oublier que la scolarité est obligatoire jusqu'à seize ans.

-Tu aimes te faire des ennemis, ricana Fenrir.

-J'aime surtout rappeler à certains que les enfants ne sont pas une extension des parents et qu'ils ne sont pas attachés à leurs choix, décréta Severus. S'ils veulent rester sur leurs positions sans se remettre en question, c'est leur choix, mais qu'ils laissent à leurs enfants la possibilité de se faire leur propre opinion. Bref, viens, je vais te montrer tes appartements …