Je ne possède aucun des personnages des livres et des jeux vidéos

Série de drabbles sur Géralt et Jaskier [Défi d'écriture de La Bibliothèque de Fictions]

Décembre 2024, c'est le retour du Sur Votre 31. Le principe c'est écrire 31 OS sur 31 Thèmes précis pendant le mois sur un duo ou un trio : couple, amis, frères, soeurs...

En espérant que cela vous plaise

Bonne lecture

PS : Au fait j'ai commencé à faire du tri et à remettre de l'ordre dans mes publications en faisant une sorte de table des matières dans mon profil alors n'hésitez pas à y faire un tour ;)


Jour 12 : Des cicatrices dans le miroir (Miroir)

La nuit était silencieuse, enveloppée dans l'épais manteau du calme qui ne venait qu'après une longue journée de voyage. La petite auberge où ils avaient trouvé refuge était simple, mais suffisamment confortable pour offrir un semblant de répit. Pourtant, Jaskier se réveilla en sursaut, la poitrine en feu, le souffle court, comme si un poids invisible l'écrasait. Son cœur battait à tout rompre et il porta instinctivement une main tremblante à son torse. La douleur n'était pas physique, mais le souvenir était si vif qu'il semblait réel. Il se leva précipitamment, pieds nus sur le sol froid. Ses pas le menèrent jusqu'au miroir au fond de la chambre. Une lueur faible, venue de la lune qui filtrait à travers la fenêtre, éclairait à peine la pièce. Il arracha sa chemise d'un geste brusque, les boutons sautant dans un bruit étouffé, et scruta son reflet.

Les cicatrices étaient toujours là.

Longues, irrégulières, elles s'étendaient sur sa peau pâle comme une carte tracée à l'encre sombre. Les marques de torture, vestiges d'un moment qu'il tentait d'oublier, semblaient luire dans la pénombre, comme si elles portaient encore l'écho des cris étouffés et des rires cruels de ceux qui les avaient infligées. Jaskier frissonna violemment. Son esprit le ramena à cet enfer : les cordes qui le maintenaient immobile, les coups répétés, les brûlures. Il sentit une nausée monter en lui et s'accrocha au bord du miroir pour ne pas vaciller. Un souffle tremblant échappa de ses lèvres alors qu'il fermait les yeux, espérant chasser ces images. Mais elles revenaient, tenaces, insupportables.

Un mouvement derrière lui brisa le silence, si léger qu'il ne l'aurait pas perçu en temps normal, mais en cet instant de vulnérabilité, chaque son était amplifié. Il tourna la tête brusquement, le cœur au bord des lèvres, mais il n'eut pas le temps de réagir. Une couverture douce et chaude se posa sur ses épaules.

- Tu vas attraper froid, murmura une voix grave et familière.

C'était Géralt.

Le Sorceleur, vêtu de son simple pantalon de cuir et de sa chemise légèrement ouverte, se tenait derrière lui, ses yeux dorés brillant faiblement dans l'obscurité. Il n'avait pas besoin de poser de questions. Géralt savait. Jaskier détourna les yeux, gêné, honteux de se montrer ainsi. Il ouvrit la bouche, probablement pour protester ou plaisanter, mais aucun mot ne vint. Géralt, sans un mot, le tira doucement vers lui et l'entoura de ses bras puissants. Le barde, d'abord figé, se laissa finalement aller, ses défenses cédant face à cette étreinte silencieuse mais rassurante. Sa tête se posa contre l'épaule de Géralt, et il inspira profondément, cherchant l'odeur familière du cuir et des herbes. Un sanglot qu'il n'avait pas prévu monta en lui, et il s'étouffa en tentant de le retenir.

- Chut, souffla Géralt, sa voix un murmure presque inaudible.

Le Sorceleur ne bougeait pas, tenant simplement Jaskier contre lui, le berçant lentement. Le poids de ses bras et la chaleur de son corps formaient une barrière contre les ténèbres qui menaçaient d'engloutir le barde. Géralt n'était pas un homme de mots, mais il n'en avait pas besoin. Sa présence suffisait, solide comme un roc au milieu d'une tempête. Les minutes passèrent, et le souffle de Jaskier se calma peu à peu. Il ne pleurait pas vraiment, mais des larmes silencieuses avaient laissé des traînées froides sur ses joues. Il n'osait pas bouger, comme s'il craignait que l'étreinte ne disparaisse s'il faisait un faux mouvement. Géralt, toujours immobile, ne disait rien. Finalement, au bout d'un long moment, la voix grave du Sorceleur rompit le silence.

- Tu es en vie, Jaskier.

Le barde releva légèrement la tête, ses yeux brillants de larmes croisèrent ceux de Géralt. La sincérité dans les paroles du Sorceleur le frappa plus que tout.

- Tu es en vie, répéta Géralt, comme pour ancrer cette vérité dans l'esprit tourmenté de son ami et ça ira. Pas tout de suite, peut-être, mais avec le temps, les souvenirs s'estompent.

Il hésita une fraction de seconde avant d'ajouter :

- Ce qu'ils t'ont fait… ça ne te définit pas… Tu es plus fort que ça.

Jaskier ferma les yeux, ses mains se crispant sur la chemise de Géralt. Ces mots, il avait besoin de les entendre, même s'il n'y croyait pas encore complètement. Le simple fait que Géralt les dise avait du poids, comme une promesse qu'il pourrait tenir.

- Comment fais-tu ? Murmura-t-il, sa voix brisée. Comment fais-tu pour… vivre avec tout ce que tu as vu ? Tout ce que tu as vécu ? Tout ce que tu as enduré.

Géralt resta silencieux un moment, ses mains glissant doucement sur le dos du barde dans un geste réconfortant.

- On apprend, finit-il par dire. Pas à oublier, mais à avancer. On porte les cicatrices, mais elles deviennent juste… une partie de nous.

Jaskier inspira profondément, s'accrochant à ces paroles comme à une bouée de sauvetage. Il s'enfouit à nouveau contre Géralt, le laissant le bercer doucement. Ses muscles tendus se relâchèrent, et il se permit de s'abandonner à cette étreinte, à cette présence qui, il le savait, ne l'abandonnerait jamais.

- Merci, murmura-t-il faiblement.

Géralt resserra ses bras autour de lui, mais ne répondit pas. Ce n'était pas nécessaire. Le silence, ponctué par le crépitement du feu, disait tout ce qu'il y avait à dire.