Deux chevaux frappaient le pavement des routes de terres de Skellige. Destination, Fonrhala, à plusieurs heures de chevauchées de Kaer Trolde. Luffy montait derrière Ace, Hughin dans le creux de ses bras, pendant que leur monture suivait à la trace Hjalmar dans leur course folle jusqu'au patelin. Ils y arrivèrent à la tombée du jour, pour voir l'endroit désert.
- On est où ? demanda Luffy en sautant le premier à terre.
- Fornhala est le village des Vildkaarls, nos amis berserkers, répondit Hjalmar.
- Qui sont ces Vildkaarls, au juste ? se renseigna Ace en gardant un œil sur son frère qui courait à l'aventure dans les environs.
- Ils n'appartiennent à aucun clan, répondit le roux. Ils n'ont ni femme, ni enfant.
- Comment font-ils pour survivre s'ils n'ont pas de descendance ?
- Tous ceux qui souhaitent consacrer leur vie au combat peuvent les rejoindre. En été, ils chassent et ils pillent. En hiver, on raconte qu'ils dorment avec des ours dans des cavernes.
- Les thériantropes ont tendance à chercher le contact de ceux à qui ils ressemblent dans le règne animal. Les loup-garous, chez les canidés, les chat-garous, chez les félidés, etc. Donc, c'est logique que ces berserks hibernent vraiment avec des ours naturels.
Il y en avait quelques-uns dans les environs de Kaer Morhen qu'il avait utilisés comme cible pour améliorer son Haki de l'armement. Son tatouage sur le bras avait souffert à cause de cette idée. Et Eskel avait ramené plus d'une fois son cul à la forteresse quand il le surprenait à faire un combat de boxe avec ces créatures.
- Et tu comptes faire quoi ici ? se renseigna Ace.
- C'est simple. Nous avons accueilli les Vildkaarls sous notre toit, nous leur avons offert à boire et à manger, et en remerciement, ils ont versé notre sang. Ils doivent donc payer. Par le sang.
- Très bien, je te suis sur ce coup, mais quand je te dis d'en épargner un, tu le fais. Parce que si on trouve un chef ou une tête pensante, on pourra avoir des preuves inestimables à fournir aux jarls.
- Tu es sur Skellige, ici, Chat Noir ! Nous n'avons pas besoin d'un tribunal pour rendre la justice !
- Combien de personnes ont perdu la vie à cause d'idées comme les tiennes ? Combien d'innocents je parle ! De gens qui se trouvaient être au mauvais endroit au mauvais moment ! Des victimes se sont retrouvées à subir le sort qui aurait dû être pour quelqu'un d'autre ! Ton père l'a dit, ta sœur l'a dit ! C'est pas moi, ce sont deux membres de ta famille ! Les Vildkaarls sont des pions ! On doit trouver qui est derrière tout ça si on ne veut pas que ça recommence. Et pour ça, il faut quelqu'un qui soit encore apte à parler !
- Ils mourront pour leur stupidité ! Et nous serons prêts pour accueillir quiconque voulant recommencer !
Hughin sur un rocher proche gonfla ses plumes et battit ses ailes d'un air mécontent envers le jeune homme. Et Ace était plutôt d'accord sur le sujet.
- OHEH !
Le duo se tourna vers Luffy qui se tenait sur le plus haut point du village de montagne, là où une sculpture surplombait le patelin.
- Y'A PLUS PERSONNE ICI! MAIS J'AI DES CORPS ! ET KING ET IRO ONT SENTI QUELQUE CHOSE !
Ace partit devant au pas de course, suivi par Hjalmar. Pour rejoindre le jeune pirate, il fallait monter des marches taillées à même la montagne. Là où se tenait Luffy était en fait une placette pavée et circulaire qui surplombait le village. Un lieu aux allures religieuses. D'un côté, on avait la montagne qui continuait à monter et de l'autre, la sculpture grimaçante dans tout l'art de Skellige. Et on avait des corps. Deux corps qui n'avaient rien à voir avec les infâmes guerriers. Un du côté de la montagne, avec un tas de vêtements, disant que ces deux-là étaient de base un groupe de six. Ils s'étaient battus à mains nues jusqu'à la mort. Soit c'était un sport étrange, soit un rite de sélection.
Au centre, du sang.
- Une tradition de Skellige ? demanda Ace.
- Pas que je sache. Ou alors, c'est nouveau, répondit Hjalmar.
- Ou très vieux. Robin serait tellement contente d'examiner ça, commenta Luffy en regardant la sculpture. Un peu comme ce qu'il y avait à Skypiea.
- Un vieil autel couvert de runes ? Cette Robin a un intérêt particulier pour les offices religieux ? s'enquit Ace en examinant les bols à offrande et les bougies aux pieds de la sculpture.
- Elle est archéologue de base.
Une Robin ? Archéologue ? Son frère n'avait tout de même pas recruté la Nico Robin ?
- Toi et moi, on va avoir une petite discussion sur ta façon de choisir tes camarades.
- Si tu me dis ce que tu me caches, je ferais l'effort de m'asseoir pour ta tirade.
Salaud ! S'asseoir pour la tirade voulait dire faire acte de présence pendant qu'on parlait dans le vide à côté !
Cependant, dans le soleil couchant, Hjalmar avait vu quelque chose d'intéressant. Il se pencha vers l'avant pour mieux examiner la sculpture.
- Je connais ces signes. C'est la langue de nos ancêtres… Svalblod… et merde.
- A tes souhaits, répondit Luffy.
Cela lui valut un regard noir de la part de Hjalmar, mais ça s'arrêta là. Il était impétueux, mais pas au point de chercher la bagarre avec un gars qui avait battu à main nues un géant des glaces.
- Outre le trait d'esprit de mon idiot de petit-frère, tu peux expliciter ? se renseigna Ace.
- Svalblod est un ancien dieu. Son culte est interdit depuis des années, raconta le jeune an Craite. Ses temples et autels furent rasés, et ses prêtres envoyés en mer, pieds et poings liés, dans des drakkars sans voile.
- Yn Toredig a tendance à dire que la grosse majorité des dieux nous ont oubliés, mais ce n'est clairement pas le cas sur Skellige, marmonna Ace. Ce n'est donc pas pour cette raison que vous l'avez renié.
- Oh, lui, il a rien fait, mais ses prêtres, eux, ils sont loin d'être blanc. Ils ont failli noyer Skellige dans le sang. Svalblod exige des sacrifices. Des sacrifices humains. Soyez prêt à vous battre.
- King nous attend, pointa Luffy.
En effet, à l'opposé de l'escalier pris pour monter, le léopard des neiges attendait sur les marches d'un autre escalier qui descendait vers une autre zone du village. Ace allait rejoindre le félin quand il s'arrêta. Cette odeur…
- Quelqu'un brûle de l'encens dans le coin… mais pas de l'encens religieux. C'est.. c'est plus un appât qu'utilise les sorceleurs pour attirer les ours, reconnu le D en fronçant le nez pour mieux identifier l'odeur.
- Merde, vous avez vraiment un flair de clébard, vous les mutants, nota Hjalmar.
- Oh, bien meilleur, allez, en route, c'est certainement ça que King et Iro ont perçu.
King fit volte de face et descendit au trot les marches, suivi de Luffy.
C'était un chemin de bouquetin, parce qu'il fallait en être un pour ne pas se casser la figure sur ce sentier rocailleux. Sur le pas de la porte d'une maison dans la montagne, ils trouvèrent un homme assis contre la pierre, mort, la nuque brisée pour abréger ses souffrances. Devant lui, une flaque de sang et de bile. Iro était à peine plus loin, montrant les traces que cela avait laissé sur la pierre. Hughin semblait agiter sur l'épaule du Chat Noir devant ce corps.
La piste montait jusqu'au sommet de la colline, où était une maison en bois plus grande que n'importe quelle habitation du village. Ils entrèrent tranquillement, la sentant vide de par leur Haki.
Il faisait aussi noir que dans un trou dans le coin, et même pour les yeux de chats du mutant, c'était difficile. C'est pour ça qu'ils gardèrent la porte grande ouverte. Dans un coin, Luffy trouva de l'ocre, de la poussière de charbon et du pastel, les pigments de bases pour les tatouages rudimentaires et traditionnels de Skellige.
- Des champignons séchés… des psilocybes, nota Ace en observant la rangée de champignons suspendus à un fil sur le mur d'une des pièces.
- T'as pas bientôt fini de fouiller, Portgas ?
- Si tu savais le nombre de fois où fouiner m'a sauvé la vie, tu serais surpris.
- Eh, nii-chan, regarde ça, appela Luffy.
Il pointa des trophées assez originaux suspendus à un gros pilier de bois.
- Des scalps humains. Charmant. Mais ça vaut pas les tzantzas de Kal'. Les têtes réduites, Lu', comme celles à mes épées.
- T'es devenu vachement bizarre, nii-chan.
Iro poussa un miaulement alors que King tirait un tapis plus loin pour dévoiler une trappe dans le sol. Le Chat Noir haussa un sourcil. Il avait vu plus original. Tous les trois descendirent l'échelle ainsi dévoilée, où Iro et King les rejoignirent. Ils étaient dans un long tunnel sombre éclairé par de rares braseros rougeoyants suspendu au plafond. L'encens était si fort et si présent ici qu'on voyait ses volutes de fumées partout dans l'air. Sous leurs pieds, on entendait un chant bas, qui résonnait dans leurs os, comme un rituel ou une cérémonie sacrée.
Au détour d'un couloir, ils tombèrent sur une zone large naturellement formée dans la montagne. Un possible ancien lac souterrain. Pas le temps de faire deux pas dedans qu'un Vildkaarl vint à leur rencontre, recouvert d'une peau d'ours.
- Vous cherchez la mort ?
- Non, la vengeance, lui répondit Hjalmar.
A côté, Luffy se curait le nez pendant que le krebin riait.
- Et des réponses, rajouta le D.
- Tais-toi femme.
Iro et King grognaient déjà, mais Ace en rajouta une couche. Il n'était pas une femme ! Et quand bien même cela aurait été le cas, ce n'était pas une raison valable pour réclamer le silence de sa part !
- Pourquoi avez-vous attaqué le bastion de sa famille ? demanda Luffy d'une voix sombre en montrant le roux qui se tenait entre lui et son frère.
- Nous ne sommes pas venus au banquet pour tuer, mais nous ne regrettons pas ce qu'il s'est passé, expliqua calmement le mastodonte. Dans un troupeau, les faibles doivent être éliminés, pour laisser la place à ceux dont le sang est fort.
- De quel sang tu parles ? demanda Hjalmar
- Je parle d'une ourse et de son ourson.
- C'est voir des complots partout que de me rappeler que l'emblème du clan Tuirseach est un ours blanc ? demanda innocemment Ace.
- Tu commences à me fatiguer, femme.
- Arrête de lui manquer de respect, gronda Luffy.
- Ou sinon, gamin ?
Et en un éclair, il était déjà sur le Vildkaarl, lui enfonçant son poing si fort dans les entrailles qu'elles manquèrent de ressortir par la bouche. La force du coup projeta l'homme contre un mur de la caverne où il y laissa son empreinte.
- Ou sinon je te botte le cul.
La fumée commença à s'élever du corps avachi de l'homme ours qui prenait lentement sa forme animale.
- Il se transforme, je le gère. Je vais le prouver par A plus B qu'avoir un vagin ne fait pas de moi une femme. Et de toute façon… intervint Ace.
La bête fonça sur le trio et dans un arc parfait, la lame d'argent trancha la tête de la menace, laissant le corps s'effondrer.
- Je suis un pirate.
La mâchoire de Hjalmar se décrocha lentement. Les deux D. échangèrent un check et sans attendre le pauvre an Craite, ils reprirent leur route, précédés par les deux félins. Il restait d'autres personnes dans les environs, avec certainement des réponses pour eux.
C'est un peu plus loin qu'ils les trouvèrent. Cachaient en haut d'un balcon naturel, derrière une belle stalagmite, ils purent voir une cérémonie devant un grand ours taillé dans la roche, avec un brasier pour tout éclairage. Un druide dans une tenue rouge sombre présidait la cérémonie. Le vieil homme présenta une assiette pleine de psylocibes à la statue, avant de se tourner vers trois Vildkaarls couverts de bleus et aux tatouages récents qui se tenaient en arc de cercles. A tour de rôle, quand le druide leur présenta l'assiette, ils prirent un champignon séché et le mâchèrent longuement et lentement. Puis, le druide reposa l'assiette de terre cuite sur un autel de pierre, avant de se mettre à genoux, dos à la statue de l'ours, la tête basse, les mains jointes sur sa ceinture. Sans briser l'arc de cercles, les trois guerriers se mirent eux aussi à genoux. Ils eurent un vague mouvement de balancier, comme s'ils étaient en transe, pendant que le druide invoquait la puissance de leur dieu Svalblod.
Quand est-ce que les ours arrivèrent, impossible de savoir. Mais lentement, ignorant le druide, ils se rapprochèrent des guerriers qui ne réagirent pas. Un premier se fit attaquer, mais personne ne leva le petit doigt. Puis un second, et enfin le dernier. Le druide regarda en souriant les trois hommes se faire dévorer vivant. Ace dû retenir son frère pour qu'il n'intervienne pas. Il y avait de la magie dans l'air, et souvent, interrompre des rituels avait des conséquences plus graves que le laisser aller jusqu'au bout.
Une fois leur repas fini, les ours se dressèrent sur leurs pattes arrières en rugissant, avant d'émettre de la fumée. La fumée était leur corps animal qui prenait lentement l'apparence des guerriers dévorés.
Est-ce que c'était les ours qui avaient pris peau humaine ou les hommes qui avaient abandonné leur humanité pour devenir des bêtes sauvages ?
Tout bas, Ace siffla. L'un des nombreux sifflements d'oiseaux qu'il avait appris en rejoignant les Shirohige. Le message était simple et pour Hughin. Il faisait ce qu'il voulait, mais ils avaient besoin du druide. Il revenait avec eux à Kaer Trolde.
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Marco trouva Cerys et Geralt observant l'entraînement de Mandos avec Thatch, alors qu'il revenait des prisons. Hughin était sur son épaule.
- Arnvald est toujours dans les geôles à attendre le jugement de Crach, yoi. Je vois que Mandos a fait des progrès.
- Assez pour que Thatch veuille le réduire en bouillie alors qu'il a une épée encore dans l'épaule, commenta Geralt qui tenait les murs avec les bras croisés.
- Avons-nous des nouvelles de mon frère et de dame Portgas ? se renseigna Cerys en regardant le médecin.
- Thatch, laisse-le respirer qu'il puisse décharger son krebin, réclama le Phénix.
Comme son frère l'ignorer pour pleurer de fausses larmes d'émotions en réduisant un peu plus en bouillie Mandos dans son étreinte, il se décida d'intervenir avec la menace ultime : une main pleine de flamme près de la pompadour.
- NON ! Salaud ! Pas ma coiffure ! s'écria le vampire en lâchant Mandos pour protéger son excroissance capillaire.
- Toujours entier ? demanda Marco à leur protégé.
- Oui. À force, je réussis à présent à mettre une protection pour éviter la mort par compression des côtes.
Et il retira son épée qui était encore plantée dans l'épaule du vampire qui eut un petit cri de surprise et de douleur. Il s'éloigna en appelant Hughin laissant Marco en tête à tête avec son frère.
- Tu te rouilles.
- Oui, mon commandant.
- Tu sais quoi faire, yoi ?
- Oui, mon commandant.
- Après, pour ta défense, le gamin apprend très vite.
Et sans un mot de plus, il se dirigea vers le reste du groupe pour voir ce que le krebin ramenait pour le trio encore absent. L'oiseau magique sortit deux lettres et des champignons séchés de son plumage. Des psylocibes. Marco se saisit des lettres et en donna une à Cerys pour conserver celle qu'Ace avait écrite pour eux. Dedans, dans un style qu'il avait fait entrer de force dans le crâne de son compagnon pour avoir des rapports correctes sans fanfreluche à rendre à leur capitaine, Ace disait qu'ils avaient remonté la piste des Vildkaarls pour trouver que d'une, ils étaient membre d'un culte sanguinaire interdit et de deux, qu'ils avaient agi "pour Skellige, pour un roi dont ils seraient fier." En parlant d'une ourse et de son ourson. Le soupçon avait été confirmé par un interrogatoire musclé d'un certain Artis, un druide déchu du cercle de Skellige. Il avait donné le nom de Birna. Et l'homme pourrait être interrogé à loisir puisqu'ils le ramenaient à Kaer Trolde. La lettre entre les mains de Cerys, quant à elle, était visiblement de la même personne ayant donné des ordres à Arnvald. Même calligraphie, mais encore une fois, pas de signature. L'intéressant était qu'il était dit qu'en échange de la mort de tous les prétendants rivaux, ce druide deviendrait le nouveau Hierophant de Skellige et conseiller du futur roi.
Aaaah, la politique.
Et c'était Birna qui avait dit qu'il n'était pas question que son fils donne des faveurs pour accéder au trône ? Finalement, les sous-entendus graveleux d'Ace avaient peut-être quelque chose de réel en base.
- Je pense que vous avez vos preuves. Et les Jarl attendent à présent. Un, le coupable est démasqué. Deux, le clan An Craite voit son honneur lavé. Il n'y a plus qu'à s'occuper du rat du navire avant qu'il ne répande la peste. Et Thatch a trouvé quelque chose pour vous, pointa Mandos.
Le vampire sortit quelques lettres de Birna. Certains documents sans intérêt, outre qu'ils portaient sa signature. D'autre, c'était une correspondance avec le Nilfgaard très intéressantes, assurant qu'une fois le couronnement de son fils effectué, les îles jureraient allégeances à l'empire. Et ce, avec le sceau et la signature de Birna.
Quelques jarls allaient aimer découvrir ça.
- Je vais demander à ce qu'on fasse réunir les jarls. Les autres prétendants sont-ils aptes à assister à la réunion ? demanda Cerys. Ils voudront savoir pourquoi et qui a essayé de les tuer. Thatch, pouvez-vous ramener Arnvald ?
- … Je viens d'ordonner à un de ne pas bouger encore pour les prochains jours sous peine que je le colle à son lit. Ils sont aptes à écouter mais pas à se déplacer. L'infirmerie est assez grande néanmoins pour que tous soient présents. Tu en penses quoi, Marco ? Tu es d'accord avec moi ? demanda Mandos.
- Beaucoup essayent de filer en douce pour se venger, au moins, ça les fera se tenir tranquille jusqu'à la fin de leurs soins, yoi.
- Je vais chercher le traître, annonça Thatch.
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A peine deux heures plus tard, tous les jarls avaient été réunis dans l'infirmerie avec les blessés. Suite à la conversation de la veille avec Marco, Svanringe était aussi présent, avec sa mère qui avait un teint plutôt maladif et se plaignait auprès de Crach pour la qualité se laissant plus qu'à désirer de sa nourriture, pour se faire rappeler à l'ordre puisqu'il était question d'une situation bien plus grave qu'une mauvaise digestion et que de base, seuls les jarls et leur héritier devaient être présent. Si elle ne voulait pas finir à la porte, qu'elle se taise.
C'est Donar qui ouvrit le bal pour interroger Cerys sur ses découvertes :
- J'ai réuni le conseil des jarls à ta demande, Cerys an Craite. Tu prétends savoir qui a orchestré le massacre de Kaer Trolde ?
- Oui, jarl Donar.
- Parle, dans ce cas. Qui a attenté à la vie des fils et filles de Skellige ?
- Birna Bran.
Tous les regards se tournèrent vers la reine mère auto-proclamée.
- Vous avez perdu la tête ma pauvre ? Avez-vous conscience de ce que vous avancez ? attaqua la femme avec froideur. Qui va vous croire ?
- Mon frère Hjalmar est sur le chemin du retour de Fornhala où il a découvert que les Vildkaarls pratiquaient toujours le culte de Svalblod. Leur chef, le druide déchu Atis, a avoué sous la torture qu'il avait un accord avec Birna. Il l'aidait à mettre son fils sur le trône, et il devenait le conseiller de celui-ci. J'ai ici une lettre qui explique l'accord. Par la suite, elle a fait empoisonner les tonnelets d'hydromel avec une substance spécifique que seuls les berserkers Vildkaarls pouvaient sentir, déclenchant l'attaque.
- Je vous demande pardon ?! C'est votre père qui a invité ces convives et organisé ce festin ! Je ne commande pas aux serviteurs de Kaer Trolde ! Et si ça avait été moi qui avait organisé ce banquet, la moitié de ces sauvages n'auraient pas passé le pas de la porte !
- Avez-vous des preuves pour étayer vos accusations ? demanda Donar.
- Quelques-unes, oui. Et deux témoins. Le druide Artis…
- Qui serait assez sot pour écouter les paroles d'un fanatique d'un culte proscrit !
- ...et Arnvald qui est resté au cachot depuis l'incident d'hier, après que nous l'ayons empêché de fuir.
Thatch entra dans la pièce et tenait fermement l'épaule du serviteur jusqu'à ce qu'il soit devant Crach. Le jarl croisa les bras sur sa carrure imposante et regarda froidement son serviteur qui passa aux aveux : Birna lui avait bel et bien demandé d'empoisonner l'hydromel. Le jarl aurait bien détaché la tête des épaules de Arnvald mais la voix douce et calme de Birna résonna :
- Voyons messieurs, c'est un serviteur des an Craite, il ne fait que suivre les instructions de ses maîtres. Il mentirait pour les couvrir, même si ça signifiait mourir pour eux.
- Je signale juste en passant que je peux percevoir le mensonge, Donar et que j'ai très mal aux oreilles à chaque fois que cette sangsue politique ouvre la bouche, yoi, grinça Marco en secouant un doigt dans une de ses oreilles.
- Si tu as mal aux oreilles pour un mensonge, je peux prescrire un truc si tu veux, Marco, proposa Mandos.
Perplexe, le blond regarda son camarade médecin qui jouait avec un flacon contenant un liquide clair comme de l'eau.
- Chez moi, on appelle cela du Veritaserum. Trois gouttes et on déballe jusqu'à son plus noir secret. Si vous continuez à parler, Birna, je vous en colle en travers de la gorge et on verra si votre discours est similaire. Et si vous pensez que cela ne fonctionnerait pas, on pourrait le tester sur plusieurs personnes avant. Vous en pensez quoi ?
- Personne n'a demandé l'avis d'étrangers, et encore moins d'un elfe. Si moi, je peux me permettre d'être présente en tant que mère d'un héritier, vous, vous avez encore moins d'excuses.
- Un problème avec les elfes, Birna ? demanda Kali.
Apparemment, l'elfe noir était dans la pièce et personne ne l'avait remarqué. Elle sortit de son coin dans l'ombre pour avancer vers le groupe de délibération, retirant son foulard pour dévoiler ses plumes d'or qui descendait bas sur son front, mais surtout, ses oreilles pointues.
- Je t'en prie, j'ai hâte d'entendre ton opinion sur ce que tu penses de notre race, Birna.
Quand ça venait d'une femme qui se baladait avec une collection de têtes réduites à la ceinture, il était compréhensible que la reine mère se taise.
- Que je ne t'y reprenne plus. Mon commandant et mon petit-frère ont sauvé la vie de ces gosses qui prétendaient au trône de Skellige. Ils ont plus de légitimité que toi à être présent. Maintenant, tu te la boucles et tu laisses Cerys parler.
Et elle alla se placer derrière Mandos comme une sentinelle.
- Cerys dit la vérité, appuya Geralt.
- Après ce que j'ai vu sur Spikeroog, je suis prêt à faire confiance au sorceleur, à Marco et à Cerys, annonça Udalryk. Plus qu'à vous, Birna, en tout cas. Surtout quand il s'agit de l'homme qui m'a gardé en vie pour que je puisse devenir père et a sauvé mon fils et sa mère.
Marco se frotta la nuque, ne souhaitant pas reparler de l'incident avec Aki.
- C'est votre droit, mais cela ne prouve rien, lui dit Birna.
Kali émit un sifflement menaçant qui fit déglutir la femme.
- Nous avons d'autres preuves. Une lettre de Birna à Arnvald, une autre pour Artis, toutes pour la mise en place du stratagème, expliqua Cerys. Elles ont été aspergées de parfum, comme si elles étaient destinées à des amants. Un parfum très tenace que vous portez en permanence, Birna. De plus, puisqu'elles n'étaient pas signées, nous avons réussi à nous procurer d'autres lettres d'elle pour comparer l'écriture… dont une intéressante correspondance visant à s'assurer, avec la montée sur le trône de Svanringe, que Skellige passerait sous contrôle impérial.
- Alors c'était ça ton but ? gronda Svanringe en rompant le silence. Je ne peux me taire plus longtemps ! Pas après tous ces mensonges…
- Tais-toi mon fils.
- Non, je ne me tairais pas plus longtemps.
Le jeune homme se dressa alors devant les autres membres de l'assistance et surtout, les autres prétendants au trône :
- Mère m'a demandé de quitter la salle juste avant le banquet et donc l'attaque. Si elle n'était pas coupable, elle n'aurait pas pu savoir et j'aurais été dans un lit avec vous, ou mort.
Il s'approcha de Donar et lui dit les yeux dans les yeux.
- Si vous n'écoutez personne d'autre, alors, vous pouvez au moins écouter un fils qui accuse sa propre mère. Oui, je veux devenir le roi de Skellige, mais pas au mépris de la vie de mes possibles alliés dans la guerre qui se profile à l'horizon. Birna Barn est responsable du massacre. Elle s'est couverte de honte, a sali mon honneur et celui du clan !
Devant l'accusation de son fils, elle recula, pour percuter Lugos la Beigne, qui, bien que borgne, s'était tiré du lit pour lui faire obstacle.
- Svanringe ! C'est pour toi que j'ai fait ça ! se justifia la femme en s'éloignant du nouveau jarl du clan Drummond.
- Pour moi, ou pour tes amis de Nilfgaard ? accusa son fils.
- Vous admettez avoir commis ce crime, dit simplement Donar. Au nom de tous les jarls, je déclare l'honneur du clan an Craite restauré… et vous Birna Bran, je vous condamne à mort. Vous êtes condamnées à mourir de faim et de soif enchaînée à un rocher, jusqu'à ce que les oiseaux viennent se repaître de vos restes. Quant à vous, Svanringe...
- Pour restaurer l'honneur de mon clan, j'abandonne mes prétentions pour le trône. Je vais travailler sans relâche auprès des prêtresses de Freya en son jardin jusqu'à ce que la déesse me pardonne, dit le jeune homme.
Personne n'avait quoique ce soit à y redire.
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Ils n'étaient pas restés pour le couronnement. Ils avaient autre chose à faire. Et assez d'or pour se procurer un navire pour Novigrad qui leva l'ancre après une prière pour l'océan. Les rôles étaient parfaitement distribués : Marco à la navigation, Thatch à la barre et les trois autres pirates pour les voiles ou les rames. Les autres, ils restaient hors du passage le temps des manœuvres, c'est tout ce qu'on leur demandait. Une fois en pleine mer, ils purent s'asseoir pour parler de la suite.
- Qu'est-ce qu'il va se passer une fois qu'on aura retrouvé Ciri ? demanda Thatch.
- On retourne à Ruskaïna pour finir notre entraînement ! annonça Luffy qui était assis contre le bastingage à côté de son frère.
- Et la Chasse Sauvage, stupide singe, t'y as pensé ? rappela à l'ordre Ace en écrasant le crâne de son frère contre le pont avec sa botte.
- Ace marque un point, nota Geralt. Dès que Ciri mettra un nez hors de sa cachette, ils lui tomberont dessus. Donc, il faut prévoir l'attaque.
- Et dans l'état actuel, on pourra pas la protéger, pointa Kali. Et nous avons Anaïs et Déa. Pouvons-nous nous permettre de les mettre en danger ?
- Mais… commença Anaïs.
- Elle a raison, Hime-chan. On ne pourra pas se concentrer sur un combat si on doit te protéger avec Déa, yoi.
- Il faudra réfléchir alors à qui vous faites assez confiance pour protéger et cacher Anaïs et que personne ne pourra penser à aller voir, songea Mandos.
- En sachant qu'il y aura aussi Déa. Même si elle commence à être grande, c'est un bébé qui n'a pas encore un an.
- Flotsam est à exclure, Aryan est bien trop occupé et Emhyr, si ce n'est Radovid, pourraient aller jeter un œil chez lui. Sans compter que Dijkstra est pire qu'Ace pour fouiner partout, pointa Geralt.
- Vergen, aussi. Malgré ma foi et ma confiance en Saskia, Philippa connaît le coin.
- Vous avez personne en tête qui pourrait tenir tête à n'importe qui ?
- Shani, proposa Geralt.
- Ouuiiii… et le trauma pour Déa, tu y as songé ? siffla Ace en arrangeant la fillette en question sur sa cuisse. Tamara ne fait que passer, mais Anna y reste en permanence jusqu'à nouvel ordre. Et son mari passe aussi pour essayer de la voir. Pas question que je laisse ma sœur adoptive à proximité de ces gens.
Iro se mit à grogner pour appuyer l'idée.
- J'ai quelqu'un d'autre. Nenneke, proposa Marco.
Ace manqua de finir à l'eau et Geralt perdit les couleurs qu'il n'avait pas.
- Je vais pas la voir. Même six pieds sous terre j'irais pas. Plutôt me pendre !
Marco regarda son époux. Longtemps. Puis soupira.
- Qui ici pense qu'on viendra chercher Anaïs là-bas ou que Déa sera en danger, yoi ?
On regardait Marco comme s'il avait deux têtes. Qui voudrait se frotter à Nenneke ? Et qui penserait que l'héritière du trône soit envoyée dans un simple temple pas si loin que ça de Wyzima, quand elle pourrait être partout et nulle part, sous bonne escorte.
Voyant que personne ne voulait le contredire, il tira deux cartes de son sac. La première était une carte du nord et la seconde de la région de Novigrad et Oxenfurt. Immédiatement, quand il étala la carte du continent sur le pont, tout le monde vint voir.
- Donc, nous venons de quitter Skellige, yoi, indiqua Marco en montrant l'archipel sur sa carte faite de sa propre main. Le mieux à faire est de prendre directement vers le nord pour éviter de s'approcher des côtes de Cintra qui sont en domaine Nilfgaard. Rester aussi proche que possible des îles pour ne pas avoir à s'approcher de Verden. Cidaris, on ne pourra pas y échapper, yoi. Il y a deux options qui s'offrent pour la suite.
Il rapprocha la seconde carte.
- La première, c'est vous déposer directement à peine plus au nord de Gors Velen, hors d'un port, vous laissant traverser à pieds Velen, Oxenfurt pour ensuite rallier Novigrad, ce qui me laisserait descendre le Pontar jusqu'au temple de Ellander…
Il suivit le trajet du doigt bien que la cité où était le temple ne soit pas en bordure du Pontar.
- ... Pour ensuite, continuer la remonté en passant par Flotsam, Vergen, Ard Carraigh et laisser le navire aux contreforts montagneux, yoi.
- Et l'autre option ? demanda Luffy en penchant la tête sur le côté.
- Aller directement à Novigrad. Là, j'irais à cheval avec les filles en essayant de me faire discret, pendant que vous pourrez récupérer vos montures pour rejoindre ensuite…
Il revint sur la carte du nord et posa son doigt sur une ville familière à Geralt.
- Blaviken. En suivant le Buina, vous arriverez jusqu'aux monts Kestrel qu'il faudra traverser jusqu'à l'embranchement avec le Gwenllech, qui, si je ne me trompe pas, s'arrête quasi au pied de Kaer Morhen, yoi.
Il resta accroupi et regarda tout le monde.
- Si vous avez d'autres options, je vous écoute, yoi.
- Fumseck peut permettre le déplacement sans être vu de Déa et Anaïs pendant que les autres suivent l'un des deux chemins, proposa Mandos.
Tout le monde regarda l'oiseau couleur feu qui cessa de se nettoyer les ailes pour leur rendre leur regard. Marco siffla doucement à l'adresse de son homologue pour lui demander combien de personnes il pouvait transporter et combien de temps il lui faudrait pour faire un aller et retour de Ellander jusqu'ici. L'autre phénix lui répondit quasi immédiatement, laissant au pirate le plaisir de dire la conclusion :
- On peut partir dans l'instant. Anaïs, Déa et moi, yoi. Ce qui prendra le plus de temps, ce sera négocier avec Nenneke.
- /Vieille chieuse…/ grommela Kali avant de cracher un mollard de venin par-dessus bord.
- T'es gentille, maugréa Thatch en se massant le nez.
Ace manqua de tomber à l'eau quand Anaïs se jeta sur lui avec des yeux suppliants.
- Je peux me battre ! Je peux me défendre ! Tu m'as appris à combattre ! Je ne serais pas un poids mort ! Je t'en prie ! Ne me laisse par derrière !
- Luffy, prend Déa, le temps que je discute avec Anaïs en privée, s'il te plaît.
Sans se faire prier, le jeune capitaine prit la petite sur ses genoux où elle commençait à lui babiller quelque chose en agitant joyeusement ses petites ailes. Ace attrapa la future reine par la taille et la jeta sur son épaule en mode sac à patate pour aller lui toucher deux mots dans la discrétion d'une des cabines.
- Wow… Nii-chan a appris une autre méthode qu'une droite dans la figure en hurlant que c'est lui qui décide ? s'émerveilla Luffy.
- Vesemir a réussi à le guérir de ça, nota Geralt avec ennuis.
Eskel avait bien aidé aussi en lui montrant que lui aussi pouvait marcher de la même façon. Luffy adressa un regard mécontent à Mandos qui ricanait. Il était mignon, lui, mais il n'avait pas grandi avec la furie qu'était Gol Portgas D. Ace. Kali ramassa la cape à l'abandon d'Ace et la posa sur les épaules de Mandos avant de lui frotter doucement le dos quand elle le vit frissonner. Elle ne pouvait pas faire quoique ce soit de plus, elle ne pouvait pas lutter seule contre la magie pourrissante.
- Il nous faut le chemin le plus court, commandant, demanda Kali.
- Même si la neige tarde à venir, les monts Kestrel risquent d'être gelés, donc, impraticable, surtout en drakkar, pointa Geralt. Il y a aussi que cela fait un moment qu'Emhyr m'a demandé de trouver Ciri, il pourrait essayer de nous intercepter pour avoir un rapport, alors qu'on n'a pas le temps à cet instant.
- Le mieux serait donc de remonter le Pontar, puis le Lixela, en nous arrêtant sur la rive opposée à Ban Ard, yoi. Il faudra donc filer tout au nord jusqu'à rejoindre le Gwenllech et remonter la source. Donc, prendre les chevaux à Novigrad avec Uma.
- Il faudra guetter que la chouette psycho ne soit pas là, marmonna Mandos en resserrant la cape autour de lui.
- On va mettre la brigade fantomatique sur le coup, qu'ils soient utiles pour quelque chose, commenta Thatch.
- Elle te veut quoi ? se renseigna Luffy en regardant Mandos avec perplexité. La même chose que pour Nii-chan ?
- Non. Je suis quelque chose qu'elle serait intéressé d'être ou contrôler. Et avec la menace que je représente, elle pourrait utiliser l'occasion d'attaquer pour avoir ce qu'elle veut. Sais juste que si on te dit de me tuer. Hésites pas.
- Non.
Luffy croisa les bras d'un air obstiné.
- Qui de toi ou Ace est le plus têtu ? marmonna Thatch.
Et il se prit le pied de son nakama dans le crâne quand Ace revint sur le pont avec Anaïs qui essuyait aussi discrètement que possible des larmes.
- Thatch, tu sauras quoi faire à Novigrad, yoi ?
- Oui, commandant, assura Thatch.
- Ace ?
- Je reste sur le navire avec mon frère. On restera cachés pour attirer le moins possible l'attention, répondit immédiatement le brun.
- Je viendrais pour aider avec les chevaux, informa Kali.
- Alors, je vous laisse suivre la côte. Souhaitez-moi bonne chance, je m'en vais négocier avec Nenneke, yoi. On se retrouve bientôt.
Un baiser de bonne chance pour le blond en mission qui prit Déa dans un bras. Anaïs refusa de dire au revoir ou adresser le moindre regard à quiconque, elle se contenta de serrer Iro contre elle quand Marco lui prit une épaule. Fumseck se posa sur une de ses épaules et ils disparurent dans un embrasement.
Prochaine destination : Kaer Morhen.
