Musiques : Ante Meridiem, The Awakening, The Pendulum et Envy Revealed (Adagio) (FMAB OST 3), Nightmares (FMAB OST 2)
Note : On continue avec nos amis homonculi, pour une entrevue avec Père. Pour rappel (et pour ceux, au fond, qui auraient eu la flemme de lire l'introduction), dans l'univers de BBI, Père et Hohenheim ne sont qu'une seule personne. C'est par conséquent le père biologique d'Edward et Alphonse… mais aussi d'Envy ! Il ressemble par ailleurs davantage à Père qu'à Hohenheim. Seul changement qui m'est propre : je ne l'ai pas relié à ses maudits tuyaux, car j'ai réalisé avec horreur au dernier moment que ceux-ci avaient pour but de lui permettre de déverser sa pierre dans le sol d'Amestris, de façon à tenir les alchimistes du pays en laisse (si mes souvenirs sont bons). Comme ça m'aurait foutu en l'air mes quatre fins, j'ai viré ce point de détail. Père est assez cheaté comme ça !
Mais je n'en dis pas plus et je vous laisse découvrir ce personnage clé de l'intrigue. C'est un amour, vous verrez :')
Chapitre 5 : Le Prodige
Hohenheim pianota lentement sur l'accoudoir du trône de fortune qu'il avait dû s'ériger dans cette salle ouverte aux quatre vents qu'il n'appréciait pas. Elle avait beau être spacieuse et disposer d'un haut plafond à l'instar de l'ancienne, elle avait, à ses yeux, à peine la taille d'un vestibule. Elle n'avait rien de la splendeur, de la grandeur ni de la prestance qui avait caractérisé ce qui avait été, jadis, le cœur de sa maison. Mais bon.
Faute de grives, on mange des merles, comme disent les Hommes, soupira-t-il intérieurement.
L'alchimiste laissa son regard las errer dans la salle désagréablement vide et froide qu'il occupait. Elle manquait de lumière.
Elle manquait d'espace.
Elle manquait de confort.
Et rien que cela lui mettait dangereusement les nerfs à vif. Pourquoi avait-il fallu qu'une partie de sa demeure fût sacrifiée pour qu'il pût enfin avoir le contrôle total sur ce fils si récalcitrant ?
Edward.
Il était fort regrettable, d'ailleurs, que son second fils biologique eût péri dans l'incident. Hohenheim n'avait toujours pas pardonné à Envy cet écart. Enfin ! La naissance de Pride avait été bienvenue et cela, il le devait tout de même à l'androgyne. Ipso facto, la balance des torts de son pion le plus impulsif s'était plus ou moins rééquilibrée. Après tout, Hohenheim n'avait eu de cesse de chercher l'enveloppe charnelle idéale pour recevoir ce péché si complexe qu'était l'orgueil ; Edward s'était finalement imposé à lui comme une évidence. Ce garçon avait été – avec son frère, dans une moindre mesure –, l'une des rares choses dont il eût jamais été fier.
Dommage qu'Edward eût été si borné.
Hohenheim repensa soudainement à elle. Trisha. Il avait aimé cette femme. Pour sa beauté, pour sa vivacité d'esprit et pour ses valeurs. Malheureusement, ils n'avaient pas partagé exactement les mêmes. Cette divergence s'était retrouvée, comme une tare, chez leur progéniture pourtant si prometteuse, et pire, avait été encouragée par un maître peu avisé. Voilà pourquoi, si Hohenheim devait certes à cette humaine la naissance de deux garçons aux capacités fabuleuses, ces derniers devaient parallèlement à leur mère la situation actuelle ; leur propre perte. La faute à l'éducation biaisée qu'elle leur avait dispensée.
Tout aurait été si simple si Edward et Alphonse avaient bien voulu coopérer et servir sa quête d'immortalité…
L'entité séculaire leva ses yeux d'or ternis vers le plafond obscur qui s'étendait au-dessus d'elle telle une voûte céleste dépourvue d'astres. Vivement que Sloth eût fini de déblayer les parties sinistrées de sa demeure ainsi que les souterrains qui y conduisaient. Il ne supportait plus de vivre ici. Il avait hâte de pouvoir se rasseoir sur son véritable trône, au centre du monde. Là où il était si confortable de se prélasser. Il n'y aurait que là-bas qu'il pourrait mener convenablement son plan.
À présent que Wrath était revenu à la tête du pays et qu'il avait élu « domicile » dans le bureau du général, reconstruire le sien – qu'Edward avait réduit en miettes – n'était plus une priorité. Par contre, il devenait urgent pour Hohenheim de disposer d'un endroit adéquat pour s'entretenir avec ses troupes et, plus important encore, d'avoir accès au cercle de transmutation qu'Edward avait rendu hors d'usage par ses excès. En dessiner un autre, ailleurs, n'aurait certes été l'affaire que de quelques minutes. Malheureusement, c'était l'emplacement qui comptait. Et impossible d'avoir recours à l'alchimie pour dégager les décombres qui s'entassaient sur l'original. Premièrement, parce que cela risquait d'activer le cercle, très sensible – difficile d'imaginer pire catastrophe – et deuxièmement, parce que la quantité d'énergie requise pour une opération de cette ampleur fatiguerait pour rien le vieil homme qu'il était.
Il ne restait à Hohenheim que peu de réserves. Sa pierre philosophale n'était plus que l'ombre de ce qu'elle avait été jadis. Pour accélérer les choses, il aurait peut-être pu faire appel à des tiers, comme un ou deux alchimistes à leur solde, mais le risque d'activation accidentelle n'était pas nul. De toute façon, il était hors de question de mettre de simples humains dans le secret.
Enfin, son ultime problème, et non le moindre… c'était que la seule personne susceptible de se servir correctement du cercle de transmutation n'avait toujours pas montré d'aptitudes en ce sens.
Hohenheim fronça les sourcils. Sa peau ridée se zébra davantage sous le coup de l'humeur.
« Père », l'interpella une voix sensuelle, bien vite assourdie par un « Papa ! » joyeux.
Le barbu tourna lentement la tête. Il vit arriver dans une démarche féline son unique « fille », suivie de près par un petit bonhomme joufflu et radieux.
« Lust. Gluttony. »
Les deux homonculi s'approchèrent respectueusement du trône et de la plate-forme qui le rehaussait, au pied de laquelle se trouvait une table en bois sur laquelle étaient disposés de vieux documents. Gluttony sautillait de joie, visiblement aux anges à l'idée de retrouver son père. Lust, davantage en retrait, salua d'un signe de tête plein de retenue l'homme à qui elle devait la vie. Ses talons aiguilles marquèrent d'un claquement sec son arrêt. Elle croisa les bras et s'étonna :
« Tiens donc ? Sommes-nous les premiers arrivés ? Je pensais que nous serions en retard.
— Rassure-toi : vous l'êtes. Moins que vos frères, c'est tout. »
La tension dans la voix du patriarche était palpable. Lust se garda par conséquent de la moindre remarque, gageant que c'était là la décision la plus sage. Gluttony se tourna vers elle avec une bouille inquiète. Il lui chuchota de sa voix aux accents enfantins :
« Dis, Lust… Papa est en colère ?
— Un peu », souffla-t-elle dans un sourire qu'elle voulait rassurant.
Gluttony se contenta de cette réponse, mais resta prudemment dans le giron de sa sœur.
Des pas irréguliers résonnèrent bientôt dans la salle. Lust se retourna et accueillit le nouveau venu :
« Wrath ! Tu as enfin pu te libérer ?
— "Enfin", oui. »
Le Führer progressa laborieusement en direction du trône de leur père. Il salua avec respect son créateur et rejoignit son aînée, qui lui glissa :
« Alors ? Comment se sont passées ces deux premières journées avec ta patte folle ? ~
— Mieux que ce que tu sembles espérer », lui rétorqua le borgne d'un ton sec.
Le sujet était sensible ; suffisamment, en tout cas, pour que Wrath coupât court aux interrogations déplacées de sa comparse :
« Père, où en est Sloth ?
— Comme toujours, il tarde à terminer. Il reste bien du travail avant que je ne puisse apporter la touche finale aux rénovations. »
Une fois que le plus gros aurait été dégagé par le mastodonte, Hohenheim n'aurait qu'à finaliser le tout d'un coup d'alchimie. Cela ne serait pas trop gourmand en énergie et leur ferait gagner un temps précieux. Il devrait surtout s'assurer de consolider le plafond correctement afin d'éviter que tout ne s'effondrât à nouveau. Rien de bien compliqué, en soi, mais il lui tardait d'y être.
« À ce propos, Wrath, il faudrait que tu fasses réparer l'aile est. Je ne te demande pas une exacte reproduction. Néanmoins, un sol stable sous lequel nous pourrions construire sans craindre un nouvel éboulement est indispensable. Maintenant qu'Envy a pris la – certes tardive – initiative de clore cette malheureuse affaire de "disparus", cela ne devrait pas poser de problème.
— On parle de moi ? » lança une voix.
Tous se retournèrent. Les derniers retardataires les avaient rejoints ; Envy et Pride.
« On ne vous attendait plus », répliqua Wrath en les gratifiant d'un haussement de sourcil.
« Oh, toi, ça va ! T'es sûrement pas le premier à être arrivé, si je ne…
— Envy », tonna la voix de leur père.
L'interpellé fit la moue, mais garda la fin de sa pique pour lui. À ses côtés, Pride s'inclina respectueusement, comme on le lui avait appris. Envy, de mauvaise grâce, l'imita. Histoire de ne pas faire tache.
« Bon. À présent que nous sommes tous réunis, que chacun me fasse un rapport détaillé des tâches qui lui incombaient. Lust ? »
La belle repoussa machinalement ses cheveux derrière son oreille comme elle en avait pris l'habitude lorsqu'elle se trouvait devant un auditoire attentif ; une façon subtile de souligner le soyeux tombé de sa chevelure d'ébène.
« La reconstruction des issues de nos souterrains se poursuit sans encombre. Quelques chimères manquaient à l'appel cette semaine, mais je suppose qu'elles se sont entre-dévorées. J'en ai donc commandé de nouvelles à l'équipe du laboratoire no3. Hormis cela, rien à signaler. À part, peut-être, les agissements suspects de la subordonnée du général Mus… »
Lust se coupa net en s'apercevant que Pride était pendu à ses lèvres, brusquement plus attentif. Elle poursuivit avec prudence :
« Du général. Après l'avoir vue traîner à de nombreuses reprises autour de l'aile est, je l'ai surveillée quelque temps, mais… Wrath, il me semble que tu as réglé ce menu désagrément, non ?
— Exact. J'ai pris cette écervelée à mon service. Elle occupe la place qui revenait à… »
Il s'interrompit lui aussi, le regard braqué sur Pride. Le jeune homonculus le dévisageait. À l'aide de son œil perçant, le généralissime devina en un instant les pensées du nouveau-né : de qui parlait-on ? Pourquoi tout le monde le fixait-il ainsi ? Bien que le chef d'État lût ces interrogations sur le visage pourtant pratiquement inexpressif de son puîné, il ne s'en formalisa pas et reprit aussitôt, imperturbable :
« … à mon ancien secrétaire personnel. Cela lui laissera peu d'occasions de papillonner. Je me suis aussi assuré de l'occuper à plein temps. À l'heure où je vous parle, elle doit justement être en train de faire des recherches pour moi dans la salle des archives. Je suppute qu'elle en a au moins pour encore deux bonnes heures avant de pouvoir rentrer chez elle, pour une courte nuit.
— Et les funérailles de notre bon vieux briquet ? Qu'est-ce que ça a donné ? » lança Envy, main sur la hanche et goguenard. Wrath avait eu une idée de génie, certes, mais tout le mérite lui revenait. C'était lui qui avait « éteint » le trop étincelant général, après tout.
« Elles se sont déroulées dans le plus grand calme. » Les doigts de Wrath s'égarèrent sur la poignée de son épée ; un geste trahissant sa réflexion ou une furieuse envie de transformer un adversaire en rondelles. « Je crois que cela suffira à tasser l'affaire et à tenir cette importune éloignée. Elle était effondrée lorsqu'elle a appris la nouvelle. Je ne l'ai pas entendue reparler ni de l'enterrement ni des fouilles. Je suppose qu'elle se sera résolue.
— Il vaudrait mieux pour elle, en tout cas », conclut Hohenheim.
Il n'appréciait pas plus que ses pions qu'un humain vînt mettre ses plans en péril. S'il avait ordonné aux homonculi de ne pas supprimer cette femme, c'était pour éviter la disparition soudaine de toute l'équipe de Mustang – ce qui aurait soulevé, dès lors, bien plus de soupçons – et, accessoirement, car elle pourrait leur être utile dans le travail à effectuer sur Pride. Toutefois…
« Si cette humaine s'avérait trop gênante, je compte sur vous pour prendre les mesures qui s'imposent », avertit le maître des lieux. « À ce sujet… »
Tous ses péchés, à l'exception de Pride, s'échangèrent un sourire entendu tandis que Hohenheim s'extirpait avec lenteur du trône dans lequel il paraissait s'être fondu avec le temps. Certaines de ses articulations craquèrent, sa toge glissa dans un son velouté le long de la pierre épurée de toute fissure autre qu'alchimique. Le vieil homme poussa un profond soupir en se redressant, puis, après avoir balayé du regard ses sujets, descendit les quelques marches qui le reliaient à sa cour.
Il contourna sa table de travail, sur laquelle étaient déroulés des manuscrits d'un autre âge, et se saisit d'une paire de gants blancs abandonnée sur l'un des coins. Ils étaient en piteux état, maculés de sang sec. Le tissu, gorgé du liquide carmin, s'était raidi au fil du temps. Les gants ne ressemblaient plus qu'à de vulgaires morceaux de chiffon, mais le symbole alchimique dessiné sur leur dos ne laissait aucun doute quant à l'identité de leur propriétaire.
« … Sloth n'a toujours pas pu dégager le corps. Il doit être enseveli sous les décombres restants. Tout ce que nous avons pu retrouver pour l'instant sont ces gants. Wrath les avait entaillés lors de l'affrontement. Cependant, je suppose que la dépouille ne devrait pas tarder à reparaître. Je n'ai pas souvenir que ces gants aient volé bien loin. »
Hohenheim plissa les yeux, donnant l'impression de chercher à se remémorer la scène. Après quelques secondes, il poursuivit tandis qu'un vague bruit, lointain, laissait comprendre que Sloth s'affairait à sa tâche :
« Puisque tu as déjà procédé aux obsèques, Wrath, il sera évidemment impossible d'en organiser d'autres une fois le corps retrouvé.
— Zut, on aurait pu se marrer ! » s'amusa Envy avant de se taire face au regard inquisiteur de son père. Pour autant, le brun ne quitta pas son sourire railleur.
« Ainsi, j'espère que tu pourras être disponible au besoin, Gluttony. Il est inconcevable de garder ça ici.
— Oui ! » s'exclama le bibendum avec joie. La perspective d'un festin, même putréfié, le ravissait.
Envy s'avança tout à coup au milieu du cercle qu'ils formaient et hasarda :
« Père… Est-ce que je pourrais… récupérer ces gants ? »
La surprise se peignit sur tous les visages, à l'exception de celui de Lust. Elle esquissa au contraire l'un de ces sourires lascifs dont elle détenait le secret.
« Eh bien… Je n'y vois pas d'objection », répondit l'alchimiste. « D'autant plus qu'ils encombrent mon espace de travail, mais… te connaissant, je devine qu'il y a une raison à cette requête singulière. Quelle est-elle ?
— Le plaisir ~ » souffla la seule femme de l'assemblée, le regard braqué sur Envy.
Celui-ci lui en retourna un courroucé et feula :
« Ne prends pas ton cas pour une généralité, perverse !
— Ose me dire que tu ne souhaites pas les garder comme trophée ~ » lui lança sa sœur sans pouvoir s'empêcher de mordiller son index à l'idée.
Envy poussa un soupir de dédain. Tch ! Depuis quand Lust avait-elle troqué ses cure-dents contre la clairvoyance de Wrath ? Et voilà que Pride lui adressait une moue interrogatrice, à présent ! L'androgyne leva discrètement les yeux au ciel, niant ouvertement l'assertion de leur aînée. Il détestait qu'on essayât de percer à jour ses intentions, surtout pour les étaler sur la place publique.
Mieux valait couper court à cette scène.
« Alors ? » insista l'Envieux auprès de leur père en se retenant de tendre la main pour réclamer son dû, l'air de dire : « Dépêche ». « Je veux seulement garder un souvenir… », appuya-t-il non sans accompagner le mot d'un regard en coin à la brune, qui pouffa d'une façon délicieuse. « … de ma victoire. Elle n'a pas été très simple, vous le reconnaîtrez », se justifia-t-il entre ses dents.
Envy s'était en effet fait sacrément roussir les fesses avant de pouvoir profiter de l'esprit de sacrifice du général, lorsque ce demeuré avait bondi entre Edward et lui pour faire barrage. La cuisante défaite que l'androgyne avait essuyée à l'entrée de leur repaire juste avant lui restait encore en travers de la gorge, mais ce coup d'éclat qui s'était ensuivi venait, tel un baume, soulager ce douloureux souvenir. Ces gants loueraient de nouveau son exploit.
Et puis… Envy avait une petite idée quant à l'utilisation qu'il pourrait en faire a posteriori. Mais il se réservait la primeur de l'info ~
« Soit. Tu peux les prendre », accorda son père en les lui remettant d'un air indifférent.
Envy les lui arracha presque des mains dans un « Yes ! » comblé… mais perdit vite son sourire lorsque vint la question fatidique :
« Maintenant, peut-être pourrais-tu nous rendre compte des progrès de notre plus jeune recrue ? »
Voilà. Ma vie, résumée. Tout est presque parfait, mais à chaque fois, faut que quelque chose foire.
Envy afficha une moue embarrassée. Tous les regards étaient tournés vers lui et celui de son père sut se montrer particulièrement corrosif. Le polymorphe avait l'impression de marcher tout à coup sur un fil tranchant duquel il ne lui était pas permis de glisser. Il s'éclaircit la gorge et répondit, avec tout le flegme qu'il lui était possible de trouver :
« J'ai eu du mal à concilier les entraînements et la gestion des affaires de Central jusqu'au retour de Wrath, mais bon. J'avais déjà soulevé ce problème lors de la dernière réunion, alors passons. Depuis, ça s'est amélioré. Nous avons donc pu reprendre notre routine. On a juste eu quelques soucis, dirons-nous, vu que Pride a démontré un peu trop d'acharnement à la tâche. En gros, il a détruit l'entrepôt où nous nous exercions. »
Envy se tourna vers Wrath et se fendit d'un sourire presque désolé :
« J'espère que tu ne nous en as pas trop voulu pour la paperasse en plus.
— N'aie crainte, c'est ma nouvelle secrétaire qui s'en est chargée », répondit le généralissime en souriant lui aussi sous sa moustache.
Envy, par contre, émit un léger sifflement d'agacement. Il continua malgré tout :
« Du coup, on a dû trouver un autre endroit. J'ai amené notre jolie tête blonde dans un bâtiment désaffecté des bas quartiers. Il s'agit d'une ancienne usine textile – sûrement spécialisée dans les uniformes, d'après ce que j'y ai vu traîner –, assez proche d'un vieux lupanar de vous savez qui, d'ailleurs… et pas très loin, non plus, de l'appartement que j'ai réquisitionné pour…
— Certes », l'interrompit Hohenheim, retourné s'installer sur son trône entre-temps. Il leva des yeux impénétrables vers Envy et déclara d'une voix lourde de sens : « J'apprécierai peut-être de me perdre dans ces détails une fois que tu m'auras dit ce que je veux savoir, Envy. Et tu sais pertinemment que ce n'est pas ce genre de frivolités qui m'intéresse. »
Les autres homonculi demeurèrent silencieux. Seul Pride se risqua à bouger en se rapprochant d'Envy, prêt à le soutenir en cas de besoin. Le jeune garçon agrippa discrètement la jupe-short de son camarade. Pour une raison que l'Orgueilleux ignorait, il se sentait étrangement lié au brun. Même s'il le frappait, parfois. Même s'il lui arrivait de l'insulter ou de lui crier dessus. Même si, aussi, son aîné avait envers lui, de temps à autre, des gestes qu'il ne comprenait pas.
De fait, le voir mal à l'aise le rendait nerveux.
« J'y viens, Père. J'y viens », assura l'Envieux. « Déjà, bonne nouvelle : Pride n'a pas perdu la main. C'est un élève modèle, mine de rien. Ses tours de passe-passe sont toujours aussi impressionnants. Tu nous montres ? »
Envy tapota la tête de son protégé pour l'encourager à s'avancer au milieu de l'assemblée et faire une petite démonstration. Pride leva les yeux vers lui et croisa le regard appuyé de son maître à penser. L'élève ne se fit pas prier davantage et fit quelques pas dans un silence terrible. Il s'arrêta au milieu de ses frères et sœur comme un automate, puis tendit la main, paume vers son père, lui dédiant ce qui allait suivre.
Brusquement, des éclairs rouges significatifs éclatèrent au bout de ses doigts. En à peine quelques secondes, le nouveau-né matérialisa une faux gigantesque qu'il saisit avec une aisance déconcertante. Les étincelles crépitèrent encore un moment sur les extrémités de l'arme et ne s'achevèrent que lorsque l'homonculus fendit l'air avec, concluant ainsi sa prestation.
L'objet était d'un poids considérable, mais Pride le maniait avec une dextérité époustouflante. Fort de ce fait, son péché s'exhiba fièrement : un sourire aussi satisfait qu'orgueilleux illumina le visage de l'artiste tandis que deux pupilles effilées se dessinaient au creux de ses iris.
Envy en frissonna. Les yeux habituellement voilés de Pride n'exprimaient toute leur beauté que lorsqu'il combattait. Il était le seul d'entre eux à arborer une si splendide couleur. Les homonculi étaient uniques au monde, oui. Mais Pride, lui, était plus unique encore : ses prunelles associaient à la douceur du miel la violence de la soif de sang.
Elles étaient la promesse de l'aube qu'on espérait, mais qu'on ne verrait jamais.
Le jour mourant qu'emportait le soleil couchant.
Une ode à la vie comme à la mort, à l'alchimie comme à son métal le plus pur.
L'Envieux sourit.
Une délicieuse jalousie lui tordit le bas-ventre.
« Magnifique », commenta Lust, dont les pupilles se rétractèrent aussitôt à la vue de l'air si altier de leur novice.
Pride venait d'effectuer une démonstration de toute beauté, suffisamment pour que la succube posât sur lui un regard concupiscent. Envy n'eut aucun mal à deviner ce qui lui traversait l'esprit tandis qu'elle rajoutait :
« Je me demande quels autres atouts ce petit a en réserve ~ ».
Ou alors il affabulait, et Lust témoignait tout bonnement sa surprise de voir l'étendue des pouvoirs de Pride. En effet, jusque-là, seuls Wrath, Père et lui-même avaient pu l'admirer en action. Mais curieusement, l'androgyne doutait que cette remarque, venant de la luxure personnifiée, fût dépourvue de tout sous-entendu.
« C'est fascinant… », renchérit la splendide créature, avant de demander : « Puisque Gluttony et moi sommes manifestement les seuls à être dans l'ignorance, quelqu'un aurait-il l'obligeance de lever le voile sur ce tour ? »
Wrath se dévoua ; rien n'échappait à son œil :
« L'alliance entre le fer et le carbone, tout simplement.
— Du carbone ? Comme l'autre requin ? » railla Envy.
À vrai dire, il ne s'était jamais interrogé sur la théorie derrière le spectacle. Il s'était toujours contenté d'observer avec un mélange d'admiration et d'envie.
« C'est exact. Je suppose que notre jeunot l'aura durci pour rendre le manche incassable. Quant au fer, qui compose la lame en grande partie…
— Il provient sans nul doute des globules rouges. Ils servent de base, la pierre génère le reste. Brillant », déduisit Hohenheim dans un sourire étrange. Il cajola son fils prodige du regard.
Du pur génie, que la pierre qui lui tient lieu de noyau lui permet de concrétiser.
Pride rappela à lui son arme. Il frissonna en sentant les atomes récupérer leur place initiale dans son corps à mesure que l'objet se décomposait en de nouveaux éclairs. Aussitôt, l'Orgueilleux perdit son sourire suffisant. Ses yeux retrouvèrent leur impassibilité. Il ne fit aucune remarque sur les explications données par ses compagnons. En toute honnêteté, il n'avait jamais réfléchi à la chose. L'usage qu'il faisait des pouvoirs qu'on lui avait confiés était instinctif. Il ne savait pas comment ça fonctionnait, mais cela fonctionnait. C'était tout ce qui comptait.
Une voix brisa le silence réinstallé :
« Mais à part cela, Envy, n'y a-t-il rien d'autre que tu souhaiterais partager avec nous ? Que Pride ait su dompter son don est certes réjouissant, mais ce n'est pas là ce que j'attends de lui », rappela le vieil homme.
Hohenheim détailla le blondinet de haut en bas. Celui-ci détourna le regard. Tout comme Envy, Pride savait de quoi il était question, même s'il n'en comprenait pas l'importance. Il avait simplement conscience que leur géniteur plaçait beaucoup d'espoirs en lui…
… et qu'il n'était pour l'instant pas à la hauteur de ses attentes.
« Elles te détruiront. »
Le jeune homonculus sursauta. Il lui avait semblé entendre une…
« Pride a fait d'énormes progrès en combat rapproché », s'empressa de louer Envy, coupant court au flux de pensées de son protégé. L'androgyne pesa chacun de ses mots avec le plus grand soin. On arrivait à la partie délicate du rapport. « Il se régénère plus rapidement, aussi. Par contre… »
Un silence de plomb, épais comme de la vase, saisit l'assemblée. Envy se sentit aussi nerveux que s'il avait eu à passer sous une guillotine retenue par une corde au nœud trop lâche.
« Je n'ai… constaté aucune amélioration concernant l'alchimie », admit-il dans une grimace d'appréhension.
De toute façon, je peux pas y couper. Maintenant, ça passe ou ça casse.
Le souverain des ombres se redressa sur son trône, dont il agrippa l'accoudoir convulsivement. Sa voix trembla tandis qu'il s'assurait :
« As-tu bien suivi mes instructions ?
— Oui. J'ai carrément poussé le combat trop loin, parfois », confessa Envy en repensant aux rares fois où il avait grièvement blessé Pride, quand bien même il quémandait du repos, afin de l'obliger à se défendre.
Cela n'avait pas suffi et, las, le brun n'avait pas poursuivi l'effort. À quoi bon torturer son disciple s'il n'en sortait rien de bon ? C'était ennuyant, voire désagréable. Dans ces cas-là, Pride ne faisait même pas mine de riposter. Un peu comme s'il attendait que cette lubie lui passât.
« Et malgré cela, rien ?
— Rien de rien.
— Ce n'est pas POSSIBLE ! », éclata leur père.
Il abattit son poing fermement clos sur l'accoudoir de son trône, dont un bout se détacha sous la violence du choc. Le morceau de pierre roula sur chacune des marches en contrebas et se fracassa en petits graviers au pied des homonculi tétanisés.
Pride plia l'échine, esquissant prudemment un pas vers Envy dans l'espoir de se mettre à couvert de cette fureur soudaine. Il y renonça lorsque Lust lui intima de se tenir tranquille d'un hochement de tête, au risque sans doute d'attirer l'attention.
« Je ne sais pas si tu t'évertues à me compliquer la vie ou si tu te complais dans ta fainéantise, Envy, mais je sais ce dont ma descendance est capable. Pride abrite en lui une réserve d'énergie quasi illimitée. Il est le fruit des restes d'un alchimiste de génie. Il n'y a pas de raison qu'il soit incapable de la moindre transmutation. Oserais-tu me mentir comme lorsque tu as voulu le faire passer pour mort dans l'espoir de me dissuader de lui accorder une seconde chance ? » soupçonna le vieil homme d'un ton lourd de menaces.
La nuit de la naissance de Pride, Envy avait en effet essayé de convaincre son créateur du décès d'Edward Elric. Mais la raison n'était pas celle avancée par son géniteur. Loin de là. Il avait simplement voulu éviter au garçon de finir ainsi. Peut-être par intérêt, parce qu'il ne désirait pas partager avec ce dernier cette vie éternelle à laquelle il s'était résolu… ou peut-être parce que, au fond de lui, quelque chose lui avait dit que ce n'était pas forcément souhaitable. Ni pour ce nabot ni pour quiconque, du reste. Sauf que quand Hohenheim s'était rendu compte de la tromperie, il était sorti de ses gonds comme rarement. Il l'avait bien sûr agoni de reproches : son petit tour avait manqué de les priver d'un atout formidable.
Mais passons.
Envy avait plus à penser à présent que Pride le dévisageait d'un air parfaitement incompréhensif.
« Je le croyais réellement mort », fit l'Envieux pour sa défense en soutenant tant bien que mal le regard du barbu.
« Soit », convint Hohenheim, bien que si ses yeux criassent : « À d'autres. ». L'alchimiste reprit, mais toujours sur ce ton dangereusement amer : « Mais comment expliques-tu que même après deux mois à l'entraîner, il n'y ait pas la moindre amélioration ?
— Je… Je ne sais pas », bafouilla Envy, sourcils froncés. Il détestait être acculé ainsi, surtout devant toute sa fratrie.
« Peut-être aurais-je dû confier son éducation à quelqu'un d'autre, ou la prendre en charge moi-même, en ce cas. Je croyais que tu serais à la hauteur, mais force est de constater que l'erreur n'est pas qu'humaine. »
Envy émit un sifflement d'agacement mal contenu. Furieux, il adressa un regard vipérin à Pride pour le sommer de le rejoindre dans la seconde. L'élève marcha jusqu'à son maître aussi vite que possible, tendu comme un arc.
« Je ne pense pas », se risqua à répondre l'androgyne. « De nous tous, c'est moi qui ai le plus connu l'être humain dont il est issu. Je sais comment il fonctionne. »
Subitement inspiré, Envy décida alors de jouer une carte qu'il n'avait pourtant pas prévu de placer sur la table :
« En même temps, j'aurais peut-être pu l'entraîner correctement si Pride n'avait pas vécu ses premières réminiscences. Mais cela outrepasse mes compétences, j'en conviens. »
Je dépasse les bornes, et après ? Prends-toi ça dans les dents, le vioc !
Une exclamation de surprise échappa à Lust. Gluttony, lui, interrogea celle-ci sur le sens du mot « réminiscence » tandis que Pride jetait un regard paniqué à son référent. Wrath et leur père, quant à eux, dévisagèrent l'insolent.
Seul Envy parvint à garder contenance. Il s'autorisa même un petit battement de paupières dédaigneux.
Ou comment tourner une situation à son avantage.
« Peux-tu répéter ? » articula lentement Hohenheim.
Il se leva de son trône pour la seconde fois, mais dans un mouvement si abrupt qu'il donna l'impression d'être prêt à bondir à la gorge de son fils arrogant.
« Je dis qu'il y a trois jours… », réitéra Envy sans perdre sa superbe, « Pride s'est souvenu de quelque chose. De quoi, c'est une bonne question, mais c'était suffisamment violent pour l'envoyer dire bonjour au sol.
— N'étais-tu pas censé me prévenir de ce genre de crises ?
— C'est ce que je fais, là, non ? Et puis, j'ignore pourquoi Pride en a eu une », mentit Envy. Enfin… ce n'était qu'un demi-mensonge. Il avait une idée sur la question, mais rien de concret. Seul Pride pouvait savoir ce qui s'était passé dans sa tête. Sauf que oh ! Comme c'était bête… le pauvre ne s'en souvenait plus !
« Cela n'aurait rien à voir avec le soldat retrouvé éventré dans la cour il y a de cela trois jours, par hasard ? » se renseigna Wrath d'un air innocent.
Envy ne manqua pas le geste discret que lui adressa son cadet en caressant son bandeau. L'Œil ultime voyait tout. Savait tout. Sauf que…
Tu veux jouer à ça, le borgne ?
S'il pensait le décontenancer, il se fourrait le doigt dans l'œil – c'était le cas de dire. Loin de succomber au stress, le polymorphe feignit la surprise :
« Quel soldat ? Il y en a tellement qui crèvent, avec les conflits… Tu me demandes de me rappeler de tous les noms que j'ai vus défiler sur les dossiers ? Wrath, sérieusement… Ta chair à canon n'a rien à voir là-dedans. »
Wrath poussa un soupir amusé, mais ne renchérit pas. Finement rattrapé.
« Pourrais-je savoir, si cela remonte à trois jours, pourquoi je n'en suis informé que maintenant, alors ? » releva Hohenheim en se grandissant comme un matou de très mauvais poil.
« Parce que Pride a mis un certain temps à s'en remettre… »
Bon, là, je pousse un peu. Qu'importe.
« Et que je n'en voyais pas l'intérêt, sachant que nous devions nous retrouver bientôt, comme prévu lors de la dernière réunion. Je préférais être sûr de mon fait avant de vous alarmer », prétexta Envy en haussant les épaules d'un air détaché.
Hohenheim ne répondit rien, mais se rassit dans son trône plus calmement. Il ne savait trop quoi penser de cette explication vaseuse. Toutefois, puisque Envy l'avait malgré tout mis au courant du problème de son propre chef, il ne pouvait lui en tenir rigueur.
Un instant.
Du « problème » ?
Mais, finalement, était-ce réellement problématique ?
Tous les homonculi frissonnèrent à l'unisson, comme si l'excitation qui parcourut le corps de leur créateur leur était tout à coup transmise.
« Qu'y a-t-il, Père ? » s'enquit Wrath.
« Il me vient une idée. Pride, mon fils… approche. »
Le blond obtempéra et rejoignit son père, qui l'accueillit dans un sourire.
« J'ai peut-être voulu mettre la charrue avant les bœufs en te demandant de passer directement à la pratique. Dorénavant, sans pour autant mettre cette dernière de côté, nous allons axer ton apprentissage sur la théorie. »
Son regard transperça l'adolescent d'une façon énigmatique. Le vieux sage avait un plan ; un plan qui se déroulerait en deux étapes. D'abord…
« Wrath. Tu t'assureras que Pride puisse avoir accès à une large banque d'ouvrages. Envy, tu superviseras son étude où bon te semblera, puis tu lui feras mettre en pratique ce qu'il aura appris.
— Euh… O.K., mais qu'est-ce qu'il apprendra, au juste ?
— L'alchimie. Puisque l'instinct à lui seul ne suffit pas, nous allons faire appel à la raison. Il faut que Pride étudie cette science, et de façon intensive. Cela devrait changer la donne.
— Mais, Père ! » se récria Lust, bien avant Envy, surprise par ce soudain revirement. « N'est-il pas risqué de…
— N'ayez crainte. Je sais ce que je fais. J'ai voulu précipiter les choses, à tort. Malgré ces entraînements stériles, Pride ignore toujours comment se servir de l'alchimie. Or, le temps presse. »
Il agrippa sa toge d'une main tremblante et dévoila :
« Mon corps ne tiendra plus très longtemps. Si je veux que Pride puisse m'offrir la pierre philosophale dans un délai satisfaisant, nous ne devons écarter aucune piste. La pratique seule n'a mené qu'à l'échec. Soit. Alors, tentons une autre approche. »
Il secoua la tête et adressa un regard lourd de sens à ses troupes, Pride excepté.
« Cette réminiscence n'était pas souhaitable, mais elle s'est produite. Mettons-la à profit. Je veux que Pride se souvienne comment utiliser l'alchimie, et rien de plus. »
Le tout jeune homonculus fronça les sourcils à cette précision, mais ne releva pas, car Envy s'était entre-temps approché de lui pour poser une main souveraine sur son épaule.
« Ce sera fait. En gros… On lui file deux-trois bouquins, et on voit ce qui se passe ?
— C'est assez grossièrement résumé, mais c'est l'idée », confirma Hohenheim avant de rajouter : « Lust. Vérifie si quelques scientifiques ne pourraient pas nous apporter leur aide et encadrer son instruction. Tu sais où aller.
— Dans les laboratoires, comme toujours », soupira la belle jeune femme d'un air las. Elle n'aimait pas particulièrement ces mouroirs où l'odeur omniprésente de fer se mêlait à celle, écœurante, du désinfectant ; quand ils en utilisaient.
« Tout le monde sait ce qu'il a à faire ? »
Chacun des homonculi hocha vigoureusement la tête sauf Pride qui, lui, se demandait en quoi des livres lui seraient d'un quelconque secours. Il ne connaissait rien à l'alchimie. Rien de rien. Mais bon… Peut-être éviterait-il une crise de nerfs de leur père s'il s'attelait sérieusement à cette tâche ? Cela ne lui plaisait pas plus qu'à son géniteur de se révéler un parfait incapable lorsque, apparemment, il aurait dû être tout l'inverse.
« Alors, vous pouvez disposer. »
Les homonculi saluèrent le vieil homme puis se scindèrent en deux groupes : Lust et Gluttony d'un côté, Wrath, Pride et Envy de l'autre. Les trois derniers empruntèrent ainsi la même sortie, ce qui agaça grandement l'androgyne. Il n'avait toujours pas pardonné à son petit frère ses questions pièges. Tandis qu'ils cheminaient en silence dans l'étroit couloir qu'ils avaient parcouru plus tôt, l'Envieux demanda, par pure malice :
« Au fait, Wrath… Tu t'es bien remis de ta raclée de l'autre fois ? »
Il tapota la tête de Pride. Brave petit. Même sacrément amoché, il avait réussi à foutre une belle correction à cette moitié d'homonculus – oui, Pride en était une aussi, et alors ?
Wrath ne lui adressa pas un regard et, droit comme un « i », continua à marcher d'un pas assuré, bien qu'irrégulier, jusqu'aux escaliers. Il répondit d'un ton égal :
« Il arrive que ma jambe droite m'élance, mais cela ne gêne en rien mon travail. Père n'a, en tout cas, pas eu à se plaindre de celui que j'ai fourni. »
Envy tiqua, mais préféra ne pas insister. Le borgne avait l'art et la manière de vous lancer des piques bien senties sans même broncher, et il avait l'air plus qu'inspiré. Autant s'épargner une joute verbale dont l'issue paraissait courue d'avance cette fois-ci.
Après une marche rendue interminable par cette atmosphère électrique, ils s'extirpèrent finalement du passage secret et le refermèrent derrière eux. Envy fourra les gants qu'il avait récupérés dans le sac qu'il tira de sous le bureau, puis redonna à Pride son uniforme. Il lui fit enfiler de nouveau son déguisement en vérifiant que Wrath ne jetait pas de coup d'œil indiscret au corps dénudé de son protégé, puis s'interrogea à haute voix :
« N'empêche… Qu'est-ce que fera Père s'il n'arrive pas à appliquer ce qu'il lit ?
— Envy… », fit Pride, d'une petite mine.
« Quoi, encore ?
— Comment on "lit" ? »
Même Wrath se retourna, juste à temps pour voir Envy s'envoyer une claque monumentale sur le visage. L'androgyne au bout de sa vie s'apprêtait à répondre lorsque Pride lança d'un air fiérot :
« Je blague ~ »
Ses deux frères restèrent bouche bée.
Ça t'apprendra à te ficher de moi quand je loupe une marche ~, pensa joyeusement le jeune homonculus en affichant un sourire en coin digne de son aîné.
Finalement, oui, il s'était bien offusqué de la remarque faite tantôt par Envy.
À suivre…
On finit sur une touche d'humour, mais croyez-moi, vous aurez bien besoin d'en faire le plein avant d'attaquer le prochain chapitre, qui s'annonce mouvementé ! En effet, la semaine prochaine, vous aurez enfin le droit de faire votre premier choix ! Tenez-vous donc prêts, parce que je vous le dis, ça va être sport :D
Sur ce, je vous dis à très vite (et n'oubliez pas le petit review qui va bien :p) !
White Assassin
