Musique : Ryôryô (FMA, OST 2), Levi Theme (piano) (Shingeki no Kyojin, OST)


Note : Suite du chapitre 14, choix 3.


Choix 3 : « Envy, je ne comprends vraiment pas… »


« Envy, je ne comprends vraiment pas… ce que tu m'expliques… », avoua Pride, penaud.

Il regarda ses pieds. Il se sentait… Hm, oui. « Stupide » était le mot. Et c'était fort désagréable.

Le blond claqua ses mains l'une contre l'autre sans grande conviction puis les appliqua sur la chaîne de montage derrière lui. Un silence pesant s'ensuivit. Aucune étincelle, aucun changement dans les atomes métalliques de ce fichu tapis roulant. Bref, un échec total.

Pride ramena ses mains contre lui et chercha le regard d'Envy, qui sentit ses nerfs lâcher. Toutefois, loin d'exploser, ce dernier leva les yeux au ciel, suppliant. Au-delà de la lassitude, au-delà de l'exaspération, il y avait le désespoir. Pourtant, même si un cocktail d'émotions négatives menaçait de le submerger, la détresse ainsi que la profonde déception qu'il lut sur le visage juvénile de son élève le gardèrent d'y céder.

Le brun s'attrapa l'arête du nez, ferma les yeux un instant, puis intima :

« Bon. Viens là. »

Pride s'approcha d'un pas incertain. Son frère n'allait quand même pas le frapper à cause de son incompétence ? Il l'en savait capable.

« Apparemment, c'est pas très efficace, comme méthode, de te crier dessus, alors je vais te réexpliquer calmement. »

L'Orgueilleux secoua la tête. Outre le fait qu'il doutât qu'Envy connût la définition du mot « calmement », il ne pensait pas que cela servirait à quoi que ce fût. En effet, il avait eu beau éplucher des livres par centaines, il n'arrivait ni à les comprendre ni à appliquer les simples consignes qui y étaient décrites. Et insister n'y changerait rien.

« Je me demande si Père… », commença-t-il à mi-voix, redoutant la réaction d'Envy, qui ne tarda pas :

« Tu veux retourner le voir pour qu'il trouve autre chose, c'est ça ? Oublie. Il va nous renvoyer ici à coups de pied au cul si on fait ça, crois-moi.

— Tu es sûr ?

— Absolument certain. »

Pride afficha une moue encore plus triste. Il se détourna d'Envy et, à voix basse, essaya de se remémorer ce qu'il avait lu. Malheureusement, tout s'embrouillait dans sa tête. Ce fichu tableau des éléments qu'il avait vainement tenté d'apprendre, les équations les plus simples… même les cercles de transmutation, dont il n'avait pourtant pas besoin selon les dires de son professeur, dansaient devant ses yeux sans qu'il pût en isoler un seul.

En désespoir de cause, le jeune homonculus apposa ses mains sur lui. Mais rien. À croire que les restes du cercle alchimique qui recouvraient son corps ne lui seraient, eux non plus, d'aucun secours.

Le blond se mordit la lèvre inférieure. Une immense chaleur se répandit dans son visage et lui brûla les yeux. Il les frotta vigoureusement pour se soulager, là encore en vain.

Ce fut à ce moment qu'il sentit une main se poser sur son épaule.

« Hey… Tu sais, c'est pas la mort si t'y arrives pas… tout de suite, tout de suite… », fit Envy, embarrassé par ses propres mots.

Sourcils froncés, lèvres crispées en une grimace de malaise, l'aîné des deux frères détourna le regard tout en forçant Pride à se coller à lui d'une pression dans son dos. Il n'était pas habitué à… à… Comment disaient les humains, déjà ?

« Consoler »

Il ne savait pas comment faire.

Car c'était bien de cela qu'il s'agissait, non ? Pride avait l'air… étrangement triste.

« Bon, je dis pas que t'as trois mois devant toi, mais c'était peut-être un peu exagéré de te demander d'y arriver aussi vite », concéda Envy.

Bordel. Il détestait devoir reconnaître ses torts. Franchement, il aurait très bien pu avaler du verre pilé que ç'aurait été pareil. Cet aveu lui coûtait tant qu'il lui en écorchait la gorge.

« Non… », souffla Pride, après s'être repris. Il rajouta, le regard fixé sur ses mains comme si elles lui étaient étrangères : « Père dit que j'en suis capable. C'est juste moi qui… »

L'Orgueilleux ne finit pas sa phrase. Pour lui, se déprécier était aussi, sinon plus, insupportable que cela pouvait l'être pour son interlocuteur. Son péché se contorsionnait dans son torse à l'instar d'un serpent transi de douleur tant il était mis à mal. Et puis, plus que ça, il y avait également la peine de décevoir son frère comme son père.

L'androgyne dut voir clair en lui, puisqu'il repartit à l'attaque :

« Certes, ça fait deux mois sans progrès de ce côté-là, mais tu sais ce qu'on dit ? "Quand on veut, on peut." Donc, y a pas de raison que tu stagnes, si tu fais des efforts ! »

Il ébouriffa les cheveux de son protégé, mais un poil trop fort, car il manqua de l'envoyer dire bonjour au sol. La faute à l'inexpérience : il avait cru bon de reproduire un geste qu'il avait souvent observé chez les humains. Malheureusement, vu ses antécédents familiaux, le polymorphe n'avait aucun moyen d'estimer la force à y imprimer. Malgré tout, Pride accueillit avec bonheur cette caresse empruntée, comprenant son importance malgré sa maladresse. Il ne connaissait Envy que depuis deux mois, mais le lien qui s'était tissé entre eux était suffisamment profond pour que le plus jeune pût savoir, ou en tout cas deviner, le sens qu'il fallait donner à ses rares élans sentimentaux.

D'ailleurs, mû d'un brusque sursaut à son tour, Pride se colla à son compagnon un instant pour lui rendre son geste, avant de se reculer prestement, d'une façon quelque peu télécommandée. Copiant souvent son maître à penser, le disciple avait eu tendance à développer la rigidité émotionnelle de ce dernier. Ainsi, il se montrait tout aussi inapte aux interactions sociales, à cela près qu'il ressemblait davantage à un enfant gauche, pétri de toute l'innocence qui le caractérisait.

Envy était généralement déstabilisé par ces démonstrations d'affection soudaines, qu'il ne comprenait pas toujours. Sans crier gare, le blondinet pouvait se plaquer contre lui comme une moule à un rocher, sans même tendre les bras, puis se décoller. Alors, tout reprenait son cours. Cela dit, l'Envieux n'était guère étonné que son élève recherchât son contact de la sorte. Après tout, c'était certainement à cause de lui qu'il avait pris cette drôle d'habitude, car lui-même avait tendance à multiplier les « contacts » sans préavis.

Mais ça, ça s'expliquait ! C'était son péché. Juste son péché.

Pride, par contre, c'était une énigme sur pattes.

« T'aurais pas été un genre de poulpe, avant même d'être un humain ? » demanda Envy.

Juste au cas où.

Pride lui jeta un regard intrigué.

« C'est quoi, un "ploupe" ? »

Encore ces histoires de poules ?

L'androgyne sourit et leva les yeux au ciel.

« Laisse tomber. Allez, on reprend.

— Non. »

Le brun bugua joyeusement.

« Pardon ? »

Pride se dandina gaiement et laissa ses lèvres s'ourler en un sourire tout en expliquant :

« "Quand on veut, on peut". Je veux parler du problème à Père. Donc, je peux. »

Il agrippa la main de son aîné et l'entraîna à sa suite, déterminé.

« Quand on veut, on PEUT ! » s'exclama-t-il d'une voix plus enjouée que de coutume, animé d'une toute nouvelle énergie.

Envy s'envoya une facepalm en se laissant traîner, conscient que lutter ne servirait plus à rien. L'entrevue avec l'autre vieux, il n'y couperait plus.

Tentative de pédagogie – 1

Envy – 0


À suivre…


Un peu de douceur dans ce monde de brutes ! J'ai adoré écrire ce choix, car c'est tellement drôle de placer Envy dans une situation dans laquelle il n'a pas l'habitude d'être… Il n'est vraiment pas doué, parfois (et pas aidé), mais c'est pour ça qu'on l'aime ~ Et puis, même sans ça, je trouve ça toujours touchant d'imaginer les homonculi tenter d'interagir « normalement ». Ils reviennent de loin, en même temps…

Bref, j'espère que vous aurez été satisfaits de ce premier choix « histoire », et je vous dis à la semaine prochaine pour un chapitre un peu plus court, mais riche en tension ;)

BisouX à tous et à toutes !


White Assassin