Musiques : Ifu (Higurashi no Naku Koro ni, OST), Ôma ga toki (Jigoku Shôjo, OST 2), Dead Silence theme song (Charlie Clouser), Mitsudan (Higurashi no Naku Koro ni, OST), Jouzai (Elfen Lied OST), Promise (Silent Hill)
Note : Alors, avez-vous apprécié votre premier choix ? :3 J'ai ouï dire que certains y avaient laissé la peau, hé hé… (Ed : Avec tes options tordues, aussi ! W.A. : "Trompeuses", s'il te plaît.) J'espère en tout cas que ça vous aura permis de prendre la mesure du danger qui rôde (Envy : Elle parle de moi ! *bombe le torse* W.A. : Mais oui, mais oui.). Bref ! Cette fois-ci, on embarque pour un chapitre un poil mystérieux. Mais je n'en dis pas plus, et je vous laisse découvrir ça ;)
Chapitre 7 : Apparition
« Pride », fit Envy alors qu'ils sortaient du Q.G. militaire de Central.
Il attira à lui son compagnon au regard fuyant. Celui-ci n'avait pipé mot depuis leur altercation au sein de la structure, quelques minutes plus tôt. Par mesure de prudence, l'Orgueilleux avait en effet préféré se faire oublier.
« J'avais zappé, mais j'ai un truc urgent à régler », l'informa l'androgyne. « Je vais devoir rester ici un moment. Toi, en attendant, tu rentres à l'appart'. Je t'y rejoindrai quand j'aurai fini, d'accord ? »
Le petit blond haussa un sourcil interrogateur. Il essaya de deviner, évidemment sans succès, les intentions du brun. Pourquoi le laissait-il seul alors qu'il l'avait sommé juste avant de ne plus le quitter d'une semelle ? Et à quoi était dû ce sourire qu'Envy avait tant de mal à contenir ?
« D'accord… », consentit le jeune homonculus, quoique perplexe.
Envy semblait… ailleurs. Surexcité, aussi. Pride voyait sa main droite s'agiter nerveusement. Elle était prise de tressautements, qui seraient passés inaperçus pour un œil non exercé ; pas pour le sien. Il jugea néanmoins plus sage de ne rien ajouter et attendit la suite des instructions.
« Surtout, pas de détour. T'y vas direct, et t'y restes. Tu m'attends là-bas. Occupe-toi comme tu veux. Je crois qu'il doit y avoir des livres qui traînent… bref. T'as plus deux jours, je vais pas t'apprendre comment tuer le temps. En tout cas, t'as intérêt à te trouver là-bas à mon retour », avertit l'androgyne, sans manquer de tapoter la tête de son protégé.
Le geste, doux, contrastait nettement avec le ton sinistre employé. Enfin, Envy conclut en adjoignant à son ordre une tape sur les fesses :
« Allez, file ! »
L'éphèbe n'était pas sans savoir qu'il prenait beaucoup de risques en laissant son cadet rentrer tout seul comme un « grand », d'autant plus après les récents événements. Mais bon. Ça tombe bien, il allait justement s'assurer que ce genre de problème n'arrivât plus ; s'en assurer de façon…
Définitive.
Pride regarda Envy repartir d'un pas guilleret vers l'entrée du Q.G. Il resta un moment planté là, perdu, au beau milieu du parvis. À force de côtoyer l'homonculus tempétueux de l'envie, il n'avait plus l'habitude d'être seul. Ils étaient presque toujours fourrés ensemble, en même temps… Un duo pour le moins étonnant, d'ailleurs. Qui aurait pu croire que leurs personnalités pussent un jour s'accorder ?
Et pourtant.
C'était précisément parce qu'ils étaient opposés en nombre de points qu'ils pouvaient agréablement se retrouver. Quand Pride était muet, Envy parlait pour deux. Si Envy péchait par impulsivité, lui compensait la chose en se montrant plus réfléchi. Le tempérament placide du jeune homonculus était la cheville ouvrière de leur duo. Son hermétisme aux coups et aux piques de son aîné lui était d'une grande aide pour maintenir leur équipe à flot si bien qu'en fin de compte, Envy et lui s'équilibraient, entre excès de toutes sortes d'un côté, et réserves de l'autre.
Du coup, le garçon n'avait aucun mal à s'accommoder du caractère lunatique du polymorphe, au contraire du reste de leur fratrie. Du moment qu'il le laissait maître à bord, Envy était comblé et les écueils, évités. En revanche, c'était également pour cela que l'Orgueilleux avait rarement eu l'occasion de faire preuve d'esprit d'initiative depuis son arrivée. Il s'en était toujours remis à son tuteur, trouvant plus confortable de se laisser porter au gré de ses fantaisies sans trop se poser de questions. Ceci, pour ne pas contrarier son camarade, mais aussi parce que, dans l'ensemble, le nouveau-né s'estimait moins érudit que son aîné sur les choses de la vie.
La « vie ».
Un mot bien vague, en vérité.
Pride contempla ses mains. Il avait plus l'impression d'exister que de vivre.
Peut-être car chacun de ses actes répondait à une logique implacable qui lui était étrangère. Peut-être, aussi, car chacune de ses pensées devait toujours s'inscrire dans le plan méticuleusement élaboré par leur père.
Pride secoua la tête. Vite, éloigner ces idées subversives. Son regard s'envola alors au loin, par-delà la structure de béton dressée devant lui tel un monstre inanimé.
Quelle était cette angoisse sourde qui le saisissait à la vue de ce bâtiment curieusement familier, et en même temps si austère ? Cette soldate inconnue aurait-elle été capable de lever le voile sur ce mystère ?
Le blond poussa un soupir désabusé. À quoi bon s'en soucier, maintenant ? Il ne recroiserait jamais cette femme.
Résigné, il amorça sa longue marche jusqu'à l'appartement. Quelques gouttes tombèrent du ciel à présent nébuleux et atterrirent sur son képi, avant de perler sur ses joues.
Elles étaient glacées.
La pluie clapota sur les pavés autour de Pride et gaufra, goutte après goutte, la terre meuble des parterres de fleurs décorant la place. Le garçon traversa celle-ci la tête basse, indifférent à l'eau dégoulinant sur son uniforme et le regard fixé sur ses bottes, sur lesquelles se reflétait la lueur mourante des étoiles.
Le temps était à l'image de son humeur. Tant mieux.
Malgré l'heure tardive, Pride avisa dans sa vision périphérique quelques soldats, plus loin. Ils rasaient les murs de l'enceinte, direction la caserne pour s'abriter de la brusque averse – gardes exceptés, cela allait de soi. Pourtant, le fantôme sous couverture ne prêta réellement attention ni aux uns ni aux autres. Seule cette jeune femme blonde occupait ses pensées. Mais il savait qu'il était inutile de ressasser son image. Il ne pourrait jamais la retrouver parmi tous les effectifs de Wrath, surtout pas alors qu'Envy gardait toujours un œil sur lui.
« Toujours » ?
Pride se stoppa net. Un éclair zébra le ciel et s'abattit juste derrière le Q.G. militaire, éclairant ses contours jusque-là indistincts d'une immense lumière… comme pour lui indiquer la voie.
Non. Pas « toujours ».
Envy jubilait. Il devait résister à la folle envie de sautiller.
Sa pierre frémissait au plus profond de son corps. Il n'avait pas de cœur, mais bon sang… quelle adrénaline le traversait quand elle faisait ça ! C'était extatique. Il sentait l'excitation se répandre dans ses veines, secouer délicieusement ses nerfs… Il ressentait un plaisir proche de celui d'un enfant prêt à engloutir goulûment un kilo entier de chocolat. Enfin, à cela près qu'une fois son crime perpétré, l'Envieux n'aurait pas d'indigestion ; juste une plaisante sensation de bien-être que ne viendrait obscurcir aucun remords.
Autour d'Envy, tout était sombre, mais il voyait comme en plein jour. Ses pupilles dilatées observaient toutefois un étrange comportement : de temps à autre, elles se rétractaient subitement, le rendant momentanément aveugle. Ce n'était l'affaire que d'un dixième de seconde à chaque fois et cela ne le dérangeait pas le moins du monde. C'était juste son péché qui battait en lui et déversait ses pulsions dans son sang bouillonnant, à l'instar d'un ventricule trop nerveux.
Le brun avait hâte. Tellement hâte.
Il arriva bientôt dans le couloir où, plus tôt, Pride lui avait dit avoir vu l'humaine responsable de leur querelle.
Envy savait qui c'était. C'était si évident ! Il faut dire que ce n'était pas comme si Edward Elric avait connu beaucoup de femmes dans sa vie ; d'autant plus une soldate. Encore heureux, d'ailleurs, pour un gamin de son âge.
Riza Hawkeye.
Envy s'étonna d'avoir retenu le nom de cette chienne toujours collée aux basques de l'autre briquet. Quelle existence pathétique, quand même... Passée à lécher les bottes de son supérieur, à le protéger en retour sans jamais obtenir rien de plus que de vagues saluts aussi convenus qu'impersonnels. Au mieux, un message d'encouragement. Mais jamais, d'après ce que Wrath lui avait fait comprendre, la moindre récompense.
Pas même une seule partie de jambes en l'air.
Pauvre fille…
Enfin bon, de toute façon, là n'était pas le problème – surtout que maintenant que le général était six pieds sous terre, il resterait irrésolu advitam eternam. Cette blondasse avait laissé passer sa chance de ce côté-là. Elle n'avait plus que ses souvenirs pour s'amuser.
Non. Le problème de l'androgyne était autre. Fort heureusement, il serait aussi bientôt réglé.
Envy trottina jusqu'au bureau de Wrath dont la porte entrouverte laissait filtrer la lumière chaleureuse d'une lampe jusque dans le couloir. C'était le seul endroit encore animé à cette heure avancée de la nuit.
L'Envieux s'approcha plus prudemment à l'écoute d'une conversation, étouffée par les murs épais. Il s'arrêta à deux mètres de l'entrée et tendit l'oreille. Il entendit Wrath éructer quelques ordres. Une voix féminine, à peine audible, y répondit avec une lassitude extrême. À n'en pas douter, le borgne se trouvait en compagnie de la tireuse d'élite. Qui d'autre que cette béni-oui-oui aurait accepté de se faire exploiter ainsi à une heure aussi indécente ? Personne, c'est sûr. Elle devait être épuisée, vu son ton traînant, et apparemment… Wrath ne lui donnait toujours pas congé. Quel enfoiré !
Mais je vais pas m'en plaindre, ça m'arrange, se réjouit l'assassin.
Envy pouffa dans la barbe qu'il n'avait pas. Les mains jointes dans le dos, il partit se poster plus loin en attendant que la blonde ressortît. Il ne voulait pas faire de ce sale éclopé son complice : il aimait chasser seul. Qui plus est, s'il fallait que quelqu'un reçût les compliments de leur créateur pour service rendu à la famille, ce serait lui, et personne d'autre.
Le polymorphe lança tout de même un regard oblique à droite et à gauche, méfiant. Si quelqu'un débarquait, il lui suffirait – au choix – de l'éliminer ou de prétendre appartenir à l'équipe de garde cette nuit. En fonction du degré de crédulité de son interlocuteur, il déciderait de lui laisser – ou non – la vie sauve. Et sitôt que la « secrétaire du généralissime » mettrait un pied dehors… il la suivrait à bonne distance. De là, il la conduirait, avec grande précaution, jusqu'à un endroit isolé. Ce serait un jeu d'enfant. Il savait exactement comment s'y prendre.
Puis, une fois seuls tous les deux…
Envy savourerait pleinement ce moment.
Riza rassembla dans ses bras les dossiers qu'elle devait rapporter. Elle sortit à reculons du bureau du Führer, le salua puis referma la porte derrière elle d'un même geste en profitant de son inertie pour économiser son énergie.
Enfin extirpée de cet étouffant carcan hiérarchique, la blonde laissa la pression retomber et s'adossa au mur le plus proche. Elle soupira d'épuisement, ferma les yeux un instant. Comment le généralissime faisait-il pour rester égal à lui-même, même après une quinzaine d'heures de labeur ? Elle, elle n'en pouvait plus. Elle était d'ailleurs si fatiguée qu'elle dut s'assoupir quelques courtes secondes, parce qu'elle ne remarqua qu'au dernier moment que les classeurs qu'elle transportait commençaient à lui échapper. Elle les rattrapa de justesse et les ramena correctement contre elle dans un « HMPF ! » douloureux, puis prit la direction de la salle des archives – encore.
Pour une fois qu'elle s'y rendait pour travailler et pas pour ses recherches personnelles… Elle aurait dû être ravie d'avoir une excuse pour s'y trouver, mais à force d'y faire des allers-retours, cette salle avait fini par lui sortir par les yeux. Dieu qu'elle commençait à en avoir assez de cet air saturé de poussière, de ces alignements d'armoires identiques et de ces documents tapés dans des corps si minuscules qu'elle s'usait systématiquement les yeux à les déchiffrer !
Riza aurait tout donné pour retrouver son lit. Même une tasse de café bien chaud et bien serré aurait fait l'affaire, faute de mieux. Malheureusement, elle devrait se contenter de fantasmer les doux effluves de cette ambroisie à laquelle elle n'avait pas droit pour l'instant.
Elle était à bout de forces. Or, sa journée – ou plutôt sa « nuit » – était loin d'être finie. Après avoir répondu à tous ses caprices, la jeune femme avait espéré que le Führer lui laisserait quartier libre. Il n'en était rien. Pourtant, elle s'était acquittée de sa tâche avec brio. En prévision des rénovations de l'aile est, elle s'était procuré comme souhaité les copies d'anciennes commandes de fournitures du lieu, afin de déterminer ce qui avait pu être oublié, et s'était chargée du recrutement de nouveaux éléments au sein de l'équipe d'alchimistes d'État architectes, essentiellement composée de vieillards séniles.
C'est sûr, le Q.G. n'avait subi presque aucun dégât depuis sa construction, ce qui expliquait sans doute qu'on eût laissé ladite équipe se flétrir, mais tout de même, Riza n'aurait pas pensé que la situation était à ce point critique. Elle avait dû renouveler la quasi-totalité des effectifs et contacter un à un ceux-ci pour les enjoindre à se tenir prêts à intervenir dans la semaine afin d'effectuer les travaux. Une mission peu gratifiante, a fortiori quand ses interlocuteurs l'avaient tous au moins envoyée une fois sur les roses compte tenu de l'heure. Et dire qu'elle pensait qu'être troufion était l'un des pires métiers au monde… celui de secrétaire n'avait rien à lui envier.
En plus, tout ce travail ne s'était soldé que par un « Trop tard pour voir ça ce soir, disposez. » de la part du chef d'État. Sans tenir le moindre compte de ses efforts, il lui avait suggéré, l'air de rien, de se pencher plutôt sur le planning de la semaine à venir. Un ordre déguisé en conseil et une vraie partie de plaisir, surtout à une heure du matin. Ce ne serait qu'une fois cette ultime corvée que Riza pourrait rentrer chez elle… pour reprendre le tout dans six ou cinq heures ; ou moins, si la fatigue la ralentissait.
La soldate se dirigea ainsi d'un pas traînant jusqu'à la salle des archives. Cette fois-ci, elle avait obtenu les clefs sans ruse. On les lui avait simplement confiées. Mais bon. Comme elle n'avait pas le temps d'en perdre, justement, disposer de ce sésame ne lui servait à rien, à présent.
Enfin, ce n'était pas comme si elle avait jamais trouvé quelque chose là-bas.
Tap. Tap. Tap.
Riza fronça les sourcils et se retourna dans la seconde. Un bruit ?
« … »
Personne. Le couloir était désert.
Bizarre.
Elle haussa les épaules. La pluie battante qui heurtait de plein fouet les fenêtres devait l'avoir abusée. Ou peut-être était-ce le froissement des feuilles d'arbres secouées par le vent.
Le lieutenant fit la moue à cette vision. Le déluge au-dehors floutait l'obscurité déjà bien présente. Ce n'étaient même plus des gouttes, mais de véritables rideaux d'eau qui tombaient dans la cour intérieure, vide de tout passant.
Quelque part, ce n'est pas plus mal, ces heures supplémentaires. J'aurais été détrempée, autrement. Vu mon état de fatigue, j'aurais pu attraper froid.
Sur cette pensée, Riza reprit sa route. Ralentie par le poids de sa charge, elle progressa gauchement au travers des couloirs labyrinthiques puis arriva, enfin, à la salle des archives. La jeune femme ne sentait plus ses bras tant ils étaient crispés autour de la pile de dossiers ; un vrai supplice. Elle poussa maladroitement la porte à l'aide de son pied, la referma ensuite de la même façon puis courut presque jusqu'à la première table de travail venue. Elle s'y délesta de son fardeau dans un soupir de soulagement.
Riza était éreintée. Elle se massa la nuque, endolorie par l'effort, et s'effondra sur une chaise.
Je n'en verrai jamais le bout…
La blonde contempla le plafond, le regard éteint. Elle repensa à sa situation ainsi qu'au guet-apens qu'on lui avait tendu. Être « promue » secrétaire du généralissime s'était révélé aussi prenant que ce qu'elle avait redouté. Heureusement, Havoc ne l'avait pas laissée tomber sur ce coup-là. Déjà, il avait réussi à tenir sa langue et n'avait pas éveillé les doutes de leurs collègues et amis quant au simulacre d'enterrement auquel ils avaient assisté. Une tâche ardue, mais nécessaire : moins leurs proches en sauraient pour l'instant, plus ils seraient en sécurité. Ils étaient bien assez de deux dans cette galère.
Ensuite, le sous-lieutenant avait bien compris à quel jeu entendait jouer la partie adverse avec elle. Loin de la laisser affronter seule cet abus de pouvoir, il l'avait déchargée d'une partie de sa besogne dès qu'il en avait eu l'occasion. C'est-à-dire lors de ses pauses, quand tout le monde vaquait suffisamment à ses occupations pour ne pas se demander pourquoi la secrétaire avait elle-même besoin d'un secrétaire.
Enfin, et surtout, car son ami lui avait fait relever la tête quand elle était au plus bas. Grâce à lui, elle avait pu rouvrir ses yeux voilés par les mensonges qu'on lui avait servis sur un plateau. Sans cela, qui savait dans quel état elle serait aujourd'hui… Si elle avait réellement perdu tout espoir, et qu'on l'avait abrutie de travail comme ça, elle n'osait imaginer comment elle…
TOC TOC
Riza sursauta et se redressa immédiatement sur sa chaise. Pensant qu'il s'agissait de King Bradley venu lui confier quelque mission supplémentaire, elle bondit sur ses pieds. Elle s'apprêta même à saluer, avant de réaliser que personne ne se tenait dans le chambranle de la porte grande ouverte.
Étrange.
N'avait-elle pas poussé cette porte, à l'instant ?
La jeune femme resta interdite un instant, puis secoua la tête. La fatigue lui jouait des tours, elle avait dû rêver.
TOC TOC
Riza se figea. Non, là, elle n'avait pas imaginé ce son significatif. Quelqu'un avait bien toqué. Mais contre le mur, à l'extérieur de la pièce, cette fois.
La militaire retint son souffle. Ses sens, aiguisés et éprouvés par les batailles de naguère, lui indiquaient qu'une personne se trouvait tout près. Elle était probablement dissimulée derrière la cloison, d'un côté ou de l'autre de l'encadrement de la porte.
Nul besoin d'être devin pour savoir, d'instinct, que quelqu'un cherchant à se soustraire à votre vue n'était pas animé de bonnes intentions à votre égard.
« … »
Sa main glissa d'elle-même sur son revolver. La blonde vérifia en un clin d'œil qu'il était chargé, fit sauter le cran de sûreté puis braqua l'arme droit devant elle. Son cœur ralentit ses battements ; un automatisme acquis sur le terrain. Elle retint sa respiration pour stabiliser son bras, rendre son geste sûr.
Riza était prête à faire feu au moindre mouvement suspect. Elle fit quelques pas vers la porte avec la plus grande prudence et héla :
« Qui est là ? »
Aucune réponse.
« Montrez-vous ! » somma-t-elle après quelques secondes.
Silence.
Le lieutenant courut jusqu'au mur que la porte, entrouverte vers l'intérieur, n'obstruait pas. Vive comme l'éclair, la soldate se mit dos au mur. Elle braqua son arme de service vers l'extérieur de la pièce, persuadée de se retrouver ainsi nez à nez avec son voyeur.
Mais personne ne lui fit face dans le couloir enténébré et résolument vide.
Autrement dit… s'il y avait bien quelqu'un, cette personne se trouvait juste de l'autre côté du pan de mur contre lequel elle était appuyée.
Riza sentit son cœur manquer un battement.
Si seulement elle avait disposé d'un miroir de poche, elle aurait pu s'assurer de la présence d'un indésirable sans se mettre en danger. Mais là, pas le choix. Elle allait devoir réaliser une manœuvre risquée : sortir hors de la pièce d'un bond et se retourner en un minimum de temps afin de ne pas laisser à son adversaire le loisir de porter le premier coup.
La jeune femme inspira profondément, arma le chien de son revolver… puis s'élança.
Elle se jeta au-dehors comme un diable de sa boîte, fit volte-face vers la gauche et, l'arme braquée droit devant elle, s'exclama :
« PLUS UN GESTE ! »
La voix de Riza résonna quelques secondes contre les longs pans de murs glacés autour d'elle. Puis, un silence qui l'était tout autant l'enlaça progressivement.
Mais rien.
Personne.
La soldate fronça les sourcils. Elle pivota plusieurs fois sur elle-même, inspectant les alentours. Elle dut vite se rendre à l'évidence : elle était seule.
Tandis que son cœur ralentissait sa course effrénée, Riza réalisa qu'elle s'était laissée abuser par la fatigue. Elle finit par baisser la garde dans un soupir, jetant un regard las au couloir désert. Il lui fallait vraiment une bonne nuit de sommeil. Elle était trop sur les nerfs en ce mo…
« … »
Minute.
Là-bas. Dans la pénombre. Il y avait… oui… à une vingtaine de mètres…
Une silhouette.
Elle était de petite taille et se tenait immobile, au beau milieu du couloir. On aurait même pu croire qu'elle ne respirait pas tant elle était statique.
Riza eut beau plisser les yeux, elle ne parvenait pas à déterminer de qui il s'agissait. Ses pupilles avaient du mal à s'adapter à cette brusque obscurité, sans compter la lumière vive qui filtrait encore depuis la salle des archives jusque dans le corridor, dans son dos. C'est bien simple, elle était presque aveuglée.
Par mesure de précaution, le lieutenant braqua de nouveau son arme vers l'individu. Il s'agissait bien d'un militaire, puisqu'il portait l'uniforme réglementaire, mais elle n'en serait absolument certaine qu'une fois que la silhouette daignerait passer dans l'un des faisceaux lumineux sépulcraux jaillissant des fenêtres. Or, cela ne semblait pas être dans les plans de l'inconnu. Pour l'instant, il la fixait, dans l'ombre, sans manifester la moindre envie de bouger.
« Qui êtes-vous ? Déclinez votre identité sur-le-champ ! » intima Riza d'une voix forte, en articulant avec soin pour être sûre d'être comprise.
Elle se méfiait : un militaire esseulé à cette heure, même au sein du Q.G., était plus que suspect en cette période troublée. S'il n'avait rien à se reprocher, il ne rechignerait pas à obéir. Mieux ça que d'être abattu.
Pourtant, l'individu resta coi.
« Je vous préviens. Si vous ne répondez pas dans les trois secondes, je fais feu ! »
Malgré cette énième sommation, la silhouette garda le silence.
La blonde banda ses muscles, prête au combat.
Alors, soudain, l'inconnu s'avança.
Pas après pas. Sans hâte.
Riza hésita à tirer, décontenancée par cette audace qui tutoyait l'inconscience. Au moment où elle s'apprêta à appuyer sur la détente, l'individu pénétra dans la lumière projetée par l'une des fenêtres. Le lieutenant n'eut le temps de voir son visage qu'une poignée de secondes avant qu'un nuage de pluie ne vînt obscurcir le ciel.
Et ce visage juvénile qu'elle n'avait pas vu depuis si longtemps disparut à nouveau.
« Edward ? »
À suivre…
Pauvre Riza, quand même… x) À la base, je n'avais pas prévu de la malmener autant, mais les besoins du scénario ont finalement fait que. En tout cas, préparez-vous pour le prochain chapitre, car il y va y avoir du sport !
Ah ! Et faute de choix, laissez-moi vous poser une petite question à mon tour : à votre avis… qui notre soldate favorite a-t-elle face à elle ? ~
White Assassin
