Chapitre 64
Juin 2005
Reprendre conscience fut comme heurter le sol après une chute interminable.
La tête d'Hermione palpitait ; une douleur agonisante et sanglante, comme si son esprit avait été arraché et réduit en morceaux. Elle essaya de se lever de là où elle était allongée, mais son corps ne pouvait pas bouger normalement. Ses mouvements étaient saccadés et ses mains tremblaient.
Elle pouvait à peine voir. Elle essaya de pousser sur ses bras pour se lever, mais ses bras tremblèrent et ne purent supporter son poids. Son cœur battait à tout rompre, un vrombissement rapide et douloureux dans sa poitrine.
Elle tâtonna en tremblant dans l'obscurité autour d'elle, essayant de trouver ses marques.
Quelque chose toucha son épaule. Elle cria et se retourna.
Drago se tenait près d'elle, ses cheveux pâles visibles dans la pénombre. Elle recula puis se figea et le regarda. Elle avait une boule dans la gorge. Elle l'étudia avec des yeux écarquillés.
Il était plus âgé.
Son visage était le même, mais ses yeux semblaient plus âgés, comme s'il s'était écoulé des décennies depuis qu'elle l'avait vu la dernière fois. Son expression était fermée, mais son regard était familier et résolu alors qu'il se tenait debout à côté de son lit.
"Tu es toujours en vie," dit-elle. Sa gorge était sèche et sa voix se brisa sous le soulagement. "Je pensais que tu étais mort."
Elle commença instinctivement à tendre la main vers lui. Il était en vie. Il était toujours en vie. Elle avait réussi à le garder en vie.
Les yeux de Drago s'écarquillèrent.
"Ginny. C'est le premier corps qu'ils ont ramené."
Sa main se figea.
Tout lui revint. Menottée. Emprisonnée au Manoir Malefoy pour être fécondée.
Il était le Haut Préfet.
La terreur s'instilla en elle. Son sang se glaça. Elle avait l'impression d'avoir été frappée si brutalement qu'elle allait en mourir.
Elle eut une exclamation hachée et retira vigoureusement sa main. Sa mâchoire tremblait, et elle s'éloigna de lui en se poussant à l'aide ses mains tremblantes jusqu'à ce qu'elle atteigne l'autre côté du lit. Elle glissa du matelas et tomba à genoux sur le sol, regardant de l'autre côté du lit en luttant pour respirer. Essayant de tout réconcilier.
C'était Drago. Il était toujours en vie.
Mais il lui avait fait du mal. Il l'avait violée. Il lui avait dit qu'il ne voulait pas d'elle ; qu'il avait hâte de la tuer.
Elle se sentait comme un animal blessé au bord de la route, abasourdi, mourant et essayant inutilement de trouver une façon de s'échapper et de se cacher. Elle voulait un coin sombre où se rouler en boule et où les choses cesseraient de lui faire mal.
Que s'était-il passé ?
Alors qu'elle essayait de réfléchir, une douleur agonisante perça dans son cerveau si abruptement que sa vision s'éteignit. Un gémissement angoissé s'échappa entre ses dents. Elle enfouit son visage dans ses mains alors qu'elle luttait pour rester consciente et essayer de se souvenir à travers la douleur aveuglante dans sa tête.
"Soyons bien clairs, Sang-de-Bourbe. Je ne veux pas de toi. Je n'ai jamais voulu de toi. Je ne suis pas ton ami. Il n'y a rien qui me ferait plus plaisir que d'en avoir fini avec toi."
Il avait tué Ginny.
Il avait tué tout le monde.
Elle leva les yeux et commença à respirer de plus en plus vite alors qu'elle le fixait, essayant de comprendre.
"Es-tu toujours vierge, Sang-de-Bourbe ? Est-ce que c'est au moins quelque chose dont tu te souviens ?"
La sensation de ses jupes étant retroussées, l'exposant alors qu'elle se tenait penchée sur une table, l'agrippant, essayant de ne pas trembler ni de faire de bruit.
Il l'avait traînée devant Voldemort et tenue en place pendant que son esprit était réduit en lambeaux et l'avait laissée gésir sur le sol dans une flaque de sang de licorne pourri.
Hermione continua de le fixer. Il y avait une douleur déchirante dans sa poitrine… dans son coeur… comme si une lame la coupait alors qu'elle luttait pour respirer. Sa poitrine se contracta brusquement et un sanglot brisé et haletant lui échappa alors que tous les trous et les incohérences se fondaient dans une seule ligne narrative horrifiante.
Son cœur continuait de battre de plus en plus fort. Hermione pressa ses mains sur sa bouche et ferma fort les yeux. Ses sanglots brisaient le silence. Elle continuait de trembler alors qu'elle essayait de réfléchir.
"Je vais prendre soin de toi. Je prendrai toujours soin de toi."
La douleur dans son esprit devenait aveuglante, comme si le passé et le présent convergeaient et se déchiraient l'un l'autre.
Elle agrippa sa tête. Elle avait l'impression que son cerveau était en feu, son crâne ouvert, la pression dans sa tête s'intensifiant encore et encore jusqu'à ce qu'elle laisse tomber sa tête en avant et hurle.
Elle hurla jusqu'à haleter puis serra les dents et essaya de ne pas hyperventiler. Elle regarda de nouveau de l'autre côté du lit.
Drago était parti.
Elle s'écroula sur le sol, pressant une main contre sa poitrine. Peut-être qu'il n'avait même jamais été là. Elle l'avait peut-être halluciné.
Peut-être qu'elle avait tout halluciné.
Peut-être qu'il était mort, et qu'elle était toujours dans sa cellule à rêver de lui.
Elle était juste en train d'halluciner qu'elle l'avait trouvé dans les ténèbres.
Non. C'était réel. Elle était certaine que tout était réel. Parce que c'était pire que tout ce qu'elle aurait pu imaginer.
Soyons bien clairs, Sang-de-Bourbe. Je ne veux pas de toi. Je n'ai jamais voulu de toi.
Une main l'attrapa par l'épaule et elle recula violemment. Drago avait fait le tour du lit et s'était agenouillé près d'elle.
Il l'étudia, et ses yeux vacillèrent alors que son expression se tendait. "Tu te souviens maintenant, n'est-ce pas ?"
Elle fit un petit hochement de tête et sa main se tendit et agrippa le poignet de Drago. Il était vraiment là. Elle pouvait sentir ses os sous le bout de ses doigts.
"Grang…"
Hermione enfouit son visage contre la couette du lit et sanglota de soulagement. La douleur dans sa tête était si forte qu'elle avait l'impression que son crâne était fracturé. Elle serra les dents et essaya de ne pas crier de nouveau.
"Oh mon dieu…" se força-elle à dire. Son corps entier tremblait.
Une pensée la frappa, et elle se raidit, sa prise se resserrant.
"Le Horcruxe… celui qu'Ombrage portait… c'était… c'était toi ?"
Il y eut un silence. "C'était moi."
Ses lèvres tremblèrent, et elle ferma les yeux. "Était-ce… était-ce le dernier ?"
"Oui."
Elle hocha la tête, et sa main vide eut un spasme ; elle agrippa le tissu de ses robes et essaya de donner un sens à tout ça.
S'il était là, il n'était pas mort.
Mais… s'il n'était pas mort, ça voulait dire qu'il n'était jamais venu la chercher.
Elle avait attendu. Et attendu. Et attendu.
Et il n'était jamais venu.
"Je ne veux pas de toi. Je n'ai jamais voulu de toi."
Ginny.
Sa prise sur son poignet glissa, et sa main tomba sur le dol alors que la dévastation noyait son soulagement.
"Pourquoi as-tu tué Ginny… ?" Sa voix se brisa.
"Ginny est en vie."
Elle se tourna et le fixa. "Hannah a vu son corps. Tout le monde à Poudlard l'a vu. Vold…Voldemort a dit que tu l'avais tuée. Tu… tu m'as dit que tu l'avais tuée."
"Ginny est en vie." Il croisa son regard. "Elle était enceinte, tu te souviens ? Son fils est né le 20 octobre 2003. On m'a dit qu'il était un nouveau né extrêmement difficile. Elle l'a appelé James Sirius Potter. Tu es sa marraine."
Hermione eut un petit sanglot, et Drago continua.
"Il a un an et demi maintenant. Tu vas le rencontrer bientôt. Ils t'attendent. Tu as promis à Harry que tu prendrais soin d'eux. Tu dois t'accrocher et te rétablir pour pouvoir y aller."
Son cœur se gonfla, une étincelle d'espoir dans les ténèbres et le froid.
"Vous savez à quel point son état est précaire. J'ai déployé des efforts et des coûts considérables pour maintenir son environnement."
Elle baissa la tête, sa bouche se tordant alors qu'elle tremblait et détournait les yeux. "Je ne te crois pas."
Il ne répondit pas.
"Je ne comprends pas…" Elle ferma fort les yeux en essayant de se concentrer malgré la douleur. "Je ne comprends pas ce qu'il s'est passé. Je n'arrive pas à me souvenir clairement." Elle ouvrit les yeux et l'étudia dans la pénombre. "Mais… je me souviens de toi."
C'était Drago. Il était si proche. Il la regardait de la façon avec laquelle il avait l'habitude de la regarder.
Elle avait envie de l'attraper et de se jeter dans ses bras, contre son torse, pour sentir le battement de son cœur.
Ses mains eurent un spasme.
Elle ne pouvait pas.
Il avait tué tout le monde. Il les avait tous assassinés ou exécutés. Elle se sentit s'effondrer sous l'horreur et la dévastation renouvelées.
L'expression de Drago vacilla, et sa bouche se tordit avant qu'il ne parle. "De quoi… te souviens-tu à propos de moi ?"
"Tu…" elle étudia son visage. Il était à la fois familier et étranger, comme sculpté à l'image de la personne qu'elle avait connu.
Ses doigts eurent un spasme alors qu'elle combattait le besoin de tendre la main pour au moins le toucher. Pour s'assurer qu'il était familier sous ses doigts.
Il était en vie. Elle avait été si sûre qu'il mourrait, qu'il devait être mort. Mais il n'était pas mort, elle pouvait voir son pouls à la base de sa gorge.
"Tu espionnais pour l'Ordre. Quand tu étais blessé, je te soignais. Tu…" Elle déglutit et baissa les yeux vers ses poignets et ses vêtements écarlates alors qu'elle essayait de se souvenir clairement. "... avais l'habitude de m'appeler… et…"
Il y eut une douleur comme un coup de poignard à travers sa tête, et elle eut une exclamation d'agonie et s'écroula.
Elle cligna des yeux, essayant de se souvenir de ce qu'elle était en train de dire. Sa langue paraissait floue et ne bougeait pas correctement, comme si elle était engourdie.
Elle fut prise de secousses et essaya de bouger la mâchoire, mais elle se contracta si violemment que ses dents produisirent un fort claquement. Son bras et sa jambe gauche cédèrent et elle commença à s'effondrer sur le côté.
Drago la rattrapa.
"Dra… ?" Sa poitrine eut un spasme alors qu'elle luttait pour respirer, et il la tira fermement contre son torse.
Il ne lui dit rien. À la place, il attrapa sa mâchoire, ouvrit sa bouche et y versa rapidement une potion avant de plaquer fermement sa main contre sa bouche et son nez.
Elle essaya de se débattre. Paniquant. Elle ne savait pas ce qui était en train de se passer. Elle avait l'impression que ses poumons allaient exploser alors qu'elle luttait pour respirer. Son corps ne cessait de s'agiter de lui-même. Sa langue engourdie ne pouvait pas sentir le goût de la potion qu'il avait mise dans sa bouche.
Elle n'était pas censée avaler des choses si elle ne savait pas ce que c'était.
"Granger." Sa voix était calme et proche de son oreille. "Il faut que tu avales. Tu as une crise d'épilepsie. La potion va l'arrêter, mais ça prend plus de temps si tu ne peux pas l'avaler."
La gorge d'Hermione se contracta à répétition, et ses bras furent agités de spasmes, mais Drago refusa de relâcher sa prise. Après plusieurs essais, elle arriva à se faire avaler la potion.
Son corps entier devint mou comme si elle n'avait pas d'os.
La prise de Drago se relâcha, et la tête d'Hermione roula vers l'avant et resta sur sa poitrine. Elle sentit Drago soupirer, et sa main caressa ses cheveux en arrière. Il passa son pouce le long de la joue d'Hermione pendant que son autre bras retenait son corps. Ses mains étaient chaudes. Il sentait toujours pareil, et cela lui donnait envie de se mettre à pleurer.
Après un moment, il se mit en mouvement et la prit dans ses bras. Elle pouvait sentir ses os, saillant de sous sa peau alors qu'il la soulevait et la reposait sur le lit.
Sa bouche ne fonctionnait pas. Elle le regarda, essayant de saisir chaque détail.
Il glissa une main sous sa tête et l'étudia attentivement.
À cette distance, malgré la faible lumière, elle pouvait voir qu'il était visiblement épuisé. Sa peau était pâle au point d'en être grise. Sa bouche et ses yeux étaient tendus.
Ses pupilles étaient fortement contractées, et son regard ne cessait de passer sur elle, comme s'il essayait de s'assurer qu'il ne manquait rien. Son expression était soigneusement fermée.
"Tu as été inconsciente pendant presque une semaine," dit-il après une minute. "Tu as eu une crise d'épilepsie et tu as perdu connaissance. Les guérisseurs ne savaient pas… si tu te réveillerais. Les crises d'épilepsie…" elle vit sa gorge se contracter alors qu'il déglutissait, et il détourna les yeux, "ne sont pas rares quand on a affaire à des dommages neurologiques causées par une activité magique concentrée. Tu en as eu… plusieurs pendant que tu étais inconsciente, mais heureusement aucune ne t'a causé de dommages… ni à ton bébé."
Hermione cessa de respirer, et ses yeux s'écarquillèrent.
Le bébé. Elle avait oublié qu'elle était enceinte.
Elle était enceinte de l'héritier de Drago. Pour le programme de reproduction. Pour forcer ses souvenirs à revenir.
Il y avait quelque chose qui lui échappait, mais la douleur éclipsait encore tout. Elle essaya de réfléchir, mais atteindre ses souvenirs était accablant pour son esprit.
Elle ne pouvait pas se souvenir…
Sa poitrine commença à être agitée de spasmes.
"Je ne comprends pas," se força-elle à dire. "Que s'est-il passé ? Pourquoi… Pourquoi…"
Elle essaya de respirer, et cela fit sortir un son étranglé du fond de sa gorge. Sa poitrine commença à s'agiter de plus en plus fort.
Les doigts de Drago derrière sa tête se tendirent dans ses cheveux. Son expression était ouverte alors qu'il avait les yeux baissés vers elle, son visage à seulement quelques centimètres du sien.
"Grang… Hermione, tu dois respirer doucement. Hyperventiler pendant la grossesse peut augmenter les risques de faire une autre crise d'épilepsie." Ses yeux étaient implorants. "S'il te plait, respire, Granger."
Hermione eut un petit sanglot et hocha la tête.
Inspire en comptant jusqu'à quatre.
Expire, lentement, en comptant jusqu'à six.
Elle étudia le visage de Drago. Elle ressentait un désespoir vorace en le regardant, mais sa souffrance grandissait également. Elle ne savait pas comment réconcilier la personne qu'elle connaissait avec la personne qui l'avait emprisonnée pendant six mois.
Alors que sa respiration ralentissait, des larmes commencèrent à laisser de froides traînées sur ses tempes.
Le regard de Drago quitta son visage, il retira sa main et se redressa.
Il la regardait, hésitant, les poings serrés de chaque côté de lui. "Je suis désolé. Severus et moi pensions que nous t'aurions fait partir avant février. Je ne pensais pas que tu serais là si longtemps."
Elle se mordit la lèvre et essaya de réfléchir à ce qu'elle pouvait lui demander. Que s'est-il passé ? Pourquoi n'es-tu pas venu ? Pourquoi m'as-tu fait du mal ? Pourquoi m'as-tu violée ?
Pourquoi es-tu devenu le Haut Préfet ?
"Pourquoi…" dit-elle dans un sanglot. "Pourquoi as-tu tué tout le monde ?"
Les yeux de Drago vacillèrent, et sa mâchoire fit un mouvement sec alors qu'il se redressait et détournait le regard d'elle. "J'essayais de te trouver."
Son cœur s'emballa dans un mélange d'horreur et de soulagement.
"Tu… m'a cherchée ?" Sa voix tremblait.
Il la regarda de nouveau. "Bien sûr que je t'ai cherchée. Je t'ai cherchée partout. Pensais-tu que je t'avais laissée tomber ?"
Elle cligna des yeux et essaya de se souvenir clairement, atteignant le fond de son esprit et saisissant les souvenirs qu'elle pouvait y sentir.
"Comme tu n'es jamais venu, j'ai pensé que peut-être…" alors qu'elle poussait plus loin dans ses souvenirs, la douleur dans sa tête s'intensifia soudain, et sa vision vacilla. Elle se mordit la lèvre et essaya de ne pas s'évanouir.
"J'ai pensé que tu devais être mort." Ses yeux brûlaient et sa voix trembla et se brisa.
Elle leva son bras et regarda la menotte autour de son poignet. "J'ai… j'ai perdu mon occlumancie quand ma magie a été supprimée. Ils ont dit que Voldemort allait m'interroger. J'avais peur que si je pensais à toi… il pourrait te trouver dans mon esprit. J'essayais de te protéger. Mais…" sa voix se fit plus faible "parfois je pensais que si je tenais bon, tu pourrais finalement venir. Puis, quand ça n'a pas été le cas, j'ai pensé que tu devais être mort."
Drago donnait l'impression qu'elle l'avait éviscéré. Ses mains tressaillirent et se tendirent vers elle.
"Ça te dit une sortie, Sang-de-Bourbe ? … Le Seigneur des Ténèbres est avide de te voir." Il l'agrippa par le bras avant qu'elle ne puisse reculer.
La terreur viscérale du souvenir l'avala. Le souffle d'Hermione se coinça dans sa gorge, et elle se tendit lorsqu'il s'approcha.
Les mains de Drago se refermèrent et retombèrent à ses côtés alors qu'il détournait le regard. "Je t'ai cherchée dès que je suis revenu et que j'ai vu que tu étais partie. La Gardienne… Ombrage ne t'a pas enregistrée comme prisonnière à Poudlard. Il n'y avait aucune trace de toi après les papiers du transfert quand tu as été capturée. Severus et moi avons tous les deux déposé des requêtes pour essayer de te localiser, mais à chaque fois, on nous a dit qu'il n'y avait pas de fichier ou d'enregistrement d'une prisonnière avec ce nom ou ce numéro. Tu avais tout simplement disparu. Tout le monde à la fête de Poudlard était soit ivre, soit commotionné, il y avait très peu de souvenirs clairs de toi là-bas. Je me suis porté volontaire pour traquer tous ceux qui manquaient dans l'espoir que ça me donnerait une chance de te trouver." Les muscles de sa mâchoire se contractèrent. "J'ai dû tous les ramener. Si j'avais échoué, la tâche aurait été réassignée."
Il leva les yeux vers le plafond ; son expression était tirée.
"J'ai tout essayé pour te retrouver. J'ai cherché dans les prisons. Je suis allé dans toutes les cellules de Poudlard. J'ai lu tous les dossiers des prisonniers. J'ai utilisé un sortilège de traque génétique. J'ai trouvé ta tante et tes cousins. Je l'ai suivi jusqu'en Australie et j'ai trouvé tes parents là où tu les avais cachés."
Hermione tressaillit et le regarda avec des yeux écarquillés.
Drago baissa les yeux, et ses lèvres se pincèrent quand il vit son expression. "Ils vont tous bien, je ne leur ai pas fait de mal."
Sa tête se pencha légèrement sur le côté, et sa mâchoire se contracta alors qu'il déglutissait. "J'ai même essayé de regarder par tes yeux plusieurs fois, mais…" Il agita les mains en signe de défaite, "… rien. Il ne m'est pas venu à l'idée que tu étais gardée emprisonnée sans lumière ni son. J'ai supposé que ça voulait dire que où que tu sois, tu étais entièrement indétectable. J'ai voyagé dans toute l'Europe. Il y a des Mangemorts et des alliés avec une certaine… réputation. C'était arrivé quelques fois avant. Quand je n'ai pu te trouver nulle part, j'ai présumé que c'était ce qu'il t'était arrivé. Je pensais que ça pouvait être pour ça que tu avais disparu."
Il détourna de nouveau les yeux. "Severus et moi avons fait tout ce à quoi nous avons pu penser pour te pointer comme une personne d'intérêt pour le Seigneur des Ténèbres lui-même. Je pensais que tant que le Seigneur des Ténèbres était préoccupé par son obsession pour l'immortalité, j'aurais une meilleure chance de te trouver et de te faire échapper. Puis, quand il y a eu des discussions sur l'usage des prisonnières comme mères porteuses dans un programme de reproduction, Montague est allé voir le Seigneur des Ténèbres et lui a proposé que tu sois le visage du programme de repopulation, un appât pour tout membre restant de la Résistance, et une dernière moquerie envers Potter, tout en un. Il t'avait cherchée depuis qu'il avait eu sa marque, et je l'avais… laissé faire ; je pensais qu'il pourrait peut-être trouver quelque chose qui m'avait échappé. Cependant, tu n'existais toujours pas dans le système de la prison. Ce n'est pas avant que le Seigneur des Ténèbres te demande personnellement en citant ton nom qu'Ombrage a admis qu'elle t'avait depuis le début."
Hermione ne savait pas quoi dire.
"J'ai…" Drago commença de nouveau à parler. Sa mâchoire trembla visiblement, puis se verrouilla, et il ne dit rien d'autre.
Il y eut un long silence.
"Pourquoi n'as-tu pas supposé que j'étais morte ?" réussit finalement à demander Hermione.
Le coin de sa bouche tressaillit, et Drago leva la main droite dans son champ de vision. L'anneau d'onyx se voyait un peu dans la faible lumière.
Hermione le fixa pendant plusieurs secondes avant de regarder sa propre main avec confusion. Il n'y avait rien, mais elle eut la certitude qu'il devait y être. Alors qu'elle le fixait, l'index de sa main gauche se distordit et brilla, l'anneau noir devint soudainement visible.
Sa gorge se serra, et elle déglutit plusieurs fois avant de pouvoir parler. "J'ai… j'ai oublié qu'il était là."
"Après que tu aies été frappée d'un sortilège et que tu sois presque morte en allant au Surrey, j'ai ajouté un monitoring de signature vitale à ton anneau. Je voulais y ajouter un traçage, mais ils sont détectables, et il aurait pu être intercepté. J'ai pensé qu'avec un charme basique, je saurais au moins si tu étais morte. Alors… je savais que tu étais en vie." Il laissa retomber sa main de nouveau hors de vue. "Mais il s'est arrêté à un moment, immédiatement après que j'aie envoyé un signal. Je pensais que ça avait été repéré par ceux qui te gardaient prisonnière. Quand il s'est réactivé plusieurs jours plus tard, j'ai pensé que je ne pouvais pas risquer un nouveau signalement. Je n'étais pas certain que c'était toujours toi qui le portait, mais je pensais que ça signifiait que tu pouvais toujours être en vie. Alors j'ai continué à chercher."
Il tourna la tête et le mouvement lui fit détourner les yeux de l'anneau sur sa main.
Il avait l'air abattu à présent, comme une arme qui avait été excessivement aiguisée. Il y avait une sur-précision mortelle chez lui qu'elle put subitement voir.
Les doigts de Drago tressaillirent, et il les referma. "Je t'aurais fait partir plus tôt, mais Severus était déjà en Roumanie quand tu as été transférée au manoir. C'était censé ne durer que trois mois, mais le Seigneur des Ténèbres ne fait que rallonger son assignation là-bas. Tant que tu étais amenée au Seigneur des Ténèbres pour qu'il examine tes souvenirs… il y avait… je ne pouvais rien faire qui t'aurait indiqué… quoi que ce soit."
Hermione eut l'impression de tomber en arrière comme si le lit avait soudain disparu sous elle. Bien sûr. Voldemort avait tout regardé. Chaque interaction qu'elle avait eu avec Drago. Il avait été ouvertement, sadiquement curieux dans son examination brutale et bi-mestrielle de son esprit.
Drago avait joué la comédie pour Voldemort à travers les yeux d'Hermione.
Cette prise de conscience lui donna l'impression que la réalité s'était abruptement inversée et qu'elle était en chute libre.
Qu'est ce qui était réel alors ? Tout ça ? Rien de tout ça.
Elle essaya de réfléchir, mais il était toujours difficile de se concentrer à travers la douleur dans son esprit. Elle pouvait à peine garder les yeux ouverts. Elle était épuisée et tellement affamée. Elle ne pouvait pas se souvenir de la dernière fois où elle avait mangé. Sa tête la faisait souffrir d'une pression si intense qu'elle s'attendait à trouver du sang qui coulait de ses yeux et de son nez.
Elle avait envie de fermer les yeux, mais elle était terrifiée à l'idée que si elle perdait conscience, tout disparaitrait et qu'elle oublierait. Le passé s'évanouirait dans les ténèbres, Drago s'estomperait et quand elle se réveillerait il serait de nouveau Malefoy.
Mais il n'y avait pas deux personnes. Il n'y en avait toujours eu qu'une seule. Drago était enfoui sous toutes ces couches de froideur.
Elle ne savait pas ce qu'il était censé se passer. Elle ne savait pas ce que tout cela signifiait. Même s'il avait joué un rôle, ce n'était pas le cas de tout le monde. Toutes les histoires sur lui dans la Gazette du Sorcier, et des autres filles qui étaient dans le programme de reproduction avant qu'Hermione ne soit envoyée au Manoir Malefoy.
"Hannah a dit que tu as pendu le corps de Ginny dans la Grande Salle…"
"Ce n'était pas Ginny." Sa voix était plate. "Quand je n'ai pas réussi à te trouver à Poudlard… j'ai initialement pensé qu'il pouvait y avoir eu une erreur et que ce n'était pas toi qui avait été attrapée et transférée. Je t'ai cherchée dans les décombres du Sussex." Il baissa les yeux. "Il y avait une sorcière qui avait survécu à l'explosion. Elle avait réussi à passer les protections et à aller dans la Forêt d'Ashdown, l'une des seules survivantes. Elle était presque morte suite aux expériences et à l'explosion. Mais elle avait des cheveux roux. Quand j'ai amené le corps avec moi à Poudlard, les prisonnières ont cru que c'était Ginny avec l'éclabouille. Personne ne l'avait vue depuis des mois, ils ont supposé qu'elle était défigurée à cause de la maladie."
Son cœur manqua un battement, et elle eut soudain presque peur de respirer. "McGonagall… Nev…"
L'expression de Drago se tendit, sa mâchoire tressaillit et s'immobilisa. "Je ne pouvais pas les cacher, même si Severus était désireux de suivre cette idée. Après ce que Croupton a fait pour faire s'échapper Barty Junior d'Azkaban, le Seigneur des Ténèbres a requis que chaque corps subisse un examen poussé pour détecter les interférences. Ils ont tous été vérifiés." Il détourna les yeux. "Je leur ai donné une fin rapide."
Une sensation glacée de désespoir déferla sur elle. Elle se roula en boule sur le côté. Elle pouvait sentir qu'elle était emportée par la fatigue de la douleur.
"Va dormir. Je te dirais tout ce que tu veux savoir d'autre demain."
Elle força ses yeux à s'ouvrir.
"Mais, et si j'oublie encore ?" sa voix était petite… enfantine et tremblant presque de peur.
Il ne dit rien. Elle avait envie de tendre la main vers lui et se rassurer une nouvelle fois sur le fait qu'il soit réellement là. Réel. Chaud. Tangible.
La main d'Hermione tressaillit, mais la potion l'avait presque laissée paralysée.
"Vas-tu… vas-tu redevenir comme tu étais si je t'oublie ?"
"Tant que tu es enceinte, tu es en sécurité. Ça n'a pas d'importance si tu te souviens ou pas, Severus et moi allons te faire sortir d'ici."
"Et ensuite ?"
Drago ne dit rien. La pièce semblait plus sombre. Elle pouvait à peine distinguer la silhouette de Drago.
"Qu'est-ce qui se passe ensuite ?" Elle força les mots à sortir.
"Ensuite tu iras prendre soin de Ginny comme tu l'avais promis à Potter."
Ce n'était pas la question qu'elle avait posée, mais elle n'eut pas la force de la poser de nouveau.
Quand elle se réveilla une nouvelle fois, Drago était parti.
La douleur dans sa tête s'était calmée. Topsy apparut avec du bouillon et des potions qu'elle encouragea Hermione à essayer de garder.
Hermione avala une potion de nutrition à l'odeur nauséabonde et se tint raide pendant que son corps convulsait et essayait de la vomir.
Quand sa gorge cessa de se contracter, elle fixa Topsy.
"Je te connaissais." Elle eut l'impression qu'un clou était enfoncé à la base de son crâne. Elle gémit. "Je t'ai déjà vue avant… n'est-ce pas ?"
Topsy fit un hochement de tête timide. "Le Maître dire que vous ne pas devoir forcer sur vos souvenirs."
Hermione tourna le menton vers son épaule. Son absence était douloureuse. "Quand reviendra-il ?"
"Il avoir été dans cette chambre depuis que vous avoir eu la première crise d'épilepsie. Il avoir beaucoup de chose à devoir faire maintenant."
Hermione déglutit, et ses doigts tressaillirent plusieurs fois. Elle put sentir son coeur se serrer. Et s'il ne revenait pas ? Et s'il mourrait ? Que ferait-elle s'il mourrait ?"
Elle pouvait sentir ses mains trembler. Elle ferma fort les yeux et essaya de se concentrer sur autre chose.
"Est-ce qu'il a du retard sur ses exécutions ?" se força-elle à demander d'une voix sèche.
La question était sarcastique, mais Topsy hocha la tête avec sérieux.
Hermione lâcha un petit soupir et se roula en boule autour de son ventre.
Topsy disparut quelques secondes après.
Hermione passa la journée à se rejouer les six derniers mois. Prenant note de tous les détails qu'elle avait manqués. Les traits familiers et les paroles qu'elle avait oubliées à propos de Drago.
Il la connaissait. Il la connaissait quand elle était arrivée. Quand elle avait comploté pour le tuer. Quand il l'avait violée.
Il n'était pas surprenant qu'il n'ait pas voulu la regarder quand c'était arrivé.
Elle était enceinte, de son héritier. Son bébé.
Leur bébé.
Il l'avait violée, et maintenant elle était enceinte.
Quand elle y pensa, son ventre se tordit, sa gorge se serra, et elle vomit violemment à côté de son lit.
Elle retomba en arrière et couvrit son visage de ses mains alors qu'elle essayait de ne pas pleurer ou hyperventiler. Topsy apparut pour nettoyer et donner un verre d'eau à Hermione.
Hermione essaya d'arrêter d'y penser. Elle essaya de juste se concentrer sur Drago et de ne pas penser au fait qu'elle avait été violée, qu'elle était enceinte, que Drago ne se référait pas au bébé comme étant le sien, et qu'elle ne savait pas ce que cela signifiait.
Il n'était pas là pour qu'elle lui pose la question, même si elle pensait pouvoir réussir à avoir la conversation.
Elle essaya juste de ne pas y penser.
À la place, elle essaya de démêler Drago. Elle savait qu'elle le connaissait, comme s'il était gravé en elle. Mais elle ne pouvait pas se rappeler d'un souvenir concret, c'était plus un sentiment général de le connaître. Instinctivement, elle le connaissait. Elle se souvenait de ce à quoi il ressemblait, de la façon dont il bougeait, comment il se restreignait, comment la couleur de ses yeux trahissait ses émotions soigneusement dissimulées.
Quand elle essaya d'approcher ses souvenirs du passé, avant son emprisonnement, cela lui causa une douleur agonisante qui s'étendit à travers la base de son crâne jusqu'à ce qu'elle ait peur de se causer une nouvelle crise d'épilepsie si elle continuait.
Elle ne pouvait pas y penser.
Elle devait simplement admettre que c'était là.
Elle resta allongée dans son lit, essayant de se réconcilier avec la version d'Hermione qui s'était estompée dans les ténèbres de Poudlard.
Quelqu'un qui s'était battu. Qui avait rasé un laboratoire. Qui avait brûlé des Détraqueurs et poignardé Graham Montague avec des couteaux empoisonnés.
Quelqu'un de qui Drago avait été amoureux. Pour qui il aurait marché jusqu'à la fin du monde pour la protéger.
Elle ne savait pas si cette personne existait encore. S'il s'attendait à ce que cette version d'elle revienne avec ses souvenirs.
Elle avait l'impression que cette Hermione était morte avec tout le reste des membres de l'Ordre du Phénix.
Et que tout ce qui restait était une ombre.
Il était tard dans la nuit et la lune était absente quand l'air dans sa chambre bougea. Elle se tourna et regarda avec attention dans la pénombre, après un moment Drago en émergea. Il portait son uniforme de Mangemort. Elle pouvait sentir la magie noire presque goutter de lui. La vue et la sensation firent se serrer son cœur.
L'expression de Drago était résolue. Et froide.
"Es-tu fâché contre moi pour une raison ?" demanda-elle après plusieurs minutes.
Il se figea pendant un moment puis cligna des yeux. "Non."
Il agita la main, et un bougeoir sur le mur se mit à émettre une douce lumière jaune. Il pencha la tête sur le côté jusqu'à ce que son cou craque sèchement puis il enleva ses sur-robes et les suspendit sur le dossier du fauteuil. La protection attachée à son torse brillait à la lumière.
Hermione l'étudia, essayant de mettre le doigt sur ce qui était différent chez lui. "On dirait que tu es fâché contre moi. J'ai l'impression de savoir que tu l'es, mais… je ne peux pas me souvenir de pourquoi."
Il détourna les yeux d'elle, regardant autour de la pièce. "Ça n'a pas d'importance. C'est du passé."
Sa voix était familière. Directe.
"Si le passé n'a pas d'importance, pourquoi m'as-tu cherchée ?"
Il la regarda de nouveau. "Te souviens-tu de pourquoi tu as été capturée ?"
Elle hocha la tête. "J'ai fait exploser le Sussex."
"Te souviens-tu pourquoi ?"
Elle fronça les sourcils et essaya de réfléchir à la question sans essayer d'atteindre ses souvenirs occludés. "C'était à cause de toi, n'est-ce pas ?"
Il fit un petit hochement de tête.
Elle ferma les yeux. "Quand tu dormais. J'avais l'habitude de te promettre de prendre soin de soi. Que je prendrais toujours soin de toi."
Il eut un petit rire ; c'était presque une moquerie. "C'est ce que je disais, en réalité."
Le coin de la bouche d'Hermione se souleva, mais le centre de sa poitrine était douloureux. "Je te le disais toujours en réponse. Peut-être que tu ne le savais juste pas."
Elle avait envie de tendre la main vers lui, mais quand elle rouvrit les yeux il s'était détourné d'elle. Il fixait le portrait de l'autre côté de la pièce.
Il ne répondit rien.
"Quel est le plan ?" demanda-elle finalement. "Quelle est la stratégie derrière tout ça ? Es-tu capable de me le dire maintenant que je suis…" sa langue fourcha alors qu'elle essayait de forcer le dernier mot à sortir… "enceinte ?"
Drago haussa les épaules et regarda autour de lui. "C'est le plan de Severus. Quand le Seigneur des Ténèbres s'est rendu compte qu'il lui manquait plusieurs Horcruxes après la Bataille Finale, il a confié une part considérable des manœuvres politiques à Severus. Il a sapé et déstabilisé le régime depuis la chute de l'Ordre. La situation sur tout le continent est précaire. La mauvaise santé du Seigneur des Ténèbres l'a amené à rompre la plupart de ses promesses et engagements pris pendant la guerre envers les créatures sombres et les pays alliés. Il maintient à peine son emprise. La MACUSA a commencé à faire pression sur la Confédération internationale, qui signale son intention d'intervenir si la situation en Europe continue à se détériorer. C'est désormais chose faite : le régime va bientôt s'effondrer, et lorsque ce sera le cas, la Confédération internationale interviendra pour rétablir l'ordre."
"Vous avez trouvé un moyen de vaincre Voldemort ?"
Sa bouche se courba dans un petit rictus. Ses yeux étaient d'argent pâle et il la regarda et acquiesça. "Oui. On attend le moment idéal. Ça sera probablement après le deuxième anniversaire de la bataille de Poudlard."
Il y avait une sorte de certitude dans sa voix. Hermione se sentit reprendre espoir, alors qu'elle essayait de réfléchir à comment ils pourraient s'y prendre exactement, repassant tout ce qu'elle avait lu dans les journaux, essayant de deviner.
"Que.."
"Tu seras hors d'Europe avant que ça commence," dit-il d'une voix dure, l'interrompant. "Tu as juste besoin d'aller assez bien pour voyager. Alors… mange. Ça sera plus utile que n'importe quoi d'autre."
Elle se recroquevilla intérieurement sous la déception, mais une fois qu'il fut parti, elle fronça les sourcils et regarda dans l'obscurité, essayant de tout assembler ; retournant Drago encore et encore dans son esprit.
Le jour suivant, la douleur fut pire ; elle ne pouvait pas supporter d'avoir la moindre lumière dans la pièce. Elle ne pouvait rien garder. Drago était de nouveau parti. Elle essaya de rester calme, mais quand Topsy ne put lui dire quand il reviendrait ou ce qu'il faisait, elle commença à paniquer.
S'il ne revenait jamais, elle ne pourrait plus jamais lui parler. Plus jamais le toucher. Il y avait des choses qu'elle avait besoin de lui dire, elle ne savait juste pas encore comment le lui dire. Et s'il mourait ? Et s'il était blessé et qu'elle ne pouvait pas le soigner parce qu'elle n'avait plus de magie ?
Elle continua à hyperventiler et eut plusieurs petites crises d'épilepsie. Topsy apparut à chaque fois instantanément avec une potion à la main.
Après la sixième crise d'épilepsie, Hermione souffrait trop pour faire autre chose que rester allongée dans son lit, à peine consciente de quoi que ce soit d'autre que l'agonie dans sa tête. Elle resta couchée sur le côté alors que les heures passaient et qu'elle regrettait de ne pas avoir perdu conscience pour ne pas tout ressentir.
La matelas se creusa, et une main froide repoussa les boucles qui étaient collées sur la peau fiévreuse d'Hermione, coinçant une mèche de cheveux derrière son oreille.
Une minute plus tard, on attrapa sa main, et de longs doigts s'enlacèrent entre les siens. Elle sentit le pouce de Drago passer sur ses phalanges et glisser sur l'anneau qu'elle portait toujours.
La mâchoire d'Hermione tremblait et ses yeux brûlaient même s'ils étaient fermés. Elle pressa sa main dans la sienne aussi fort qu'elle le pouvait.
Il ne dit rien, mais il resta tout le temps où elle était consciente. Quand elle se réveilla de nouveau, il était toujours là, assis dans la chambre sombre, lui tenant la main.
Les doigts de Drago étaient occasionnellement agités de spasmes.
Au cours des jours suivants, la douleur dans la tête d'Hermione diminua progressivement ; assez pour être supportable. Elle commença à manger, s'asseoir dans son lit, relire son Guide de la Grossesse et la Gazette du Sorcier.
Alors que la douleur s'estompait, ses souvenirs s'améliorèrent. L'espace global était toujours vague et indistinct, mais certains moments lui revenaient soudain avec une clarté étonnante, comme si elle les revivait.
"Tu n'es pas remplaçable. On ne te demande pas de rendre ta mort plus facile. Tu as le droit d'être importante pour les gens. La raison pour laquelle j'ai fait ce foutu Serment c'est pour te garder en vie. Te garder en sécurité."
Alors qu'elle se remettait, Drago se retira. Au début, elle pensait qu'elle se faisait des idées. Alors que ses souvenirs de lui s'amélioraient, elle pensait que c'était peut-être simplement le contraste de leur passé qui le faisait paraître plus distant. Mais alors que les jours passaient, elle réalisa avec le cœur lourd qu'il s'éloignait de plus en plus.
Quand elle avait été presque catatonique à cause de la douleur, il s'était assis à côté d'elle, lissant ses cheveux et tenant ses mains dans les siennes, essayant d'apaiser les tremblements avec ses doigts. Mais alors qu'elle devenait plus éveillée et commençait à essayer de lui parler, il la touchait moins. Il s'asseyait de plus en plus loin sur le lit jusqu'à se retrouver à la regarder assis à ses pieds. Il se tint près de la fenêtre.
Il gardait les mains derrière le dos quand elle lui parlait. Il faisait de courtes réponses quand elle lui posait des questions.
Il était toujours là, mais de plus en plus éloigné. Quand elle levait les yeux et le trouvait en train de la regarder, il détournait les yeux, l'expression résignée. Et amère.
Elle ne savait pas par où commencer.
Elle essaya de se souvenir de comment elle avait été avant. Elle l'avait mémorisé lui, mais pas elle-même. Parlait-elle différemment avant ? Elle ne se souvenait pas bien de comment avait été cette personne.
Elle avait été bavarde. Les gens lui avaient souvent dit qu'elle parlait trop.
Elle ne trouvait pas quoi dire sur les sujets dont elle pensait pouvoir parler. Que pouvait-elle dire à propos de quoi que ce soit ?
Était-elle censée lui dire quelle sorte de fleurs fleurissaient sur le domaine ? Ou comment fabriquer un château de cartes ? Ou lui demander s'il savait comment plier une grue en origami parce qu'elle ne s'en souvenait plus ?
Tout cela était trivial.
Tout ce qui comptait semblait trop dévastateur pour être formulé. Elle avait peur que si elle commençait, elle se mettrait à hyperventiler et ferait une crise d'épilepsie. Et si Drago pensait qu'il la perturbait, peut-être qu'il ne viendrait plus la voir, et qu'elle serait de nouveau seule.
Elle avait pensé dans sa cellule qu'elle avait réussi à tenir bon, mais à la froide lumière du jour elle se rendit compte que ce n'était pas le cas.
Elle s'était brisée.
Il ne restait que des morceaux d'elle.
Elle s'assit dans le lit et le regarda nerveusement alors qu'il se tenait près de la fenêtre, regardant le labyrinthe de haies.
Elle ouvrit plusieurs fois la bouche pour parler avant d'hésiter. Elle baissa les yeux vers ses mains et essaya de nouveau.
"Comment…vas-tu ?" demanda-elle.
C'était une question idiote. Elle rougit et voulut la retirer dès le moment où elle la prononça.
Il ne la regarda même pas. "Je vais bien."
Elle déglutit et eut l'impression que son cœur se brisait. Elle lissa le drap et passa les doigts sur plusieurs plis froissés de la couette.
Il se tenait si loin, et elle ne savait pas quoi lui dire.
"Alors…" dit-elle finalement, "tu es marié maintenant."
Les épaules de Drago se figèrent mais il ne répondit pas pendant quelques secondes. Quand il se tourna et la regarda, son expression était un masque.
"Ça fera deux ans en octobre."
Elle essaya de croiser son regard, mais après seulement un court moment elle baissa les yeux vers ses genoux. Elle avait l'impression d'avoir un gouffre dans la poitrine.
Elle ne pensait pas qu'il y ait eu quelque sorte d'engagement que ce soit du côté de Drago. Quoi qu'ils aient été, ça n'avait jamais été défini, de ce dont elle se souvenait.
Ce n'était pas comme si elle avait jamais pensé qu'il l'épouserait.
Mais il était marié, et cela lui semblait significatif, même si elle ne pouvait pas expliquer pourquoi. Pourquoi, en regard de tout le reste, avait-elle l'impression que c'était important ?
Il avait dû la violer trente fois. Elle était sa prisonnière. Elle était enceinte de son héritier. Mais elle était assise dans son lit à être obsédée par le fait qu'il était marié, parce que tout le reste semblait impossible à être mis en mots.
Il s'était marié trois mois après la bataille finale.
Il avait une femme.
La délicate, jolie, infidèle et instable Astoria.
"On m'a ordonné de me marier. Si ça n'avait pas été Astoria, ça aurait été quelqu'un d'autre," dit-il d'une voix plate.
C'était un fait.
"On m'a ordonné de l'épouser alors je l'ai épousée."
Hermione mordit l'intérieur de sa lèvre inférieure et hocha la tête, fixant toujours ses genoux.
Un mariage arrangé par Voldemort pour l'effort de repopulation post-guerre. Pour donner les Mangemorts en spectacle et faire distraction de la santé déclinante de Voldemort.
Elle comprenait le contexte.
Elle ne savait pas quoi en dire. Elle ne savait pas quoi dire de rien. Elle voulait que le passé disparaisse pour qu'elle puisse tendre la main vers Drago sans avoir l'impression que son cœur allait être mutilé.
Elle voulait le toucher. L'embrasser. Sentir ses mains la caresser. Se souvenir de ce que cela faisait d'être chaude et désirée. De savoir s'il murmurerait encore "à moi" contre sa peau.
Mais elle se sentait brisée. Elle n'était pas la personne qu'il avait eu l'habitude d'embrasser. Elle avait peur que s'il la touche et que c'était différent, cela empoisonnerait les souvenirs du passé, et qu'il ne resterait rien à quoi s'accrocher.
Il n'était pas le même non plus. Ses yeux étaient remplis de culpabilité et de rage amère.
Il était en colère contre elle.
Il le cachait mais elle pouvait le sentir dans le creux de son ventre. Il ne semblait pas avoir l'intention de lui pardonner ce pourquoi il l'était.
Après une minute elle leva les yeux. "As-tu fait quelque chose pour la rendre stérile ?"
Un rictus cruel souleva le coin de la bouche de Drago. "Je l'aurais fait, mais je n'en ai pas eu besoin. Les Greenglass n'ont pas su garder secret le fait qu'ils sont porteurs d'une malédiction du sang. Cela lui demanderait beaucoup d'efforts pour concevoir, et le manoir a eu des effets secondaires malheureux. Il ne lui a pas traversé l'esprit que certaines pièces étaient verrouillées pour une raison, ou qu'elle devrait restaurer les ailes existantes après qu'elle ait mis sans dessus dessous le manoir pour le redécorer." Puis la moquerie disparut, son expression devint réservée, et il détourna les yeux d'elle. "Je ne pensais pas qu'elle irait jusqu'à t'attaquer."
Hermione baissa les yeux vers ses poignets. Le placage en cuivre des menottes était toujours aussi brillant que la première fois qu'on les lui avait placées autour des poignets. Propriété du Haut Préfet.
Elle tourna le métal pour que les mots gravés ne soient plus visibles puis leva de nouveau les yeux. "Seras-tu celui qui m'amènera jusqu'à Ginny ?"
Il secoua la tête. "Severus. Il y a des restrictions sur mes capacités à voyager en ce moment. La sentimentalité est difficilement une raison valable pour compromettre une planque. Il t'emmènera - ou plutôt, tu l'emmèneras avec toi - pour s'assurer qu'il ne viole pas les termes de son Serment Inviolable."
Hermione fronça les sourcils. "Son Serment Inviolable ?"
Les yeux de Drago vacillèrent, et ses lèvres se pressèrent en une fine ligne.
"À la fin de la guerre, il en a fait un avec moi, jurant de ne pas interférer dans ma façon de te protéger ou de t'emmener dans un endroit où tu serais en danger. C'était fait dans l'intention que tu quittes l'Europe en sécurité, mais finalement ça n'a pas eu d'importance. Tu es partie par toi-même et tu t'es de toute façon fait capturer." Il détourna les yeux. "Le voyage devrait être sécuritaire, mais il est mieux d'avoir un plan de secours quand c'est possible."
Elle tordit l'ourlet du drap de coton entre ses doigts. "Est-ce que je te verrai après ça ?"
Drago leva un sourcil, et sa bouche se courba lentement dans un sourire de chat. "Ginny ne tiens pas particulièrement à moi."
Hermione continua à l'étudier.
Il haussa les épaules. "Ça dépendra de la façon dont se déroulent les choses. Avec un peu de chance je ne serais plus en Europe très longtemps après ça."
"Oh."
Lui parler était épuisant. Elle avait l'impression qu'il y avait une infinité de détails qu'elle devait noter, des choses qu'elle devrait comprendre, qu'il lui disait, mais qu'elle ne savait plus interpréter correctement.
On était censés s'enfuir ensemble. Tu avais promis.
"Tu viendras… finalement ?" Sa voix était pleine d'espoir.
S'ils avaient du temps, ils pourraient recoller les morceaux. Elle pourrait le retrouver sous le masque de Haut Préfet. Peut-être qu'elle pourrait lentement retrouver une façon de redevenir Hermione. Pour lui, elle essaierait de retrouver cette personne.
Et ensuite peut-être qu'il pourrait arrêter de se tenir aussi loin.
Ses yeux vif-argent brillèrent pendant un moment, et le coin de sa bouche se souleva ; une ombre de rictus. "Si c'est ce que tu veux."
Cela ressemblait à un mensonge.
ooo
Un peu plus d'une semaine après qu'elle ait repris conscience, elle sortit du lit et descendit lentement le couloir pour prendre une douche. Topsy et le portrait la suivirent sur chaque pas du trajet. Hermione s'assit sur le sol de la douche, la tête sur les genoux, alors que l'eau coulait sur elle. Ses mains et ses jambes tremblaient d'épuisement. Quand elle sortit de la douche, elle enroula juste une serviette autour d'elle et s'écroula sur le lit de la chambre voisine.
Quand elle se réveilla, Drago était assis sur le fauteuil d'à côté, en train de lire. Elle le regarda pendant plusieurs minutes avant qu'il ne lève les yeux et remarque qu'elle était réveillée.
Son expression fut ouverte pendant un instant alors que leur regard se croisaient, et elle put en sentir la chaleur descendre le long de sa colonne vertébrale. Puis il se ferma.
Il referma brusquement le livre et le fit disparaître. "Veux-tu changer de chambre ?"
Elle resserra la serviette autour d'elle. "J'étais juste trop fatiguée pour y retourner."
Il la regarda pendant un moment. "Tu peux changer de chambre. J'ai juste besoin de quelques jours pour mettre les protections en place ici."
"Astoria pourrait le remarquer."
Il retroussa la lèvre. "Elle n'est plus autorisée à venir dans cette aile de la maison. Et même si elle l'était, elle est en France jusqu'au mois prochain, elle achète une nouvelle garde-robe."
Entendre qu'Astoria ne rôdait pas dans le manoir dénoua une tension anxieuse au creux du ventre d'Hermione.
Elle leva les yeux vers le baldaquin au-dessus d'elle. "Pas besoin."
Du coin de l'œil, elle vit Drago bouger et son expression se durcir.
Il y avait quelque chose qu'il essayait de lui communiquer, mais elle était trop fatiguée pour essayer de deviner ce que c'était. Sa tête lui faisait trop mal, et son corps entier était douloureux de son excursion dans le couloir.
Elle regarda le portrait de l'autre côté de la pièce. La sorcière blonde était dans un cadre, cueillant des fleurs dans un jardin de style impressionniste.
"Est-ce que c'est ta mère ?"
Le portrait se figea et leva les yeux.
"Pourquoi demandes-tu ?" La voix de Drago était anormalement détendue.
Hermione haussa une épaule. "Tu as sa bouche. Elle est différente des traits Malefoy que ton père et la plupart des portraits ont."
"Elle a été peinte pour tenir compagnie à mon père quand il a quitté Poudlard. Il a été diplômé un an avant elle," dit Drago, regardant le portrait de l'autre côté de la pièce. "Etant donné les circonstances de sa mort, aucun portrait peint plus tard ne s'est jamais réveillé."
Il détourna les yeux. "Tu devrais dormir dans ta chambre. C'est plus sûr là-bas." Il sembla hésiter pendant un moment. "Peux-tu marcher ?"
Hermione le fixa en se demandant ce qu'il ferait si elle disait non. La faire léviter ? La porter ?
Lui dire de dormir par terre ?
Elle cligna des yeux. Non. Ça, c'était avant ; quand elle était arrivée ici.
"Je peux marcher." Elle poussa sur ses bras pour se lever et réalisa qu'elle avait oublié d'apporter de nouvelles robes avec elle et qu'elle n'avait qu'une serviette. Elle la serra fermement autour d'elle et évita de regarder Drago alors qu'elle glissait hors du lit.
Quand elle leva les yeux, elle vit qu'il regardait soigneusement ailleurs en lui tendant sa cape. Elle ne le fixa que pendant un moment avant de la prendre et de la mettre sur ses épaules.
La serviette tomba sur le sol, mais elle n'essaya pas de la ramasser. Les elfes de maison pouvaient la faire disparaître du sol aussi facilement que le lit. Si elle s'agenouillait, elle avait peur que son atrophie musculaire la force à le rester.
Elle marcha jusqu'à la porte sans regarder Drago ; le tissu traînait sur le parquet. Drago n'était qu'à quelques pas derrière elle, elle pouvait le sentir, mais ses pas étaient silencieux, et ce fait la mettait sur les nerfs.
"Quel genre de protections as-tu mis sur ma chambre ?"
Elle put sentir à quel point Drago devenait froid face à cette question.
"Seulement quelques-unes."
Mensonge.
"Tu as beaucoup de sorts de protections sur cette chambre, Malefoy."
Elle repensa à la fois où il avait été devant sa chambre juste après la soirée du Nouvel An et qu'il l'avait envoyée au lit.
"Avec toutes les protections que Malefoy a ajouté sur ta partie du manoir j'avais peur de ne plus jamais pouvoir te voir."
L'explosion nécessaire pour qu'Astoria passe la porte.
Sa hâte de la ramener dans sa chambre après qu'elle ait essayé de se jeter du balcon. La façon dont il avait insisté pour que ce soit lui qui vienne dans sa chambre quand elle était fertile.
Elle avait toujours une intense sensation de soulagement quand elle retournait dans sa chambre. Elle avait toujours été capable de rester calme et l'esprit clair dans sa chambre, jusqu'à ce qu'elle tombe enceinte et que son anxiété prenne le dessus sur les enchantements qu'il y avait placés.
"J'ai déployé des efforts et des coûts considérables pour maintenir son environnement."
Il avait probablement été honnête avec Stroud.
Elle essaya de marcher vite. Il n'y avait que quatre portes dans le couloir pour arriver jusqu'à sa chambre, mais elle avait l'impression que ses jambes étaient déjà sur le point de céder quand elle passa devant la deuxième porte. Elle trébucha.
Drago attrapa instantanément son coude gauche, et elle se figea. Son ventre se noua si brusquement qu'elle poussa une exclamation et sentit sa poitrine se contracter jusqu'à ce qu'elle ne puisse plus respirer. Elle tendit désespérément la main vers le mur jusqu'à ce que ses doigts l'effleurent. Elle y pressa fermement son corps et lutta pour inspirer.
La main de Drago se retira comme s'il avait été brûlé, et le cœur d'Hermione se brisa. Elle sentit soudain la réalité crue et cruelle de tout ça, et ce fut comme être écrasée à mort.
"J'ai juste…" sa voix trembla puis se brisa. "Je ne sais pas comment faire. Je ne sais pas comment faire la paix avec ce qui est arrivé. Je ne sais pas comment essayer de le formuler." Ses épaules tremblaient, et elle pressa son front contre le mur.
"Je ne sais pas comment on est censés réparer ça. Drago, pourquoi ça nous est arrivé ? Comment est-ce que ça pourrait un jour aller mieux, maintenant ?" Sa voix tremblait, et elle eut un petit sanglot puis fondit en larmes, glissant le long du mur jusqu'au sol.
"Je ne sais pas comment faire." Elle continua de le répéter encore et encore alors qu'elle se pressait contre le mur et pleurait.
