Chapitre 65

Juin 2005

Elle pressa ses mains contre sa bouche alors qu'elle continuait à pleurer encore et encore.

Drago ne la toucha pas. Quand les sanglots d'Hermione se calmèrent finalement, elle s'assit contre le mur, affalée, les épaules toujours tremblantes.

Elle entendit Drago inspirer lentement.

"Il ne faut pas que tu fasses quoi que ce soit. Je n'attends rien de toi," dit-il finalement d'une voix basse. "Je ne t'approcherai plus. Attends là, je vais appeler Topsy."

Il fit un mouvement pour se retourner, mais la main d'Hermione fusa et elle attrapa l'ourlet des robes de Drago. "Non. Non, ne part pas."

Sa main tremblait, mais elle ne lâcha pas.

"Ne pars pas. Je ne veux pas que tu partes."

Il resta à côté d'elle alors qu'elle emmêlait ses doigts dans le tissu tout en restant appuyée contre le mur.

Il lui fallut une demi-heure avant de pouvoir se lever et marcher sur le reste du chemin de sa chambre. Elle s'arrêta sur le pas de la porte, la poitrine toujours douloureuse.

"Combien de protections ?"

Il resta silencieux pendant quelques secondes.

"Près de quatre-vingt maintenant."

Elle traversa la chambre et se laissa tomber de côté sur le lit, enfouissant son visage dans le tissu de la cape de Drago. Elle sentait comme lui. Cèdre, mousse de chêne et papyrus.

Drago tira la couette sur elle jusqu'à son épaule. Elle attrapa sa main et la serra. Sa peau était aussi chaude que dans ses souvenirs. Elle tira sa main contre sa joue, ses yeux se fermant légèrement, et la tint pendant plusieurs minutes.

Elle le lâcha lentement. "Tu dois venir me voir pour que je sache que tu vas bien. Sinon… je vais m'inquiéter."

Le jour suivant, Topsy apporta une potion fortifiante.

Hermione marcha lentement autour de sa chambre puis dans le couloir, traînant ses doigts le long du mur.

Sa tête était moins douloureuse que tout ce dernier mois, et ses souvenirs de Drago devenaient plus clairs. Ils semblaient toujours distants, comme si elle les voyait à travers un télescope au fond de son esprit. Les blancs dans ses souvenirs se comblaient. Elle se souvenait du Serment Inviolable de Severus et comment elle avait réussi à piéger Drago pour qu'il parte assez longtemps pour qu'elle puisse aller au Sussex.

La raison pour laquelle il avait été si paranoïaque à propos de l'inspection de ses souvenirs et s'était précisément assuré de connaître dans les moindres détails les plans d'Hermione devenait de plus en plus claire. Elle l'avait piégé une fois ; comme Severus l'avait dit, Drago n'avait plus l'intention de lui faire de nouveau confiance.

Cette prise de conscience ajoutait un poids supplémentaire sur sa poitrine.

Il n'utilisait pas la légilimancie sur elle, mais il lisait toujours son esprit au travers des menottes. Il la gardait sous surveillance constante.

Il lui mentait encore.

Elle l'avait soupçonné pendant des jours, mais maintenant qu'elle était capable de penser clairement, elle en était certaine. Elle pensait que c'était en partie pour qu'elle reste calme et en partie pour la maîtriser.

Elle rumina, essayant de combler les trous dans le nouveau récit soigneusement conçu qu'il lui servait depuis qu'elle avait repris conscience. Où étaient les trous ? Quelles étaient les incohérences ?

Elle s'assit sur la première marche des escaliers, perdue dans ses pensées.

Elle entendit des pas, des pas intentionnellement audibles, et leva les yeux alors que Drago passait le coin du couloir. Son expression était soigneusement fermée.

Elle le regarda. Il portait ses robes de sorcier, tout en noir. Depuis qu'elle était arrivée au manoir elle ne l'avait jamais vu dans autre chose que du noir. Il avait l'air de s'attendre à ce qu'on prenne une photo de lui.

Depuis qu'on avait annoncé qu'il était l'identité cachée derrière le Haut Préfet, les journaux étaient devenus fanatiques dans leur curiosité et leur couverture médiatique. Le protégé de Voldemort. Il faisait des apparences au Ministère, aux collectes de fond, à l'étranger…

Il voyageait fréquemment. De courts séjours, habituellement moins d'une journée, avec une escorte remarquable.

Drago se tenait au bas des escaliers, la regardant. Elle avait enroulé la cape de Drago autour de ses épaules avant de s'aventurer dans le couloir, et ses yeux vacillèrent quand il le remarqua. Il la fixa pendant plusieurs secondes, comme s'il la re-mémorisait.

Elle l'étudia de la même façon, essayant de comprendre la nouvelle version de lui.

"Je pensais que tu étais sorti," dit-elle quand le silence devint trop oppressant.

"Mes plans jusqu'à midi ont été annulés." Il l'étudiait attentivement, ses yeux descendant jusqu'à ses pieds et ses mains. "Es-tu assez forte pour marcher ? Je voulais te montrer quelque chose."

Hermione avala sa salive. "À quelle distance est-ce ?"

"Le côté le plus proche de l'aile principale."

Hermione hésita puis se leva, sa curiosité piquée. "Je pense que je peux marcher jusque là."

Il maintint une distance consciencieuse entre eux alors qu'ils marchaient lentement dans le manoir. Ça aurait dû être une marche de dix minutes, mais cela prit bien plus d'une demi-heure. Il ne laissa rien paraître en marchant à une vitesse glaciale et ne dit rien quand elle dut faire une pause sur la route ni quand qu'elle se replia vers le mur quand les couloirs s'élargirent.

Elle l'étudia tout le long du chemin, notant son tranchant, sa précision. Il était extrêmement strict, plus qu'il ne l'avait jamais été.

C'était ses runes, réalisa-elle avec une lente horreur. Elles l'avaient façonné. Elles l'avaient écrasé et réduit jusqu'à ce qu'il ne reste rien pour les gêner.

Sûr de lui, rusé, infaillible, impitoyable et inflexible ; déterminé à réussir.

Il avait passé seize mois à essayer de la trouver. Il l'avait traquée dans toute l'Europe, jusqu'en Australie. Il avait utilisé des traces génétiques, à répétition, malgré le fait qu'elles soient d'une magie assez noire pour occasionnellement tuer des sorciers.

Il avait su qu'elle était quelque part. Il s'était laissé disparaître dans le processus.

Drago et elle s'arrêtèrent devant une double porte familière. Des portes qui avaient toujours été verrouillées pour Hermione depuis qu'elle était dans le manoir.

Il y eut une sensation de flottement dans sa poitrine quand elle reconnut l'endroit où ils étaient.

Sa gorge se serra, et elle baissa les yeux, se mordant la lèvre. "Je ne peux plus toucher tes livres ; ils sont ensorcelés," dit-elle.

"J'ai demandé aux elfes de tous les restaurer."

Hermione leva brusquement les yeux.

Il regardait les portes. "J'avais l'intention de t'y amener plus tôt, mais tu étais clouée au lit."

"Astoria…"

"Je m'occuperais d'elle si elle revient. Tu peux venir ici autant que tu veux ou prendre des livres dans ta chambre ou ailleurs si tu préfères. Les elfes de maison vont les transporter."

Il ouvrit la porte de la bibliothèque et recula pour la laisser entrer.

Hermione jeta un œil à l'intérieur, faisant un pas en avant hésitant jusqu'à ce qu'elle se tienne sur le pas de la porte, et, prenant une longue et profonde inspiration, elle entra. C'était la même. La même bibliothèque qu'elle avait visité deux ans auparavant, débordant de livres qu'elle avait envie de lire.

Elle s'était ennuyée pendant si longtemps, et elle était là, elle pouvait les toucher, les lire…

Elle avança avidement…

Dans la très vaste pièce.

Les cheveux de l'arrière de sa tête se dressèrent, la faisant lever les yeux. Le plafond était perdu dans l'obscurité. Il était si haut qu'elle ne pouvait pas le voir. Alors qu'elle essayait de le distinguer, sa gorge se serra et ses doigts tressaillirent.

Elle avait l'impression de rétrécir. La pièce était énorme, le plafond, les murs et les étagères s'étirant de plus en plus haut.

Elle était petite, et la pièce était tellement grande. Elle était enceinte. Elle n'était pas capable d'utiliser la magie, et elle n'était pas autorisée à se défendre. Elle ne pouvait pas paniquer, ou elle pourrait faire du mal à son bébé.

Sa poitrine se contracta douloureusement comme si des bandes de fer enserraient ses côtes et l'écrasaient.

Elle inspira très lentement par le nez.

C'était juste une bibliothèque. Elle était venue avant avec Drago. Topsy serait à côté.

"Je dois y aller maintenant." La voix de Drago interrompit ses pensées.

Il l'avait regardée se tenir dans l'encadrement de la porte pendant plusieurs minutes.

Il jeta un œil dans la bibliothèque. "Ne t'inquiète pas. J'ai remis des protections sur la pièce, et le domaine n'autorisera personne à entrer pendant que je serai absent."

Hermione hésita un moment supplémentaire puis s'éloigna de la porte.

"Peut-être… qu'on pourra revenir plus tard."

Drago la fixa, ses yeux la parcourant dans une analyse rapide. Hermione tendit la main et posa ses doigts sur le mur, sentant le papier peint alors qu'elle se léchait nerveusement les lèvres.

Elle pencha la tête sur le côté avec une petite saccade. "Le… le plafond est très haut. J'avais oublié… que le plafond était si haut. Je ne l'avais pas remarqué… avant." Elle baissa les yeux vers ses chaussures, et ses doigts eurent un spasme, faisant gratter audiblement ses ongles contre le mur. "Je devrais… je ne…"

Ses mots se bloquèrent alors qu'elle luttait pour articuler.

Les yeux de Drago vacillèrent, et sa main s'avança vers elle. "Hermione…"

La poitrine et la gorge d'Hermione se serrèrent, et elle tressaillit, se déplaçant de plus en plus près du mur.

La main de Drago tomba.

Hermione pressa son épaule droite contre le mur puis croisa sa main gauche pour la poser aussi contre le mur, baissant le menton.

"Je sais qu'avoir peur à cause d'une pièce qui a un plafond haut n'est pas logique," sa voix tremblait. "J'essaye. Je sais. Je sais… j'essaye… j'essaye… mais…"

Drago fit un pas en arrière. Elle sentit un poids tomber dans son estomac, et ses doigts tressaillirent de nouveau contre le mur.

Trop loin.

Trop près.

Trop loin.

Drago regarda le sol près des pieds d'Hermione. "Je n'attends pas de toi que tu fasses quelque chose dont tu n'as pas envie. J'aurais dû me rendre compte que le plafond pourrait être un problème. Quand je reviendrai, on pourra mettre en place une pièce plus petite avec les livres que tu veux. S'il y a des livres ou des sujets que tu veux regarder aujourd'hui, les elfes de maison peuvent te les amener ; autant que tu veux. Je vais te raccompagner."

Ses jambes tremblaient d'épuisement. "Non. Tu devrais y aller. Je suis fatiguée. Tu vas être en retard si tu me raccompagnes sur tout le chemin."

Il relâcha sa respiration, faisant un petit hochement de tête. "D'accord."

Il commença à se retourner.

Hermione tendit la main et retint la sienne. "Drago…"

Il s'arrêta et se retourna pour la regarder. Elle déglutit et réussit à faire un pâle sourire.

"Soit prudent, Drago. Ne meurs pas."

Il se figea.

Il y eut un instant de flottement alors qu'ils se tenaient tous les deux debout à se regarder.

Puis le coin de sa bouche se tordit dans une ombre de sourire. "D'accord."

Il la regarda un moment de plus puis disparut silencieusement.

Hermione resta là, caressant du bout des doigts la texture du papier peint du couloir. Elle se sentait si fatiguée qu'elle était tentée de glisser le long du mur et de s'allonger sur le sol.

Elle prit une grande inspiration et carra les épaules avant de lentement pivoter pour retourner jusqu'à l'aile nord, retournant tout ça dans son esprit.

La nuit était tombée. Hermione était assise sur son fauteuil, regardant par la fenêtre et étudiant le labyrinthe de haies, quand elle sentit un mouvement dans l'air. Elle se retourna et trouva Drago se tenant à la porte.

"Tu n'as pas demandé de livres." Il l'étudiait avec attention.

Elle secoua la tête. "Je réfléchissais."

Elle vit son regard vaciller et son expression devenir plus réservée.

"Quand j'y réfléchis, il y a des choses qui ne s'accordent pas."

"Aucun d'entre nous n'a ton intelligence éblouissante." Son ton était léger. Il n'avait pas bougé de la porte. Hermione étudia la distance entre eux et se mordit la lèvre alors qu'elle hésitait.

"Aujourd'hui, tu n'as pas dit que tu viendrais toujours pour moi. Tu avais l'habitude de le dire à chaque fois que tu partais. À chaque fois que…" elle baissa les yeux et enroula fermement l'ourlet de sa cape autour de ses doigts pour qu'ils ne tressaillissent pas visiblement. Elle fronça les sourcils, essayant d'en faire revenir un souvenir limpide mais en fut incapable. Une douleur sanglante commença à se répandre depuis la base de son crâne. Elle laissa tomber et regarda de nouveau Drago. "Je pense… je pense que je m'en souviens. À chaque fois que tu devais partir, tu promettait de revenir pour moi. Non ?"

Drago se figea pendant une fraction de seconde. Puis il cligna des yeux et sa bouche se tordit dans un sourire amer alors qu'il détournait les yeux. "Hé bien… je pensais que c'était une promesse qui sonnait plutôt creux à ce stade."

La gorge d'Hermione se serra, et sa main commença à se tendre vers lui. "Tu as cherché partout. Ce n'était pas ta faute."

Il eut un petit rire qui ressemblait à un aboiement et recula comme s'il avait été frappé. Ce bruit soudain fit sursauter Hermione.

Il la fixa pendant un moment, puis il haussa les sourcils.

"D'accord," dit-il lentement. "Partout. J'ai cherché partout." Il fit rouler sa mâchoire comme s'il sentait la force du mot dans sa bouche. "Sauf au seul endroit qui importait - là où tu étais - mais partout ailleurs, certainement. Je suppose que je mérite qu'on souligne mes efforts, à défaut d'autre chose."

Il y avait quelque chose de cruellement familier dans la vivacité implacable avec laquelle il parlait. Le ventre d'Hermione se noua.

"Pauvre petite guérisseuse qui n'a personne à soigner. Personne qui n'ait besoin de toi, ou ne veuille de toi."

Elle ne se souvenait pas de quand il avait dit ça. Était-ce un souvenir de la guerre ? Non, après… dans le Manoir.

Drago eut un autre rire, et cela la tira de sa rêverie.

Elle le fixa.

Son expression était tordue. "…pas ma faute ?" disait-il. Les mots étaient si brusques qu'on aurait dit qu'il coupait la fin de chacun d'entre eux. "Est-ce que c'est comme ça que je devrais penser à tout ça ? Que rien n'est jamais de ma faute ? Ni ma mère. Ni Dumbledore - ou n'importe qui d'autre que j'ai tué. Si je rationalise assez, je n'avais pas le choix pour tout ça, n'est-ce pas ? Et te concernant ? Est-ce que ce qui t'es arrivé n'est pas de ma faute ? Dois-je te blâmer plutôt ? Ou le Seigneur des Ténèbres ? Ou peut-être le monde en général ?"

Il respirait entre ses dents, vomissant les mots.

Puis il sembla abruptement se reprendre. Sa bouche se ferma brusquement, et il ne fit que la fixer pendant quelques secondes.

"Si Potter n'avait pas été important, tu ne l'aurais pas été non plus."

Hermione cligna des yeux pour chasser le souvenir, le cœur dans la gorge quand elle essaya de déglutir.

Drago ricana et porta une main pâle à son cœur. "Est-ce qu'embrasser le statut de victime éternelle me ferait me sentir mieux ?"

Sa voix, derrière le ton caustique du sarcasme, vibrait de rage contenue.

Hermione baissa les yeux vers ses genoux, inspirant lentement entre ses dents serrées. Ses doigts essayaient toujours de tressaillir nerveusement. Son corps entier était tendu alors qu'elle essayait de rester concentrée.

Il y avait tant de choses auxquelles elle essayait de ne pas penser ou pour lesquelles elle essayait de ne pas paniquer, c'était comme essayer de garder son visage au-dessus de la surface pour ne pas se noyer dans le marécage de ses pensées.

Ses souvenirs ne voulaient pas venir de façon clairement ordonnée. Elle avait des centaines de souvenirs de Drago, mais elle ne pouvait pas dire exactement dans quel ordre ils étaient censés se dérouler. Il y avait des flous distants puis des éclats de clarté ; des choses qu'elle savait mais qu'elle ne pouvait pas assembler dans quelque chose de suffisamment cohérent.

Instinctivement, elle était certaine qu'il y avait quelque chose d'autre qui était en train de se passer et que Drago le lui cachait ; quelque chose qu'il ne voulait pas qu'elle sache. Si elle le connaissait juste mieux… si elle pouvait se souvenir plus clairement… elle aurait su ce que c'était, mais elle ne pouvait pas voir la situation dans son ensemble assez clairement.

"Ce n'est pas ce que je veux dire. Je n'essaie… pas encore de parler de ça," dit-elle finalement après avoir passé plusieurs secondes à essayer de se concentrer. "La partie que je ne comprends pas c'est que si tout le monde dans l'Ordre est mort maintenant, et que tu ne peux pas tuer Voldemort, comment vas-tu t'y prendre exactement pour le battre et faire s'effondrer le régime ? Ça n'a pas de sens pour moi."

Elle leva les yeux. "Tu ne prévois pas de me faire le tuer, non ?"

Drago la fixa et ne prit même pas la peine d'honorer la question d'une réponse.

Hermione hocha la tête pour elle-même et baissa les yeux. "Si Severus et toi retirez mes menottes, Voldemort le saura. Même s'il ne sait pas que Severus est celui qui t'a aidé, tu es responsable de moi. Si je m'échappe, la punition sera pour toi. Il n'y a pas de solution pour que je quitte l'Europe sans que Voldemort ne comprenne que tu l'as trahi."

Drago ne dit rien.

Hermione leva les yeux vers lui, une sensation froide se glissant en elle alors que les informations qu'elle avait rassemblées au fil des mois se mettaient soudain en place. "C'est le plan. Voldemort est dépendant de toi. Tu es la clé de voûte, la chose qui stabilise le régime. C'est pour ça que tu t'es exposé comme étant le Haut Préfet, pour qu'il ne puisse pas essayer de te remplacer par quelqu'un d'autre." Sa bouche semblait sèche, et elle déglutit, ses doigts faisant rouler le tissu de la cape entre eux. "As-tu… as-tu trouvé un moyen d'enlever ta Marque des Ténèbres, alors ?"

Drago se tint immobile à la porte, la bouche courbée par un sourire. "Bien sûr. Une fois que tes menottes seront retirées, je serai capable de l'enlever."

Il lui rappelait la soirée du Nouvel An. Chaque mouvement était parfaitement exécuté. Malgré l'intensité de sa haine pour lui, elle l'avait quand même regardé ; remarqué chaque détail dont la signification lui avait échappé. Maintenant, forte de sa connaissance passée de lui, elle pouvait voir la lueur de Drago en dessous. La personne qu'elle avait connue, écrasée par ses runes. Il avait presque disparu, mais il restait encore des traces de lui.

Elle pencha la tête sur le côté. "Comment ?"

Il fit un petit haussement d'épaules. "Severus a trouvé quelque chose. Il a travaillé avec Dolohov pendant des années."

Il y eut une pause anormalement longue.

"Tu mens," dit-elle finalement.

Il pencha la tête et l'étudia. Sa vivacité froide et moqueuse refaisant soudain surface. "Vraiment ? Penses-tu que tu me connais encore assez bien pour le dire ?"

Sur la défensive. Il était toujours plus cruel quand il était vulnérable.

Les coins de la bouche d'Hermione se tordirent tristement. "Oui." Son cœur semblait être en plomb dans sa poitrine. "Tu avais l'habitude d'être honnête la plupart du temps… avec moi."

Sa bouche se tordit d'un sourire sauvage. "Oui, je l'étais."

Hermione essaya de respirer et se rendit compte qu'elle était en train de se noyer dans une tristesse pure. Il y avait une mer autour d'elle, et Drago se tenait à cinq mètres de là.

Son cœur battait de plus en plus vite. Elle prit une lente inspiration et croisa son regard.

La fanfare est dans la lumière, mais l'execution est dans le noir.

"Tu me mens. Tu ne vas pas retirer ta marque. Tu n'as même pas l'intention d'essayer. Tu prévois de mourir. Tu t'es exposé en tant que Haut Préfet pour que quand Voldemort te tueras pour m'avoir laissé m'échapper, le régime se déstabilise et s'effondre."

Drago se tint debout à la regarder pendant un moment avant que ses lèvres ne se courbent d'un sourire aussi amer que du poison. Il soupira et la façade tomba.

"J'avais espéré que la bibliothèque te garderait occupée pendant au moins une semaine." Il avait l'air déçu et fatigué.

Hermione attendit qu'il dise quelque chose d'autre, mais il ne le fit pas.

"C'est ton plan ?" Sa voix tremblait d'incrédulité. "Deux ans et ton plan est toujours de me cacher quelque part, d'être tué pour traîtrise, et tu penses que je…que je vais être d'accord avec ça ?"

Drago resta silencieux pendant plusieurs secondes, puis il eut un rire grave. Elle le sentit dans ses os.

"As-tu une meilleure solution cette fois encore ?" Son ton était glaçant. "Après tout, toutes les horreurs que j'ai jamais imaginées ne sont pas encore arrivées. Te perdre et passer seize mois à essayer de te trouver sans succès. Te retrouver torturée et brisée. Te garder prisonnière dans cette maison. Te violer." Sa voix devenait brute de chagrin et de rage. "Devoir te tenir de mes mains, et te sentir dans ma tête pendant que ton esprit se fait ravager. Trouver quelqu'un en train de te violer dans mon jardin…"

"Il ne l'a pas fait," dit rapidement Hermione, sa poitrine se serrant. "Il ne l'a pas fait. Tu es arrivé à temps."

Ses yeux se remplirent de soulagement, mais sa bouche s'affuta dans un sourire coupant comme un rasoir. "Hé bien, c'est toujours ça."

Il eut un petit rire et regarda vers le sol. "Où en étais-je ? Ah, oui. Te retrouver avec un oeil à moitié arraché parce que ma femme a essayé de te rendre aveugle. Te trouver en train de te matraquer la tête contre une vitre. Te regarder dépérir parce que je t'ai mise enceinte. Arriver pour te voir t'effondrer et apprendre que les dommages de ton occlumancie et de la magie foetale sont si sévères que tu pourrais ne jamais te réveiller… que je pourrais t'avoir tuée."

Il était devenu blanc. Ses lèvres s'affinèrent alors que sa bouche se tordait dans un rictus. "Ce n'est pas assez ? Il y a, sans aucun doute, des profondeurs encore inexplorées dans le potentiel de souffrance entre nous. Devons-nous tenter de toutes les vivre ?"

Il relâcha un bref soupir et son expression se referma. "Si j'enlève tes menottes, au lieu de te mettre en sécurité, je pourrais te mettre une baguette dans la main et te faire transplaner, enceinte, dans l'antre du Seigneur des Ténèbres. Ça fait deux ans que tu n'as pas utilisé ta magie, tu peux à peine monter les escaliers, et tu manges toujours à peine, mais ce n'est pas grave. C'est sûr que se battre pour le plus grand bien joue dans la balance à un moment."

Hermione tressaillit.

L'expression de Drago pourrait avoir été gravée dans le marbre. "Si je t'amène là-bas, il y a une petite chance que, si je te protège, ou que Severus et moi le fassions tous les deux, tu puisse être capable de tuer le Seigneur des Ténèbres avant qu'il n'invoque d'autres Mangemorts. Dans ce cas nous mourrions immédiatement parce que ce monstre paranoïaque a ensorcelé son château pour qu'il s'effondre dès qu'il sera mort ; l'un de ses innombrable mécanisme de sécurité.

Il pencha la tête en arrière. "Ou, plus probablement, nous échouerions à le tuer, parce que j'ai déjà essayé des dizaines de fois, et peu importe qui j'envoie ou quelle méthode ils essaient, les tentatives échouent toujours. Dans ce cas, j'aurais le choix entre te tuer moi-même, ou te regarder te faire capturer une nouvelle fois et ils mettraient des menottes autour de nos poignets à tous les deux. Penses-tu qu'il nous tuerait rapidement ?"

Hermione secoua la tête, la gorge toujours trop serrée pour respirer.

"Non." Les yeux de Drago étaient de glace bien que son expression demeure précautionneusement contenue. "Il ferait durer les choses. Je l'ai vu le faire… quand il a un exemple à donner à quelqu'un. Il fait durer les choses pendant des semaines parfois. Il amène des guérisseurs pour les garder en vie jusqu'à ce qu'il ait terminé."

Elle pouvait voir la terreur dans ses yeux. Il détourna le regard, vers le portrait de Narcissa. Ses yeux n'y restèrent pas ; son regard glissa dessus.

Il regarda presque dans le vide vers le mur du fond. "Il te tuerait d'abord. Il aurait notre historique d'ici là ; je suis sûr qu'il utiliserait mon esprit comme référence. J'ai eu plus de deux ans pour imaginer toutes les choses qui auraient pu t'être arrivées. Toutes les choses que je pensais pouvoir t'être arrivées." Sa voix était presque morte. "Je suis sûr qu'il se ferait un devoir de toutes te les faire subir."

Les bords de la chambre devenaient flous. Hermione essaya de déglutir, mais sa gorge ne fonctionnait pas.

Il poussa un soupir silencieux et posa une main contre le cadre de la porte. "Ce n'est pas une nouvelle opportunité pour toi et ton obstination de Gryffondor d'essayer de sauver tout le monde." Il soupira. "Crois-moi, je m'enfuirais avec toi si je le pouvais. J'ai toujours voulu le faire…" Sa voix mourut pendant un moment.

"Ça n'a jamais été une option, n'est-ce pas ? 'Aider l'Ordre à vaincre le Seigneur des Ténèbres du mieux que je peux'. Maugrey n'a pas inclus de date d'expiration ou de dérogation là dedans." Il eut un sourire amer pendant un moment avant de redevenir froid. "Le temps du Seigneur des Ténèbres est compté. Il n'espère pas vivre plus de quelques années. Le monde sorcier est suffisamment désabusé par son idéologie et son règne, particulièrement avec le spectacle qu'il donne avec le programme de repopulation. Quand les choses se déstabiliseront, le régime tombera, et la Confédération Internationale interviendra et s'en attribuera le mérite comme ils le font toujours." Une ombre de sourire passa sur son visage alors qu'il regardait Hermione. "Dans quelques années, tu pourrais avoir le monde que tu voulais. Ça…je peux essayer de te le donner."

"Non !" dit-elle avec force.

Les yeux de Drago étaient d'argent, et son regard vacilla alors qu'il la regardait. "Tu as toujours dit que tu ne pouvais pas me choisir avant tout le monde. Je suis enchaîné à un bateau qui coule. Tu ne peux pas t'attendre à ce que je t'entraîne avec moi."

"Je mentais… !" Les mains d'Hermione tremblaient, et elle se tenait si rigidement qu'elle commença à basculer alors qu'elle essayait de respirer et de ne pas se mettre à pleurer. "Je n'allais pas… Drago…"

Elle baissa la tête et pressa ses mains contre son sternum alors qu'elle essayait d'inspirer, haletant rageusement. L'air brûlait dans ses poumons, et elle continua à haleter, encore et encore, de plus en plus vite.

L'expression dure de Drago disparut, et il traversa la pièce.

Il s'agenouilla devant elle. Avec hésitation, comme s'il approchait un animal apeuré, il tendit les mains et les posa doucement sur les épaules d'Hermione.

"Granger, respire. Respire. Tu dois respirer." Son expression était ouverte et implorante.

Elle eut un sanglot et pencha la tête en avant jusqu'à ce que leurs fronts se touchent.

"Respire, s'il te plait, respire." Il ne cessait de le lui dire. La chaleur de ses mains traversait les vêtements et la peau d'Hermione alors qu'elle fermait fort les yeux et se forçait à respirer lentement jusqu'à ce que sa poitrine arrête d'être agitée de spasmes.

"Drago… il doit y avoir un autre moyen." Elle tendit des mains tremblantes et toucha son visage. "J'ai besoin que tu vives. Tu es à moi. On a dit qu'on s'enfuirait ensemble. Tu te souviens ? Quelque part où personne ne nous trouverait."

L'expression de Drago se glaça, et il baissa le regard, clignant des yeux à répétition, avant d'avoir un rire creux. Ses mains glissèrent des épaules d'Hermione, et il inclina la tête pour qu'il puisse la regarder dans les yeux. "J'essaierais de faire tout ce que tu m'as demandé, si je le pouvais."

La façon rêveuse dont il le dit la blessa au vif.

"Alors, s'il te plait…" Elle passa les doigts sur ses pommettes et captura la courbe de sa mâchoire du bout de ses doigts. Son visage n'était qu'à un souffle du sien. "Drago… il doit y avoir un autre moyen. Nous pouvons le trouver. Je peux… maintenant que je me souviens… je vais t'aider."

La voix d'Hermione était basse, et elle tremblait. "Je sais… je ne suis plus la même qu'avant, mais tu as promis… j'ai besoin de toi. J'ai besoin que tu vives. Même à Poudlard… même quand je pensais que tu devais être mort… j'ai continué à tenir bon parce que je ne partirai jamais sans toi. Je ne t'abandonnerai jamais. Tu dois trouver un autre moyen."

Il relâcha brièvement son souffle et l'attira plus près, pressant ses lèvres contre son front. "Granger… Granger, ceci a été le plan depuis le jour où le Seigneur des Ténèbres t'a assigné à moi."

Hermione sursauta et le regarda avec horreur alors qu'il continuait.

"Si je t'avais trouvée, j'aurais pu être capable de mettre au point autre chose, mais une fois que tu as attiré l'attention du Seigneur des Ténèbres et qu'il t'a voulue assignée à Severus ou à moi, il n'y a plus eu d'autre moyen de te faire échapper qui n'implique pas de compromettre l'un d'entre nous. Severus ne pouvait pas t'emmener en Roumanie sans violer les termes de son Serment. Ça devait être moi."

"Non…"

Il passa ses pouces le long de ses joues. "Je ne peux pas tuer le Seigneur des Ténèbres ; Severus et moi avons essayé. Je ne peux pas m'enfuir avec toi, même si je pouvais enlever ma marque. Ceci est vaincre le Seigneur des Ténèbres du mieux que je peux. Je vais te faire partir. Tu seras en sécurité après ça."

Hermione agrippa ses mains. "Je ne veux pas être en sécurité. Je veux que tu sois en vie. Trouve un nouveau plan."

Il soupira et croisa son regard. "Tout ce que je voulais si je sauvais Ginny. Granger, tu as promis. Je veux que tu vives, laisse ce monde derrière toi et vis. C'est ce que j'ai toujours voulu pour toi. Tu as des promesses à tenir. Tu dois prendre soin de Ginny. Tu as juré à Potter que tu le ferais."

"J'ai promis de prendre soin de toi en priorité. Toujours. Je te l'ai toujours promis," dit-elle férocement. Sa voix tremblait et elle ne pouvait pas arrêter de pleurer. Elle pouvait sentir ses larmes s'accumuler sur les doigts de Drago. "Tu n'allais même pas me le dire, n'est-ce pas ? Tu as dis février. Tu allais m'envoyer loin, et je ne me serais même pas encore souvenue de toi. Je n'aurais rien su jusqu'à ce qu'il soit trop tard… Et la semaine dernière, tu as dit que je te reverrai."

Le coin de sa bouche tiqua. "Je suis censé te garder calme, et je ne te fais pas confiance, même sans magie." Sa voix s'affermit. "La dernière fois que j'ai été honnête avec toi, tu as disparu et tu n'es jamais revenue."

Elle tressaillit et sa respiration s'emballa de nouveau. "J'ai essayé de revenir," elle força les mots à sortir. "J'ai essayé… j'ai essayé de… essayé…"

Sa prise se rafermit. "Respire. Respire. Tu n'as pas besoin de me le dire, je sais. J'ai lu les rapports. Tu as rasé la moitié du Sussex et tué presque tout le monde à l'intérieur des protections. Tu as presque anéanti toute la population de Détraqueurs de Grande-Bretagne. Tu as tué quinze loups-garous, vingt vampires et une demi-douzaine de harpies. Après que tu aies perdu ta baguette, tu as tué un autre loup-garou, une harpie et poignardé Montague deux fois avant qu'il n'arrive à te stupéfixer. Je sais que tu as essayé."

"Alors… tu dois essayer aussi."

"Granger, j'ai essayé. C'est le mieux que je puisse faire." Il soupira. "Nous avons de longs adieux devant nous à présent… je ne veux pas devoir me battre avec toi pour ça."

Elle secoua la tête. "Laisse-moi essayer de trouver un autre moyen. Je peux… faire des recherches. Peut-être que je peux trouver un moyen d'enlever ta Marque des Ténèbres. S'il te plait… laisse-moi essayer."

Drago fit une pause pendant plusieurs secondes et la fixa. Après un moment, il hocha la tête avec résignation. "Je te fournirai ce dont tu as besoin pour tes recherches, à deux conditions : une, si tes crises d'angoisse augmentent à cause de ça, tu arrêteras, et deux, quand Severus arrivera, peu importe à quel point tu penses être prête à faire une avancée, tu arrêteras et tu partiras sans que j'aie besoin de te forcer. Tu n'essaieras pas de me piéger ou de me manipuler, tu me diras aurevoir et tu partiras."

Il la fixait, le regard résolu et sévère alors qu'il parlait. "D'accord ?"

Hermione pressa ses lèvres l'une contre l'autre et déglutit. "Je te le promet," dit-elle finalement.

Elle tendit la main et le bout de ses doigts glissa légèrement le long du visage de Drago. Elle regarda ses yeux passer du vif-argent au gris avant qu'il ne baisse le regard, pressant sa mâchoire contre sa main.

"Ne me ment plus, Drago." Sa voix était suppliante et elle l'attira plus près et pressa son front contre le sien, le respirant, le sentant de nouveau proche d'elle. "S'il te plait, ne me ment pas."

Il eut un autre rire creux. "D'accord."