Chapitre 67
Hermione eut l'impression que son cœur était remonté dans sa gorge.
C'était une fille. Une petite fille.
Cela rendait la grossesse si réelle que c'en était discordant.
Stroud inspecta le diagnostic plus en profondeur et soupira. "Hé bien, ce n'est pas ce que j'avais espéré."
Elle fit disparaître le résultat du sort d'un mouvement de baguette.
"C'est malheureux, nous avons plusieurs mères porteuses qui ont fait une fausse couche inattendue après qu'on ait appris qu'elles portaient des filles." Ses yeux glissèrent d'Hermione à Drago. "Bien sûr, cela ne sera pas un problème ici, étant donné que la grossesse est un mécanisme primaire de recouvrement de la mémoire. Dans votre cas, Haut Préfet, il y aura toujours la prochaine mère porteuse… pour un vrai héritier."
Hermione se sentit se glacer. Sa gorge se serra, et elle détourna les yeux de Stroud, ses yeux filant vers Drago.
Il fixait l'orbe palpitante comme s'il ne pouvait pas détourner les yeux, mais sa posture bougea légèrement.
Hermione regrettait de ne pas pouvoir le toucher, tenir sa main. Cela lui semblait être un moment qu'ils devraient partager. Elle était enceinte d'une petite fille mais elle avait l'impression que la seule réaction qu'elle pouvait avoir était de rester assise silencieusement, baisser les yeux et se demander comment ça aurait pu se passer dans d'autres circonstances.
Drago continuait à reconnaître à peine la grossesse au-delà de la façon dont ça affectait la santé d'Hermione. Malgré le fait qu'elle répétait avec insistance qu'elle n'allait pas avorter, il refusait de faire comme si ça avait le moindre rapport avec lui. C'était la grossesse d'Hermione, son bébé. Quand elle essayait d'en parler, il devenait laconique, et si elle insistait, il s'excusait et partait.
Il cilla, et les muscles de sa mâchoire se serrèrent alors qu'il se reprenait et détournait les yeux, regardant stoïquement par la fenêtre.
Hermione regarda de nouveau Stroud qui continuait de jeter des sorts et gribouiller des notes.
Stroud lança un autre sort, et une projection du cerveau d'Hermione apparut.
Les souvenirs d'Hermione brillaient de la même teinte dorée que l'orbe palpitante. Toutes les petites lumières éparpillées dans son cerveau avaient changé de couleur et certaines paraissaient avoir été fracturées. Il y avait des éclats de lumière qui couraient le long de ce qui paraissait être des chemins neuronaux.
"Comme c'est intéressant," dit Stroud en les poussant légèrement. "Qu'ont dit les guérisseurs de l'esprit quand ils ont vu ce changement ?"
Drago détourna les yeux de la fenêtre et fixa la projection. Ses narines s'évasèrent comme s'il sentait une mauvaise odeur. "De la garder au calme si jamais elle se réveille et d'empêcher d'autres crises d'épilepsie si je voulais éviter des dommages cérébraux permanents et la perte des souvenirs." Il jeta un regard méprisant à Stroud. "Vous devez être reconnaissante que votre méthode de recouvrement forcé ne l'ait pas tuée. J'imagine que le Seigneur des Ténèbres n'aurait pas bien pris la nouvelle."
Stroud s'affaissa légèrement et eut l'air nerveux. "J'ai dit, quand je l'ai proposée, que c'était théorique," dit Stroud, la voix guindée. "J'ai rendu de fait bien clair pour le Seigneur des Ténèbres. A-t-elle montré des signes d'avoir retrouvé certains souvenirs ?"
"Non," dit Drago, sa lèvre se courbant alors qu'il regardait Hermione avec dérision, puis il se concentra sur Stroud, résolu. "La seule différence discernable dans son comportement depuis qu'elle est enceinte est qu'elle est plus instable et à peine capable de quitter sa chambre."
Stroud soupira et tapota la projection. "C'est dommage qu'on ne puisse pas lui administrer de Veritaserum. Combien de temps le guérisseur de l'esprit a-t-il dit qu'il ne fallait pas utiliser de magie sur son cerveau ?"
"Tant que le niveau de magie restera à un niveau critiquement haut, tout ce qui peut perturber magiquement le cerveau, à l'exception des anticonvulsifs, doit être évité. Il a estimé qu'il serait possible d'utiliser ma légilimancie au début du troisième trimestre, en supposant que son niveau de stress baisse au point que son anxiété cesse de déclencher des crises d'épilepsie." Les yeux de Drago se fermèrent à demi, et il avait l'air impassible. Sa main était près de sa baguette.
Stroud retroussa les lèvres. "C'est une attente malheureusement longue. Vous l'avez informé que ces souvenirs étaient une urgence ?"
Drago agita dédaigneusement la main. "Vous avez vu les rapports ; selon l'analyse du guérisseur de l'esprit, au plus les informations sont cruciales, au plus elles sont protégées. Tenter de les extraire prématurément peut résulter à ne récupérer que des informations non-essentielles. Les souvenirs ne sont pas discrets ; ils se chevauchent par association. Les souvenirs que le Seigneur des Ténèbres est le plus avide d'avoir ne seront pas les premiers souvenirs retrouvés mais les derniers."
Stroud tapota une nouvelle fois la projection du cerveau d'Hermione avant de la faire disparaître. "Hé bien, maintenant qu'elle atteint la fin du premier trimestre, elle devrait commencer à manger et se remettre physiquement. Cela pourrait ne pas être une inquiétude pour vous, étant donné que l'enfant ne sera pas l'héritier, mais des niveaux élevés de cortisol peuvent affecter un bébé. Avec les restrictions que les mères porteuses ont sur leur comportement, le stress peut se manifester de façon inhabituelle si on n'y répond pas. L'exercice est une façon cruciale de l'évacuer. Vous devriez lui ordonner de s'exercer dès qu'elle apparaîtra assez stable pour le faire."
Drago fit un petit signe de tête indifférent en signe d'acquiescement.
Il escorta Stroud vers la sortie quelques minutes plus tard. Hermione s'avança et pressa l'oreille contre la porte. Elle pouvait entendre la voix de Stroud résonner dans le couloir.
"Si vous ne voulez pas garder une femelle, le laboratoire la prendra immédiatement après l'accouchement. Le Seigneur des Ténèbres comprend que tout le monde ne veut pas l'obligation d'avoir de multiples enfants. Ceux avec un bon potentiel seront élevés pour contribuer à la prochaine phase du programme, et les autres seront d'utiles cobayes de laboratoire. Il y a toujours peu de connaissances sur le développement précoce de la magie…"
La langue d'Hermione se figea dans sa bouche, et son estomac se tordit si violemment qu'elle vomit presque sur le sol. Elle retourna s'asseoir en tremblant sur le bord de son lit.
Drago ne laisserait jamais une chose pareille arriver. Il ne laisserait jamais arriver une chose pareille à Hermione, à leur bébé. Mais cela ne sauverait pas les autres mères porteuses ou leurs bébés.
Elle ferma les yeux.
Elle espérait que Drago reviendrait bientôt pour qu'elle puisse récupérer ses livres. Sinon il n'y avait rien d'autre à faire que s'inquiéter, encore et encore.
Il était impossible de faire autre chose que s'inquiéter puis s'inquiéter du fait qu'elle était inquiète.
Un taux de cortisol élevé pouvait impacter le bébé.
Rester calme, sinon elle pourrait faire une crise d'épilepsie.
Alors, Drago pourrait ne plus la laisser faire des recherches.
Alors…
Elle essaya de ne pas y penser.
Elle passa mentalement en revue les sorts de guérison et développa des potions théoriques pour contrer l'hémophilie et arrêter l'hémorragie.
Il fallut presque une heure avant que Drago ne réapparaisse. Dès qu'elle le vit, son esprit revint immédiatement sur l'examen.
Ça allait être une petite fille.
Maintenant qu'elle connaissait le sexe, elle pouvait l'imaginer plus clairement. Avant, ça avait été plus abstrait, un bébé. Maintenant, c'était une fille. Une petite fille.
Il y avait des portraits d'enfants Malefoy dans le manoir, toujours blonds aux yeux gris… et masculins.
La lignée des Malefoy était prédominée… entièrement masculine.
Hermione ne se rappelait pas de portraits représentant des descendantes Malefoy. Un héritier, et occasionnellement un deuxième enfant.
Hermione ne savait pas si c'était une anomalie génétique ou, plus probablement, un procédé de sélection ; peut-être que les Malefoy ne gardaient traditionnellement pas les grossesses féminines.
Drago s'arrêta à trente centimètres d'elle et resta debout. Il semblait seulement partiellement présent, comme si son esprit était ailleurs. La main d'Hermione était posée sur son ventre, et elle regardait prudemment Drago.
"Alors… c'est une fille," dit-elle.
L'expression de Drago se referma instantanément, et il hocha légèrement la tête.
La bouche d'Hermione tressaillit. "Je ne savais pas que les Malefoy avaient des filles."
"Non," dit-il en haussant les épaules.
Hermione avait l'impression d'avoir une pierre coincée dans la gorge. "Est-ce que… est-ce que ça pose un problème pour toi ? Que ça ne soit pas un garçon ?"
Drago cilla et sembla être soudainement revenu de l'endroit où son esprit avait été.
"Quoi ? Non." Il la fixa. "Le sexe m'a toujours été égal."
La sensation dans sa gorge fut remplacée par une lourdeur dans sa poitrine. Hermione hocha la tête. "Très bien. Je me demandais juste."
Drago la regarda. "C'est un enchantement dans la lignée du sang qui a pour but de garder le domaine intact. Les Malefoy doivent être liés par le mariage pour produire un héritier avec une sorcière."
"Oh," fut tout ce qu'elle put dire. Après quelques secondes, elle ajouta "Stroud ne le sait pas."
Il secoua la tête, baissa les yeux, et parut étudier le cirage de ses chaussures. "Il ne m'a jamais semblé utile de le mentionner, étant donné que la nécessité d'avoir un héritier rendent mes efforts apparemment sérieux."
Hermione détourna les yeux.
Se marier. Avoir des enfants. Vieillir avec quelqu'un.
Il y avait un point où elle s'était résignée au fait de ne jamais avoir ces choses. Elle s'était dit qu'elle aurait des choses plus importantes pour la consoler ; Harry et Ron seraient toujours vivants, Voldemort serait vaincu, le monde serait meilleur. Le savoir serait assez pour combler le vide.
Mais Harry et Ron n'étaient pas en vie. Voldemort n'était pas vaincu. Le monde semblait si brisé qu'elle ne savait pas s'il serait un jour meilleur.
À présent, elle sentait la perte de choses simples.
"Est-ce que je peux récupérer mes livres avant que tu partes ?" demanda-elle, levant de nouveau les yeux vers lui.
"Je vais les faire apporter par Topsy."
Elle baissa les yeux sur ses chaussures. "Je vais essayer de retourner me promener. Stroud a raison, c'est important pour le bébé, alors je devrais le faire."
Elle leva les yeux et fit un petit sourire.
Drago la regarda et le sourire d'Hermione finit par disparaître. Elle détourna les yeux vers la fenêtre. C'était si… ouvert. Ses doigts tressaillirent, et elle les glissa derrière son dos.
"J'irai avec toi," dit-il. "Il ne faut pas que tu y ailles seule."
Il tendit la main, et elle la prit.
Ils allèrent à l'extérieur et marchèrent lentement le long d'un chemin bordé d'arbres fruitiers, leurs doigts entrelacés. Les fleurs avaient été remplacées par des feuilles ; leur chemin était surplombé par les branches arquées.
"Je grimpais dans ces arbres quand j'étais petit," dit brusquement Drago.
Hermione leva les yeux vers lui avec surprise. Il avait toujours été silencieux pendant les promenades jusque là. Il était inhabituel qu'il entame une conversation.
Il baissa les yeux vers le chemin, l'expression lointaine. "On m'avait dit de ne pas y grimper, mais une fois que mes leçons de la journée étaient terminées, je venais et j'essayais de le faire."
Il regarda un pommier noueux près d'eux. "Je suis resté coincé dans cet arbre. Il me semblait énorme à l'époque. Topsy a essayé de me faire descendre, mais je ne la laissais pas faire. Je me suis assis sur cette branche et j'ai appelé ma mère pendant une heure avant qu'elle ne rentre du chemin de Traverse."
Hermione étudia la branche qui était seulement à un ou deux mètres du sol, et elle grimaça.
Drago se tourna. "Si on continue sur ce chemin et qu'on coupe à travers le champ, il y a un étang là-bas où j'attrapais des grenouilles. Il y avait des canards et des hérons ici. On m'a offert un filet pour mon cinquième anniversaire, et je l'utilisais pour attraper tout ce que je pouvais trouver. C'était pour mon zoo. Je disais que je voulais être magizoologue quand je serai grand. J'avais fermement en tête l'idée de voyager en Afrique un jour pour faire une expédition. Mon père était horrifié."
Drago n'avait pas d'expression alors qu'il parlait. Hermione commença à se sentir mal à l'aise.
"J'étais la terreur des elfes et des gnomes," ajouta-il après une autre minute. "J'ai été mordu une fois par un gnome en essayant de le déterrer. Du sang partout." Il eut un rire vide. "Ma mère était terrifiée à l'idée que j'en garde une cicatrice."
Il recommença à marcher lentement le long du chemin, tenant toujours la main d'Hermione.
"J'ai toujours aimé voler. Mon père m'a donné un balai jouet quand j'avais deux ans, malgré les objections de ma mère. Theodore Nott et moi avions l'habitude de nous poursuivre partout dans le domaine. J'ai failli me casser le bras en m'écrasant contre le côté du manoir quand j'avais huit ans."
Il resta silencieux après ça jusqu'à ce qu'ils atteignent la limite des arbres. "Topsy partira avec toi. Elle s'est occupée de plusieurs bébés. Elle m'a presque élevée les premières années quand ma mère était malade. Elle a aidé Ginny avec James aussi." Il regarda Hermione. "C'est arrangé à présent… son appartenance te sera transférée. C'est une bonne elfe. Elle connaît toutes les histoires sur moi que tu voudrais connaître."
Hermione arrêta de marcher en réalisant ce qu'il était en train de faire.
Il essayait de lui donner ce qu'elle voulait. Pour lui, reconnaître qu'il aurait un enfant signifiait reconnaître qu'il ne le rencontrerait jamais.
Il lui racontait des histoires pour qu'elle puisse raconter à sa fille comment il avait été avant l'école, avant la guerre.
Il prenait des dispositions.
Il regarda dans les champs. "La magie du domaine va rester en sommeil à moins que mon père ne produire un nouvel héritier," dit-il un moment plus tard. "S'il ne le fait pas, le manoir reconnaîtra et acceptera un descendant… si elle veut le réclamer. Il y a des documents que je te ferai emporter, pour établir une réclamation formelle du domaine si tu veux que ça soit légitimé. Mais il n'y a pas de raison que tu doives revenir, il y a déjà des coffres à ton nom et d'autres actifs que j'ai transféré qui seront plus facile à liquider."
Les épaules d'Hermione commencèrent à trembler.
Drago la regarda. Ses yeux étaient d'un gris orageux et résolus alors qu'il étudiait le visage d'Hermione. "Je t'ai amenée trop loin. Tu es fatiguée. Nous allons rentrer."
Hermione ne bougea toujours pas. Sa gorge semblait serrée, et ses jambes menaçaient de lâcher sous elle. Il y avait des milliers de choses qu'elle avait envie de dire et elle se sentait perdue quant à la façon de les lui communiquer.
Il s'approcha. "Peux-tu marcher pour rentrer ?"
Elle réussit à secouer infinitésimalement la tête.
Il s'approcha, bougeant lentement et jaugeant la réaction d'Hermione. Il glissa le bras gauche autour de sa taille et la souleva pour la prendre dans ses bras, la portant pour retourner au manoir.
Elle enroula ses bras autour de son cou et enfouit son visage dans son épaule alors qu'elle commençait à pleurer. Elle pleura dans ses bras sur tout le chemin jusqu'à sa chambre.
Cette nuit-là, la tête d'Hermione reposait sur le torse de Drago alors qu'elle était allongée dans le lit et regardait l'horloge tourner. Drago avait une main sur la tête d'Hermione, enroulée dans ses cheveux, pendant que son autre main traçait des motifs le long de son bras à travers ses robes.
Elle s'assit et le regarda. Il leva les yeux vers elle, l'expression prudente. Elle tendit la main, la posant sur son torse, puis se pencha et l'embrassa. Elle ferma les yeux et mémorisa la sensation de leurs lèvres se joignant, la façon dont leurs nez s'effleuraient, le léger chaume de la mâchoire de Drago sous ses doigts alors qu'elle pressait la main contre son visage.
Elle approfondit le baiser, se perdant dans la sensation de Drago. Elle pouvait sentir l'odeur piquante d'essence de bois de cèdre sous ses vêtements et la mousse de chêne et le papyrus sur sa peau. La paume de Drago caressa la gorge d'Hermione et elle frissonna contre lui, se pressant plus près de lui et emmêlant ses doigts dans ses cheveux.
Les baisers étaient lents, profonds et si familiers. Elle connaissait tout ça. Cette chaleur dans son ventre, la sensation prenante dans sa poitrine, et le vrombissement sans ses veines. C'était la chose la plus intime et la plus précieuse qu'elle n'ait jamais connue. Elle l'avait cachée au loin où elle ne pourrait pas être prise, enterrée jusqu'à la perdre dans son propre esprit.
Elle voulait qu'elle revienne.
Ses mains sur le torse de Drago commencèrent à glisser, descendant plus bas. Les mains de Drago se refermèrent autour de celles d'Hermione et les arrêtèrent. Quand elle essaya de se libérer, il arrêta de l'embrasser.
"Qu'est-ce que tu fais ?"
Hermione s'assit et baissa les yeux vers lui, prenant une profonde inspiration. "Je veux essayer de faire l'amour avec toi."
Elle le regarda dans les yeux en le disant.
Les iris de Drago s'assombrirent alors que ses cornées s'élargissaient, mais son expression se fit dure et fermée.
"Non. Ça n'arrivera pas."
Hermione baissa les yeux vers ses mains dans celles de Drago. "Je ne veux pas que la dernière fois que j'ai fait l'amour avec toi ait…" elle grimaça, "ait été… forcée."
Drago resta silencieux pendant un moment.
"Non."
Les doigts d'Hermione eurent un spasme, et elle retira sa main de l'endroit où il l'avait arrêtée, hochant légèrement la tête. "Très bien."
Elle s'allongea et reposa la tête contre l'épaule de Drago, pressant son visage contre la chaleur de son corps qui irradiait à travers sa chemise.
Ils ne dirent rien pendant plusieurs minutes.
"Pourquoi ?" demanda-il finalement.
"Je te l'ai dit."
"Tu as toujours plus d'une raison."
"Je n'arrive pas à me souvenir à quoi ça ressemblait de faire l'amour avant," dit-elle finalement. "Je sais qu'on était ensemble, mais c'est si loin, comme quelque chose au loin dont je ne peux distinguer les détails. Quand j'essaie de me souvenir… je… je me souviens jusque comment c'était ici, quand tu devais le faire chaque mois. Alors je pensais…" elle s'arrêta et resta silencieuse pendant quelques instants.
Cela pouvait mal tourner de tant de façons. Ça ne serait pas comme dans le passé, ça serait altéré et affecté par tout ce qui s'était passé. Elle pourrait paniquer ou se rendre compte passé un certain stade, qu'elle ne pouvait pas faire machine arrière ou lui demander de ralentir ou d'arrêter. Elle pourrait faire une crise d'épilepsie.
Cela pourrait détruire le fragile refuge qu'ils trouvaient l'un dans l'autre, le sentiment de sécurité qu'elle trouvait en lui.
Ça pourrait empoisonner le passé.
Elle se blottit plus près de lui. "Laisse tomber."
Drago ne dit rien.
Elle s'endormit en écoutant son cœur battre.
Cependant, après cette conversation, la façon dont il l'embrassait changea. Ses mains s'attardaient plus longtemps. Ses baisers n'étaient plus seulement d'une adoration brûlante mais de quelque chose d'autre.
Quelque chose de plus affamé.
Quelque chose qu'elle pouvait sentir dans son sang.
Quand il revint après être parti pendant deux jours, son toucher parut de feu. Ses mains s'emmêlèrent dans les cheveux d'Hermione, elle tira sa main gauche plus bas, le long de son cou, jusqu'à la base de sa gorge et plus bas le long de son corps. Elle le sentit inspirer si brusquement entre ses dents qu'elle sentit l'air caresser sa peau.
Elle eut un gémissement frissonnant.
"Dis-moi de m'arrêter," dit-il, sa bouche brûlante contre la gorge d'Hermione. "Dis-moi de m'arrêter."
Elle emmêla ses doigts dans les robes de Drago et l'attira plus près. "Ne t'arrête pas," dit-elle. "Je ne veux pas que tu t'arrêtes."
Les dents de Drago frottèrent contre la peau d'Hermione alors qu'il lui mordillait la gorge. Elle tira la main de Drago jusqu'aux boutons de sa robe et commença à les ouvrir. Ses doigts caressèrent sa peau nue et il parsema ses épaules de baisers la bouche ouverte.
C'était bon.
C'était familier.
Il avait l'habitude de te toucher de cette façon. Elle pouvait s'en souvenir.
Il l'embrassa le long de son sternum jusqu'à ce que la tête d'Hermione tombe en arrière et qu'elle pousse une exclamation. Ses mains glissèrent sur les épaules d'Hermione et le long de sa colonne vertébrale.
Les mains d'Hermione suivirent la courbe de la mâchoire de Drago, puis descendirent sur ses épaules, essayant de le toucher entièrement. La sensation de le toucher était enfouie en elle… un sens physique de familiarité faisait tambouriner son cœur alors qu'il se réveillait.
Elle attira de nouveau sa bouche sur la sienne et l'embrassa plus profondément.
"Je t'aime," dit-elle contre ses lèvres. "Je t'aime. Je regrette de ne pas te l'avoir dit mille fois."
Elle commença à déboutonner la chemise de Drago puis la poussa pour l'enlever, faisant courir ses doigts contre sa peau.
"Dis-moi de m'arrêter, et je m'arrêterai," dit-il contre ses lèvres.
"Ne t'arrête pas."
Le cœur d'Hermione tambourinait dans sa poitrine, et elle ferma les yeux et se concentra sur les sensations. La sensation pesante et chaude de sa peau contre la sienne. Elle inspira contre l'épaule de Drago et passa les doigts contre les cicatrices de son dos.
"Ferme les yeux."
Elle sentit ses vêtements glisser et une chaleur s'enrouler en elle.
La main de Drago passa le long de sa poitrine. C'était une sensation différente. Hautement sensible, comme si son toucher avait fait courir de l'électricité à travers son corps. Elle ne pensait pas avoir déjà ressenti ça avant. Elle frissonna sous le contact et poussa une petite exclamation. Il passa son pouce sur son téton et tout le corps d'Hermione frémit.
Elle sentit sa bouche contre l'intérieur de son sein droit.
Dents.
Elle devint rigide. Comme si elle avait été plongée dans de l'eau glacée, et soudain la chaleur avait disparu.
Elle ne pouvait…
Des petits cailloux froids et acérés.
Elle voulait que ça s'arrête.
Elle essaya de respirer, mais ses poumons refusaient de fonctionner. Respire simplement, et ça disparaitra.
Sa gorge s'obstrua. Ses doigts tressaillirent contre l'épaule de Drago.
Elle ne pouvait pas respirer. Les souvenirs se déversaient rapidement en elle.
"Ferme juste les yeux."
Mieux que Lucius. Mieux que Lucius.
Elle voulait juste que ça s'arrête.
Elle essaya de cligner des yeux pour tout faire disparaître, mais ça ne marchait pas.
"Stop," se força-elle à dire.
Drago se figea instantanément et commença à reculer. Elle eut un sanglot sans larme et enroula fermement les bras autour des épaules de Drago, enfouissant son visage contre sa gorge alors qu'elle luttait pour respirer et souhaitait que son corps arrête de tambouriner douloureusement dans sa poitrine.
Arrête de trembler. Arrête de trembler.
Drago restait assis, imobile, ne la touchant pas. Elle ne pouvait même pas l'entendre respirer.
Elle prit plusieurs lentes inspirations et leva la tête en tremblant pour le regarder.
"J'ai juste…" Elle eut un hoquet. "C'était trop pendant un moment. Je pense… que ça ira mieux maintenant que je sais que je peux dire stop. C'était bon." Ses doigts posés sur lui se raidirent. "C'était bon… jusqu'à ce que ça ne le soit plus…"
Elle déglutit avec difficulté.
Drago hocha la tête. Ses pupilles étaient contractées au point que ses yeux semblaient de glace. Son expression était tendue et tirée alors qu'il la regardait.
Il avait l'air de quelque chose qu'elle pourrait briser dans ses mains.
Si elle gâchait ça, ça pourrait détruire la dernière bonne chose qu'il avait.
Elle glissa la main le long de la courbe de sa mâchoire et sentit son pouls dans le creux derrière l'os quand elle pressa son front contre le sien.
Elle n'allait pas pleurer, se dit-elle. Elle n'allait pas pleurer.
Ils avaient juste besoin de plus de temps.
Elle alla à la bibliothèque. Elle l'avait évité, mais les elfes étaient limités dans leur capacité à faire des références croisées pour elle quand elle ne connaissait pas toutes les ressources potentielles qu'il pouvait y avoir.
Topsy jouait avec ses doigts à côté d'elle alors qu'Hermione restait dans l'encadrement de la porte, hésitant et essayant de ne pas lever les yeux.
"Je veux commencer dans la section de la magie noire," dit-elle.
"Quelles parties ?"
"Toutes. Je veux voir tous les titres des livres."
Hermione garda les yeux rivés au sol ou sur les étagères alors qu'elle avançait dans la bibliothèque. Concentre-toi sur les livres. Concentre-toi sur les livres.
Elle devait sauver Drago. Cela n'avait pas d'importance qu'elle ne puisse pas voir le plafond. Elle devait juste respirer.
Parfois, se répéter ce rappel fonctionnait.
Parfois, non.
Elle se réveilla, étourdie, dans sa chambre, et chaque muscle de son corps brûlait. Drago était assis à côté d'elle, la main d'Hermione dans la sienne.
Elle le regarda avec déconcertation, essayant de se souvenir comment elle s'était retrouvée là.
"Tu as fait une crise d'épilepsie dans la bibliothèque," dit-il, sans expression. "Tu as fait une crise d'angoisse, Topsy n'a pas pu te calmer, et tu as fait une crise d'épilepsie. Une sévère, même avec la potion anticonvulsive. J'étais en Autriche."
Hermione ne dit rien. Elle avait l'impression qu'en avait crié jusqu'à avoir la gorge à vif.
Drago regarda pendant un moment par la fenêtre puis soupira. Il commença à masser le centre de la paume d'Hermione sans la regarder, tapotant sa baguette sur les différents points de pression jusqu'à ce que les muscles se détendent et que ses doigts s'ouvrent. "Tu ne peux pas tout avoir, Granger. Il y a un moment où tu vas devoir réaliser que tu n'auras pas tout ce que tu veux, que tu dois choisir et t'en contenter."
Les mains de Drago cessèrent de bouger, et il regarda juste par la fenêtre pendant une minute. Il déglutit lentement et se tourna pour la fixer. "Le guérisseur de l'esprit a dit que si tu fais une autre crise d'épilepsie comme celle là, tu pourrais causer des dégâts cérébraux irréversibles et probablement faire une fausse couche."
Hermione pinça les lèvres et retira sa main, se roulant en boule.
"Je ne peux pas t'abandonner," dit-elle, la voix serrée.
Elle sentit le lit bouger, et Drago caressa son visage pour en enlever les cheveux, coinçant une bouche derrière son oreille en se penchant au-dessus d'elle.
Il poussa un petit soupir alors que sa main glissait de ses cheveux à son épaule. "Tu auras d'autres gens desquels t'occuper. Tu as promis à Potter de prendre soin de Ginny et James. Tu as un bébé qui a besoin de toi, et tu le sais."
La main d'Hermione se pressa contre son centre, et elle eut un petit sanglot. "Je ne veux pas choisir." Sa voix était rauque, et ça lui faisait mal de parler. "J'ai toujours dû choisir, et je n'ai jamais pu te choisir. Je suis si lasse de ne pas arriver à te choisir."
Il pressa l'épaule d'Hermione avant que sa main glisse jusqu'à la sienne, et il commença à en masser les nœuds rigides. "Tu ne choisis pas. Tu as promis… tout ce que je voulais, tu l'as promis. Ne te brise pas en essayant de me sauver. Je le veux plus que tout. M'enfuir de ce monde pourri. Laisse moi te faire partir, Granger. Laisse-moi savoir que tu es en sécurité, loin de tout ça. Dis à notre fille que je vous ai sauvées toutes les deux. C'est… ce que je veux."
Elle se redressa maladroitement ; ses bras n'étaient pas coopératifs, mais elle se força et agrippa la main de Drago. "Drago… je suis si proche. Donne-moi plus de temps, et je trouverai un moyen de retirer ta marque. Je suis sûre qu'il y a un moyen. S'il te plait, ne me demande pas d'arrêter."
Drago s'assit et la fixa. Ses yeux vacillèrent. "Je n'ai jamais connu quelqu'un d'aussi mauvais que toi pour tenir ses promesses. Tu es… possiblement… la pire teneuse de promesses que je n'aie jamais rencontré."
La gorge d'Hermione se serra, mais elle leva le menton et croisa son regard. "Je tiens celles qui comptent."
Drago haussa un sourcil. "Non. Ce que tu fais c'est faire des promesses incompatibles puis sélectionner et choisir lesquelles tenir selon ce que tu veux. J'ai passé du temps à penser à ta méthodologie…" Sa voix était légère. Puis la légèreté disparut et elle détourna les yeux. "C'est pour ça que tu n'as jamais semblé tenir les promesses auxquelles je tenais."
Hermione baissa les yeux. "Drago…"
"Hermione."
Elle leva les yeux vers lui. Il utilisait toujours si rarement son prénom.
Il la fixait, l'expression sérieuse et lasse. "Tu tiens à ce bébé. C'était tout ce à quoi tu tenais avant que tes souvenirs reviennent. La protéger était tout ce à quoi tu pensais, chaque minute de chaque jour. Maintenant… tu es si préoccupée à essayer de me sauver que tu oublies qu'elle a besoin de toi, qu'elle est dépendante de toi. Je ne peux pas la protéger de toi. Te mettre en danger pour essayer de me sauver c'est risquer sa vie."
La mâchoire d'Hermione trembla et elle baissa les yeux. "Je suis si proche, Drago. Il ne me manque plus qu'une pièce."
Drago prit une vive inspiration. "Granger, si tu fais une fausse couche, le Seigneur des Ténèbres va me demander de t'amener pour examiner ton esprit." Sa voix était plate et factuelle, et elle tressaillit à ces mots. "Tu as promis… si ça te stressait, tu as promis d'arrêter. Combien de crises d'angoisse as-tu faites depuis que tu as commencé à aller à la bibliothèque par toi-même ?"
Elle serra les dents, avançant la mâchoire. "C'est si stupide. C'est stupide que ça ne s'arrête pas. Je suis si proche… je suis presque sûre que je peux résoudre ça, mais au plus j'essaie d'assembler les morceaux, au pire c'est. Mais je suis si proche… et si j'attends et que je n'y arrive pas avant qu'il ne soit trop tard ?" Sa poitrine commença à tressauter, et elle pressa la main contre son sternum.
Drago l'agrippa par les épaules, l'expression dure. "Laisse tomber." Ses dents brillèrent pendant qu'il parlait. "Je n'ai jamais été censé être quelqu'un que tu devais essayer de sauver."
Hermione secoua la tête obstinément. "Qu'est-ce que je suis censée faire si tu me demandes d'arrêter ?"
La lèvre de Drago se retroussa comme s'il avait envie de lui gronder dessus. Elle ne cilla pas. Ses mains retombèrent des épaules d'Hermione, et il poussa un soupir exagéré.
"D'accord," dit-il d'une voix résignée. "Tu peux continuer les recherches dans ta chambre. Mais si tu veux aller à la bibliothèque, tu m'attendras et tu iras avec moi. Je vais demander à Topsy de t'empêcher d'y aller seule. Compris ?"
Hermione fit un petit hochement de tête.
Elle restait dans sa chambre la plupart du temps. Quand il avait le temps, Drago l'emmenait dehors pour marcher puis à la bibliothèque, se tenant à côté d'elle et la regardant passer des heures à feuilleter des livres. Il lançait des sorts d'analyse sur son bras pour qu'elle les étudie et prenait des notes pour elle.
Elle attendait devant les portes de la bibliothèque que Drago rentre pour la soirée quand elle entendit deux craquements successifs de transplanage dans l'entrée au bout du couloir.
Son ventre se noua immédiatement.
Personne n'aurait dû être capable de pénétrer sur le domaine à moins que Drago ne l'ait permis. Si Drago amenait quelqu'un sans l'avertir, c'était probablement Severus, ce qui signifiait qu'elle était à cours de temps. Ou alors Drago était mort, et les protections du domaine s'étaient effondrées.
"Il y a eu un déclin remarquable de tes performances dernièrement. Le Seigneur des Ténèbres souhaite transférer la tâche à quelqu'un qui utilise des méthodes moins conventionnelles." La voix glaçante et traînante de Lucius Malefoy lui parvint dans le couloir.
Hermione se glaça de terreur.
"Un problème de moins à résoudre pour moi. Je manque difficilement d'attention en ce moment," entendit-elle Drago dire d'une voix froide.
Dans la maison vide et silencieuse, les voix résonnaient dans l'entrée et dans le couloir. Elle pouvait entendre clairement chaque mot.
"En effet. Il semble que je ne puisse pas lire un journal sans voir ton visage étalé sur toutes les pages. Mon fils, l'infâme Haut Préfet."
Drago ne répondit pas.
"Je dois admettre, j'aspirais à voir mon héritier obtenir un peu plus qu'une réputation internationale de meurtrier de masse. Quel dommage que tu n'aies pas pu maintenir ton anonymat. Tu es plus un chien de chasse qu'un protégé." Hermione pouvait entendre le mépris dans le ton de Lucius.
Hermione commença à avancer centimètre par centimètre dans le couloir, ses doigts pressés contre le mur.
"Pourquoi Père, je pensais que j'avais hérité mon talent exceptionnel pour le meutre de toi. Je suis, après tout, l'humble serviteur du Seigneur des Ténèbres, comme mon père et son père avant lui." La voix de Drago était moqueuse, mais Hermione pouvait entendre la tension cachée dans son ton, la réserve.
"Il y a de l'art dans la contribution que mon père et moi avons apportée. Utiliser les Impardonnables est à peine verser un excès d'émotions. L'agonie est faite pour être une forme d'art. Il n'y a pas de beauté dans le service que tu fournis au Seigneur des Ténèbres. Tu t'es autorisé à être utilisé comme une arme à la lame émoussée. De toutes les compétences que tu aurais pu cultiver… je trouve tes choix… décevants."
Il y avait un passage caché dans le mur près de là. Si Hermione pouvait juste l'atteindre, elle pourrait se cacher. Attendre là jusqu'à ce que Drago vienne la chercher.
"Il y a aussi moins de sang sur mes vêtements," entendit-elle Drago dire avec une voix dédaigneuse.
"Penses-tu que le Seigneur des Ténèbres ait atteint la grandeur simplement grâce à la quantité de sorts de mort qu'il pouvait lancer ? Penses-tu qu'une telle compétence ait mené Gellert Grindelwald à l'infamie ? La grandeur va plus loin que le pouvoir brut. Ça demande de la motivation, de la ruse, et une vision inspirée. Tu es idiot de penser que ta réputation de bourreau te donne une réelle importance. Tu n'as pas d'adeptes. Personne ne t'es loyal. La peur n'est pas suffisante ; le Seigneur des Ténèbres a appris cette cruelle leçon pendant la première guerre sorcière. La clé de son succès a été sa capacité à élargir sa vision quand il est revenu au pouvoir. Un bourreau n'est rien de plus qu'une note de bas de page. Le Seigneur des Ténèbres t'a donné l'opportunité de capturer le dernier membre de l'Ordre. Ça t'aurait immortalisé dans l'Histoire, mais après quatre mois…"
Le plancher sous le pied d'Hermione craqua, et la voix de Lucius s'interrompit. Hermione se figea, le cœur dans la gorge.
"Y a-t-il quelqu'un ici, Drago ?"
