Chapitre 68
Hermione fixa avec les yeux écarquillés la silhouette de Lucius remplir l'entrée du couloir.
Ses yeux glissèrent le long des murs et s'éclairèrent en arrivant à l'endroit où Hermione était blottie. Il la fixa pendant un moment avant de commencer à avancer lentement. Drago apparut au côté de son père.
Ne fais pas sauter ta couverture. Ne fais pas sauter ta couverture, Drago. Hermione répéta la pensée dans sa tête comme un mantra alors que Lucius approchait d'elle.
Lucius avait l'air d'un dragon dans un corps humain. Il descendit le couloir vers Hermione d'un pas indirect et sinueux, comme un serpent ; comme s'il la défiait de s'enfuir.
Ses yeux brillaient et pétillaient alors qu'il approchait.
"Tu te souviens du programme de repopulation ? Je dois garder une mère porteuse. N'ais-je pas mentionné ma paternité imminente ?" L'expression de Drago était froide mais résolue quand il regarda Hermione. Il bougea légèrement la tête, comme pour l'avertir de ne pas bouger.
"Aaah, oui. La Sang-de-Bourbe à propos de laquelle a écrit la Gazette du Sorcier. J'avais oublié qu'elle était là." Il se tint à quelques centimètres d'Hermione et la regarda. La magie noire s'accrochait autour de lui comme une cape et cela lui souleva l'estomac et son corps se couvrit de sueurs froides. Elle pressa son dos plus fort contre le mur.
Lucius lui fit lever la tête avec sa baguette jusqu'à ce qu'il croise son regard. Ses pupilles étaient très dilatées ; il n'y avait qu'une fraction d'argent qui les encerclait. "Une petite souris coincée dans un nid de serpents."
Hermione sentit ses robes bouger alors que la main de Lucius glissait légèrement le long de son corps. "Est-ce qu'elle te plait, Drago ? Est-ce que le banal t'attire ? J'imagine qu'après tant d'années d'interdiction, ça doit être une nouveauté d'explorer la saleté d'une Sang-de-Bourbe. Ça expliquerait pourquoi ta femme s'est aventurée si loin du lit conjugal. Est-ce que ton petit jouet t'a donné des envies qu'une femme au sang pur a trop de manières pour accepter ?"
La voix de Lucius se changea en un ronronnement de prédateur alors qu'il s'approchait encore d'Hermione. Il sentait la cardamome et le cuir, mais l'odeur était masquée derrière la senteur cuivrée et fétide du sang séché. La langue d'Hermione se souleva, et sa gorge se contracta alors qu'elle essayait de déglutir.
"Voyons voir quels atouts tu as pour garder mon fils en Grande-Bretagne pendant que sa femme s'amuse en France."
Ne fais pas sauter ta couverture. Ne fais pas sauter ta couverture.
Elle sentit les boutons sur son buste se défaire. Elle tremblait imperceptiblement, et un petit gémissement lui échappa presque, mais elle le contint. Ses yeux recherchèrent Drago, essayant de l'avertir de ne rien faire.
Il se tenait figé derrière son père, les yeux brûlants de rage.
Ne… ne… ne…
La main de Lucius se referma autour de sa gorge, et il eut un rire bas et tremblant. Il ne fut pas bref. Le rire continua encore et encore au lieu de s'arrêter. À chaque fois qu'Hermione pensait qu'il allait s'arrêter, il continuait ce bruit bas, impitoyable et sans joie. Ses doigts étaient toujours enroulés autour de son cou comme s'il pouvait le briser, et elle en sentait chaque vibration.
"Pourquoi, Drago…" dit-il finalement, regardant par-dessus son épaule. "Elle est attachée à toi."
L'expression de Drago se tordit instantanément dans un sourire cruel et jubilant en croisant le regard de Lucius. "Oui, elle l'est."
Il dépassa Lucius, attrapa le bras d'Hermione et la tira fermement hors de la prise de son père.
Drago lui jeta un coup d'œil avant de regarder de nouveau son père. "La torture l'a laissée instable et a causé de grosses pertes de mémoire. Le Seigneur des Ténèbres a un intérêt particulier pour les informations qu'il pense qu'elle possède. Il veut qu'elle soit gardée en sécurité dans le manoir jusqu'à ce qu'il puisse les extraire." Il fit un petit sourire. "Il n'a fallu que quelques mois pour qu'elle devienne assez attachée à son ravisseur. Je suis tout ce qu'elle a au monde." Il regarda résolument Hermione et lui fit un sourire méprisant. "N'est-ce pas, Sang-de-Bourbe ?"
Hermione n'eut pas besoin de feindre la façon dont sa mâchoire tremblait ou la vitesse à laquelle sa poitrine commençait à se soulever alors qu'elle hochait la tête. Sa main tremblait alors qu'elle la levait et refermait sa robe.
Drago avait les yeux baissés vers elle. Sa bouche était tordue de dérision. "Calme toi et respire. Mon père trouve difficilement un intérêt à regarder quelqu'un comme toi."
Lucius la regardait avec un amusement avide. Elle se força à s'en souvenir alors qu'elle croisait le regard vicieux de Drago et se sentait frissonner intérieurement.
"Elle reste généralement dans sa chambre sauf pendant sa promenade quotidienne. Elle a dû me chercher pour s'être aventurée si loin." La lèvre de Drago se retroussa.
Son expression se fit plus froide alors qu'il regardait son père. "Le Seigneur des Ténèbres ne veut pas qu'elle soit altérée - par qui que ce soit - en dépit qu'il serait très amusant de le faire. Il y a des règles strictes concernant les mères porteuses. La maintenir en bon état et lui faire retrouver les souvenirs qu'elle a perdu est vu comme primordial. Tu m'excuseras, il faut que je la ramène dans sa chambre pour s'assurer qu'elle ne fasse pas une crise de nerf quelque part sur le trajet."
Drago commença à tirer Hermione le long du couloir, puis s'arrêta et regarda Lucius. "Ton aile du manoir a été entretenue. Je crois qu'Astoria a refait la décoration à un moment l'année dernière. Vient, Sang-de-Bourbe."
Il tira Hermione avec force le long du couloir, avançant si rapidement qu'elle pouvait à peine tenir sur ses pieds alors qu'elle tenait sa robe fermée et essayait de respirer.
Elle jeta un coup d'œil par-dessus son épaule et vit Lucius les regarder partir, une expression indéchiffrable sur le visage.
Dès qu'ils furent dans l'aile nord, Drago s'arrêta et l'attira pour la serrer fort dans ses bras.
"Je suis désolé. Je suis tellement désolé." Il lui fit lever le visage pour qu'il puisse la regarder. Sa main était chaude contre sa peau alors qu'il étudiait son visage, balayant ses cheveux hors de son visage. "Il est arrivé sans prévenir. Est-ce que ça va ? Je suis tellement désolé."
"Je vais bien… je vais bien." Hermione força les mots à sortir alors que sa poitrine continuait à être agitée de spasmes et qu'elle luttait pour ne pas commencer à pleurer. "J'avais juste peur que tu fasses quelque chose qui fasse tomber ta couverture."
La main de Drago glissa possessivement dans les cheveux d'Hermione à la base de son cou, et il l'attira plus près. "Il ne t'approchera pas. Je le tuerai si jamais il te touche encore. Je dirai au Seigneur des Ténèbres qu'il a perdu la tête, et que je n'avais pas le choix."
Hermione enfouit son visage dans les robes de Drago et ferma les yeux. Elle s'en était si bien sortie. Elle était restée calme, n'avait pas paniqué depuis des jours, mais maintenant elle avait l'impression d'avoir eu les jambes violemment fauchées.
Drago poussa un soupir de colère. "De tous les moments où le Seigneur des Ténèbres aurait pu le rappeler…"
Hermione déglutit et leva les yeux. "Il est là pour traquer la personne responsable de la destruction du Horcruxe, n'est-ce pas ? Le dernier membre de l'Ordre. C'est ce qu'il a dit."
Drago resta silencieux pendant plusieurs secondes accablantes en croisant son regard.
"Oui," dit-il finalement, la mâchoire s'inclinant légèrement. Il tendit doucement la main et reboutonna la robe d'Hermione. "Le Seigneur des Ténèbres a été déçu par mon incapacité à trouver la personne responsable. Il a rappelé mon père en Grande-Bretagne pour lui réassigner la tâche."
La gorge d'Hermione s'assècha. "Qu'est-ce… qu'est-ce que ça signifie ?"
Le coin de la bouche de Drago se tordit, et ses doigts se levèrent et effleurèrent la joue d'Hermione. "Je ne pense pas qu'il trouvera quoi que ce soit avant que tu partes. Ça n'aura plus d'importance après ça. Tu resteras dans ta chambre ; ça ne sera pas pour longtemps."
Hermione tressaillit et secoua la tête. "Il y a des choses qu'il faut que je voie dans la bibliothèque. Je t'attendais parce que j'ai eu une idée."
"Hermione." Il l'interrompit d'une voix dure, et il retira sa main. "Mon père va vivre dans le manoir pour les temps à venir. Ce n'est sûrement pas une coïncidence qu'il ait été rappelé maintenant alors que le Seigneur des Ténèbres ne peut plus utiliser tes souvenirs. Je t'accompagnerai pour les promenades, je peux l'excuser comme étant médicalement nécessaire. Cependant, mon père est à la fois instable et imprévisible. On ne peut pas lui faire confiance ou s'attendre à ce qu'il suive à la lettre les instructions du Seigneur des Ténèbres quand il a une idée dans la tête. Tout ce qu'il voit, le Seigneur des Ténèbres peut le voir."
Hermione déglutit et essaya de parler.
Drago poussa un soupir et ses épaules s'affaissèrent. "Je suis désolé. Je suis vraiment désolé. Je t'amènerai des livres. Je sais que ce n'est pas ce que tu veux. Si je pouvais faire mieux, je le ferai."
Il regarda dans le couloir pendant un moment. "Je vais te ramener dans ta chambre. Ensuite je devrais partir. Je ne peux pas laisser paraître que je passe plus de temps avec toi."
Le cœur d'Hermione semblait de plomb alors qu'elle le suivait dans les couloirs et le regardait inspecter et tester les protections de sa chambre pendant plusieurs minutes avant de partir.
La présence de Lucius dans le manoir était comme du poison dans l'air. Narcissa était pâle et nerveuse dans son portrait, mais elle continuait sa garde vigilante d'Hermione. Topsy apparaissait le soir, les mains couvertes de brûlures et la tête pleine d'hématomes sur le front, la peau ouverte à de multiples endroits.
"Que s'est-il passé ?" demanda Hermione, horrifiée alors qu'elle tenait légèrement les minuscules mains flétries dans les siennes et prenait la mesure des dégâts.
Topsy retira ses mains et les cacha derrière son dos. "Maître Lucius ne pas aimer la décoration de l'aile sud. Il ordonner que tous les elfes êtres punis," dit Topsy, évitant son regard.
"Mais… mais il n'est plus ton maître. Drago est le Seigneur du domaine maintenant."
Topsy leva ses énormes yeux vers Hermione. "Les elfes êtres liés à la magie. Maître Lucius toujours être un Malefoy."
Hermione laissa s'échapper un soupir. "Mais Drago le précède. Si Drago dit de ne pas le faire, l'obéissance d'un elfe de maison va aux ordres de son maître, tu n'aurais pas dû te punir si Drago t'avait dit de ne pas le faire. Pourquoi ne t'a-t-il pas dit de ne pas le faire ?"
Topsy changea de position et frotta un pied contre sa jambe. "Les elfes de maison ne devoir rien faire qui pouvoir faire penser à Maître Lucius que Maître Drago ne pas aimer être un Mangemort. Maître Drago toujours devoir être un fils loyal à Maître Lucius qui aimer vraiment beaucoup être un Mangemort. Ça être plus important."
"Qu'est ce qu'il t'a fait ?" dit Hermione, tirant les mains de Topsy de derrière son dos. Elles étaient pleines de cloques et à vif.
"Topsy devoir repasser ses mains pendant une minute chacune et se frapper dix fois avec un seau à charbon." Topsy haussa une épaule osseuse. "Topsy va bien. Maître Lucius n'avoir jamais aimer les elfes, Topsy être habituée depuis des années."
La gorge d'Hermione se serra, et ses yeux brûlaient alors qu'elle déglutissait.
"Je regrette de ne pas pouvoir te soigner." Sa bouche se tordit. "J'étais une guérisseuse… quand j'avais encore ma magie. As-tu des potions ? J'ai de l'essence de Murlap. Ce n'est pas grand chose mais ça va apaiser les brûlures et aider pour les hématomes."
Topsy tapota doucement Hermione sur la joue. "Les elfes avoir des potions, mais si nous les utiliser trop tôt, Maître Lucius vouloir nous punir encore."
Drago était visiblement pâle et tendu quand il vint dans sa chambre plus tard ce soir-là. Il marcha rapidement à travers la pièce, tint le visage d'Hermione entre ses mains et étudia ses yeux comme il le faisait pendant la guerre.
"Je lui ai fait clairement comprendre que tu es enceinte et que le Seigneur des Ténèbres utilise ça comme mécanisme pour retrouver tes souvenirs," dit-il après une minute. "Je ne pense pas qu'il hésiterait à te blesser malgré les règles à propos des mères porteuses, mais l'intérêt spécifique du Seigneur des ténèbres pour la grossesse sera assez avec un peu de chance."
Hermione leva la main jusqu'à la joue de Drago. Il était anormalement froid au toucher. "Qu'est-ce que tu as fait, Drago ?"
Il enleva sa main d'un geste. "J'ai ajouté des protections. Je veux savoir s'il essaie d'accéder à l'aile nord. Ça éveillerait ses soupçons si je l'empêchais complètement d'y accéder, mais je peux le ralentir assez pour arriver avant lui."
"Tu as utilisé la magie du sang, n'est-ce pas ? Tu as l'air sur le point de s'évanouir." Elle le tira vers le lit. "Assieds-toi. Topsy ! J'ai besoin d'une potion de régénération sanguine. Je suis sûre que tu en as." Elle pressa le bout de ses doigts contre son pouls. "Et une potion fortifiante."
Elle sortit sa baguette du holster de son bras et la glissa dans sa main. "Lance un diagnostic pour moi. Il faut que je sache quelle quantité de sang tu as utilisée."
Il agita sa baguette, et elle étudia attentivement les résultats. Quand Topsy réapparut, Hermione demanda plusieurs reconstituants.
Elle le regarda attentivement alors qu'il prenait les potions et que les couleurs revenaient lentement sur ses traits. Elle pressa de nouveau sa main contre sa joue et elle sentit la chaleur de nouveau s'infiltrer dans sa peau alors qu'elle pressait ses lèvres contre son front. "Je ne sortirai pas de ma chambre sans toi. Il ne faut pas t'inquiéter."
Ses épaules s'affaissèrent de fatigue et il fit un petit hochement de tête.
Drago arriva après le déjeuner pour sa marche quotidienne. Alors qu'ils se tenaient dans l'encadrement de la porte de sa chambre, elle regarda la main de Drago. "Je suppose qu'on ne devrait plus se toucher. Juste marcher, comme on le faisait l'hiver dernier."
Il hocha la tête, l'expression tendue.
Ils se promenèrent dans le jardin des roses. Les bourgeons commençaient juste à fleurir.
Alors qu'ils contournaient le manoir, ils se figèrent tous les deux. Il y avait une longue traînée de sang qui partait des grilles de fer du domaine ; les graviers blancs en étaient trempés.
Lucius se tenait devant les portes du manoir avec un centaure à ses pieds.
Le centaure avait été frappé au torse par un sort de nécrose ; la putréfaction se répandait lentement sur son ventre. Les tendons de chaque patte avaient été brutalement coupés. Le centaure gémissait silencieusement et ne cessait de lutter pour se relever, sa peau devenant grise à cause de la perte de sang. Le centaure essaya de se relever depuis la position agenouillée et s'effondra lourdement sur le sol avec un grognement d'agonie.
Lucius était habillé en cuir et du sang gouttait de lui. Ses cheveux pâles étaient teintés de rouge. "Ah, Drago… j'avais espéré que tu serais là. Mets ta Sang-de-Bourbe de côté. Si tu pouvais modifier les protections pour m'autoriser à emmener les prisonniers directement dans mon aile, ça serait utile. Ainsi je ne serais pas obligé de les traîner à travers le domaine."
"Tu installes un zoo, père ?" Drago resta à sonder la scène avec une expression soigneusement fermée.
Lucius renifla. "Cette bête vient de la Forêt Interdite. Je suis sûr qu'il sait quelque chose sur l'endroit dont est venu cette flèche, ou s'il ne le sait pas, il peut me dire qui le sait."
La poitrine d'Hermione se contracta douloureusement alors que Lucius continuait. "Malheureusement, ce sont des créatures tellement peu coopératives, je m'attends à ce que le procédé requière… de la persuasion."
Drago soupira et haussa un sourcil. "Il y a des prisons où tu pourrais l'interroger. Ça éviterait le sang sur les graviers."
"Ah, oui," dit Lucius, agitant sa baguette en cercles paresseux. Sa voix devient vaguement chantante. "Les prisons. Les prisons pleines de gardes et de Mangemorts ambitieux avides de voir notre famille déchue. Ces prisons-là. Peut-être que si tu avais été plus prudent, tu aurais attrapé notre cible à présent. Pourquoi devrais-je utiliser une prison alors que j'ai ma propre aile redécorée du manoir ? Non. Le manoir fera parfaitement l'affaire. Ça fait si longtemps que je n'ai pas été à la maison. Maintenant, Drago, peut-être que tu pourrais avoir l'amabilité de transporter mon projet sur le reste du trajet. À moins que tu ne préfères que je le traîne aussi dans les couloirs."
Il y eut une pause alors que Drago se tenait entre Hermione et son père.
"Topsy," appela Drago d'une voix dure.
Topsy apparut devant Drago avec un pop. Ses hématomes étaient devenus jaunes et verts.
"Ramène la Sang-de-Bourbe jusqu'à sa chambre et veille à ce qu'elle y reste." Drago déboutonna les manches de sa chemise et les enroula. "J'ai des affaires plus importantes qui m'attendent."
Topsy hocha la tête et prit la main d'Hermione, l'éloignant rapidement. Hermione regarda par-dessus son épaule et vit Drago marcher vers son père, sa baguette pendant au bout de ses doigts.
Hermione était dans sa chambre depuis seulement une demi-heure quand les hurlements commencèrent.
Même depuis l'autre bout du manoir, le bruit était audible. Une agonie inhumaine qui résonnait à travers la maison comme si elle émanait des murs.
Narcissa sursauta violemment, sautant sur ses pieds, son visage devenant gris alors qu'elle poussait une exclamation d'horreur étranglée.
Ce fut le premier son qu'Hermione n'avait entendu le portrait émettre.
"C'est… c'est un centaure," dit Hermione. "Lucius l'a capturé."
Narcissa fixa Hermione pendant un moment puis se laissa retomber dans son fauteuil, ses mains tombant sur ses genoux.
Les hurlements continuèrent encore et encore.
Hermione détourna les yeux et essaya de déglutir mais sa salive était amère. Ses mains tremblaient alors qu'elle essayait de tourner la page de son livre. Les mots dansaient devant ses yeux.
Elle se demanda si c'était un sort d'écorchement. La façon dont les cris continuaient encore et encore lui rappelaient Colin.
Le livre glissa de ses doigts et tomba sur le sol. Elle le remarqua à peine.
Elle regrettait de ne plus avoir son occlumancie. Ou au moins la capacité à réorganiser son esprit pour que toutes les morts ne restent pas au premier plan.
Elle pressa les mains contre ses yeux et essaya d'éclaircir son esprit.
Tout le sang. Il y aurait tant de sang. Et de peau. De muscles. Finalement des organes. Couche à après couche. Jusqu'aux os.
Elle avait envie d'aller se recroqueviller dans le coin de sa chambre. De se cacher du son et de la conscience de ce qui était en train de se passer et qu'elle ne puisse rien y faire.
Si elle essayait de faire quoi que ce soit, essayait de partir à la recherche de Drago pour le supplier de faire cesser ça, ça le mettrait en danger, et elle, leur fille, Severus, Ginny, James.
Elle avança dans la pièce vers le coin, essayant de ne pas écouter les hurlements qui ne s'arrêtaient pas.
Ce faisant, elle jeta un œil au portrait. L'expression de Narcissa continuait de tressaillir, comme si elle essayait de ne pas pleurer alors qu'elle était stoïquement assise dans son fauteuil.
Hermione s'arrêta et hésita un moment avant d'avancer vers le portrait.
Hermione tendit la main. Ses doigts eurent un spasme alors qu'elle les posait contre la toile. Narcissa leva les yeux vers Hermione, l'expression rigide. Son nez se plissa, et sa lèvre se retroussa défensivement alors qu'elle se reculait dans son fauteuil.
Hermione attendit.
Puis les yeux bleus de Narcissa vacillèrent, et sa bouche se tordit alors que sa mâchoire tremblait. Elle avança au bord de son fauteuil et tendit la main jusqu'à ce que ses doigts peints sur la toile soient en dessous de ceux d'Hermione.
Hermione resta devant le portrait jusqu'à ce que les hurlements s'arrêtent.
Une fois que le manoir fut redevenu silencieux, la main d'Hermione glissa du cadre et elle se détourna. Son centre était si noué qu'elle avait l'impression d'être étranglée de l'intérieur. Elle avança hébétée jusqu'à son lit et se tint devant pendant plusieurs minutes. Elle pouvait encore entendre les hurlements, comme s'ils étaient tatoués sur ses tympans.
Elle se blottit dans le coin entre le lit et le mur et regarda le sol avec le regard vide.
Elle cligna des yeux et trouva Drago agenouillé devant elle. Son expression était hésitante et inquiète, ses sourcils froncés alors qu'il l'étudiait, sa bouche pincée dans une ligne plate et fine.
Il portait des vêtements différents, et elle pouvait dire qu'il avait pris une douche. Ses cheveux étaient coiffés en arrière et toujours humides.
Elle le regarda en silence. Elle ne savait pas quoi dire.
L'expression de Drago devient de plus en plus tendue alors qu'il croisait son regard.
Il ne tendit pas la main vers elle. Il ne parla pas. Ils se regardèrent simplement l'un l'autre en sentant le poids de tout ça.
Il semblait attendre qu'elle initie quelque chose, qu'elle tende la main vers lui ou détourne le regard.
"A-t-il dit quelque chose qui pourrait t'incriminer ?" demanda finalement Hermione.
Les yeux de Drago vacillèrent, et elle vit ses phalanges blanchir. "Non. J'ai déjà couvert mes traces."
Hermione grimaça, et elle hocha légèrement la tête.
"Tout ce que tu fais est de ma faute aussi. Chaque sort."
"Il est tard. Vas-tu manger ce soir ?" demanda Drago, l'étudiant.
Hermione leva les yeux vers l'horloge. C'était le début de l'après-midi quand Drago l'avait emmenée dehors, à présent il était dix-neuf heures.
Elle avait perdu toute la journée. Elle n'avait pas fait de progrès dans ses recherches. Elle n'avait même pas réfléchi. Elle était juste restée frappée d'horreur devant un portrait et avait écouté un centaure se faire torturer à mort.
Elle n'avait jamais rien réussi à faire. Ni avant que ses souvenirs ne reviennent. Ni après. Elle était l'ombre de la personne qu'elle avait été avant. Comme le portrait de Narcissa suspendu au mur, elle était juste l'ombre effrayée de quelqu'un que Drago aimait.
Sa mâchoire trembla.
"Hermione…"
Elle regarda de nouveau Drago.
Son expression était dévastée alors qu'il la regardait. Il commença à tendre la main vers elle puis s'arrêta, le reculant. "Vas-tu manger ?"
Elle pinça les lèvres et secoua la tête. Ses yeux vacillèrent, mais il ne parut pas surpris.
Il se leva, détournant les yeux d'enne. "J'enverrais une potion de Sommeil sans rêve. Mon père s'attend à me voir au dîner ce soir. Demande à Topsy si tu as besoin de quelque chose."
Ce fut tout ce qu'il dit avant de partir.
Elle devait faire plus de recherches. C'était ce qu'elle devait faire.
Elle ne bougea pas.
Topsy apparut avec une fiole de Sommeil sans rêve qu'elle plaça près d'Hermione sans un mot.
Hermione était toujours assise dans le coin près du lit quand l'horloge au bout du couloir sonna minuit et que Drago apparut silencieusement dans la chambre.
"Tu es toujours réveillée."
"Je voulais savoir quand tu reviendrais." Elle se leva.
Elle s'approcha de lui et enfouit son visage dans ses robes. Il restait à peine une semaine avant l'anniversaire de la Bataille de Poudlard.
Il posa une main hésitante sur sa tête.
Elle leva les yeux vers lui, regardant la façon dont ses yeux d'argent brillaient dans la faible lumière.
Elle se força à réussir à faire un pâle sourire. "Viens au lit. Il est froid sans toi."
ooo
"Severus doit arriver dans les six prochains jours," dit Drago alors qu'ils erraient dans le labyrinthe de haies.
Hermione sentit son ventre se nouer. "Oh."
Elle ne savait pas quoi dire. Elle avança aveuglément jusqu'à ce qu'elle fonce dans un cul de sac et reste à fixer le mur d'ifs, déglutissant et essayant de réfléchir à quelque chose à dire.
Elle se tourna finalement et regarda Drago, se tenant derrière elle.
"Est-ce que je peux aller à la bibliothèque une dernière fois ? Juste une fois. Je veux essayer de chercher une fois de plus."
Drago la fixa pendant un moment et hocha la tête. "Mon père est absent pour la journée. Je vais t'y emmener."
Elle sentit ses yeux sur elle alors qu'elle errait d'allée en allée, comme si son regard avait un poids.
Elle jeta un regard à Drago alors qu'elle tirait sur une encyclopédie du quinzième siècle des formules d'arithmancie de l'étagère, et ses doigts passèrent sur la tranche du libre alors qu'elle saisissait son expression.
Mélancolique.
Pour lui, elle leur volait du temps. Si elle ne trouvait rien, il était juste gâché. Tout ce temps qu'elle aurait pu passer avec lui.
Sa mâchoire trembla. Elle baissa les yeux et se mordit la lèvre en glissant l'encyclopédie de l'étagère, ainsi que les quatre livres d'à côté, les ajoutant à une pile.
"Ceux-là aussi."
ooo
"J'ai trouvé ce qu'il manque pour enlever ta Marque des Ténèbres," dit Hermione quand Drago passa la porte de sa chambre après le déjeuner du lendemain. Elle était assise au bord du lit, les mains vides, son repas intact.
Il s'arrêta à la porte. "Oh ?"
Les coins de la bouche d'Hermione tressaillirent, et elle baissa les yeux sur ses mains.
"Je l'ai compris avec l'arithmancie. J'ai même demandé à Topsy d'écrire tous les chiffres pour moi… pour m'assurer que j'avais bien calculé." Sa voix était vide. Elle baissait les yeux, et sa mâchoire trembla avant qu'elle ne se force à regarder Drago. "Des larmes de phénix. Je serai capable de l'enlever si j'avais une fiole de larmes de phénix."
Elle aurait aussi bien pu dire qu'elle avait besoin de la lune.
Drago resta à la regarder pendant une minute avant de ciller.
Les phénix pleuraient rarement. Quand ils le faisaient, c'était toujours sur une blessure, pas dans une fiole pour que les larmes puissent être conservées ou utilisées dans une potion. Essayer d'acheter des larmes de phénix coûterait une fortune, et l'acheteur aurait plus de chance de se retrouver avec du sang de licorne dilué. Il pourrait falloir des années pour réussir à trouver un vendeur avec de vraies larmes de phénix.
Elle déglutit et fit rouler le tissu de ses robes entre ses doigts. "Peut-être que… si je recommence, je peux trouver quelque chose. Peut-être que j'ai juste pris le problème sous un mauvais angle…"
Elle tressaillit et son épaule sursauta.
"Ou… une bombe. Je pourrais construire une bombe… comme celles que j'ai utilisées au Sussex." Elle attrapa sa lèvre inférieure entre ses dents et la mordit. "Je pense… que je me souviens à peu près comment faire. Si tu m'apportes une analyse des protections du château de Voldemort, je pourrais être capable de concevoir une bombe pour elles. Nous pourrions le faire sauter."
L'expression de Drago était fermée, mais son regard était furieusement patient alors qu'il avançait vers elle. "Peux-tu construire une bombe sans magie ?"
Hermione déglutit, et elle grimaça. "N…non… Mais… je pourrais te dire comment…"
"Peux-tu manipuler sans risque les ingrédients en étant enceinte ?"
La mâchoire d'Hermione trembla, et elle se rendit compte que c'était une idée qu'il avait probablement déjà considérée et écartée.
"Non. Mais tu pourrais placer des protections autour de moi, ça atténuerait les effets et je pourrais te montrer les techniques avant. On pourrait travailler ensemble…"
Drago prit la main droite d'Hermione et pressa sa main gauche contre elle. Son pouce et son index tressaillirent légèrement. La main entière d'Hermione eut un spasme contre la sienne.
"Lequel d'entre nous a les mains assez stables pour construire une bombe ?"
Hermione retira sa main, serrant le poing si fort qu'elle put sentit ses métacarpes sous le bout de ses doigts. Elle pouvait sentir le sang se retirer de sa tête, et elle eut l'impression qu'elle pourrait basculer du bord du lit.
Elle pressa fermement son autre main contre le matelas pour se stabiliser. "Peut-être que je peux…"
"Hermione, je suis las."
Elle leva les yeux vers lui et le vit dans ses yeux.
La guerre l'avait rongé ; il ne restait que si peu de lui. Les fantômes dans ses yeux, la guerre, c'était presque tout ce qu'il y avait.
Les autres Mangemorts s'étaient retirés de la guerre après la Bataille de Poudlard, mais Drago n'en avait pas eu la capacité, ne s'était jamais offert ce luxe. Il avait continué, parce qu'il ne pouvait pas la trouver, parce qu'il avait fait le serment de vaincre Voldemort.
De son mieux pour vaincre Voldemort.
De son mieux.
Toujours de son mieux.
Jour après jour.
Il voulait juste un point final vers lequel tourner son regard.
Il prit la d'Hermione main dans la sienne, passant son pouce sur son anneau. "Je voudrais te dire au revoir avant que tu ne partes."
Sa gorge se serra alors qu'elle levait les yeux vers lui. Sa mâchoire tremblait visiblement, et il se noya dans les yeux d'Hermione quand elle hocha la tête et enfouit son visage contre son torse. Elle enveloppa ses bras autour de ses épaules et soupira.
Elle enroula ses bras autour de lui, mais son esprit tournait à toute vitesse.
À la minute où il partit, elle retourna à ses recherches. Elle demanda plus de livres aux elfes de maison. Quand il revint tard dans la soirée, elle les mit de côté. Elle ne les mentionna pas. Elle savait qu'il savait, de toute façon.
Elle l'embrassa. Elle le poussa vers le lit et leva la jambe jusqu'à ce qu'elle soit sur ses genoux, ses doigts passant dans les cheveux de Drago alors qu'elle caressait ses lèvres avec les siennes.
Elle repoussa les robes de Drago de ses épaules et déboutonna sa chemise, glissant les doigts le long de ses clavicules et les suivant de ses lèvres. Ses mains glissèrent le long des bras de Drago. Elle guida les mains de Drago jusqu'à sa taille puis attira de nouveau sa bouche sur la sienne.
Les mains de Drago l'agrippèrent. Son pouce se pressa contre le bas de son dos, et il arqua Hermione contre son torse. Son autre main s'éleva et s'enroula autour de sa gorge, l'attirant impossiblement près de lui, et penchant la tête d'Hermione en arrière alors qu'il approfondissait le baiser.
Elle commença à déboutonner sa robe. Ses mains tremblaient, et ses doigts étaient maladroits avec les boutons. Il recula et essaya de refermer ses mains sur celles d'Hermione. Elle les libéra.
"J'en ai envie," dit-elle d'une voix tremblante et étranglée. "J'en ai envie. J'en ai envie selon nos propres conditions." Sa voix hésita. "C'était à nous…"
Elle déglutit et cilla avant de croiser ses yeux argentés. "C'était à nous."
Elle agita les épaules, et sa robe glissa jusqu'à sa taille. Elle enroula les bras autour du cou de Drago, l'attirant plus près et l'embrassant encore.
Elle resta à califourchon sur lui alors qu'ils progressaient, et que les choses se réchauffaient et que le monde autour d'eux disparaissait. Il n'y avait rien d'autre que Drago, ses mains et ses yeux, le battement de son cœur. Elle ré-explora son corps. Il était différent, il semblait endommagé entre ses mains. Il avait des cicatrices qu'elle ne reconnaissait pas, et ses doigts tressaillaient parfois quand il l'attirait plus près et qu'il passait les mains contre sa peau.
Elle s'allongea contre la longueur du corps de Drago, savourant sa chaleur pendant que sa main remontait la courbe de la colonne vertébrale d'Hermione. Il mordilla le long de son épaule jusqu'à ce qu'elle pousse un petit gémissement et que son corps frissonne contre celui de Drago. Elle l'embrassa le long de sa gorge et de ses clavicules et prit note de ses réactions, la façon dont il se tendait et dont son souffle se coupait, la façon dont ses doigts s'enroulaient dans ses cheveux et glissaient vers sa gorge avec possessivité.
À moi. Elle pouvait le sentir dans son toucher, mais il ne le dit pas.
À moi.
Ses yeux n'étaient pas ceux d'un loup. C'était ceux d'un dragon, mortels et possessifs. Il la fixait comme si elle était tout ce qui comptait au monde. Cela fit brûler son sang.
Ses cuisses crochetèrent les hanches de Drago alors qu'elle s'asseyait à califourchon sur lui et bougeait. Elle croisa son regard. Son cœur tambourinait dans sa poitrine et son pouls battait à toute vitesse, et elle savait qu'il pouvait le sentir.
Elle tira les mains de Drago contre ses hanches alors qu'elle se baissait lentement. Ses yeux devinrent noirs, et la mâchoire se tendit alors qu'il sifflait légèrement entre ses dents, mais il ne la pressa pas alors qu'elle s'arrêtait et s'ajustait à la sensation avant de rouler les hanches en avant.
C'était… familier, à la fois en bien et en mal.
Par dessus la table, elle avait essayé de ne pas faire attention, que ça soit à ce qu'elle ressentait, à la façon dont il la touchait à l'intérieur, la sensation ou le mouvement. Elle avait arraché son esprit et s'était concentrée sur la morsure de la table sur ses hanches, l'horloge, la texture du bois sous le bout de ses doigts. Des poésies. Des potions. N'importe quoi d'autre.
Ça avait toujours été affaire de l'expérimenter aussi peu que possible.
Maintenant elle avait envie de remarquer ce que ça faisait. Ils étaient connectés. Il était en elle et sous elle. Ses mains guidaient ses hanches alors qu'elle bougeait avec lui.
C'était bon. Ça avait été comme ça quand ils avaient couché ensemble, elle en était certaine.
La chaleur de son toucher était comme un feu. Ce n'était ni trop rapide ni trop pour elle. Il allait aussi lentement qu'elle en avait besoin.
Ça avait été lent par le passé. Elle s'en souvenait. Lent et intime alors qu'il murmurait contre sa peau. La vénération brûlante de son toucher alors qu'il lui avait fait l'amour.
C'était ce que ça avait été. Faire l'amour.
C'était ce qu'ils avaient fait.
Ses yeux brûlaient, et elle baissa la tête alors que ses épaules tremblaient.
"Je t'aime." Elle agrippa sa main avec les siennes si fort que ça lui fit mal. "Je voulais toute ma vie pour te le montrer."
