Chapitre 69
Juin 2005
Severus arrive. Severus arrive.
Hermione avait l'impression de se transformer en plomb. Il y avait une douleur constante dans sa poitrine, et une pierre semblait être logée dans sa gorge ; elle la sentait à chaque fois qu'elle déglutissait.
Une sensation d'horreur et de désespoir palpable se répandait autour d'elle et en elle. C'était comme si elle se noyait avec la marée montante ; l'eau atteignait son visage, glissant lentement contre sa peau, la léchant un peu plus haut à chaque minute. Elle était enchaînée et ne pouvait rien faire d'autre que rester assise à la sentir monter sur elle.
Elle voulait récupérer son occlumancie.
Maintenant qu'elle ne souvenait l'avoir eue, elle en ressentait la perte. La mort et la mutilation, tous ceux qu'elle avait vu mourir, directement au premier plan de son esprit. Ça n'avait pas toujours été comme ça. Elle avait eu l'habitude d'avoir de l'espace pour échapper à l'agonie émotionnelle, mais à présent elle n'en avait plus.
Bientôt, Drago serait une autre personne qui serait morte parce qu'elle n'avait pas su le sauver.
Elle pensait qu'aucun niveau d'occlumancie ne pourrait estomper cette douleur.
Si elle pouvait l'occluder juste un peu, elle pensait qu'elle aurait pu être capable de dire tout ce qu'elle avait besoin de dire, de lui demander ce qu'elle voulait savoir. À la place, à chaque fois qu'elle essayait d'aborder le sujet, sa voix se brisait, ses épaules commençaient à trembler et elle commençait à pleurer puis à hyperventiler.
Drago la laissait stoïquement pleurer puis enroulait ses bras autour d'elle et la calmait quand elle commençait à suffoquer.
Elle se dégageait avec colère.
Elle avait envie de lui crier dessus. Arrête d'accepter ça. Arrête d'être résigné. Tu me brises le cœur. Arrête d'agir comme si ça allait. Ça ne va pas. Ça n'ira jamais. Arrête d'être résigné.
Il était facile d'être en colère contre lui… au moins, elle essayait toujours. Il s'en accommodait juste.
Elle craqua finalement et déversa sa colère sur lui jusqu'à ce qu'elle ait une crise d'angoisse. Ses plans étaient stupides et égoïstes. Ce n'était pas juste qu'il puisse mourir et qu'elle soit laissée en vie avec tout ça. S'il l'avait juste laissée l'aider à secourir Ginny, rien de tout cela ne serait arrivé. Il aurait dû les laisser travailler ensemble. S'il n'avait pas voulu tout contrôler et qu'il n'avait pas essayé de tout faire seul… tout aurait pu être différent.
Il resta là sans dire un mot alors qu'elle déchargeait tout ça. Jusqu'à ce qu'elle commence à hyperventiler et s'effondre sur le sol avec ses bras enroulés protectivement autour de son ventre. Il l'apaisa et dessina des cercles sur son dos alors qu'elle pleurait et essayait de le secouer.
"Ne me fais pas ça, Drago. Ne me fais pas ça. Ne… ne… ne… ne…"
Après ça, il fut appelé loin, et elle fut laissée à bouillonner et ressasser et elle réalisa qu'il le faisait exprès.
Il pouvait lire ses pensées. Il connaissait la façon dont son esprit fonctionnait. Avant l'attaque de Montague, il avait fait tout son possible pour la piquer et se faire détester. Il lui avait donné une cible ; quelque chose sur quoi se concentrer ; une façon de canaliser son stress. Si elle était en colère contre lui, elle était moins autodestructrice. Sa rage étouffait sa culpabilité.
Alors partir serait plus facile pour elle.
Elle ne voulait pas qu'on la gère.
Elle ravala sa colère après ça. Elle ne voulait pas gâcher le temps qu'elle avait en étant en colère.
Mais quand elle était seule, elle avait envie de hurler et de casser tout ce qui était à sa portée. Les menottes l'empêchaient physiquement de faire autre chose que pleurer. Elle brûlait de rage, de dévastation et de culpabilité sans avoir la possibilité de canaliser tout ça. Elle avait l'impression que ça l'empoisonnait de l'intérieur, comme si les émotions corrodaient le sang dans ses veines.
Elle continuait à parcourir toutes les piles de livres qui couvraient le sol de plus de la moitié de sa chambre avec obsession. Si elle les lisait assez de fois, peut-être qu'elle ferait une avancée, peut-être qu'elle pourrait trouver quelque chose qu'elle avait manqué avant.
Quand Drago lui rendait visite, elle essayait d'ignorer le fait qu'elle allait partir.
Il avait une quantité de temps libre inhabituelle avant l'anniversaire de la Bataille de Poudlard. Lucius était responsable de la "chasse", et les exécutions avaient été interrompues jusqu'à la célébration de l'anniversaire.
Drago pouvait passer la plupart de son temps avec elle.
Elle se déversait en lui. Elle voulait chaque détail de lui.
Ils firent l'amour plusieurs fois. Après la première fois, ce fut plus facile. Elle était confiante dans le fait qu'elle pouvait y arriver, et qu'elle pouvait arrêter si elle en avait besoin. Elle pouvait lui communiquer physiquement les choses qu'elle peinait à verbaliser sans pleurer.
Elle pouvait s'accrocher à lui et souhaiter ne jamais le lâcher.
Il la tenait dans ses bras et embrassait son corps. Il la touchait et emmêlait ses doigts dans ses cheveux. Il passait les doigts le long de son cou et de ses épaules comme s'il la mesurait et mémorisait la façon dont elle tenait dans ses mains. Il se poussait en elle, et elle le regardait dans les yeux, observant la façon dont ils vacillaient et changeaient de couleur quand ses pupilles se dilataient.
À moi. À moi. À moi. Elle le sentait comme le battement d'un cœur.
À moi.
À posséder et à garder…
Elle attira désespérément les lèvres de Drago contre les siennes, enroulant ses bras autour de ses épaules, emmêlant ses doigts dans ses cheveux, absorbant la sensation d'être avec lui, le rythme de son cœur avec elle.
Pour le meilleur et pour le pire…
Dans la santé comme dans la maladie…
Elle fit courir ses doigts le long de ses runes, sentant la magie implacable qui y résidait. Elle embrassa chacune de ses cicatrices, et il embrassa les siennes. Ils entremêlèrent leurs mains, leur nez s'effleurant, se murmurant des choses.
Ils passèrent chaque moment lentement. Ils leur restait à peine du temps ; ils ne voulaient pas le gâcher en se précipitant.
Après, Hermione restait blottie dans ses bras, son dos contre le torse de Drago.
Chez moi. C'est à ça que ça ressemble.
Elle prit la main gauche de Drago et la pressa contre le renflement de son bas-ventre.
"C'est elle," dit-elle. "Je…" sa gorge se serra, "… je pourrais probablement la sentir bouger au cours du prochain mois. Le livre dit que ça ressemble à des battements d'ailes au début."
Les doigts de Drago tressaillirent dans sa main, et il pressa un baiser sur l'épaule nue d'Hermione.
Elle baissa les yeux, étudiant sa main sous la sienne, écartée contre son ventre. "Ça s'appelle une accélération… quand tu sens un bébé bouger pour la première fois."
Après le déjeuner, Drago la mena au-delà des haies qui bordaient l'aile sud du manoir. Alors qu'ils marchaient autour de la serre, Hermione s'arrêta avec surprise. Il y avait une écurie de chevaux ailés sur le domaine Malefoy.
Elle resta sans voix devant les portes et fixa chacun d'entre eux ; d'énormes Abraxans, Granians et Aethonens. Ils regardaient tous Hermione et Drago à travers les barreaux des stalles. Il tapaient leurs sabots et remuaient la tête, hennissant doucement alors qu'Hermione s'avançait.
Elle tendit la main, et un Granian délicat agita ses ailes grises et avança ses naseaux entre les barreaux, fouinant contre la paume d'Hermione.
"Je ne savais pas que tu avais des chevaux," dit-elle alors qu'elle caressait son museau et lui grattait les oreilles. "Je pensais que j'avais exploré tout le domaine autour du manoir. Je ne sais pas comment j'ai pu ne pas remarquer les étables."
Drago était étrangement silencieux. Elle se tourna pour le regarder. Il avait une expression indéchiffrable sur le visage alors qu'il l'étudiait.
Il pencha la tête sur le côté et sembla hésiter pendant quelques secondes. "Tu savais qu'elles étaient là." Il baissa les yeux. "Tu venais ici tous les jours pendant l'hiver. Tu as arrêté à la fin du mois de février."
Hermione fixa Drago, ses doigts frottant le cou du Granian. Le cheval la fit presque tomber en reniflant ses robes.
Elle se retourna et gratta la spirale sur son front en essayant d'intégrer cette révélation.
Sa bouche s'ouvrit, mais aucun mot ne sortit. Elle déglutit et s'éclaircit la gorge plusieurs fois.
"Oh," réussit-elle finalement à dire d'une voix légère après avoir lissé la crinière du Granian pour qu'elle tombe bien. Son nez et ses yeux piquaient à cause de la poussière et du parfum écoeurant du foin.
Après une minute elle hocha la tête. "Ça a du sens."
Elle hocha de nouveau la tête et s'éclaircit la gorge. "Je pense que j'ai perdu quelques souvenirs… je pense pendant ma première crise d'épilepsie." Elle continua à s'affairer autour du cheval sans regarder vers Drago. "C'est… c'est si intéressant la façon dont la mémoire fonctionne. Il y a probablement beaucoup de choses que je ne sais même pas que j'ai oublié… C'est…" Elle avait du mal à réfléchir à ce qu'elle pouvait dire. "Ça doit être très étrange à observer."
"Je ne pense pas que c'était ta crise d'épilepsie," dit Drago derrière elle. "C'est quelque chose que fait le Seigneur des Ténèbres. On pourrait dire que c'est une sorte de technique de légilimancie. Il déchire des souvenirs. Il a parlé de sa méthode par le passé. De petits morceaux de choses ; il les prend et les arrache. Il… aime sentir l'angoisse mentale des victimes qui expérimentent la perte des souvenirs."
Il y eut un silence.
"Venir ici te rendait heureuse, alors il t'en a privée."
Drago fit venir plusieurs pommes d'une boîte près de là et en coupa un morceau, le tendant à Hermione. Hermione le posa sur le plat de sa main et la tendit. Le museau du Granian effleura et chatouilla sa main alors qu'il soufflait et mangeait.
"Y avait-il d'autres choses ?" demanda-elle. "D'autres choses que je ne me souviens pas avoir oubliées ?"
"Tu avais un souvenir de ton père. Il te disait de plier mille grues en origami pour exaucer un vœu. C'est tout ce je sais."
Hermione se sentit glacée en absorbant l'information. "Je me suis demandée… pourquoi je faisais ça."
Plusieurs autres chevaux passèrent la tête entre les barreaux de leur stalle et les agitèrent de haut en bas jusqu'à ce qu'Hermione avance de cheval en cheval, caressant leurs naseaux pendant qu'elle achetait leur quiétude avec des tranches de pommes.
Elle pouvait sentir Drago la regarder, et cela fit se nouer son ventre alors qu'elle essayait de réfléchir à la raison pour laquelle il l'avait amenée ici.
"Alors… pourquoi est-ce que je dois savoir qu'il y a des chevaux ?" demanda-elle en grattant les oreilles d'un Abraxan dont la tête avait la taille de celle d'un éléphant.
Drago lui tendit une autre tranche de pomme avant de répondre.
"Avec assez de ressources, les Portoloin et le transplanage laissent des signatures qu'on peut tracer. Le transplanage et les balais ne vont pas assez loin, ni assez vite. Les Granians volent plus vite que toutes les autres créatures magiques. Tu partiras à dos de cheval du manoir jusqu'au Danemark. Il y a une planque là-bas avec un Portoloin international ; il t'amènera à Ginny."
Hermione hocha de nouveau la tête, s'éloignant des chevaux et dépassant Drago sans un mot. Bien sûr, c'était juste une autre étape vers son départ. Il semblait que tout ce qu'il faisait n'était qu'une phase additionnelle dans son processus de séparation.
Ils avançaient sur le chemin pour rentrer au manoir quand Drago se raidit et se figea, son expression devenant un mélange d'incrédulité et de rage. Hermione leva nerveusement les yeux vers lui.
Lucius…
"Astoria vient de transplaner dans l'entrée," dit-il.
Une sensation de froid submergea Hermione. Comparé à Lucis, Astoria était un inconvénient mineur, mais la combinaison des deux tombait horriblement mal.
Drago s'esclaffa et regarda le ciel. "Pourquoi faut-il que tout aille toujours de travers ?"
Il resta là quelques secondes le regard dans le vide. Quand il revient à la réalité, il souffla avec colère. "Encore une personne que je vais devoir gérer."
Sa main gauche avança en direction de son holster alors qu'il marchait à grands pas vers le manoir, le gravier crissant bruyamment sous ses chaussures.
Hermione le suivit, et son ventre se noua quand il lui vint à l'esprit que Drago s'était probablement attendu à devoir tuer Lucius depuis que son père était revenu, et maintenant Astoria était également sur sa liste.
Dans le cas d'Astoria, ce n'était pas surprenant. Mais Drago avait protégé son père au fil des années, Hermione en était certaine. Il aurait été plus facile pour Drago d'orchestrer la mort de Lucius à un certain stade plutôt que de compter sur la constante imprévisibilité de son père.
Drago s'arrêta dans le jardin des roses et se renfrogna. "Elle se dirige vers la véranda pour venir à notre rencontre."
Il fit rouler son cou pour le faire craquer, se redressant alors que son expression se disciplinait dans une malveillance indolente. Il flâna jusqu'au coin du manoir, Hermione le suivant à quelques pas serviles derrière lui. Astoria les attendait, les mains sur les hanches.
Les coins de la bouche d'Astoria se tordirent vers le haut alors qu'elle baissait les yeux vers Drago et Hermione depuis le haut des escaliers. Elle haussa une épaule menue. "Comment ai-je deviné que je vous trouverais tous les deux ensemble là-bas ?"
"J'imagine que tu as demandé à un elfe de maison," dit Drago en montant les marches et en la regardant froidement. "Je pensais que tu passais l'été en France, Astoria. Est-ce qu'ils t'ont renvoyée ?"
Les lèvres d'Astoria se retroussèrent pour que ses dents nues soient visibles alors qu'elle levait le menton. "Je suis là pour les célébrations. Tu vas être l'invité d'honneur. Réalises-tu à quel point les gens vont jaser si ta femme ne vient pas avec toi ?"
Draco leva les sourcils avec scepticisme, et Astoria jeta un œil à Hermione.
"Quoi ? Tu allais l'emmener ? L'asseoir sur tes genoux et la caresser publiquement comme Amycus le fait avec la sienne ?" Elle leva les yeux au ciel. "Non. Ce n'est pas vraiment ton style. Tu ne peux pas la garder sous une montagne de protections si elle sort en public."
Astoria leva le menton. "Je n'ai pas à demander la permission pour rentrer chez moi. Je suis là pour être aux côtés de mon mari bien-aimé. Les gens commencent à jaser."
L'expression d'Astoria était de plus en plus pincée, et ses lèvres se pincèrent brièvement alors qu'elle fixait Drago avec ressentiment. "Non que tu n'y ais jamais prêté attention, mais il parlent vraiment beaucoup de toi." Sa voix était sucrée. "Je me retrouve à ne rien pouvoir faire d'autre que répondre à leurs questions incessantes sur toi dès que je sors. Ils veulent tous savoir quand tu vas me rendre visite." Elle eut un rire qui ressemblait à du verre brisé. "Adrian a dit pour plaisanter lors d'une fête que tu restais ici en Angleterre parce que ton côté paternel commençait à ressortir, et ensuite toute la pièce a ri parce que tout le monde sait que la seule chose que tu fais c'est tuer des choses."
Le coin de la bouche de Drago se tordit. "Hé bien… je vais être plutôt occupé la plupart du temps. Tu vas passer la plupart des événements avec mon père. Je ne pense pas que vous vous connaissiez tous les deux."
L'expression cassante d'Astoria vacilla alors qu'une lueur d'incertitude apparaissait sur son visage. "Vraiment ? Lucius ? Il est revenu en Grande-Bretagne ?"
Puis son expression s'affuta, et elle jeta un œil à Hermione. "À cause d'elle ?"
Drago suivit le regard de sa femme et fixa Hermione avec des yeux durs. "À peine. Le Seigneur des Ténèbres l'a rappelé pour endosser certaines de mes responsabilités maintenant que mon nouveau statut me prend tant de temps."
La bouche de Drago se tordit dans un sourire moqueur. "Il est un brin excentrique maintenant, mon père, mais vous partagez tous les deux certains centres d'intérêts ; peut-être qu'il t'aimera bien." Il haussa les épaules et regarda encore une fois Astoria en indiquant à Hermione de monter les escaliers d'un petit mouvement de la main. "Reste à l'écart, Astoria, si tu en es seulement capable."
Il avança vers les portes, et Hermione le suivit, essayant de ne pas croiser le regard d'Astoria.
Alors qu'Hermione passait, Astoria lui dit à voix basse "Il va te tuer."
Hermione se figea brièvement, et Astoria continua. "Le savais-tu ? Tu es morte… dès que ce bébé sera hors de ton ventre. Le Seigneur des Ténèbres veut ton cadavre. J'espère qu'il ne fera rien de sale avec."
"Astoria, n'ai-je pas dit quelque chose il y a quelques mois à propos de la Sang-de-Bourbe ?" dit dangereusement Drago depuis l'encadrement de la porte.
Astoria pâlit et recula.
"Sang-de-Bourbe." La voix de Drago était coupante comme une lame. "Viens avant que je te traîne."
Hermione continua d'avancer vers Drago, sentant le regard d'Astoria dans son dos.
Quand ils arrivèrent dans sa chambre, Hermione prit une profonde inspiration et se retourna, croisant les bras fermement contre elle. "Dis-moi quel est le plan complet. Il faut que je sache… il faut que tu m'expliques le plan complet."
Drago ferma la porte et resta devant. Ses yeux étaient calculateurs alors qu'il la fixait. Après un moment, il baissa les yeux et lissa ses manches.
"En supposant que Severus n'arrive pas en retard, tu partiras avant la célébration de l'anniversaire. Ça déstabilisera les choses plus rapidement si je ne peux pas apparaître pendant les événements. C'est censé être une démonstration de force ; le Seigneur des Ténèbres aura du mal à excuser mon absence." Il agita nonchalamment la main. "Mais… tout ça est hors de propos. Une fois que tes menottes seront enlevées, Severus et toi partirez immédiatement pour le Danemark. Il connaît l'emplacement de la planque. Quand tu auras pris le Portoloin, il reviendra. Si les choses se déroulent comme prévu, sa disparition ne sera pas remarquée, et il restera en place aussi longtemps qu'il le pourra.
Hermione s'agita. "Et toi ?" Elle eut l'impression d'être écrasée à mort. "Après que je sois partie… que t'arrivera-il exactement ?"
La bouche de Drago se courba pour faire un petit sourire. "Je m'assurerai que personne ne remarque que Severus a disparu pendant une demi-journée. Je ferai croire que j'ai essayé de m'enfuir avec toi, et je laisserai un autre Mangemort à trouver, qui sera présumé être l'autre partie impliquée." Il soupira. "C'était censé être Montague, étant donné sa fascination pour toi. Mais j'ai d'autres options en tête à présent." Il haussa les épaules. "C'est un détail mineur, de toute façon."
"Que t'arriveras-il ?" répéta Hermione.
Il croisa son regard avec sérieux. "Je ne serai pas capturé, si c'est ce qui t'inquiète. J'en sais trop pour risquer un interrogatoire."
Il baissa les yeux et sembla inspecter le cirage du bout de ses chaussures. "Ne t'inquiète pas. Ça sera rapide." Il leva les yeux vers elle avec un faible sourire. "Je suis plutôt bon pour faire en sorte que ça soit rapide."
Hermione grimaça et elle se détourna pour regarder par la fenêtre.
Elle avait pensé qu'elle était tombée à court de larmes pendant son emprisonnement sous Poudlard, mais maintenant elle se retrouvait à devoir constamment lutter contre.
Elle put le sentir marcher vers elle jusqu'à ce que ses robes effleurent celles d'Hermione. Elle pressa la main contre la fenêtre et regarda désespérément le domaine.
C'était une cage. Le ciel ouvert et les collines donnaient une illusion de liberté. Tout le temps depuis lequel elle le connaissait et avait été sa prisonnière, il avait été plus enchaîné qu'elle ne l'était.
"Je ne veux pas que tu meures, Drago."
La main gauche de Drago glissa autour de la taille d'Hermione et se posa de nouveau sur son bas-ventre. Elle pinça les lèvres, mais sa mâchoire trembla quand même.
"Drago…" Sa bouche se tordit et ses pommettes lui semblèrent creuses et douloureuses. Il y avait un sentiment poignant de désespoir dans sa poitrine. Elle laissa tomber son front contre la vitre froide, "Ne… ne… je ne veux pas que tu meures…"
"Je sais."
Il glissa son autre bras autour des épaules d'Hermione, et elle pressa la joue contre le dos de sa main.
Elle agrippa la main posée sur son ventre, et ils restèrent silencieux jusqu'à ce que Drago soupire et se redresse. "Je dois y aller. Avec Astoria présente aussi… ça ne vaut pas le risque additionnel."
Hermione baissa les yeux au sol et hocha la tête. Sa gorge était serrée par la culpabilité. Ils avaient eu moins d'un mois, et elle l'avait passé à faire des recherches. À présent… le peu de temps qui restait était raccourci.
Il retira ses mains, et elle le sentit disparaître.
Il vint quand même cette nuit-là. Après que les lumières du manoir furent éteintes, il transplana dans sa chambre.
"Hé bien, mon père et Astoria se sont rencontrés." Il fit rouler sa mâchoire en enlevant ses sur-robes formelles. "Il l'aime encore moins que ce à quoi je m'attendais. Je suppose que ça serait encore plus malheureux s'ils semblaient s'apprécier l'un l'autre, mais l'antagonisme pendant le dîner est devenu fastidieux au bout de quelques minutes."
Le coin de sa bouche se tordit pendant un moment avant que son expression ne se referme de nouveau.
"Tu peux venir ici maintenant ?" demanda-elle après un moment.
Il hocha la tête. "Je saurai s'ils viennent à ma porte. Il est plus probable que ça soit mon père qui cherche un partenaire de beuverie qu'Astoria s'attendant à partager mon lit." Il s'assit au bord du matelas.
La poitrine d'Hermione se serra et elle baissa les yeux sur ses mains. Le retour d'Astoria au manoir plaçait une certaine emphase sur la présence de Drago près d'Hermione dans son lit.
Il était marié. Il avait une femme.
Pourtant il était là, dans le lit d'Hermione parce qu'elle était… sa maîtresse.
Ou son esclave sexuelle. C'était la fonction qu'elle était censée occuper, en tant que mère porteuse et esclave sexuelle.
Sans tenir compte de son emprisonnement, elle était toujours catégoriquement sa maîtresse.
Elle leva les yeux pour voir que Drago l'observait et elle se força à sourire. "Non, je suppose qu'elle ne le ferait pas."
Ils dormirent face à face. Il la tint presque écrasée contre son torse, et elle pouvait sentir le battement de son cœur contre sa joue.
Il s'assit au milieu de la nuit.
"Mon père erre dans le manoir," fut tout ce qu'il dit avant de transplaner sans un bruit.
Il ne réapparut pas jusqu'à après le déjeuner pour "promener" Hermione. Il était visiblement tendu et ne fit pas l'effort de converser alors qu'ils marchaient dans les jardins. Il y avait une sensation additionnelle d'appréhension qui pesait sur la poitrine d'Hermione alors qu'ils déambulaient parmi les roses en fleur. Il ne cessait d'observer les alentours et de jeter des coups d'œil au manoir, comme s'il s'attendait à ce qu'une explosion en émane à tout moment.
"Drago !" La voix tranchante d'Astoria coupa l'air.
Le coin de la bouche de Drago se leva brièvement alors qu'il se tournait vers sa femme qui approchait.
Astoria avait le visage pâle, mais les creux de ses joues étaient teintés de rouge. Elle tempêta à travers les jardins. Elle était impeccablement vêtue de robes vert pâle éclaboussées de détails écarlates. Alors qu'elle approchait, Hermione remarqua que l'ourlet de sa robe et ses chaussures étaient également écarlates.
"Drago… Drago… c'est… inacceptable !" Astoria paraissait être au bord des larmes et presque à court de mots. "Intolérable. Obscène. Je n'ai même…"
Quand elle ne fut plus qu'à quelques mètres, Hermione réalisa que ses robes ne comportaient pas de détails écarlates, elles étaient éclaboussées et tachées.
Comme si elle avait marché dans un mare de sang.
"Qu'est-ce qu'il y a, Astoria ?" demanda Drago d'une voix traînante.
Astoria se tint devant Drago pendant quelques secondes, déglutissant de manière visible. Elle baissa les yeux vers ses robes puis les leva de nouveau vers Drago.
"Ton père doit partir. Il ne peut pas rester ici." Elle s'étrangla. "Il… il… il…"
Elle fit un geste vers elle-même. "L'entrée est complètement couverte de sang. Il y avait des choses qui pendaient des lustres… des intestins, je pense. Il y en a sur les portraits, toutes les orchidées que j'ai ramené de France, et mes nouvelles robes ! La pièce entière est ruinée. Mrs Thicknesse était censée venir prendre le thé avec ses filles et plusieurs autres dames pour organiser la célébration… maintenant je vais devoir annuler parce que la plupart de la maison est couverte de sang, et Bobbin dit qu'il y a des cadavres empilés à la grille. Fais-le partir."
Hermione avait à peine vu les autres ailes du manoir depuis l'arrivée de Lucius ; elle n'avait aucune idée de si ce que disait Astoria était vrai, ou si elle exagérait.
Hermione était certaine que Drago avait ajouté de nouvelles protections sur sa chambre après le jour où Lucius avait amené le centaure. Elle ne pouvait plus entendre de bruit à travers les portes ou les fenêtres. Elle avait vu des traînées de sang à l'extérieur occasionnellement quand Drago et elle se promenaient, mais une fois entre les murs de sa chambre, elle oubliait presque le monde extérieur.
Drago soupira et lissa ses robes. "Astoria, c'est la tradition qu'il vive sur le domaine. Il a une aile privée dans le manoir.
Astoria leva les mains en l'air. "Il n'utilise pas son aile ! Il utilise les grilles et l'entrée principale. Il y a du sang partout sur les graviers. Je les ai fait remplacer par les elfes ce matin, et ils en sont de nouveau recouverts. Le manoir ressemble à un abattoir."
Drago hocha la tête, l'expression impassible. "Je suis conscient de l'état du manoir. Il y a des raisons pour lesquelles je ne t'ai pas demandé de revenir pour la célébration. Si tu veux absolument recevoir, il y a d'autres propriétés en Grande-Bretagne que tu peux occuper pour les prochains jours."
Astoria leva le regard vers Drago, les yeux écarquillés et incrédules. "Sais-tu à quel point les gens vont jaser si je reçois des invités ailleurs qu'au Manoir Malefoy ?"
Drago haussa un sourcil et croisa froidement son regard. "Je ne t'ai pas demandé de venir, Astoria. Il est en Angleterre sur les ordres du Seigneur des Ténèbres. Tu es ici sur un coup de tête. Est-ce que tu t'attends à ce que m'en remette à tes préférences ?"
Astoria commença à répondre, mais avant qu'elle ne puisse parler…
"Qu'est-ce que ceci ? Toute ma famille réunie au même endroit. Quelle joie." Lucius semblait s'être matérialisé de nulle part.
Astoria se jeta vers Drago, qui se décala pour lui échapper de façon à ce qu'il soit placé entre la ligne de vue de son père et Hermione. Le mouvement était léger, comme s'il s'était simplement tourné pour voir Lucius, mais Hermione était presque dissimulée après qu'il ait modifié sa position.
"Père, Astoria est consternée par l'état de l'entrée."
"Vraiment ?" Lucius roucoula le mot comme s'il parlait à un petit enfant. "Je pensais que c'était une amélioration considérable par rapport au minimalisme stérile auquel elle semble si attachée."
Astoria était visible à la droite de Drago, et Hermione la vit pâlir. Ses mains se déplacèrent défensivement vers son ventre puis s'arrêtèrent et elle serra les poings de chaque côté de son corps.
"Je veux que vous partiez," dit-elle d'une voix tranchante. Ses boucles d'oreille tremblaient mais elle leva le menton. "Je veux que vous quittiez le domaine."
Lucius haussa un sourcil et la regarda de haut en bas. "En effet. Vous avez l'intention de me bannir de mon propre domaine ?"
"Ce n'est pas votre domaine, c'est celui de Drago. C'est le mien. Je suis la Dame du Manoir, et vous êtes un invité qui a abusé de notre accueil."
"Vous êtes la Dame de ce manoir ?" ronronna Lucius d'une voix basse. "Ma femme était la Dame du Manoir Malefoy ; je ne suis pas sûr que la magie puisse tolérer un remplacement si inadéquat."
Astoria rougit, le creux de ses jours se teintant d'écarlate alors que ses dents se découvraient avec colère. "Ce que vous pensez n'a pas d'importance. Le Seigneur des Ténèbres m'a choisie. Drago m'a épousée. Je suis la Dame du Manoir Malefoy. Ce n'est pas à vous de décider. J'ai fait tout ce qu'on a demandé. J'ai vécu, seule, dans cette horrible maison, j'ai joué tous les rôles qu'on attendait de moi, j'ai fais tout ce qu'on m'a demandé, je ne me suis jamais plainte… même quand on m'a prise pour acquise puis mise de côté puis ignorée" - Astoria semblait au bord des larmes - "j'ai quand même joué mon rôle sans une seule protestation parce que…"
"Vous aimez diriger, n'est-ce pas ?" dit Lucius d'un air méprisant à Astoria. "Peut-être que nous vous aurions porté d'avantage attention si vous étiez plus silencieuse. Je n'ai pas entendu un son de la Sang-de-Bourbe depuis que je suis arrivé."
La main de Drago bougea presque imperceptiblement vers Hermione.
"Dégagez de ce domaine !" cria presque Astoria. "Dégagez. Dégagez ! Dé…"
Une ligne écarlate fine comme une lame de rasoir fleurit sur la peau pâle du cou d'Astoria.
Hermione regarda, les yeux écarquillés d'horreur. Une sorte d'exclamations gargouillante émergea de la gorge d'Astoria alors que sa tête tombait de ses épaules et que son corps s'effondrait au sol.
Lucius baissa les yeux vers le cadavre tout frais à ses pieds, et ses sourcils s'arquèrent approximativement. "Vous êtes bien plus silencieuse à présent," dit-il, se penchant et faisant un signe de tête vers le visage d'Astoria qui gisait sur les graviers blancs. Son expression était devenue molle et inerte.
Lucius agita un doigt vers elle. "Restez comme ça, et avec le temps, peut-être que mon opinion à votre égard s'améliorera."
Hermione regarda vers Drago en état de choc.
Lucius se redressa, soupirant et penchant la tête en arrière vers le soleil. "Le domaine se sent déjà mieux. Mon père disait qu'il n'y avait rien de mieux que le sang frais pour fertiliser les roses."
"Tu as tué ma femme, Père," dit Drago. Elle ne pouvait pas voir son visage, mais sa voix était incrédule.
"J'en suis conscient." Lucius renifla et il regarda Drago du coin de l'œil. "Ne t'embête pas à essayer de me convaincre qu'elle va te manquer. Elle n'avait aucun goût et était indiscrète. À présent tu peux épouser une femme capable de produire un héritier. T'ai-je parlé de cette délicieuse sorcière que j'ai rencontrée en Bulgarie l'hiver dernier ? Sang-pur. Seulement seize ans, mais elle aura l'âge dès que ta période de deuil obligatoire sera terminée. Ensuite, nous ne serons plus obligés de salir notre lignée en ayant des Sang-de-Bourbe défilant dans le manoir comme une file de putains."
Les doigts de Drago tressaillirent, et ses épaules se raidirent. "Tu réalises que je vais devoir demander la permission pour me remarier."
"En effet. Quelque chose qui est plus facile à obtenir quand tu n'as pas déjà une femme et une mère porteuse sur les bras. D'ici six mois, quand le Seigneur des Ténèbres aura les informations qu'il désire et que la Sang-de-Bourbe sera morte, les choses seront différentes. Quelqu'un doit s'inquiéter du futur, étant donné que tu refuses de le faire."
Drago secoua la tête et passa une main dans ses cheveux. "Tu peux difficilement t'attendre à ce que ça ne soit pas puni. Le Seigneur des Ténèbres exige une autorisation personnelle pour tuer tout membre des Vingt Huit Familles avant son exécution."
Le sang d'Astoria coulait sur le sol vers les chaussures de Drago. Il agita sa baguette et le fit disparaître.
Lucius fit tourner paresseusement sa baguette entre ses doigts. "Je doute que le Seigneur des Ténèbres pleure la perte d'une sorcière stérile, peu importe son pedigree. Ta valeur et la mienne restent considérablement plus grandes que la sienne. Une fois qu'il aura appris à quel point elle bavardait incessamment, je m'attends à m'en sortir plutôt bien."
Lucius s'agenouilla sans difficulté et cueillit la tête d'Astoria sur le sol avant d'attraper le bras de son cadavre.
"Ne t'inquiète pas. J'assurerai au Seigneur des Ténèbres que tu es profondément affecté par mon impulsivité. Tu peux espérer le contraire, mais je te conseille de t'attendre à ce que je revienne dans l'heure. Si tu es toujours mon fils obéissant, peut-être que tu seras assez gentil pour me préparer une potion anti-douleur."
Sans un autre mot, Lucius transplana, emmenant Astoria avec lui.
Drago resta à fixer les graviers tâchés de sang pendant quelques secondes avant de se tourner pour observer Hermione. Son expression était un masque.
Hermione le fixa pendant plusieurs secondes, étudiant ses yeux. Sa poitrine commençait à lui faire mal. Elle prit une grande inspiration avant de parler. "Tu as planifié ça."
Il ne réagit pas pendant un moment, puis le coin de sa bouche se souleva. "Intelligente."
Hermione ne lui sourit pas en retour.
Après un moment, ses yeux lançèrent des éclairs, son expression se durcissant alors qu'il détournait les yeux. "À quoi t'attendais-tu, Granger ? Tu ne peux pas être surprise." Il s'esclaffa, et ses narines s'élargirent. "Elle t'a attaquée. Elle a essayé de t'arracher les yeux."
La gorge d'Hermione lui faisait mal, et elle tressaillit alors qu'elle se souvenait de la sensation de la baguette d'Astoria qui plongeait sans son œil et de sa terreur absolue quand elle avait cru qu'elle deviendrait aveugle. "Je n'avais pas oublié."
Drago eut un petit rire. "Je l'aurais tuée plus tôt, mais cela détournait les soupçons d'avoir une jolie épouse au manoir. Vivre ici seul avec toi pendant tant de mois aurait pu attirer l'attention. C'est la seule raison pour laquelle je l'ai laissée vivre."
"Je déteste quand tu tues des gens à cause de moi," dit-elle, se retournant si vivement que les graviers crissèrent sous ses pieds. Elle fixa le sol tâché de sang, grimaçant. "Je déteste ça. J'ai toujours détesté ça. Je sais que tu es bien plus que ça, mais parfois j'ai l'impression que tout ce que je fais c'est faire ressortir le pire de toi. Tu ne serais jamais allé aussi loin si ça n'était pas pour moi. Tu ne serais pas comme ça. C'est moi qui t'ai fait ça."
Drago resta silencieux pendant quelques secondes, et il soupira. "Tu as raison. Je ne serais pas comme ça, j'imagine."
Hermione pressa sa main contre son sternum. Sa tête lui semblait légère et creuse, et sa poitrine lui faisait mal comme si elle avait été frappée, comme si les os étaient brisés et que les éclats la coupaient lentement à mort.
"J'avais beaucoup de rêves pour nous," dit-elle, la voix serrée. "Quand je m'inquiétais pour toi, quand je faisais des choses que je n'avais pas envie de faire, quand la guerre me semblait si lourde que je pensais qu'elle allait finir par me briser, je me disais ; un jour, tu vas t'enfuir avec lui. Tu iras dans un endroit tranquille. Tu ne demandes pas grand chose, juste lui et toi et ça sera assez. C'est ce que je me disais. Je voulais voir comment tu serais loin de la guerre. Je pensais… peut-être que nous le découvririons ensemble. Qui nous pourrions être sans la guerre."
Elle sourit amèrement. "Je suppose qu'au final, je suis juste comme Harry et Ron. Je m'attends à ce que l'univers soit un peu indulgent. Je pensais que nous nous étions mérités l'un l'autre. Je pensais que nous avions chacun assez souffert pour mériter de nous avoir l'un l'autre."
Drago resta silencieux.
Elle regarda vers le manoir. "Je veux retourner dans ma chambre maintenant. Je n'ai presque plus de temps, je ne veux pas le passer dans le jardin des roses les pieds dans le sang de ta femme."
Elle commença à marcher vers la maison puis se figea, sa gorge s'obstruant quand elle réalisa qu'elle ne pouvait plus voir Drago. Elle se retourna vivement et resta à le regarder pendant quelques secondes alors que sa poitrine tressautait.
Elle se sentait vide. Elle s'était déversée, et maintenant tout ce qui lui restait était une coquille.
"Comment suis-je censée faire ça sans toi ?" Sa voix tremblait. Elle leva les mains puis les laissa mollement retomber à ses côtés. "Je ne peux même pas aller dehors toute seule. Quel est l'intérêt de me faire évader ? Je pourrais faire une crise d'épilepsie si je dois partir sans toi."
L'expression de Drago était prudente, mais ses yeux vacillèrent et la ligne de ses lèvres se tendit. "Tu auras retrouvé ton occlumancie, ça devrait aider."
Hermione le fixa.
Il détourna les yeux. "J'ai de la potion de Sommeil sans rêves que tu peux emmener, si nécessaire. Severus a conscience de ton agoraphobie, et il a prévu les choses en fonction. Vous partagerez un cheval. C'est quelqu'un en qui tu as confiance."
Hermione relâcha un vif soupir de colère. "Pourquoi es-tu si résigné à mourir ? Même au début, quand tu as fait ton offre à l'Ordre, tu avais déjà prévu de mourir comme si ça n'avait d'importance pour personne. Pourquoi es-tu toujours comme ça ? Maintenant…" sa voix se brisa, "…que ça en a ?"
Drago soupira, et il grimaça brièvement en croisant son regard. Il serra la mâchoire et détourna les yeux, se tordant les lèvres. "Je n'avais personne, Granger. Après que ma mère soit morte, je n'avais personne. Ma vie s'est brisée quand je suis rentré à la maison après la cinquième année. Tout ce que j'ai fait après a été d'essayer de ne pas perdre les morceaux qui me restaient. Une fois qu'elle est morte… ça n'a plus eu d'importance. La vengeance était tout ce que je pouvais faire pour me racheter, et ça n'avait d'importance pour personne…"
Il baissa les yeux.
"Pas avant que tu n'arrives." Il avait l'air presque amer. Il croisa son regard et marcha dans les graviers tâchés de sang pour s'approcher d'elle. "Je n'avais pas de plans pour après la guerre. Potter n'allait jamais gagner, je l'ai toujours su. Tomber amoureux de toi n'a pas changé ça… c'est juste… c'est juste…" il lâcha un bref soupir et baissa les yeux, sa voix se faisant moins forte. "Ça a juste empiré les choses de le savoir."
Sa pomme d'Adam s'abaissa alors qu'il déglutissait et levait les yeux vers elle, et il fit un sourire mélancolique. "Je… j'aimais la façon dont tu croyais au futur, même quand tu ne t'attendais pas à en faire partie. La façon dont tu insistais pour défier l'inévitable. Vous les Gryffondor êtes de tels idéalistes… je n'ai jamais compris cette attirance pour ça avant de te connaître." Il tendit la main et attrapa une boucle avec ses doigts. "La façon dont tu pensais qu'on serait toujours ensemble, et dont tu parlais de s'enfuir presque jusqu'à la fin. J'aurais tout fait pour te donner ce que tu voulais, mais…" il eut un petit rire et secoua la tête alors que sa main retombait. "Je ne sais pas comment faire ça. Ce n'est pas faute d'essayer, Granger. Je suis à cours d'idées."
Hermione prit une longue inspiration. La chaleur de l'été avait mélangé l'odeur cuivrée du sang à celle de miel sucré des roses en fleurs. Quand l'odeur la frappa, sa langue se souleva et une vague de désespoir nauséeux submergea sa gorge. Elle pressa le dos de sa main contre son nez et se détourna.
"Je veux retourner à l'intérieur," dit-elle après avoir forcé l'envie de vomir à repartir.
Drago lui prit la main, et elle le laissa mollement la guider jusqu'au manoir.
Peu après qu'ils soient arrivés dans sa chambre, Drago fut invoqué. Il fit apparaître ses robes de Mangemort et disparut sans un mot. Les heures passèrent et il ne revint pas.
Quelque chose n'allait pas.
Hermione appela Topsy, qui apparut et l'informa que Lucius n'était pas rentré non plus. Hermione fit les cent pas dans sa chambre à passer en revue les possibilités : Voldemort était furieux de la mort d'Astoria, Voldemort avait utilisé la légilimancie sur Lucius et remarqué quelque chose qui avait trahi Drago, quelque chose d'autre avait mal tourné, quelque chose qu'Hermione était trop inconsciente pour deviner.
Elle flottait autour de la porte, mais il ne servait à rien de sortir.
Elle ne pouvait rien faire. Elle continua à attendre.
Elle se tenait près de la fenêtre quand sa nuque se hérissa. Elle se retourna.
Drago se tenait au milieu de la pièce, enlevant son masque.
Il avait une expression indéchiffrable sur le visage, comme s'il était choqué et dévasté.
Ses cheveux, sa peau et ses yeux se détachant franchement sur la pièce sombre, le faisant presque paraître lumineux. Il la fixa pendant quelque secondes.
"Le Seigneur des Ténèbres vient juste de recevoir la nouvelle… La Roumanie a mis fin à son alliance avec le Seigneur des Ténèbres. Ils ont déchu le gouvernement et tué les émissaires du Seigneur des Ténèbres… Severus inclus."
