Chapitre 70

Drago détourna les yeux et secoua la tête. "Quel est l'intérêt de la légilimancie si tu ne l'utilises pas pour empêcher quelqu'un de te tuer ?" Il s'esclaffa, un son rude et furieux venant du fond de sa gorge. "Il a survécu comme espion à travers deux guerres sorcières seulement pour être tué par un coven de vampires révoltés."

Hermione pouvait sentir la rage froide commencer à émaner de lui.

Elle déglutit. La nouvelle lui paraissait être un coup sur la tête. Après des jours à redouter la venue de Severus, de la voir comme une conclusion courue d'avance, son absence soudaine semblait être un tremblement de terre. Tout avait été jeté en l'air, et il n'y avait pas moyen de savoir comment ça allait retomber.

"Est-ce confirmé qu'il est mort ? Il aurait pu s'échapper."

Drago regarda de nouveau vers elle et hocha lentement la tête. "C'est confirmé. Ils ont renvoyé les corps avec un message : 'Le sang des serviteurs du Seigneur des Ténèbres nourrira la révolution.' Son corps était vidé de son sang. J'ai personnellement confirmé que c'était lui."

Drago poussa un soupir vif et commença à retirer ses robes de Mangemort. "On s'attend à ce que le reste de l'Europe de l'Est suive dans les prochains jours. C'est…" Drago renifla, "... c'est l'effondrement que nous avions orchestré, nous avions juste espéré qu'ils attendraient le mois de juillet." Il ricana. "Putain d'idiot."

Les derniers mots furent presque grognés.

Hermione déglutit et se força à respirer. Elle avait l'impression d'avoir un poids sur l'estomac si douloureux qu'elle avait envie de se plier en deux et de vomir. Elle allait mourir. Le bébé, Drago et elle allaient tous mourir.

Severus avait été l'élément capital. Il avait été son dernier espoir. Elle avait pensé qu'il l'aiderait peut-être à trouver un moyen de sauver Drago. Elle lui avait dit avant de partir pour le Sussex qu'il fallait que Drago vive. Il avait dû savoir qu'elle n'allait pas s'enfuir tranquillement alors que Drago allait se suicider. Elle avait mentalement répété un discours pour lui, "Je vous l'ai dit, j'ai besoin de Drago. Je ferai n'importe quoi. Tout ce qui sera nécessaire. Tout ce que vous voudrez. S'il vous plait, aidez- moi. S'il vous plait, aidez-moi. Si je le perds, je vais mourir d'un cœur brisé. Je ferai tout ce que vous me demanderez si vous m'aidez à le sauver."

Elle s'était accrochée à l'idée que Severus aurait peut-être des idées que Drago et elle n'auraient pas considéré.

Sans lui, elle sentait soudainement le dernier petit rayon d'espoir lui glisser entre les doigts. C'était comme si un trou noir s'était ouvert sous ses pieds, avalant non seulement son espoir désespéré que Drago survive, mais également celui qu'elle avait eu pour elle et leur bébé.

Drago avait l'air d'être au bord de la crise de nerfs. Il inspira vivement entre ses dents et passa une main dans ses cheveux avant d'envoyer ses robes voler d'un coup de pied à travers la pièce.

La main d'Hermione tressaillit vers lui. Elle avait l'impression qu'elle allait s'évanouir.

Elle tendit la main et lui toucha légèrement le bras. Il baissa les yeux vers elle, il avait l'air si las.

"Ce… ce n'est pas grave, Drago," dit-elle, croisant son regard. Sa voix menaçait de vaciller, mais elle la força à rester stable. "Ce n'est pas grave," dit-elle encore.

Ne t'en prends pas encore à toi-même.

La poitrine d'Hermione fut agitée d'un spasme et ses doigts agrippèrent la manche de Drago. "Tu as fait tout ce que tu pouvais. Plus que ce que quiconque n'a jamais demandé."

Je préfère mourir dans tes bras.

Drago la regarda pendant un moment avant d'écarquiller les yeux. "Tu pars quand-même."

Hermione le fixa les yeux vides.

Il leva la main et le bout de ses doigts effleura la joue d'Hermione. "Je peux toujours te faire sortir. Severus était l'option la plus sécuritaire, mais il y a d'autres options. Je ne voudrais pas que tu penses que tu ne peux plus t'échapper à présent."

Hermione agrippait toujours sa manche. Il posa sa main sur la sienne. "Ça ne sera pas aussi propre. Ça sera plus long, et ça sera un voyage plus difficile à supporter pour toi," son expression était inquiète, "surtout enceinte. Ginny va revenir en Grande Bretagne et t'emmener."

Avant qu'Hermione ne puisse réagir, il appela "Topsy !"

Topsy apparut instantanément dans la pièce.

"Topsy, Severus est mort," dit-il factuellement. La rage était partie. Il était froid et résolu, de nouveau en mission.

Une option avait été éliminée. Il était passé à la suivante. Infaillible. Inflexible. Déterminé à réussir.

Severus avait été un mécanisme pour obtenir ce qu'il voulait.

"Granger va quitter l'Europe via la route que Kreattur et moi avons établie au printemps. Kreatur et toi partirez tous les deux ce soir pour la planque de Ginny. Quand vous arriverez, tu prendras James en charge pendant que Kreatur ramènera Ginny. Tout ce dont vous aurez besoin pour le voyage est dans la planque de Whitecroft. J'enverrai un mot, pour qu'elle vous attende."

Topsy leva les yeux vers Drago puis croisa obstinément les bras. "Si Topsy partir, qui s'occuper de la Miss ?"

Drago réfléchit un moment. "Bobbin. Bobbin va s'occuper d'elle pendant que tu es avec James.

Topsy secoua la tête. "La Miss ne pas connaître Bobbin, elle connaître seulement Tospy. Bobbin connaître les bébés, Bobbin ne rien savoir sur les sorcières enceintes. Topsy rester."

Drago poussa un long soupir de souffrance en baissant les yeux vers Topsy, dont le menton dépassait à peine légèrement son genou. "Bobbin pourrait s'occuper de James sur le court terme, mais si l'évasion ne se passe pas comme prévu, tu t'en occuperais dans le futur immédiat. Bobbin n'est pas capable de faire ça."

Topsy commença à ouvrir la bouche, mais Drago haussa un sourcil insistant et continua, "J'ai conscience que ce n'est pas idéal, mais Ginny te fais confiance pour s'occuper de James. Je ne veux pas qu'elle hésite ou nous retarde parce que j'ai envoyé un elfe qu'elle ne connait pas"

"Mais…"

L'expression de Drago se fit glacée. "Topsy, je ne t'ai pas appelée pour te consulter. Tu vas aller t'occuper de James. C'est un ordre. Si tout se passe bien, tu reverras Granger dans le mois. Vas-y maintenant."

Topsy resta pendant un moment à fixer Drago, puis elle cilla et ses énormes yeux se remplirent de larmes. "Et quand Topsy revoir Maître Drago ?"

Drago la regarda pendant un moment, et sa pomme d'adam s'abaissa alors qu'il pinçait les lèvres en une ligne fine. "Ne fais pas ça, Topsy. Ça a toujours été le plan."

Topsy secoua la tête et tapa son minuscule pied sur le sol.

"Vous ne même pas dire au revoir. Vous juste envoyer Topsy loin." Une énorme larme glissa le long du nez de Topsy et s'écrasa sur le sol. "Topsy devoir rester jusqu'à la fin. Vous avoir promis."

Drago la regarda, ses yeux vacillant pendant un moment avant qu'ils ne deviennent acérés comme du silex et que son expression se durcisse. "Ce n'est plus une option à présent. Topsy, tu as un ordre de ton Maître."

Topsy ne bougea pas. Elle continua à fixer Drago, et plusieurs autres larmes s'écrasèrent au sol.

"Topsy, vas-y maintenant." Sa voix était froide et ferme, et Hermione sentit la magie dans l'air.

Les yeux de Topsy s'écarquillèrent d'horreur et elle tendit la main vers lui. "Non ! S'il vous plaît. Maître Drago…"

Elle disparut avant d'avoir fini de parler.

Drago fixa l'espace vide pendant un moment avant de se détourner. Il soupira et eut soudain l'air si épuisé qu'Hermione crut qu'il pourrait juste s'effondrer en arrière.

Elle était perdue. L'expression d'horreur désespérée de Topsy semblait imprimée sur ses rétines.

"Tu aurais dû la laisser te dire au revoir," dit-elle finalement.

Drago hocha la tête avec lassitude. "Je ne sais pas comment faire."

Il soupira et fit rouler sa mâchoire. "Tu peux lui dire que je suis désolé quand tu la reverras."

Il semblait considérer le problème clos.

Hermione sentit une sorte de rage hystérique monter en elle. "Elle a aidé à t'élever. Si elle pensait qu'elle serait avec toi jusqu'à la fin, tu aurais au moins pu lui donner une chance de te dire au revoir. Tu ne peux pas… tu ne peux pas juste utiliser les gens comme s'ils étaient des outils pour obtenir ce que tu veux et les forcer à partir si leurs émotions te dérangent."

Drago la regarda vivement, l'irritation visible dans ses yeux d'argent. "Ma vie entière est faite de retombées émotionnelles." Il avait l'air sauvage. "Parfois… je n'ai pas la capacité d'en gérer plus."

Hermione pinça les lèvres, mais elles se tordirent. "C'est ce que tu vas me faire aussi… quand ça sera à mon tour de partir ?"

Les yeux de Drago brillèrent. "Non. Bien que ça serait approprié. Nous n'avons jamais été bons pour les adieux, si je me souviens bien."

Elle baissa les yeux et joua avec ses mains. "Tu aurais dû la laisser te dire au revoir. Quelques minutes de plus n'auraient pas fait de mal. Maintenant, elle va se sentir…"

"Je sais ce que ça fait de perdre quelqu'un sans pouvoir dire au revoir, Granger !" Ses phalanges étaient blanches et sa mâchoire serrée quand il grogna les mots.

Ce fut comme si elle avait été frappée au ventre. Elle se sentit pâlir.

Les yeux de Drago brûlaient alors qu'il la regardait avec une rage amère. Puis il cilla, et les émotions disparurent derrière ses murs d'occlumancie.

"Désolé. Je suis désolé. Juste… dis-lui que je suis désolé," dit-il d'une voix directe.

Hermione déglutit amèrement en hochant la tête. Elle baissa les yeux vers ses mains, essayant de penser à un autre sujet de conversation.

"Je ne savais pas que tu étais en contact avec Ginny," dit-elle finalement.

Drago haussa les épaules et parut soulagé par le changement de sujet. "Pas tellement. J'avais l'habitude de lui rendre visite à certaines occasions, principalement pour m'assurer qu'elle n'avait pas essayé de s'enfuir." Il haussa un sourcil. "Elle a essayé de me couper la gorge avec un couteau à viande quand je lui ai dit que l'Ordre avait perdu." Il jeta un regard appuyé à Hermione. "De manière assez choquante, il a été plutôt difficile de lui faire croire que je la gardais enfermée dans une planque pour la protéger."

Hermions détourna les yeux. Elle n'avait pas imaginé à quel point la situation avait dû être difficile pour Draco de devoir informer Ginny que la guerre avait été perdue et que toute sa famille avait été tuée. Ou comment il avait pu réussir à la convaincre qu'il était digne de confiance.

"Une fois que le Seigneur des Ténèbres m'a interdit de quitter la Grande-Bretagne sans permission, nous avons d'abord utilisé un rouleau de parchemin avec un charme protéiforme pour les communications occasionnelles. Topsy était avec elle, l'aidant à s'occuper de James jusqu'à ce que tu sois assignée à moi. Ginny savait que tu avais été finalement retrouvée, et que le plan était que tu la rejoignes. Je lui ai envoyé des nouvelles de temps en temps sur ta perte de mémoire et l'état dans lequel tu étais, pour qu'elle sache à quoi s'attendre. Alors… elle… sait que tu es tombée enceinte."

Drago baissa les yeux et lissa les manches de sa chemise.

Hermione l'étudia pendant un moment. "Quoi ?"

Drago leva les yeux de sa manche et son expression se ferma. "Hé bien, elle était informée du contexte dans lequel tu avais été envoyée au manoir, malheureusement elle… elle a estimé que j'avais une plus grande capacité à détourner les instructions et à te protéger qu'en réalité. Elle a seulement réalisé que ça n'était pas le cas quand je l'ai informé que tu étais enceinte." Sa mâchoire tressaillit légèrement. "Tout ça pour dire, la tolérance qu'elle m'accordait à contre-coeur à ce stade a définitivement disparu à présent."

Il s'éclaircit la gorge. "Je n'avais pas anticipé que le Seigneur des Ténèbres connaîtrait ton existence quand j'essaierai de te faire sortir d'Europe. À part la planque au Danemark, la plupart des routes d'évasions n'étaient pas praticables. J'ai utilisé Kreattur pour établir une route secondaire par Portoloin que Ginny pourrait utiliser, mais elle n'a pas été terminée avant la fin du mois d'avril." Il pencha la tête sur le côté. "Les avions moldus étaient une idée que j'ai eue, mais le Premier Ministre Moldu collaborait étroitement avec le Ministre. Te transformer en Moldue avec du Polynectar était une option, mais plus une fois que tu étais enceinte, et il y avait des variables que je n'aurais pas été capable de contrôler sans le monde moldu…"

Il sembla brusquement réaliser qu'il divaguait et s'interrompit. "Donc… des Portoloins c'est le mieux que j'ai pu faire."

Hermione le fixa.

"Je dois dire, tu as fini par me coûter assez cher, Granger."

Il y avait une raison pour laquelle les voyages internationaux en Portoloin étaient limités. Les déplacements en Portoloins intercontinentaux pouvaient envoyer un sorcier dans l'espace si calculé de manière incorrecte. Ils étaient élaborés et une expertise spécialisée était nécessaire pour la création d'un Portoloin intercontinental, au point que la plupart étaient financés par le gouvernement afin d'être abordables.

Hermione le savait parce que l'Ordre avait nourri l'idée d'obtenir un Portoloin pour l'Australie ou le Canada pour évacuer les enfants et les réfugiés. Acheté légalement, il aurait coûté un huitième du coffre de Harry. Sur le marché noir, le prix aurait été facilement doublé ou triplé.

"Ça ne sera pas aussi intraçable que la route avec Severus…" dit Drago. Il avait attrapé sa main dans la sienne, et l'un de ses doigts glissait le long de l'intérieur de son poignet et tressaillait au contact de la menotte qui y était verrouillée. "… tu devrais utiliser le temps supplémentaire pour reprendre du poids et améliorer ton endurance."

Elle fronça les sourcils en levant les yeux vers lui. "Comment vas-tu enlever les menottes sans Severus ?"

Drago eut un rire sec. "Les enlever n'a jamais vraiment été un obstacle. La difficulté a toujours été de te faire quitter immédiatement l'Europe après. Il y a plein de Mangemorts qui font tout ce qu'on leur demande une fois que tu trouves le bon point de pression."

Hermione hocha la tête avec raideur. "Combien de temps… avant que Ginny n'arrive ?"

Drago fronça les sourcils puis en haussa un pendant qu'il calculait. "Les elfes de maison vont devoir transplaner jusqu'à la planque par une série de sauts puisqu'ils ne peuvent pas utiliser les Portoloins. Il faut plus d'une semaine pour transplaner à la planque. Kreattur va escorter Ginny sur le retour et lui montrer la route. C'est une série de Portoloin camouflés plutôt qu'un seul. La marge d'erreur est plus petite quand la distance est réduite. Elle arrivera probablement dans trois semaines, selon comment elle gère le voyage en Portoloin."

Plus de temps, murmura le cœur avide et désespéré d'Hermione, mais à l'instant où elle y pensa, la culpabilité la frappa.

Maintenant qu'elle ne le redoutait plus, la réalité de la mort de Severus la submergeait lentement.

Severus, son mentor. Son collègue. L'une des seules personnes qu'elle voyait comme l'ayant réellement connue. Il avait été enchaîné à la guerre encore plus longtemps qu'Hermione et Drago. Elle s'était souvent demandée quelle était la raison de son changement d'allégeance.

Quoi que ce soit, le secret était mort avec lui.

Drago alla jusqu'au fauteuil et s'y effondra.

"Est-ce que… tu connaissais bien Severus ?" demanda-elle.

Il leva les yeux vers elle. Ses yeux étaient d'un gris froid, mais un petit sourire jouait avec les coins de sa bouche. "Non. Il ne m'aimait pas."

Hermione baissa les yeux. "Je suis désolée."

"Quand il ne me donnait pas des ordres, il passait la plupart de son temps à me dire que je ne méritais pas que quelqu'un comme toi se soucie de moi ; que tu valais dix fois plus que moi." Il haussa un sourcil. "Quand ce n'était pas Severus qui le disait, c'était Ginny ; bien qu'elle place la valeur encore plus haut."

ooo

La disponibilité de Drago s'arrêta brusquement avec la mort de Severus. Il fut appelé moins d'une heure plus tard. Hermione ne le revit pas avant qu'il passe brièvement l'après-midi suivant pour présenter Hermione à la remplaçante de Topsy.

Bobbin était une elfe plus jeune. Hermione ne savait pas quel âge pouvaient avoir les elfes, mais Topsy était visiblement plus âgée que Kreattur, et Bobbin semblait avoir l'âge que Dobby avait eu. Alors qu'Hermione l'étudiait, elle réalisa qu'elle l'avait déjà vue avant. Bobbin était l'elfe qu'Astoria avait envoyée quand Hermione était arrivée au manoir pour la première fois.

Bobbin fit une profonde révérence. "Bobbin faire de son mieux."

"Demande à Bobbin tout ce que tu veux. Elle est au courant des restrictions que tu as." L'esprit de Drago était clairement ailleurs. Il s'éloigna sans un mot.

Hermione ne vit pas non plus Drago pendant plus d'une journée.

Elle se força à manger même si cela empirait ses nausées de stress.

Un voyage plus long et plus dur. De multiples Portoloin alors qu'elle était enceinte.

Le guide de la grossesse incluait une longue section expliquant les risques des transports pendant la grossesse. Les Portoloins étaient préférables au transplanage, mais les deux formes avaient tendance à rendre les sorcières violemment malades et pouvaient causer des contractions et un travail prématuré. Une potion pour apaiser l'estomac et une dose de philtre Calmant avant étaient fortement recommandés si l'usage d'un Portoloin était nécessaire.

Hermione n'avait aucune idée de comment elle allait supporter le voyage et Portoloin. Dans le pire scénario, les Portoloins répétés pouvaient la mener à un travail prématuré.

Si elle perdait le bébé en s'échappant sans Drago, elle pensait qu'elle en mourrait probablement.

Cela pouvait faire une différence si elle était moins fragile physiquement.

Elle commença avec des fentes et des abdos basiques. Elle ne pouvait pas se soulever du sol pour une pompe, mais elle commença à faire des répétitions régulières de tout ce qu'elle arrivait à faire.

Trois semaines. Elle avait trois semaines pour trouver quelque chose de mieux que le nouveau plan de Drago.

Il fallait juste qu'elle retire sa Marque des Ténèbres. Si elle pouvait l'enlever, d'innombrables méthodes d'évasion s'ouvriraient à eux.

S'ils tuaient Voldemort, la Marque des Ténèbres disparaîtrait. Disparaîtrait potentiellement le seul mécanisme existant pour enlever les menottes. Les menottes avaient besoin de Marques des Ténèbres pour activer le mécanisme d'ouverture ; sans Mangemort marqué, tous ceux qui possédaient des menottes pourraient devoir attendre des années avant qu'une façon d'outrepasser ou de recréer la Marque des Ténèbres de Voldemort soit inventée.

Cela pourrait sauver Drago, cependant. Mais Hermione n'avait aucune idée de comment y parvenir. Drago refusait de discuter de toute idée qui la mettait en danger ou ferait courir le risque de faire tomber sa couverture avant que ses menottes ne soient enlevées.

Elle ne savait même pas où était le château de Voldemort.

Si elle pouvait seulement enlever la marque de Drago.

La célébration de l'anniversaire arriva, et le manoir resta silencieux. Hermione passa la journée à lire, se ronger les ongles au sang et faire de l'exercice quand elle se sentit si anxieuse qu'elle crut qu'elle pourrait commencer à paniquer. Drago était parti l'après-midi précédent et n'était pas revenu, c'était tout ce que Bobbin savait.

Lucius était revenu au manoir, apparemment pas inquiété pour avoir tué Astoria.

Hermione le savait parce que tôt le matin elle l'avait vu se tenir sur le chemin par la fenêtre, les yeux levés vers l'aile nord.

Elle avait rapidement plongé hors de vue.

Le jour de l'anniversaire passa sans événement pour Hermione. Sa chambre lui paraissait étriquée, comme si elle allait étouffer en attendant là.

C'est au milieu de la nuit que Drago apparut brusquement dans la chambre près de la porte.

Il marcha à grands pas à travers la pièce et s'effondra presque sur elle alors qu'il enroulait ses bras autour de la taille d'Hermione et laissait tomber son front sur son épaule.

La colonne vertébrale d'Hermione s'arqua légèrement alors qu'elle le tenait. L'odeur de magie noire qui émanait de lui était presque suffisante pour lui donner des haut-le-cœur.

"Tu vas bien ? Qu'est-ce qui ne va pas ? Quelque chose est arrivé ?" demanda-elle, la voix frénétique, alors qu'elle faisait courir ses doigts sur lui, essayant de trouver une blessure.

"Jvaisbien." Sa voix était étouffée dans les robes d'Hermione. "Je suis juste fatigué."

Il leva la tête et se redressa en baissant les yeux vers elle. "C'était une longue journée."

"Assieds-toi." Elle le tira vers le lit, et il s'assit lourdement sur le bord. Elle l'étudia. Il avait l'air usé. "Que s'est-il passé ?"

Il leva les yeux vers elle, son expression était épuisée mais il y avait une sorte de triomphe froid dans ses yeux. "Le Seigneur des ténèbres n'a pas bien pris la nouvelle concernant la Roumanie et s'est surmené hier. Il n'a pas pu faire une apparition à la célébration d'aujourd'hui." Drago pencha la tête sur le côté, et le coin de sa bouche se tordit en un rictus. "Il y a de l'eau dans le gaz. Si quiconque avait des doutes sur son état de faiblesse… ce n'est que confirmé à présent. Il approche de la fin… même lui le sait."

Hermione l'étudia. La lumière dans sa chambre était faible, mais il semblait pâle comme un fantôme, comme s'il avait été vidé de ses couleurs. "Mais…?"

Il haussa une épaule. "Hé bien… je suis son successeur présumé. J'ai dû remplir les deux rôles en son absence." Le triomphe de son expression disparut sous l'épuisement. "Ça a fait un peu plus de sorts de mort que ce à quoi je m'attendais."

Il avait soudain l'air jeune. Un fragment de vulnérabilité enfantine apparut pendant un moment. "Je ne sais pas…"

Il s'interrompit et resta silencieux pendant plusieurs secondes.

"Ça va aller. Je suis fatigué," dit-il finalement.

Hermione emmêla ses doigts dans ses cheveux. "Oh, Drago."

Elle se demandait parfois s'il y aurait finalement un stade où le Cœur d'Isis cesserait de fonctionner. Il ne pouvait sûrement pas fonctionner indéfiniment. Il absorbait déjà toute la magie noire qui aurait dû émaner des runes de Drago, ceci combiné avec tout ce que Drago faisait régulièrement…

Hermione écarta cette pensée. Il avait un sort bien plus immédiat auquel échapper avant qu'elle n'ait besoin de s'inquiéter de sa mort par corrosion par la magie noire.

Elle passa les doigts sur sa joue. Sa peau était froide comme la glace. Dans la lumière de la lune, avec sa peau, ses cheveux et ses yeux pâles, il ressemblait presque à un fantôme auquel elle s'accrochait.

Elle était sans magie. Elle n'avait pas de sort ou de guérison à offrir.

"Viens dormir. Tu devrais dormir," dit-elle. "Tu te sentiras mieux si tu te reposes."

Il hocha la tête et s'effondra.

Elle passa les doigts dans ses cheveux, les enroulant autour des ses doigts et les regardant en glisser. Elle passa les doigts le long de ses phalanges, puis frotta ses mains contre les siennes, essayant de lui communiquer de la chaleur par là où elle avait été tirée de lui. Ses mains tressaillaient de temps en temps quand il bougeait dans son sommeil.

Il avait des doigts si longs. Dans une autre vie, il aurait pu être un guérisseur ou un musicien. Il aurait eu des mains parfaites pour ça.

Encore une autre chose que Voldemort avait ruinée.

Elle s'assit à côté de lui, le regardant dormir, le sentant se réchauffer lentement.

Il s'éveilla brusquement, arrachant ses doigts à ceux d'Hermione et agrippant son avant-bras gauche en s'asseyant. Il pressa un baiser contre son front et partit dans un mot.

Hermione ne le revit pas encore pendant deux jours. Elle lut le résumé de la célébration de l'anniversaire de la Gazette du Sorcier. Comme prévu, l'absence de Voldemort était à peine mentionnée et lourdement excusée. Il y eut plus de lignes dédiées à l'absence d'Astoria.

Drago avait tué soixante-quinze prisonniers au cours de la journée. Des discours et des divertissements et puis il avait été appelé pour tuer des traîtres et des combattants de la Résistance. Ça c'était passé en trois parties. Vingt cinq prisonniers alignés pour qu'il les exécute. Encore. Et encore.

C'était une quantité incroyable de sorts de mort.

La révolution en Roumanie était décrite comme un soulèvement mineur et local, pas reliée du tout au régime de Voldemort.

Hermione relut le journal deux fois puis retourna à ses livres et ses exercices. Pendant qu'elle se forçait à faire une insupportable quantité d'abdominaux sur le sol, elle affina et améliora la théorie de la potion jusqu'à ce qu'elle soit parfaite.

Dans une autre vie, si elle avait pu devenir une chercheuse, inventer une telle théorie aurait été une réussite remarquable. Comme les douze usages du sang de dragon, même si quatre étaient entièrement basés sur la théorie, la compréhension plus profonde de la théorie magique aurait été notable à part entière.

Mais Hermione ne se souciait pas d'une potion théorique. Elle en avait besoin d'une réelle, avec des ingrédients qu'elle pouvait réellement obtenir.

Elle n'avait aucune idée de comment obtenir des larmes de phénix.

Fumseck avait disparu après les funérailles de Dumbledore à Poudlard et n'avait jamais été revu. Les phénix n'étaient même pas natifs d'Europe.

Les seuls phénix domestiqués connus du dernier siècle étaient Fumseck et Sparky, la mascotte de l'équipe de Quidditch de Nouvelle-Zélande. La domestication avait été plus commune quelques siècles auparavant, mais quel qu'avait été l'art de gagner de manière fiable la fidélité d'un phénix, il avait été perdu dans l'histoire.

Elle resta allongée au milieu de la pièce, haletant et réfléchissant pendant qu'elle retrouvait son souffle. Ses abdominaux et ses jambes brûlaient.

Si Drago essayait de s'enfuir avec elle, ils seraient traqués. Voldemort pouvait le trouver au travers de la Marque des Ténèbres. Ils seraient traqués de refuge en refuge, et le voyage serait de plus en plus difficile au fur et à mesure que sa grossesse progresserait. En assumant qu'elle ne finirait pas par faire une fausse couche du stress de vivre en cavale, il y aurait plus tard un bébé avec lequel ils essaieraient de s'enfuir.

Il n'y avait aucun endroit où se cacher. Il y aurait peu de pays sorciers assez puissants pour empêcher les poursuites de Voldemort qui n'arrêteraient pas Drago immédiatement eux-même. Draco pourrait être arrêté, mais il était l'un des mage noir les plus dangereux de l'histoire, et ce fait avait été lourdement souligné ces derniers mois.

C'était comme Lucius l'avait dit. Drago était le chien de chasse de Voldemort. Il pourrait mieux utiliser Drago s'il n'avait pas si peur que Drago usurpe sa place.

"Pourquoi ne peux-tu pas voyager seul maintenant ? Pourquoi es-tu restreint mais pas les autres ?" avait-elle demandé à Drago au cours de l'un des jours avant que Severus ne soit tué.

Il avait soupiré et détourné les yeux. "Le Seigneur des Ténèbres a reçu des rapports indiquant que je visitais en privé les maisons des Mangemorts et d'alliés puissants. Il a présumé que j'étais en train de chercher du soutien pour le destituer. Quitter de nouveau la Grande-Bretagne sans permission expresse serait une trahison ouverte, sans exception."

"J'ai voyagé dans toute l'Europe. Des Mangemorts et des alliés avec une certaine… réputation…"

La gorge d'Hermione s'était serrée. "C'était parce que tu me cherchais."

Il avait juste hoché la tête.

Leurs efforts pour s'accrocher l'un à l'autre avaient gravé leur espoir de fuite dans un éclat si étroit qu'elle se demandait parfois si elle imaginait son existence.

Non. Elle pouvait le sauver, elle était certaine qu'il y avait une façon de le faire, elle devait juste trouver ce que c'était. Elle n'avait jamais été une très bonne joueuse d'échecs. Même si elle avait son occlumancie, elle n'avait jamais été capable de rester détachée quand il s'agissait d'utiliser les gens. C'était là que Drago et elle divergeaient.

Si elle voulait sauver Drago, elle devait être plus impitoyable. Aussi impitoyable que lui.

Elle replongea dans ses pensées, marchant en cercles lents et en motifs géométriques autour de sa chambre, jusqu'à ce qu'elle sente une sensation presque indescriptible dans son bas-ventre. Ce n'était pas une véritable sensation mais un sentiment que quelque chose s'était passé.

Des battements d'ailes de papillon.

Elle se figea et baissa les yeux sur son ventre. Il y avait le début d'un petit renflement entre la saillie des os de ses hanches.

Elle oubliait presque parfois qu'elle était enceinte. Le fait semblait trop bouleversant à la lumière de toutes les inquiétudes plus immédiates qu'elle avait. Quand elle se concentrait sur le futur immédiat, une grossesse lui semblait plus être un diagnostic médical qu'elle devait prendre en compte plutôt qu'un bébé.

Elle n'avait jamais prévu d'avoir des enfants. Quand elle avait été à l'école, la maternité avait été un but éventuel si éloigné du présent qu'elle l'avait à peine contemplé. Des enfants, un jour ; après qu'elle aurait été diplômée, trouvé un travail et trouvé quelqu'un qu'elle considérerait comme un partenaire.

Puis la guerre était arrivée, et avoir des enfants avait été perçu comme presque criminel par Hermione.

Ginny avait vu James comme une promesse et une lueur d'espoir, mais pour Hermione, un enfant dans une guerre était quelqu'un de vulnérable ; quelqu'un d'entièrement sans défense face à la douleur infinie qui existait. Egoïste. Qui n'en valait pas le danger.

Se marier. Avoir des enfants.

Elle avait cessé d'espérer obtenir ces choses un jour des années auparavant, quand elle avait continué à utiliser en secret de plus en plus de magie noire. Elle avait froidement étouffé l'idée quand elle avait donné sa parole de devenir le trophée de guerre d'un Mangemort. C'était un peu plus qu'un fantasme au moment où elle était devenue complice de crimes de guerre et s'était finalement portée volontaire pour les coordonner et les gérer.

Elle avait été sincère quand elle avait parlé à Drago du monde qu'elle voulait sans jamais s'attendre à en faire partie.

Elle n'avait aucune idée de comment être une mère. Aucune des décisions qu'elle avait prises dans sa vie n'avait nourri l'idée d'enfants. Elle ne savait si vouloir un enfant n'était pas juste son égoïsme désespéré qui faisait surface.

"Pauvre petite guérisseuse qui n'a personne à soigner. Personne qui n'ait besoin de toi. Ou ne veuille de toi. Tu ne peux pas supporter d'être toute seule. Tu ne sais pas comment fonctionner. Tu as besoin de quelqu'un à aimer ; tu ferais n'importe quoi pour que les gens te laissent les aimer."

Sa mâchoire trembla alors qu'elle baissait les yeux.

Peut-être que Drago avait eu raison. Peut-être qu'elle était comme ça. Elle s'était toujours obstinément attachée à ceux qu'elle pensait avoir besoin d'elle. Peut-être qu'elle voulait juste garder le bébé pour ne pas être seule.

Elle pressa les doigts contre son ventre et resta immobile pendant plusieurs secondes jusqu'à ce qu'elle sente un second battement, rapide comme un battement de cœur, qui disparut de nouveau.

"Je prendrai soin de toi," murmura-elle. "Je ferai tout ce que je peux pour être une bonne mère. Il y a une potion que je pourrai faire quand tu seras plus grande. Ensuite… ensuite je serai capable d'aller dehors avec toi, parfois. Tu ne seras pas piégée avec moi. Quand tu grandiras et que tu voudras partir, je te laisserai partir, je te le promets."

La poignée de la porte bougea brusquement puis s'immobilisa. Hermione sursauta violemment sous la surprise puis resta immobile, pressant les mains contre sa poitrine alors que son cœur tambourinait, fixant la porte.

Rien d'autre ne se passa.

Elle attendit, encore et encore, mais son monde était redevenu silencieux.

Elle traversa la pièce sur la pointe des pieds et posa son oreille contre la porte.

Silence.

Elle ne pouvait entendre même le plus petit son à travers la porte, mais elle savait que Drago l'avait protégée.

Quelque pouvait être en train de hurler de l'autre côté, elle ne le saurait pas. La porte ne bougea plus alors qu'elle gardait les mains contre le bois et tendait l'oreille.

Ça pouvait être Lucius.

Il était possible qu'il ne souhaitait pas attendre six mois pour que Drago se remarie et espérait qu'en tuant la 'putain de Sang-de-Bourbe", il pourrait accélérer le processus.

Hermione s'éloigna nerveusement de la porte puis hésita. La façon dont la porte avait bougé, c'était presque comme si quelqu'un était tombée contre.

Elle se mordit la lèvre et y retourna, pressant l'oreille plus près de l'interstice entre la porte et le cadre.

Elle ne devrait pas.

Elle ne devrait pas.

Drago lui dirait de ne pas le faire.

Sa main s'enroula lentement autour de la poignée et elle la tourna aussi silencieusement que possible, entrouvrant la porte. Elle jeta un regard et son cœur s'arrêta.

Drago gisait face contre terre sur le sol. Elle ouvrit la porte, regarda rapidement de chaque côté du couloir, puis s'agenouilla, le tirant dans sa chambre. Elle ferma la porte d'un coup de pied alors qu'elle le faisait rouler sur le dos et pressait les doigts pour prendre son pouls.

Il était inconscient.

Il était gelé. Il était en état de choc. Ses robes étaient brillantes et puaient la putréfaction. Il y avait des traînées d'argent foncées sur son visage. Il respirait toujours. Elle vérifia ses yeux et trouva les pupilles inégalement dilatées.

Elle fit courir ses doigts sur ses épaules et toucha doucement son visage. "Drago ? Drago… que t'est-il arrivé ?"

Elle commença à murmurer des sorts dans un souffle. Il lui brûlait de retrouver sa magie. Les menottes autour de ses poignées chauffèrent alors qu'elle bouillonnait d'impuissance, agenouillée au-dessus de lui, essayant de deviner ce qui lui avait été fait. Elle fit courir ses doigts le long de ses bras et de ses mains et sentit les nœuds rigides et les déchirements causés par le Doloris. Elle pouvait sentir le cœur de Drago tambouriner dans sa poitrine.

"Bobbin !" appela-elle brusquement.

L'elfe apparut dans la pièce et eut un couinement d'horreur quand ses yeux se posèrent sur Drago.

"Qui est le guérisseur de Drago ?" demanda Hermione. L'elfe la regarda avec des yeux vides. "Qui appelle-il quand il rentre blessé ?"

Bobbin baissa les yeux vers ses mains. "Bobbin ne pas savoir. Bobbin être principalement dans les cuisines et faire le ménage. Le Maître pas appeler Bobbin quand il être blessé. Seulement Topsy ou Kreattur."

Hermione baissa les yeux de frustration et prit une grande inspiration avant de relever les yeux. "Sais-tu où il garde son matériel médical ? Les potions soignantes et les choses comme ça ?"

Bobbin s'illumina et hocha avidement la tête.

"Bien," dit Hermione d'une voix serrée. "Apporte moi une potion anti-douleur alors. Toutes les sortes que tu as. Et tout le matériel médical auquel tu as accès. Amène tout ici pour que je sache avec quoi je dois travailler."

Bobbin disparut avec un pop sonore et Drago tressaillit.

Hermione baissa les yeux vers lui.

Il levait le regard vers elle avec étourdissement, les yeux dans le vague, sans montrer de signe qu'il la reconnaissait.

"Drago ?"

Il cilla. "Granger ?"

Il avait l'air complètement déconcerté.

"Drago…" elle lui toucha doucement la joue et éleva la voix calmement. De façon apaisante. "Qu'est-ce qu'il t'a fait ? Combien de temps es-tu resté sous Doloris ?"

Il fronça les sourcils et plissa les yeux. "Où sommes-nous ?"

Il ne cessait de cligner des yeux comme s'il essayait de voir dans le noir.

La gorge d'Hermione se serra. "Nous… nous sommes dans ma chambre. Je pense que tu as transplané et que tu t'es évanoui juste devant ma porte."

Son expression se tordit. Ses pupilles étaient complètement dilatées. Il secoua la tête et un grognement sourd lui échappa. "Je ne voulais pas venir ici."

Les yeux d'Hermione commencèrent à brûler, et elle caressa légèrement son front du bout des doigts.

"Je sais…" Sa gorge se serra légèrement.

Drago tressaillit devant le bruit, et ses sourcils se froncèrent. "Est-ce que tu vas bien ? Je ne peux pas… Est-ce que tu respires ?"

Il leva la main à l'aveugle dans la direction de la voix d'Hermione, et sa main frôla sa joue.

Hermione attrapa sa main dans les siennes et pressa son visage contre sa paume, l'embrassant. "Je vais bien. Je suis une guérisseuse, tu te souviens ? Ce n'est pas la première fois que tu t'effondres dans mes bras."

Elle s'éclaircit la gorge et essaya de parler fermement. "Maintenant, j'ai besoin que tu répondes à mes questions. Drago, qu'a-t-il fait ? Dis-moi, que t'a-t-il fait ?"

Drago resta silencieux pendant un moment puis soupira. "Il dit que je suis responsable de la propagation de l'insurrection… si j'étais plus compétent, je l'aurais contenue. Il a décidé que je devais lui offrir une preuve de loyauté. Quelques heures de légilimancie, puis… il lui est venu à l'esprit que j'était un occlumens." Il renifla. "Il a demandé… à quelqu'un de me lancer un Doloris pendant qu'il vérifiait de nouveau."

Il déglutit. "Heureusement j'étais fatigué à ce stade. Ça n'a pas duré si longtemps la deuxième fois." L'ombre d'un sourire tordu passa sur ses lèvres. "En récompense pour avoir prouvé ma loyauté continue, on m'a donné le reste de la semaine pour me reposer, alors… c'est toujours ça."

Sa tentative de paraître rassurant et sarcastique empirait les choses.

La main d'Hermione commença à trembler alors qu'elle luttait contre une sensation d'hystérie. Respire. Respire. Tu ne peux pas paniquer maintenant, il va se blesser encore plus s'il pense que tu vas avoir une crise d'épilepsie.

Drago plissa les yeux et tourna la tête, comme s'il essayait de regarder autour de lui. "Ce n'est pas encore la nuit, non ? Je pense que je ne peux plus voir." Il pressa le dos de sa main contre ses yeux. "C'est nouveau."

Hermione commença à fouiller les poches de robes de Drago, se brûlant le bout des doigts alors qu'elle ne cessait de sortir des armes dissimulées dans les douzaines de poches s'étalant sur ses robes. Finalement, sa main se referma sur une pochette de cuir familière, et elle la sortit.

Elle ouvrit le kit de guérison et sortit vivement la fiole de philtre Calmant. Elle arracha le bouchon avec ses dents, pencha la tête de Drago en arrière sur ses genoux en apportant la fiole à ses lèvres.

"Philtre de Paix. Ça va ralentir le battement de ton cœur et apaiser la façon dont tes muscles spasment."

Elle attendit, passant les doigts dans ses cheveux et lui parlant pour qu'il reste calme et lucide. Elle sentit la potion faire effet alors que son corps se détendait sur ses genoux.

Elle attrapa son bras droit et sortit sa baguette, glissant sa poignée dans sa main gauche et la tenant en place pour que ses doigts agités de spasmes ne la laissent pas tomber.

"Drago," elle gardait une voix parfaitement calme. "J'ai besoin que tu lances un sort de diagnostic pour moi. Peux-tu essayer ? Je vais t'aider pour le mouvement de baguette, mais il faut que ça soit ta magie."

C'était un diagnostic qui visait son cerveau et son système nerveux, et il fallut six essais avant que le sort ne fonctionne.

Elle l'étudia en silence pendant plusieurs minutes. "La légilimancie a affecté tes nerfs optiques, c'est pour ça que tes yeux ne marchent pas. Ce n'est pas permanent. Il faut juste que tu te reposes pour que ça guérisse. Les dommages de tes nerfs à cause de la torture sont…" Sa mâchoire trembla, et elle déglutit. "Il ne devait vraiment pas continuer à te torturer."

Drago renifla et commença à répondre, mais son corps entier fut agité d'un spasme. Il ne fit pas un son, mais il pinça les lèvres si fort qu'elles devinrent blanches.

Il y eut un pop et Bobbin apparut, entourée de potions et de matériel médical.

Hermione leva les yeux vers l'elfe. "Peux-tu le faire léviter sur le lit pour moi ? Il est trop lourd pour que je le soulève. Et enlève ses vêtements, ses robes sont dégoûtantes."

"Bobbin pouvoir." L'elfe claqua des doigts et fit flotter Drago avec soin jusqu'au-dessus du lit.

Hermione s'avança et commença à trier le matériel. Tout était étiqueté, la plupart de l'écriture pointue qu'elle connaissait comme avoir été celle de Severus.

Elle sélectionna quatre potions et retourna vers Drago. Bobbin avait enlevé ses vêtements, nettoyé le visage de Drago et l'avait fourré dans le lit.

Hermione se pencha au-dessus de lui, étudiant ses yeux et prenant note de tous les symptômes physiques qu'elle pouvait détecter. Il était affreusement pâle, et son torse ne cessait de hoqueter alors qu'il essayait de respirer d'une façon non douloureuse. Elle posa une main sur son front.

"Tu aurais dû avoir une potion anti-douleur sur toi," dit-elle après un moment. "C'est toi qui m'a dit de ne pas transplaner après la légilimancie sans d'abord prendre une potion anti-douleur. Tu en avais toujours une pour moi."

Le coin de sa bouche tressaillit.

Elle baissa les yeux et déboucha une des fioles qu'elle avait apporté, la pressant dans les mains de Drago. Il la but avec une grimace.

Elle lui tendit la potion suivante. "J'aurais dû en inclure une dans ton kit de guérison. Je n'avais plus de place. J'aurais dû mettre une potion anti-douleur à la place de l'essence de Murlap.

Drago cilla et elle put voir qu'il essayait de forcer ses yeux à se focaliser sur elle alors qu'elle lui tendait la troisième potion.

Elle prit sa main vide et la pressa contre sa joue. "Tu sais déjà à quoi je ressemble, repose tes yeux. Ta tête te fera moins mal si tu les gardes fermés."

Il les plissa obstinément, essayant de distinguer le visage d'Hermione un peu plus longtemps avant d'obéir.

Elle le regarda alors que certaines des lignes de tension autour de ses yeux et de sa bouche disparaissaient lentement et que sa respiration devenait progressivement plus égale.

Quand elle fut certaine que les potions faisaient effet, elle continua. "Qui est ton guérisseur ? Qui te soigne après qu'il t'ait torturé ? Il faut que tu l'appelles. Tu ne vas pas savoir bouger pendant des semaines sans traitement."

Le visage de Drago resta neutre, mais ses doigts tressaillirent. Hermione sentit sa poitrine se serrer quand il ne répondit toujours pas après plusieurs secondes.

"Drago…"

"Je m'en charge moi-même, à moins que ça ne soit vital," dit-il finalement, les mots si bas qu'ils étaient presque un souffle. Il n'ouvrit pas les yeux. "Severus avait l'habitude d'aider occasionnellement… quand j'avais quelque chose que je ne savais pas comment soigner… mais sinon… c'est mon boulot."

Hermione le fixa avec horreur. Drago ouvrit un œil et le plissa vers elle avant de renifler.

Il leva un sourcil et referma les yeux, son expression se tendant. "Tu te souviens peut-être que tu as mis une pierre plutôt rare dans mon coeur. Ça ne se voit peut-être pas sur les diagnostics, mais je dois éviter les guérisseurs le plus possible. Si le Seigneur des Ténèbres commence à recevoir des rapports disant que je suis physiquement parfait malgré les runes gravées dans mon dos depuis trois ans, il se poserait quelques questions. Je finirais probablement avec le cœur arraché. Quand c'est quelque chose qui menace ma vie, j'appelle un guérisseur et je lui lance un Oubliettes après, mais la moitié des guérisseurs d'Angleterre y serait passé à ce stade, si j'appelais un guérisseur et que je lui faisait oublier à chaque fois qu'on me lançait un Doloris."

Hermione avait l'impression qu'il l'avait éviscérée. "Je ne… Je ne m'en étais pas rendu compte."

"Ce n'est rien, Granger." Il n'ouvrit pas les yeux mais agita quand même sa main libre. Le coin de sa bouche se tordit. "On m'a dit plusieurs fois déjà que j'ai un talent naturel pour la guérison."

La mâchoire d'Hermione continuait à trembler, et elle serra les dents un moment avant de glisser sa baguette entre ses doigts. "Peux… peux-tu lancer le sort pour moi alors ?"

Il marmonna les sorts pendant qu'elle guidait ses doigts, tapotant les points de pression de sa main droite et de son avant bras. Ses doigts spasmaient à répétition alors qu'elle l'aidait à envoyer les petites vibrations dans les muscles tendus, relâchant la tension.

Ses doigts s'ouvrirent finalement après plusieurs minutes, et elle posa sa baguette sur le côté. Elle prit sa main droite et commença à essayer de réparer tous les dommages. Ses propres doigts commençaient à avoir des crampes, et elle les ignora et continua à travailler jusqu'à ce que la main de Drago arrête de tressaillir et reste immobile.

Elle ramassa la dernière potion qu'elle avait apportée et versa une petite quantité de l'embrocation dans sa paume. Commençant à la base de son pouce, elle commença à le masser doucement, descendant vers son poignet, son avant bras puis jusqu'à son épaule. La potion était chaude et faisait picoter sa peau alors qu'elle la massait dans la peau de Drago, essayant de réparer tous les nœuds rigides et les muscles déchirés.

Quand elle leva les yeux après avoir fini les deux bras, Drago était endormi, les sourcils légèrement froncés.

Elle l'étudia pendant plusieurs secondes avant de tendre la main et de passer légèrement le bout des doigts entre ses yeux, essayant de faire disparaître la tension.

Sans Drago pour lancer les sorts, essayer de faire partir les nœuds et les tremblements par des massages prit plus de temps. Elle continua quand même.

S'il était endormi, elle pouvait pleurer tranquillement pendant qu'elle travaillait.

Il dormit pendant presque quarante huit heures. Hermione resta avec lui presque tout ce temps. L'expression de Drago était relâchée quand elle était dans le lit à côté de lui, lui parlant à voix basse de choses qui lui traversaient l'esprit, faisant courir ses doigts dans ses cheveux et travaillant sur les dommages de ses muscles. Elle épuisa presque son stock entier de potion d'embrocation.

Quand elle devenait trop agitée pour rester assise à côté de lui, elle faisait les cent pas en silence. Elle regarda par la fenêtre le matin suivant et remarqua Lucius marchant le long de l'aile nord comme s'il essayait de la mesurer en pas. Il leva les yeux et leurs regards se croisèrent.

Le sang d'Hermione se glaça. Elle soutint son regard seulement pendant un instant avant de se retirer hors de vue.

À chaque fois que Drago se réveillait, Hermione vérifiait ses yeux et lui faisait jeter des sorts de guérison basiques. Il continua à somnoler jusqu'à ce que Bobbin vienne rapporter que Lucius était à la porte de Drago et menaçait de la casser s'il ne voyait pas Drago.

Drago se força à se lever. "Depuis combien de temps suis-je ici ? On ne m'a donné que trois jours de repos. Bobbin, apporte moi un ensemble complet de robes."

Hermione essaya de le retenir. "Drago, attend. Tes yeux ne se sont pas encore remis. Tu as encore une demi-journée. Il faut que tu te reposes le plus longtemps possible."

Il leva les yeux au ciel et se leva avec raideur alors que Bobbin revenait avec une pile de robes. "C'est pour ça que je garde les potions anti-douleur."

Il s'habilla et marcha jusqu'aux potions que Bobbin avait apportées. Il plissa les yeux en les tenant à quelques centimètres de son visage, essayant de lire les étiquettes. Il en avala cinq à la suite, ignorant les objections d'Hermione sur le fait que certains types d'anti-douleurs ne devraient pas être combinés.

Il leva les yeux au ciel. "Je m'y connais bien en anti-douleur. Je peux pratiquement te garantir que ce ne sont pas ces choses qui vont me tuer."

Il cligna des yeux à répétition et secoua la tête.

Hermione pouvait voir qu'il ne pouvait toujours pas voir correctement. "Fais attention, Drago."

Il lui sourit brièvement en croisant son regard. "Ça va aller."

Elle aperçut quand même l'expression tendue et préparée sur son visage une fraction de seconde avant qu'il ne transplane.

Bobbin vint quelques heures plus tard et emporta tout le matériel médical. Maître Drago allait bien, dit-elle en évitant les yeux d'Hermione, il voulait juste faire l'inventaire des potions qu'Hermione avait utilisées.

Hermione fut laissée seule à s'occuper dans sa cage, s'inquiétant et se demandant ce qu'il se passait au-delà de la porte de sa chambre.