Chapitre 73

L'air était froid et le vent constant alors que le Granian traversait l'Angleterre et la mer du Nord.

Le cheval avançait incroyablement vite dans les airs, plus vite qu'un Sombral, plus vite qu'Hermione pensait qu'il était possible d'aller pour une créature vivante.

Elle agrippa Drago jusqu'à ce que ses mains lui fassent mal. "Ne meurs pas, Drago. Tiens bon."

Elle continuait de murmurer des sorts de diagnostics et de vérifier que le maléfice n'avait pas évolué, qu'il n'y avait pas d'accumulation de fluide, se rassurant sur le fait que son rythme cardiaque demeurait stable.

Ils allaient si vite et si haut que le sol était flou. Elle refusait de regarder. Elle ne pouvait pas vaciller.

"Ne meurs pas, Drago," dit-elle encore alors qu'elle enfouissait son visage contre son dos.

Sa tête palpitait.

Le cheval continuait à voler, encore et encore.

Heure après heure.

La sensation de chute libre souleva brusquement l'estomac d'Hermione alors que le Granian heurtait le sol en courant. Ses ailes étaient déployées, les faisant décoller du sol dans de longs sauts alors qu'il ralentissait.

Hermione leva la tête et regarda le ciel, étourdie. C'était la nuit, et seul un croissant de lune illuminait le ciel.

Le cheval avait atterri dans un champ à ciel ouvert.

Elle pressa la main de Drago alors que le Granian galopait jusqu'à s'arrêter. "Drago… Drago, nous avons atterri. Je ne sais pas comment trouver la planque.

Elle le secoua doucement jusqu'à ce qu'elle le sente remuer. "Drago, je pense qu'on y est."

Il leva lentement la tête.

"Nix…"

Il y eut un pop et un elfe de maison minuscule et à l'air résolument ancien apparut.

"Maître Drago, Nix ne vous attendait pas," dit l'elfe. Sa voix était âgée et grinçante.

Drago le fixa et hocha lentement la tête. "Prend le cheval."

Hermione laissa les rênes glisser de ses doigts. Elle commença à bouger pour descendre, mais ses jambes dans les étriers ne voulurent pas la tenir. Elle commença à tomber du cheval.

Drago passa brusquement d'à peine lucide à éveillé. Sa main droite fila et l'attrapa par la cape.

"Nix !"

Hermione se sentit rattrapée magiquement, et la main de Drago la lâcha. Elle fut doucement lévitée jusqu'au sol et s'allongea dans l'herbe, trop épuisée pour bouger. Elle leva les yeux vers le ciel. Les étoiles étaient lumineuses et brillaient au-dessus de sa tête.

Un moment plus tard, Drago passa la jambe par-dessus la selle et glissa du Granian, tombant lourdement à côté du cheval. Il lui tapota le cou pendant un moment avant de se tourner et de s'agenouiller près d'Hermione. Il était aussi pâle que la lumière de la lune, et son expression était étourdie mais inquiète alors qu'il la regardait. Il enleva son gant avec ses dents et pressa sa main contre la joue d'Hermione.

Elle se força à lui faire un pâle sourire. "On a réussi, Drago."

Le coin de la bouche de Drago se souleva, et sa main glissa pour prendre celle d'Hermione. Elle se leva, lentement et maladroitement, et ils se reposèrent l'un sur l'autre en avançant. Drago s'arrêta et tendit la main. Il y eut un cliquetis, et un pâle rayon de lumière de bougie apparut alors qu'une porte s'ouvrait.

Ils ne s'embêtèrent même pas à enlever leurs capes, ils s'effondrèrent juste dans le lit et dormirent. Hermione agrippa fermement la main de Drago entre les siennes. Le menton de Drago caressa son front, et elle enfouit son visage contre son torse, le respirant.

C'était presque le soir le jour suivant quand elle se réveilla. Son mal de tête était toujours une douleur écrasante au fond de son esprit. Elle cilla, regardant attentivement autour d'elle.

Ils étaient dans une petite cabane au cadre en A. Elle sentait le bois brut et était peu meublée. Un poêle. Le lit et une petite table. Une clé en laiton brillante pendait à un crochet sur le mur. Il y avait des rideaux à oeillets qui pendaient aux fenêtres, et la lumière du soleil tombait sur eux à l'endroit où ils étaient roulés en boule sur le lit.

Il n'y avait pas de manoir froid et stérile. Pas de sensation rampante de magie noire dans les murs et le sol. Pas de menottes. Pas d'injonctions.

Ils étaient en sécurité. Libres. Loin de la guerre.

Elle étudia Drago, le cœur dans la gorge, alors qu'elle prenait la mesure de tout ça.

C'était trop beau pour être vrai. Ça devait l'être. Les choses dans sa vie n'étaient jamais aussi belles.

Elle écarta sa main de Drago pour chercher la baguette au cœur de licorne. Alors que ses doigts se refermaient autour, Drago bougea et elle leva les yeux pour voir qu'il la regardait.

Elle agrippa fermement la baguette dans sa main en le regardant.

Son rythme cardiaque était élevé, et elle pouvait presque entendre le sang rugir dans ses oreilles. Il lui semblait qu'un mauvais mouvement ou un son pourrait tout briser. La chaleur et la sécurité s'évanouiraient, et elle serait de nouveau une ombre dans le noir, dans un manoir froid ou avalée par les ténèbres sous Poudlard.

"J'ai l'impression que tout va se briser d'une façon ou d'une autre," dit-elle finalement, tendant la main et passant les doigts dans les cheveux de Drago, essayant de croire qu'il était vraiment là. Que la chaleur, la lumière et le sentiment de sécurité étaient réels.

Il hocha lentement la tête. Alors qu'elle l'étudiait, elle put voir la tension autour de ses yeux et dans la façon dont sa mâchoire était serrée.

Elle tendit la main et dégrafa la cape de Drago, la poussant doucement de son épaule gauche pour qu'elle puisse voir son bras bandé. "Ça fait mal, non ?"

Il secoua la tête. "Ça va?"

Sa gorge se serra. Elle s'assit rapidement, et le monde éclairé par le soleil vacilla devant ses yeux alors qu'elle cillait rapidement, sortant sa baguette au cœur de licorne de sa cape. "Ne ment pas là-dessus, je ne peux pas te soigner correctement si tu mens."

Elle ignora son mal de tête et enleva sa cape et son manteau pour qu'elle puisse bouger les bras plus facilement.

Il y avait un plateau de nourriture sur une petite table à côté d'eux. Drago s'assit et planta une fourchette dans une saucisse brûlée et commença à la grignoter pendant qu'Hermione lançait rapidement des sorts de diagnostic sur lui. Elle vérifia son cœur et ses autres signes vitaux. Elle examina les résultats concernant son sang. Elle lança un sort de diagnostic complexe sur son bras gauche et inspecta attentivement chaque veine, artère et nerf majeur. Elle passa plusieurs minutes à siphonner les fluides accumulés.

Elle tendit la main et attrapa la sangle de sa sacoche, la tirant vers elle avant de se souvenir qu'elle pouvait utiliser des sorts d'Attraction. Elle fouilla dans le contenu jusqu'à ce qu'elle trouve les potions dont elle avait besoin.

Elle déboucha et tendit une potion vers lui. "C'est un antivenin qui lutte contre l'anticoagulation. J'espère que ce n'est pas un effet à long terme, mais au cas où, tu devrais prendre ça toutes les douze heures." Pendant qu'il l'avalait, elle regarda par la fenêtre, fixant le champ vide.

Sa tête palpitait, et son estomac commença à se tordre et se nouer jusqu'à en avoir la nausée. Elle arracha les yeux de la fenêtre et sortit une attelle de sa sacoche. Elle l'étala sur ses genoux et appliqua soigneusement des charmes d'amortissement avant de se tourner vers Drago qui avait abandonné la saucisse.

Elle fit glisser sa cape et ses robes de ses deux épaules et l'aida à enfiler l'attelle, l'ancrant en sûreté contre son torse.

"Je vais te faire une prothèse," dit-elle d'une voix claire alors qu'elle bouclait l'un des fermoirs. "J'ai déjà des idées. J'ai fait un peu de recherches avant. Comme c'est ton bras et ta main, j'ai pensé que… peut-être un cœur de baguette dans l'avant-bras… tu serais capable de faire de la magie sans baguette avec ça, si j'y arrive."

Elle sortit rapidement plusieurs fioles d'anti-douleur et en déboucha une pour Drago. Pendant qu'il la prenait, elle regarda de nouveau par la fenêtre.

"Tu devrais manger," dit-il. "L'une des saucisses n'est pas entièrement carbonisée. Il y a aussi des… pois, je crois."

Hermione secoua tête sans détourner les yeux de la fenêtre. "Je n'ai vraiment pas faim."

Elle lui prit la fiole vide et déboucha la potion suivante pour la lui tendre avant de regarder de nouveau par la fenêtre. Il y avait des prés d'herbe sauvage parsemée de fleurs sauvages à perte de vue. La poignée de la baguette était lisse et chaude sous ses doigts.

Elle la serra jusqu'à ce que le bois ne mordre les os de sa main.

"Granger, est-ce que tu vas bien ?"

Elle le regarda vivement. "Bien sûr. Je vais bien. Je n'ai juste pas faim."

Elle se retourna vers la fenêtre, s'avançant au pied du lit et poussant les rideaux sur les côtés pour qu'elle puisse voir leur environnement plus clairement.

Il y eut un silence long et lourd qu'elle ignora jusqu'à ce qu'elle ait l'impression qu'elle allait céder sous la pression. Elle se retourna et vit que Drago la regardait attentivement.

Elle se lécha les lèvres et tira sa baguette plus près. "Quelle… quelle sorte de protection y a-t-il sur cette maison ? Je n'ai pas… je ne me suis pas battue en duel depuis que j'ai été capturée… je devrais…" Sa poitrine commença à se serrer douloureusement. "J'aurais dû m'entraîner. Je n'ai pas pensé…"

Elle prit une inspiration saccadée et détourna de nouveau les yeux. Sa vision commençait à vaciller, et son cœur tambourinait douloureusement contre ses côtes.

Elle devait rester calme. Tout occluder et se concentrer. Elle avait un travail à faire. La façon dont elle se sentait n'avait pas d'importance. Elle avait un travail à faire.

"Granger." Drago rendit la main et la posa sur la baguette d'Hermione. "La planque est sécurisée, et il y a un Portoloin là sur le mur." Il fit un geste vers la clé en laiton. "Si on le touche, on traversera la moitié de la planète. Il ne faut pas t'inquiéter."

La gorge d'Hermione se serra, et son cœur commença à battre plus fort. "Et si quelqu'un nous trouve, Drago ? Et si ça n'a pas marché, et qu'ils te cherchent déjà mais qu'on ne le sait pas ? J'ai promis que je prendrais soin de toi. Tu es blessé… tu étais déjà blessé et j'ai coupé ton bras…" Sa voix se brisa, et elle agrippa sa baguette plus fermement. "Et si quelqu'un nous trouve ? Tout va s'effondrer. Ça s'effondre… toujours."

Elle commença à respirer rapidement et pressa sa main contre son sternum, agrippant toujours fermement sa baguette.

Elle ne pouvait pas paniquer.

Elle ne pouvait pas paniquer. Elle devait… il y avait des protections qu'elle pouvait ajouter. Elle ne pouvait pas utiliser la magie noire, ça ferait du mal au bébé.

Mais si quelqu'un venait, et qu'elle devait choisir…

Ses poumons commencèrent à brûler.

"Hermione… Hermione, il faut que tu respires." Drago avait traversé le lit et était à côté d'elle, tirant fermement la baguette de sa main. Se voir prendre sa baguette la rendit hystérique. Elle s'y accrocha.

"Ne… Ne me la prends pas !" Elle avait l'impression de se faire étrangler.

Il la posa sur la table où elle était toujours à portée de main et pressa sa main contre le visage d'Hermione, la câlinant pour qu'elle le regarde. Il la tira doucement plus près jusqu'à ce que son front repose contre le sien alors qu'elle continuait à haleter et à lutter pour respirer.

"Allez, tu as réussi jusque là, ne panique pas. Me protéger n'est pas ton travail. La planque a des sorts de protection, et nous ne resterons pas longtemps. Je ne suis pas un duelliste complètement épouvantable de ma main droite."

Elle se força à prendre une profonde inspiration.

Il pressa ses lèvres contre le front d'Hermione. "C'est ça. Respire. Tu nous as amenés ici. Tu as promis que tu arrêterais et que tu guérirais une fois qu'on se serait échappé, tu te souviens ? Ce n'est pas moi qui ignore une blessure au cerveau. Tu as fait ta part."

Elle agrippa son poignet d'une main tremblante. "Drago… quelque chose va mal se passer. Ça se passe toujours mal. C'est toujours quand on y est presque que tout va de travers."

"Je sais," dit-il, passant sa main dans ses cheveux et l'attirant plus près, "mais tout ne repose pas sur toi. Je t'ai fait confiance, et tu nous as amenés ici. C'est à ton tour de me faire confiance. Nous sommes en sécurité ici, Hermione. Tu as le droit de te sentir en sécurité à présent."

Elle secoua la tête. Elle avait l'impression que son sternum était fêlé. "Je ne peux pas. Je ne pense pas savoir comment faire."

Sa peau était douloureusement froide, et son corps entier commença à trembler de façon incontrôlable.

Draco soupira et la tira plus près. "Il n'y a pas de protections comme celles que j'avais sur ta chambre. Tu es probablement habituée à ce qu'elles soient là pour rester calme à présent."

Elle resta figée pendant un moment, encaissant l'information, avant de faire un bruit étouffé en fondant en larmes. Elle eut l'impression de briser un barrage. Une fois qu'elle avait commencé, elle ne pouvait plus s'arrêter, elle continua à pleurer, pleurer, pleurer contre l'épaule de Drago. Elle avait l'impression qu'elle avait été en deuil toute sa vie.

Il n'essaya pas de la faire arrêter, il la laissa juste pleurer jusqu'à ce que ses sanglots se calment lentement et qu'elle s'effondre contre lui, se sentant vide. Elle avait l'impression de s'être dévêtue de ses émotions de la tête aux pieds et que tout ce qu'il restait était une coquille. Sa poitrine continuait de hoqueter alors qu'elle était allongée contre lui. Sa tête lui semblait légère mais pulsait comme s'il y avait un gong à l'intérieur, vibrant et résonnant douloureusement dans son crâne.

Quand elle respira de nouveau régulièrement, Drago mit la main dans sa robe et en sortit une potion de Sommeil sans rêve de sa poche intérieure. "C'est à ton tour de te reposer, Granger. Prends-la."

Elle recula, secouant la tête en regardant de nouveau par la fenêtre, ses doigts se tendant vers sa baguette. "Drago, si quelque chose va de travers…"

Son expression était froide comme du granit. "Je m'en occuperais. Va dormir."

"Mais si…"

"Granger, si c'était moi, tu l'aurais versée dans ma gorge sans demander."

Sa bouche tressaillit alors qu'elle prenait la fiole. Elle jeta un dernier regard par la fenêtre en enlevant le bouchon et l'avala.

Son cœur tambourinait toujours , mais elle pouvait sentir la main de Drago, chaude sur son épaule, alors qu'elle s'effondrait. Tout disparut.

Elle se réveilla au milieu de la nuit. Drago se tenait debout devant la fenêtre. La lumière de la lune éclairait d'argent ses cheveux et sa silhouette. Il fixait le champ, sa baguette pendant au bout de ses doigts.

Elle s'assit et il se retourna pour la regarder.

Elle regarda derrière lui, tendant la main pour prendre sa baguette. "Est-ce que tout… ?"

"Tout va bien." Il s'éloigna de la fenêtre, s'arrêtant un moment pour trouver une poche accessible pour sa baguette. Il la glissa dans une poche intérieure et fit courir sa main le long de ses robes comme s'il essuyait quelque chose avant de les ajuster maladroitement d'un haussement d'épaule. Il s'assit sur le bord du lit près d'elle.

La tête d'Hermione lui semblait lourde, mais la douleur était partie plus au fond de son esprit. Il s'adossa contre la tête de lit. Elle posa la tête contre son torse, écoutant son cœur battre et sentant ses doigts dessiner des motifs et des runes protectrices le long de son bras.

Quand elle ouvrit les yeux le matin suivant, le monde était doré. Les rayons du soleil entraient par la fenêtre, réchauffant le lit. Drago était endormi à côté d'elle. Son mal de tête s'était finalement réduit à une faible pulsation. Elle roula sur le ventre et s'étira, glissant ses mains sur les draps et enfouissant son visage dans un oreiller, se délectant de la chaleur et du bruit des oiseaux à l'extérieur.

Elle était libre. Quelque part où il y avait du soleil, de la magie et quelqu'un qui ne lui ferait pas de mal. Elle garda les yeux fermés et essaya de se noyer dans ces sensations.

Elle resta sur le ventre seulement un moment avant que sa vessie ne soit vivement frappée par un pied indigné.

Elle se roula sur le côté, regardant Drago.

Ses cheveux étaient tombés sur son visage. Elle avait l'impression d'être dans un rêve.

Elle tendit timidement la main et utilisa le bout de ses doigts pour attraper les mèches platine et les repousser sur le côté. Elle avait envie de le mémoriser encore une fois. Dans la lumière dorée, il ne ressemblait plus à quelqu'un rongé par une guerre. Ses traits étaient plus doux quand son expression était relâchée. Elle laissa traîner ses yeux le long de l'arc de ses pommettes, ses lèvres, la ligne précise de sa mâchoire, et la gorge pâle disparaissant dans l'ombre de ses vêtements.

Il aurait pu être une peinture.

Elle avait envie de retenir son souffle et de faire durer le moment pour toujours.

Elle glissa ses doigts le long de la courbe de son oreille pour dégager ses cheveux. Ses yeux s'ouvrirent, gris comme un orage. Elle regarda la lumière les remplir alors qu'il la regardait.

La façon dont il la fixait fit disparaître le reste du monde. Son regard était aussi possessif et affamé que ce qu'elle ressentait.

Elle avança plus près de lui et l'embrassa. Ses lèvres bougèrent contre celles d'Hermione, et sa main glissa vers sa gorge.

Après une minute, elle recula avec regret. "Il faut que je vérifie ton bras."

Il soupira mais s'assit sans se plaindre quand elle commença à jeter des sorts, vérifiant que tout guérissait bien correctement. Elle rebanda son bras une fois qu'elle eut terminé. Alors qu'elle remettait son attelle en place, le bout de ses doigts effleura la peau pâle de la gorge de Drago. Ils s'attardèrent.

Elle leva les yeux vers son visage et vit que ses yeux étaient foncés et résolus alors qu'il lui rendait son regard. Il tendit lentement la main et emmêla doucement ses doigts sans les cheveux d'Hermione. La respiration d'Hermione se coupa, et son pouls s'emballa.

Son toucher était la sécurité. Chez elle.

"Je t'aime," dit-il après un moment.

Les lèvres d'Hermione se courbèrent lentement dans un léger sourire. "Je t'aime aussi."

Il fit courir doucement ses doigts sans les cheveux d'Hermione. "Je n'aurais jamais imaginé te le dire sans une Marque des Ténèbres imprimée en moi."

La mâchoire d'Hermione trembla.

Elle leva sa main jusqu'au visage de Drago, passant les doigts le long de sa mâchoire, sentant le léger chaume sous le bout de ses doigts. "L'univers nous donne finalement quelque chose."

Il eut un rire grave, et ses doigts emmêlés dans les cheveux d'Hermione se resserrèrent possessivement.

Elle se rapprocha et se pencha en avant jusqu'à ce que leurs lèvres se touchent presque. "Je t'aime. Tant qu'il existera une partie de moi, je t'aimerai. Toujours," murmura-elle contre sa bouche.

Il referma l'espace infinitésimal entre eux.

Elle ferma les yeux en enroula les bras autour de son cou, approfondissant le baiser. La main de Drago quitta ses cheveux et agrippèrent sa taille, l'attirant plus près jusqu'à ce que leurs corps soient pressés l'un contre l'autre.

À moi. À moi. À moi. Elle était affamée de lui. Elle voulait le cacher loin au fond de son cœur et l'y enterrer. Le temps leur échappait toujours. Les choses s'effondraient toujours, et ce qu'ils avaient emporté était tout ce qu'ils avaient. Ils avaient survécu sur des moments volés pendant la guerre.

Elle avait l'impression de mourir de faim tant elle le voulait.

Elle n'allait pas le laisser partir.

Elle n'allait pas laisser les choses s'effondrer cette fois. Son cœur commença à tambouriner douloureusement. Je ne peux pas le perdre. Je ne peux pas le perdre.

Sa gorge et sa poitrine commencèrent à se serrer. Elle ferma fort les yeux et ravala sa terreur, aussi loin qu'elle le put, essayant de la contenir derrière ses murs avant qu'elle ne l'avale complètement.

Elle n'allait pas paniquer. Elle se força à respirer, un râle entre ses lèvres.

Elle fit courir ses doigts le long de la gorge de Drago et agrippa ses épaules en se forçant à tout occluder et en continuant à l'embrasser. Puis elle retira ses lèvres pour qu'elle puisse le regarder. Sa main tomba pour agripper celle de Drago.

"Je vais prendre soin de toi." Elle serra sa main plus fort et la pressa contre sa poitrine. "Je suis à toi, tant que tu veux de moi."

La main de Drago glissa pour se poser contre sa joue. Il la regarda, ses yeux d'argent résolus. "Toujours. Tant que je vivrai."

Elle se déversa en lui jusqu'à ce qu'il n'y ait plus de place dans son esprit pour quoi que ce soit d'autre. Elle pouvait être avec lui juste parce qu'elle le pouvait, parce qu'il était à elle.

"Je t'aime," continua-elle à dire contre ses lèvres. "Je t'aime. Je t'aimerai toujours."

Elle pouvait le dire autant de fois qu'elle le voulait. Chaque jour du reste de sa vie. Elle pouvait le dire encore et encore.

Elle eut un petit sanglot contre ses lèvres.

Drago recula, l'étudiant, l'expression tendue.

Elle agrippa ses épaules plus fermement alors qu'elle croisait son regard. "Je suis heureuse. Je ne pensais pas que j'allais un jour de nouveau être heureuse, mais je pense que c'est ce qu'on ressent quand on est heureux. Nous avons survécu, Drago. Je t'ai sauvé. Je ne le pensais pas, mais on a survécu."

Sa bouche se courba dans un petit sourire.

Ils firent l'amour. Lentement. Utilisant tout le temps qu'ils avaient.

Hermione s'assit à califourchon sur lui, donnant le rythme, le regardant. Le soleil brillait dehors, et elle pouvait le sentir sur sa peau alors qu'elle baissait les yeux et entrelaçait leurs doigts, bougeant ses lèvres contre celles de Drago. Elle pouvait voir la lumière attraper ses cheveux. Ses yeux brillaient comme de l'argent fondu.

Leur monde était chaud.

Il devint plus chaud quand elle se redressa, amenant ses hanches contre les siennes alors qu'il l'embrasait. La main de Drago descendit le long de la colonne vertébrale d'Hermione, l'agrippant. Elle pouvait sentir sa brûlure dans son âme. Elle enroula les bras autour de ses épaules, traçant ses runes du bout de ses doigts alors qu'ils bougeaient ensemble.

"Nous devrions utiliser le Portoloin bientôt," dit-il alors ils reposaient allongés sur le lit après. "Je suis certain que la qualité de la nourriture de Nix est dangereuse pour la santé. Je réalise seulement maintenant que les sorts basiques de cuisine sont quelque chose que je ne me suis jamais soucié d'apprendre."

Hermione leva les yeux, et son regard tomba sur plusieurs tranches de toasts brûlés, généreusement recouverts de confiture. Drago prit la tranche la moins brûlée et la lui offrit.

"C'est un elfe d'étable. Je ne pense pas qu'il ait déjà cuisiné dans sa vie."

Hermione mordit avec hésitation dans un coin et découvrit que le toast était du pain de seigle au cumin, fortement incompatible avec la confiture de fraise.

Elle recracha, et Drago lui jeta un regard d'excuse.

Il regarda dans la pièce. "C'était juste une planque temporaire. Je n'ai pas fait grand-chose de plus qu'y mettre des protections." Il se retourna pour la regarder. "Est-ce que tu es capable de te déplacer en Portoloin ?"

Le ventre d'Hermione se noua, et ses mains rampèrent protectivement vers son ventre. Les yeux de Drago les suivirent.

"Je ne sais pas." Elle baissa les yeux sur le renflement de son ventre, passant nerveusement ses mains dessus. "La dernière fois… je n'ai pas pris de philtre Calmant avant. Je ne m'y attendais pas. C'était… c'était dur à gérer."

L'expression de Drago se tendit, et quelque chose d'indéchiffrable brilla dans ses yeux.

Elle se força à sourire. "Mais si on fait les choses correctement… si je suis prête pour ça, et que c'est juste une fois… je pense que ça ira."

Il resta silencieux pendant plusieurs secondes. "On n'est pas obligés d'y aller. On peut rester ici. J'informerai Ginny que tu ne peux pas voyager de façon sécuritaire."

Elle baissa de nouveau les yeux sur son ventre. "Ce n'est pas très sécurisé ici, n'est-ce pas ? Nous sommes toujours en Europe. Le Danemark a un traité avec Voldemort ; les termes de l'armistice leur imposent de dénoncer les fugitifs. Même s'ils ne le font pas, ils ne te protègeront jamais." Elle prit une profonde inspiration et leva les yeux. "Ça ira. Peut-être… encore un jour de plus, et on ira."

L'expression de Drago s'était fermée ; il fixa le ventre d'Hermione pendant un moment avant de hocher la tête.

Elle se leva et prit une douche. Elle avait toujours dans ses cheveux la poussière de l'explosion dans le manoir, et ses boucles étaient très emmêlées. Elle passa dix minutes à les démêler à la main avant de se souvenir qu'elle avait de nouveau une baguette. Elle les sécha et les attacha dans une longue tresse lâche. Le temps qu'elle finisse de les attacher, son mal de tête était revenu. Il lui perça l'arrière du crâne jusqu'à ce qu'elle puisse à peine tenir debout. Elle enfila son t-shirt et sa culotte, avala une potion de nutrition puis se roula en boule autour de son ventre dans une masse misérable sur le lit, se rendormant.

Quand elle se réveilla le matin suivant, il y avait un diagnostic du cerveau qui flottait au-dessus de sa tête. Drago le fixait avec une expression tirée en manipulant les résultats.

Elle eut l'impression d'être plongée dans de l'eau froide. La chaleur s'évanouit, et elle resta glacée pendant un moment, fixant tout le rouge écarlate, comme des fils de fractales branchés dans son cerveau. Elle leva la main et repoussa celle de Drago. Le diagnostic disparut.

Elle détourna les yeux vers la fenêtre.

Il y eut un long silence.

"Hermione, qu'est-ce qu'il s'est passé ? Qu'est-ce qu'il t'a fait ? Est-ce que tu vas me le dire ?"

Elle resta silencieuse pendant quelques minutes, déglutissant avec difficulté avant de parler finalement.

"Je ne sais pas vraiment. Il ne savait pas comment utiliser la légilimancie, alors il a juste… écrasé les choses qui étaient sur son passage. Même maintenant que j'ai récupéré mon occlumancie… il y a certains endroits de ma mémoire auxquels je ne peux… peux plus accéder. Ça… ressemble à un bâtiment dont certaines parties se seraient effondrées. J'ai l'impression que si je m'en approche ou que j'essaie d'y toucher… plus de choses pourraient s'effondrer."

Elle pinça les lèvres. "Certaines des choses dont j'ai commencé à me souvenir… je ne sais pas si je m'en souviendrai dans quelques temps. À chaque fois que je me réveille, j'ai l'impression qu'elles se sont estompées. Les détails disparaissent."

Les doigts de Drago caressèrent doucement sa joue. "De…" sa voix était tendue. "De quoi ne te souviens-tu pas ? Qu'est ce qui disparaît ?"

Hermione resta silencieuse. "Toutes les fois où tu m'as parlé de ta mère. Il y a des trous dans ces souvenirs à présent."

Drago poussa un soupir de soulagement. "Ce n'est rien. Ce n'est rien. Tu n'as pas besoin de te souvenir de ça."

Hermione regarda juste par la fenêtre, déglutissant de nouveau. "Ce n'est pas rien. C'était important. C'était important pour moi, que tu me l'ais dit, que je comprenne ce qu'il t'était arrivé. J'ai peur que ma mémoire s'effondre un jour. Comme s'il y avait des fissures partout à présent, et qu'un jour quelque chose pourrait pousser d'une mauvaise façon, et que tout se casserait. Et si je t'oublie encore ?" Elle ne pouvait pas cacher sa panique montante. "Tout ce temps au manoir, j'ai eu l'impression que mon coeur avait été arraché de ma poitrine. Tu étais juste là… et je ne savais pas que je te cherchais."

La chaleur et la tranquillité de la cabane lui parurent soudain se moquer d'elle. Comme si ce n'était qu'un rêve éveillé auquel elle se raccrochait.

Il tourna le visage d'Hermione pour que leur regard se croisent. "Ça ne serait pas pareil."

Elle hocha la tête mais sa bouche grimaça. "Je sais. Je le sais rationnellement. J'ai juste…" Ses yeux se baisèrent alors que sa voix se mettait à trembler. "Je ne sais pas comment y croire. Dès que je commence à réfléchir, ma tête commence à marteler et je ne peux plus respirer. Même quand j'essaie d'occluder, c'est comme si mon corps ne voulait pas s'arrêter de paniquer. Je devrais être soulagée, mais je suis juste aussi terrifiée de te perdre que je l'étais au manoir. J'ai l'impression que je me tiens du bout des doigts. Chaque seconde me semble être proche du moment où tout s'effondrera et où je retournerai dans un cauchemar."

Elle prit une respiration hachée et s'assit, pressant sa main contre son sternum alors qu'elle se forçait à respirer lentement. Elle baissa les yeux sur ses poignets. "Je… je pensais que tout serait réparé une fois que mes menottes seraient enlevées et qu'on se serait échappé. Je pensais que j'irai mieux… la façon dont c'était avant…"

Sa voix se brisa.

"Tu dois savoir que tu atteins le point où les dommages vont devenir irréversibles."

Elle se figea en se souvenant.

Ça… avait toujours été une illusion de croire que ses menottes étaient la clé de tout. Qu'une version précédente d'Hermione Granger attendait simplement, prête à s'avancer au moment où sa magie serait déverrouillée et son occlumancie de retour.

La prise de conscience lui donna l'impression de tendre la main et de toucher la surface d'un lac , regardant le reflet de la lumière dorée du soleil se distordre et onduler au loin, révélant toute la noirceur qui se cachait toujours dessus. Qui montrait ce qui était vraiment là.

Les ténèbres entrent dans ton esprit.

Esprit ou corps, la magie noire extrayait un prix.

Elle avait su qu'elle en paierait finalement le prix.

Drago lui prit la main, faisant passer son pouce sur ses poignets nus. "C'est tout nouveau. Laisse-toi du temps."

Elle le fixa et hocha la tête avec mélancolie. Alors qu'elle l'étudiait, elle réalisa qu'il y avait une tension douloureuse sur son visage.

Elle refoula le poids dans sa poitrine loin de sa conscience, le chassant, et s'assit, tendant la main vers sa baguette.

Elle ouvrit sa sacoche et tendit la main vers une potion anti-douleur. Sa main se figea quand elle réalisa que son inventaire de potion avait l'air erroné. Elle compta les fioles et découvrit qu'il manquait une demi-douzaine de potions de régénération sanguine. Elle les fixa pendant plusieurs secondes avant de faire venir les robes de Drago de là où elles pendaient sur le pied du lit et d'y enfouir son visage.

Elles sentaient la magie noire.

Alors qu'elle s'asseyait pour prendre la mesure de cette information, elle réalisa qu'elle se sentait dramatiquement plus calme depuis qu'il lui avait administré un philtre de Sommeil sans rêve.

Elle regarda Drago, la colère brûlant comme une explosion. "Tu n'aurais pas dû utiliser de magie du sang. Ton sang est dilué en ce moment. Tu pourrais saigner à mort si tu ne fais pas attention. Il n'y a aucune raison d'ajouter autant d'enchantement sur une planque où on ne va même pas rester longtemps. C'était idiot."

Drago ne fit que la regarder les yeux mi-clos alors qu'elle commençait à lui jeter rapidement des sorts.

"Ça a aidé à ce que tu te sentes mieux."

Elle le regarda. "Te blesser et te mettre en danger pour que je me sente mieux ne me fait pas me sentir mieux."

Il ne dit rien d'autre alors qu'elle vérifiait son état et lui administrait plusieurs potions. Elle retira les bandages de son bras pour les changer et vérifia comment son bras guérissait. La peau se ressoudait proprement, et elle la massa doucement avec de l'essence de Dictame.

Elle prit sa main dans les siennes et commença à traîter ses tremblements pendant plusieurs minutes en silence.

"Ne te fais pas de mal pour moi, Drago," dit-elle finalement d'une voix raide. "Arrête de te faire du mal. Je suis si lasse que ça soit la façon dont on prenne soin l'un de l'autre. Tu n'as aucune idée d'à quel point je déteste que tu te fasses du mal à cause de moi. Tu détestes quand je suis blessée. C'est la même chose pour moi avec toi."

Il ne dit toujours rien. Il n'avait pas l'air pénitent non plus.

Alors qu'elle travaillait sur sa main, un plateau avec plus de nourriture immangeable apparut. Ils prirent tous les deux une potion de nutrition à la place. Le stock qu'Hermione avait commençait à s'épuiser.

Elle fit un inventaire soigneux de tout ce qu'il lui restait, calculant mentalement combien de jours supplémentaires ils pouvaient rester s'ils le voulaient.

"Je pourrais en refaire si on veut rester plus longtemps," dit-elle, levant les yeux vers Drago.

"Comme tu veux." Il lui sourit, mais il s'était habillé et avait mis sa cape pendant qu'elle faisait l'inventaire. Alors qu'elle le fixait, elle remarqua ses yeux passer subtilement sur la fenêtre.

"On devrait y aller." Elle mit la sacoche sur son épaule et y fourra le reste de ses affaires. "Je suis sûre… je suis sûre que ça va aller. Ça ne sera qu'une fois."

Elle sortit une fiole de philtre Calmant et la fixa pendant plusieurs secondes avant de la prendre. Elle entrelaça fermement ses doigts avec ceux de Drago et prit une profonde inspiration, se forçant à occluder l'anxiété qui la traversait comme un raz de marée avant que la potion ne s'active.

Elle pressa la main de Drago, faisant courir son pouce sur ses phalanges et s'arrêtant sur l'anneau qu'il portait. Elle leva les yeux vers lui et lui fit un sourire timide avant de tendre la main, attrapant la clé de laiton pendant sur le mur.

Il y eut une sensation de crochet derrière son nombril. Elle fut emportée, tirant Drago avec elle.

Elle essaya de rester sur ses pieds alors qu'elle atterrissait, mais elle trébucha en avant et s'effondra, prise de hauts-le-cœur. Elle arracha sa main à celle de Drago et pressa la paume de sa main contre son ventre alors qu'il se tendait.

"Oh mon dieu," grogna-elle alors qu'elle essayait de se relever et luttait pour respirer.

Elle sentit la main de Drago dans le bas de son dos alors qu'elle fermait fort les yeux et se forçait à inspirer lentement. Lentement. La rigidité de son ventre s'estompa graduellement.

Elle pouvait sentir la terre et les fougères.

Elle ouvrit les yeux et vit qu'ils étaient agenouillés dans une forêt. "On y est ?"

Il y eut un bruit de glissement et un craquement alors que du bois heurtait du bois. Hermione regarda par-dessus son épaule. Il y avait une grande maison en bois derrière eux.

Ginny se tenait sur le pas de la porte, les fixant, une baguette serrée dans la main.